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Hollande traverse le Canal du midi

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Après la Bérézina des départementales, les temps sont difficiles pour le Parti socialiste et le gouvernement. François Hollande s’est donc prêté à l’exercice de la confession et de l’interview sur mesure afin de rallier électeurs et frondeurs à son étendard. À deux ans des élections présidentielles, avec un PS à 13 % et un Front national à 25% aux dernières élections, l’exercice ne tient plus de l’exploit mais du miracle. C’est sans surprise  que l’on a vu dimanche François Hollande s’adresser avant tout à l’électorat qui le soutient encore, c’est-à dire Paris intra-muros, et aux futurs électeurs dont les convictions ou l’indifférence pèseront fortement dans la balance : les jeunes, et plus précisément ceux qui voteront, ou pas, dans deux ans.

La forme en dit long sur le fond et sur les priorités du futur président sortant Hollande. Lui, déjà candidat, a choisi Le Supplément, talk-show animé par l’incisive Maïtena Biraben, entourée d’une collection de chroniqueurs jeunes, branchés et très parisiens. Du mini-sujet sur la haute-couture et les tailleurs présidentiels aux incursions dans les coulisses des réunions de travail filmés à la manière d’une mauvaise télé-réalité, en passant par l’impertinence très convenue de Cyril Eldin ou la poussive « bio interdite » de Vincent Dedienne, on navigue entre le Faubourg Saint-Honoré et les Bains-Douches, entre confession élyséenne et journalisme people. Le « président normal » a choisi pour son retour sur le devant de la scène de se changer en « président Canal ».

Les sujets proposés mettent soigneusement en avant les succès du Rafale et la posture de chef des armées de François Hollande et ne se départissent jamais d’un ton sentencieux et de l’impertinence docile et mollassonne devenue la marque de fabrique de Canal +. On suit François Hollande en déplacement avec Fleur Pellerin en hélicoptère Puma pour l’inauguration de la grotte Chauvet. On suit les paras et légionnaires français en opération au Niger et l’on a le plaisir d’entendre Jean-Yves Le Drian commenter le contrat Rafale avec l’Inde par un retentissant : « Moi, je veux de l’oseille ! »

François Hollande n’est pour autant pas complètement en terrain conquis sur le plateau du Supplément et l’interview de Maïtena Biraben ne ménage pas toujours le président Hollande. « Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen en 2002. Est-ce que vous accepterez de débattre avec Marine Le Pen si elle est présente au second tour ? », questionne Maïtena Biraben. « Je ne suis pas en position de répondre », répond Hollande. « Vous n’êtes pour le moment pas en position d’être au deuxième tour », lui rétorque la journaliste.

L’exercice médiatique, deux heures d’interview durant lesquelles François Hollande est gentiment bousculé, entrecoupées de mini-reportages mettant en avant notamment le rôle de diplomate du président français face à Poutine dont le mandat est qualifié de « porno d’ego monumental », se prête parfaitement à la stratégie de François Hollande. « On vous connaît mal », lance la présentatrice. « Je suis venu pour ça », répond François Hollande. Le président « de tous les Français » a beau valoriser l’image d’un président simple et proche du populo, ce n’est cependant pas à tous les Français qu’il s’adresse mais à un électorat plus resserré. En cela, rien n’a changé depuis le débat de l’entre-deux tour avec Nicolas Sarkozy au cours duquel François Hollande s’était posé avant tout en rassembleur…de la gauche.

Le jugement porté par François Hollande sur les électeurs transfuges passés du PS au FN dans une petite ville ouvrière du Nord-Pas-de-Calais ne trahit pas la stratégie que feu Olivier Ferrand, ancien directeur de Terra Nova, avait parfaitement exprimée : séduire les jeunes, les immigrés et les « bobos »…et laisser tomber les classes populaires déjà gagnées par le Front national. La condescendance vis-à-vis des électeurs FN qui s’expriment au micro des journalistes de Canal + est à peine voilée. « Ils vivent leur vote douloureusement. Ils sentent qu’il y a une transgression. » « Ils ne croient plus au système démocratique. » Autant dire que pour François Hollande, ceux-là sont définitivement perdus pour la société, ou du moins pour le Parti Socialiste. En plus d’être anti-démocrate, voilà un électorat auquel on ne se propose de faire la charité qu’avec un pince-nez tant il paraît ingrat : « Rien d’autre ne comptera sauf les sous. Ils les comptent un à un. » « Ils sont au RSA et ils se plaignent de l’assistanat. » Le programme économique du FN ne semble, il est vrai, pas tellement effrayer François Hollande qui garde peut-être en mémoire l’indigente prestation de Florian Philippot sur les questions économiques face à un Emmanuel Macron très offensif. « Marine Le Pen parle comme un tract communiste des années 70 », conclut-il. Les communistes ont bien entendu apprécié la comparaison. À ce tarif-là, on comprend qu’Emmanuel Macron interviewé dans une courte séquence par Cyril Eldin se sente d’humeur à reprendre en chœur L’Eté indien. Il chante pas mal d’ailleurs, Macron. Si le prochain remaniement lui est défavorable, il aura toutes ses chances à The Voice.

Voilà donc un François Hollande installé en chef de guerre et chef de la diplomatie en début d’émission, un Hollande parlant anglais et séduisant les chefs d’entreprise américains raides dingues de sa chienne Philae, un Hollande détendu caressé dans le sens des lunettes par des chroniqueurs branchés, obséquieux et parfaitement ennuyeux, un Hollande moderne à tu et à toi avec Cohn-Bendit à l’Elysée et surtout un Hollande qui fait les yeux doux au parti éternellement courtisé par les politiques en manque de deuxième souffle : celui de la jeunesse.

C’est donc très logiquement que l’émission se conclut par un court sujet sur la laïcité à l’école et par l’irruption d’un quarteron de lycéens pas encore au chômage qui posent d’ailleurs quelques questions assez intéressantes au président de la République. Pourquoi, dans les programmes scolaires, le christianisme et l’Islam tiennent-ils une si grande place tandis que le judaïsme objet de tous les fantasmes dieudonnistes n’est quasiment pas présenté, hormis « à travers les conflits » comme le précise une élève ? La situation ne risque pas de s’arranger. Dans les nouveaux programmes, en matière d’histoire des religions et des civilisations, l’islam se taille la part du lion, le christianisme se fait plus discret et le judaïsme reste un grand absent. Voilà un terrain sur lequel l’Education Nationale n’a pas encore décidé de faire réellement concurrence à internet… C’est d’ailleurs un des lycéens présents qui réussit bien mieux que François Hollande ou n’importe lequel des journalistes présents à définir la notion de laïcité. « Pour moi la religion n’a pas sa place dans l’Education Nationale. Si je suis religieux, c’est pour moi et je n’ai pas besoin de savoir qui pratique quelle religion. » Voilà quatre mois de réflexion gouvernementale sur la laïcité à l’école depuis Charlie résumés et balayés en deux phrases. A quoi va bien pouvoir s’occuper désormais Najat Vallaud-Belkacem ? Non content de gâcher le métier de la ministre, le petit impénitent confie sur le plateau son intention de quitter la France pour aller chercher du travail ailleurs. Décidément, les jeunes ne respectent rien.

« La jeunesse c’est l’optimisme » ! répète néanmoins François Hollande. Il ne s’agirait pas de voir le débat devenir trop sérieux et l’on se réfugie donc bien vite derrière quelques éléments de langage assez insipides pour contenter tout le monde avec cependant un petit trébuchement assez énigmatique de notre président concluant son exercice promettant « d’avancer en ne retournant pas sa tête derrière ». C’est en effet plus prudent. Avec les perspectives électorales du Parti Socialiste, la dernière chose à faire serait de risquer un coup du lapin fatal en jetant un trop prompt regard en arrière sur les trois premières années d’une présidence qui rarement aura été autant contestée dans l’histoire de la Cinquième république. « La France, ce n’est pas la nostalgie », conclut François Hollande. Avec un bilan comme celui-ci, il est en effet préférable de songer à l’avenir. À ce propos, « vous remaniez en juin ? » lui lance Maïtena Biraben en guise de mot de la fin. Décidément, on n’est tranquille nulle part.

*Photo : Philippe Wojazer/AP/SIPA. AP21723170_000006.

Ukraine : des lois mémorielles amnésiques

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Le 9 avril dernier, l’Ukraine a adopté une série de quatre lois mémorielles. Ces lois sont caractéristiques des dangers que je soulignais ici même dès février 2014 en ce qu’elles montrent l’influence mortifère du nationalisme, — et cette influence n’est pas une « dérive », mais un glissement inévitable, alors même que les nationalistes en Ukraine, comme partout, sont ultra-minoritaires. Le fait est que ces lois sont leur triomphe, adoptées au Parlement, et souvent à une très large majorité — à part que, ce triomphe, il n’est pas que le leur.
Je reprends ici les analyses que j’ai vues en lisant les pages Facebook de Ioulia Shukan et d’Anna Colin Lebedev, et une intervention d’un journaliste et historien ukrainien, Andréï Portnov.
C’est que ces lois sont une illustration de la rhétorique et des méthodes des nationalistes, quasiment où qu’ils soient.

La première loi est celle qui, apparemment, pose le moins de problèmes : il s’agit de commémorer la victoire contre le nazisme pendant la Deuxième guerre mondiale. — Fallait-il une loi pour le faire ? Oui, parce que, comme le fait remarquer Andréï Portnov, tout se joue dans la dénomination. Le Parlement ukrainien commémore la victoire dans la « Deuxième guerre mondiale » et non pas dans la « Grande guerre patriotique » (expression soviétique), ce qui implique que l’Ukraine, en tant que telle, en tant que pays, a figuré parmi les vainqueurs du nazisme. — Et ça, déjà, évidemment, c’est lourd d’implications.

La deuxième loi, présentée par Iouri Choukhevitch, le fils du nationaliste Roman Choukhevitch (qu’on voit en uniforme allemand sur la photo ci-dessus, le deuxième à gauche au premier rang) est consacrée au statut des « anciens combattants pour l’indépendance de l’Ukraine ». Andréï Portnov énumère cette liste (je ne le ferai pas ici), et fait remarquer que la légion SS Galicie n’y figure pas. Y figurent des groupes qui, pendant la guerre civile, ont été à l’origine des pogroms les plus terribles, comme celui de Petlioura. Y figurent pourtant tous les « héros » de la guerre livrée par les nationalistes ukrainiens contre l’Armée rouge pendant qu’elle se battait contre les nazis sur le territoire de l’Ukraine — et en particulier ceux qui ont tué le général Vatoutine, qui commandait le front d’Ukraine… — qui étaient donc, objectivement parlant, des agents de l’Allemagne. — On sait aussi, hélas, d’après tous les récits des survivants juifs qui s’étaient réfugiés dans les forêts, que les partisans juifs, et tous les malheureux qu’ils protégeaient, craignaient beaucoup plus les intrusions des miliciens ukrainiens que celles des nazis — pour la raison toute simple que les Ukrainiens connaissaient le pays aussi bien que les gens qui se cachaient, et qu’ils n’hésitaient pas à tuer, à dénoncer, ou, dans le meilleur des cas, à racketter tous ceux qu’ils pouvaient découvrir.
Ce sont donc ces gens-là qui sont déclarés « anciens combattants pour l’indépendance de l’Ukraine », parce que certains, comme Choukhevitch, ont continué la lutte dans les années de l’immédiate après-guerre, cette fois contre les Soviétiques.

Timbre ukrainien à la gloire de Choukhevitch. 2007.

La question de leur statut social (combien sont encore vivants ? — ce sont tous des gens âgés de plus de 90 ans) est secondaire par rapport à celle de la liste établie pour la poser.
Il s’agit ainsi, depuis 1917, d’énoncer un invariant : les nationalistes ukrainiens ont toujours lutté contre les Russes, et contre les Allemands, et la notion même de l’identité ukrainienne se définit par cette lutte pour son indépendance.
Cette loi contient une deuxième facette : mettre en doute la légitimité de cette lutte pour l’indépendance, et, donc, des groupes désignés comme étant « combattants pour l’indépendance » devient aujourd’hui « une insulte à l’honneur de l’Ukraine ».
La rhétorique est, comme d’habitude, celle-ci :
1) les nationalistes sont, en eux-mêmes, l’incarnation du pays
2) mettre en cause leur légitimité devient donc, naturellement, insulter le pays en tant que tel.

La loi interdit dorénavant toute « falsification de l’histoire », — délit qu’elle punit d’une peine de cinq ans de prison, et d’une fermeture de l’organe de presse qui serait à l’origine de la « falsification ».
Mais qu’est-ce que c’est que cette « falsification » ? — C’est la mise en doute du statut des anciens combattants de Bandera, la mise en doute de la légitimité de leur combat. C’est donc la loi qui fixe désormais la vérité historique — et une vérité qui devient linéaire : il y a eu de tout des héros qui se sont battus pour le peuple ukrainien, l’Ukraine se définissant par ce combat, qui est toujours le même, contre les agresseurs extérieurs. Douter de ce mensonge vaut désormais la prison dans cet état démocratique et occidental que veut être l’Ukraine anti-russe.

La troisième loi condamne les régimes soviétiques et nazis, interdit l’utilisation de leur propagande et de leurs symboles, impose l’ukraïnisation des noms de rues, et des noms de villes, — de façon à faire disparaître toute trace des soixante-dix ans d’histoire de l’Ukraine soviétique.
Cette mise en parallèle des régimes nazis et soviétiques est accompagnée par une description de l’oppression nazie en Ukraine : sous le régime nazi, dit le texte, à cause de la « théorie des races », il existait des lois qui interdisaient « à certaines personnes d’occuper des postes dans la fonction publique ou d’obtenir une éducation ».
Le mot «Juif » n’est visiblement pas employé, et Andréï Portnov fait remarquer que, ce que les nazis interdisaient aux Juifs, ce n’étaient pas « certains postes dans la fonction publique », mais la vie. Or, cela n’est pas dit dans le texte de la loi.
En revanche, le texte de la loi fait la part belle à l’oppression soviétique, et au Holodomor (massacre par la faim de millions et de millions de paysans pour briser leur résistance à la collectivisation).

On entre là, pour moi, dans quelque chose qui est de l’ordre du principe. — Staline n’est pas Hitler, les communistes ne sont pas des nazis. Je ne veux pas dire, qu’on me comprenne bien, que les camps soviétiques étaient mieux que les camps allemands, que les tortionnaires soviétiques torturaient moins que leurs collègues allemands, — je veux dire qu’il n’y avait pas Treblinka chez les soviétiques. Ce qui ne signifie pas, encore une fois, qu’il n’y a pas eu de déportations de peuples entiers par Staline, et que s’il n’était pas mort quand il est mort, il n’aurait pas voulu faire déporter tous les Juifs « pour les protéger de la haine légitime du peuple soviétique » après la découverte du complot des « blouses blanches ».
Mettre un signe d’égalité entre les deux implique de nier la spécificité fondamentale du nazisme, c’est-à-dire le fait de mettre une place une loi qui interdit la vie pour le seul fait d’être né.
Et, pour moi, la question du Holodomor se pose : Staline a-t-il fait mourir de faim des millions de personnes parce qu’elles étaient Ukrainiennes (comme le disent les nationalistes) ou parce qu’elles résistaient à la collectivisation ? — Evidemment parce qu’elles résistaient, et que la résistance (générale en URSS, dans toute la paysannerie) était particulièrement forte en Ukraine. Bien sûr que cela servait aussi à réprimer toute tentative d’indépendance, et bien sûr que c’était aussi une « punition collective », pour chaque habitant de la campagne. Mais y a-t-il eu volonté délibérée de génocide de la population ukrainienne en tant que telle ?

Maintenant que toute les archives du NKVD vont s’ouvrir, on va peut-être trouver des ordres, des textes pour le confirmer.

Parce que la quatrième loi est celle qui va ouvrir toutes les archives de « l’occupation soviétique » — comme si l’Ukraine, c’était le régime soviétique qui l’avait occupée, et comme si l’Empire russe n’avait pas existé…
Mais oui, bien sûr, qu’il faut ouvrir toutes les archives. C’est une chose fondamentale, qui est aujourd’hui impossible, et de plus en plus impossible, en Russie, où la mémoire est, jour après jour, loi après loi, décret après décret, rognée, effacée, interdite.
Là, oui, toutes les archives vont s’ouvrir, et chacun, venant du monde entier (y compris donc, les chercheurs russes), pourra venir et établir la vérité historique. — Tel que je vous le dis là, ça paraît très bien. Et c’est très bien.
Toutes les archives, de toutes les administrations soviétiques (celles de tous les ministères) vont être regroupées, dans les six mois à venir, dans un seul institut qui va se créer.
Et là encore, c’est là que les problèmes commencent.
D’abord, Andréï Portnov, en historien, fait remarquer que le délai de six mois n’est simplement pas sérieux. S’agissant de millions et millions d’archives, souvent inconnues parce que classées secrètes par les soviétiques, il est impossible de les rendre accessibles au public en l’espace de six mois, pour la bonne raison qu’il faut d’abord les répertorier, les classer, les décrire, leur assurer une conservation et établir des règles d’accessibilité — bref, l’accès aux archives demande un certain temps, incompressible, et ce temps se mesure non pas en mois mais en années. Il s’agit donc, pour l’instant, d’un simple effet d’annonce.
Et puis, toutes ces archives sont regroupées au sein d’un institut spécialement créé. Un institut qu’on appelle « Institut de la mémoire nationale »… et qui le dirigera, qui s’en occupera, qu’est-ce que c’est que cet Institut ? Autant de questions sans réponse, me semble-t-il…

La mise en place du « Monde comme si », selon l’expression de Françoise Morvan : le pays qui se définit sur une base essentialiste. Il a toujours existé (mais, visiblement, on ne parle jamais de la période de l’Empire russe — c’est-à-dire de la période 1700-1917), et il a existé avec une essence unique et un territoire fixe (rien n’est dit des fluctuations, énormes, des frontières de l’Ukraine au cours de l’histoire, par rapport, par exemple, à la Pologne ou à la Roumanie). L’identité ukrainienne se crée en tant qu’identité victimaire — victimaire et héroïque. Mais si Bandera et les miliciens fascistes de l’UPA sont des héros — quid, par exemple, des résistants juifs qu’ils pourchassaient dans les forêts ? — Ces Ukrainiens juifs luttaient donc contre l’Ukraine quand ils essayaient de survivre aux nazis et aux milices ?

Une chronique longue, et pas gaie. Et pourquoi fallait-il adopter ces lois mémorielles maintenant ? Évidemment pour détourner l’attention de l’essentiel : de la crise économique terrifiante que traverse le pays pour répondre aux exigences de l’Europe d’Angela Merkel. Il s’agit, dans le ressentiment provoqué par la misère, de trouver une cause à ce ressentiment… De trouver l’ennemi.
C’est le triomphe absolu de Poutine, nationaliste russe, qui fait exactement la même chose, mais en beaucoup plus grand.

Retrouvez la version initiale de cet article sur la page Facebook d’André Markowicz.

*Photo : LASKI/SIPA. 00709487_000001.

Le FN a gagné en respectabilité mais reste dangereux

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L’épisode des élections « départementales » de mars 2015 est d’abord frappant par la disproportion entre ses effets immédiats et sa signification politique à moyen terme. D’un côté, on a affaire à une élection intermédiaire, qui donne une large victoire à l’UMP d’une manière parfaitement symétrique à ce qui s’était passé pendant la présidence de Nicolas Sarkozy. L’abstention a été moins importante que prévue et elle s’explique au demeurant par des raisons normales : on voit mal pourquoi les électeurs auraient dû se passionner pour l’élection des conseillers départementaux, alors qu’on leur répète depuis des années que le département est une institution inutile et coûteuse qui ne doit sa survie qu’au désir des élus de conserver leurs mandats. D’un autre côté, toute la campagne a tourné autour d’une catastrophe annoncée  et (provisoirement ?) évitée – la constitution du Front national en « premier parti de France » ; la seule question qui retient aujourd’hui l’attention est de savoir si les résultats du Front national dans cette élection annoncent la présence de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle, ce qui ferait passer au second plan l’affrontement entre les deux grands « partis de gouvernement ». Ainsi, dans un pays profondément inquiet pour son avenir, le seul enjeu réel de la compétition serait de savoir qui peut le mieux « barrer la route au Front national ».

Cette polarisation sur les résultats du Front national est d’autant plus frappante qu’on ne manque pas d’analyses sérieuses et aisément accessibles des problèmes posés par sa progression et par son installation durable dans le paysage politique. Pascal Perrineau[1. Pascal Perrineau, La France au front, Fayard, 2014.] explique cettela montée régulière du Front par le fait que Marine Le Pen n’a pas seulement réussi à « dédiaboliser » son parti en abandonnant peu à peu le folklore compromettant que cultivait son père, mais qu’elle a su, en jouant des faiblesses des « grands » partis, le faire apparaître comme la seule force capable de faire entendre les inquiétudes de ceux qui, pour de bonnes et de mauvaises raisons, se considèrent comme les vaincus des dernières vagues de modernisation.[access capability= »lire_inedits »] Christophe Guilluy[2. Christophe Guilluy, Fractures françaises, François Bourin, 2010 ; La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014. ] éclaire la sociologie et, surtout, la géographie de cette crise de légitimité du projet modernisateur, en montrant comment elle sépare de plus en plus deux France qui ne sont plus vraiment celle de la droite et celle de la gauche, encore moins celle des riches et celle des pauvres : les frontières politiques traversent à la fois les classes populaires et les élites, mais l’incapacité des partis traditionnels à prendre en compte les effets tout à la fois économiques et démographiques de l’ouverture des frontières conduit une grande partie des classes populaires (plutôt de « gauche ») et une part non négligeable des classes moyennes (souvent « de droite ») à faire du Front national le porte-voix de leurs mécontentements. Laurent Bouvet[3. Laurent Bouvet, L’Insécurité culturelle, Fayard, 2015.], enfin, a remarquablement analysé la panne d’imagination de la gauche, supposé parti du mouvement, devant une « insécurité culturelle » qui n’entrait pas dans ses concepts sociologiques et qui remettait en question le postulat d’une moralité naturelle du « peuple[1] ». Face à cela, les grands partis s’en sont pour l’essentiel tenus à la réaffirmation des choix qui provoquent l’inquiétude d’une grande partie de nos compatriotes sans jamais considérer les « raisons »[4. Ce constat désagréable a connu deux réponses dont on ne sait pas trop si elles sont complémentaires ou contradictoires ; la première, due à l’association Terra Nova, revient à abandonner le vieux peuple à son triste sort en cherchant à s’appuyer sur une coalition bigarrée qui va des militants LGBT aux jeunes issus de la diversité, avec l’électorat féminin comme base de masse ; la seconde, que défend notamment le vigilant Edwy Plenel, consiste à dénoncer dans les différentes « phobies » qui polluent l’atmosphère française le fruit de choix réactionnaires que des élites perverses auraient réussi à diffuser dans des classes populaires foncièrement étrangères à ces passions malsaines.] que ceux-ci croient pouvoir invoquer. La gauche s’est longtemps contentée de jouer sur sa politique de redistribution, avant de se préoccuper d’un prétendu apartheid qui est en fait le principal effet des politiques suivies depuis vingt ans. La droite est quant à elle restée essentiellement passive, sous couvert de pragmatisme, tout en s’efforçant d’envoyer des « signaux » aux électeurs du Front, et elle perd finalement sur les deux tableaux.

Tout cela pourrait conduire à une vraie crise de régime si le Front réussit à se présenter comme une alternative aux deux partis traditionnels. Comme l’a brillamment montré Pierre Martin[5. Pierre Martin, Comprendre les évolutions électorales. La théorie des réalignements revisitée, Presses de Sciences Po, 2000.], la situation actuelle est le résultat du dernier « réalignement électoral », qui, dans les années 1980, a conduit à une situation caractérisée par l’alternance régulière entre deux blocs dominés par deux partis qui acceptaient peu ou prou les conséquences du choix « européen » de 1983 et qui laissaient à un Front national périphérique la gestion des ressentiments engendrés par la modernisation. Ce système reposait sur le mode de scrutin majoritaire à deux tours et sur l’exclusion du Front national, mais, contrairement à ce que prétendait celui-ci, il n’était pas en lui-même illégitime ; les résultats du Front « reflétaient » bien quelque chose : l’intensité du rejet dont il était l’objet et son incapacité à nouer des alliances dans une coalition à vocation majoritaire. La « dédiabolisation » réussie par Marine Le Pen a suffisamment réduit le rejet du FN pour que sa sous-représentation devienne problématique, mais cela ne suffit pas à l’intégrer dans le système partisan « normal » ; paradoxalement, on peut même dire que, en reprenant à son compte un discours social et économique « de gauche », elle s’est volontairement fermé la voie suivie par d’autres partis « populistes » européens, qui sont devenus l’aile droite de la droite. En devenant plus respectable, le Front national ne s’intègre pas pour autant dans le système des partis de gouvernement, et son principal but devient l’éclatement de l’UMP, dont il peut séduire une partie des électeurs pour mieux détruire un héritage européen et libéral qui, quels que soient ses défauts, me paraît plus attirant que ce que suggèrent aussi bien la politique étrangère du Front national que son programme économique.

Il est possible, comme l’a suggéré ici même Luc Rosenzweig, que le retour à la proportionnelle dans les législatives apparaisse comme nécessaire pour mieux représenter les électeurs du FN tout en excluant leur parti du pouvoir. Il est douteux que cela suffise durablement à rétablir la « confiance », qui ne repose pas seulement sur le respect des libertés, mais qui suppose aussi que le pouvoir soit capable d’entendre ce que lui dit le peuple.[/access]

*Photo : Laurent Cipriani/AP/SIPA. AP21666581_000003.

Naufrage des migrants: l’Europe responsable?

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Le nouvel appel du Pape à sauver les milliers de migrants qui tentent chaque jour de franchir la méditerranée est poignant. Le chef de l’Eglise catholique est incontestablement dans son rôle moral et spirituel. Il ne lui appartient pas d’envoyer sa flotte sauver les désespérés de l’Afrique. « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Depuis que l’Italie s’est unifiée, le Vatican est déchargé des contraintes de gestion et c’est tant mieux pour lui. Les chefs d’Etat européens sont théoriquement dans une logique autre, celle du pragmatisme.

L’Italie, émue par les catastrophes, a longtemps payé pour les autres. Son opération Mare Nostrum a fait baisser pendant quelques mois le nombre des catastrophes maritimes. Elle a aussi considérablement accéléré les tentatives de passage. Épuisée d’être en première ligne, l’Italie a laissé l’Union Européenne prendre le relais avec les moyens qui sont les siens; c’est-à-dire pas grand chose. Avec Triton, la série macabre des naufrages reprend son cours.

On comprend toutefois que nos chefs d’Etat hésitent à augmenter les financements d’une telle opération. Notre continent n’a pas les moyens d’assumer une immigration subsaharienne inépuisable. Elle n’a surtout pas les moyens d’alimenter des filières crapuleuses, en se portant au secours de radeaux abandonnés; des embarcations de fortune avec pour seul gouvernail un téléphone satellitaire pour appeler les secours. L’Europe est montrée du doigt pour son « indifférence ». Mais elle est pourtant la seule à agir. Et plus l’Europe engage des moyens pour sauver les migrants, plus ils sont de candidats à risquer leur vie en mer. C’est l’hôpital qui se moque de la charité.

La solution n’est donc pas humanitaire. Elle est avant tout juridique et politique; elle passe par la signature d’accords avec les pays de transit.  L’Australie l’a fait avec l’Indonésie, et elle a asséché le marché des passeurs sans scrupule. Tout bateau de migrants qui quitte irrégulièrement les eaux territoriales indonésiennes est raccompagné par les garde-côtes australiens. Un retour systématique des migrants, sauvés des eaux, les dissuade de se ruiner dans une vaine traversée. Au sein de l’Union européenne, c’est d’ailleurs la règle: un immigré en situation irrégulière est expulsé vers le pays qui l’a laissé partir.

Mais élargir ce principe de responsabilité à l’ensemble de la rive sud de la Méditerranée n’est pas possible sans une Libye et une Syrie stables, capables de signer et de respecter des accords. Aujourd’hui, l’urgence commande d’abord d’aider les autorités libyennes et syriennes à reprendre le contrôle de leur pays.

Dans une Europe économique et sociale à bout de souffle, la maîtrise des flux migratoires est une question de survie. Le rejet de l’Europe est d’abord le rejet d’une Europe passoire, incapable de contrôler ses frontières autrement que par la rhétorique humanitaire.

*Photo : Francesco Malavolta/AP/SIPA . AP21722338_000005.

Et Hollande fut brillamment admis à Normale-Sup

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Fasciné et souvent angoissé par les choses inexplicables qui l’entourent, l’homme s’évertue depuis toujours à tenter de les expliquer. Présomptueux et arrogant de ces mystères il veut être l’organisateur. Erreur, funeste erreur…

Il y a en ce monde une part d’inconnu qui ne peut être réduite à une vulgaire entreprise de rationalisation. Seuls les grands et vrais poètes parviennent à saisir la beauté de l’inexplicable. Qui oserait expliquer le miracle de la fraise des bois fraichement éclose dans la mousse des clairières ? Quel prétentieux, sourd aux voix portées par la lumière divine, s’enhardirait à disséquer les soi-disantes raisons de l’élection d’un homme à la magistrature suprême.

Expliquer est donc un vain mot. Prenons par exemple la France ce pays béni des dieux. De prétendus économistes, épaulés par des politiciens avides et sans scrupule, se demandent pourquoi depuis 2012 le chômage augmente et les déficits se creusent. Une pitoyable tentative qui ne peut trouver une réponse plausible qu’en s’adressant à celui qui régna avant 2012.

Les mêmes, bavards impénitents, usent leur salive essayant de saisir ce qui fait que tant de Français apportent leur suffrage au Mal ? D’où vient le Mal se demandent-ils ? Mais le Mal est ! Tout simplement ! Il ne s’explique pas. Autant essayer d’expliquer le Christ par l’Antéchrist. Pauvres rationalistes sans foi et sans cœur.

On en vient ainsi à nier le hasard, sublime caprice de la Providence, sans lequel l’Histoire ne serait ce qu’elle est. On attendait Grouchy mais c’est Blücher qui est arrivé. On attendait quelqu’un à l’Elysée et il s’est attardé dans une chambre d’un Sofitel à New York. Comme dans les plus belles des tragédies grecques il y a une grandeur envoutante dans cet implacable cheminement du destin.

Alors expliquer quoi ? Aucun des philosophes n’est d’accord sur la question. Spinoza a-t-il dit la même chose que Socrate ? Nietzsche est-il en phase fusionnelle avec Kant ? Et Cambadélis dans ses écritures ressemble-t-il à Benoit Hamon ? Croyez-vous que Valls soit un apôtre de Martine Aubry ? Non. Ne nous égarons pas sur ces voies de traverse où la pensée trébuche. Seules les âmes bien nées, vierges de toutes scories livresques et scolastiques, peuvent accéder au Graal caché dans la forêt de Brocéliande. Un penseur assez quelconque (et c’est pourquoi il a eu du succès) a dit un jour : « Je pense donc je suis ». Une hérésie faite pour flatter le commun des mortels. Je proclame que le « je suis » est hautement supérieur au « je pense ». Moi je suis.

PCC François Hollande.

*Photo : WITT/SIPA. 00710846_000001.

«Moi professeur» et les lycéens qui ne sont pas Charlie

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(Avec AFP) – Dans un surréaliste exercice de transformisme, François Hollande a revêtu le costume du prof de lycée pour dialoguer avec cinq lycéens de Thiais (Val-de-Marne), dimanche lors de l’émission « Le Supplément » sur Canal+. Un échange aux allures de télé-réalité, centré sur le polémiste Dieudonné et les juifs.

Décrétée « priorité » du quinquennat, la jeunesse était au centre des débats dimanche sur Canal+. Suivis une semaine durant par la chaîne, qui les montre notamment en train de débattre de l’attentat contre Charlie Hebdo et de la liberté d’expression, les cinq lycéens ont pris place, en fin d’émission, autour du chef de l’État.

Dans le reportage diffusé avant leur entrée en plateau, une lycéenne expliquait son refus d’être Charlie : « Quand Dieudonné a dit du mal des juifs, direct il a été attaqué en justice. Combien de fois ils ont dit du mal de l’islam et personne n’a rien dit. » Visiblement, pour elle, l’assassinat de 17 personnes n’est donc « rien » comparé à une amende, et les frères Kouachi ne sont « personne »… L’enseignement des poids et mesures laisserait-il à désirer ? Un autre balance : « C’est gros, quand même, le coup de la carte d’identité. Moi je pense que c’est un complot, c’est des gens qui veulent pas du musulman en France qui font ça. »

Le reportage se termine à une table de cafétéria, où Yacine singe la fameuse anaphore présidentielle en remplaçant « Moi président » par « Moi futur citoyen ». Sa toute dernière phrase mérite d’être entendue : « Moi futur citoyen, j’aimerais ne pas être dans la crainte pour mes jours, notre sécurité, quoi. »

Outre les « trucs à régler » comme « le chômage », rapidement évacués en fin de séquence, la conversation en plateau avec le président a donc quasi exclusivement tourné autour de trois sujets : les religions, les juifs et Dieudonné.

– Un lycéen pose d’emblée la question qui tue : « Doit-on se cacher de rire de Dieudonné ? Doit-on avoir honte d’aimer les spectacles de Dieudonné ? »

– M. Hollande : « On doit réfléchir. Ceux qui y vont rient. Mais qu’est-ce qui fait que l’on rit de ça ? »

– « Parce que c’est marrant…, répond du tac-au-tac Nadia, qui se dit musulmane. Chacun a son opinion. Je vais faire une blague, ça va pas faire rire tout le monde, ça va faire rire certaines personnes et pas d’autres »

– « Quand il se déguise en nazi et qu’il dit qu’il faut tuer des juifs, c’est drôle ? »

– « C’est qu’une blague », rétorque Nadia. « C’est un personnage », précise Yacine. Et au sujet d’un autre de leurs camarades, qui s’était fait une moustache à la Hitler en cours d’Allemand, il avance : « Il se moque d’Hitler, il ne se moque pas des juifs. »

– « S’il se moquait d’Hitler, ce ne serait pas un problème. S’il se moque des juifs qui justement ont échappé aux camps de la mort ou qui sont morts dans ces chambres à gaz, là, c’est une apologie de la haine », recadre le chef de l’État qui croit qu’on parle encore de Dieudonné. Puis il rappelle qu’« il n’y a pas eu que le génocide des juifs » et évoque le génocide arménien de 1915. Nadia grimace…

– « Mais on parle plus des juifs », assure-t-elle, visiblement chiffonnée.

– « On en parle parce qu’il y a eu six millions » de morts, explique le professeur-président.

– « Une mort, ça reste une mort », objecte Yacine. Nadia renchérit : « Qu’il y en ait un ou cent qui meurent, c’est pareil. »

– « Ce n’est pas pareil. Qu’est-ce que c’était que la Solution finale ? De les tuer tous, de les exterminer, de faire qu’il n’en reste plus un, qu’on ne puisse même pas trouver leurs cadavres, qu’on élimine une partie de l’humanité. C’est ça qui était en cause. C’est pour cela qu’on soit juif, chrétien, musulman ou rien du tout, on doit avoir ce respect par rapport à ce qui s’est produit. »

S’ensuit un débat sur l’enseignement de l’histoire des religions à l’école. Nadia regrette qu’« on étudie le judaïsme à travers les conflits ». Et Lucie admet : « Le judaïsme, je ne me souviens plus du tout de mon cours ». Dès le reportage dans leur lycée, un autre avait déjà confié : « On parle surtout des conflits entre les religions, on n’apprend pas leur histoire, on n’essaie pas de les comprendre. »

A entendre ces jeunes gens badiner avec le Président, on se dit que l’enseignement de la différence entre kalachnikov et caricature nécessiterait aussi, sans doute, quelques heures de cours supplémentaires… donnés par un vrai prof armé d’une craie.

L’Etat islamique exécute 28 chrétiens en Libye

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Daech vidéo Etat islamique chrétiens Ethiopiens Libye

Le groupe Etat islamique (EI) a diffusé dimanche une nouvelle vidéo qui menace les chrétiens en montrant l’exécution d’au moins 28 hommes, présentés comme des Ethiopiens, par des djihadistes en Libye.

La diffusion de cette vidéo sur des sites djihadistes intervient deux mois après celle d’images d’exécutions de 21 chrétiens coptes, pour la plupart des Egyptiens, qui avait provoqué une réaction armée du Caire.

La nouvelle vidéo de 29 minutes montre deux groupes d’hommes présentés comme des « fidèles » de « l’Eglise éthiopienne ennemie ».

Les 12 hommes du premier groupe sont égorgés sur une plage tandis que les 16 du second sont tués par balles à bout portant dans une zone désertique indéterminée.

Il était impossible de déterminer l’origine et les circonstances de la capture.

L’enregistrement porte le logo de l’EI et sa mise en scène présente des similarités avec la précédente vidéo sur la décapitation des 21 coptes.

Les 12 hommes, vêtus de combinaisons oranges, sont amenés sur la plage avant d’être couchés au sol et décapités au couteau. Un homme habillé en noir s’exprime en anglais alors que les autres bourreaux, un derrière chaque prisonnier, sont intégralement vêtus de treillis militaires et silencieux. Tous sont masqués.

L’orateur, qui brandit un pistolet, menace les chrétiens s’ils ne convertissent pas à l’islam.

Les images des exécutions concluent la vidéo de 29 minutes. Auparavant, elle montre des hommes présentés comme des chrétiens de Syrie expliquer que les djihadistes leur ont donné le choix de se convertir à l’islam ou de payer, et qu’ils ont choisi de donner de l’argent.

C’est la première fois que l’EI cible dans une vidéo des ressortissants de l’Ethiopie, un pays situé au sud-est de la Libye et séparé par le Soudan.

Environ deux-tiers des Ethiopiens sont chrétiens, la majorité d’entre eux étant des coptes orthodoxes, une communauté qui affirme être présente dans la Corne de l’Afrique depuis le 1er siècle.

De nombreux Ethiopiens ont quitté leur pays pour aller chercher du travail, notamment en Libye, où la main d’oeuvre étrangère était nombreuse avant que le pays ne tombe dans le chaos à la suite de la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Des Ethiopiens rejoignent aussi la Libye pour tenter de rejoindre l’Europe par la mer.

L’EI a déclaré un califat sur les pans de territoire syrien et irakien sous son contrôle et y multiplie les exactions. Certaines atrocités sont, à l’image de celles diffusées dimanche, mises en scène dans des vidéos insoutenables, devenues une arme de propagande des djihadistes.

Le groupe ultra-radical a pris pied en Libye en profitant du désordre dans le pays livré aux milices et dirigé par deux gouvernements rivaux. Il contrôle notamment des zones dans la région de Syrte, une ville côtière située à 450 km à l’est de Tripoli.

L’ONU tente depuis mars une médiation entre les deux pouvoirs rivaux avec des pourparlers qui se sont poursuivis dimanche dans la ville marocaine de Skhirat, près de Rabat.

Le médiateur de l’ONU, Bernadino Leon, y a qualifié de « très préoccupantes » les informations « pas encore confirmées » concernant les nouvelles « activités terroristes de l’EI ».

Par ailleurs, le chef de l’Eglise anglicane, l’archevêque de Canterbury Justin Welby, s’est rendu dimanche en Egypte pour présenter ses condoléances après la décapitation des 21 coptes. Il devait y rencontrer le président Abdel Fattah al-Sissi, le grand imam d’Al-Azhar, la plus haute autorité sunnite du pays, ainsi que le pape copte Tawadros II.

Joe Bananas, le mafieux moraliste

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joe bananas mafia

Les Parrains ont le sens de l’humour. On les interroge sur le crime organisé, ils répondent honneur familial. On fustige leur violence sans limite, ils préfèrent se réfugier derrière la morale sicilienne. On croit donc ouvrir un livre sur la guerre des gangs dans le volcan new-yorkais du XXème siècle, et on s’aperçoit que l’autobiographie de Joseph Bonanno dit « Joe Bananas » (1905-2002) lorgne plus du côté de Machiavel que de Coppola. Les amateurs de fusillades en seront pour leur frais. Les apprentis politiciens y trouveront, par contre, matière à asseoir leur pouvoir.

En clair, ce document inédit en français sera plus utile rue Saint-Guillaume qu’aux Baumettes. C’est à la fois un manuel de guerre, un précis de psychologie humaine et une réflexion sur l’usage de la force. Car celui qui prit la succession de Salvatore Maranzano en 1931 et inscrivit le nom de Bonanno au rang des cinq grandes familles du Milieu n’est pas un parrain comme les autres. Son respect de la Tradition et son érudition en font un cas d’école dans l’univers bariolé et fantoche des mafieux. Joe ne répugnait pas à la violence, elle est nécessaire, inévitable dans les « affaires » qu’il traitait, elle ne suffit pourtant pas à expliquer sa longévité. Pendant plus de vingt ans, il siégea à la Commission, le gouvernement de la mafia et devint une légende « noire» de la Grosse Pomme.

La manufacture de livres, éditeur entre autres de Lucky Luciano, Al Capone ou Zampa, a toujours la main heureuse pour déterrer des récits explosifs. Cette maison a constitué, au fil des années, un catalogue de la pègre sous toutes ses formes tout en soignant la qualité littéraire. Les livres de bandits repentis ou non souffrent trop souvent d’approximations stylistiques. A la Manufacture, les mots ont la percussion des balles et l’odeur de poudre, le parfum des bootleggers. Ce texte publié à l’origine en 1983 retrace l’ascension d’un garçon dans un monde opaque où les liens du sang et l’appât du gain ne favorisent guère la paix des ménages. C’est Eschylien comme aurait dit le regretté Albert Simonin. Dans ce remake d’Il était une fois en Amérique, Joe Bananas évoque ses souvenirs, ses amitiés et surtout ses emmerdes. Une fois dans le viseur du FBI, il dût faire preuve d’une ingéniosité sans relâche pour éviter un trop grand nombre d’années au placard.

Les pages consacrées à sa Sicile natale et à l’époque fantasque de la Prohibition sont des témoignages précieux sur les rêves contradictoires des immigrés. Une lutte intérieure se met en place entre les aspirations du Nouveau monde et l’attachement sentimental à l’Ancien. Un conflit autrement plus dévastateur que les coups de feu, les risques du métier tout au plus. Si Joe Bananas est discret sur la source de ses profits (le racket et les paris clandestins réinvestis dans les activités légales comme le textile ou l’agro-alimentaire), il l’est moins sur sa conception de l’honneur. « Les hommes de ma Tradition ont toujours considéré la richesse comme un des sous-produits du pouvoir. Ils ne conduisent pas des affaires, mais des hommes » écrit-il. Au-dessus de tout, il place la sacro-sainte famille. Joe Bananas explique que « le parrain est tout à la fois un symbole, un arbitre, un conciliateur, un juge, un diplomate, un chef ». Padre Joe est resté toute sa vie un traditionaliste, il a combattu les modernes, les tenants de l’américanisation à l’instar de Luciano. Selon lui, la chute de Lucky résulte de cet éloignement aux racines : « sans une Tradition pour le guider, il avait basé  son système de valeurs sur la plus primitive de toutes : l’argent. Dans son vocabulaire, les mots « bénéfice » et « consortium » avaient plus de réalité que « confiance » et « honneur ».  La messe est dite.

Homme d’honneur – Autobiographie de Joseph Bonanno – La manufacture de livres.

Un homme d'honneur

Prix: 39,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : deviant art.

Polar : Back to Black

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Au commencement, pour nous, Gallmeister ce fut Le gang de la clef à molette de Edward Abbey. Un road-movie écologiste, insolent, anarchiste, désespéré, prophétique, amoureux, qui datait de 1975, n’avait connu qu’un très faible succès lors d’une première édition française en 1997 avant de trouver enfin ses lecteurs en 2006.  On y voyait se profiler le désenchantement et l’inquiétude devant un système économique qui condamnait la beauté et qui annonçait la fin d’un rapport innocent, whitmanien, à la beauté du monde. Et il faut croire qu’entre 1997 et  2002, en France, on a eu quelques raisons de penser que l’écologie était trop sérieuse pour être réservée aux Verts.

Un peu moins de dix ans après ce grand succès, Gallmeister  est donc surtout connu par le lecteur français comme un grand passeur de « nature writing ». Ce genre dit une Amérique perdant ses grands espaces en même temps que ses grandes illusions  et se met à les célébrer dans des histoires lyriques et violentes, nostalgiques et somptueuses à la façon d’un Jim Harrison, ce Rousseau qui adorerait le whisky. Ce n’est donc pas dans les romans de cet éditeur que vous trouverez un éloge du gaz de schiste, des panneaux publicitaires au bord des routes et des forages pétroliers qui flinguent un peu plus chaque jour l’Alaska. De manière assez amusante, si l’on veut, les romans Gallmeister mettent le lecteur ultralibéral ou libertarien devant ses contradictions : la nature n’est pas compatible avec le laisser-faire économique et elle n’est la propriété de personne. Et de fait, parce que l’environnement et l’écologie sont désormais explicitement des enjeux politiques, on a  souvent flirté dans le catalogue Gallmeister avec le roman noir, ce roman noir qui a toujours été là pour dire les nouveaux désordres, les nouveaux points de contractures dans le grand corps social.

Cela explique certainement en partie pourquoi Gallmeister avec sa collection  néonoir lancée au mois de mars, a décidé de jouer avec l’ADN de sa maison. Est-ce l’anniversaire des 70 ans de la Série noire, cette grande soeur fondatrice qui a donné des envies à l’éditeur, mais la collection néo-noir  renoue  avec les codes originels d’un genre qui a parfois du mal à exister entre le polar ethnographique, le thriller technologique, le whodunit ésotérique, j’en passe et des pires.

Néonoir, pour commencer, a adopté une charte graphique délibérément janséniste et on remerciera la collection de nous épargner ces couvertures flashy qui sont désormais imposées au lecteur de littérature de genre. En plus, néonoir prend le parti du roman noir, ce qui est logique me direz-vous, mais du vrai, du dur, du tatoué. Il n’y aura pas d’eau dans le whisky des cinq premiers titres de la collection qui enchanteront l’amateur parfois frustré malgré l’abondante production éditoriale estampillée polar. Car l’amateur, ce qu’il aime, lui, comme dans les romans de Jake Hinkson, Benjamin Whitmer, S. Craig Zalher ou Matthew Mc Bride proposés ici, c’est de retrouver ce qu’il aimait chez Jim Thompson, Charles Williams voire David Goodis: comment tombent les hommes, comment s’effacent les frontières entre le bien et le mal, comment se passent la vie et la mort des perdants du Rêve Américain, qu’il s’agisse d’un flic du Missouri ou d’un ouvrier licencié. On est dans les zones industrielles, les petites villes étouffantes, les parkings de centres commerciaux.

Bref, retour aux origines. Néonoir, la collection qui se réfère aux fondateurs, mérite pourtant son titre car tout ce qui est vraiment nouveau, on le sait, est en fait très ancien et seule la tradition est révolutionnaire, comme disait Péguy. Ou si vous préférez Amy Winehouse à Péguy,  néonoir, c’est « back to black ».

 

Premiers titres de la collection « néonoir » :

Pike et Cry father de Benjamin Whitmer

Exécutions à Victory de S.Craig Zahler

L’enfer de Church Street de Jake Hinkson

Frank Sinatra dans un mixer de Matthew McBride.

 *Photo :  Jim Brickett.

Hollande traverse le Canal du midi

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hollande canal plus

hollande canal plus

Après la Bérézina des départementales, les temps sont difficiles pour le Parti socialiste et le gouvernement. François Hollande s’est donc prêté à l’exercice de la confession et de l’interview sur mesure afin de rallier électeurs et frondeurs à son étendard. À deux ans des élections présidentielles, avec un PS à 13 % et un Front national à 25% aux dernières élections, l’exercice ne tient plus de l’exploit mais du miracle. C’est sans surprise  que l’on a vu dimanche François Hollande s’adresser avant tout à l’électorat qui le soutient encore, c’est-à dire Paris intra-muros, et aux futurs électeurs dont les convictions ou l’indifférence pèseront fortement dans la balance : les jeunes, et plus précisément ceux qui voteront, ou pas, dans deux ans.

La forme en dit long sur le fond et sur les priorités du futur président sortant Hollande. Lui, déjà candidat, a choisi Le Supplément, talk-show animé par l’incisive Maïtena Biraben, entourée d’une collection de chroniqueurs jeunes, branchés et très parisiens. Du mini-sujet sur la haute-couture et les tailleurs présidentiels aux incursions dans les coulisses des réunions de travail filmés à la manière d’une mauvaise télé-réalité, en passant par l’impertinence très convenue de Cyril Eldin ou la poussive « bio interdite » de Vincent Dedienne, on navigue entre le Faubourg Saint-Honoré et les Bains-Douches, entre confession élyséenne et journalisme people. Le « président normal » a choisi pour son retour sur le devant de la scène de se changer en « président Canal ».

Les sujets proposés mettent soigneusement en avant les succès du Rafale et la posture de chef des armées de François Hollande et ne se départissent jamais d’un ton sentencieux et de l’impertinence docile et mollassonne devenue la marque de fabrique de Canal +. On suit François Hollande en déplacement avec Fleur Pellerin en hélicoptère Puma pour l’inauguration de la grotte Chauvet. On suit les paras et légionnaires français en opération au Niger et l’on a le plaisir d’entendre Jean-Yves Le Drian commenter le contrat Rafale avec l’Inde par un retentissant : « Moi, je veux de l’oseille ! »

François Hollande n’est pour autant pas complètement en terrain conquis sur le plateau du Supplément et l’interview de Maïtena Biraben ne ménage pas toujours le président Hollande. « Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen en 2002. Est-ce que vous accepterez de débattre avec Marine Le Pen si elle est présente au second tour ? », questionne Maïtena Biraben. « Je ne suis pas en position de répondre », répond Hollande. « Vous n’êtes pour le moment pas en position d’être au deuxième tour », lui rétorque la journaliste.

L’exercice médiatique, deux heures d’interview durant lesquelles François Hollande est gentiment bousculé, entrecoupées de mini-reportages mettant en avant notamment le rôle de diplomate du président français face à Poutine dont le mandat est qualifié de « porno d’ego monumental », se prête parfaitement à la stratégie de François Hollande. « On vous connaît mal », lance la présentatrice. « Je suis venu pour ça », répond François Hollande. Le président « de tous les Français » a beau valoriser l’image d’un président simple et proche du populo, ce n’est cependant pas à tous les Français qu’il s’adresse mais à un électorat plus resserré. En cela, rien n’a changé depuis le débat de l’entre-deux tour avec Nicolas Sarkozy au cours duquel François Hollande s’était posé avant tout en rassembleur…de la gauche.

Le jugement porté par François Hollande sur les électeurs transfuges passés du PS au FN dans une petite ville ouvrière du Nord-Pas-de-Calais ne trahit pas la stratégie que feu Olivier Ferrand, ancien directeur de Terra Nova, avait parfaitement exprimée : séduire les jeunes, les immigrés et les « bobos »…et laisser tomber les classes populaires déjà gagnées par le Front national. La condescendance vis-à-vis des électeurs FN qui s’expriment au micro des journalistes de Canal + est à peine voilée. « Ils vivent leur vote douloureusement. Ils sentent qu’il y a une transgression. » « Ils ne croient plus au système démocratique. » Autant dire que pour François Hollande, ceux-là sont définitivement perdus pour la société, ou du moins pour le Parti Socialiste. En plus d’être anti-démocrate, voilà un électorat auquel on ne se propose de faire la charité qu’avec un pince-nez tant il paraît ingrat : « Rien d’autre ne comptera sauf les sous. Ils les comptent un à un. » « Ils sont au RSA et ils se plaignent de l’assistanat. » Le programme économique du FN ne semble, il est vrai, pas tellement effrayer François Hollande qui garde peut-être en mémoire l’indigente prestation de Florian Philippot sur les questions économiques face à un Emmanuel Macron très offensif. « Marine Le Pen parle comme un tract communiste des années 70 », conclut-il. Les communistes ont bien entendu apprécié la comparaison. À ce tarif-là, on comprend qu’Emmanuel Macron interviewé dans une courte séquence par Cyril Eldin se sente d’humeur à reprendre en chœur L’Eté indien. Il chante pas mal d’ailleurs, Macron. Si le prochain remaniement lui est défavorable, il aura toutes ses chances à The Voice.

Voilà donc un François Hollande installé en chef de guerre et chef de la diplomatie en début d’émission, un Hollande parlant anglais et séduisant les chefs d’entreprise américains raides dingues de sa chienne Philae, un Hollande détendu caressé dans le sens des lunettes par des chroniqueurs branchés, obséquieux et parfaitement ennuyeux, un Hollande moderne à tu et à toi avec Cohn-Bendit à l’Elysée et surtout un Hollande qui fait les yeux doux au parti éternellement courtisé par les politiques en manque de deuxième souffle : celui de la jeunesse.

C’est donc très logiquement que l’émission se conclut par un court sujet sur la laïcité à l’école et par l’irruption d’un quarteron de lycéens pas encore au chômage qui posent d’ailleurs quelques questions assez intéressantes au président de la République. Pourquoi, dans les programmes scolaires, le christianisme et l’Islam tiennent-ils une si grande place tandis que le judaïsme objet de tous les fantasmes dieudonnistes n’est quasiment pas présenté, hormis « à travers les conflits » comme le précise une élève ? La situation ne risque pas de s’arranger. Dans les nouveaux programmes, en matière d’histoire des religions et des civilisations, l’islam se taille la part du lion, le christianisme se fait plus discret et le judaïsme reste un grand absent. Voilà un terrain sur lequel l’Education Nationale n’a pas encore décidé de faire réellement concurrence à internet… C’est d’ailleurs un des lycéens présents qui réussit bien mieux que François Hollande ou n’importe lequel des journalistes présents à définir la notion de laïcité. « Pour moi la religion n’a pas sa place dans l’Education Nationale. Si je suis religieux, c’est pour moi et je n’ai pas besoin de savoir qui pratique quelle religion. » Voilà quatre mois de réflexion gouvernementale sur la laïcité à l’école depuis Charlie résumés et balayés en deux phrases. A quoi va bien pouvoir s’occuper désormais Najat Vallaud-Belkacem ? Non content de gâcher le métier de la ministre, le petit impénitent confie sur le plateau son intention de quitter la France pour aller chercher du travail ailleurs. Décidément, les jeunes ne respectent rien.

« La jeunesse c’est l’optimisme » ! répète néanmoins François Hollande. Il ne s’agirait pas de voir le débat devenir trop sérieux et l’on se réfugie donc bien vite derrière quelques éléments de langage assez insipides pour contenter tout le monde avec cependant un petit trébuchement assez énigmatique de notre président concluant son exercice promettant « d’avancer en ne retournant pas sa tête derrière ». C’est en effet plus prudent. Avec les perspectives électorales du Parti Socialiste, la dernière chose à faire serait de risquer un coup du lapin fatal en jetant un trop prompt regard en arrière sur les trois premières années d’une présidence qui rarement aura été autant contestée dans l’histoire de la Cinquième république. « La France, ce n’est pas la nostalgie », conclut François Hollande. Avec un bilan comme celui-ci, il est en effet préférable de songer à l’avenir. À ce propos, « vous remaniez en juin ? » lui lance Maïtena Biraben en guise de mot de la fin. Décidément, on n’est tranquille nulle part.

*Photo : Philippe Wojazer/AP/SIPA. AP21723170_000006.

Ukraine : des lois mémorielles amnésiques

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ukraine urss nazisme

ukraine urss nazisme

Le 9 avril dernier, l’Ukraine a adopté une série de quatre lois mémorielles. Ces lois sont caractéristiques des dangers que je soulignais ici même dès février 2014 en ce qu’elles montrent l’influence mortifère du nationalisme, — et cette influence n’est pas une « dérive », mais un glissement inévitable, alors même que les nationalistes en Ukraine, comme partout, sont ultra-minoritaires. Le fait est que ces lois sont leur triomphe, adoptées au Parlement, et souvent à une très large majorité — à part que, ce triomphe, il n’est pas que le leur.
Je reprends ici les analyses que j’ai vues en lisant les pages Facebook de Ioulia Shukan et d’Anna Colin Lebedev, et une intervention d’un journaliste et historien ukrainien, Andréï Portnov.
C’est que ces lois sont une illustration de la rhétorique et des méthodes des nationalistes, quasiment où qu’ils soient.

La première loi est celle qui, apparemment, pose le moins de problèmes : il s’agit de commémorer la victoire contre le nazisme pendant la Deuxième guerre mondiale. — Fallait-il une loi pour le faire ? Oui, parce que, comme le fait remarquer Andréï Portnov, tout se joue dans la dénomination. Le Parlement ukrainien commémore la victoire dans la « Deuxième guerre mondiale » et non pas dans la « Grande guerre patriotique » (expression soviétique), ce qui implique que l’Ukraine, en tant que telle, en tant que pays, a figuré parmi les vainqueurs du nazisme. — Et ça, déjà, évidemment, c’est lourd d’implications.

La deuxième loi, présentée par Iouri Choukhevitch, le fils du nationaliste Roman Choukhevitch (qu’on voit en uniforme allemand sur la photo ci-dessus, le deuxième à gauche au premier rang) est consacrée au statut des « anciens combattants pour l’indépendance de l’Ukraine ». Andréï Portnov énumère cette liste (je ne le ferai pas ici), et fait remarquer que la légion SS Galicie n’y figure pas. Y figurent des groupes qui, pendant la guerre civile, ont été à l’origine des pogroms les plus terribles, comme celui de Petlioura. Y figurent pourtant tous les « héros » de la guerre livrée par les nationalistes ukrainiens contre l’Armée rouge pendant qu’elle se battait contre les nazis sur le territoire de l’Ukraine — et en particulier ceux qui ont tué le général Vatoutine, qui commandait le front d’Ukraine… — qui étaient donc, objectivement parlant, des agents de l’Allemagne. — On sait aussi, hélas, d’après tous les récits des survivants juifs qui s’étaient réfugiés dans les forêts, que les partisans juifs, et tous les malheureux qu’ils protégeaient, craignaient beaucoup plus les intrusions des miliciens ukrainiens que celles des nazis — pour la raison toute simple que les Ukrainiens connaissaient le pays aussi bien que les gens qui se cachaient, et qu’ils n’hésitaient pas à tuer, à dénoncer, ou, dans le meilleur des cas, à racketter tous ceux qu’ils pouvaient découvrir.
Ce sont donc ces gens-là qui sont déclarés « anciens combattants pour l’indépendance de l’Ukraine », parce que certains, comme Choukhevitch, ont continué la lutte dans les années de l’immédiate après-guerre, cette fois contre les Soviétiques.

Timbre ukrainien à la gloire de Choukhevitch. 2007.

La question de leur statut social (combien sont encore vivants ? — ce sont tous des gens âgés de plus de 90 ans) est secondaire par rapport à celle de la liste établie pour la poser.
Il s’agit ainsi, depuis 1917, d’énoncer un invariant : les nationalistes ukrainiens ont toujours lutté contre les Russes, et contre les Allemands, et la notion même de l’identité ukrainienne se définit par cette lutte pour son indépendance.
Cette loi contient une deuxième facette : mettre en doute la légitimité de cette lutte pour l’indépendance, et, donc, des groupes désignés comme étant « combattants pour l’indépendance » devient aujourd’hui « une insulte à l’honneur de l’Ukraine ».
La rhétorique est, comme d’habitude, celle-ci :
1) les nationalistes sont, en eux-mêmes, l’incarnation du pays
2) mettre en cause leur légitimité devient donc, naturellement, insulter le pays en tant que tel.

La loi interdit dorénavant toute « falsification de l’histoire », — délit qu’elle punit d’une peine de cinq ans de prison, et d’une fermeture de l’organe de presse qui serait à l’origine de la « falsification ».
Mais qu’est-ce que c’est que cette « falsification » ? — C’est la mise en doute du statut des anciens combattants de Bandera, la mise en doute de la légitimité de leur combat. C’est donc la loi qui fixe désormais la vérité historique — et une vérité qui devient linéaire : il y a eu de tout des héros qui se sont battus pour le peuple ukrainien, l’Ukraine se définissant par ce combat, qui est toujours le même, contre les agresseurs extérieurs. Douter de ce mensonge vaut désormais la prison dans cet état démocratique et occidental que veut être l’Ukraine anti-russe.

La troisième loi condamne les régimes soviétiques et nazis, interdit l’utilisation de leur propagande et de leurs symboles, impose l’ukraïnisation des noms de rues, et des noms de villes, — de façon à faire disparaître toute trace des soixante-dix ans d’histoire de l’Ukraine soviétique.
Cette mise en parallèle des régimes nazis et soviétiques est accompagnée par une description de l’oppression nazie en Ukraine : sous le régime nazi, dit le texte, à cause de la « théorie des races », il existait des lois qui interdisaient « à certaines personnes d’occuper des postes dans la fonction publique ou d’obtenir une éducation ».
Le mot «Juif » n’est visiblement pas employé, et Andréï Portnov fait remarquer que, ce que les nazis interdisaient aux Juifs, ce n’étaient pas « certains postes dans la fonction publique », mais la vie. Or, cela n’est pas dit dans le texte de la loi.
En revanche, le texte de la loi fait la part belle à l’oppression soviétique, et au Holodomor (massacre par la faim de millions et de millions de paysans pour briser leur résistance à la collectivisation).

On entre là, pour moi, dans quelque chose qui est de l’ordre du principe. — Staline n’est pas Hitler, les communistes ne sont pas des nazis. Je ne veux pas dire, qu’on me comprenne bien, que les camps soviétiques étaient mieux que les camps allemands, que les tortionnaires soviétiques torturaient moins que leurs collègues allemands, — je veux dire qu’il n’y avait pas Treblinka chez les soviétiques. Ce qui ne signifie pas, encore une fois, qu’il n’y a pas eu de déportations de peuples entiers par Staline, et que s’il n’était pas mort quand il est mort, il n’aurait pas voulu faire déporter tous les Juifs « pour les protéger de la haine légitime du peuple soviétique » après la découverte du complot des « blouses blanches ».
Mettre un signe d’égalité entre les deux implique de nier la spécificité fondamentale du nazisme, c’est-à-dire le fait de mettre une place une loi qui interdit la vie pour le seul fait d’être né.
Et, pour moi, la question du Holodomor se pose : Staline a-t-il fait mourir de faim des millions de personnes parce qu’elles étaient Ukrainiennes (comme le disent les nationalistes) ou parce qu’elles résistaient à la collectivisation ? — Evidemment parce qu’elles résistaient, et que la résistance (générale en URSS, dans toute la paysannerie) était particulièrement forte en Ukraine. Bien sûr que cela servait aussi à réprimer toute tentative d’indépendance, et bien sûr que c’était aussi une « punition collective », pour chaque habitant de la campagne. Mais y a-t-il eu volonté délibérée de génocide de la population ukrainienne en tant que telle ?

Maintenant que toute les archives du NKVD vont s’ouvrir, on va peut-être trouver des ordres, des textes pour le confirmer.

Parce que la quatrième loi est celle qui va ouvrir toutes les archives de « l’occupation soviétique » — comme si l’Ukraine, c’était le régime soviétique qui l’avait occupée, et comme si l’Empire russe n’avait pas existé…
Mais oui, bien sûr, qu’il faut ouvrir toutes les archives. C’est une chose fondamentale, qui est aujourd’hui impossible, et de plus en plus impossible, en Russie, où la mémoire est, jour après jour, loi après loi, décret après décret, rognée, effacée, interdite.
Là, oui, toutes les archives vont s’ouvrir, et chacun, venant du monde entier (y compris donc, les chercheurs russes), pourra venir et établir la vérité historique. — Tel que je vous le dis là, ça paraît très bien. Et c’est très bien.
Toutes les archives, de toutes les administrations soviétiques (celles de tous les ministères) vont être regroupées, dans les six mois à venir, dans un seul institut qui va se créer.
Et là encore, c’est là que les problèmes commencent.
D’abord, Andréï Portnov, en historien, fait remarquer que le délai de six mois n’est simplement pas sérieux. S’agissant de millions et millions d’archives, souvent inconnues parce que classées secrètes par les soviétiques, il est impossible de les rendre accessibles au public en l’espace de six mois, pour la bonne raison qu’il faut d’abord les répertorier, les classer, les décrire, leur assurer une conservation et établir des règles d’accessibilité — bref, l’accès aux archives demande un certain temps, incompressible, et ce temps se mesure non pas en mois mais en années. Il s’agit donc, pour l’instant, d’un simple effet d’annonce.
Et puis, toutes ces archives sont regroupées au sein d’un institut spécialement créé. Un institut qu’on appelle « Institut de la mémoire nationale »… et qui le dirigera, qui s’en occupera, qu’est-ce que c’est que cet Institut ? Autant de questions sans réponse, me semble-t-il…

La mise en place du « Monde comme si », selon l’expression de Françoise Morvan : le pays qui se définit sur une base essentialiste. Il a toujours existé (mais, visiblement, on ne parle jamais de la période de l’Empire russe — c’est-à-dire de la période 1700-1917), et il a existé avec une essence unique et un territoire fixe (rien n’est dit des fluctuations, énormes, des frontières de l’Ukraine au cours de l’histoire, par rapport, par exemple, à la Pologne ou à la Roumanie). L’identité ukrainienne se crée en tant qu’identité victimaire — victimaire et héroïque. Mais si Bandera et les miliciens fascistes de l’UPA sont des héros — quid, par exemple, des résistants juifs qu’ils pourchassaient dans les forêts ? — Ces Ukrainiens juifs luttaient donc contre l’Ukraine quand ils essayaient de survivre aux nazis et aux milices ?

Une chronique longue, et pas gaie. Et pourquoi fallait-il adopter ces lois mémorielles maintenant ? Évidemment pour détourner l’attention de l’essentiel : de la crise économique terrifiante que traverse le pays pour répondre aux exigences de l’Europe d’Angela Merkel. Il s’agit, dans le ressentiment provoqué par la misère, de trouver une cause à ce ressentiment… De trouver l’ennemi.
C’est le triomphe absolu de Poutine, nationaliste russe, qui fait exactement la même chose, mais en beaucoup plus grand.

Retrouvez la version initiale de cet article sur la page Facebook d’André Markowicz.

*Photo : LASKI/SIPA. 00709487_000001.

Le FN a gagné en respectabilité mais reste dangereux

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fn insecurite culturelle ump ps

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L’épisode des élections « départementales » de mars 2015 est d’abord frappant par la disproportion entre ses effets immédiats et sa signification politique à moyen terme. D’un côté, on a affaire à une élection intermédiaire, qui donne une large victoire à l’UMP d’une manière parfaitement symétrique à ce qui s’était passé pendant la présidence de Nicolas Sarkozy. L’abstention a été moins importante que prévue et elle s’explique au demeurant par des raisons normales : on voit mal pourquoi les électeurs auraient dû se passionner pour l’élection des conseillers départementaux, alors qu’on leur répète depuis des années que le département est une institution inutile et coûteuse qui ne doit sa survie qu’au désir des élus de conserver leurs mandats. D’un autre côté, toute la campagne a tourné autour d’une catastrophe annoncée  et (provisoirement ?) évitée – la constitution du Front national en « premier parti de France » ; la seule question qui retient aujourd’hui l’attention est de savoir si les résultats du Front national dans cette élection annoncent la présence de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle, ce qui ferait passer au second plan l’affrontement entre les deux grands « partis de gouvernement ». Ainsi, dans un pays profondément inquiet pour son avenir, le seul enjeu réel de la compétition serait de savoir qui peut le mieux « barrer la route au Front national ».

Cette polarisation sur les résultats du Front national est d’autant plus frappante qu’on ne manque pas d’analyses sérieuses et aisément accessibles des problèmes posés par sa progression et par son installation durable dans le paysage politique. Pascal Perrineau[1. Pascal Perrineau, La France au front, Fayard, 2014.] explique cettela montée régulière du Front par le fait que Marine Le Pen n’a pas seulement réussi à « dédiaboliser » son parti en abandonnant peu à peu le folklore compromettant que cultivait son père, mais qu’elle a su, en jouant des faiblesses des « grands » partis, le faire apparaître comme la seule force capable de faire entendre les inquiétudes de ceux qui, pour de bonnes et de mauvaises raisons, se considèrent comme les vaincus des dernières vagues de modernisation.[access capability= »lire_inedits »] Christophe Guilluy[2. Christophe Guilluy, Fractures françaises, François Bourin, 2010 ; La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014. ] éclaire la sociologie et, surtout, la géographie de cette crise de légitimité du projet modernisateur, en montrant comment elle sépare de plus en plus deux France qui ne sont plus vraiment celle de la droite et celle de la gauche, encore moins celle des riches et celle des pauvres : les frontières politiques traversent à la fois les classes populaires et les élites, mais l’incapacité des partis traditionnels à prendre en compte les effets tout à la fois économiques et démographiques de l’ouverture des frontières conduit une grande partie des classes populaires (plutôt de « gauche ») et une part non négligeable des classes moyennes (souvent « de droite ») à faire du Front national le porte-voix de leurs mécontentements. Laurent Bouvet[3. Laurent Bouvet, L’Insécurité culturelle, Fayard, 2015.], enfin, a remarquablement analysé la panne d’imagination de la gauche, supposé parti du mouvement, devant une « insécurité culturelle » qui n’entrait pas dans ses concepts sociologiques et qui remettait en question le postulat d’une moralité naturelle du « peuple[1] ». Face à cela, les grands partis s’en sont pour l’essentiel tenus à la réaffirmation des choix qui provoquent l’inquiétude d’une grande partie de nos compatriotes sans jamais considérer les « raisons »[4. Ce constat désagréable a connu deux réponses dont on ne sait pas trop si elles sont complémentaires ou contradictoires ; la première, due à l’association Terra Nova, revient à abandonner le vieux peuple à son triste sort en cherchant à s’appuyer sur une coalition bigarrée qui va des militants LGBT aux jeunes issus de la diversité, avec l’électorat féminin comme base de masse ; la seconde, que défend notamment le vigilant Edwy Plenel, consiste à dénoncer dans les différentes « phobies » qui polluent l’atmosphère française le fruit de choix réactionnaires que des élites perverses auraient réussi à diffuser dans des classes populaires foncièrement étrangères à ces passions malsaines.] que ceux-ci croient pouvoir invoquer. La gauche s’est longtemps contentée de jouer sur sa politique de redistribution, avant de se préoccuper d’un prétendu apartheid qui est en fait le principal effet des politiques suivies depuis vingt ans. La droite est quant à elle restée essentiellement passive, sous couvert de pragmatisme, tout en s’efforçant d’envoyer des « signaux » aux électeurs du Front, et elle perd finalement sur les deux tableaux.

Tout cela pourrait conduire à une vraie crise de régime si le Front réussit à se présenter comme une alternative aux deux partis traditionnels. Comme l’a brillamment montré Pierre Martin[5. Pierre Martin, Comprendre les évolutions électorales. La théorie des réalignements revisitée, Presses de Sciences Po, 2000.], la situation actuelle est le résultat du dernier « réalignement électoral », qui, dans les années 1980, a conduit à une situation caractérisée par l’alternance régulière entre deux blocs dominés par deux partis qui acceptaient peu ou prou les conséquences du choix « européen » de 1983 et qui laissaient à un Front national périphérique la gestion des ressentiments engendrés par la modernisation. Ce système reposait sur le mode de scrutin majoritaire à deux tours et sur l’exclusion du Front national, mais, contrairement à ce que prétendait celui-ci, il n’était pas en lui-même illégitime ; les résultats du Front « reflétaient » bien quelque chose : l’intensité du rejet dont il était l’objet et son incapacité à nouer des alliances dans une coalition à vocation majoritaire. La « dédiabolisation » réussie par Marine Le Pen a suffisamment réduit le rejet du FN pour que sa sous-représentation devienne problématique, mais cela ne suffit pas à l’intégrer dans le système partisan « normal » ; paradoxalement, on peut même dire que, en reprenant à son compte un discours social et économique « de gauche », elle s’est volontairement fermé la voie suivie par d’autres partis « populistes » européens, qui sont devenus l’aile droite de la droite. En devenant plus respectable, le Front national ne s’intègre pas pour autant dans le système des partis de gouvernement, et son principal but devient l’éclatement de l’UMP, dont il peut séduire une partie des électeurs pour mieux détruire un héritage européen et libéral qui, quels que soient ses défauts, me paraît plus attirant que ce que suggèrent aussi bien la politique étrangère du Front national que son programme économique.

Il est possible, comme l’a suggéré ici même Luc Rosenzweig, que le retour à la proportionnelle dans les législatives apparaisse comme nécessaire pour mieux représenter les électeurs du FN tout en excluant leur parti du pouvoir. Il est douteux que cela suffise durablement à rétablir la « confiance », qui ne repose pas seulement sur le respect des libertés, mais qui suppose aussi que le pouvoir soit capable d’entendre ce que lui dit le peuple.[/access]

*Photo : Laurent Cipriani/AP/SIPA. AP21666581_000003.

Naufrage des migrants: l’Europe responsable?

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immigration italie europe

Le nouvel appel du Pape à sauver les milliers de migrants qui tentent chaque jour de franchir la méditerranée est poignant. Le chef de l’Eglise catholique est incontestablement dans son rôle moral et spirituel. Il ne lui appartient pas d’envoyer sa flotte sauver les désespérés de l’Afrique. « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Depuis que l’Italie s’est unifiée, le Vatican est déchargé des contraintes de gestion et c’est tant mieux pour lui. Les chefs d’Etat européens sont théoriquement dans une logique autre, celle du pragmatisme.

L’Italie, émue par les catastrophes, a longtemps payé pour les autres. Son opération Mare Nostrum a fait baisser pendant quelques mois le nombre des catastrophes maritimes. Elle a aussi considérablement accéléré les tentatives de passage. Épuisée d’être en première ligne, l’Italie a laissé l’Union Européenne prendre le relais avec les moyens qui sont les siens; c’est-à-dire pas grand chose. Avec Triton, la série macabre des naufrages reprend son cours.

On comprend toutefois que nos chefs d’Etat hésitent à augmenter les financements d’une telle opération. Notre continent n’a pas les moyens d’assumer une immigration subsaharienne inépuisable. Elle n’a surtout pas les moyens d’alimenter des filières crapuleuses, en se portant au secours de radeaux abandonnés; des embarcations de fortune avec pour seul gouvernail un téléphone satellitaire pour appeler les secours. L’Europe est montrée du doigt pour son « indifférence ». Mais elle est pourtant la seule à agir. Et plus l’Europe engage des moyens pour sauver les migrants, plus ils sont de candidats à risquer leur vie en mer. C’est l’hôpital qui se moque de la charité.

La solution n’est donc pas humanitaire. Elle est avant tout juridique et politique; elle passe par la signature d’accords avec les pays de transit.  L’Australie l’a fait avec l’Indonésie, et elle a asséché le marché des passeurs sans scrupule. Tout bateau de migrants qui quitte irrégulièrement les eaux territoriales indonésiennes est raccompagné par les garde-côtes australiens. Un retour systématique des migrants, sauvés des eaux, les dissuade de se ruiner dans une vaine traversée. Au sein de l’Union européenne, c’est d’ailleurs la règle: un immigré en situation irrégulière est expulsé vers le pays qui l’a laissé partir.

Mais élargir ce principe de responsabilité à l’ensemble de la rive sud de la Méditerranée n’est pas possible sans une Libye et une Syrie stables, capables de signer et de respecter des accords. Aujourd’hui, l’urgence commande d’abord d’aider les autorités libyennes et syriennes à reprendre le contrôle de leur pays.

Dans une Europe économique et sociale à bout de souffle, la maîtrise des flux migratoires est une question de survie. Le rejet de l’Europe est d’abord le rejet d’une Europe passoire, incapable de contrôler ses frontières autrement que par la rhétorique humanitaire.

*Photo : Francesco Malavolta/AP/SIPA . AP21722338_000005.

Et Hollande fut brillamment admis à Normale-Sup

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hollande canal plus

hollande canal plus

Fasciné et souvent angoissé par les choses inexplicables qui l’entourent, l’homme s’évertue depuis toujours à tenter de les expliquer. Présomptueux et arrogant de ces mystères il veut être l’organisateur. Erreur, funeste erreur…

Il y a en ce monde une part d’inconnu qui ne peut être réduite à une vulgaire entreprise de rationalisation. Seuls les grands et vrais poètes parviennent à saisir la beauté de l’inexplicable. Qui oserait expliquer le miracle de la fraise des bois fraichement éclose dans la mousse des clairières ? Quel prétentieux, sourd aux voix portées par la lumière divine, s’enhardirait à disséquer les soi-disantes raisons de l’élection d’un homme à la magistrature suprême.

Expliquer est donc un vain mot. Prenons par exemple la France ce pays béni des dieux. De prétendus économistes, épaulés par des politiciens avides et sans scrupule, se demandent pourquoi depuis 2012 le chômage augmente et les déficits se creusent. Une pitoyable tentative qui ne peut trouver une réponse plausible qu’en s’adressant à celui qui régna avant 2012.

Les mêmes, bavards impénitents, usent leur salive essayant de saisir ce qui fait que tant de Français apportent leur suffrage au Mal ? D’où vient le Mal se demandent-ils ? Mais le Mal est ! Tout simplement ! Il ne s’explique pas. Autant essayer d’expliquer le Christ par l’Antéchrist. Pauvres rationalistes sans foi et sans cœur.

On en vient ainsi à nier le hasard, sublime caprice de la Providence, sans lequel l’Histoire ne serait ce qu’elle est. On attendait Grouchy mais c’est Blücher qui est arrivé. On attendait quelqu’un à l’Elysée et il s’est attardé dans une chambre d’un Sofitel à New York. Comme dans les plus belles des tragédies grecques il y a une grandeur envoutante dans cet implacable cheminement du destin.

Alors expliquer quoi ? Aucun des philosophes n’est d’accord sur la question. Spinoza a-t-il dit la même chose que Socrate ? Nietzsche est-il en phase fusionnelle avec Kant ? Et Cambadélis dans ses écritures ressemble-t-il à Benoit Hamon ? Croyez-vous que Valls soit un apôtre de Martine Aubry ? Non. Ne nous égarons pas sur ces voies de traverse où la pensée trébuche. Seules les âmes bien nées, vierges de toutes scories livresques et scolastiques, peuvent accéder au Graal caché dans la forêt de Brocéliande. Un penseur assez quelconque (et c’est pourquoi il a eu du succès) a dit un jour : « Je pense donc je suis ». Une hérésie faite pour flatter le commun des mortels. Je proclame que le « je suis » est hautement supérieur au « je pense ». Moi je suis.

PCC François Hollande.

*Photo : WITT/SIPA. 00710846_000001.

«Moi professeur» et les lycéens qui ne sont pas Charlie

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(Avec AFP) – Dans un surréaliste exercice de transformisme, François Hollande a revêtu le costume du prof de lycée pour dialoguer avec cinq lycéens de Thiais (Val-de-Marne), dimanche lors de l’émission « Le Supplément » sur Canal+. Un échange aux allures de télé-réalité, centré sur le polémiste Dieudonné et les juifs.

Décrétée « priorité » du quinquennat, la jeunesse était au centre des débats dimanche sur Canal+. Suivis une semaine durant par la chaîne, qui les montre notamment en train de débattre de l’attentat contre Charlie Hebdo et de la liberté d’expression, les cinq lycéens ont pris place, en fin d’émission, autour du chef de l’État.

Dans le reportage diffusé avant leur entrée en plateau, une lycéenne expliquait son refus d’être Charlie : « Quand Dieudonné a dit du mal des juifs, direct il a été attaqué en justice. Combien de fois ils ont dit du mal de l’islam et personne n’a rien dit. » Visiblement, pour elle, l’assassinat de 17 personnes n’est donc « rien » comparé à une amende, et les frères Kouachi ne sont « personne »… L’enseignement des poids et mesures laisserait-il à désirer ? Un autre balance : « C’est gros, quand même, le coup de la carte d’identité. Moi je pense que c’est un complot, c’est des gens qui veulent pas du musulman en France qui font ça. »

Le reportage se termine à une table de cafétéria, où Yacine singe la fameuse anaphore présidentielle en remplaçant « Moi président » par « Moi futur citoyen ». Sa toute dernière phrase mérite d’être entendue : « Moi futur citoyen, j’aimerais ne pas être dans la crainte pour mes jours, notre sécurité, quoi. »

Outre les « trucs à régler » comme « le chômage », rapidement évacués en fin de séquence, la conversation en plateau avec le président a donc quasi exclusivement tourné autour de trois sujets : les religions, les juifs et Dieudonné.

– Un lycéen pose d’emblée la question qui tue : « Doit-on se cacher de rire de Dieudonné ? Doit-on avoir honte d’aimer les spectacles de Dieudonné ? »

– M. Hollande : « On doit réfléchir. Ceux qui y vont rient. Mais qu’est-ce qui fait que l’on rit de ça ? »

– « Parce que c’est marrant…, répond du tac-au-tac Nadia, qui se dit musulmane. Chacun a son opinion. Je vais faire une blague, ça va pas faire rire tout le monde, ça va faire rire certaines personnes et pas d’autres »

– « Quand il se déguise en nazi et qu’il dit qu’il faut tuer des juifs, c’est drôle ? »

– « C’est qu’une blague », rétorque Nadia. « C’est un personnage », précise Yacine. Et au sujet d’un autre de leurs camarades, qui s’était fait une moustache à la Hitler en cours d’Allemand, il avance : « Il se moque d’Hitler, il ne se moque pas des juifs. »

– « S’il se moquait d’Hitler, ce ne serait pas un problème. S’il se moque des juifs qui justement ont échappé aux camps de la mort ou qui sont morts dans ces chambres à gaz, là, c’est une apologie de la haine », recadre le chef de l’État qui croit qu’on parle encore de Dieudonné. Puis il rappelle qu’« il n’y a pas eu que le génocide des juifs » et évoque le génocide arménien de 1915. Nadia grimace…

– « Mais on parle plus des juifs », assure-t-elle, visiblement chiffonnée.

– « On en parle parce qu’il y a eu six millions » de morts, explique le professeur-président.

– « Une mort, ça reste une mort », objecte Yacine. Nadia renchérit : « Qu’il y en ait un ou cent qui meurent, c’est pareil. »

– « Ce n’est pas pareil. Qu’est-ce que c’était que la Solution finale ? De les tuer tous, de les exterminer, de faire qu’il n’en reste plus un, qu’on ne puisse même pas trouver leurs cadavres, qu’on élimine une partie de l’humanité. C’est ça qui était en cause. C’est pour cela qu’on soit juif, chrétien, musulman ou rien du tout, on doit avoir ce respect par rapport à ce qui s’est produit. »

S’ensuit un débat sur l’enseignement de l’histoire des religions à l’école. Nadia regrette qu’« on étudie le judaïsme à travers les conflits ». Et Lucie admet : « Le judaïsme, je ne me souviens plus du tout de mon cours ». Dès le reportage dans leur lycée, un autre avait déjà confié : « On parle surtout des conflits entre les religions, on n’apprend pas leur histoire, on n’essaie pas de les comprendre. »

A entendre ces jeunes gens badiner avec le Président, on se dit que l’enseignement de la différence entre kalachnikov et caricature nécessiterait aussi, sans doute, quelques heures de cours supplémentaires… donnés par un vrai prof armé d’une craie.

L’Etat islamique exécute 28 chrétiens en Libye

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Daech vidéo Etat islamique chrétiens Ethiopiens Libye

Daech vidéo Etat islamique chrétiens Ethiopiens Libye

Le groupe Etat islamique (EI) a diffusé dimanche une nouvelle vidéo qui menace les chrétiens en montrant l’exécution d’au moins 28 hommes, présentés comme des Ethiopiens, par des djihadistes en Libye.

La diffusion de cette vidéo sur des sites djihadistes intervient deux mois après celle d’images d’exécutions de 21 chrétiens coptes, pour la plupart des Egyptiens, qui avait provoqué une réaction armée du Caire.

La nouvelle vidéo de 29 minutes montre deux groupes d’hommes présentés comme des « fidèles » de « l’Eglise éthiopienne ennemie ».

Les 12 hommes du premier groupe sont égorgés sur une plage tandis que les 16 du second sont tués par balles à bout portant dans une zone désertique indéterminée.

Il était impossible de déterminer l’origine et les circonstances de la capture.

L’enregistrement porte le logo de l’EI et sa mise en scène présente des similarités avec la précédente vidéo sur la décapitation des 21 coptes.

Les 12 hommes, vêtus de combinaisons oranges, sont amenés sur la plage avant d’être couchés au sol et décapités au couteau. Un homme habillé en noir s’exprime en anglais alors que les autres bourreaux, un derrière chaque prisonnier, sont intégralement vêtus de treillis militaires et silencieux. Tous sont masqués.

L’orateur, qui brandit un pistolet, menace les chrétiens s’ils ne convertissent pas à l’islam.

Les images des exécutions concluent la vidéo de 29 minutes. Auparavant, elle montre des hommes présentés comme des chrétiens de Syrie expliquer que les djihadistes leur ont donné le choix de se convertir à l’islam ou de payer, et qu’ils ont choisi de donner de l’argent.

C’est la première fois que l’EI cible dans une vidéo des ressortissants de l’Ethiopie, un pays situé au sud-est de la Libye et séparé par le Soudan.

Environ deux-tiers des Ethiopiens sont chrétiens, la majorité d’entre eux étant des coptes orthodoxes, une communauté qui affirme être présente dans la Corne de l’Afrique depuis le 1er siècle.

De nombreux Ethiopiens ont quitté leur pays pour aller chercher du travail, notamment en Libye, où la main d’oeuvre étrangère était nombreuse avant que le pays ne tombe dans le chaos à la suite de la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Des Ethiopiens rejoignent aussi la Libye pour tenter de rejoindre l’Europe par la mer.

L’EI a déclaré un califat sur les pans de territoire syrien et irakien sous son contrôle et y multiplie les exactions. Certaines atrocités sont, à l’image de celles diffusées dimanche, mises en scène dans des vidéos insoutenables, devenues une arme de propagande des djihadistes.

Le groupe ultra-radical a pris pied en Libye en profitant du désordre dans le pays livré aux milices et dirigé par deux gouvernements rivaux. Il contrôle notamment des zones dans la région de Syrte, une ville côtière située à 450 km à l’est de Tripoli.

L’ONU tente depuis mars une médiation entre les deux pouvoirs rivaux avec des pourparlers qui se sont poursuivis dimanche dans la ville marocaine de Skhirat, près de Rabat.

Le médiateur de l’ONU, Bernadino Leon, y a qualifié de « très préoccupantes » les informations « pas encore confirmées » concernant les nouvelles « activités terroristes de l’EI ».

Par ailleurs, le chef de l’Eglise anglicane, l’archevêque de Canterbury Justin Welby, s’est rendu dimanche en Egypte pour présenter ses condoléances après la décapitation des 21 coptes. Il devait y rencontrer le président Abdel Fattah al-Sissi, le grand imam d’Al-Azhar, la plus haute autorité sunnite du pays, ainsi que le pape copte Tawadros II.

Joe Bananas, le mafieux moraliste

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joe bananas mafia

joe bananas mafia

Les Parrains ont le sens de l’humour. On les interroge sur le crime organisé, ils répondent honneur familial. On fustige leur violence sans limite, ils préfèrent se réfugier derrière la morale sicilienne. On croit donc ouvrir un livre sur la guerre des gangs dans le volcan new-yorkais du XXème siècle, et on s’aperçoit que l’autobiographie de Joseph Bonanno dit « Joe Bananas » (1905-2002) lorgne plus du côté de Machiavel que de Coppola. Les amateurs de fusillades en seront pour leur frais. Les apprentis politiciens y trouveront, par contre, matière à asseoir leur pouvoir.

En clair, ce document inédit en français sera plus utile rue Saint-Guillaume qu’aux Baumettes. C’est à la fois un manuel de guerre, un précis de psychologie humaine et une réflexion sur l’usage de la force. Car celui qui prit la succession de Salvatore Maranzano en 1931 et inscrivit le nom de Bonanno au rang des cinq grandes familles du Milieu n’est pas un parrain comme les autres. Son respect de la Tradition et son érudition en font un cas d’école dans l’univers bariolé et fantoche des mafieux. Joe ne répugnait pas à la violence, elle est nécessaire, inévitable dans les « affaires » qu’il traitait, elle ne suffit pourtant pas à expliquer sa longévité. Pendant plus de vingt ans, il siégea à la Commission, le gouvernement de la mafia et devint une légende « noire» de la Grosse Pomme.

La manufacture de livres, éditeur entre autres de Lucky Luciano, Al Capone ou Zampa, a toujours la main heureuse pour déterrer des récits explosifs. Cette maison a constitué, au fil des années, un catalogue de la pègre sous toutes ses formes tout en soignant la qualité littéraire. Les livres de bandits repentis ou non souffrent trop souvent d’approximations stylistiques. A la Manufacture, les mots ont la percussion des balles et l’odeur de poudre, le parfum des bootleggers. Ce texte publié à l’origine en 1983 retrace l’ascension d’un garçon dans un monde opaque où les liens du sang et l’appât du gain ne favorisent guère la paix des ménages. C’est Eschylien comme aurait dit le regretté Albert Simonin. Dans ce remake d’Il était une fois en Amérique, Joe Bananas évoque ses souvenirs, ses amitiés et surtout ses emmerdes. Une fois dans le viseur du FBI, il dût faire preuve d’une ingéniosité sans relâche pour éviter un trop grand nombre d’années au placard.

Les pages consacrées à sa Sicile natale et à l’époque fantasque de la Prohibition sont des témoignages précieux sur les rêves contradictoires des immigrés. Une lutte intérieure se met en place entre les aspirations du Nouveau monde et l’attachement sentimental à l’Ancien. Un conflit autrement plus dévastateur que les coups de feu, les risques du métier tout au plus. Si Joe Bananas est discret sur la source de ses profits (le racket et les paris clandestins réinvestis dans les activités légales comme le textile ou l’agro-alimentaire), il l’est moins sur sa conception de l’honneur. « Les hommes de ma Tradition ont toujours considéré la richesse comme un des sous-produits du pouvoir. Ils ne conduisent pas des affaires, mais des hommes » écrit-il. Au-dessus de tout, il place la sacro-sainte famille. Joe Bananas explique que « le parrain est tout à la fois un symbole, un arbitre, un conciliateur, un juge, un diplomate, un chef ». Padre Joe est resté toute sa vie un traditionaliste, il a combattu les modernes, les tenants de l’américanisation à l’instar de Luciano. Selon lui, la chute de Lucky résulte de cet éloignement aux racines : « sans une Tradition pour le guider, il avait basé  son système de valeurs sur la plus primitive de toutes : l’argent. Dans son vocabulaire, les mots « bénéfice » et « consortium » avaient plus de réalité que « confiance » et « honneur ».  La messe est dite.

Homme d’honneur – Autobiographie de Joseph Bonanno – La manufacture de livres.

Un homme d'honneur

Prix: 39,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : deviant art.

Polar : Back to Black

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polar noir ecolo

polar noir ecolo

Au commencement, pour nous, Gallmeister ce fut Le gang de la clef à molette de Edward Abbey. Un road-movie écologiste, insolent, anarchiste, désespéré, prophétique, amoureux, qui datait de 1975, n’avait connu qu’un très faible succès lors d’une première édition française en 1997 avant de trouver enfin ses lecteurs en 2006.  On y voyait se profiler le désenchantement et l’inquiétude devant un système économique qui condamnait la beauté et qui annonçait la fin d’un rapport innocent, whitmanien, à la beauté du monde. Et il faut croire qu’entre 1997 et  2002, en France, on a eu quelques raisons de penser que l’écologie était trop sérieuse pour être réservée aux Verts.

Un peu moins de dix ans après ce grand succès, Gallmeister  est donc surtout connu par le lecteur français comme un grand passeur de « nature writing ». Ce genre dit une Amérique perdant ses grands espaces en même temps que ses grandes illusions  et se met à les célébrer dans des histoires lyriques et violentes, nostalgiques et somptueuses à la façon d’un Jim Harrison, ce Rousseau qui adorerait le whisky. Ce n’est donc pas dans les romans de cet éditeur que vous trouverez un éloge du gaz de schiste, des panneaux publicitaires au bord des routes et des forages pétroliers qui flinguent un peu plus chaque jour l’Alaska. De manière assez amusante, si l’on veut, les romans Gallmeister mettent le lecteur ultralibéral ou libertarien devant ses contradictions : la nature n’est pas compatible avec le laisser-faire économique et elle n’est la propriété de personne. Et de fait, parce que l’environnement et l’écologie sont désormais explicitement des enjeux politiques, on a  souvent flirté dans le catalogue Gallmeister avec le roman noir, ce roman noir qui a toujours été là pour dire les nouveaux désordres, les nouveaux points de contractures dans le grand corps social.

Cela explique certainement en partie pourquoi Gallmeister avec sa collection  néonoir lancée au mois de mars, a décidé de jouer avec l’ADN de sa maison. Est-ce l’anniversaire des 70 ans de la Série noire, cette grande soeur fondatrice qui a donné des envies à l’éditeur, mais la collection néo-noir  renoue  avec les codes originels d’un genre qui a parfois du mal à exister entre le polar ethnographique, le thriller technologique, le whodunit ésotérique, j’en passe et des pires.

Néonoir, pour commencer, a adopté une charte graphique délibérément janséniste et on remerciera la collection de nous épargner ces couvertures flashy qui sont désormais imposées au lecteur de littérature de genre. En plus, néonoir prend le parti du roman noir, ce qui est logique me direz-vous, mais du vrai, du dur, du tatoué. Il n’y aura pas d’eau dans le whisky des cinq premiers titres de la collection qui enchanteront l’amateur parfois frustré malgré l’abondante production éditoriale estampillée polar. Car l’amateur, ce qu’il aime, lui, comme dans les romans de Jake Hinkson, Benjamin Whitmer, S. Craig Zalher ou Matthew Mc Bride proposés ici, c’est de retrouver ce qu’il aimait chez Jim Thompson, Charles Williams voire David Goodis: comment tombent les hommes, comment s’effacent les frontières entre le bien et le mal, comment se passent la vie et la mort des perdants du Rêve Américain, qu’il s’agisse d’un flic du Missouri ou d’un ouvrier licencié. On est dans les zones industrielles, les petites villes étouffantes, les parkings de centres commerciaux.

Bref, retour aux origines. Néonoir, la collection qui se réfère aux fondateurs, mérite pourtant son titre car tout ce qui est vraiment nouveau, on le sait, est en fait très ancien et seule la tradition est révolutionnaire, comme disait Péguy. Ou si vous préférez Amy Winehouse à Péguy,  néonoir, c’est « back to black ».

 

Premiers titres de la collection « néonoir » :

Pike et Cry father de Benjamin Whitmer

Exécutions à Victory de S.Craig Zahler

L’enfer de Church Street de Jake Hinkson

Frank Sinatra dans un mixer de Matthew McBride.

 *Photo :  Jim Brickett.