Naufrage des migrants: l’Europe responsable?

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Le nouvel appel du Pape à sauver les milliers de migrants qui tentent chaque jour de franchir la méditerranée est poignant. Le chef de l’Eglise catholique est incontestablement dans son rôle moral et spirituel. Il ne lui appartient pas d’envoyer sa flotte sauver les désespérés de l’Afrique. “Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”. Depuis que l’Italie s’est unifiée, le Vatican est déchargé des contraintes de gestion et c’est tant mieux pour lui. Les chefs d’Etat européens sont théoriquement dans une logique autre, celle du pragmatisme.

L’Italie, émue par les catastrophes, a longtemps payé pour les autres. Son opération Mare Nostrum a fait baisser pendant quelques mois le nombre des catastrophes maritimes. Elle a aussi considérablement accéléré les tentatives de passage. Épuisée d’être en première ligne, l’Italie a laissé l’Union Européenne prendre le relais avec les moyens qui sont les siens; c’est-à-dire pas grand chose. Avec Triton, la série macabre des naufrages reprend son cours.

On comprend toutefois que nos chefs d’Etat hésitent à augmenter les financements d’une telle opération. Notre continent n’a pas les moyens d’assumer une immigration subsaharienne inépuisable. Elle n’a surtout pas les moyens d’alimenter des filières crapuleuses, en se portant au secours de radeaux abandonnés; des embarcations de fortune avec pour seul gouvernail un téléphone satellitaire pour appeler les secours. L’Europe est montrée du doigt pour son “indifférence”. Mais elle est pourtant la seule à agir. Et plus l’Europe engage des moyens pour sauver les migrants, plus ils sont de candidats à risquer leur vie en mer. C’est l’hôpital qui se moque de la charité.

La solution n’est donc pas humanitaire. Elle est avant tout juridique et politique; elle passe par la signature d’accords avec les pays de transit.  L’Australie l’a fait avec l’Indonésie, et elle a asséché le marché des passeurs sans scrupule. Tout bateau de migrants qui quitte irrégulièrement les eaux territoriales indonésiennes est raccompagné par les garde-côtes australiens. Un retour systématique des migrants, sauvés des eaux, les dissuade de se ruiner dans une vaine traversée. Au sein de l’Union européenne, c’est d’ailleurs la règle: un immigré en situation irrégulière est expulsé vers le pays qui l’a laissé partir.

Mais élargir ce principe de responsabilité à l’ensemble de la rive sud de la Méditerranée n’est pas possible sans une Libye et une Syrie stables, capables de signer et de respecter des accords. Aujourd’hui, l’urgence commande d’abord d’aider les autorités libyennes et syriennes à reprendre le contrôle de leur pays.

Dans une Europe économique et sociale à bout de souffle, la maîtrise des flux migratoires est une question de survie. Le rejet de l’Europe est d’abord le rejet d’une Europe passoire, incapable de contrôler ses frontières autrement que par la rhétorique humanitaire.

*Photo : Francesco Malavolta/AP/SIPA . AP21722338_000005.


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est responsable des questions internationales à la fondation du Pont neuf.

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