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Euthanasie : La mort en face?

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On ne sort pas indemne du voyage où nous entraine Paulina Dalmayer dans la sorte d’archipel que forment les gens pour qui la fin de vie est une préoccupation obsédante ou une expérience plus ou moins risquée. Bien que mortels, nous avons quant à nous d’autres choses à faire et à penser. Soins palliatifs, aide au suicide, sédation profonde : ces « sujets d’actualité », soulèvent pourtant des questions vertigineuses – que vaut la vie, qu’est-ce qui fait sa qualité, comment sortir des contradictions d’un activisme technique nécessairement producteur (aussi) d’échecs, comment combattre la tentation latente de faire disparaître ces échecs qui, dans le cas de la médecine, sont des êtres humains. Les réponses à ces questions dépendent largement des cultures nationales et de l’arbitrage qu’elles font entre le respect des choix individuels et le souci d’un consensus moral minimum.

Paulina Dalmayer s’implique dans son enquête avec une ardeur qui agace parfois mais qui, en provoquant le lecteur, maintient son intérêt. Je vous tiendrai la main est un empilement fascinant et foisonnant de portraits, d’interviews et de notes de voyage. Portraits parfois sarcastiques comme celui de la grande bourgeoise narcissique qui fait la propagande d’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité), ou bien  discrètement admiratifs comme à l’égard de l’animatrice suisse de Lifecircle. Acteurs patentés du débat public ou, plus émouvants, acteurs de terrain et soignants, ces figures, en s’emboîtant ou en s’opposant, nous éclairent souvent plus que l’affrontement des thèses.

Tout en soulignant parfois ses doutes, Paulina Dalmayer est trop passionnée pour être neutre.[access capability= »lire_inedits »]
Elle ne tient pas toujours la balance égale, écartant a priori certains acteurs du débat – Chantal Delsol, Emmanuel Hirsch ou Marie de Hennezel. Plus agaçant, elle se laisse parfois, mais pas toujours, enfermer dans la fameuse rhétorique des « avancées » et des « reculs », cette philosophie de tapis roulant où s’abrite la paresse contemporaine. Enfin (à cause de son âge ou de son époque ?),  une agressivité antireligieuse émane de tout le texte.

Qu’on me permette de dresser à mon tour un état des lieux de mes réflexions à la sortie de cette lecture.

Il y a unanimité pour condamner l’acharnement thérapeutique, cause de beaucoup de drames comme celui de Vincent Lambert – et qui sévit particulièrement dans les maternités.

Il devrait aussi y avoir unanimité pour faire des soins palliatifs une priorité. Le professeur Emmanuel Hirsch répète avec raison que ce que nous devons d’abord à nos concitoyens dans le malheur, c’est le soulagement, même si nous craignons que cela ne suffise pas. C’est pourquoi je trouve étonnante et suspecte l’agressivité contre les soins palliatifs de certains partisans de l’euthanasie, comme ce praticien belge qui ricane en observant qu’on est passé de la prétention de tout guérir à la prétention de tout soulager. Comme si soulager pouvait nuire !

Une autre accusation revient souvent chez les adversaires de la loi Claeys-Léonetti, qui autorise le recours à « une sédation profonde et continue » jusqu’au décès, celle d’hypocrisie. Selon eux, l’endormissement définitif (« sédation » fait partie d’un jargon exécrable) est une forme d’euthanasie qui ne s’avoue pas. La différence des objectifs assignés à l’acte – soulager ou tuer – a pourtant son importance. En réalité, l’enquête de Paulina Dalmayer montre bien l’absurdité de l’alternative entre soins palliatifs et recours à l’euthanasie. Ainsi, un euthanasieur brocarde « les faux-culs du laisser-mourir » qui tuent leur patient à force de le soulager, et trois pages plus loin, un autre dit qu’il n’a pas le sentiment de donner la mort mais « les derniers soins ». On ferait mieux d’admettre, d’un côté comme de l’autre, qu’on se trouve souvent agir contre ses intentions, que l’ambiguïté est inévitable. C’est pourquoi, si les soins palliatifs sont un point de départ, l’euthanasie peut se comprendre comme une extrémité, quand des médecins qui assurent à leurs patients qu’ils seront avec eux « jusqu’au bout ». Quant au suicide assisté que, comme Axel Kahn, je distingue de l’euthanasie, il relève de l’humanité quand un malade, invoquant des raisons médicales vérifiées, et non pas une déprime, dit vouloir se suicider sans avoir la force de le faire. En revanche, envoyer dans l’autre monde quelqu’un qui n’en exprime pas le désir serait évidemment inadmissible.

Il existe donc une euthanasie de compagnonnage qui peut se comprendre comme un dernier recours. Mais il y a aussi une idéologie de l’euthanasie qui attise la peur en agitant la « perspective d’une vie diminuée » comme si, en dehors des standards  modernes de mobilité et d’autonomie, une vie ne pouvait être que sans valeur. C’est une cause, que l’on défend en brandissant des sondages indiquant que 90 % des Français y seraient favorables. Comme toutes les idéologies, celle-ci séduit davantage de loin que de près, et beaucoup reculent à l’approche de l’échéance.

La mort dans la vie

Néanmoins, ce livre qui vous instruit et vous prend aux tripes, je m’y sens un peu à l’étroit : il tend à réduire la mort à peu de chose, à son aspect organique, en oubliant que la mortalité est constitutive de la condition humaine. Alain Finkielkraut s’indigne (après Kundera) qu’on accorde à un chien « la mort douce que l’on refuse à beaucoup d’entre nous », mais le rapport à la vie et à la mort est-il le même chez l’animal et chez l’homme ? La mort n’est pas seulement le dernier moment de notre vie, mais aussi le point d’où une vie humaine apparaît différemment. Pour ma part, j’ai vis-à-vis de la mort, de ma mort, une trop grande curiosité pour l’aplatir dans un projet aussi pauvre que l’euthanasie. « Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau », cette admirable fin du Voyage de Baudelaire je la rapproche du cri de saint Paul : « Mort, où est ta victoire ?» Deux façons de nous dire que la mort n’est pas le prédateur ultime – qu’elle n’emporte pas la vie humaine dans le néant, mais qu’elle la transforme en destin. Et si « philosopher, c’est apprendre à mourir », nous avons le devoir de faire place dans notre vie même au point de vue de la mort. Me voilà à une terrasse de café bien connue, au milieu de l’affluence habituelle, et soudain je m’aperçois que mes voisins sont d’une autre génération, presque d’un autre monde, que  je suis « de l’autre côté ». Ou bien je regarde par la fenêtre le spectacle émouvant et banal de parents conduisant leurs enfants à la maternelle. Voilà ce que je ne ferai plus, d’ailleurs sont-ils aussi heureux de le faire que je le suppose ? Ai-je pris jadis à le faire autant de plaisir que ce que je voudrais qu’ils éprouvent ?

Mettre ainsi de la mort dans notre vie, ce n’est pas plonger dans la nostalgie, c’est au contraire reconnaître que nous ne sommes pas seulement d’ici, et cela comporte une dimension de promesse. Ce que Paul Ricœur, nonagénaire, exprimait dans une lettre à une vieille amie : « A l’heure du déclin …du fond de la vie une puissance surgit qui dit que l’être est l’être contre la mort1. ».[1. Paul Ricœur, Vivant jusqu’à la mort, Éditions du Seuil, 2007, p. 143.] Ces paroles ne sont pas seulement une profession de foi, mais aussi l’écho puissant d’une expérience. Les propagandistes de l’euthanasie prétendent regarder la mort en face. Admettons, mais ils doivent en avoir une idée bien pauvre, de cette mort, puisqu’ils s’empressent de la réduire au silence, sans imaginer qu’elle puisse être aussi un objet de curiosité et d’attente.[/access]

Je vous tiendrai la main

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*Photo : wikicommons.

L’évangile selon Judas

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Avec Histoire de Judas, le cinéaste franco-algérien Rabah Ameur-Zaïmeche nous offre son point de vue sur les derniers jours de Jésus et sa relation avec Judas. Après une longue période de jeûne, Jésus rejoint les membres de sa communauté soutenu par son disciple Judas. Son enseignement sidère les foules et attire l’attention des autorités romaines. Peu avant son arrestation, Jésus confie une ultime mission à l’apôtre…

Il est périlleux de s’attaquer à ce type de thématique, qui plus est à partir d’un personnage biblique ambigu tel que Judas. En faisait ce geste d’un inouï courage, le réalisateur, déjà remarqué en 2011 pour son film Les Chants de Mandrin, se saisit du fruit empoisonné et signe une œuvre qui ne tranche pas, qui ne tente même pas d’expliquer cet épisode de notre histoire judéo-chrétienne.

Le film fait se succéder les scènes bibliques qui nous sont familières, celle de l’arrivée de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa condamnation par Ponce Pilate. La question de la trahison de Judas est latente sans devenir centrale et nous incite à poser un autre regard sur le mythe.
Dès le premier plan, le spectateur est transporté au sommet d’une montagne rocailleuse, sur laquelle Judas porte Jésus sur le dos et l’extirpe hors de la crypte – lieu mémoriel par excellence. Bien que certains plans se présentent à la façon d’une iconographie dont on voudrait déchiffrer  les symboles, le spectateur est comme arrêté et submergé par la force allusive qui émane de la texture cinématographique. Il faut dire la place particulière qui est accordée aux éléments organiques : la poussière de la terre d’Algérie symbolise l’aridité sociale de la domination romaine, le vent est le souffle de la natalité, l’eau fait appel à la grâce. Les plis de la peau où se glissent des sourires, mais aussi des pleurs, renvoient aux plis des tissus dans lesquels apparaît le visage de Jésus – que Nabil Djedouani incarne magistralement- avec cette expression mélancolique que l’on entraperçoit. Ainsi, la cène n’est pas un tableau figé mais la scène d’une communion entre les hommes et les aliments qui inspirent une dimension sensuelle du partage.

Histoire de Judas procède à la manière d’une incantation magique des esprits (ou des icônes), voire d’une procession autour du corps de Jésus: si le Christ est porté au début du film, nous le voyons ensuite embaumé par le parfum de la maternité et finalement jamais maltraité. Il n’est pas question de transsubstantiation, mais de mise en présence réelle du corps. Ceci nous remémore le sentiment d’adoration qui n’a pas attendu l’effigie et le symbole de la crucifixion pour exister. La matérialité du film tient une place importante, sans entraver une réflexion sur le pouvoir politique de la parole qui s’élabore. Ainsi, Judas se présente-t-il comme le gardien de la parole libre portée par Jésus en veillant à détruire toute retranscription. En ce sens, Rabah Ameur-Zaïmeche semble vouloir rétablir le potentiel d’une action politique en plaçant le Christ du côté du révolutionnaire.

C’est peu dire que de grandes questions sont posées dans ce film bien que le personnage de Judas demeure irrésolu. Un tel cinéma est grand car il donne à voir et sentir du présent, et donc une possible actualité, dans l’histoire qui nous constitue.

Histoire de Judas, un film de Rabah Ameur-Zaïmèche actuellement au cinéma.

Yémen, l’Arabie malheureuse

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L’Arabie saoudite et la coalition arabe qu’elle dirige continuent leurs raids au Yémen contre des cibles de la rébellion houthie dans le cadre de l’opération Tempête décisive, désormais rebaptisée « Redonner espoir ». Dans le même temps, les navires iraniens que les  Etats-Unis soupçonnent de transporter des armes pour le compte des houthis, ont fait demi-tour.

L’Iran dément ces soupçons et assure ne fournir qu’une aide humanitaire aux Houthis dont la pratique cultuelle est considérée depuis un certain temps – sans doute pour des raisons plus géopolitiques que théologiques – comme proche du chiisme. En tout cas, une chose est sûre : pour Téhéran, allumer des feux autour du royaume des Saoud, que ce soit à l’ouest – Bahreïn – ou dans le sud – au Yémen – et même en pleine mer est toujours une bonne chose.  Et si Barack Obama a dépêché dans le golfe d’Aden une douzaine des navires de guerre, une véritable « task force » autour du porte-avions Roosevelt, pour imposer  un blocus maritime – sous couvert d’une décision du Conseil de sécurité de l’ONU -, cela n’a rien d’innocent.

Ainsi, depuis quelques jours une situation rappelant – d’un peu loin, c’est vrai – la crise cubaine s’est développée au large de ce qui est devenue après presque cinq  décennies de guerres civiles successives, l’Arabie malheureuse.  Les forces navales américaines se sont positionnées à quelques centaines de kilomètres de la flottille iranienne (à une trentaine de minutes de vol de F-18 et hors d’atteinte des missiles iraniens) pendant que la marine saoudienne, ainsi couverte par son allié, annonçait vouloir aborder « tout navire qui essaie d’entrer dans un port yéménite ». Après avoir testé les Etats-Unis, Téhéran a semble-t-il décidé de reculer.

Sur le front diplomatique en revanche, la coalition « anti-houthie » et surtout le nouveau roi saoudien Salman qui doit gérer sa première crise en tant chef d’Etat, patauge. Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif flanqué de son chef d’état-major a conclu hier une visite en Arabie saoudite sans prendre clairement parti et encore moins engager des troupes au Yémen aux côtés des Saoudiens. La presse pakistanaise évoque « un lot de consolation » d’Islamabad à Riyad, sans donner de détails. La prudence pakistanaise agace les Saoudiens qui, au moment du lancement de l’opération, avaient laissé entendre que l’intégration de la puissance nucléaire musulmane dans sa coalition n’était qu’une question de temps. À Islamabad, paraît-il, on préfère voler au secours de la victoire de la coalition arabe plutôt que d’y contribuer. À en juger par les atermoiements pakistanais,  malgré la reculade iranienne, le triomphe des Saoudiens au Yémen n’est pas à portée de main.

Si Téhéran a subi un revers tout relatif en mer, la République islamique chiite peut se targuer de ce beau succès diplomatique : le Pakistan reste neutre, et l’Arabie saoudite apparaît comme le bourreau des civils yéménites, qui ont payé un lourd tribut dans les bombardements.  Pour gagner le cœur des opinions arabes, Riyad ne peut se payer le luxe de perdre la bataille de communication. Comme toutes les guerres postmodernes, l’affrontement sunnites-chiites est aussi une guerre de mots et d’images.

*Photo : wikicommons.

Migrants: l’ONU pointe le «racisme» des pays de l’UE

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(AFP) – Les décisions prises par l’UE sur la question des migrants constituent « un premier pas », a estimé vendredi le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), appelant à lutter contre les causes qui poussent les migrants et réfugiés à quitter leur pays.

Les mesures prises « sont un important premier pas vers une action collective européenne », a déclaré un porte-parole de l’organisation, Adrian Edwards, lors d’un point de presse à Genève.

Les dirigeants européens ont notamment décidé jeudi de tripler les moyens alloués pour le sauvetage des migrants en Méditerranée. Une décision vivement saluée par le HCR.

« Il est crucial que la priorité de tous soit de sauver des vies, y compris dans la zone (…) libyenne, d’où ont tendance à provenir la plupart des appels de détresse », a affirmé M. Edwards, alors que les Européens n’ont pas trouvé d’accord pour permettre aux navires de l’opération européenne de surveillance et de sauvetage en mer Triton de sortir des eaux territoriales afin d’aller plus près de la Libye.

Le HCR reste prudent dans son jugement sur les mesures européennes et attend d’en savoir plus notamment sur la question de l’accueil des réfugiés.

« Sans la mise en place de circuits » migratoires « substantiels et réalistes » pour répondre aux besoins des « personnes qui souhaitent être en sécurité, (…) les efforts internationaux pour sévir contre les passeurs et les trafiquants ont peu de chance d’être efficaces », a signalé M. Edwards.

Le HCR, tout comme le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, a également relevé l’importance de lutter contre les causes qui provoquent le départ des migrants et réfugiés de leur pays, comme la pauvreté et les conflits.

Dans un communiqué, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a lui estimé que le « racisme qui caractérise le débat sur la migration dans un nombre croissant de pays de l’Union européenne fausse (…) les réponses apportées à la crise par l’Union européenne ».

« Comme l’a montré hier le résultat des délibérations du Conseil de l’Europe, ces réponses se concentrent sur la dissuasion et la prévention des mouvements, au risque d’aggraver la crise, et pourraient tristement aboutir à de nouvelles pertes massives de vies humaines », a-t-il affirmé.

Les dirigeants européens restent divisés sur la prise en charge des réfugiés, en renvoyant les décisions à plus tard. Ils vont par ailleurs chercher l’aval de l’ONU pour mener des actions militaires contre les trafiquants en Libye.

Négociations en Turquie : qui veut diriger l’opposition syrienne?

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Les chefs d’Etat européens commémorent aujourd’hui le centenaire du génocide arménien, au grand dam de la Turquie, laquelle se contente de reconnaître l’existence de « massacres » interethniques au crépuscule de l’Empire ottoman. Même le président allemand s’est permis de sortir de son rôle protocolaire pour présenter des excuses nationales car le Deuxième Reich a activement collaboré aux exactions que pilotaient les Jeunes-Turcs.

Mais du côté d’Ankara, plutôt que d’expier un passé qui ne passe pas et de pacifier les relations avec le petit voisin arménien, la diplomatie turque se tourne vers un autre pays limitrophe qu’elle surveille comme le lait sur le feu : la Syrie. Suspectée de laisser l’Etat islamique prospérer sans mot dire, voire d’encourager son expansion aux dépens des forces kurdes, la Turquie des Frères musulmans tente de donner des gages tant à ses alliés arabes sunnites qu’à ses partenaires occidentaux.

Avec le concours de l’Arabie Saoudite, le gouvernement turc vient de lancer une grande compétition pour diriger « l’opposition syrienne légitime », maintenant que l’Armée syrienne libre s’est faite phagocyter par les groupes islamistes, au ravissement d’un Bachar Al-Assad qui voit sa propagande devenir réalité. À l’exception de quelques poches, essentiellement au sud de Damas, l’armée baasiste suppléée par le Hezbollah et des officiers iraniens – à moins que ce ne soit l’inverse – lutte en effet contre des phalanges terroristes d’inspiration takfirie. Exit le Front Al-Nosra, qu’Ankara et Riyad ont désespérément poussé à se désolidariser de la franchise Al-Qaïda afin de gagner en respectabilité, les Turcs et Saoudiens ont un nouveau poulain : Jayche-al-Islam (L’Armée de l’islam). Comme le laisse entendre sa dénomination, cette brigade n’est pas vraiment un rassemblement de musulmans démocrates, mais un groupe salafiste actuellement postée dans la Ghouta orientale, en périphérie de Damas. Son chef Zahran Allouche, la quarantaine, ancien étudiant à Médine, financé par l’Arabie, se trouve à Istanbul pour des tractations avec les autorités en vue de constituer un grand front islamique d’opposition contre l’Etat syrien, Daech et Al-Nosra susceptible de rassurer les Occidentaux.

Zahran Allouche n’est pas un perdreau de l’année. Il y a deux ans, il s’était illustré en pillant les stocks d’armes du poste-frontière turco-syrien de Bab Al-Hawa. Depuis, il s’est taillé une réputation de dur à cuire : dans son fief de Douma, d’où il espère menacer la capitale syrienne, Allouche est parvenu à soumettre l’ensemble des forces armées d’opposition, qu’il menaçait de son courroux. Entre la reddition, synonyme d’embrigadement dans l’armée arabe syrienne (voire de mort certaine en prison), et l’allégeance à « L’Armée de l’islam », les combattants damascènes d’Ahrar-a-Cham ont choisi. Dans sa marche vers la direction de l’opposition, Zahran Allouche essaie de fédérer les seigneurs de la guerre islamistes qui combattent les forces loyalistes et le Hezbollah dans les montagnes du Qalamoun, aux confins de la Syrie et du Liban. Jusqu’ici sans grand succès. Malgré la stabilisation globale du front, Al-Nosra et l’Etat islamique grignotent des portions de territoires au nord d’Alep, dans la province d’Idleb. Il faut bien reconnaître que le djihadisme global séduit bien davantage les djihadistes occidentaux que des groupuscules plus méconnus comme Jayche-al-islam.

Quand l’émotion des commémorations arméniennes retombera, Erdogan prendra probablement langue avec ses « alliés » de l’OTAN pour leur vendre son projet de force armée syrienne légitime. Maintenant que les réfugiés se noient dans la Méditerranée, que les chrétiens d’Orient fuient leur terre natale devant l’Etat islamique, la compassion n’est pas encore de mise pour les civils syriens vivant sous la coupe de milices. Il y a fort à parier que notre grand allié saoudien, auquel nous fournissons armes, chars et Mirage, prétendra que seule « L’Armée de l’islam » a la capacité de s’opposer à Daech sur son propre terrain. Et c’est ainsi que le salafisme est « modéré ».

La démocratie selon Barroso

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Le divorce entre l’élite politique et la population que l’on constate à chaque élection est un fait massif depuis ces dernières années. Il se révèle dans le taux d’abstention, qui a considérablement progressé dans l’ensemble des élections depuis les années 1980. Ce divorce alimente un procès en « populisme » contre des forces, de gauche comme de droite, qui conteste l’offre politique aujourd’hui rejeté par environ un tiers à la moitié des électeurs français. Pourtant, on peut penser que si tant le parti ex-gaulliste que le parti dit socialiste exprimait de véritables alternatives, ce taux d’abstention ne serait pas aussi élevé. Ce divorce trouve son fondement dans le délitement de la souveraineté nationale qui est ressenti par la population. Les Français ont le sentiment, de plus en plus justifié, que leur gouvernement, qu’il soit de l’UMP ou du PS, écoute bien plus ce qui se dit à Bruxelles que ce que veulent les électeurs.

Ce délitement marche de concert avec le délitement de la démocratie. Certes, des élections se tiennent régulièrement en France. Mais, ont-elles encore un pouvoir de changer la politique, voire de changer l’élite dirigeante ? On peut en douter. Par ailleurs, les choix des électeurs ont été bafoués de manière ouverte et explicite lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel de 2005. De là date la crise ouverte de la démocratie en France. Les suites de ce référendum constituent un événement marquant, l’équivalent d’un acte fondateur, qui nous a fait entrer dans une nouvelle époque. Cela en dit long sur la notion de la démocratie qui est professée par les principaux responsables européens, et en particulier de M. Jean-Claude Juncker (un multirécidiviste sur ce point qui avait déclaré à la suite de cette élection du 25 janvier « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » ou M. Moscovici. Ajoutons que les récentes déclarations de M. Schäuble vont parfaitement dans ce sens. On mesure que le mot « démocratie » n’est qu’un slogan sans contenu pour les dirigeants de l’Union européenne.

Il convient alors d’analyser ce discours anti-démocratique, et ses fondements économiques pour tenter de trouver une solution à la crise de la démocratie que l’on observe en France. Au-delà, ce divorce entre le peuple et les élites peut avoir comme solution la séparation radicale entre le peuple et une certaine élite. Après tout, Thomas Bottomore n’écrivait-il pas, il y a de cela près de cinquante ans, que l’histoire est un cimetière d’élites ?

Ce délitement de la souveraineté nationale s’est mis en place avec le traité de Maastricht. Il s’est amplifié par petit pas. Victor Hugo le disait déjà, et comme en son temps on peut écrire que l’on «nous retire petit à petit tout ce que nos quarante ans de révolution nous avaient acquis de droits et de franchises.(…) Le lion n’a pas les mœurs du renard]».

Il est à cet égard intéressant et instructif de lire ce que dit, et sans nul doute ce que pense, l’un des principaux acteurs de l’Union européenne, José-Manuel Barroso dont les talents renardiers sont indiscutables. Le discours qu’il prononça au début du printemps 2014 en Californie, à l’université de Stanford est, à cet égard, parfaitement exemplaire de l’imaginaire du personnage, et avec ce dernier de nombreux parmi les dirigeants européens. On a eu tendance à railler son manque (évident) de charisme. C’est oublier que le charisme n’est une qualité nécessaire que dans un univers où les décisions sont prises par des dirigeants identifiables et (si possible…) élus. Le lion a besoin du charisme, point le renard… Quand la décision est prise par une bureaucratie anonyme, cette qualité s’avère un défaut. Barroso est donc très représentatif et en un sens exemplaire de l’idéologie de l’Union européenne. Au-delà, dans ce discours sont exprimées une série de notion d’une importance toute particulière. Ce discours peut être lu comme un programme et comme un aveux. Un programme, en ceci qu’il décrit le chemin que l’Union Européenne s’est fixé pour les prochaines années. Un aveu parce qu’il décrit, dans des formules explicites mais aussi par des raccourcis implicites et par des métaphores, l’imaginaire d’un fonctionnaire européen. En ce sens, le terne Monsieur Barroso est parfaitement révélateur d’un modèle politique qui est une anti-politique. Il implique la réduction des choix politiques à des choix techniques qui sont supposés être « apolitiques ».

La première idée importante, et qui est exprimée sous l’aspect anodin d’une simple constatation, est celle d’un monde complètement dominé par les différents marchés. La métaphore utilisée n’est pas sans intérêt. C’est celle d’un monde sans aspérité, ce qu’il appelle une « terre plate ». On est donc dans un monde à une seule dimension. C’est en fait l’image même qui est utilisée dans les versions les plus caricaturales de la théorie néoclassique en économie, ou théorie de l’équilibre général. Il est à cet égard assez remarquable de trouver une congruence entre une pensée politique et une théorie économique. L’inquiétant, dans le discours de Barroso, est que cette pensée politique est congruente avec la plus pathologique des théories économiques. Ceci mérite que l’on s’y arrête et que l’on revienne sur l’analyse de la théorie économique qui sert de soubassement à cette vision politique.

Il faut ici rappeler que la Théorie de l’équilibre général, qui reste à la base de la pensée dominante en économie, ne correspond quant à ses fondements à aucun raisonnement scientifique. Elle s’est constituée par un coup de force théorique de la part de Léon Walras à la fin du XIXème siècle, qui postula que l’on pouvait considérer l’économie comme un ensemble de marchés interdépendants à l’exception de toute autre situation. L’idée est formellement attirante ; légions sont d’ailleurs les économistes qui ont succombé aux charmes formels de cette théorie. Mais elle s’avère incapable de permettre une vision de la réalité. Pour réaliser ce « coup de force », Walras a dû sacrifier la théorie du marché lui-même. Si l’on on cherche une définition du “marché” dans les ouvrages modernes inspirés par sa théorie on n’en trouve aucune. Assurément il existe de nombreuses définitions de ce que le marché est censé réaliser. Mais dire ce qu’un système produit ne nous dit pas comment il le fait, ni quelle est sa nature. On est renvoyé à un mystère au sens religieux du terme. La nature religieuse de cette pensée économique explique sa constitution en orthodoxie, qui voue aux gémonies toute pensée non-conforme.

Le formalisme sans contenu de la pensée de Walras se révèle dans l’hypothèse d’une capacité pour les agents d’attribuer des valeurs monétaires à la totalité de leur environnement. Oscar Wilde remarquait déjà que cela décrit certes le cynique, « l’homme qui connaît le prix de toute chose mais la valeur d’aucune », mais cela n’établit pas de manière réaliste un raisonnement sur lequel on peut se fonder pour construire une théorie.

Juan-Manuel Barroso présente une alternative à la notion de Nation qu’il récuse, et c’est là que se dévoile le fond de sa pensée. L’Europe, définie comme l’Union Européenne, ce qui n’est ni sans conséquences ni sans soulever un certain nombre de questions, est alors présentée comme étant « ni un super-Etat, ni une organisation internationale ». Elle serait, au contraire, un projet « sui-generis », qui résulterait de la libre volonté des Etats de mettre en commun leur souveraineté afin de résoudre des problèmes communs, n’est pas sans soulever d’importantes questions. Barroso sombre ensuite dans l’autosatisfaction, et décerne à l’UE des louanges dont, à regarder les dernières élections européennes, on peut penser qu’elles ne sont pas partagées. L’Europe « …a été un petit laboratoire de la mondialisation, un incubateur de la coopération internationale et d’une gouvernance à plusieurs niveaux pour plusieurs décennies. Et je suis heureux de dire qu’elle a été une expérimentation très réussie ». Entre un avenir qui se présente comme radieux, et des alternatives lourdes de menaces ; comment ne pas choisir ? Il convient alors de défendre à tout prix le modèle d’ouverture extrême qui caractérise l’UE. A cet égard, une autre citation du même discours est très révélatrice : « Mais, mettre en cause notre modèle de régionalisme ouvert reviendrait à mettre en cause l’existence même de l’Union Européenne ».

Décryptons le discours. L’Union européenne n’est pas un « super-état », bien entendu. Ce simple concept doit faire frémir d’horreur tout Bruxelles, et jeter les habitants du Berlaymont (l’un des bâtiments de la Commission européenne) dans des transes d’effroi. En fait, se situant dans un « entre-deux », Barroso, et avec lui les différents bureaucrates européens, espèrent bien être quitte de l’interrogation en démocratie, désormais récurrente à propos de l’Union européenne. L’UE n’est pas un « super-état » ? Fort bien, on n’a donc pas à faire la démonstration qu’il existe un « peuple européen », ni à mettre ces institutions sous le contrôle d’une souveraineté populaire. Mais l’UE n’est pas, non plus une « organisation internationale ». Ce point est important. Si l’on considère que l’UE est bien une organisation internationale, alors le droit de coordination l’emporte sur le droit de subordination. Les décisions ne peuvent être prises qu’à l’unanimité des Etats participants, et le contrôle de la souveraineté populaire se recompose, certes de manière indirecte, mais tout à fait réelle. En affirmant péremptoirement que l’UE est un projet « sui generis », Barroso et ses confrères s’exonèrent de tout contrôle démocratique et enterrent ainsi le principe de souveraineté nationale, mais sans le remplacer par un autre principe. C’est le fait du Prince dans toute sa nudité, certes caché dans une formule dont Jean de La Fontaine apprécierait l’hommage (involontaire) à sa fable de la Chauve-Souris et des Deux Belettes : « Je suis Oiseau : voyez mes ailes;
Vive la gent qui fend les airs !…. Je suis Souris : vivent les Rats;
Jupiter confonde les Chats ».

Cette volonté farouche de faire disparaître du champ politique le principe de la souveraineté ne peut se justifier que par une volonté de faire disparaître aussi le principe de démocratie. Mais, ce faisant, on détruit aussi un lien social de la plus grande importance. Dès lors, il ne faut plus s’étonner de ce que la société glisse vers l’anomie, et la guerre de « tous contre tous ». Il n’est donc pas étonnant que l’on se réveille, comme en cet été 2014, avec des fragments de notre société qui ne se pensent plus comme Français avant tout, mais comme musulmans ou juifs, comme « noirs » ou « blancs », bref, cette montée du communautarisme qui ronge aujourd’hui le « vivre-ensemble ».

Il est clair qu’il y a un projet international dans cela. C’est celui des « néo-Conservateurs » américains et de leurs stipendiés français, des Bernard Henri-Lévy aux Kouchner, qui préfèrent de loin classer les individus par catégories ethnico-religieuses et non par leur appartenance à des communautés nationales transcendants justement ces catégories. Mais, il y a surtout une dimension profondément française qui est un mélange de haine de la Nation, de culpabilité rentrée, et de ce passé rance qui nous vient de 1940. Fuyons donc la France disent-ils tous ces beaux esprits, et allons-nous perdre dans cette masse informe qu’est aujourd’hui l’Union européenne, fusse au prix d’un abandon de la démocratie et de la souveraineté.

Pourtant si l’on doit faire des analogies, il est clair que ce sont les tenants de cette haine de l’Etat-Nation qui se révèlent être les plus proches et les plus fidèles imitateurs de la France de Vichy. En fait, ce sont eux qui ont sacrifiés la démocratie à un projet étranger, ce sont eux qui en prétendant « dépasser » la souveraineté en rendent la présence d’autant plus nécessaire. Il y a beaucoup de Vichy dans le discours de M. Barroso, de son successeur (Jean-Claude Juncker), de ses séides et de ses alliés.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques Sapir.

*Photo : Pop H.

Terrorisme : les djihadistes algériens s’adressent à la France

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inamenas algerie terrorisme

Plus de deux ans après la prise d’otages sur le site d’exploitation gazière de Tiguentourine (appelé aussi In Amenas) en janvier 2013, le groupe terroriste « Les signataires du sang » a livré cette semaine sa version des faits sur son compte Twitter.

Selon le document signé Kahled Abou Al-Abbas – le nom de guerre de Mokhtar Belmokhtar –  l’objectif de l’opération était de combattre à la fois « le nouveau colonialisme qui veut s’installer dans nos pays », et « les traîtres qui ont vendu nos terres, pour que des entreprises pétrolières américaines et européennes viennent exploiter nos richesses ». Qui plus est, les planificateurs se sont donné comme mot d’ordre le principe de ne pas attenter à la vie de musulmans. C’est pourquoi que le groupe a choisi un site éloigné des zones de peuplement musulmanes. En plus, selon les auteurs dudit document, les membres du commando qui est passé à l’acte le 16 janvier 2013 à l’aube, ont essayé, pendant les premières heures de l’opération, de faire évacuer les travailleurs algériens. En fait, sur les quelque 700 algériens qui se trouvaient sur place le 16 janvier, un seul a perdu la vie. En revanche, 37 des 137 employés étrangers y ont trouvé la mort.

Le groupe de 32 assaillants répartis en huit nationalités (algérienne, tunisienne, égyptienne, malienne, nigérienne, canadienne et mauritanienne) a préparé l’opération pendant des mois au fin fond du Sahara. Muni d’outils simples comme Google Earth, le groupe dit avoir étudié le terrain, la météo, et les routes, mais aussi s’être renseigné sur les différentes nationalités présentes sur les lieux. Leur point de départ se trouvait à 400 kilomètres de leur cible et les membres du commando se sont répartis dans quatre voitures grimées en voitures de l’armée pour s’y rendre.

Aux yeux de l’escouade terroriste,  l’opération a été un succès en ce qu’elle a atteint ses objectifs : mettre en échec le système militaire et le renseignement algériens, montrer la voie à suivre aux autres djihadistes, donner une leçon aux mécréants et terroriser la France.

Le texte adresse aussi un message à l’armée algérienne, appelée à renouer avec son caractère révolutionnaire originel. Au lieu de « vendre l’Algérie aux Français » l’ALN devrait « combattre la France », qui est demeuré un pays « colonisateur » car Paris « ne s’est jamais excusé de ses crimes ». Un discours qui ressemble à s’y méprendre aux propos – sur le « génocide » des Algériens musulmans par la France coloniale – qu’a récemment tenus une jeune fan de Dieudonné face à François Hollande…

*Photo : NEW PRESS/SIPA. 00651258_000001.

Attentat manqué: Avant que d’autres ne jouent sur la peur…

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Il semble désormais établi que l’intention de Sid Ahmed Ghlam était bien de provoquer un vrai massacre au sein de la communauté catholique de Villejuif (Val-de-Marne), à l’occasion de la messe dominicale du 19 avril. Dieu merci l’homme a pu être interpellé avant tout passage à l’acte. Son projet n’en était pas moins clair : frapper des chrétiens sur une terre perçue par les islamistes comme chrétienne, pour nourrir la peur et mieux exacerber la méfiance et l’hostilité vis-à-vis des musulmans de France. Avec l’espoir qu’ils finissent par se retourner, un jour, contre la République avec la volonté fantasmatique d’imposer leur propre loi… coranique. Bref : la politique du pire. On peut imaginer que, pour Daech, l’objectif demeure et qu’il se trouvera ici ou là, dans l’hexagone, d’autres «fous de Dieu», persuadés d’avoir reçu d’Allah, sinon de ses prétendus serviteurs, la mission sacrée de tuer des infidèles.

On connaît la phrase de Voltaire, dans l’Ingénu : « Il prit pour devise malheur est bon à quelque chose. Combien d’honnêtes gens dans le monde ont pu dire malheur n’est bon à rien! » Le malheur a pu être évité. Mais précisément, le pire nous ayant été épargné, je vois au moins deux raisons de me réjouir. La première vient de l’attitude responsable du gouvernement français, souvent «en délicatesse» avec le monde catholique, reconnaissant la communauté chrétienne comme «cible» potentielle des terroristes. Attitude également responsable de la Conférence des évêques, réaffirmant sa totale confiance à l’Etat Français. Oui les catholiques de France sont fils loyaux de la République à égalité de droits et de devoirs.

Le second motif de satisfaction est que le sérieux de la menace, ici même en France, nous rapproche charnellement de nos frères chrétiens victimes de la barbarie sur les terres où Daech a jeté son emprise. Que l’on me comprenne bien : il n’y a là aucune perversion malsaine, aucune culpabilité ambiguë, aucune marque d’appétence pour un quelconque martyre. Simplement la conscience devenue plus aiguë de notre propre fragilité, et d’une fraternelle solidarité avec tous ceux et celles qui partagent notre foi au Christ en des terres où c’est quotidiennement au risque de leur vie. Et la conviction que c’est au nom même de cette foi partagée que nous devons renforcer le dialogue interreligieux comme rempart à la barbarie.

Peut-être la proximité de la menace terroriste, tout comme l’insupportable désastre humanitaire des réfugiés naufragés de Méditerranée étaient-ils nécessaires pour sortir enfin nos pays européens de leur torpeur et provoquer chez leurs dirigeants un «sursaut salutaire». Avant que d’autres forces politiques, aujourd’hui grandissantes, ne jouent sur la peur et l’impuissance politique pour convaincre les peuples que leur survie serait au prix du repliement, de l’exclusion et de l’abandon.

*Photo : Pixabay.

Attentats déjoués : les chiites de France également pris pour cible

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(Avec AFP) – Manuel Valls a recensé pas moins de cinq attentats déjoués ou évités – tel que le projet d’attaque contre les églises de Villejuif – depuis 2013. Parmi les djihadistes arrêtés avant d’avoir pu commettre leurs méfaits,  on trouve Ibrahim Boudina, un jeune Cannois, rentré début 2014 de l’Etat islamique, avec, pensent les enquêteurs, le projet d’attaquer le carnaval de Nice. De même, Lyes Darani, un employé des pompes funèbres de Maubeuge, avait été arrêté en octobre 2013, deux mois après son retour du même Etat fantoche, à cheval sur l’Irak et la Syrie.

Mais un autre profil mérite de retenir l’attention des médias et autres spécialistes du djihadisme : en juillet dernier, Mohamed O.,  20 ans, un jeune homme sans histoires de Créteil, a été incarcéré peu après son retour de Syrie pour avoir fomenté des attaques terroristes contre des mosquées… chiites de la région parisienne. L’individu, qui n’aura passé que quelques semaines dans un camp de l’Etat islamique entre avril et juillet 2014, aurait planifié une attaque similaire au Liban en juin, avant que des difficultés logistiques n’entravent son funeste dessein.  Comme Sid Ahmed Ghlam, Mohamed O. serait resté en contact avec un membre de l’E.I qui l’aurait encouragé dans ses velléités terroristes. Des plans d’édifices religieux chiites de Paris et Créteil avaient été retrouvés à son domicile, permettant à la DGSI de le confondre avant de le mettre hors d’état de nuire en le confiant aux bons soins de la police.

D’étranges similitudes rapprochent donc l’affaire de Villejuif du précédent de Créteil : dans les deux cas, un djihadiste comptait prendre pour cible le lieu de culte d’un « impie » (chrétien) ou d’un « apostat » (chiite), en lien étroit avec un correspondant de l’Etat islamique. À ceci près que la surveillance puis l’arrestation du terroriste cristolien ne devait rien au hasard, contrairement au pataquès qui a finalement contrecarré les plans de Sid Ahmed Ghlam.

L’autre leçon de cette histoire, c’est qu’au même titre que les juifs, les chiites constituent une cible de choix pour les djihadistes, comme me le rappelait Samir Amghar, Mohamed O. s’étant d’ailleurs explicitement référé à Merah et Nemmouche en voulant s’en prendre à ses (faux) frères d’islam. Le Hezbollah d’un côté, Al-Qaïda et l’Etat islamique de l’autre, se livrent d’ailleurs une guerre de mots et de poudre sans merci.

Mais revenons à nos banlieues. À l’été 2014, les services disaient craindre que Mohamed O. « fragile et déterminé, qui voulait d’abord et avant tout s’affirmer »(sic)  ne se radicalise encore davantage en prison. D’aucuns nourriront la même inquiétude au sujet de Sid Ahmed Ghlam, une autre future chance pour la réinsertion…

Après-Charlie: la droite déjà de retour au pouvoir?

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Bartolone Larche Clavreul racisme Charlie

Le 15 avril, Le Monde évoquait la « mission de réflexion sur les formes d’engagement et l’appartenance républicaine », que François Hollande a échoué à faire mener de concert par les présidents respectifs de l’Assemblée nationale et du Sénat. En désaccord total sur les suites à donner aux attentats de janvier, Gérard Larcher et Claude Bartolone ont finalement choisi de ne pas « vivre ensemble » au point de cosigner un rapport commun. Le 15 avril, rapportait le quotidien de Pigasse et Bergé, « ce sont donc deux rapports distincts qu’ils ont remis à François Hollande, deux réponses opposées – une de droite, une de gauche ».

Le 17, la quatrième de couverture de Libération était consacrée au délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), auteur du nouveau plan présenté le même jour par Manuel Valls. Fidèle du Premier ministre, énarque, 41 ans, Gilles Clavreul semble tout droit sorti de « Mad Men », du moins à en croire la photo. D’ailleurs, son attachée de presse est « un pur produit d’Euro RSCG », nous apprend d’emblée Libé. Mais à la lecture de ce portrait, on réalise surtout que François Hollande en est encore à tergiverser entre deux positions antagonistes, quand Manuel Valls a déjà tranché. Car le rapport Larcher, « de droite » selon Le Monde, correspond point par point aux idées de Clavreul, qui « n’a jamais milité au PS » non plus selon Libération.

Il faut dire que ce brave Bartolone est le seul à considérer que l’après-Charlie n’a rien à voir avec les questions d’immigration, de religion et de laïcité : il jure même ses grands dieux que ces sujets n’ont été évoqués « à aucun moment » lors de ses auditions. Pour Larcher, en revanche, « il y a un sujet avec l’islam, comme il y en a eu un avec le catholicisme il y a 110 ans », et les politiques d’immigration doivent être revues d’urgence, « au risque que les communautarismes ne disloquent la nation ». Clavreul, lui, dénonce carrément « tous ces gauchistes qui jouent, sans vergogne, le jeu du communautarisme » et trouve « délirant » le fait « que la figure de la femme palestinienne voilée soit devenue l’alpha et l’oméga de la cause du prolétariat ».

De même, Larcher écrit qu’« à force d’avoir chanté nos différences, on a oublié ce qui nous réunissait », et Clavreul qu’« on tourne autour du pot » en persévérant dans « une approche généreuse mais trop générale ». Comme celle de Claude Bartolone, dont le charabia sociologisant appelle toujours à « éviter le cloisonnement et à favoriser la mixité », ou encore à « refonder le lien civique » en misant sur le « développement de la citoyenneté » ?

Le président du Sénat veut en finir avec « l’idéologie victimaire et la repentance » qui nourrissent « le sentiment illégitime selon lequel les étrangers, quelle que soit la légalité de leur séjour, ont une créance sur la France ». L’auteur du plan gouvernemental de lutte contre le racisme, lui aussi, pointe du doigt les collectifs qui « sont dans une revendication victimaire », alors qu’« on devrait plutôt se féliciter que la France ait aboli l’esclavage ». Qu’en dit le président de l’Assemblée nationale ? Il se flagelle encore et encore avec « les ségrégations et les exclusions subies » parce  que vous comprenez, « la République, on l’aime quand on se sent aimé d’elle »…

La marche du 11 janvier aurait-elle enfin porté ses fruits ? Il se pourrait bien en tout cas que l’angélisme aveugle du PS version Terra Nova, devenu minoritaire jusqu’au sommet de l’Etat, ne soit bientôt plus qu’un mauvais souvenir.

*Photo : VILLARD/SIPA/1504150834

Euthanasie : La mort en face?

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euthanasie dalmayer ricoeur

euthanasie dalmayer ricoeur

On ne sort pas indemne du voyage où nous entraine Paulina Dalmayer dans la sorte d’archipel que forment les gens pour qui la fin de vie est une préoccupation obsédante ou une expérience plus ou moins risquée. Bien que mortels, nous avons quant à nous d’autres choses à faire et à penser. Soins palliatifs, aide au suicide, sédation profonde : ces « sujets d’actualité », soulèvent pourtant des questions vertigineuses – que vaut la vie, qu’est-ce qui fait sa qualité, comment sortir des contradictions d’un activisme technique nécessairement producteur (aussi) d’échecs, comment combattre la tentation latente de faire disparaître ces échecs qui, dans le cas de la médecine, sont des êtres humains. Les réponses à ces questions dépendent largement des cultures nationales et de l’arbitrage qu’elles font entre le respect des choix individuels et le souci d’un consensus moral minimum.

Paulina Dalmayer s’implique dans son enquête avec une ardeur qui agace parfois mais qui, en provoquant le lecteur, maintient son intérêt. Je vous tiendrai la main est un empilement fascinant et foisonnant de portraits, d’interviews et de notes de voyage. Portraits parfois sarcastiques comme celui de la grande bourgeoise narcissique qui fait la propagande d’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité), ou bien  discrètement admiratifs comme à l’égard de l’animatrice suisse de Lifecircle. Acteurs patentés du débat public ou, plus émouvants, acteurs de terrain et soignants, ces figures, en s’emboîtant ou en s’opposant, nous éclairent souvent plus que l’affrontement des thèses.

Tout en soulignant parfois ses doutes, Paulina Dalmayer est trop passionnée pour être neutre.[access capability= »lire_inedits »]
Elle ne tient pas toujours la balance égale, écartant a priori certains acteurs du débat – Chantal Delsol, Emmanuel Hirsch ou Marie de Hennezel. Plus agaçant, elle se laisse parfois, mais pas toujours, enfermer dans la fameuse rhétorique des « avancées » et des « reculs », cette philosophie de tapis roulant où s’abrite la paresse contemporaine. Enfin (à cause de son âge ou de son époque ?),  une agressivité antireligieuse émane de tout le texte.

Qu’on me permette de dresser à mon tour un état des lieux de mes réflexions à la sortie de cette lecture.

Il y a unanimité pour condamner l’acharnement thérapeutique, cause de beaucoup de drames comme celui de Vincent Lambert – et qui sévit particulièrement dans les maternités.

Il devrait aussi y avoir unanimité pour faire des soins palliatifs une priorité. Le professeur Emmanuel Hirsch répète avec raison que ce que nous devons d’abord à nos concitoyens dans le malheur, c’est le soulagement, même si nous craignons que cela ne suffise pas. C’est pourquoi je trouve étonnante et suspecte l’agressivité contre les soins palliatifs de certains partisans de l’euthanasie, comme ce praticien belge qui ricane en observant qu’on est passé de la prétention de tout guérir à la prétention de tout soulager. Comme si soulager pouvait nuire !

Une autre accusation revient souvent chez les adversaires de la loi Claeys-Léonetti, qui autorise le recours à « une sédation profonde et continue » jusqu’au décès, celle d’hypocrisie. Selon eux, l’endormissement définitif (« sédation » fait partie d’un jargon exécrable) est une forme d’euthanasie qui ne s’avoue pas. La différence des objectifs assignés à l’acte – soulager ou tuer – a pourtant son importance. En réalité, l’enquête de Paulina Dalmayer montre bien l’absurdité de l’alternative entre soins palliatifs et recours à l’euthanasie. Ainsi, un euthanasieur brocarde « les faux-culs du laisser-mourir » qui tuent leur patient à force de le soulager, et trois pages plus loin, un autre dit qu’il n’a pas le sentiment de donner la mort mais « les derniers soins ». On ferait mieux d’admettre, d’un côté comme de l’autre, qu’on se trouve souvent agir contre ses intentions, que l’ambiguïté est inévitable. C’est pourquoi, si les soins palliatifs sont un point de départ, l’euthanasie peut se comprendre comme une extrémité, quand des médecins qui assurent à leurs patients qu’ils seront avec eux « jusqu’au bout ». Quant au suicide assisté que, comme Axel Kahn, je distingue de l’euthanasie, il relève de l’humanité quand un malade, invoquant des raisons médicales vérifiées, et non pas une déprime, dit vouloir se suicider sans avoir la force de le faire. En revanche, envoyer dans l’autre monde quelqu’un qui n’en exprime pas le désir serait évidemment inadmissible.

Il existe donc une euthanasie de compagnonnage qui peut se comprendre comme un dernier recours. Mais il y a aussi une idéologie de l’euthanasie qui attise la peur en agitant la « perspective d’une vie diminuée » comme si, en dehors des standards  modernes de mobilité et d’autonomie, une vie ne pouvait être que sans valeur. C’est une cause, que l’on défend en brandissant des sondages indiquant que 90 % des Français y seraient favorables. Comme toutes les idéologies, celle-ci séduit davantage de loin que de près, et beaucoup reculent à l’approche de l’échéance.

La mort dans la vie

Néanmoins, ce livre qui vous instruit et vous prend aux tripes, je m’y sens un peu à l’étroit : il tend à réduire la mort à peu de chose, à son aspect organique, en oubliant que la mortalité est constitutive de la condition humaine. Alain Finkielkraut s’indigne (après Kundera) qu’on accorde à un chien « la mort douce que l’on refuse à beaucoup d’entre nous », mais le rapport à la vie et à la mort est-il le même chez l’animal et chez l’homme ? La mort n’est pas seulement le dernier moment de notre vie, mais aussi le point d’où une vie humaine apparaît différemment. Pour ma part, j’ai vis-à-vis de la mort, de ma mort, une trop grande curiosité pour l’aplatir dans un projet aussi pauvre que l’euthanasie. « Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau », cette admirable fin du Voyage de Baudelaire je la rapproche du cri de saint Paul : « Mort, où est ta victoire ?» Deux façons de nous dire que la mort n’est pas le prédateur ultime – qu’elle n’emporte pas la vie humaine dans le néant, mais qu’elle la transforme en destin. Et si « philosopher, c’est apprendre à mourir », nous avons le devoir de faire place dans notre vie même au point de vue de la mort. Me voilà à une terrasse de café bien connue, au milieu de l’affluence habituelle, et soudain je m’aperçois que mes voisins sont d’une autre génération, presque d’un autre monde, que  je suis « de l’autre côté ». Ou bien je regarde par la fenêtre le spectacle émouvant et banal de parents conduisant leurs enfants à la maternelle. Voilà ce que je ne ferai plus, d’ailleurs sont-ils aussi heureux de le faire que je le suppose ? Ai-je pris jadis à le faire autant de plaisir que ce que je voudrais qu’ils éprouvent ?

Mettre ainsi de la mort dans notre vie, ce n’est pas plonger dans la nostalgie, c’est au contraire reconnaître que nous ne sommes pas seulement d’ici, et cela comporte une dimension de promesse. Ce que Paul Ricœur, nonagénaire, exprimait dans une lettre à une vieille amie : « A l’heure du déclin …du fond de la vie une puissance surgit qui dit que l’être est l’être contre la mort1. ».[1. Paul Ricœur, Vivant jusqu’à la mort, Éditions du Seuil, 2007, p. 143.] Ces paroles ne sont pas seulement une profession de foi, mais aussi l’écho puissant d’une expérience. Les propagandistes de l’euthanasie prétendent regarder la mort en face. Admettons, mais ils doivent en avoir une idée bien pauvre, de cette mort, puisqu’ils s’empressent de la réduire au silence, sans imaginer qu’elle puisse être aussi un objet de curiosité et d’attente.[/access]

Je vous tiendrai la main

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*Photo : wikicommons.

L’évangile selon Judas

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Avec Histoire de Judas, le cinéaste franco-algérien Rabah Ameur-Zaïmeche nous offre son point de vue sur les derniers jours de Jésus et sa relation avec Judas. Après une longue période de jeûne, Jésus rejoint les membres de sa communauté soutenu par son disciple Judas. Son enseignement sidère les foules et attire l’attention des autorités romaines. Peu avant son arrestation, Jésus confie une ultime mission à l’apôtre…

Il est périlleux de s’attaquer à ce type de thématique, qui plus est à partir d’un personnage biblique ambigu tel que Judas. En faisait ce geste d’un inouï courage, le réalisateur, déjà remarqué en 2011 pour son film Les Chants de Mandrin, se saisit du fruit empoisonné et signe une œuvre qui ne tranche pas, qui ne tente même pas d’expliquer cet épisode de notre histoire judéo-chrétienne.

Le film fait se succéder les scènes bibliques qui nous sont familières, celle de l’arrivée de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa condamnation par Ponce Pilate. La question de la trahison de Judas est latente sans devenir centrale et nous incite à poser un autre regard sur le mythe.
Dès le premier plan, le spectateur est transporté au sommet d’une montagne rocailleuse, sur laquelle Judas porte Jésus sur le dos et l’extirpe hors de la crypte – lieu mémoriel par excellence. Bien que certains plans se présentent à la façon d’une iconographie dont on voudrait déchiffrer  les symboles, le spectateur est comme arrêté et submergé par la force allusive qui émane de la texture cinématographique. Il faut dire la place particulière qui est accordée aux éléments organiques : la poussière de la terre d’Algérie symbolise l’aridité sociale de la domination romaine, le vent est le souffle de la natalité, l’eau fait appel à la grâce. Les plis de la peau où se glissent des sourires, mais aussi des pleurs, renvoient aux plis des tissus dans lesquels apparaît le visage de Jésus – que Nabil Djedouani incarne magistralement- avec cette expression mélancolique que l’on entraperçoit. Ainsi, la cène n’est pas un tableau figé mais la scène d’une communion entre les hommes et les aliments qui inspirent une dimension sensuelle du partage.

Histoire de Judas procède à la manière d’une incantation magique des esprits (ou des icônes), voire d’une procession autour du corps de Jésus: si le Christ est porté au début du film, nous le voyons ensuite embaumé par le parfum de la maternité et finalement jamais maltraité. Il n’est pas question de transsubstantiation, mais de mise en présence réelle du corps. Ceci nous remémore le sentiment d’adoration qui n’a pas attendu l’effigie et le symbole de la crucifixion pour exister. La matérialité du film tient une place importante, sans entraver une réflexion sur le pouvoir politique de la parole qui s’élabore. Ainsi, Judas se présente-t-il comme le gardien de la parole libre portée par Jésus en veillant à détruire toute retranscription. En ce sens, Rabah Ameur-Zaïmeche semble vouloir rétablir le potentiel d’une action politique en plaçant le Christ du côté du révolutionnaire.

C’est peu dire que de grandes questions sont posées dans ce film bien que le personnage de Judas demeure irrésolu. Un tel cinéma est grand car il donne à voir et sentir du présent, et donc une possible actualité, dans l’histoire qui nous constitue.

Histoire de Judas, un film de Rabah Ameur-Zaïmèche actuellement au cinéma.

Yémen, l’Arabie malheureuse

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L’Arabie saoudite et la coalition arabe qu’elle dirige continuent leurs raids au Yémen contre des cibles de la rébellion houthie dans le cadre de l’opération Tempête décisive, désormais rebaptisée « Redonner espoir ». Dans le même temps, les navires iraniens que les  Etats-Unis soupçonnent de transporter des armes pour le compte des houthis, ont fait demi-tour.

L’Iran dément ces soupçons et assure ne fournir qu’une aide humanitaire aux Houthis dont la pratique cultuelle est considérée depuis un certain temps – sans doute pour des raisons plus géopolitiques que théologiques – comme proche du chiisme. En tout cas, une chose est sûre : pour Téhéran, allumer des feux autour du royaume des Saoud, que ce soit à l’ouest – Bahreïn – ou dans le sud – au Yémen – et même en pleine mer est toujours une bonne chose.  Et si Barack Obama a dépêché dans le golfe d’Aden une douzaine des navires de guerre, une véritable « task force » autour du porte-avions Roosevelt, pour imposer  un blocus maritime – sous couvert d’une décision du Conseil de sécurité de l’ONU -, cela n’a rien d’innocent.

Ainsi, depuis quelques jours une situation rappelant – d’un peu loin, c’est vrai – la crise cubaine s’est développée au large de ce qui est devenue après presque cinq  décennies de guerres civiles successives, l’Arabie malheureuse.  Les forces navales américaines se sont positionnées à quelques centaines de kilomètres de la flottille iranienne (à une trentaine de minutes de vol de F-18 et hors d’atteinte des missiles iraniens) pendant que la marine saoudienne, ainsi couverte par son allié, annonçait vouloir aborder « tout navire qui essaie d’entrer dans un port yéménite ». Après avoir testé les Etats-Unis, Téhéran a semble-t-il décidé de reculer.

Sur le front diplomatique en revanche, la coalition « anti-houthie » et surtout le nouveau roi saoudien Salman qui doit gérer sa première crise en tant chef d’Etat, patauge. Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif flanqué de son chef d’état-major a conclu hier une visite en Arabie saoudite sans prendre clairement parti et encore moins engager des troupes au Yémen aux côtés des Saoudiens. La presse pakistanaise évoque « un lot de consolation » d’Islamabad à Riyad, sans donner de détails. La prudence pakistanaise agace les Saoudiens qui, au moment du lancement de l’opération, avaient laissé entendre que l’intégration de la puissance nucléaire musulmane dans sa coalition n’était qu’une question de temps. À Islamabad, paraît-il, on préfère voler au secours de la victoire de la coalition arabe plutôt que d’y contribuer. À en juger par les atermoiements pakistanais,  malgré la reculade iranienne, le triomphe des Saoudiens au Yémen n’est pas à portée de main.

Si Téhéran a subi un revers tout relatif en mer, la République islamique chiite peut se targuer de ce beau succès diplomatique : le Pakistan reste neutre, et l’Arabie saoudite apparaît comme le bourreau des civils yéménites, qui ont payé un lourd tribut dans les bombardements.  Pour gagner le cœur des opinions arabes, Riyad ne peut se payer le luxe de perdre la bataille de communication. Comme toutes les guerres postmodernes, l’affrontement sunnites-chiites est aussi une guerre de mots et d’images.

*Photo : wikicommons.

Migrants: l’ONU pointe le «racisme» des pays de l’UE

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(AFP) – Les décisions prises par l’UE sur la question des migrants constituent « un premier pas », a estimé vendredi le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), appelant à lutter contre les causes qui poussent les migrants et réfugiés à quitter leur pays.

Les mesures prises « sont un important premier pas vers une action collective européenne », a déclaré un porte-parole de l’organisation, Adrian Edwards, lors d’un point de presse à Genève.

Les dirigeants européens ont notamment décidé jeudi de tripler les moyens alloués pour le sauvetage des migrants en Méditerranée. Une décision vivement saluée par le HCR.

« Il est crucial que la priorité de tous soit de sauver des vies, y compris dans la zone (…) libyenne, d’où ont tendance à provenir la plupart des appels de détresse », a affirmé M. Edwards, alors que les Européens n’ont pas trouvé d’accord pour permettre aux navires de l’opération européenne de surveillance et de sauvetage en mer Triton de sortir des eaux territoriales afin d’aller plus près de la Libye.

Le HCR reste prudent dans son jugement sur les mesures européennes et attend d’en savoir plus notamment sur la question de l’accueil des réfugiés.

« Sans la mise en place de circuits » migratoires « substantiels et réalistes » pour répondre aux besoins des « personnes qui souhaitent être en sécurité, (…) les efforts internationaux pour sévir contre les passeurs et les trafiquants ont peu de chance d’être efficaces », a signalé M. Edwards.

Le HCR, tout comme le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, a également relevé l’importance de lutter contre les causes qui provoquent le départ des migrants et réfugiés de leur pays, comme la pauvreté et les conflits.

Dans un communiqué, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a lui estimé que le « racisme qui caractérise le débat sur la migration dans un nombre croissant de pays de l’Union européenne fausse (…) les réponses apportées à la crise par l’Union européenne ».

« Comme l’a montré hier le résultat des délibérations du Conseil de l’Europe, ces réponses se concentrent sur la dissuasion et la prévention des mouvements, au risque d’aggraver la crise, et pourraient tristement aboutir à de nouvelles pertes massives de vies humaines », a-t-il affirmé.

Les dirigeants européens restent divisés sur la prise en charge des réfugiés, en renvoyant les décisions à plus tard. Ils vont par ailleurs chercher l’aval de l’ONU pour mener des actions militaires contre les trafiquants en Libye.

Négociations en Turquie : qui veut diriger l’opposition syrienne?

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daech syrie turquie salafisme allouche

daech syrie turquie salafisme allouche

Les chefs d’Etat européens commémorent aujourd’hui le centenaire du génocide arménien, au grand dam de la Turquie, laquelle se contente de reconnaître l’existence de « massacres » interethniques au crépuscule de l’Empire ottoman. Même le président allemand s’est permis de sortir de son rôle protocolaire pour présenter des excuses nationales car le Deuxième Reich a activement collaboré aux exactions que pilotaient les Jeunes-Turcs.

Mais du côté d’Ankara, plutôt que d’expier un passé qui ne passe pas et de pacifier les relations avec le petit voisin arménien, la diplomatie turque se tourne vers un autre pays limitrophe qu’elle surveille comme le lait sur le feu : la Syrie. Suspectée de laisser l’Etat islamique prospérer sans mot dire, voire d’encourager son expansion aux dépens des forces kurdes, la Turquie des Frères musulmans tente de donner des gages tant à ses alliés arabes sunnites qu’à ses partenaires occidentaux.

Avec le concours de l’Arabie Saoudite, le gouvernement turc vient de lancer une grande compétition pour diriger « l’opposition syrienne légitime », maintenant que l’Armée syrienne libre s’est faite phagocyter par les groupes islamistes, au ravissement d’un Bachar Al-Assad qui voit sa propagande devenir réalité. À l’exception de quelques poches, essentiellement au sud de Damas, l’armée baasiste suppléée par le Hezbollah et des officiers iraniens – à moins que ce ne soit l’inverse – lutte en effet contre des phalanges terroristes d’inspiration takfirie. Exit le Front Al-Nosra, qu’Ankara et Riyad ont désespérément poussé à se désolidariser de la franchise Al-Qaïda afin de gagner en respectabilité, les Turcs et Saoudiens ont un nouveau poulain : Jayche-al-Islam (L’Armée de l’islam). Comme le laisse entendre sa dénomination, cette brigade n’est pas vraiment un rassemblement de musulmans démocrates, mais un groupe salafiste actuellement postée dans la Ghouta orientale, en périphérie de Damas. Son chef Zahran Allouche, la quarantaine, ancien étudiant à Médine, financé par l’Arabie, se trouve à Istanbul pour des tractations avec les autorités en vue de constituer un grand front islamique d’opposition contre l’Etat syrien, Daech et Al-Nosra susceptible de rassurer les Occidentaux.

Zahran Allouche n’est pas un perdreau de l’année. Il y a deux ans, il s’était illustré en pillant les stocks d’armes du poste-frontière turco-syrien de Bab Al-Hawa. Depuis, il s’est taillé une réputation de dur à cuire : dans son fief de Douma, d’où il espère menacer la capitale syrienne, Allouche est parvenu à soumettre l’ensemble des forces armées d’opposition, qu’il menaçait de son courroux. Entre la reddition, synonyme d’embrigadement dans l’armée arabe syrienne (voire de mort certaine en prison), et l’allégeance à « L’Armée de l’islam », les combattants damascènes d’Ahrar-a-Cham ont choisi. Dans sa marche vers la direction de l’opposition, Zahran Allouche essaie de fédérer les seigneurs de la guerre islamistes qui combattent les forces loyalistes et le Hezbollah dans les montagnes du Qalamoun, aux confins de la Syrie et du Liban. Jusqu’ici sans grand succès. Malgré la stabilisation globale du front, Al-Nosra et l’Etat islamique grignotent des portions de territoires au nord d’Alep, dans la province d’Idleb. Il faut bien reconnaître que le djihadisme global séduit bien davantage les djihadistes occidentaux que des groupuscules plus méconnus comme Jayche-al-islam.

Quand l’émotion des commémorations arméniennes retombera, Erdogan prendra probablement langue avec ses « alliés » de l’OTAN pour leur vendre son projet de force armée syrienne légitime. Maintenant que les réfugiés se noient dans la Méditerranée, que les chrétiens d’Orient fuient leur terre natale devant l’Etat islamique, la compassion n’est pas encore de mise pour les civils syriens vivant sous la coupe de milices. Il y a fort à parier que notre grand allié saoudien, auquel nous fournissons armes, chars et Mirage, prétendra que seule « L’Armée de l’islam » a la capacité de s’opposer à Daech sur son propre terrain. Et c’est ainsi que le salafisme est « modéré ».

La démocratie selon Barroso

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barroso juncker europe

barroso juncker europe

Le divorce entre l’élite politique et la population que l’on constate à chaque élection est un fait massif depuis ces dernières années. Il se révèle dans le taux d’abstention, qui a considérablement progressé dans l’ensemble des élections depuis les années 1980. Ce divorce alimente un procès en « populisme » contre des forces, de gauche comme de droite, qui conteste l’offre politique aujourd’hui rejeté par environ un tiers à la moitié des électeurs français. Pourtant, on peut penser que si tant le parti ex-gaulliste que le parti dit socialiste exprimait de véritables alternatives, ce taux d’abstention ne serait pas aussi élevé. Ce divorce trouve son fondement dans le délitement de la souveraineté nationale qui est ressenti par la population. Les Français ont le sentiment, de plus en plus justifié, que leur gouvernement, qu’il soit de l’UMP ou du PS, écoute bien plus ce qui se dit à Bruxelles que ce que veulent les électeurs.

Ce délitement marche de concert avec le délitement de la démocratie. Certes, des élections se tiennent régulièrement en France. Mais, ont-elles encore un pouvoir de changer la politique, voire de changer l’élite dirigeante ? On peut en douter. Par ailleurs, les choix des électeurs ont été bafoués de manière ouverte et explicite lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel de 2005. De là date la crise ouverte de la démocratie en France. Les suites de ce référendum constituent un événement marquant, l’équivalent d’un acte fondateur, qui nous a fait entrer dans une nouvelle époque. Cela en dit long sur la notion de la démocratie qui est professée par les principaux responsables européens, et en particulier de M. Jean-Claude Juncker (un multirécidiviste sur ce point qui avait déclaré à la suite de cette élection du 25 janvier « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » ou M. Moscovici. Ajoutons que les récentes déclarations de M. Schäuble vont parfaitement dans ce sens. On mesure que le mot « démocratie » n’est qu’un slogan sans contenu pour les dirigeants de l’Union européenne.

Il convient alors d’analyser ce discours anti-démocratique, et ses fondements économiques pour tenter de trouver une solution à la crise de la démocratie que l’on observe en France. Au-delà, ce divorce entre le peuple et les élites peut avoir comme solution la séparation radicale entre le peuple et une certaine élite. Après tout, Thomas Bottomore n’écrivait-il pas, il y a de cela près de cinquante ans, que l’histoire est un cimetière d’élites ?

Ce délitement de la souveraineté nationale s’est mis en place avec le traité de Maastricht. Il s’est amplifié par petit pas. Victor Hugo le disait déjà, et comme en son temps on peut écrire que l’on «nous retire petit à petit tout ce que nos quarante ans de révolution nous avaient acquis de droits et de franchises.(…) Le lion n’a pas les mœurs du renard]».

Il est à cet égard intéressant et instructif de lire ce que dit, et sans nul doute ce que pense, l’un des principaux acteurs de l’Union européenne, José-Manuel Barroso dont les talents renardiers sont indiscutables. Le discours qu’il prononça au début du printemps 2014 en Californie, à l’université de Stanford est, à cet égard, parfaitement exemplaire de l’imaginaire du personnage, et avec ce dernier de nombreux parmi les dirigeants européens. On a eu tendance à railler son manque (évident) de charisme. C’est oublier que le charisme n’est une qualité nécessaire que dans un univers où les décisions sont prises par des dirigeants identifiables et (si possible…) élus. Le lion a besoin du charisme, point le renard… Quand la décision est prise par une bureaucratie anonyme, cette qualité s’avère un défaut. Barroso est donc très représentatif et en un sens exemplaire de l’idéologie de l’Union européenne. Au-delà, dans ce discours sont exprimées une série de notion d’une importance toute particulière. Ce discours peut être lu comme un programme et comme un aveux. Un programme, en ceci qu’il décrit le chemin que l’Union Européenne s’est fixé pour les prochaines années. Un aveu parce qu’il décrit, dans des formules explicites mais aussi par des raccourcis implicites et par des métaphores, l’imaginaire d’un fonctionnaire européen. En ce sens, le terne Monsieur Barroso est parfaitement révélateur d’un modèle politique qui est une anti-politique. Il implique la réduction des choix politiques à des choix techniques qui sont supposés être « apolitiques ».

La première idée importante, et qui est exprimée sous l’aspect anodin d’une simple constatation, est celle d’un monde complètement dominé par les différents marchés. La métaphore utilisée n’est pas sans intérêt. C’est celle d’un monde sans aspérité, ce qu’il appelle une « terre plate ». On est donc dans un monde à une seule dimension. C’est en fait l’image même qui est utilisée dans les versions les plus caricaturales de la théorie néoclassique en économie, ou théorie de l’équilibre général. Il est à cet égard assez remarquable de trouver une congruence entre une pensée politique et une théorie économique. L’inquiétant, dans le discours de Barroso, est que cette pensée politique est congruente avec la plus pathologique des théories économiques. Ceci mérite que l’on s’y arrête et que l’on revienne sur l’analyse de la théorie économique qui sert de soubassement à cette vision politique.

Il faut ici rappeler que la Théorie de l’équilibre général, qui reste à la base de la pensée dominante en économie, ne correspond quant à ses fondements à aucun raisonnement scientifique. Elle s’est constituée par un coup de force théorique de la part de Léon Walras à la fin du XIXème siècle, qui postula que l’on pouvait considérer l’économie comme un ensemble de marchés interdépendants à l’exception de toute autre situation. L’idée est formellement attirante ; légions sont d’ailleurs les économistes qui ont succombé aux charmes formels de cette théorie. Mais elle s’avère incapable de permettre une vision de la réalité. Pour réaliser ce « coup de force », Walras a dû sacrifier la théorie du marché lui-même. Si l’on on cherche une définition du “marché” dans les ouvrages modernes inspirés par sa théorie on n’en trouve aucune. Assurément il existe de nombreuses définitions de ce que le marché est censé réaliser. Mais dire ce qu’un système produit ne nous dit pas comment il le fait, ni quelle est sa nature. On est renvoyé à un mystère au sens religieux du terme. La nature religieuse de cette pensée économique explique sa constitution en orthodoxie, qui voue aux gémonies toute pensée non-conforme.

Le formalisme sans contenu de la pensée de Walras se révèle dans l’hypothèse d’une capacité pour les agents d’attribuer des valeurs monétaires à la totalité de leur environnement. Oscar Wilde remarquait déjà que cela décrit certes le cynique, « l’homme qui connaît le prix de toute chose mais la valeur d’aucune », mais cela n’établit pas de manière réaliste un raisonnement sur lequel on peut se fonder pour construire une théorie.

Juan-Manuel Barroso présente une alternative à la notion de Nation qu’il récuse, et c’est là que se dévoile le fond de sa pensée. L’Europe, définie comme l’Union Européenne, ce qui n’est ni sans conséquences ni sans soulever un certain nombre de questions, est alors présentée comme étant « ni un super-Etat, ni une organisation internationale ». Elle serait, au contraire, un projet « sui-generis », qui résulterait de la libre volonté des Etats de mettre en commun leur souveraineté afin de résoudre des problèmes communs, n’est pas sans soulever d’importantes questions. Barroso sombre ensuite dans l’autosatisfaction, et décerne à l’UE des louanges dont, à regarder les dernières élections européennes, on peut penser qu’elles ne sont pas partagées. L’Europe « …a été un petit laboratoire de la mondialisation, un incubateur de la coopération internationale et d’une gouvernance à plusieurs niveaux pour plusieurs décennies. Et je suis heureux de dire qu’elle a été une expérimentation très réussie ». Entre un avenir qui se présente comme radieux, et des alternatives lourdes de menaces ; comment ne pas choisir ? Il convient alors de défendre à tout prix le modèle d’ouverture extrême qui caractérise l’UE. A cet égard, une autre citation du même discours est très révélatrice : « Mais, mettre en cause notre modèle de régionalisme ouvert reviendrait à mettre en cause l’existence même de l’Union Européenne ».

Décryptons le discours. L’Union européenne n’est pas un « super-état », bien entendu. Ce simple concept doit faire frémir d’horreur tout Bruxelles, et jeter les habitants du Berlaymont (l’un des bâtiments de la Commission européenne) dans des transes d’effroi. En fait, se situant dans un « entre-deux », Barroso, et avec lui les différents bureaucrates européens, espèrent bien être quitte de l’interrogation en démocratie, désormais récurrente à propos de l’Union européenne. L’UE n’est pas un « super-état » ? Fort bien, on n’a donc pas à faire la démonstration qu’il existe un « peuple européen », ni à mettre ces institutions sous le contrôle d’une souveraineté populaire. Mais l’UE n’est pas, non plus une « organisation internationale ». Ce point est important. Si l’on considère que l’UE est bien une organisation internationale, alors le droit de coordination l’emporte sur le droit de subordination. Les décisions ne peuvent être prises qu’à l’unanimité des Etats participants, et le contrôle de la souveraineté populaire se recompose, certes de manière indirecte, mais tout à fait réelle. En affirmant péremptoirement que l’UE est un projet « sui generis », Barroso et ses confrères s’exonèrent de tout contrôle démocratique et enterrent ainsi le principe de souveraineté nationale, mais sans le remplacer par un autre principe. C’est le fait du Prince dans toute sa nudité, certes caché dans une formule dont Jean de La Fontaine apprécierait l’hommage (involontaire) à sa fable de la Chauve-Souris et des Deux Belettes : « Je suis Oiseau : voyez mes ailes;
Vive la gent qui fend les airs !…. Je suis Souris : vivent les Rats;
Jupiter confonde les Chats ».

Cette volonté farouche de faire disparaître du champ politique le principe de la souveraineté ne peut se justifier que par une volonté de faire disparaître aussi le principe de démocratie. Mais, ce faisant, on détruit aussi un lien social de la plus grande importance. Dès lors, il ne faut plus s’étonner de ce que la société glisse vers l’anomie, et la guerre de « tous contre tous ». Il n’est donc pas étonnant que l’on se réveille, comme en cet été 2014, avec des fragments de notre société qui ne se pensent plus comme Français avant tout, mais comme musulmans ou juifs, comme « noirs » ou « blancs », bref, cette montée du communautarisme qui ronge aujourd’hui le « vivre-ensemble ».

Il est clair qu’il y a un projet international dans cela. C’est celui des « néo-Conservateurs » américains et de leurs stipendiés français, des Bernard Henri-Lévy aux Kouchner, qui préfèrent de loin classer les individus par catégories ethnico-religieuses et non par leur appartenance à des communautés nationales transcendants justement ces catégories. Mais, il y a surtout une dimension profondément française qui est un mélange de haine de la Nation, de culpabilité rentrée, et de ce passé rance qui nous vient de 1940. Fuyons donc la France disent-ils tous ces beaux esprits, et allons-nous perdre dans cette masse informe qu’est aujourd’hui l’Union européenne, fusse au prix d’un abandon de la démocratie et de la souveraineté.

Pourtant si l’on doit faire des analogies, il est clair que ce sont les tenants de cette haine de l’Etat-Nation qui se révèlent être les plus proches et les plus fidèles imitateurs de la France de Vichy. En fait, ce sont eux qui ont sacrifiés la démocratie à un projet étranger, ce sont eux qui en prétendant « dépasser » la souveraineté en rendent la présence d’autant plus nécessaire. Il y a beaucoup de Vichy dans le discours de M. Barroso, de son successeur (Jean-Claude Juncker), de ses séides et de ses alliés.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques Sapir.

*Photo : Pop H.

Terrorisme : les djihadistes algériens s’adressent à la France

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inamenas algerie terrorisme

inamenas algerie terrorisme

Plus de deux ans après la prise d’otages sur le site d’exploitation gazière de Tiguentourine (appelé aussi In Amenas) en janvier 2013, le groupe terroriste « Les signataires du sang » a livré cette semaine sa version des faits sur son compte Twitter.

Selon le document signé Kahled Abou Al-Abbas – le nom de guerre de Mokhtar Belmokhtar –  l’objectif de l’opération était de combattre à la fois « le nouveau colonialisme qui veut s’installer dans nos pays », et « les traîtres qui ont vendu nos terres, pour que des entreprises pétrolières américaines et européennes viennent exploiter nos richesses ». Qui plus est, les planificateurs se sont donné comme mot d’ordre le principe de ne pas attenter à la vie de musulmans. C’est pourquoi que le groupe a choisi un site éloigné des zones de peuplement musulmanes. En plus, selon les auteurs dudit document, les membres du commando qui est passé à l’acte le 16 janvier 2013 à l’aube, ont essayé, pendant les premières heures de l’opération, de faire évacuer les travailleurs algériens. En fait, sur les quelque 700 algériens qui se trouvaient sur place le 16 janvier, un seul a perdu la vie. En revanche, 37 des 137 employés étrangers y ont trouvé la mort.

Le groupe de 32 assaillants répartis en huit nationalités (algérienne, tunisienne, égyptienne, malienne, nigérienne, canadienne et mauritanienne) a préparé l’opération pendant des mois au fin fond du Sahara. Muni d’outils simples comme Google Earth, le groupe dit avoir étudié le terrain, la météo, et les routes, mais aussi s’être renseigné sur les différentes nationalités présentes sur les lieux. Leur point de départ se trouvait à 400 kilomètres de leur cible et les membres du commando se sont répartis dans quatre voitures grimées en voitures de l’armée pour s’y rendre.

Aux yeux de l’escouade terroriste,  l’opération a été un succès en ce qu’elle a atteint ses objectifs : mettre en échec le système militaire et le renseignement algériens, montrer la voie à suivre aux autres djihadistes, donner une leçon aux mécréants et terroriser la France.

Le texte adresse aussi un message à l’armée algérienne, appelée à renouer avec son caractère révolutionnaire originel. Au lieu de « vendre l’Algérie aux Français » l’ALN devrait « combattre la France », qui est demeuré un pays « colonisateur » car Paris « ne s’est jamais excusé de ses crimes ». Un discours qui ressemble à s’y méprendre aux propos – sur le « génocide » des Algériens musulmans par la France coloniale – qu’a récemment tenus une jeune fan de Dieudonné face à François Hollande…

*Photo : NEW PRESS/SIPA. 00651258_000001.

Attentat manqué: Avant que d’autres ne jouent sur la peur…

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eglise etat islamique

eglise etat islamique

Il semble désormais établi que l’intention de Sid Ahmed Ghlam était bien de provoquer un vrai massacre au sein de la communauté catholique de Villejuif (Val-de-Marne), à l’occasion de la messe dominicale du 19 avril. Dieu merci l’homme a pu être interpellé avant tout passage à l’acte. Son projet n’en était pas moins clair : frapper des chrétiens sur une terre perçue par les islamistes comme chrétienne, pour nourrir la peur et mieux exacerber la méfiance et l’hostilité vis-à-vis des musulmans de France. Avec l’espoir qu’ils finissent par se retourner, un jour, contre la République avec la volonté fantasmatique d’imposer leur propre loi… coranique. Bref : la politique du pire. On peut imaginer que, pour Daech, l’objectif demeure et qu’il se trouvera ici ou là, dans l’hexagone, d’autres «fous de Dieu», persuadés d’avoir reçu d’Allah, sinon de ses prétendus serviteurs, la mission sacrée de tuer des infidèles.

On connaît la phrase de Voltaire, dans l’Ingénu : « Il prit pour devise malheur est bon à quelque chose. Combien d’honnêtes gens dans le monde ont pu dire malheur n’est bon à rien! » Le malheur a pu être évité. Mais précisément, le pire nous ayant été épargné, je vois au moins deux raisons de me réjouir. La première vient de l’attitude responsable du gouvernement français, souvent «en délicatesse» avec le monde catholique, reconnaissant la communauté chrétienne comme «cible» potentielle des terroristes. Attitude également responsable de la Conférence des évêques, réaffirmant sa totale confiance à l’Etat Français. Oui les catholiques de France sont fils loyaux de la République à égalité de droits et de devoirs.

Le second motif de satisfaction est que le sérieux de la menace, ici même en France, nous rapproche charnellement de nos frères chrétiens victimes de la barbarie sur les terres où Daech a jeté son emprise. Que l’on me comprenne bien : il n’y a là aucune perversion malsaine, aucune culpabilité ambiguë, aucune marque d’appétence pour un quelconque martyre. Simplement la conscience devenue plus aiguë de notre propre fragilité, et d’une fraternelle solidarité avec tous ceux et celles qui partagent notre foi au Christ en des terres où c’est quotidiennement au risque de leur vie. Et la conviction que c’est au nom même de cette foi partagée que nous devons renforcer le dialogue interreligieux comme rempart à la barbarie.

Peut-être la proximité de la menace terroriste, tout comme l’insupportable désastre humanitaire des réfugiés naufragés de Méditerranée étaient-ils nécessaires pour sortir enfin nos pays européens de leur torpeur et provoquer chez leurs dirigeants un «sursaut salutaire». Avant que d’autres forces politiques, aujourd’hui grandissantes, ne jouent sur la peur et l’impuissance politique pour convaincre les peuples que leur survie serait au prix du repliement, de l’exclusion et de l’abandon.

*Photo : Pixabay.

Attentats déjoués : les chiites de France également pris pour cible

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(Avec AFP) – Manuel Valls a recensé pas moins de cinq attentats déjoués ou évités – tel que le projet d’attaque contre les églises de Villejuif – depuis 2013. Parmi les djihadistes arrêtés avant d’avoir pu commettre leurs méfaits,  on trouve Ibrahim Boudina, un jeune Cannois, rentré début 2014 de l’Etat islamique, avec, pensent les enquêteurs, le projet d’attaquer le carnaval de Nice. De même, Lyes Darani, un employé des pompes funèbres de Maubeuge, avait été arrêté en octobre 2013, deux mois après son retour du même Etat fantoche, à cheval sur l’Irak et la Syrie.

Mais un autre profil mérite de retenir l’attention des médias et autres spécialistes du djihadisme : en juillet dernier, Mohamed O.,  20 ans, un jeune homme sans histoires de Créteil, a été incarcéré peu après son retour de Syrie pour avoir fomenté des attaques terroristes contre des mosquées… chiites de la région parisienne. L’individu, qui n’aura passé que quelques semaines dans un camp de l’Etat islamique entre avril et juillet 2014, aurait planifié une attaque similaire au Liban en juin, avant que des difficultés logistiques n’entravent son funeste dessein.  Comme Sid Ahmed Ghlam, Mohamed O. serait resté en contact avec un membre de l’E.I qui l’aurait encouragé dans ses velléités terroristes. Des plans d’édifices religieux chiites de Paris et Créteil avaient été retrouvés à son domicile, permettant à la DGSI de le confondre avant de le mettre hors d’état de nuire en le confiant aux bons soins de la police.

D’étranges similitudes rapprochent donc l’affaire de Villejuif du précédent de Créteil : dans les deux cas, un djihadiste comptait prendre pour cible le lieu de culte d’un « impie » (chrétien) ou d’un « apostat » (chiite), en lien étroit avec un correspondant de l’Etat islamique. À ceci près que la surveillance puis l’arrestation du terroriste cristolien ne devait rien au hasard, contrairement au pataquès qui a finalement contrecarré les plans de Sid Ahmed Ghlam.

L’autre leçon de cette histoire, c’est qu’au même titre que les juifs, les chiites constituent une cible de choix pour les djihadistes, comme me le rappelait Samir Amghar, Mohamed O. s’étant d’ailleurs explicitement référé à Merah et Nemmouche en voulant s’en prendre à ses (faux) frères d’islam. Le Hezbollah d’un côté, Al-Qaïda et l’Etat islamique de l’autre, se livrent d’ailleurs une guerre de mots et de poudre sans merci.

Mais revenons à nos banlieues. À l’été 2014, les services disaient craindre que Mohamed O. « fragile et déterminé, qui voulait d’abord et avant tout s’affirmer »(sic)  ne se radicalise encore davantage en prison. D’aucuns nourriront la même inquiétude au sujet de Sid Ahmed Ghlam, une autre future chance pour la réinsertion…

Après-Charlie: la droite déjà de retour au pouvoir?

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Bartolone Larche Clavreul racisme Charlie

Bartolone Larche Clavreul racisme Charlie

Le 15 avril, Le Monde évoquait la « mission de réflexion sur les formes d’engagement et l’appartenance républicaine », que François Hollande a échoué à faire mener de concert par les présidents respectifs de l’Assemblée nationale et du Sénat. En désaccord total sur les suites à donner aux attentats de janvier, Gérard Larcher et Claude Bartolone ont finalement choisi de ne pas « vivre ensemble » au point de cosigner un rapport commun. Le 15 avril, rapportait le quotidien de Pigasse et Bergé, « ce sont donc deux rapports distincts qu’ils ont remis à François Hollande, deux réponses opposées – une de droite, une de gauche ».

Le 17, la quatrième de couverture de Libération était consacrée au délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), auteur du nouveau plan présenté le même jour par Manuel Valls. Fidèle du Premier ministre, énarque, 41 ans, Gilles Clavreul semble tout droit sorti de « Mad Men », du moins à en croire la photo. D’ailleurs, son attachée de presse est « un pur produit d’Euro RSCG », nous apprend d’emblée Libé. Mais à la lecture de ce portrait, on réalise surtout que François Hollande en est encore à tergiverser entre deux positions antagonistes, quand Manuel Valls a déjà tranché. Car le rapport Larcher, « de droite » selon Le Monde, correspond point par point aux idées de Clavreul, qui « n’a jamais milité au PS » non plus selon Libération.

Il faut dire que ce brave Bartolone est le seul à considérer que l’après-Charlie n’a rien à voir avec les questions d’immigration, de religion et de laïcité : il jure même ses grands dieux que ces sujets n’ont été évoqués « à aucun moment » lors de ses auditions. Pour Larcher, en revanche, « il y a un sujet avec l’islam, comme il y en a eu un avec le catholicisme il y a 110 ans », et les politiques d’immigration doivent être revues d’urgence, « au risque que les communautarismes ne disloquent la nation ». Clavreul, lui, dénonce carrément « tous ces gauchistes qui jouent, sans vergogne, le jeu du communautarisme » et trouve « délirant » le fait « que la figure de la femme palestinienne voilée soit devenue l’alpha et l’oméga de la cause du prolétariat ».

De même, Larcher écrit qu’« à force d’avoir chanté nos différences, on a oublié ce qui nous réunissait », et Clavreul qu’« on tourne autour du pot » en persévérant dans « une approche généreuse mais trop générale ». Comme celle de Claude Bartolone, dont le charabia sociologisant appelle toujours à « éviter le cloisonnement et à favoriser la mixité », ou encore à « refonder le lien civique » en misant sur le « développement de la citoyenneté » ?

Le président du Sénat veut en finir avec « l’idéologie victimaire et la repentance » qui nourrissent « le sentiment illégitime selon lequel les étrangers, quelle que soit la légalité de leur séjour, ont une créance sur la France ». L’auteur du plan gouvernemental de lutte contre le racisme, lui aussi, pointe du doigt les collectifs qui « sont dans une revendication victimaire », alors qu’« on devrait plutôt se féliciter que la France ait aboli l’esclavage ». Qu’en dit le président de l’Assemblée nationale ? Il se flagelle encore et encore avec « les ségrégations et les exclusions subies » parce  que vous comprenez, « la République, on l’aime quand on se sent aimé d’elle »…

La marche du 11 janvier aurait-elle enfin porté ses fruits ? Il se pourrait bien en tout cas que l’angélisme aveugle du PS version Terra Nova, devenu minoritaire jusqu’au sommet de l’Etat, ne soit bientôt plus qu’un mauvais souvenir.

*Photo : VILLARD/SIPA/1504150834