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Afrique: la responsabilité est ailleurs

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Afrique migrations Occident

En l’espace d’une semaine, le millier de morts africains dans la Méditerranée a suscité de nombreuses réactions. Parmi elles : deux qui, pour utiliser la formule consacrée, font le buzz. Mais aussi et surtout, elles donnent la température du continent, dessinent ses références et ancrent davantage ses nouveaux repères. L’Afrique par « la bouche de ceux qui se font sa bouche » est fiévreuse et perdue dans et par sa cécité culpabilisatrice.

La première réaction en date du 23 avril, tribune parue sur le site Rue 89, est une violente accusation de l’Occident contre les malheurs actuels comme ceux historiques de l’Afrique. Aminata Traoré, son auteur, y prolonge dans un registre éculé dont elle est coutumière, le règlement de compte entamé dans son livre coécrit avec Boris Diop, La gloire des imposteurs. Pêle-mêle, l’adresse agrège les vieux poncifs de l’accusation anti-occidentale : pillage des ressources, géopolitique toute cynique et volontairement criminelle, volonté éhontée de domination, capitalisme atlantiste et tueur de bébés sahéliens, prédation économique et expropriation identitaire. J’arrête ici la saignée. Le nouveau drame sert de nouvel exemple à madame Traoré pour ressortir ce pamphlet si commode qu’il faut juste astiquer, sortir du placard et resservir en saupoudrant toujours la charge de véhémence.

La seconde est quant à elle signée Fatou Diome. Romancière sénégalaise et francophone, elle a poussé un mémorable cri de colère sur le plateau de « Ce soir ou jamais », contre l’indifférence coupable de l’Occident blanc sur les drames des migrations. Portée par cette vindicte presque lyrique, dans un ton et une agressivité qu’on lui connaissait peu, son accusation regroupe un ensemble clichesque sur le racisme indifférent de l’Occident et l’hypocrisie d’ennemis qui seraient presque biologiquement anti-africains. Elle vécut ainsi l’heure de gloire que trois romans poussifs n’avaient pas aidé à domestiquer. A vrai dire, rien de nouveau sous le soleil. Grattez n’importe quel africain qui s’énamoure du continent, vous retrouvez ce dessein d’émancipation, de nostalgie mais surtout de ressentiment. C’est monnaie courante. Peu de frais. Et on décuple sa résonance et multiplie ses émules. Pas étonnant que les intellects souffreteux encombrent le créneau.

A elles deux réunies, on ne pourra trouver une seule responsabilité africaine au premier plan, qui émergerait de leur logorrhée passionnelle. On a cherché.

Ainsi libellée en effet, en temps d’émotion, quand le déni de la responsabilité exonère jusqu’à l’élémentaire introspection chez les africains, cette colère servie par deux singulières voix, a gagné en écho, recruté beaucoup au sein de la jeunesse diasporique où la vidéo et l’article sont partagés frénétiquement, agrémentés de slogans et distribués comme viatique. Femmes, intellectuelles, écrivains, noires, engagées, il ne fallait rien de plus pour que la légende les élise au panthéon des justiciers dont est si friand le continent. Sous le capot, en revanche, rien : c’est fumeux. C’est la vapeur du remâché jusqu’à l’insaveur, ici, l’inconséquence. Même la féminité ne les sauve pas. Ces colères auront vocation à être ressuscitées sur d’autres plateaux au gré des prochains drames qui pendent.

L’anti-occidentalisme a bon dos.

Cette musique est lancinante, systématique, mensongère et grave. Elle cautionne la démission, crée l’appel d’air pour des bourreaux locaux qui se verront lavés et confiés un blanc-seing. Le procédé même de ce type de réaction, qui émane d’ailleurs de diverses voix aux parcours inconciliables, qui de Kémi Séba au complotiste sans grade qui délire devant son écran, qui d’intellectuels en quête de rebond, est nauséabond et dangereux. Il est devenu un fonds de commerce obscène. Ce qui m’insupporte plus c’est cette forme de discours préconçu qui essentialise l’Occident, en en faisant un bloc unique et homogène. Il y a chez madame Traoré une manière de porter l’Afrique en bandoulière, comme les déchets Khadafi et Séba le font en tenue siglée du drapeau du continent, et d’omettre sciemment des drames internes qui deviennent par magie extérieurs donc importés. Ainsi chez Traoré, les guerres ethniques et religieuses, la famine, les coups d’états, le non-respect des processus démocratiques, le fanatisme religieux, sont tous des produits d’inégalités économiques et d’hégémonisme culturel causés par le méchant ogre capitaliste occidental. Elle ne prend jamais le soin, ne serait-ce pour la conscience factuelle, d’inviter les gouvernants africains dans le sinistre banquet qu’elle convoque. Elle nie ainsi chez eux toute responsabilité et en fait des gadgets secondaires oubliant, presque par miracle, ses séjours ministériels où le succès contre le mal face auquel elle piaffe n’a pas été patent d’évidence.

S’ériger ainsi en bouclier du continent est le miteux cache-sexe d’une caste d’intellectuels qui, non contents de n’être à l’avant-garde d’aucune ingénierie pour émanciper le continent par le talent, le génie, la création, s’abaissent dans cette fangeuse fausse de la dénonciation d’où ne jaillit que la petitesse du ressentiment doublée d’un échec sur lequel ils se soustraient à toute reddition de compte. En simplifiant l’équation des problèmes africains, en imputant l’entière responsabilité à des faits extérieurs et en minorant au mieux leurs propres forfaits, ils font de l’histoire le seul responsable, mais s’adjugent un futur pour ces rares acquis. Ces réactions qui colorent la pensée des apprentis révolutionnaires qui pullulent sur les incubateurs des réseaux sociaux, sont in fine risibles et oubliables, quand elles sont le fait d’une immaturité politique et infantile de jeunes qui se cherchent. Mais que des voix qui semble-t-il comptent, inspirent, ont exercé des responsabilités, s’y adonnent, est annonciateur d’un grave dysfonctionnement à toutes les échelles.

Le paradoxe qui rend ces réactions encore plus intéressées et nihilistes, c’est que jamais on ne les entend tonner ou pester contre les annonces de croissance, les minorités – dont ils sont – qui s’enrichissent, les bâtiments qui sortent de terre, les signaux de cette Afrique dite sur le décollage, du fait exclusif de ce capitalisme qu’ils pourfendent. A l’unisson et de concert mobilisés à chanter cette Afrique qui « bougerait », en futur géant, ils magnifient ce capitalisme réhabilité, mais refoulent tous les drames du fait traditionnel. Cela est d’autant plus inique que le dessein pernicieux se double d’une hypocrisie.

S’il vient à l’idée de ma compatriote Diome de s’émouvoir du sort de ces enfants que Le ventre de l’atlantique engloutit, je l’invite si elle a encore un peu de ressources au cœur, si le déséquilibre l’émeut comme elle semble encline à l’être, à s’émouvoir des dominations intérieures au Sénégal : domination religieuse, drames des enfants des rues, gabegie politique, droits des femmes de ménages et de ses consœurs de manières générales. Qu’elle me trouve dans son élan de jument noire attelée à remplir les moulins de la décadence sénégalaise, dans ces problèmes sociétaux lourds, des éléments à charge contre les blancs. Qu’elle me dise pourquoi ne on ne l’a pas vue dans les combats féministes pour la parité, que n’a-t-elle enfourché son rôle vibrant dans les débats de nos nations desquelles découlent l’ensemble de nos problèmes. Mais ce sont des sujets qu’il est de bon ton d’éviter. L’abdication des intellectuels africains devant les chefferies traditionnelles dont les privilèges creusent la fange des miséreux, mais si boursouflés de courage pourtant quand il s’agit de dénoncer l’Europe, est le premier acte de lâcheté qui chapeaute cette défausse progressive. Fatou Diome n’en a cure. Elle assène ses coups de poings. On en tire quelques substances qui deviennent leitmotivs et slogans :

« On sera riche ensemble où on va se noyer tous ensemble. » Derrière la bourrasque pas une once de vérité. Ceux qui se noient, ceux qui meurent, depuis longtemps, de la pauvreté dans le monde n’ont jamais perturbé le confort des riches, dans les pays d’origine comme dans les pays d’immigration. Ces facilités de langage, soupesées pour seoir au téléspectateur avachi et revanchard, n’emportent avec elles aucune vertu. La réalité c’est que les crimes frappent depuis les origines les plus démunis. Les riches se soignent mieux, se déplacent à leur guise, lier leur fin prochaine au péril des pauvres, c’est ignorer d’un aveuglement dangereux, que jamais l’humanité n’a été aussi divisée, entre des riches de plus en plus riches et des pauvres dans le même schéma. Sans que les villégiatures des premiers ne soient émasculées par la mort lointaine des seconds. On pourrait disserter sur les inégalités, sans différences de races, et l’on aurait raison de douter d’une humanité aussi morbide dans sa redistribution, mais rien des colères télévisées réduisant le problème à la binaire question racialiste ne résout un problème. Cela n’est pas tout, Fatou Diome est généreuse en candides foucades. Notons celle-là : « Il n’y a rien de plus exotique pour un villageois sénégalais qu’un Suédois » La phrase presque bien trouvée, aboutissait une démonstration sur le niveau horizontal de perception entre Nord et Sud. Une telle audace remplie d’insincérité revisite l’histoire et la biaise. Les candidats à l’immigration clandestine, tout comme les immigrés légaux, voient encore l’Europe comme un mirage. Tendez n’importe quel visa à un Sénégalais moyen, il s’empressera de voyager. L’élite envoie ses enfants ici. Une importante masse dirigeante a été et est encore formée en Occident. Cette hémorragie n’est pas juste le fait d’un plaisir de voyageurs, elle décrit autre chose de plus terrible, même l’immigration scolaire est une immigration économique. C’est ici condensé, l’échec nègre, qu’il faut convoquer au banc des accusés, il faut demander des comptes à des gouvernants qui ont produit des pays où personne ne veut plus rester, où même les privilégiés, quand ils sont acculés par une santé menacée, s’engouffrent dans des avions à destination des hôpitaux les plus coûteux, quand des villageois eux sans choix côtoient la mort. L’effet du discours de Fatou Diome rejoint la candeur de ses livres, où de colères superficielles en littérature dite militante, elle n’ose questionner les racines du mal.

Mais qu’à cela ne tienne. Aminata Traoré n’a de garde de se laisser tourmenter par ces faits têtus. Marchant d’un pas complice avec Boubacar Boris Diop, qui de tâtonnement en ressentiment, aura précipité son œuvre dans la réaction, elle a du ressort. Toutes les luttes opportunes comme l’émancipation des minorités se voient chez Traoré en aubaine pour dénoncer l’intrusion occidentale. Toutes les bonnes volontés au chevet… A force de se caresser le nombril, elle rétrécit dans un sectarisme, assorti d’une candeur rouspéteuse qui n’a de valeur que cette transe ponctuelle devant laquelle s’excitent ceux qui craignent l’infusion lente et douloureuse du débat. Elle continuera, irriguée par le ressentiment, et la gloriole de rebelle idiote du système, à entonner ce refrain, à accuser Hollande d’intervenir au Mali. Elle chantera l’Afrique unie, ce vaste cadavre fantasmé que les peuples tous les jours repoussent à leurs caprices derniers. Toutefois, madame Traoré se gardera de parler de l’Afrique du Sud et de son autorité morale et royale, quand elle réveille des pogroms contre leurs frères. Elle ne militera jamais dans les prisons africaines pour les milliers d’homosexuels enfermés. Ces caprices droit-de-l’hommistes insufflés par l’Occident ne méritent pas un article chez elle.

Ces deux femmes qui semblent découvrir les drames de l’immigration comme à la criée, au plus offrant en nombre de mort, ont habité un mutisme sidérant quand Khadafi, roitelet d’Afrique, utilisait ce bétail africain comme variable de pression contre ses ennemis occidentaux. Ce désert libyen n’a pas attendu 2015 pour assécher beaucoup d’africains dans le silence d’une condition de miséreux réduits en esclavage. Ce Khadafi au chéquier généreux, qui a acheté la conscience d’une Afrique sans dignité, a été célébré ; ses crimes omis ; il importait de tenir cette ligne de front unie contre l’ennemi fantasmé. Aminata Traoré aurait pu porter un combat nouveau, l’esclavage en Mauritanie, les crimes contre les migrants au Maghreb, la situation des noirs au Soudan, au Liban. C’est là que ce discours préfabriqué est indéfendable. Rien ne le sauve : ni la vertu d’une constance, ni la vérité des engagements, ni une conviction plurielle. Ce qui inquiète le plus, c’est la réception de ces verbiages dans la jeunesse : la passion, le ressentiment, le déni. Mais que faut-il attendre d’une génération à l’idolâtrie facile, à défaut de s’ériger au niveau de l’exigence de courage ? Cette jeunesse qui a soif et qui l’étanche par la baveuse diarrhée de maîtres malnutris.

Faux débats

Et qu’on arrête pour de bon ces querelles de chiffonniers sur l’afro-pessimisme et l’afro-optimisme. Gadgets d’une bipolarité imbécile où les tenants se cherchent un genre. Ces deux notions n’ont pas d’existence factuelle en prise avec le réel. L’afro-optimisme béat et énergique ne change rien à la réalité d’un continent qui meurt en silence. L’afro-pessimisme cynique ne change en rien un potentiel présent qu’il serait vain de nier. Les deux mouvances ne sont que des postures qu’il faut urgemment déprécier. L’afro-responsabilité, hybride commode que l’on a trouvé en recours, est un équilibrisme de positionnement dont les inconforts dégringolent à la moindre imprudence. Il n’y a qu’une chose : c’est l’afro-vérité. Il faut composer avec elle. La fixer avec la lucidité qui sied et produire des idées pour la tirer de ce sommeil de l’accusation.

Le seul chantier sur lequel les intellectuels africains sont attendus : c’est la production inspirée d’idées, de solutions, pas ce dualisme benêt rempli d’escomptes. L’anti-occidentalisme est devenu le puissant fédérateur de satrapes roupillants, de pieds nickelés kémites, de propagandistes grossiers, de religieux identitaires, et dernièrement d’intellectuels étroits. Tout ce large spectre de destins affairés à détenir une emprise sur des publics consommateurs de rêves, est devenu le bagne spirituel d’un grand ensemble continental et diasporique dont la fuite en avant installe ce continent dans une agitation continue. Une fournaise qui semble devoir se familiariser avec le sang et la mort, pendant que la force d’impulsion se presse sur des tribunes occidentales pour refouler sa responsabilité. C’est cette famille que vient d’intégrer Fatou Diome, bizutée dans l’exercice par la marâtre du genre Aminata Traoré. Ce n’est rien de moins que la plus grande défaite de l’intellect africain que de voir, en temps de proclamation ad nauseam de l’indépendance de l’Afrique, ce grand enfant africain fuir son continent en disqualifiant ses dirigeants, prêt à sacrifier sa dignité contre un bout de confort. Une fuite pendant que ses défenseurs aboient contre un Occident pour lequel ils bradent leur vie. Cette tension est terrible et plus éloquente que cette gloire des imposteurs à la défense de l’Afrique qui, ultime pied de nez, écrivent leurs tribunes et poussent leurs cris sur des plateaux occidentaux.

Après-Charlie: Luz ne dessinera plus Mahomet

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Paris (AFP) – Luz, auteur de la Une controversée du numéro de Charlie Hebdo paru après la tuerie de janvier, déclare qu’il ne dessinera plus le personnage de Mahomet, dans un entretien au magazine Les Inrockuptibles, paru mercredi.

« Je ne dessinerai plus le personnage de Mahomet, il ne m’intéresse plus. Je m’en suis lassé, tout comme de celui de Sarkozy. Je ne vais pas passer ma vie à les dessiner », déclare-t-il en réponse à une question sur cette couverture « devenue mondialement célèbre ».

Alors qu’on l’interroge sur une déclaration de Philippe Val, l’ancien patron de Charlie Hebdo, qui avait estimé, peu après l’attentat, que les terroristes avaient gagné, il rétorque : « J’ai sauté au plafond en entendant ça. »

« C’est tellement dingue. Il n’est plus lui-même, ce garçon, et il ne parle qu’en son nom. Il n’est plus Charlie, il n’est pas Charlie. Il fait juste partie de l’histoire de Charlie. Il est dans le déni de ce qu’il a été pour ce journal », ajoute-t-il.

« Les terroristes n’ont pas gagné. Ils auront gagné si la France entière continue d’avoir peur », conclut-il en estimant qu’il s’agit du « ressort du FN ».

Le numéro des « survivants » de janvier, avec la caricature de Mahomet en couverture, tenant une pancarte « Je suis Charlie », et le surtitre « Tout est pardonné », avait suscité des manifestations parfois violentes dans plusieurs pays musulmans.

Sorti une semaine après la tuerie perpétrée par deux djihadistes, le 7 janvier, qui avait fait 12 morts, il avait été diffusé à 8 millions d’exemplaires, un record historique pour la presse française.

Luz Charlie Hebdo caricature Mahomet

*Photo : © AFP/Archives Francois Guillot

Surcouf, Najat et les Républicains

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Surcouf Najat Vallaud-Belkacem Les Républicains

Le capitaine d’un bâtiment de la Royale Navy s’adresse à Surcouf : « Vous, Français, vous vous battez pour l’argent. Tandis que nous, Anglais, nous nous battons pour l’honneur ! » Et Surcouf de répliquer : « Chacun se bat pour ce qui lui manque. »

L’anecdote est un classique, qu’elle soit authentique ou totalement inventée, comme c’est sans doute le cas. Elle a tout pour plaire, la justesse de l’aphorisme et la beauté du mot d’esprit qui fait imaginer sans peine le visage de l’officier anglais plus efficacement cinglé par la répartie que par une cravache. Les coups de canons en deviendraient presque inutiles.

« Le roi est nu », lançait dans le conte un petit garçon à l’empereur. L’officier anglais drapé dans sa fausse dignité se retrouve aussi soudainement fichu à poil que le souverain prétentieux par la simple morale contenue dans la fatale réplique : on méprise au fond ce que l’on prétend bruyamment chérir le plus. Le corsaire français, l’argent, et l’officier anglais, l’honneur.

L’anecdote de Surcouf revient en tête à la lecture de deux faits d’actualité récents : la réforme du collège et la réforme du nom de l’UMP. Quel rapport, me direz-vous, entre un corsaire, une réforme scolaire et le changement de nom de l’UMP ? Avec le premier aucun,  en dehors de l’anecdote qui ouvre cet article. Les deux suivants, en revanche, partagent une commune indifférence à l’égard des valeurs qu’ils prétendent défendre : la démocratisation du savoir pour les réformateurs de l’école et la République pour les nouveaux « Républicains » de l’UMP.

L’école suscite néanmoins un peu plus mon intérêt que le nouveau rite de résurrection sémantique du parti de droite. La journaliste Louise Tourret rappelait en avril 2014 que trente ministres de l’Education Nationale s’étaient succédé à la tête du ministère depuis les débuts de la Ve République. Suite au passage de Vincent Peillon aux commandes, deux nouveaux candidats ont repris le flambeau jusqu’à Najat Vallaud-Belkacem aujourd’hui.  Ce qui porte le compte à trente-deux, soit une moyenne d’un ministre tous les 18 mois à peu près, chacun tentant de laisser sa marque dans l’histoire mouvementée de l’école, avec plus ou moins de bonheur, de Jean Berthoin (que Louise Touret avait peut-être oublié, ce qui porterait notre compte actuel à 34), chargé par De Gaulle de redessiner le système scolaire du nouveau régime, à la semaine de quatre jours de Xavier Darcos en 2008… Puis la fin de la semaine de quatre jours en 2013 avec Vincent Peillon.

Dans les interstices de ces grandes réorientations se glissent d’innombrables réformes des programmes dont la dernière en date, censée intervenir à la rentrée 2016, a pour ambition de  « rétablir la performance du système éducatif, en assurant la réussite du plus grand nombre et en luttant contre le déterminisme social, et de rendre à l’école sa mission de transmettre et de faire partager les valeurs de la République », rappelle le Ministre. La formulation adoptée avoue en elle-même l’objectif cosmétique fixé à la réforme. Pour ce qui est du « déterminisme social », c’est du Bourdieu, dont les bourdivines prophéties semblent ne pas cesser d’hypnotiser depuis trente ans les têtes pensantes obnubilées par la lutte entre dominants et dominés, nouvelle incarnation du combat éternel entre le bien et le mal. Pour lutter contre l’Infâme déterminisme, la formule magique est depuis longtemps statistique. « Rétablir la performance », cela veut dire taper sur les doigts des principaux et proviseurs pour obtenir des taux de redoublement présentables, protéger le Saint-Graal idéologique et afficher fièrement un taux de réussite de 87,9% d’admis et un pourcentage de bacheliers dans une génération s’élevant en juin 2014 à 77,3%. « Ce taux n’avait jamais été atteint », annonce fièrement le site officiel du ministère de l’Education nationale.

Le problème est que cette mirifique réussite statistique ne semble rien résoudre des « déterminismes sociaux ». Le chômage des jeunes s’établissait en octobre 2014 à 23,8 % tandis que l’Observatoire de la Vie Etudiante observait (puisque c’est son travail) que seul un quart des étudiants du supérieur sont des fils d’ouvriers… tout en sachant que le fait d’être un étudiant ne garantit plus vraiment un emploi. L’Observatoire des Inégalités (avec le nombre d’observatoires que l’on compte en France on se demande bien comment l’on n’arrive pas à être plus clairvoyant…) souligne peut-être que l’on compte trois fois plus de chômeurs chez les non-diplômés mais une étude de l’APEC (l’ANPE des cadres) fait remarquer que 37 % des Bac+5 se retrouvent au chômage un an après l’obtention de leur diplôme… Et si le combat contre le déterminisme social est mal engagé, celui en faveur des « valeurs de la République » ne paraît pas gagné non plus : « Le nombre global de Français et résidents impliqués dans le djihad est passé de 555 à 1281 entre le 1er janvier 2014 et le 16 janvier dernier, soit un bond de 130% en un an », rapportait le Figaro en janvier, selon un dernier état des lieux des services de renseignement, tandis que France Info évoquait fin décembre 2014 une hausse de 116 %. Tout cela tandis que le nouveau jeu des principaux de collège est de déterminer si le degré d’atteinte à la laïcité est proportionnel à la longueur des jupes portées par les jeunes filles…

Face au tableau social d’une France comptant désormais 3 500 000 chômeurs et à l’engouement des jeunes français, issus ou non de l’immigration, pour la « guerre sainte », les décapitations d’otage, les viols en réunion et autres joyeusetés dignes des chroniques de Froissard, on peine à comprendre la logique suivie par le Conseil supérieur des programmes. Bernard Girard a beau tenter de défendre sur Rue89 que « l’angle de vue adopté par le Conseil supérieur des programmes (CSP) a consisté à retenir un certain nombre de thèmes larges (…) subdivisés en sous-thèmes facultatifs ou obligatoires » et d’expliquer que le christianisme reste au menu puisque ses débuts sont toujours enseignés en classe de sixième, on peut légitimement s’étonner de voir que, des trois grandes aires de civilisation en Méditerranée au XIIe siècle, ne subsiste en enseignement obligatoire que l’islam…

En vertu de cette conception des choses, l’enseignement de l’histoire des religions ne se réduirait-il donc qu’à une sorte de saupoudrage concurrentiel dans les programmes ? Même chose d’ailleurs en ce qui concerne le passage en enseignement facultatif des Lumières en classe de quatrième,  « A croire qu’il ne faut pas heurter certaines sensibilités religieuses », se demande le secrétaire général de l’association des professeurs d’Histoire-géographie, Hubert Tison. Il est vrai que dans l’article de Rue89 cité plus haut, l’auteur déplore que Najat Vallaud-Belkacem ait pu admettre dans un récent rétropédalage officiel que « la transmission de notre histoire commune et du récit national » reste un enjeu essentiel. Horreur, malheur, le nationalisme est encore à nos portes.

En laissant de côté les sujets qui fâchent, on pourra simplement se demander en quoi l’intégration de l’enseignement du latin et du grec dans le fourre-tout des « enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI) ou la suppression programmée des Sections Européennes (5800 sections et 200 000 élèves chaque année) va contribuer à renforcer l’enseignement des valeurs de la République ou celui des langues vivantes et l’ouverture au monde des élèves du secondaire. Le refrain idéologique est bien connu dans le discours ministériel et une partie du monde enseignant : il s’agit de lutter contre les « enseignements élitistes » et contre les inégalités reproduites sur le plan scolaire et culturel. Ô Bourdieu, que de crimes commis en ton nom !, car ce programme de nivellement par le bas démontre depuis quelques décennies qu’il aboutit aux résultats exactement inverses de ceux qu’il recherche : l’abaissement constant du niveau d’exigence, la fuite des meilleurs élèves dans le privé et la disparition progressive de la première mission de l’école qui est d’offrir, et parfois d’imposer, aux élèves la possibilité de découvrir une autre culture que la leur, celle que l’on encense aujourd’hui par démagogie au nom d’un égalitarisme parfaitement mensonger.

Pour en revenir au changement de nom de l’UMP, on peut douter que celui-ci défende mieux l’idée républicaine parce qu’il s’appelle « Les Républicains », de la même manière que les bons pédagogues de l’Education nationale ne lutteront pas plus contre le déterminisme social à coups de tablettes numériques pour tous. Pour la petite histoire, racontée paraît-il dans le dernier ouvrage de Roselyne Bachelot, Nicolas Sarkozy revenu émerveillé d’une rencontre avec Barak Obama en 2006 avait exigé « qu’on lui trouve un noir », parce qu’il estimait peut-être que ça faisait plus américain et moderne. Pour faire moderne (et américain ?), ceux qui décident de l’avenir de l’école brandissent les enseignements transdisciplinaires à la carte et traquent sans relâche tout ce qui ressemble à l’élitisme honni pour nous faire penser qu’ils œuvrent bien au nom de l’égalité. Surcouf avait bien raison, on clame toujours haut et fort que l’on se bat pour ce qu’au fond on estime le moins. On peut être pirate et parfaitement saisir les principes essentiels de la communication en politique.

*Photo : Wikipedia.org

La République populaire note les Chinois

chine regime evaluation

L’enfer est en Chine comme ailleurs pavé des meilleures intentions, mais selon des modalités qui lui sont propres et qui ne manquent pas d’étonner l’observateur européen. Dans un contexte de lutte acharnée contre la corruption galopante que connait le pays, les autorités chinoises pensent avoir trouvé la solution : un système de notation des citoyens et des entreprises qui évaluera la confiance, financière mais aussi morale, à accorder à chacun. C’est ainsi qu’à en croire un document du Conseil d’Etat (gouvernement) chinois, chaque citoyen comme chaque personne morale de la République Populaire de Chine devrait dans quelques années être l’heureux titulaire d’une sorte bien particulière de carte de crédit « avec des caractéristiques chinoises ».

chine evaluation

Le pilori, sympathique conséquence du système global d’évaluation des gens en Chine selon les médias officiels chinois.

Concrètement, il devrait s’agir d’une note chiffrée, qui ne mesurera pas seulement la capacité financière de son titulaire, mais aussi  le niveau de confiance symbolique à lui accorder. Chaque citoyen, comme chaque entité morale, devrait pouvoir faire l’objet par l’Etat d’une évaluation de sa qualité morale, évaluation répertoriée sur un document officiel. En toute logique, et même si les dispositions concrètes de ce vaste projet d’ingénierie sociale ne sont pas encore très claires,  ce document devrait pouvoir être consulté par les citoyens et les personnes morales dans le cadre de transactions, commerciales ou autres, entre Chinois, et sans doute aussi entre Chinois et étrangers. Car comment croire que ce projet cauchemardesque, s’il voit le jour, pourrait s’arrêter aux portes de la Chine alors que ses échanges avec le reste du monde ne cessent de s’accroitre, en même temps que le poids économique, diplomatique et militaire de ce pays ?

On n’ose imaginer les multiples applications (dans le domaine matrimonial par exemple) que pourrait avoir un tel dispositif, qui devrait fonctionner dès 2020. On n’ose imaginer non plus le statut au sein de la société chinoise des citoyens « blacklistés » par les évaluations convergentes du peuple et du gouvernement, ni les conséquences que la peur de se voir octroyer ce statut pourrait avoir sur la société chinoise, déjà bien mal en point après trente ans de maoïsme et trente-cinq ans de capitalisme effrénés. J’espère ardemment me tromper mais le pire est peut-être qu’en vertu de l’adage totalitaire selon lequel seul le citoyen qui a quelque chose à cacher pourrait avoir quelque chose à redire à la transparence, ce projet ne semble faire aujourd’hui l’objet d’aucune critique de fond en Chine. Au contraire, le pouvoir paraît confiant et fait part dans la presse officielle des « retours positifs » en provenance de la société civile, qui semble se réjouir à l’idée de pouvoir bientôt punir les pourris, en collaborant avec enthousiasme à ce vaste système de démocratie participative.  Le gouvernement qui ne doute pas plus de la collaboration des mastodontes chinois de l’Internet, prévoit en outre benoitement d’utiliser les multiples évaluations dont font l’objet les citoyens et les entreprises sur le web chinois pour alimenter son système de promotion et de contrôle administratif de la vertu. J’écrivais dans un article récent que le flicage de tous par tous progressait en Chine plus vite encore qu’ailleurs. J’étais loin d’imaginer l’ampleur du mal. Il faut dire que ce projet, pourtant prométhéen, est passé sous les radars des experts et des médias occidentaux.  Seul un lucide universitaire belge travaillant à l’université d’Oxford, Rogier Creemers, a récemment attiré l’attention de ses pairs et des journalistes sur ce projet, en traduisant l’intégralité de la directive produite il y a déjà presque un an par le gouvernement chinois.

Le syncrétisme communo-capitaliste chinois fait preuve d’une inventivité remarquable. C’est en effet en étendant à la sphère morale les évaluations chiffrées des établissements de crédit que le parti communiste veut promouvoir la vertu et la confiance entre les citoyens. La banque centrale chinoise possèderait déjà des évaluations chiffrées du crédit financier à accorder à quelque 800 millions de Chinois. C’est ce fichier que le gouvernement prévoit d’étendre à l’ensemble de la population et de développer en intégrant à cette évaluation une dimension morale. Quelle est exactement la nature d’un système politique ravagé jusqu’au sommet par la corruption mais qui envisage de donner une note à la vertu de chacun de ses citoyens ? Voilà une étrange question que soulève l’émergence simultanée de la Chine et des nouvelles technologies, et que bien peu de politologues auraient pu imaginer devoir un jour se poser.

*Photo : wikicommons.

À chaque journée sa jupe?

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jupe Sarah collège laïcité

Dans son excellent film La journée de la jupe, le réalisateur Jean-Paul Lilienfeld – que nous sommes fiers de compter parmi les collaborateurs de Causeur – abordait un sujet sensible : l’impossibilité, pour les filles de certains quartiers, d’aller à l’école trop court vêtues sans s’exposer aux brimades de leurs camarades. En réponse à cette insupportable pression, Sonia, la prof au bout du rouleau – magistralement incarnée par Isabelle Adjani – qui finit par prendre ses propres élèves en otage, exige que le ministère de l’Education nationale instaure une « journée de la jupe ». L’histoire, tragique, est une véritable ode à la laïcité. Elle en chante les louanges en creux, c’est-à-dire de manière autrement plus efficace que les habituelles incantations des « républicains » jaloux de tous bords.

Hier, une nouvelle affaire de jupe à l’école défrayait la chronique. Mais dans un sens inattendu, pour ne pas dire inverse : Sarah K., 15 ans, nous apprenait L’Union-L’Ardennais, s’est vu refuser à deux reprises l’accès à son collège de Charleville-Mézières, les 15 et 26 avril, au motif qu’elle portait une jupe au caractère religieux ostentatoire qui laissait présumer le port antérieur d’un voile[1. Cette définition acrobatique est de mon confrère et néanmoins ami Laurent Cantamessi, observateur attentif des questions d’ostentation en milieu scolaire]. En effet, explique le rectorat, « la jeune fille, qui porte une tenue avec le voile, enlève seulement ce dernier avant d’entrer au collège ». Non mais sans blague. Pour madame le principal de l’établissement, « la loi sur la laïcité à l’école interdit ce port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ». Dura lex, comme on disait avant la réforme.

Mais au fait, que reste-t-il d’une « tenue avec le voile » une fois le voile retiré ? Réponse : une jupe « toute simple », sans « rien de particulier », achetée « chez Kiabi pour deux euros », se défend la gamine. Le problème, pour le rectorat, c’est que ce choix vestimentaire apparemment inoffensif s’inscrit dans le cadre « d’actions revendicatrices et concertées d’élèves, qui font suite à d’autres incidents plus visibles liés par exemple au port du voile ». Autrement dit : les éléments caractérisant le délit n’ont plus besoin d’être réunis, l’intention présumée suffit. Si ce n’est toi, c’est donc ta sœur. Et dès lors, « le cadre laïque de l’enseignement doit être fermement rappelé et garanti », a précisé le rectorat qui compte sans doute interdire bientôt le port des Sebago ou la mèche ostentatoire aux jeunes cathos.

Sarah devra-t-elle se présenter en culotte pour être admise en cours et ne choquer personne ? L’ennui, c’est qu’à vouloir déterminer où exactement se situe l’atteinte à la laïcité dans un espace compris entre la cheville et le haut des cuisses, l’Education nationale fonce tête baissée dans le chiffon rouge du toréador. Si on avait voulu donner un argument imparable aux pires militants communautaristes, on ne s’y serait pas pris autrement. Sous le régime des colonels, la Grèce bannissait les minijupes. C’est aujourd’hui encore le cas au Swaziland, qui a rétabli en 2012 une loi coloniale interdisant les tenues « indécentes ». La directrice du collège Léo-Lagrange de Charleville-Mézières, elle, a cru bon de parler d’une « tenue provocante » pour qualifier une jupe longue et noire.

Dans ces conditions inespérées, les professionnels de la victimisation subventionnée ont beau jeu d’inonder Twitter de hashtags #JePorteMaJupeCommeJeVeux et, bien sûr, #JournéeDeLaJupe. Pour finir de brouiller les cartes entre défense des libertés individuelles et revendications communautaires, on ne pouvait mieux faire. Bingo, la République est à poil !

*Photo : BARON ALAIN/SIPA/1504141506

La journée de la jupe (César 2010 de la Meilleure Actrice)

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Et Hollande restaura le service militaire

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service militaire volontaire Hollande

Alençon (AFP) – François Hollande a annoncé lundi à Alençon la création en métropole de sept centres du « service militaire volontaire », un nouveau dispositif d’insertion professionnelle de jeunes en grande difficulté largement inspiré d’un modèle développé depuis des décennies en outre-mer.

« Il y aura trois centres de service militaire volontaire dès cette année qui accueilleront 1.000 jeunes », à Montigny-lès-Metz (Moselle), Brétigny-sur-Orge (Essonne) et « dans le sud de la France dès janvier 2016 », a déclaré François Hollande, précisant que quatre autres centres seront créés l’an prochain.

Ces sept centres du SMV pourront accueillir au total « 2000 jeunes », a-t-il précisé lors d’une visite d’un établissement public d’insertion de la Défense (Epide) à Alençon, près de vingt ans près la suppression de la conscription par Jacques Chirac.

« Nous sommes confrontés à un chômage élevé, trop élevé et nous devons nous battre jour après jour pour que nous puissions créer le plus d’emplois possibles », a souligné le chef de l’Etat, enchaînant : « quand un pays n’est pas capable d’offrir à la jeunesse un espoir, ce pays n’a pas d’avenir. »

Quelques instants plus tard, le ministère du Travail annonçait une nouvelle hausse du chômage, qui a atteint un record historique en mars, avec 3,51 millions de demandeurs d’emploi, soit 15.400 (+0,4%) de plus qu’en février.

Contrairement aux mois précédents, la situation des jeunes s’est fortement dégradée aussi en mars (+1,0% sans aucune activité), malgré les nombreux dispositifs qui leur sont destinés: emplois d’avenir, contrats de génération, Garantie jeunes, contrats aidés…

Créés sur le modèle du « service militaire adapté » (SMA), développé dès 1961 outre-mer, les centres du SMV, qui relèveront du ministère de la Défense, recevront des jeunes de 18 à 25 ans pour leur offrir des formations professionnelles liées aux besoins des bassins d’emplois locaux ou des « secteurs en tension » à l’échelle nationale, comme l’hôtellerie et le BTP.

Nourris et blanchis, ces jeunes porteront l’uniforme, encadrés par des militaires pendant les 6 à 12 mois de leur formation conduites en partenariat avec de grandes entreprises publiques ou privées comme la SNCF.

– ‘Notre victoire, leur réussite’ –

François Hollande a par ailleurs confirmé sa décision de porter de 3.500 à 4.500 par an le nombre de jeunes accueillis dans les Epide, qui relèvent quant à eux du ministère de la Ville en dépit de leur nom. « Deux autres Epide seront créés dans le sud de la France car c’est là qu’il y a les besoins les plus grands », s’ajoutant aux 18 existants, a-t-il par ailleurs annoncé.

La jeunesse est la « seule cause qui vaille », a lancé le chef de l’Etat lors d’une table ronde avec des volontaires issus de ces formations, soulignant que « puisque la jeunesse sera notre avenir, elle doit être notre priorité ».

Le SMA a accueilli quelque 5660 jeunes en 2014 outre-mer. A l’issue de ce service volontaire, environ les trois quarts d’entre eux ont été « insérés » dans la vie active, alors qu’au début de leur formation, au moins 30% étaient en situation d’illettrisme et 60% n’avaient pas leur brevet des collèges.

Quant aux Epide, ils visent à aider les 18-25 ans sortis du système scolaire sans diplôme ni qualification à retrouver un projet professionnel, avec des formations et une immersion en entreprise pendant 6 et 12 mois.

A l’été 2014, le président Hollande avait visité pendant plusieurs heures le bataillon du SMA de Mayotte, dont la devise proclame fièrement : « notre victoire, leur réussite ».

L’encadrement militaire avait alors insisté sur la spécificité de ces structures, qui conjuguent la formation professionnelle avec une remise à niveau scolaire et une éducation au « savoir-être » (ponctualité, politesse, civisme etc.).

François Hollande visitera une installation similaire en Guadeloupe lors d’une tournée dans les Antilles début mai.

*Photo : ©afp.com / Sebastien Bozon

Jura: le FN est dans le pré

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jura fn ump

Il paraît que Le bonheur est dans le pré. De fait, les paysages du Jura, où a été tourné le film de Chatiliez, évoquent une pub pour la France tranquille des clochers et des modérés. Pourtant, ce département se révèle de plus en plus sensible aux sirènes frontistes : avec 29,4 % des voix au premier tour des départementales, sans conquérir un seul canton, le FN se classe au deuxième rang, derrière l’UMP (30,4 %) mais loin devant la majorité sortante de gauche (22,8 %).

Pourquoi un nombre croissant d’habitants du « 39 », relativement épargnés par le chômage, l’immigration de masse et l’insécurité, déclarent-ils leur flamme à Marine Le Pen ? C’est pour élucider cette énigme que je suis parti arpenter cette terre de mission du nouveau Front.

David Desgouilles, régional de l’étape, et contributeur de Causeur, m’avait annoncé la couleur : « Le Front national a cartonné aux européennes et dépassé les 33 % dans certains cantons ruraux ou périurbains. » Alors que ce journal part à l’imprimerie, les résultats du premier tour confirment les pronostics des permanences électorales et des bistrots. Le conseil départemental, emporté par le PS et ses alliés en 2008, a rebasculé à droite.

Tout cela, je l’ignore encore pendant mon périple. Mais flanqué de mon guide, Albert, qui a l’obligeance de jouer au pilote et au photoreporteur à mes côtés, il ne me faut pas longtemps pour percevoir le son du canon frontiste. Dans un bar près de Dole, le patron me sert d’emblée un discours qu’on dirait préparé pour une brève de comptoir : « Tous les gens que je connais vont voter FN. Des commerçants, des artisans, des ouvriers, des gens de gauche. Moi aussi, même si je n’ai aucun espoir de changement, parce que j’en ai plein le c… », s’emporte-t-il, pendant qu’un quidam accoudé au zinc opine : « Z’êtes pas le seul ! » Albert, qui scrute le pouls de la région depuis une trentaine d’années, renifle le même air qu’en avril 2002. Mon fixeur franc-comtois dit que les électeurs le font penser à « des gamins qui s’apprêtent à faire une connerie ».[access capability= »lire_inedits »] À moins que l’ouverture de la pêche ne noie le vote protestataire dans une mare d’abstentions.

On aura du mal à parler de vague brune dans cette région où même le Front est convenable. De plus, les deux capitales rivales, Dole (la déchue) et Lons-le-Saulnier (la promue), restent administrées par des maires UMP très propres sur eux, marqués par l’empreinte des centristes Jacques Duhamel et Edgar Faure[1. Lequel, tout centriste qu’il était, s’allia néanmoins avec un élu frontiste pour conserver la présidence du
conseil régional de Franche-Comté en 1986…]. Sans surprise, c’est dans les campagnes et les zones périurbaines que les autochtones se servent du bulletin FN pour exprimer, non pas leur désespoir, plutôt un malaise indistinct, comme une fatigue d’être soi. « On est à la fin d’un monde qu’on pourrait tout de même préserver, quoi qu’en disent nos élites », me souffle une lepéniste assumée. Touché par cet oracle, j’assemble mes premières impressions. On sent bien quelque chose de finissant au pays de Rouget de Lisle et de Pasteur, l’impression indéfinissable d’évoluer hors du temps, dans l’un des départements les moins densément peuplés, où la « grande ville », Dole, culmine à 25 000 habitants. Le comté, l’agroalimentaire, l’industrie chimique et un aéroport, tout cela n’esquisse pas un avenir, encore moins un projet. Mon spleen atteint des sommets dans ces paysages vallonnés, tout de verts chatoyants, que les services publics n’ont pas encore désertés, mais où les foules de jeunes, partis vers des cieux plus modernes, ne se dévident plus dans les bistrots des villages.

Au Front national, on n’a pas ce genre d’états d’âme. On se projette dans le futur. Fini les candidat(e)s « jean-maristes », tantôt piliers de bistrot, tantôt nostalgiques de l’Algérie française, qui rasaient les murs ou se présentaient sous leur nom de jeune fille pour brouiller les pistes. « Après la dédiabolisation, l’heure de la professionnalisation a sonné », claironne Thibaut Monnier, jeune secrétaire départemental du Front national.

Manifestement, le FN jurassien séduit de nouvelles clientèles : les petits commerçants et artisans lepénistes ont cédé la place à des ouvriers, des jeunes cadres dynamiques, et quelques agriculteurs (voir encadré). De nouvelles têtes qui n’hésitent plus à se présenter dans leur canton de résidence, la trombine bien en vue. Aux dernières municipales, en mars 2014, l’équipe dirigeante précédente a péché par amateurisme : incapable de présenter une seule liste frontiste dans tout le Jura, la fédé a enchanté les antifas ! La suite a pourtant démontré que le département constituait un terreau extrêmement favorable aux idées du Front : aux européennes de mai 2014, la liste FN a rassemblé 27 % des suffrages jurassiens – contre seulement 7 % cinq ans auparavant ! –, reléguant l’UMP et le PS à 5 et 14 points de distance. L’été dernier, encouragée par ces bons résultats, Marine Le Pen a rapatrié dare-dare le natif du cru Monnier, élu municipal à Belfort, en lui confiant la charge de mettre le FN-39 en ordre de bataille. Du vrai travail de pro : en quelques mois, pas moins de 64 candidats ont été investis dans 16 des 17 cantons jurassiens. Thibaut Monnier a frôlé le strike dans un département aux forces militantes anémiques.

Le premier fédéral s’est fixé pour mission d’installer durablement son parti dans le paysage jurassien : « Certes, on trouve beaucoup de chefs d’entreprise sur nos listes, avec une mentalité de gagnants, mais ce sont des gens très ancrés localement. » Cofondateur du collectif Audace, qui regroupe les jeunes actifs marinistes, Monnier se dit proche de Marion Le Pen, de sensibilité « traditionnelle sur la doctrine, libérale sur l’entreprise », « le business, mais au service de l’homme ». Un savant mélange de Manif pour tous et de défense des PME, voilà son credo. Logiquement, ses listes représentent « la France qui se lève tôt », chère au Sarkozy de 2007, et font la part belle aux candidats « normaux ». Du syndicaliste à l’enseignante issue de la droite catholique, on trouve de tout au Front national, façon Samaritaine. C’est comme chez McDonald’s, « venez comme vous êtes », sans chichis ni manières de duchesse.

Ma tournée des grands ducs démarre à Vincelles, hameau situé dans le canton rural vieillissant de Saint-Amour. Ici, le viticulteur Nicolas Caire, ancienne petite main du RPR, accomplit son baptême du feu électoral sous les couleurs du Front – il totalisera 29,8 % au premier tour, pour se retrouver en ballottage défavorable face à l’UMP (35 %) et à la liste conduite par le PS (23,9 %) au second. Quoique le producteur de vins jurassiens, fournisseur des grandes surfaces, ne soit pas vraiment un croquant sans le sou, il raconte la France d’en bas avec des trémolos dans la voix : « L’autre jour, un jeune s’est posté devant moi comme si j’étais déjà élu. Il m’a demandé de lui fournir un local pour monter un garage de mécano. Impuissant, j’en avais la larme à l’œil. » Il évoque ces petits patelins que la vie semble quitter : « Les jeunes sont un peu partis vers les industries de Lons-le-Saulnier, la Suisse voisine, ou l’agglomération lyonnaise. »

Bien plus féru de motocross que de politique, ce grand gaillard de 43 ans est un adepte des grandes tapes dans le dos à la Chirac. Les pieds dans ses vignes, il claironne d’un air bonhomme : « Je veux être l’élu du canton, pas le mec FN du coin. » Aux « apparatchiks », Caire oppose son « bon sens paysan » : « Un professionnel de la politique ne se rend pas compte des réalités. Même au niveau local, ils croient que tout leur est dû et oublient l’intérêt général dès qu’ils président une communauté de communes. Les élus n’ont aucune idée pour enrayer la fuite des jeunes, ils se contentent de fabriquer des ronds-points et des musées. »

Lorsque je le titille sur le thème de prédilection, pour ne pas dire le fonds de commerce, du Front national, il a cette réponse truculente : « Est-ce qu’il y a de l’immigration ici ? Oui, ma femme est marocaine et mes filles sont métisses ! »

Le viticulteur partage les convictions libérales de Monnier, au service d’une vision quasi bayrouiste de la petite entreprise : « Tout ce que demandent les entrepreneurs, c’est qu’on leur foute la paix. Ils paient beaucoup trop de charges. Il me manque trois saisonniers pour la vigne, c’est un boulot difficile payé au SMIC, mais les gens sont mieux payés en vivant d’indemnités de chômage ou de RSA », soupire-t-il.

Nicolas n’aura pas volé ses suffrages. Il n’économise pas ses forces, sillonnant les 51 communes du canton au porte-à-porte : « Il se passe quelque chose. Sur 200 tracts distribués, on n’a pratiquement aucun refus. Les gens sont même contents de nous voir. » Et il ne compte pas s’en tenir là : « Encore deux ou trois années, et nous prendrons le Jura ! » En voilà un, au moins, qui n’est pas revenu de la politique….

À quelques kilomètres de Vincelles, à Saint-Amour même, je rends une petite visite à domicile à Catherine Matéo, 52 ans, trois enfants, qui se présente avec Thibaut Monnier 80 kilomètres plus au nord, dans le canton de Tavaux. Lorsque je lui demande qui est son leader frontiste préféré, sa réponse me cloue sur place : « Bruno Gollnisch. » Admirative de son français châtié comme de son « bon sens », Matéo ne voit aucune contradiction à défendre Israël contre le Hamas (« subventionné par les aides européennes à la Palestine ») tout en ralliant le plus antisioniste des dirigeants du Front. Une gollnischienne philosémite, ça valait le voyage !

Comme Nicolas Caire, Catherine Matéo a assisté à une réunion publique de Thibaut Monnier, qui lui a immédiatement proposé une place sur son tandem. Mais elle fait entendre un son de cloche un peu plus raide. Ayant grandi au Maroc dans un milieu franco-espagnol très catholique, Matéo avoue « avoir un problème » avec « l’islam très affirmé » qui se manifeste parmi la petite communauté turque de Saint-Amour : « Ici, la mairie socialiste a célébré la fête nationale turque avec des drapeaux devant l’hôtel de ville. » Si les incivilités restent rares, l’« insécurité culturelle » (Guilluy) bat son plein. Dans son salon orné d’une Vierge à l’enfant et d’une lithographie du maréchal Lyautey, cette « grande déçue de l’UMP » égrène ses motifs d’indignation avec des accents de mater dolorosa : la déconstruction de la famille traditionnelle, le mariage gay, la pilule du lendemain et l’idéologie du genre à l’école, mais aussi « l’euro-mondialisme » et la perte des acquis sociaux. La faute à qui ? « Il faut du social, mais on ne peut pas héberger, nourrir et soigner la terre entière », martèle Catherine. En somme, le FN, c’est la Sécurité sociale, plus les frontières. Curieux pour des gens constamment traités de « fachos », les militants frontistes en appellent volontiers à plus de démocratie : « Avec la réforme territoriale [et la fusion des régions Franche-Comté et Bourgogne], on aura des centres de décision très éloignés du terrain et des personnes concernées. Tout va nous échapper », s’insurge la candidate.

Un même sentiment d’abandon étreint le Jura périurbain, loin de la campagnarde Saint-Amour. Le long de la RN73 qui relie Dole à Besançon, les pavillons ont poussé comme des champignons à mesure que les habitants de Dole et de Besançon fuyaient les quartiers sensibles. Ces « petits blancs », laissés-pour-compte de la mondialisation, ne se prétendent pas victimes d’apartheid social et territorial ; reste qu’ils forment une cible de choix pour le Front.

Au nord de la forêt de Chaux, dans le canton de Mont-sous-Vaudrey, au cœur de ces lotissements qu’Emmanuel Todd surnommait les « bunkers antimondialisation », la guerre des pavillons est déclarée. Le FN y a débauché le maire sans étiquette de Rans, Stéphane Montrelay, 38 ans, délégué CFDT de l’usine chimique Solvay, exclu par sa centrale syndicale – contre l’avis d’une grande partie de la base – sitôt sa candidature annoncée. « J’aurais peut-être dû parler des “sans-dents” ou dire que je voulais passer le Kärcher dans les cités ! », ironise l’intéressé, qui défie l’UMP sur ses terres de prédilection. Ses déclarations pourraient être signées par un chevènementiste bon teint : « Nos gouvernements méprisent la population. Le mondialisme fait que nos entreprises subissent la concurrence déloyale des pays étrangers. » Montrelay arrivera en tête du premier tour, avec 32,2 %, deux points devant l’UMP, en ballottage défavorable dans une triangulaire dans laquelle la gauche (25,5 %) dispose des plus grosses réserves de voix. Mais il n’en aura pas moins gagné son pari.

C’est dans le canton voisin de Tavaux, où Thibaut Monnier et Catherine Matéo font campagne, qu’est localisée la majeure partie de l’usine Solvay. Premier employeur du département, Solvay fournit des bataillons entiers d’électeurs FN, souvent issus de l’immigration portugaise : on y a dénombré 32 % de bulletins frontistes aux européennes… Tavaux l’endormie ne vit que de Solvay et de l’aéroport de Dole-Tavaux, abondamment subventionné par le conseil départemental. Dans cette bourgade sans âme, qui n’est que juxtaposition de zones industrielles et de maisons éparses, les ouvriers et les employés du tertiaire vivent à l’ombre de la grande industrie. Vérification faite, Solvay n’est d’ailleurs pas aussi prospère que je le pensais puisque le groupe belge a décidé de vendre la moitié du site à Ineos, un opérateur anglais basé en Suisse pour les raisons que vous devinez. D’ici trois ans, Solvay se recentrera sur ses secteurs les plus porteurs (l’avion solaire Solar Impulse, le composant plastique de la batterie d’iPhone, etc.). Bref, personne ne parle ouvertement de délocalisation, mais tout le monde y pense…

Même le restaurateur du coin, quinqua aussi bougon qu’hospitalier, cause désindustrialisation, qui n’est encore qu’une menace qui plane sur l’avenir de la région. Pronostiquant « un FN à 30 % », – il dépassera en effet les 35 % – Bertrand entame une diatribe enflammée : « La droite et la gauche se plantent : des Hongrois viennent travailler à Dole, alors qu’ici des gens cherchent du boulot. On pourrait avoir une Europe avec des frontières. » Tiens, la patate chaude des travailleurs détachés réapparaît… Dix ans après les polémiques autour du plombier polonais, l’ouvrier magyar ou danubien a pris le relais du dumping social… À la caisse, une cliente poursuit à la volée : « Qu’ils arrêtent de nous taxer la gueule. Avec le régime social des indépendants (RSI), sur 10 000 euros de bénéfices, je vais en payer 5 200 d’impôts. On a l’impression d’être complètement ignorés. »

Fabienne, 65 ans, gérante d’un magasin de motoculture, fredonne l’air connu du fisc qui nous étouffe ! Mais cette commerçante, que j’avais prise pour une électrice UMP ou FN, se dit « viscéralement de gauche ». Pour autant, l’électrice de Hollande en 2012 jure qu’on ne l’y reprendra plus, sauf s’il faut faire barrage au Front national. Comme je lui fais remarquer sa proximité avec le poujadisme fiscal du FN, elle canarde « ce parti raciste et homophobe ». Instruite par son expérience familiale, Fabienne n’accorde aucun crédit au virage mariniste : « Ma belle-sœur et mon beau-frère, qui habitent un endroit tranquille de la Haute-Saône, votent FN parce qu’ils regardent la télé et pensent que les allocataires du RSA nous piquent tout. » L’air de rien, cette admiratrice de Besancenot (!), libérale malgré elle, répète l’antienne des rédactions parisiennes : le FN surferait sur des peurs irraisonnées. Puisqu’il n’y a pas de problème.

Justement, mon guide me rappelle qu’à seulement quelques encablures de Tavaux le quartier dolois de Mesnils-Pasteur, à forte population maghrébine, est un foyer de délinquance qui déborde sur les campagnes avoisinantes. Niant l’évidence, le conseiller général sortant et maire divers gauche de Damparis, bourg de la proche périphérie de Dole, me décrit un petit coin de paradis « où il fait bon vivre ». Outre cet accès de langue de bois, le septuagénaire Michel Giniès, anciennement communiste, me réserve quelques surprises. Devant sa « maison du peuple-hôtel de ville » en préfabriqué des années 1970, une matière qui absorbe les années comme le buvard l’encre, il déclare possible la victoire de la gauche jurassienne. La posture « frondeuse » du conseil général – dont le président socialiste a appelé Valls à démissionner ! – pourrait, espère-t-il, passer au peuple l’envie de sortir les sortants. Giniès assure le service après-vente de son action départementale avec un discours étonnamment « pro-entreprises ». Après la gollnischienne sioniste, la poujadiste amoureuse transie de Besancenot, place au marxiste libéral ! Giniès me vend ainsi la création d’une zone d’innovation départementale dans son canton, « le poumon économique du Jura », sur lequel s’implantent des entreprises aussi avant-gardistes que la firme Ynsect, qui élève des insectes par tonnes pour en faire de la farine d’alimentation surprotéinée à destination des bestiaux. Des investisseurs singapouriens s’y intéressent déjà. Ça fait rêver, en effet… Mais pas assez, semble-t-il, car nombre d’électeurs de Giniès votent FN aux élections nationales. « Les électeurs du FN sont carrément décomplexés. Ils ont envie de gueuler mais n’adhèrent pas au programme des Le Pen », me glisse-t-il d’un air désemparé. D’ailleurs, s’il relègue son concurrent divers droite à 15 longueurs (21,5 %), Giniès (35,1 %) voit le Front national (31,1 %) le marquer à la culotte.Non que ces « gaucho-lepénistes » (Perrineau) aient la moindre tentation rouge-brune, mais les milieux modestes savent à quelle sauce ils sont mangés. De Maastricht (1992) au traité constitutionnel européen (2005), les prolos et assimilés répondent systématiquement par la négative aux questions posées par des élites ouvertes aux quatre vents de la mondialisation. Jadis, le RPR à droite, le Parti communiste à gauche, canalisaient les demandes populaires de « frontières » et de « protection ». C’est sur ce créneau laissé vacant que pousse la plante rudérale frontiste.

Cela étant, on ne saurait amalgamer le vote frontiste au vote Front de gauche… pour la bonne et simple raison que le mélenchonisme méprise et diabolise le besoin de frontières intérieures des classes populaires. Dans le centre-ville de Dole, à deux pas de la superbe église écrue baptisée la Collégiale, j’ai soudain l’impression de voir notre avenir : des salafistes déambulant devant une affiche du Front national comme si de rien n’était. Certes, nous ne sommes pas condamnés à cette glaçante alternative. Sauf si nos dirigeants continuent à se contenter de « stigmatiser » les électeurs frontistes, sans jamais prendre la peine d’entendre les messages qu’ils leur adressent, et encore moins d’y répondre.

Paysans : la bourse ou le Front

« On a le sentiment de pédaler à côté du vélo », m’avoue Frédéric Perrot, éleveur de vaches laitières et président de la chambre d’agriculture du Jura. Excédé par une réglementation ultratatillonne, ce cadre de la FNSEA radicalement hostile au Front national peine de plus en plus à tenir ses hommes : « Ils me trouvent trop sympa et me disent qu’il faut montrer nos muscles. La colère monte tout particulièrement chez les 30-35 ans, qui veulent donner un

coup de volée avec le vote FN ! » Jadis marginal, le vote paysan en faveur du Front national progresse à grandes enjambées mais reste minoritaire. Il faut dire que le programme souverainiste du Front effraie plus d’un bénéficiaire de la Politique agricole commune (PAC) suspendu aux aides européennes pour joindre les deux bouts.

De son propre aveu, Nicolas Caire est une exception, car le viticulteur a davantage affaire aux grandes surfaces qu’aux lourds dossiers administratifs. Partagés entre la peur de perdre la manne européenne et leur exaspération, les agriculteurs hésitent à jeter le bébé bruxellois avec l’eau du bain. « Pendant qu’on nous interdit de labourer dans les zones humides naturelles, l’Espagne nous inonde et l’Allemagne nous concurrence sur le maïs », s’énerve Perrot, avant de réaffirmer son « rejet des extrêmes ». Devant tant de modération,

Thibaut Monnier sort la boîte à gifles contre les réseaux UMP-FNSEA, « extrêmement sectaires, pendant de la mainmise de la CFDT et de la CGT sur les usines ». Certes, « la PAC sert certains », concède la jeune pousse frontiste, mais s’y accrocher trahirait une « lecture égoïste des choses, car à l’échelle nationale nous perdons 7 milliards d’euros au niveau de notre contribution nette annuelle à l’UE ».

Cette querelle d’apothicaires explique la progression plus rapide du vote frontiste dans l’ensemble des zones rurales qu’en milieu agricole stricto sensu. On l’aura compris, la lune de miel entre paysans et Front national attendra. À moins que les vaches laitières, lasses de garder leurs pis gorgés de lait pour cause d’embargo sur le marché russe, ne poussent leurs éleveurs à plébisciter le plus poutinolâtre de nos partis…[/access]

*Photo : centre-ville de Dole (Albert Ziri).

Caroline Fourest, l’inné, l’acquis et le déni

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caroline fourest feminisme habib

L’humanité qui vient a ses prophètes. Ce sont peut-être les plus sournois que l’histoire ait produits car eux ne viennent pas nous dire que leurs prédécesseurs s’étaient trompés. Nos prophètes contemporains vont plus loin et nous assurent que, pour notre bien, ils s’opposent à toute forme de prophétie. Toujours en traque d’une croyance délétère à débusquer et à détruire, ils s’emploient à dépouiller l’être humain de ses moindres déterminismes pour faire de chacun de nous des individus totalement déliés, totalement libres, mus par notre seule volonté, astreints uniquement à nos propres choix et, au pire, à l’assomption de ceux-ci. Caroline Fourest est l’une d’entre eux. Elle était récemment l’invitée d’Alain Finkielkraut face à Claude Habib dans une émission de Répliques consacrée au féminisme.

Au principe du déterminisme, il y a les notions d’inné, d’acquis, et l’idée de liberté individuelle à l’égard de ceux-ci. Historiquement, l’appréhension de la nature est passée par des tamis successifs. Les Anciens voyaient la nature comme quelque chose à réaliser ; le christianisme l’a muée en un état de corruption à racheter ; les Modernes, le pied à l’étrier, se sont employés à la surpasser. Revenue des messianismes collectifs et du danger qu’ils constituent, se fondant sur la seule et unique liberté des individus, la postmodernité ne voit, quant à elle, dans l’idée de nature qu’un concept éculé, une réalité non avenue. Non pas un « conte de bonne femme », ce qui serait déjà céder aux stéréotypes, mais un gros fantasme machiste.

Notre époque voue un véritable culte à l’égalité la plus étendue possible. Les déterminismes et leurs aléas contreviennent à ce beau projet, il nous faut donc lutter contre. Si notre époque répugne tant à accorder sa juste place au déterminisme biologique, c’est parce qu’il demeure très difficile à surmonter. De fait, si une doctrine veut s’imposer, elle aura toutes les chances de le faire si elle parvient à convaincre – fût-ce à tort – qu’elle s’appuie sur un ordre naturel des choses. C’est un danger incontestable, maintes fois rencontré dans l’histoire. Dès lors, plutôt que de déterminer la part de l’inné, on court moins de dangers à l’escamoter purement et simplement. Mieux encore : en visant l’indifférenciation des individus (le choix du sexe sur catalogue, par exemple), on obtient l’égalité qu’elle recèle. Qui peut le plus peut le moins.

Caroline Fourest fait donc partie de ces gens éclairés qui dénient l’inné, le vident de sa substance et en affublent l’acquis. Mais leur combat ne s’arrête pas là car l’acquis, lui aussi, peut s’opposer à la libre volonté des individus : le déterminisme social n’est surtout pas à négliger. Celui-là n’est pas fatal mais tout de même dur à combattre. Du point de vue féministe, c’est ici qu’intervient la société « patriarcale ». Nous serions toutes et tous conditionnés très jeunes pour jouer, pour certains un rôle masculin, pour d’autres – moins chanceuses – un rôle féminin. Ainsi se serait ancrée une domination culturelle dans ses aboutissants, faussement naturelle dans ses tenants.

À cela il n’est pas vain d’opposer le rappel qui suit. Certains scientifiques se sont penchés sur la différence de conformation entre le cerveau d’un homme et celui d’une femme. La conclusion qu’ils en tirent relève d’une complémentarité biologique : les femmes seraient des êtres dits « temporels » tandis que les hommes seraient des êtres dits « spatiaux ». L’hypothèse invoquée serait qu’à nos origines, le mâle, plus fort physiquement, serait parti, loin et longtemps, en quête de nourriture dans un environnement hostile, tandis que la femelle serait restée au foyer pour nourrir l’enfant au sein. Ainsi le territoire parcouru par la moitié de nos ancêtres et le temps de l’attente subi par l’autre moitié auraient-ils respectivement influé au fil de l’évolution sur l’hérédité de l’espèce répartie en deux sexes. D’aucun(e)s (suivez mon regard) y verront une tentative malvenue de confiner la femme aux fourneaux et, bien sûr, il ne s’agit pas de cela. La seule chose qui puisse être mise ici en accusation n’est pas le complot viril mais les dures nécessités de la survie. Avouons néanmoins que cette explication antédiluvienne n’est pas totalement déconnante. Elle fait fond sur l’inné et l’acquis ainsi que sur des différences entre sexes qui n’interdisent pas la nuance, des degrés entre polarités, une part féminine plus ou moins prononcée chez les hommes et vice-versa.

Mais l’engagement personnel de Caroline Fourest ne peut s’en tenir à cela. Le véritable problème à ses yeux est que la dichotomie sexuelle met l’homosexualité mal à l’aise. Si l’on s’en tient à deux cases, où doit-on ranger les homosexuels, et d’après quels critères ? En fonction des attributs conférés par la nature ou selon leur orientation consentie ? En face, certains n’hésitent pas à parler de l’homosexualité comme d’un élément « contre-nature », entendons contraire aux desseins de la nature. Autrement dit, il s’agirait pour eux d’un choix privé s’opposant aux prescriptions natives. Faire pièce à cela de la manière la plus décisive, c’est prouver qu’au contraire l’homosexualité est parfaitement prévue par la nature, et pas seulement dans l’espèce humaine. Au lieu de cela, les défenseurs (et –fenseuses) du « genre » – plus souple que le « sexe » (si je puis dire) car indéterminé et au service d’un individu supposément versatile – préfèrent nier l’existence du moindre déterminisme naturel. Le réel pouvant être fasciste, à tout prendre, mieux vaut le congédier.

Une émission sur France 2 mettait récemment les pieds dans le plat en posant la question qui, en France, n’est jamais posée : « Homo ou hétéro, est-ce un choix ? » Il en ressort que d’un point de vue scientifique (épigénétique) l’homosexualité est un déterminisme naturel, en puissance chez certains et que vient, en quelque sorte, mettre en acte le vécu de ces personnes. Voilà de quoi défriser et les tenants d’une homosexualité « contre-nature » ou maladive, et les apôtres d’une humanité hors-sol, totalement déprise de la moindre assignation d’ordre naturel. Oui mais voilà, constate Thierry Berrod, réalisateur du documentaire : « Chez nous, la génétique, ça fait peur en raison notamment de notre histoire liée à la Seconde Guerre mondiale. En France, on s’intéresse davantage aux facteurs culturels. Mais la réalité des causes est entre les deux, entre l’inné et l’acquis. Tout s’influence ».

L’avenir que nous concoctent les « constructionnistes » – soit les genristes et certains féministes, tous préposés à la dénonciation de la domination sociale – ne doit pas prêter au doute : nier la nature pour mieux déloger et braver le déterminisme culturel, phallocratique et essentialiste. L’inné les insupporte en tant qu’il s’impose inéluctablement aux individus. La domination sociale est, elle, un ennemi plus abordable et permet des postures. Mais si tout ne relève que d’un choix, du bon vouloir des individus, si tout est construit et à déconstruire, sur quoi fonder la lutte contre les préjugés lorsqu’ils sont eux-mêmes objets d’un choix délibéré ?

*Photo : Pixabay.

Antiraciste ta mère!

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valls antiracisme ecole

Ainsi donc, Valls s’émeut du racisme ambiant, et nous promet des cours d’antiracisme. Il a même débloqué pour cela 100 millions d’euros sur trois ans. Il y a des associations qui vont se gaver.

Baudrillard, avec l’humour qui le caractérisait, opéra jadis un rapprochement significatif entre SOS Baleines et SOS Racisme, l’un et l’autre ayant syntaxiquement (quand on la malmène, la langue se venge) la mission de sauver qui les baleines, qui le racisme.
Parce que l’antiracisme ne se décrète pas. Et il ne se prêche pas — on sait même à quel point le catéchisme anti-Shoah, répété trois ou quatre fois dans une scolarité, a eu des effets pervers dans certaines populations intellectuellement un peu fragiles. L’antiracisme ne peut naître que de l’apprentissage des Lumières. Mais les Lumières sont désormais optionnelles en classe de Cinquième. Et j’apprends incidemment, sous la plume des profs d’Histoire fidèles d’Aggiornamento et de Neoprofs réunis, qu’il serait bon de les remettre en perspective, voire de faire l’impasse sur ce mouvement, comme le suggèrent les nouveaux programmes : n’ont-elles pas alimenté les mythes républicains qui, de la Révolution à la IIIème République en passant par l’Empire et Toussaint Louverture, ont justifié la colonisation, hou les vilains…
Imaginons donc un enseignement — nous y sommes — qui ferait d’un côté dans l’antiracisme explicite, et de l’autre rayerait Diderot et Voltaire des programmes (on garde Rousseau pour les raisons pédagogiques/pédagogistes expliquées la semaine dernière). Que croyez-vous qu’il arrivera ? C’est notre civilisation qui crèvera.

À écouter le Camp du Bien parler d’antiracisme, il s’agit presque exclusivement de racisme anti-immigrés — Noirs ou Maghrébins. Blacks et Beurs. Bougnoules de tous les pays — curieusement, les Niakoués sont exclus du grand jeu.

(Précision à l’usage des imbéciles, qui heureusement ne hantent pas ce blog, mais s’y réfèrent parfois en déformant mes propos : j’use de ces termes dans le même esprit que Prévert lorsqu’il parle des Polacks et des Boumians dans son poème « Etranges étrangers »… Ou que l’inusable sergent Hartmann au début de Full Metal Jacket… Ou que Dutronc dans « L’Hymne à l’amour »— ça, c’est de la dérision ! — qui commence par de jolies litanies :
« Bougnoule, Niakoué, Raton, Youpin,
Crouillat, Gringo, Rasta, Ricain,
Polac, Yougo, Chinetoque, Pékin… »
Fin de la parenthèse spécial connards).

Oui, lorsqu’on dit « antiracisme », chez les Khmers pédagos, comme disait jadis Laurent Lafforgue, on sous-entend le racisme dont sont victimes aujourd’hui les Musulmans (on garde parfois l’option « Juifs », mais pas toujours, et rarement pour souligner que le Grand Mufti de Jérusalem applaudissait la politique hitlérienne, et qu’il a fait des émules parmi ses coreligionnaires). Rien sur le racisme anti-Blancs des Beurs et des Blacks, rien sur le racisme entre Noirs et Arabes (que développe très bien un article signé Balla Fofana édité sur l’un des blogs de Libé). Voire le racisme inter-Africains : depuis quinze ans, les Noirs musulmans massacrent les Noirs chrétiens ou animistes avec une constance admirable, de l’Ethiopie au Nigeria en passant par le Soudan ou le Kenya. Quant au racisme à l’œuvre entre Tutsis et Hutus (la « radio des mille collines » exhortaient à se débarrasser des cafards, un mot qui sonne un peu comme « cafre », le terme par lequel les suprématistes sud-africains désignaient les Noirs, au temps de l’apartheid), on le noie dans la responsabilité supposée de l’armée française. Pourtant, les tueries inter-ethniques africaines ne sont pas forcément le résultat du colonialisme — et peut-être parfois celui de la décolonisation. Voir en Casamance.

C’est si vrai, au quotidien, que les 100 000 Comoriens installés à Marseille se gardent bien de se mêler de trop près aux 250 000 Musulmans d’origine maghrébine de la ville. Chacun chez soi, et les mosquées seront bien gardées. Dieu est amour. Et s’il est de bon ton pour un jeune Beur de sortir avec une Céfran hâtivement qualifiée de Gauloise (« tiens, fume ! »), il tolère mal que sa sœur en fasse autant avec un Souchien, comme ils disent élégamment : que le mot existe en dit long sur la tolérance des uns et des autres.
Spécifions pour ceux qui ne connaissent de la « cité phocéenne » que le Stade vélodrome et les sous-performances de l’OM : le « Marseillais de souche » est un composé de tous les peuples de Méditerranée, il a en lui de l’Italien, de l’Espagnol, du Catalan, de l’Arabe forcément (ceux du XVIIIème siècle), sans compter des apports de sang radicalement exogène et parfois même parisien. Quant au Beur de service, il ignore la plupart du temps, les programmes d’Histoire étant ce qu’ils sont, qu’il a très peu de sang arabe (si tant est que cela signifie quelque chose) et beaucoup de sang turc, les Ottomans ayant contrôlé l’Afrique du Nord des siècles durant. Sans compter les Berbères, les Carthaginois, les Romains, les Vandales, les Espagnols et tutti quanti.
Mais si la Beurette susdite sort avec un kahlouche (NDLR : un noir), alors là, pas de quartier ! Touche pas à ma sœur, tu vas la salir. Et toi, tu vas me faire le plaisir de porter un voile, désormais, sinon on va croire que ma sœur est une salope.

Le problème, c’est l’incroyable ignorance de tous ces pauvres gens. L’Education nationale ayant renoncé à la fois à prendre le taureau par les cornes et à transmettre des savoirs cohérents depuis bientôt trois décennies, et Vallaud-Belkacem ayant décidé d’en rajouter une coche avec les Nouveaux Programmes de son Nouveau Collège, je prédis des frictions nouvelles, d’autres cimetières profanées, des églises, des synagogues et des mosquées incendiées, quelques meurtres aussi, l’art de la kalachnikov faisant chaque jour des progrès. Pas tout à fait la Troisième guerre mondiale, mais quelque chose qui ressemblera assez à une guerre civile.

Que suggérer ? Des infusions de Montesquieu et de Voltaire, du Traité de la Tolérance à Mahomet, mais aussi des pages de Condillac ou de Condorcet, des dialogues de Diderot, des mathématiques selon d’Alembert (bon, pas tout de suite, le fameux théorème n’est pas du niveau collège, mais réorganisons l’étude des maths de façon à arriver à d’Alembert — et au-delà), du libertinage selon Laclos et Sade, qui a écrit des choses percutantes « contre l’Être suprême », et quelques preuves sur la non-existence de Dieu au gré du curé Meslier ou d’Holbach… Allez, bon prince et dans un grand mouvement de respect pour l’autonomie professorale, je laisserai les plus pédagos insérer un peu de Rousseau dans cette anthologie de l’anti-bêtise — pour faire la tare.

Il se trouve que des anthologies existent — celles sur lesquelles travaillaient encore les élèves au début des années 1980, avant que la grande déferlante de crétinisme appliquée n’emporte tout sur son passage, et ne laisse, face à face, que des communautés effarés de bêtise et de haine.

Texte et Contextes : XIXe siècle : De Chateaubriand à Zola, 2nde

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*Photo : wikicommons.

Nos organes ne sont pas des carburateurs!

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Paris (AFP) – L’Ordre des médecins a exprimé lundi son opposition à un amendement voté récemment par l’Assemblée nationale sur le prélèvement d’organes sur des personnes décédées, estimant qu’il ne fallait pas écarter l’avis des proches.

« L’Ordre des médecins plaide pour que le prélèvement d’organes sur une personne décédée reste subordonné à la décision de celle-ci de son vivant ou à défaut à l’assentiment de ses proches » écrit l’Ordre des médecins dans un communiqué.

Un amendement au projet de loi santé adopté en première lecture le 14 avril par l’Assemblée nationale prévoit qu’à partir de 2018, le consentement au don d’organes sera présumé chez toute personne majeure décédée, sauf si son nom figure dans le registre national des refus. Ses proches seront seulement « informés des prélèvements envisagés et de la finalité de ces prélèvements » et non plus consultés, comme c’est le cas jusqu’à présent.

L’Ordre des médecins précise qu’il « s’oppose fermement à ce que les proches soient exclus de ce processus » et indique qu’il « agira en ce sens » lorsque le projet de loi santé sera examiné par le Sénat en juillet prochain.

Dans une interview au quotidien La Croix, le Dr Jean-Marie Faroudja qui préside la section éthique et déontologique au Conseil national de l’Ordre des médecins, relève pour sa part que l’amendement voté risque de susciter « l’incompréhension des médecins préleveurs mais aussi celle du grand public ».

« Cela pourrait donner l’impression que les médecins cherchent avant tout à « piquer » des organes, comme s’ils allaient chercher un carburateur dans une décharge pour réparer une voiture » relève-t-il, avant de juger « impensable qu’on en vienne à prélever sans rien demander à personne ».

Il préconise la mise en place d’un double registre, celui du non qui existe déjà et celui du oui, qui serait créé. « Ensuite si la personne n’est inscrite sur aucun des deux, on resterait dans le système actuel, celui d’un dialogue avec la famille en lui donnant la possibilité de donner son avis » ajoute-t-il.

*Photo : ©afp.com / Brendan Smialowski

Afrique: la responsabilité est ailleurs

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Afrique migrations Occident

Afrique migrations Occident

En l’espace d’une semaine, le millier de morts africains dans la Méditerranée a suscité de nombreuses réactions. Parmi elles : deux qui, pour utiliser la formule consacrée, font le buzz. Mais aussi et surtout, elles donnent la température du continent, dessinent ses références et ancrent davantage ses nouveaux repères. L’Afrique par « la bouche de ceux qui se font sa bouche » est fiévreuse et perdue dans et par sa cécité culpabilisatrice.

La première réaction en date du 23 avril, tribune parue sur le site Rue 89, est une violente accusation de l’Occident contre les malheurs actuels comme ceux historiques de l’Afrique. Aminata Traoré, son auteur, y prolonge dans un registre éculé dont elle est coutumière, le règlement de compte entamé dans son livre coécrit avec Boris Diop, La gloire des imposteurs. Pêle-mêle, l’adresse agrège les vieux poncifs de l’accusation anti-occidentale : pillage des ressources, géopolitique toute cynique et volontairement criminelle, volonté éhontée de domination, capitalisme atlantiste et tueur de bébés sahéliens, prédation économique et expropriation identitaire. J’arrête ici la saignée. Le nouveau drame sert de nouvel exemple à madame Traoré pour ressortir ce pamphlet si commode qu’il faut juste astiquer, sortir du placard et resservir en saupoudrant toujours la charge de véhémence.

La seconde est quant à elle signée Fatou Diome. Romancière sénégalaise et francophone, elle a poussé un mémorable cri de colère sur le plateau de « Ce soir ou jamais », contre l’indifférence coupable de l’Occident blanc sur les drames des migrations. Portée par cette vindicte presque lyrique, dans un ton et une agressivité qu’on lui connaissait peu, son accusation regroupe un ensemble clichesque sur le racisme indifférent de l’Occident et l’hypocrisie d’ennemis qui seraient presque biologiquement anti-africains. Elle vécut ainsi l’heure de gloire que trois romans poussifs n’avaient pas aidé à domestiquer. A vrai dire, rien de nouveau sous le soleil. Grattez n’importe quel africain qui s’énamoure du continent, vous retrouvez ce dessein d’émancipation, de nostalgie mais surtout de ressentiment. C’est monnaie courante. Peu de frais. Et on décuple sa résonance et multiplie ses émules. Pas étonnant que les intellects souffreteux encombrent le créneau.

A elles deux réunies, on ne pourra trouver une seule responsabilité africaine au premier plan, qui émergerait de leur logorrhée passionnelle. On a cherché.

Ainsi libellée en effet, en temps d’émotion, quand le déni de la responsabilité exonère jusqu’à l’élémentaire introspection chez les africains, cette colère servie par deux singulières voix, a gagné en écho, recruté beaucoup au sein de la jeunesse diasporique où la vidéo et l’article sont partagés frénétiquement, agrémentés de slogans et distribués comme viatique. Femmes, intellectuelles, écrivains, noires, engagées, il ne fallait rien de plus pour que la légende les élise au panthéon des justiciers dont est si friand le continent. Sous le capot, en revanche, rien : c’est fumeux. C’est la vapeur du remâché jusqu’à l’insaveur, ici, l’inconséquence. Même la féminité ne les sauve pas. Ces colères auront vocation à être ressuscitées sur d’autres plateaux au gré des prochains drames qui pendent.

L’anti-occidentalisme a bon dos.

Cette musique est lancinante, systématique, mensongère et grave. Elle cautionne la démission, crée l’appel d’air pour des bourreaux locaux qui se verront lavés et confiés un blanc-seing. Le procédé même de ce type de réaction, qui émane d’ailleurs de diverses voix aux parcours inconciliables, qui de Kémi Séba au complotiste sans grade qui délire devant son écran, qui d’intellectuels en quête de rebond, est nauséabond et dangereux. Il est devenu un fonds de commerce obscène. Ce qui m’insupporte plus c’est cette forme de discours préconçu qui essentialise l’Occident, en en faisant un bloc unique et homogène. Il y a chez madame Traoré une manière de porter l’Afrique en bandoulière, comme les déchets Khadafi et Séba le font en tenue siglée du drapeau du continent, et d’omettre sciemment des drames internes qui deviennent par magie extérieurs donc importés. Ainsi chez Traoré, les guerres ethniques et religieuses, la famine, les coups d’états, le non-respect des processus démocratiques, le fanatisme religieux, sont tous des produits d’inégalités économiques et d’hégémonisme culturel causés par le méchant ogre capitaliste occidental. Elle ne prend jamais le soin, ne serait-ce pour la conscience factuelle, d’inviter les gouvernants africains dans le sinistre banquet qu’elle convoque. Elle nie ainsi chez eux toute responsabilité et en fait des gadgets secondaires oubliant, presque par miracle, ses séjours ministériels où le succès contre le mal face auquel elle piaffe n’a pas été patent d’évidence.

S’ériger ainsi en bouclier du continent est le miteux cache-sexe d’une caste d’intellectuels qui, non contents de n’être à l’avant-garde d’aucune ingénierie pour émanciper le continent par le talent, le génie, la création, s’abaissent dans cette fangeuse fausse de la dénonciation d’où ne jaillit que la petitesse du ressentiment doublée d’un échec sur lequel ils se soustraient à toute reddition de compte. En simplifiant l’équation des problèmes africains, en imputant l’entière responsabilité à des faits extérieurs et en minorant au mieux leurs propres forfaits, ils font de l’histoire le seul responsable, mais s’adjugent un futur pour ces rares acquis. Ces réactions qui colorent la pensée des apprentis révolutionnaires qui pullulent sur les incubateurs des réseaux sociaux, sont in fine risibles et oubliables, quand elles sont le fait d’une immaturité politique et infantile de jeunes qui se cherchent. Mais que des voix qui semble-t-il comptent, inspirent, ont exercé des responsabilités, s’y adonnent, est annonciateur d’un grave dysfonctionnement à toutes les échelles.

Le paradoxe qui rend ces réactions encore plus intéressées et nihilistes, c’est que jamais on ne les entend tonner ou pester contre les annonces de croissance, les minorités – dont ils sont – qui s’enrichissent, les bâtiments qui sortent de terre, les signaux de cette Afrique dite sur le décollage, du fait exclusif de ce capitalisme qu’ils pourfendent. A l’unisson et de concert mobilisés à chanter cette Afrique qui « bougerait », en futur géant, ils magnifient ce capitalisme réhabilité, mais refoulent tous les drames du fait traditionnel. Cela est d’autant plus inique que le dessein pernicieux se double d’une hypocrisie.

S’il vient à l’idée de ma compatriote Diome de s’émouvoir du sort de ces enfants que Le ventre de l’atlantique engloutit, je l’invite si elle a encore un peu de ressources au cœur, si le déséquilibre l’émeut comme elle semble encline à l’être, à s’émouvoir des dominations intérieures au Sénégal : domination religieuse, drames des enfants des rues, gabegie politique, droits des femmes de ménages et de ses consœurs de manières générales. Qu’elle me trouve dans son élan de jument noire attelée à remplir les moulins de la décadence sénégalaise, dans ces problèmes sociétaux lourds, des éléments à charge contre les blancs. Qu’elle me dise pourquoi ne on ne l’a pas vue dans les combats féministes pour la parité, que n’a-t-elle enfourché son rôle vibrant dans les débats de nos nations desquelles découlent l’ensemble de nos problèmes. Mais ce sont des sujets qu’il est de bon ton d’éviter. L’abdication des intellectuels africains devant les chefferies traditionnelles dont les privilèges creusent la fange des miséreux, mais si boursouflés de courage pourtant quand il s’agit de dénoncer l’Europe, est le premier acte de lâcheté qui chapeaute cette défausse progressive. Fatou Diome n’en a cure. Elle assène ses coups de poings. On en tire quelques substances qui deviennent leitmotivs et slogans :

« On sera riche ensemble où on va se noyer tous ensemble. » Derrière la bourrasque pas une once de vérité. Ceux qui se noient, ceux qui meurent, depuis longtemps, de la pauvreté dans le monde n’ont jamais perturbé le confort des riches, dans les pays d’origine comme dans les pays d’immigration. Ces facilités de langage, soupesées pour seoir au téléspectateur avachi et revanchard, n’emportent avec elles aucune vertu. La réalité c’est que les crimes frappent depuis les origines les plus démunis. Les riches se soignent mieux, se déplacent à leur guise, lier leur fin prochaine au péril des pauvres, c’est ignorer d’un aveuglement dangereux, que jamais l’humanité n’a été aussi divisée, entre des riches de plus en plus riches et des pauvres dans le même schéma. Sans que les villégiatures des premiers ne soient émasculées par la mort lointaine des seconds. On pourrait disserter sur les inégalités, sans différences de races, et l’on aurait raison de douter d’une humanité aussi morbide dans sa redistribution, mais rien des colères télévisées réduisant le problème à la binaire question racialiste ne résout un problème. Cela n’est pas tout, Fatou Diome est généreuse en candides foucades. Notons celle-là : « Il n’y a rien de plus exotique pour un villageois sénégalais qu’un Suédois » La phrase presque bien trouvée, aboutissait une démonstration sur le niveau horizontal de perception entre Nord et Sud. Une telle audace remplie d’insincérité revisite l’histoire et la biaise. Les candidats à l’immigration clandestine, tout comme les immigrés légaux, voient encore l’Europe comme un mirage. Tendez n’importe quel visa à un Sénégalais moyen, il s’empressera de voyager. L’élite envoie ses enfants ici. Une importante masse dirigeante a été et est encore formée en Occident. Cette hémorragie n’est pas juste le fait d’un plaisir de voyageurs, elle décrit autre chose de plus terrible, même l’immigration scolaire est une immigration économique. C’est ici condensé, l’échec nègre, qu’il faut convoquer au banc des accusés, il faut demander des comptes à des gouvernants qui ont produit des pays où personne ne veut plus rester, où même les privilégiés, quand ils sont acculés par une santé menacée, s’engouffrent dans des avions à destination des hôpitaux les plus coûteux, quand des villageois eux sans choix côtoient la mort. L’effet du discours de Fatou Diome rejoint la candeur de ses livres, où de colères superficielles en littérature dite militante, elle n’ose questionner les racines du mal.

Mais qu’à cela ne tienne. Aminata Traoré n’a de garde de se laisser tourmenter par ces faits têtus. Marchant d’un pas complice avec Boubacar Boris Diop, qui de tâtonnement en ressentiment, aura précipité son œuvre dans la réaction, elle a du ressort. Toutes les luttes opportunes comme l’émancipation des minorités se voient chez Traoré en aubaine pour dénoncer l’intrusion occidentale. Toutes les bonnes volontés au chevet… A force de se caresser le nombril, elle rétrécit dans un sectarisme, assorti d’une candeur rouspéteuse qui n’a de valeur que cette transe ponctuelle devant laquelle s’excitent ceux qui craignent l’infusion lente et douloureuse du débat. Elle continuera, irriguée par le ressentiment, et la gloriole de rebelle idiote du système, à entonner ce refrain, à accuser Hollande d’intervenir au Mali. Elle chantera l’Afrique unie, ce vaste cadavre fantasmé que les peuples tous les jours repoussent à leurs caprices derniers. Toutefois, madame Traoré se gardera de parler de l’Afrique du Sud et de son autorité morale et royale, quand elle réveille des pogroms contre leurs frères. Elle ne militera jamais dans les prisons africaines pour les milliers d’homosexuels enfermés. Ces caprices droit-de-l’hommistes insufflés par l’Occident ne méritent pas un article chez elle.

Ces deux femmes qui semblent découvrir les drames de l’immigration comme à la criée, au plus offrant en nombre de mort, ont habité un mutisme sidérant quand Khadafi, roitelet d’Afrique, utilisait ce bétail africain comme variable de pression contre ses ennemis occidentaux. Ce désert libyen n’a pas attendu 2015 pour assécher beaucoup d’africains dans le silence d’une condition de miséreux réduits en esclavage. Ce Khadafi au chéquier généreux, qui a acheté la conscience d’une Afrique sans dignité, a été célébré ; ses crimes omis ; il importait de tenir cette ligne de front unie contre l’ennemi fantasmé. Aminata Traoré aurait pu porter un combat nouveau, l’esclavage en Mauritanie, les crimes contre les migrants au Maghreb, la situation des noirs au Soudan, au Liban. C’est là que ce discours préfabriqué est indéfendable. Rien ne le sauve : ni la vertu d’une constance, ni la vérité des engagements, ni une conviction plurielle. Ce qui inquiète le plus, c’est la réception de ces verbiages dans la jeunesse : la passion, le ressentiment, le déni. Mais que faut-il attendre d’une génération à l’idolâtrie facile, à défaut de s’ériger au niveau de l’exigence de courage ? Cette jeunesse qui a soif et qui l’étanche par la baveuse diarrhée de maîtres malnutris.

Faux débats

Et qu’on arrête pour de bon ces querelles de chiffonniers sur l’afro-pessimisme et l’afro-optimisme. Gadgets d’une bipolarité imbécile où les tenants se cherchent un genre. Ces deux notions n’ont pas d’existence factuelle en prise avec le réel. L’afro-optimisme béat et énergique ne change rien à la réalité d’un continent qui meurt en silence. L’afro-pessimisme cynique ne change en rien un potentiel présent qu’il serait vain de nier. Les deux mouvances ne sont que des postures qu’il faut urgemment déprécier. L’afro-responsabilité, hybride commode que l’on a trouvé en recours, est un équilibrisme de positionnement dont les inconforts dégringolent à la moindre imprudence. Il n’y a qu’une chose : c’est l’afro-vérité. Il faut composer avec elle. La fixer avec la lucidité qui sied et produire des idées pour la tirer de ce sommeil de l’accusation.

Le seul chantier sur lequel les intellectuels africains sont attendus : c’est la production inspirée d’idées, de solutions, pas ce dualisme benêt rempli d’escomptes. L’anti-occidentalisme est devenu le puissant fédérateur de satrapes roupillants, de pieds nickelés kémites, de propagandistes grossiers, de religieux identitaires, et dernièrement d’intellectuels étroits. Tout ce large spectre de destins affairés à détenir une emprise sur des publics consommateurs de rêves, est devenu le bagne spirituel d’un grand ensemble continental et diasporique dont la fuite en avant installe ce continent dans une agitation continue. Une fournaise qui semble devoir se familiariser avec le sang et la mort, pendant que la force d’impulsion se presse sur des tribunes occidentales pour refouler sa responsabilité. C’est cette famille que vient d’intégrer Fatou Diome, bizutée dans l’exercice par la marâtre du genre Aminata Traoré. Ce n’est rien de moins que la plus grande défaite de l’intellect africain que de voir, en temps de proclamation ad nauseam de l’indépendance de l’Afrique, ce grand enfant africain fuir son continent en disqualifiant ses dirigeants, prêt à sacrifier sa dignité contre un bout de confort. Une fuite pendant que ses défenseurs aboient contre un Occident pour lequel ils bradent leur vie. Cette tension est terrible et plus éloquente que cette gloire des imposteurs à la défense de l’Afrique qui, ultime pied de nez, écrivent leurs tribunes et poussent leurs cris sur des plateaux occidentaux.

Après-Charlie: Luz ne dessinera plus Mahomet

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Paris (AFP) – Luz, auteur de la Une controversée du numéro de Charlie Hebdo paru après la tuerie de janvier, déclare qu’il ne dessinera plus le personnage de Mahomet, dans un entretien au magazine Les Inrockuptibles, paru mercredi.

« Je ne dessinerai plus le personnage de Mahomet, il ne m’intéresse plus. Je m’en suis lassé, tout comme de celui de Sarkozy. Je ne vais pas passer ma vie à les dessiner », déclare-t-il en réponse à une question sur cette couverture « devenue mondialement célèbre ».

Alors qu’on l’interroge sur une déclaration de Philippe Val, l’ancien patron de Charlie Hebdo, qui avait estimé, peu après l’attentat, que les terroristes avaient gagné, il rétorque : « J’ai sauté au plafond en entendant ça. »

« C’est tellement dingue. Il n’est plus lui-même, ce garçon, et il ne parle qu’en son nom. Il n’est plus Charlie, il n’est pas Charlie. Il fait juste partie de l’histoire de Charlie. Il est dans le déni de ce qu’il a été pour ce journal », ajoute-t-il.

« Les terroristes n’ont pas gagné. Ils auront gagné si la France entière continue d’avoir peur », conclut-il en estimant qu’il s’agit du « ressort du FN ».

Le numéro des « survivants » de janvier, avec la caricature de Mahomet en couverture, tenant une pancarte « Je suis Charlie », et le surtitre « Tout est pardonné », avait suscité des manifestations parfois violentes dans plusieurs pays musulmans.

Sorti une semaine après la tuerie perpétrée par deux djihadistes, le 7 janvier, qui avait fait 12 morts, il avait été diffusé à 8 millions d’exemplaires, un record historique pour la presse française.

Luz Charlie Hebdo caricature Mahomet

*Photo : © AFP/Archives Francois Guillot

Surcouf, Najat et les Républicains

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Surcouf Najat Vallaud-Belkacem Les Républicains

Surcouf Najat Vallaud-Belkacem Les Républicains

Le capitaine d’un bâtiment de la Royale Navy s’adresse à Surcouf : « Vous, Français, vous vous battez pour l’argent. Tandis que nous, Anglais, nous nous battons pour l’honneur ! » Et Surcouf de répliquer : « Chacun se bat pour ce qui lui manque. »

L’anecdote est un classique, qu’elle soit authentique ou totalement inventée, comme c’est sans doute le cas. Elle a tout pour plaire, la justesse de l’aphorisme et la beauté du mot d’esprit qui fait imaginer sans peine le visage de l’officier anglais plus efficacement cinglé par la répartie que par une cravache. Les coups de canons en deviendraient presque inutiles.

« Le roi est nu », lançait dans le conte un petit garçon à l’empereur. L’officier anglais drapé dans sa fausse dignité se retrouve aussi soudainement fichu à poil que le souverain prétentieux par la simple morale contenue dans la fatale réplique : on méprise au fond ce que l’on prétend bruyamment chérir le plus. Le corsaire français, l’argent, et l’officier anglais, l’honneur.

L’anecdote de Surcouf revient en tête à la lecture de deux faits d’actualité récents : la réforme du collège et la réforme du nom de l’UMP. Quel rapport, me direz-vous, entre un corsaire, une réforme scolaire et le changement de nom de l’UMP ? Avec le premier aucun,  en dehors de l’anecdote qui ouvre cet article. Les deux suivants, en revanche, partagent une commune indifférence à l’égard des valeurs qu’ils prétendent défendre : la démocratisation du savoir pour les réformateurs de l’école et la République pour les nouveaux « Républicains » de l’UMP.

L’école suscite néanmoins un peu plus mon intérêt que le nouveau rite de résurrection sémantique du parti de droite. La journaliste Louise Tourret rappelait en avril 2014 que trente ministres de l’Education Nationale s’étaient succédé à la tête du ministère depuis les débuts de la Ve République. Suite au passage de Vincent Peillon aux commandes, deux nouveaux candidats ont repris le flambeau jusqu’à Najat Vallaud-Belkacem aujourd’hui.  Ce qui porte le compte à trente-deux, soit une moyenne d’un ministre tous les 18 mois à peu près, chacun tentant de laisser sa marque dans l’histoire mouvementée de l’école, avec plus ou moins de bonheur, de Jean Berthoin (que Louise Touret avait peut-être oublié, ce qui porterait notre compte actuel à 34), chargé par De Gaulle de redessiner le système scolaire du nouveau régime, à la semaine de quatre jours de Xavier Darcos en 2008… Puis la fin de la semaine de quatre jours en 2013 avec Vincent Peillon.

Dans les interstices de ces grandes réorientations se glissent d’innombrables réformes des programmes dont la dernière en date, censée intervenir à la rentrée 2016, a pour ambition de  « rétablir la performance du système éducatif, en assurant la réussite du plus grand nombre et en luttant contre le déterminisme social, et de rendre à l’école sa mission de transmettre et de faire partager les valeurs de la République », rappelle le Ministre. La formulation adoptée avoue en elle-même l’objectif cosmétique fixé à la réforme. Pour ce qui est du « déterminisme social », c’est du Bourdieu, dont les bourdivines prophéties semblent ne pas cesser d’hypnotiser depuis trente ans les têtes pensantes obnubilées par la lutte entre dominants et dominés, nouvelle incarnation du combat éternel entre le bien et le mal. Pour lutter contre l’Infâme déterminisme, la formule magique est depuis longtemps statistique. « Rétablir la performance », cela veut dire taper sur les doigts des principaux et proviseurs pour obtenir des taux de redoublement présentables, protéger le Saint-Graal idéologique et afficher fièrement un taux de réussite de 87,9% d’admis et un pourcentage de bacheliers dans une génération s’élevant en juin 2014 à 77,3%. « Ce taux n’avait jamais été atteint », annonce fièrement le site officiel du ministère de l’Education nationale.

Le problème est que cette mirifique réussite statistique ne semble rien résoudre des « déterminismes sociaux ». Le chômage des jeunes s’établissait en octobre 2014 à 23,8 % tandis que l’Observatoire de la Vie Etudiante observait (puisque c’est son travail) que seul un quart des étudiants du supérieur sont des fils d’ouvriers… tout en sachant que le fait d’être un étudiant ne garantit plus vraiment un emploi. L’Observatoire des Inégalités (avec le nombre d’observatoires que l’on compte en France on se demande bien comment l’on n’arrive pas à être plus clairvoyant…) souligne peut-être que l’on compte trois fois plus de chômeurs chez les non-diplômés mais une étude de l’APEC (l’ANPE des cadres) fait remarquer que 37 % des Bac+5 se retrouvent au chômage un an après l’obtention de leur diplôme… Et si le combat contre le déterminisme social est mal engagé, celui en faveur des « valeurs de la République » ne paraît pas gagné non plus : « Le nombre global de Français et résidents impliqués dans le djihad est passé de 555 à 1281 entre le 1er janvier 2014 et le 16 janvier dernier, soit un bond de 130% en un an », rapportait le Figaro en janvier, selon un dernier état des lieux des services de renseignement, tandis que France Info évoquait fin décembre 2014 une hausse de 116 %. Tout cela tandis que le nouveau jeu des principaux de collège est de déterminer si le degré d’atteinte à la laïcité est proportionnel à la longueur des jupes portées par les jeunes filles…

Face au tableau social d’une France comptant désormais 3 500 000 chômeurs et à l’engouement des jeunes français, issus ou non de l’immigration, pour la « guerre sainte », les décapitations d’otage, les viols en réunion et autres joyeusetés dignes des chroniques de Froissard, on peine à comprendre la logique suivie par le Conseil supérieur des programmes. Bernard Girard a beau tenter de défendre sur Rue89 que « l’angle de vue adopté par le Conseil supérieur des programmes (CSP) a consisté à retenir un certain nombre de thèmes larges (…) subdivisés en sous-thèmes facultatifs ou obligatoires » et d’expliquer que le christianisme reste au menu puisque ses débuts sont toujours enseignés en classe de sixième, on peut légitimement s’étonner de voir que, des trois grandes aires de civilisation en Méditerranée au XIIe siècle, ne subsiste en enseignement obligatoire que l’islam…

En vertu de cette conception des choses, l’enseignement de l’histoire des religions ne se réduirait-il donc qu’à une sorte de saupoudrage concurrentiel dans les programmes ? Même chose d’ailleurs en ce qui concerne le passage en enseignement facultatif des Lumières en classe de quatrième,  « A croire qu’il ne faut pas heurter certaines sensibilités religieuses », se demande le secrétaire général de l’association des professeurs d’Histoire-géographie, Hubert Tison. Il est vrai que dans l’article de Rue89 cité plus haut, l’auteur déplore que Najat Vallaud-Belkacem ait pu admettre dans un récent rétropédalage officiel que « la transmission de notre histoire commune et du récit national » reste un enjeu essentiel. Horreur, malheur, le nationalisme est encore à nos portes.

En laissant de côté les sujets qui fâchent, on pourra simplement se demander en quoi l’intégration de l’enseignement du latin et du grec dans le fourre-tout des « enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI) ou la suppression programmée des Sections Européennes (5800 sections et 200 000 élèves chaque année) va contribuer à renforcer l’enseignement des valeurs de la République ou celui des langues vivantes et l’ouverture au monde des élèves du secondaire. Le refrain idéologique est bien connu dans le discours ministériel et une partie du monde enseignant : il s’agit de lutter contre les « enseignements élitistes » et contre les inégalités reproduites sur le plan scolaire et culturel. Ô Bourdieu, que de crimes commis en ton nom !, car ce programme de nivellement par le bas démontre depuis quelques décennies qu’il aboutit aux résultats exactement inverses de ceux qu’il recherche : l’abaissement constant du niveau d’exigence, la fuite des meilleurs élèves dans le privé et la disparition progressive de la première mission de l’école qui est d’offrir, et parfois d’imposer, aux élèves la possibilité de découvrir une autre culture que la leur, celle que l’on encense aujourd’hui par démagogie au nom d’un égalitarisme parfaitement mensonger.

Pour en revenir au changement de nom de l’UMP, on peut douter que celui-ci défende mieux l’idée républicaine parce qu’il s’appelle « Les Républicains », de la même manière que les bons pédagogues de l’Education nationale ne lutteront pas plus contre le déterminisme social à coups de tablettes numériques pour tous. Pour la petite histoire, racontée paraît-il dans le dernier ouvrage de Roselyne Bachelot, Nicolas Sarkozy revenu émerveillé d’une rencontre avec Barak Obama en 2006 avait exigé « qu’on lui trouve un noir », parce qu’il estimait peut-être que ça faisait plus américain et moderne. Pour faire moderne (et américain ?), ceux qui décident de l’avenir de l’école brandissent les enseignements transdisciplinaires à la carte et traquent sans relâche tout ce qui ressemble à l’élitisme honni pour nous faire penser qu’ils œuvrent bien au nom de l’égalité. Surcouf avait bien raison, on clame toujours haut et fort que l’on se bat pour ce qu’au fond on estime le moins. On peut être pirate et parfaitement saisir les principes essentiels de la communication en politique.

*Photo : Wikipedia.org

La République populaire note les Chinois

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chine regime evaluation

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L’enfer est en Chine comme ailleurs pavé des meilleures intentions, mais selon des modalités qui lui sont propres et qui ne manquent pas d’étonner l’observateur européen. Dans un contexte de lutte acharnée contre la corruption galopante que connait le pays, les autorités chinoises pensent avoir trouvé la solution : un système de notation des citoyens et des entreprises qui évaluera la confiance, financière mais aussi morale, à accorder à chacun. C’est ainsi qu’à en croire un document du Conseil d’Etat (gouvernement) chinois, chaque citoyen comme chaque personne morale de la République Populaire de Chine devrait dans quelques années être l’heureux titulaire d’une sorte bien particulière de carte de crédit « avec des caractéristiques chinoises ».

chine evaluation

Le pilori, sympathique conséquence du système global d’évaluation des gens en Chine selon les médias officiels chinois.

Concrètement, il devrait s’agir d’une note chiffrée, qui ne mesurera pas seulement la capacité financière de son titulaire, mais aussi  le niveau de confiance symbolique à lui accorder. Chaque citoyen, comme chaque entité morale, devrait pouvoir faire l’objet par l’Etat d’une évaluation de sa qualité morale, évaluation répertoriée sur un document officiel. En toute logique, et même si les dispositions concrètes de ce vaste projet d’ingénierie sociale ne sont pas encore très claires,  ce document devrait pouvoir être consulté par les citoyens et les personnes morales dans le cadre de transactions, commerciales ou autres, entre Chinois, et sans doute aussi entre Chinois et étrangers. Car comment croire que ce projet cauchemardesque, s’il voit le jour, pourrait s’arrêter aux portes de la Chine alors que ses échanges avec le reste du monde ne cessent de s’accroitre, en même temps que le poids économique, diplomatique et militaire de ce pays ?

On n’ose imaginer les multiples applications (dans le domaine matrimonial par exemple) que pourrait avoir un tel dispositif, qui devrait fonctionner dès 2020. On n’ose imaginer non plus le statut au sein de la société chinoise des citoyens « blacklistés » par les évaluations convergentes du peuple et du gouvernement, ni les conséquences que la peur de se voir octroyer ce statut pourrait avoir sur la société chinoise, déjà bien mal en point après trente ans de maoïsme et trente-cinq ans de capitalisme effrénés. J’espère ardemment me tromper mais le pire est peut-être qu’en vertu de l’adage totalitaire selon lequel seul le citoyen qui a quelque chose à cacher pourrait avoir quelque chose à redire à la transparence, ce projet ne semble faire aujourd’hui l’objet d’aucune critique de fond en Chine. Au contraire, le pouvoir paraît confiant et fait part dans la presse officielle des « retours positifs » en provenance de la société civile, qui semble se réjouir à l’idée de pouvoir bientôt punir les pourris, en collaborant avec enthousiasme à ce vaste système de démocratie participative.  Le gouvernement qui ne doute pas plus de la collaboration des mastodontes chinois de l’Internet, prévoit en outre benoitement d’utiliser les multiples évaluations dont font l’objet les citoyens et les entreprises sur le web chinois pour alimenter son système de promotion et de contrôle administratif de la vertu. J’écrivais dans un article récent que le flicage de tous par tous progressait en Chine plus vite encore qu’ailleurs. J’étais loin d’imaginer l’ampleur du mal. Il faut dire que ce projet, pourtant prométhéen, est passé sous les radars des experts et des médias occidentaux.  Seul un lucide universitaire belge travaillant à l’université d’Oxford, Rogier Creemers, a récemment attiré l’attention de ses pairs et des journalistes sur ce projet, en traduisant l’intégralité de la directive produite il y a déjà presque un an par le gouvernement chinois.

Le syncrétisme communo-capitaliste chinois fait preuve d’une inventivité remarquable. C’est en effet en étendant à la sphère morale les évaluations chiffrées des établissements de crédit que le parti communiste veut promouvoir la vertu et la confiance entre les citoyens. La banque centrale chinoise possèderait déjà des évaluations chiffrées du crédit financier à accorder à quelque 800 millions de Chinois. C’est ce fichier que le gouvernement prévoit d’étendre à l’ensemble de la population et de développer en intégrant à cette évaluation une dimension morale. Quelle est exactement la nature d’un système politique ravagé jusqu’au sommet par la corruption mais qui envisage de donner une note à la vertu de chacun de ses citoyens ? Voilà une étrange question que soulève l’émergence simultanée de la Chine et des nouvelles technologies, et que bien peu de politologues auraient pu imaginer devoir un jour se poser.

*Photo : wikicommons.

À chaque journée sa jupe?

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jupe Sarah collège laïcité

jupe Sarah collège laïcité

Dans son excellent film La journée de la jupe, le réalisateur Jean-Paul Lilienfeld – que nous sommes fiers de compter parmi les collaborateurs de Causeur – abordait un sujet sensible : l’impossibilité, pour les filles de certains quartiers, d’aller à l’école trop court vêtues sans s’exposer aux brimades de leurs camarades. En réponse à cette insupportable pression, Sonia, la prof au bout du rouleau – magistralement incarnée par Isabelle Adjani – qui finit par prendre ses propres élèves en otage, exige que le ministère de l’Education nationale instaure une « journée de la jupe ». L’histoire, tragique, est une véritable ode à la laïcité. Elle en chante les louanges en creux, c’est-à-dire de manière autrement plus efficace que les habituelles incantations des « républicains » jaloux de tous bords.

Hier, une nouvelle affaire de jupe à l’école défrayait la chronique. Mais dans un sens inattendu, pour ne pas dire inverse : Sarah K., 15 ans, nous apprenait L’Union-L’Ardennais, s’est vu refuser à deux reprises l’accès à son collège de Charleville-Mézières, les 15 et 26 avril, au motif qu’elle portait une jupe au caractère religieux ostentatoire qui laissait présumer le port antérieur d’un voile[1. Cette définition acrobatique est de mon confrère et néanmoins ami Laurent Cantamessi, observateur attentif des questions d’ostentation en milieu scolaire]. En effet, explique le rectorat, « la jeune fille, qui porte une tenue avec le voile, enlève seulement ce dernier avant d’entrer au collège ». Non mais sans blague. Pour madame le principal de l’établissement, « la loi sur la laïcité à l’école interdit ce port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ». Dura lex, comme on disait avant la réforme.

Mais au fait, que reste-t-il d’une « tenue avec le voile » une fois le voile retiré ? Réponse : une jupe « toute simple », sans « rien de particulier », achetée « chez Kiabi pour deux euros », se défend la gamine. Le problème, pour le rectorat, c’est que ce choix vestimentaire apparemment inoffensif s’inscrit dans le cadre « d’actions revendicatrices et concertées d’élèves, qui font suite à d’autres incidents plus visibles liés par exemple au port du voile ». Autrement dit : les éléments caractérisant le délit n’ont plus besoin d’être réunis, l’intention présumée suffit. Si ce n’est toi, c’est donc ta sœur. Et dès lors, « le cadre laïque de l’enseignement doit être fermement rappelé et garanti », a précisé le rectorat qui compte sans doute interdire bientôt le port des Sebago ou la mèche ostentatoire aux jeunes cathos.

Sarah devra-t-elle se présenter en culotte pour être admise en cours et ne choquer personne ? L’ennui, c’est qu’à vouloir déterminer où exactement se situe l’atteinte à la laïcité dans un espace compris entre la cheville et le haut des cuisses, l’Education nationale fonce tête baissée dans le chiffon rouge du toréador. Si on avait voulu donner un argument imparable aux pires militants communautaristes, on ne s’y serait pas pris autrement. Sous le régime des colonels, la Grèce bannissait les minijupes. C’est aujourd’hui encore le cas au Swaziland, qui a rétabli en 2012 une loi coloniale interdisant les tenues « indécentes ». La directrice du collège Léo-Lagrange de Charleville-Mézières, elle, a cru bon de parler d’une « tenue provocante » pour qualifier une jupe longue et noire.

Dans ces conditions inespérées, les professionnels de la victimisation subventionnée ont beau jeu d’inonder Twitter de hashtags #JePorteMaJupeCommeJeVeux et, bien sûr, #JournéeDeLaJupe. Pour finir de brouiller les cartes entre défense des libertés individuelles et revendications communautaires, on ne pouvait mieux faire. Bingo, la République est à poil !

*Photo : BARON ALAIN/SIPA/1504141506

La journée de la jupe (César 2010 de la Meilleure Actrice)

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Et Hollande restaura le service militaire

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service militaire volontaire Hollande

service militaire volontaire Hollande

Alençon (AFP) – François Hollande a annoncé lundi à Alençon la création en métropole de sept centres du « service militaire volontaire », un nouveau dispositif d’insertion professionnelle de jeunes en grande difficulté largement inspiré d’un modèle développé depuis des décennies en outre-mer.

« Il y aura trois centres de service militaire volontaire dès cette année qui accueilleront 1.000 jeunes », à Montigny-lès-Metz (Moselle), Brétigny-sur-Orge (Essonne) et « dans le sud de la France dès janvier 2016 », a déclaré François Hollande, précisant que quatre autres centres seront créés l’an prochain.

Ces sept centres du SMV pourront accueillir au total « 2000 jeunes », a-t-il précisé lors d’une visite d’un établissement public d’insertion de la Défense (Epide) à Alençon, près de vingt ans près la suppression de la conscription par Jacques Chirac.

« Nous sommes confrontés à un chômage élevé, trop élevé et nous devons nous battre jour après jour pour que nous puissions créer le plus d’emplois possibles », a souligné le chef de l’Etat, enchaînant : « quand un pays n’est pas capable d’offrir à la jeunesse un espoir, ce pays n’a pas d’avenir. »

Quelques instants plus tard, le ministère du Travail annonçait une nouvelle hausse du chômage, qui a atteint un record historique en mars, avec 3,51 millions de demandeurs d’emploi, soit 15.400 (+0,4%) de plus qu’en février.

Contrairement aux mois précédents, la situation des jeunes s’est fortement dégradée aussi en mars (+1,0% sans aucune activité), malgré les nombreux dispositifs qui leur sont destinés: emplois d’avenir, contrats de génération, Garantie jeunes, contrats aidés…

Créés sur le modèle du « service militaire adapté » (SMA), développé dès 1961 outre-mer, les centres du SMV, qui relèveront du ministère de la Défense, recevront des jeunes de 18 à 25 ans pour leur offrir des formations professionnelles liées aux besoins des bassins d’emplois locaux ou des « secteurs en tension » à l’échelle nationale, comme l’hôtellerie et le BTP.

Nourris et blanchis, ces jeunes porteront l’uniforme, encadrés par des militaires pendant les 6 à 12 mois de leur formation conduites en partenariat avec de grandes entreprises publiques ou privées comme la SNCF.

– ‘Notre victoire, leur réussite’ –

François Hollande a par ailleurs confirmé sa décision de porter de 3.500 à 4.500 par an le nombre de jeunes accueillis dans les Epide, qui relèvent quant à eux du ministère de la Ville en dépit de leur nom. « Deux autres Epide seront créés dans le sud de la France car c’est là qu’il y a les besoins les plus grands », s’ajoutant aux 18 existants, a-t-il par ailleurs annoncé.

La jeunesse est la « seule cause qui vaille », a lancé le chef de l’Etat lors d’une table ronde avec des volontaires issus de ces formations, soulignant que « puisque la jeunesse sera notre avenir, elle doit être notre priorité ».

Le SMA a accueilli quelque 5660 jeunes en 2014 outre-mer. A l’issue de ce service volontaire, environ les trois quarts d’entre eux ont été « insérés » dans la vie active, alors qu’au début de leur formation, au moins 30% étaient en situation d’illettrisme et 60% n’avaient pas leur brevet des collèges.

Quant aux Epide, ils visent à aider les 18-25 ans sortis du système scolaire sans diplôme ni qualification à retrouver un projet professionnel, avec des formations et une immersion en entreprise pendant 6 et 12 mois.

A l’été 2014, le président Hollande avait visité pendant plusieurs heures le bataillon du SMA de Mayotte, dont la devise proclame fièrement : « notre victoire, leur réussite ».

L’encadrement militaire avait alors insisté sur la spécificité de ces structures, qui conjuguent la formation professionnelle avec une remise à niveau scolaire et une éducation au « savoir-être » (ponctualité, politesse, civisme etc.).

François Hollande visitera une installation similaire en Guadeloupe lors d’une tournée dans les Antilles début mai.

*Photo : ©afp.com / Sebastien Bozon

Jura: le FN est dans le pré

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jura fn ump

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Il paraît que Le bonheur est dans le pré. De fait, les paysages du Jura, où a été tourné le film de Chatiliez, évoquent une pub pour la France tranquille des clochers et des modérés. Pourtant, ce département se révèle de plus en plus sensible aux sirènes frontistes : avec 29,4 % des voix au premier tour des départementales, sans conquérir un seul canton, le FN se classe au deuxième rang, derrière l’UMP (30,4 %) mais loin devant la majorité sortante de gauche (22,8 %).

Pourquoi un nombre croissant d’habitants du « 39 », relativement épargnés par le chômage, l’immigration de masse et l’insécurité, déclarent-ils leur flamme à Marine Le Pen ? C’est pour élucider cette énigme que je suis parti arpenter cette terre de mission du nouveau Front.

David Desgouilles, régional de l’étape, et contributeur de Causeur, m’avait annoncé la couleur : « Le Front national a cartonné aux européennes et dépassé les 33 % dans certains cantons ruraux ou périurbains. » Alors que ce journal part à l’imprimerie, les résultats du premier tour confirment les pronostics des permanences électorales et des bistrots. Le conseil départemental, emporté par le PS et ses alliés en 2008, a rebasculé à droite.

Tout cela, je l’ignore encore pendant mon périple. Mais flanqué de mon guide, Albert, qui a l’obligeance de jouer au pilote et au photoreporteur à mes côtés, il ne me faut pas longtemps pour percevoir le son du canon frontiste. Dans un bar près de Dole, le patron me sert d’emblée un discours qu’on dirait préparé pour une brève de comptoir : « Tous les gens que je connais vont voter FN. Des commerçants, des artisans, des ouvriers, des gens de gauche. Moi aussi, même si je n’ai aucun espoir de changement, parce que j’en ai plein le c… », s’emporte-t-il, pendant qu’un quidam accoudé au zinc opine : « Z’êtes pas le seul ! » Albert, qui scrute le pouls de la région depuis une trentaine d’années, renifle le même air qu’en avril 2002. Mon fixeur franc-comtois dit que les électeurs le font penser à « des gamins qui s’apprêtent à faire une connerie ».[access capability= »lire_inedits »] À moins que l’ouverture de la pêche ne noie le vote protestataire dans une mare d’abstentions.

On aura du mal à parler de vague brune dans cette région où même le Front est convenable. De plus, les deux capitales rivales, Dole (la déchue) et Lons-le-Saulnier (la promue), restent administrées par des maires UMP très propres sur eux, marqués par l’empreinte des centristes Jacques Duhamel et Edgar Faure[1. Lequel, tout centriste qu’il était, s’allia néanmoins avec un élu frontiste pour conserver la présidence du
conseil régional de Franche-Comté en 1986…]. Sans surprise, c’est dans les campagnes et les zones périurbaines que les autochtones se servent du bulletin FN pour exprimer, non pas leur désespoir, plutôt un malaise indistinct, comme une fatigue d’être soi. « On est à la fin d’un monde qu’on pourrait tout de même préserver, quoi qu’en disent nos élites », me souffle une lepéniste assumée. Touché par cet oracle, j’assemble mes premières impressions. On sent bien quelque chose de finissant au pays de Rouget de Lisle et de Pasteur, l’impression indéfinissable d’évoluer hors du temps, dans l’un des départements les moins densément peuplés, où la « grande ville », Dole, culmine à 25 000 habitants. Le comté, l’agroalimentaire, l’industrie chimique et un aéroport, tout cela n’esquisse pas un avenir, encore moins un projet. Mon spleen atteint des sommets dans ces paysages vallonnés, tout de verts chatoyants, que les services publics n’ont pas encore désertés, mais où les foules de jeunes, partis vers des cieux plus modernes, ne se dévident plus dans les bistrots des villages.

Au Front national, on n’a pas ce genre d’états d’âme. On se projette dans le futur. Fini les candidat(e)s « jean-maristes », tantôt piliers de bistrot, tantôt nostalgiques de l’Algérie française, qui rasaient les murs ou se présentaient sous leur nom de jeune fille pour brouiller les pistes. « Après la dédiabolisation, l’heure de la professionnalisation a sonné », claironne Thibaut Monnier, jeune secrétaire départemental du Front national.

Manifestement, le FN jurassien séduit de nouvelles clientèles : les petits commerçants et artisans lepénistes ont cédé la place à des ouvriers, des jeunes cadres dynamiques, et quelques agriculteurs (voir encadré). De nouvelles têtes qui n’hésitent plus à se présenter dans leur canton de résidence, la trombine bien en vue. Aux dernières municipales, en mars 2014, l’équipe dirigeante précédente a péché par amateurisme : incapable de présenter une seule liste frontiste dans tout le Jura, la fédé a enchanté les antifas ! La suite a pourtant démontré que le département constituait un terreau extrêmement favorable aux idées du Front : aux européennes de mai 2014, la liste FN a rassemblé 27 % des suffrages jurassiens – contre seulement 7 % cinq ans auparavant ! –, reléguant l’UMP et le PS à 5 et 14 points de distance. L’été dernier, encouragée par ces bons résultats, Marine Le Pen a rapatrié dare-dare le natif du cru Monnier, élu municipal à Belfort, en lui confiant la charge de mettre le FN-39 en ordre de bataille. Du vrai travail de pro : en quelques mois, pas moins de 64 candidats ont été investis dans 16 des 17 cantons jurassiens. Thibaut Monnier a frôlé le strike dans un département aux forces militantes anémiques.

Le premier fédéral s’est fixé pour mission d’installer durablement son parti dans le paysage jurassien : « Certes, on trouve beaucoup de chefs d’entreprise sur nos listes, avec une mentalité de gagnants, mais ce sont des gens très ancrés localement. » Cofondateur du collectif Audace, qui regroupe les jeunes actifs marinistes, Monnier se dit proche de Marion Le Pen, de sensibilité « traditionnelle sur la doctrine, libérale sur l’entreprise », « le business, mais au service de l’homme ». Un savant mélange de Manif pour tous et de défense des PME, voilà son credo. Logiquement, ses listes représentent « la France qui se lève tôt », chère au Sarkozy de 2007, et font la part belle aux candidats « normaux ». Du syndicaliste à l’enseignante issue de la droite catholique, on trouve de tout au Front national, façon Samaritaine. C’est comme chez McDonald’s, « venez comme vous êtes », sans chichis ni manières de duchesse.

Ma tournée des grands ducs démarre à Vincelles, hameau situé dans le canton rural vieillissant de Saint-Amour. Ici, le viticulteur Nicolas Caire, ancienne petite main du RPR, accomplit son baptême du feu électoral sous les couleurs du Front – il totalisera 29,8 % au premier tour, pour se retrouver en ballottage défavorable face à l’UMP (35 %) et à la liste conduite par le PS (23,9 %) au second. Quoique le producteur de vins jurassiens, fournisseur des grandes surfaces, ne soit pas vraiment un croquant sans le sou, il raconte la France d’en bas avec des trémolos dans la voix : « L’autre jour, un jeune s’est posté devant moi comme si j’étais déjà élu. Il m’a demandé de lui fournir un local pour monter un garage de mécano. Impuissant, j’en avais la larme à l’œil. » Il évoque ces petits patelins que la vie semble quitter : « Les jeunes sont un peu partis vers les industries de Lons-le-Saulnier, la Suisse voisine, ou l’agglomération lyonnaise. »

Bien plus féru de motocross que de politique, ce grand gaillard de 43 ans est un adepte des grandes tapes dans le dos à la Chirac. Les pieds dans ses vignes, il claironne d’un air bonhomme : « Je veux être l’élu du canton, pas le mec FN du coin. » Aux « apparatchiks », Caire oppose son « bon sens paysan » : « Un professionnel de la politique ne se rend pas compte des réalités. Même au niveau local, ils croient que tout leur est dû et oublient l’intérêt général dès qu’ils président une communauté de communes. Les élus n’ont aucune idée pour enrayer la fuite des jeunes, ils se contentent de fabriquer des ronds-points et des musées. »

Lorsque je le titille sur le thème de prédilection, pour ne pas dire le fonds de commerce, du Front national, il a cette réponse truculente : « Est-ce qu’il y a de l’immigration ici ? Oui, ma femme est marocaine et mes filles sont métisses ! »

Le viticulteur partage les convictions libérales de Monnier, au service d’une vision quasi bayrouiste de la petite entreprise : « Tout ce que demandent les entrepreneurs, c’est qu’on leur foute la paix. Ils paient beaucoup trop de charges. Il me manque trois saisonniers pour la vigne, c’est un boulot difficile payé au SMIC, mais les gens sont mieux payés en vivant d’indemnités de chômage ou de RSA », soupire-t-il.

Nicolas n’aura pas volé ses suffrages. Il n’économise pas ses forces, sillonnant les 51 communes du canton au porte-à-porte : « Il se passe quelque chose. Sur 200 tracts distribués, on n’a pratiquement aucun refus. Les gens sont même contents de nous voir. » Et il ne compte pas s’en tenir là : « Encore deux ou trois années, et nous prendrons le Jura ! » En voilà un, au moins, qui n’est pas revenu de la politique….

À quelques kilomètres de Vincelles, à Saint-Amour même, je rends une petite visite à domicile à Catherine Matéo, 52 ans, trois enfants, qui se présente avec Thibaut Monnier 80 kilomètres plus au nord, dans le canton de Tavaux. Lorsque je lui demande qui est son leader frontiste préféré, sa réponse me cloue sur place : « Bruno Gollnisch. » Admirative de son français châtié comme de son « bon sens », Matéo ne voit aucune contradiction à défendre Israël contre le Hamas (« subventionné par les aides européennes à la Palestine ») tout en ralliant le plus antisioniste des dirigeants du Front. Une gollnischienne philosémite, ça valait le voyage !

Comme Nicolas Caire, Catherine Matéo a assisté à une réunion publique de Thibaut Monnier, qui lui a immédiatement proposé une place sur son tandem. Mais elle fait entendre un son de cloche un peu plus raide. Ayant grandi au Maroc dans un milieu franco-espagnol très catholique, Matéo avoue « avoir un problème » avec « l’islam très affirmé » qui se manifeste parmi la petite communauté turque de Saint-Amour : « Ici, la mairie socialiste a célébré la fête nationale turque avec des drapeaux devant l’hôtel de ville. » Si les incivilités restent rares, l’« insécurité culturelle » (Guilluy) bat son plein. Dans son salon orné d’une Vierge à l’enfant et d’une lithographie du maréchal Lyautey, cette « grande déçue de l’UMP » égrène ses motifs d’indignation avec des accents de mater dolorosa : la déconstruction de la famille traditionnelle, le mariage gay, la pilule du lendemain et l’idéologie du genre à l’école, mais aussi « l’euro-mondialisme » et la perte des acquis sociaux. La faute à qui ? « Il faut du social, mais on ne peut pas héberger, nourrir et soigner la terre entière », martèle Catherine. En somme, le FN, c’est la Sécurité sociale, plus les frontières. Curieux pour des gens constamment traités de « fachos », les militants frontistes en appellent volontiers à plus de démocratie : « Avec la réforme territoriale [et la fusion des régions Franche-Comté et Bourgogne], on aura des centres de décision très éloignés du terrain et des personnes concernées. Tout va nous échapper », s’insurge la candidate.

Un même sentiment d’abandon étreint le Jura périurbain, loin de la campagnarde Saint-Amour. Le long de la RN73 qui relie Dole à Besançon, les pavillons ont poussé comme des champignons à mesure que les habitants de Dole et de Besançon fuyaient les quartiers sensibles. Ces « petits blancs », laissés-pour-compte de la mondialisation, ne se prétendent pas victimes d’apartheid social et territorial ; reste qu’ils forment une cible de choix pour le Front.

Au nord de la forêt de Chaux, dans le canton de Mont-sous-Vaudrey, au cœur de ces lotissements qu’Emmanuel Todd surnommait les « bunkers antimondialisation », la guerre des pavillons est déclarée. Le FN y a débauché le maire sans étiquette de Rans, Stéphane Montrelay, 38 ans, délégué CFDT de l’usine chimique Solvay, exclu par sa centrale syndicale – contre l’avis d’une grande partie de la base – sitôt sa candidature annoncée. « J’aurais peut-être dû parler des “sans-dents” ou dire que je voulais passer le Kärcher dans les cités ! », ironise l’intéressé, qui défie l’UMP sur ses terres de prédilection. Ses déclarations pourraient être signées par un chevènementiste bon teint : « Nos gouvernements méprisent la population. Le mondialisme fait que nos entreprises subissent la concurrence déloyale des pays étrangers. » Montrelay arrivera en tête du premier tour, avec 32,2 %, deux points devant l’UMP, en ballottage défavorable dans une triangulaire dans laquelle la gauche (25,5 %) dispose des plus grosses réserves de voix. Mais il n’en aura pas moins gagné son pari.

C’est dans le canton voisin de Tavaux, où Thibaut Monnier et Catherine Matéo font campagne, qu’est localisée la majeure partie de l’usine Solvay. Premier employeur du département, Solvay fournit des bataillons entiers d’électeurs FN, souvent issus de l’immigration portugaise : on y a dénombré 32 % de bulletins frontistes aux européennes… Tavaux l’endormie ne vit que de Solvay et de l’aéroport de Dole-Tavaux, abondamment subventionné par le conseil départemental. Dans cette bourgade sans âme, qui n’est que juxtaposition de zones industrielles et de maisons éparses, les ouvriers et les employés du tertiaire vivent à l’ombre de la grande industrie. Vérification faite, Solvay n’est d’ailleurs pas aussi prospère que je le pensais puisque le groupe belge a décidé de vendre la moitié du site à Ineos, un opérateur anglais basé en Suisse pour les raisons que vous devinez. D’ici trois ans, Solvay se recentrera sur ses secteurs les plus porteurs (l’avion solaire Solar Impulse, le composant plastique de la batterie d’iPhone, etc.). Bref, personne ne parle ouvertement de délocalisation, mais tout le monde y pense…

Même le restaurateur du coin, quinqua aussi bougon qu’hospitalier, cause désindustrialisation, qui n’est encore qu’une menace qui plane sur l’avenir de la région. Pronostiquant « un FN à 30 % », – il dépassera en effet les 35 % – Bertrand entame une diatribe enflammée : « La droite et la gauche se plantent : des Hongrois viennent travailler à Dole, alors qu’ici des gens cherchent du boulot. On pourrait avoir une Europe avec des frontières. » Tiens, la patate chaude des travailleurs détachés réapparaît… Dix ans après les polémiques autour du plombier polonais, l’ouvrier magyar ou danubien a pris le relais du dumping social… À la caisse, une cliente poursuit à la volée : « Qu’ils arrêtent de nous taxer la gueule. Avec le régime social des indépendants (RSI), sur 10 000 euros de bénéfices, je vais en payer 5 200 d’impôts. On a l’impression d’être complètement ignorés. »

Fabienne, 65 ans, gérante d’un magasin de motoculture, fredonne l’air connu du fisc qui nous étouffe ! Mais cette commerçante, que j’avais prise pour une électrice UMP ou FN, se dit « viscéralement de gauche ». Pour autant, l’électrice de Hollande en 2012 jure qu’on ne l’y reprendra plus, sauf s’il faut faire barrage au Front national. Comme je lui fais remarquer sa proximité avec le poujadisme fiscal du FN, elle canarde « ce parti raciste et homophobe ». Instruite par son expérience familiale, Fabienne n’accorde aucun crédit au virage mariniste : « Ma belle-sœur et mon beau-frère, qui habitent un endroit tranquille de la Haute-Saône, votent FN parce qu’ils regardent la télé et pensent que les allocataires du RSA nous piquent tout. » L’air de rien, cette admiratrice de Besancenot (!), libérale malgré elle, répète l’antienne des rédactions parisiennes : le FN surferait sur des peurs irraisonnées. Puisqu’il n’y a pas de problème.

Justement, mon guide me rappelle qu’à seulement quelques encablures de Tavaux le quartier dolois de Mesnils-Pasteur, à forte population maghrébine, est un foyer de délinquance qui déborde sur les campagnes avoisinantes. Niant l’évidence, le conseiller général sortant et maire divers gauche de Damparis, bourg de la proche périphérie de Dole, me décrit un petit coin de paradis « où il fait bon vivre ». Outre cet accès de langue de bois, le septuagénaire Michel Giniès, anciennement communiste, me réserve quelques surprises. Devant sa « maison du peuple-hôtel de ville » en préfabriqué des années 1970, une matière qui absorbe les années comme le buvard l’encre, il déclare possible la victoire de la gauche jurassienne. La posture « frondeuse » du conseil général – dont le président socialiste a appelé Valls à démissionner ! – pourrait, espère-t-il, passer au peuple l’envie de sortir les sortants. Giniès assure le service après-vente de son action départementale avec un discours étonnamment « pro-entreprises ». Après la gollnischienne sioniste, la poujadiste amoureuse transie de Besancenot, place au marxiste libéral ! Giniès me vend ainsi la création d’une zone d’innovation départementale dans son canton, « le poumon économique du Jura », sur lequel s’implantent des entreprises aussi avant-gardistes que la firme Ynsect, qui élève des insectes par tonnes pour en faire de la farine d’alimentation surprotéinée à destination des bestiaux. Des investisseurs singapouriens s’y intéressent déjà. Ça fait rêver, en effet… Mais pas assez, semble-t-il, car nombre d’électeurs de Giniès votent FN aux élections nationales. « Les électeurs du FN sont carrément décomplexés. Ils ont envie de gueuler mais n’adhèrent pas au programme des Le Pen », me glisse-t-il d’un air désemparé. D’ailleurs, s’il relègue son concurrent divers droite à 15 longueurs (21,5 %), Giniès (35,1 %) voit le Front national (31,1 %) le marquer à la culotte.Non que ces « gaucho-lepénistes » (Perrineau) aient la moindre tentation rouge-brune, mais les milieux modestes savent à quelle sauce ils sont mangés. De Maastricht (1992) au traité constitutionnel européen (2005), les prolos et assimilés répondent systématiquement par la négative aux questions posées par des élites ouvertes aux quatre vents de la mondialisation. Jadis, le RPR à droite, le Parti communiste à gauche, canalisaient les demandes populaires de « frontières » et de « protection ». C’est sur ce créneau laissé vacant que pousse la plante rudérale frontiste.

Cela étant, on ne saurait amalgamer le vote frontiste au vote Front de gauche… pour la bonne et simple raison que le mélenchonisme méprise et diabolise le besoin de frontières intérieures des classes populaires. Dans le centre-ville de Dole, à deux pas de la superbe église écrue baptisée la Collégiale, j’ai soudain l’impression de voir notre avenir : des salafistes déambulant devant une affiche du Front national comme si de rien n’était. Certes, nous ne sommes pas condamnés à cette glaçante alternative. Sauf si nos dirigeants continuent à se contenter de « stigmatiser » les électeurs frontistes, sans jamais prendre la peine d’entendre les messages qu’ils leur adressent, et encore moins d’y répondre.

Paysans : la bourse ou le Front

« On a le sentiment de pédaler à côté du vélo », m’avoue Frédéric Perrot, éleveur de vaches laitières et président de la chambre d’agriculture du Jura. Excédé par une réglementation ultratatillonne, ce cadre de la FNSEA radicalement hostile au Front national peine de plus en plus à tenir ses hommes : « Ils me trouvent trop sympa et me disent qu’il faut montrer nos muscles. La colère monte tout particulièrement chez les 30-35 ans, qui veulent donner un

coup de volée avec le vote FN ! » Jadis marginal, le vote paysan en faveur du Front national progresse à grandes enjambées mais reste minoritaire. Il faut dire que le programme souverainiste du Front effraie plus d’un bénéficiaire de la Politique agricole commune (PAC) suspendu aux aides européennes pour joindre les deux bouts.

De son propre aveu, Nicolas Caire est une exception, car le viticulteur a davantage affaire aux grandes surfaces qu’aux lourds dossiers administratifs. Partagés entre la peur de perdre la manne européenne et leur exaspération, les agriculteurs hésitent à jeter le bébé bruxellois avec l’eau du bain. « Pendant qu’on nous interdit de labourer dans les zones humides naturelles, l’Espagne nous inonde et l’Allemagne nous concurrence sur le maïs », s’énerve Perrot, avant de réaffirmer son « rejet des extrêmes ». Devant tant de modération,

Thibaut Monnier sort la boîte à gifles contre les réseaux UMP-FNSEA, « extrêmement sectaires, pendant de la mainmise de la CFDT et de la CGT sur les usines ». Certes, « la PAC sert certains », concède la jeune pousse frontiste, mais s’y accrocher trahirait une « lecture égoïste des choses, car à l’échelle nationale nous perdons 7 milliards d’euros au niveau de notre contribution nette annuelle à l’UE ».

Cette querelle d’apothicaires explique la progression plus rapide du vote frontiste dans l’ensemble des zones rurales qu’en milieu agricole stricto sensu. On l’aura compris, la lune de miel entre paysans et Front national attendra. À moins que les vaches laitières, lasses de garder leurs pis gorgés de lait pour cause d’embargo sur le marché russe, ne poussent leurs éleveurs à plébisciter le plus poutinolâtre de nos partis…[/access]

*Photo : centre-ville de Dole (Albert Ziri).

Caroline Fourest, l’inné, l’acquis et le déni

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caroline fourest feminisme habib

caroline fourest feminisme habib

L’humanité qui vient a ses prophètes. Ce sont peut-être les plus sournois que l’histoire ait produits car eux ne viennent pas nous dire que leurs prédécesseurs s’étaient trompés. Nos prophètes contemporains vont plus loin et nous assurent que, pour notre bien, ils s’opposent à toute forme de prophétie. Toujours en traque d’une croyance délétère à débusquer et à détruire, ils s’emploient à dépouiller l’être humain de ses moindres déterminismes pour faire de chacun de nous des individus totalement déliés, totalement libres, mus par notre seule volonté, astreints uniquement à nos propres choix et, au pire, à l’assomption de ceux-ci. Caroline Fourest est l’une d’entre eux. Elle était récemment l’invitée d’Alain Finkielkraut face à Claude Habib dans une émission de Répliques consacrée au féminisme.

Au principe du déterminisme, il y a les notions d’inné, d’acquis, et l’idée de liberté individuelle à l’égard de ceux-ci. Historiquement, l’appréhension de la nature est passée par des tamis successifs. Les Anciens voyaient la nature comme quelque chose à réaliser ; le christianisme l’a muée en un état de corruption à racheter ; les Modernes, le pied à l’étrier, se sont employés à la surpasser. Revenue des messianismes collectifs et du danger qu’ils constituent, se fondant sur la seule et unique liberté des individus, la postmodernité ne voit, quant à elle, dans l’idée de nature qu’un concept éculé, une réalité non avenue. Non pas un « conte de bonne femme », ce qui serait déjà céder aux stéréotypes, mais un gros fantasme machiste.

Notre époque voue un véritable culte à l’égalité la plus étendue possible. Les déterminismes et leurs aléas contreviennent à ce beau projet, il nous faut donc lutter contre. Si notre époque répugne tant à accorder sa juste place au déterminisme biologique, c’est parce qu’il demeure très difficile à surmonter. De fait, si une doctrine veut s’imposer, elle aura toutes les chances de le faire si elle parvient à convaincre – fût-ce à tort – qu’elle s’appuie sur un ordre naturel des choses. C’est un danger incontestable, maintes fois rencontré dans l’histoire. Dès lors, plutôt que de déterminer la part de l’inné, on court moins de dangers à l’escamoter purement et simplement. Mieux encore : en visant l’indifférenciation des individus (le choix du sexe sur catalogue, par exemple), on obtient l’égalité qu’elle recèle. Qui peut le plus peut le moins.

Caroline Fourest fait donc partie de ces gens éclairés qui dénient l’inné, le vident de sa substance et en affublent l’acquis. Mais leur combat ne s’arrête pas là car l’acquis, lui aussi, peut s’opposer à la libre volonté des individus : le déterminisme social n’est surtout pas à négliger. Celui-là n’est pas fatal mais tout de même dur à combattre. Du point de vue féministe, c’est ici qu’intervient la société « patriarcale ». Nous serions toutes et tous conditionnés très jeunes pour jouer, pour certains un rôle masculin, pour d’autres – moins chanceuses – un rôle féminin. Ainsi se serait ancrée une domination culturelle dans ses aboutissants, faussement naturelle dans ses tenants.

À cela il n’est pas vain d’opposer le rappel qui suit. Certains scientifiques se sont penchés sur la différence de conformation entre le cerveau d’un homme et celui d’une femme. La conclusion qu’ils en tirent relève d’une complémentarité biologique : les femmes seraient des êtres dits « temporels » tandis que les hommes seraient des êtres dits « spatiaux ». L’hypothèse invoquée serait qu’à nos origines, le mâle, plus fort physiquement, serait parti, loin et longtemps, en quête de nourriture dans un environnement hostile, tandis que la femelle serait restée au foyer pour nourrir l’enfant au sein. Ainsi le territoire parcouru par la moitié de nos ancêtres et le temps de l’attente subi par l’autre moitié auraient-ils respectivement influé au fil de l’évolution sur l’hérédité de l’espèce répartie en deux sexes. D’aucun(e)s (suivez mon regard) y verront une tentative malvenue de confiner la femme aux fourneaux et, bien sûr, il ne s’agit pas de cela. La seule chose qui puisse être mise ici en accusation n’est pas le complot viril mais les dures nécessités de la survie. Avouons néanmoins que cette explication antédiluvienne n’est pas totalement déconnante. Elle fait fond sur l’inné et l’acquis ainsi que sur des différences entre sexes qui n’interdisent pas la nuance, des degrés entre polarités, une part féminine plus ou moins prononcée chez les hommes et vice-versa.

Mais l’engagement personnel de Caroline Fourest ne peut s’en tenir à cela. Le véritable problème à ses yeux est que la dichotomie sexuelle met l’homosexualité mal à l’aise. Si l’on s’en tient à deux cases, où doit-on ranger les homosexuels, et d’après quels critères ? En fonction des attributs conférés par la nature ou selon leur orientation consentie ? En face, certains n’hésitent pas à parler de l’homosexualité comme d’un élément « contre-nature », entendons contraire aux desseins de la nature. Autrement dit, il s’agirait pour eux d’un choix privé s’opposant aux prescriptions natives. Faire pièce à cela de la manière la plus décisive, c’est prouver qu’au contraire l’homosexualité est parfaitement prévue par la nature, et pas seulement dans l’espèce humaine. Au lieu de cela, les défenseurs (et –fenseuses) du « genre » – plus souple que le « sexe » (si je puis dire) car indéterminé et au service d’un individu supposément versatile – préfèrent nier l’existence du moindre déterminisme naturel. Le réel pouvant être fasciste, à tout prendre, mieux vaut le congédier.

Une émission sur France 2 mettait récemment les pieds dans le plat en posant la question qui, en France, n’est jamais posée : « Homo ou hétéro, est-ce un choix ? » Il en ressort que d’un point de vue scientifique (épigénétique) l’homosexualité est un déterminisme naturel, en puissance chez certains et que vient, en quelque sorte, mettre en acte le vécu de ces personnes. Voilà de quoi défriser et les tenants d’une homosexualité « contre-nature » ou maladive, et les apôtres d’une humanité hors-sol, totalement déprise de la moindre assignation d’ordre naturel. Oui mais voilà, constate Thierry Berrod, réalisateur du documentaire : « Chez nous, la génétique, ça fait peur en raison notamment de notre histoire liée à la Seconde Guerre mondiale. En France, on s’intéresse davantage aux facteurs culturels. Mais la réalité des causes est entre les deux, entre l’inné et l’acquis. Tout s’influence ».

L’avenir que nous concoctent les « constructionnistes » – soit les genristes et certains féministes, tous préposés à la dénonciation de la domination sociale – ne doit pas prêter au doute : nier la nature pour mieux déloger et braver le déterminisme culturel, phallocratique et essentialiste. L’inné les insupporte en tant qu’il s’impose inéluctablement aux individus. La domination sociale est, elle, un ennemi plus abordable et permet des postures. Mais si tout ne relève que d’un choix, du bon vouloir des individus, si tout est construit et à déconstruire, sur quoi fonder la lutte contre les préjugés lorsqu’ils sont eux-mêmes objets d’un choix délibéré ?

*Photo : Pixabay.

Antiraciste ta mère!

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valls antiracisme ecole

valls antiracisme ecole

Ainsi donc, Valls s’émeut du racisme ambiant, et nous promet des cours d’antiracisme. Il a même débloqué pour cela 100 millions d’euros sur trois ans. Il y a des associations qui vont se gaver.

Baudrillard, avec l’humour qui le caractérisait, opéra jadis un rapprochement significatif entre SOS Baleines et SOS Racisme, l’un et l’autre ayant syntaxiquement (quand on la malmène, la langue se venge) la mission de sauver qui les baleines, qui le racisme.
Parce que l’antiracisme ne se décrète pas. Et il ne se prêche pas — on sait même à quel point le catéchisme anti-Shoah, répété trois ou quatre fois dans une scolarité, a eu des effets pervers dans certaines populations intellectuellement un peu fragiles. L’antiracisme ne peut naître que de l’apprentissage des Lumières. Mais les Lumières sont désormais optionnelles en classe de Cinquième. Et j’apprends incidemment, sous la plume des profs d’Histoire fidèles d’Aggiornamento et de Neoprofs réunis, qu’il serait bon de les remettre en perspective, voire de faire l’impasse sur ce mouvement, comme le suggèrent les nouveaux programmes : n’ont-elles pas alimenté les mythes républicains qui, de la Révolution à la IIIème République en passant par l’Empire et Toussaint Louverture, ont justifié la colonisation, hou les vilains…
Imaginons donc un enseignement — nous y sommes — qui ferait d’un côté dans l’antiracisme explicite, et de l’autre rayerait Diderot et Voltaire des programmes (on garde Rousseau pour les raisons pédagogiques/pédagogistes expliquées la semaine dernière). Que croyez-vous qu’il arrivera ? C’est notre civilisation qui crèvera.

À écouter le Camp du Bien parler d’antiracisme, il s’agit presque exclusivement de racisme anti-immigrés — Noirs ou Maghrébins. Blacks et Beurs. Bougnoules de tous les pays — curieusement, les Niakoués sont exclus du grand jeu.

(Précision à l’usage des imbéciles, qui heureusement ne hantent pas ce blog, mais s’y réfèrent parfois en déformant mes propos : j’use de ces termes dans le même esprit que Prévert lorsqu’il parle des Polacks et des Boumians dans son poème « Etranges étrangers »… Ou que l’inusable sergent Hartmann au début de Full Metal Jacket… Ou que Dutronc dans « L’Hymne à l’amour »— ça, c’est de la dérision ! — qui commence par de jolies litanies :
« Bougnoule, Niakoué, Raton, Youpin,
Crouillat, Gringo, Rasta, Ricain,
Polac, Yougo, Chinetoque, Pékin… »
Fin de la parenthèse spécial connards).

Oui, lorsqu’on dit « antiracisme », chez les Khmers pédagos, comme disait jadis Laurent Lafforgue, on sous-entend le racisme dont sont victimes aujourd’hui les Musulmans (on garde parfois l’option « Juifs », mais pas toujours, et rarement pour souligner que le Grand Mufti de Jérusalem applaudissait la politique hitlérienne, et qu’il a fait des émules parmi ses coreligionnaires). Rien sur le racisme anti-Blancs des Beurs et des Blacks, rien sur le racisme entre Noirs et Arabes (que développe très bien un article signé Balla Fofana édité sur l’un des blogs de Libé). Voire le racisme inter-Africains : depuis quinze ans, les Noirs musulmans massacrent les Noirs chrétiens ou animistes avec une constance admirable, de l’Ethiopie au Nigeria en passant par le Soudan ou le Kenya. Quant au racisme à l’œuvre entre Tutsis et Hutus (la « radio des mille collines » exhortaient à se débarrasser des cafards, un mot qui sonne un peu comme « cafre », le terme par lequel les suprématistes sud-africains désignaient les Noirs, au temps de l’apartheid), on le noie dans la responsabilité supposée de l’armée française. Pourtant, les tueries inter-ethniques africaines ne sont pas forcément le résultat du colonialisme — et peut-être parfois celui de la décolonisation. Voir en Casamance.

C’est si vrai, au quotidien, que les 100 000 Comoriens installés à Marseille se gardent bien de se mêler de trop près aux 250 000 Musulmans d’origine maghrébine de la ville. Chacun chez soi, et les mosquées seront bien gardées. Dieu est amour. Et s’il est de bon ton pour un jeune Beur de sortir avec une Céfran hâtivement qualifiée de Gauloise (« tiens, fume ! »), il tolère mal que sa sœur en fasse autant avec un Souchien, comme ils disent élégamment : que le mot existe en dit long sur la tolérance des uns et des autres.
Spécifions pour ceux qui ne connaissent de la « cité phocéenne » que le Stade vélodrome et les sous-performances de l’OM : le « Marseillais de souche » est un composé de tous les peuples de Méditerranée, il a en lui de l’Italien, de l’Espagnol, du Catalan, de l’Arabe forcément (ceux du XVIIIème siècle), sans compter des apports de sang radicalement exogène et parfois même parisien. Quant au Beur de service, il ignore la plupart du temps, les programmes d’Histoire étant ce qu’ils sont, qu’il a très peu de sang arabe (si tant est que cela signifie quelque chose) et beaucoup de sang turc, les Ottomans ayant contrôlé l’Afrique du Nord des siècles durant. Sans compter les Berbères, les Carthaginois, les Romains, les Vandales, les Espagnols et tutti quanti.
Mais si la Beurette susdite sort avec un kahlouche (NDLR : un noir), alors là, pas de quartier ! Touche pas à ma sœur, tu vas la salir. Et toi, tu vas me faire le plaisir de porter un voile, désormais, sinon on va croire que ma sœur est une salope.

Le problème, c’est l’incroyable ignorance de tous ces pauvres gens. L’Education nationale ayant renoncé à la fois à prendre le taureau par les cornes et à transmettre des savoirs cohérents depuis bientôt trois décennies, et Vallaud-Belkacem ayant décidé d’en rajouter une coche avec les Nouveaux Programmes de son Nouveau Collège, je prédis des frictions nouvelles, d’autres cimetières profanées, des églises, des synagogues et des mosquées incendiées, quelques meurtres aussi, l’art de la kalachnikov faisant chaque jour des progrès. Pas tout à fait la Troisième guerre mondiale, mais quelque chose qui ressemblera assez à une guerre civile.

Que suggérer ? Des infusions de Montesquieu et de Voltaire, du Traité de la Tolérance à Mahomet, mais aussi des pages de Condillac ou de Condorcet, des dialogues de Diderot, des mathématiques selon d’Alembert (bon, pas tout de suite, le fameux théorème n’est pas du niveau collège, mais réorganisons l’étude des maths de façon à arriver à d’Alembert — et au-delà), du libertinage selon Laclos et Sade, qui a écrit des choses percutantes « contre l’Être suprême », et quelques preuves sur la non-existence de Dieu au gré du curé Meslier ou d’Holbach… Allez, bon prince et dans un grand mouvement de respect pour l’autonomie professorale, je laisserai les plus pédagos insérer un peu de Rousseau dans cette anthologie de l’anti-bêtise — pour faire la tare.

Il se trouve que des anthologies existent — celles sur lesquelles travaillaient encore les élèves au début des années 1980, avant que la grande déferlante de crétinisme appliquée n’emporte tout sur son passage, et ne laisse, face à face, que des communautés effarés de bêtise et de haine.

Texte et Contextes : XIXe siècle : De Chateaubriand à Zola, 2nde

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*Photo : wikicommons.

Nos organes ne sont pas des carburateurs!

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Paris (AFP) – L’Ordre des médecins a exprimé lundi son opposition à un amendement voté récemment par l’Assemblée nationale sur le prélèvement d’organes sur des personnes décédées, estimant qu’il ne fallait pas écarter l’avis des proches.

« L’Ordre des médecins plaide pour que le prélèvement d’organes sur une personne décédée reste subordonné à la décision de celle-ci de son vivant ou à défaut à l’assentiment de ses proches » écrit l’Ordre des médecins dans un communiqué.

Un amendement au projet de loi santé adopté en première lecture le 14 avril par l’Assemblée nationale prévoit qu’à partir de 2018, le consentement au don d’organes sera présumé chez toute personne majeure décédée, sauf si son nom figure dans le registre national des refus. Ses proches seront seulement « informés des prélèvements envisagés et de la finalité de ces prélèvements » et non plus consultés, comme c’est le cas jusqu’à présent.

L’Ordre des médecins précise qu’il « s’oppose fermement à ce que les proches soient exclus de ce processus » et indique qu’il « agira en ce sens » lorsque le projet de loi santé sera examiné par le Sénat en juillet prochain.

Dans une interview au quotidien La Croix, le Dr Jean-Marie Faroudja qui préside la section éthique et déontologique au Conseil national de l’Ordre des médecins, relève pour sa part que l’amendement voté risque de susciter « l’incompréhension des médecins préleveurs mais aussi celle du grand public ».

« Cela pourrait donner l’impression que les médecins cherchent avant tout à « piquer » des organes, comme s’ils allaient chercher un carburateur dans une décharge pour réparer une voiture » relève-t-il, avant de juger « impensable qu’on en vienne à prélever sans rien demander à personne ».

Il préconise la mise en place d’un double registre, celui du non qui existe déjà et celui du oui, qui serait créé. « Ensuite si la personne n’est inscrite sur aucun des deux, on resterait dans le système actuel, celui d’un dialogue avec la famille en lui donnant la possibilité de donner son avis » ajoute-t-il.

*Photo : ©afp.com / Brendan Smialowski