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Henri Calet et ses contes de Paris

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« Paris, je ne t’aime plus ! », se lamentait Léo Ferré après 68. Ah, la nostalgie du Vieux Paris populaire, de ses faubourgs crasseux et grisâtres, de ses rues de petits commerçants et artisans où les grandes enseignes mondialisées ne le disputaient pas encore aux salons de thé aseptisés pour rupins… C’est bien malgré moi que ce sentiment m’a saisi à la lecture des chroniques inédites d’Henri Calet (1904-1956), que publie Le Dilettante grâce au précieux travail de Jean-Pierre Baril. Ces Huit quartiers de roture, jadis lus à la radio mais jamais édités, frôlent l’ancienne barrière qui des fermiers généraux enserrait Paris, au temps où un alexandrin – « le mur murant Paris rend Paris murmurant » – tenait lieu de périphérique entre la capitale et ses banlieues.

Le long des XIXe et XXe arrondissements, dans cet immédiat après-guerre, Calet revient sur la terre qui l’a sinon vu naître, du moins observé grandir, bien avant son exil au fin fond du XIVe. Journaliste, il chemine dans ces ruelles sombres de Ménilmuche, Belleville et des Buttes-Chaumont où son père communard, anarchiste, faux-monnayeur à ses heures, l’entretenait de son amie Louise Michel. Quand il croise la maison de son enfance passage Julien-Lacroix, Calet retrouve les accents pathétiques de Monsieur Paul, ce beau roman en forme de lettre ouverte au fils naturel qu’il n’aura guère le loisir de connaître : « J’ai tendance à m’étendre sur mon passé, à m’y prélasser, à y perdre mon temps. »

L’art de la digression occupe toutes les pages de ces Huit quartiers de roture. Avec une rigueur toute relative, Calet y relate tel ou tel fait historique, rappelle l’inauguration en grande pompe de l’Exposition universelle de 1867 par Napoléon III et Bismarck, trois ans avant Sedan, exhume l’ancien cimetière juif portugais de l’avenue de Flandre sans parvenir à la visiter. On apprend moins en s’amusant qu’on ne s’amuse en faisant mine d’apprendre. Au détour d’une page, l’auteur déplore la sensiblerie des temps présents au souvenir d’un accident de mine qui fit des dizaines de victimes, sans qu’on s’en émût outre-mesure.

Il faut bien l’admettre, « nous sommes les enfants gâtés de la catastrophe », blessés au moindre bobo, dans l’attente d’un soutien psychologique dès qu’un fait divers tragique malmène notre prétention à défier notre illusion d’immortalité. Ce n’est pas le Paris géométrique balafré par les grands travaux d’Haussmann que regrette Calet, mais son ancêtre populeux des promeneurs de grand chemin à la Villon : « J’aime ces faubourgs pauvres où il n’y a rien à voir. On croise le minimum de gens, on se sent presque seul, on s’enfonce dans une agréable mélancolie, au risque d’y perdre pied insensiblement. »

Vingt ans avant les politiques de modernisation du maire Chirac, qui sonneront le glas de Belleville – adieu rue Vilin ! – et du XIIIe arrondissement – hors d’ici quartier Jeanne d’Arc ! -, ce paysan de Paris chroniquant pour Combat et Le Figaro avait anticipé « l’assassinat de Paris » (Louis Chevalier). En réglant son pas de marcheur sur ceux d’Eugène Dabit et Léon-Paul Fargue, Calet renouvelle la littérature populiste, ponctuant de mélancolie sa fausse ingénuité guillerette : « L’époque était vraiment charmante : les hommes laissaient pousser toute leur barbe, on avait une certaine manière d’être triste, on était sensible, on se troublait pour des riens, on pouvait s’enrichir en vingt-quatre heures, on choisissait l’adjectif qu’il faut, les journaux s’excusaient de reproduire d’horribles scènes (…) On dirait que le cœur n’y est plus. »

Nostalgique des beaux ouvrages de Claude-Nicolas Ledoux, auquel on doit les colonnes de la Nation, Henri Calet ne cultive pas l’amour du passé pour le passé. Concédons que la carte postale chromée vendue sur les étals des bouquinistes ne restitue qu’imparfaitement la pestilence des abattoirs de La Villette, ou la bourbe des champs sauvages sur lesquels on édifia les Buttes Chaumont. Ce jardin en trompe-l’œil, largement artificiel, inspire une phrase définitive au Calet des Huit quartiers : « On a là un aperçu de ce qu’eût été le monde si la tâche de le réaliser avait été confié à l’homme. » Quelques décennies plus tard, on ne saurait mieux brocarder une ville-monde qui hésite entre la supérette bio, le musée et le parc d’attraction.

Huit quartiers de roture (un CD inclus), Henri Calet, Le Dilettante, 2015.

Huit quartiers de roture (Petit guide des XIX et XXe arrondissements de Paris)

Prix: 25,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : wikicommons.

Milan: l’Exposition universelle est ouverte

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L’Exposition universelle de Milan a aujourd’hui ouvert ses portes pour six mois de débats et de festivités autour de l’agriculture et de l’alimentation, sur lesquelles plane cependant l’ombre des manifestations annoncées par les opposants.

Freiné par de retentissants scandales de corruption, le chantier a accumulé les retards, et les ouvriers s’y sont relayé presque 24 heures sur 24 depuis plusieurs mois.

La mise en oeuvre du projet a cependant suscité de nombreuses polémiques dans le pays. Outre les scandales et les retards, certains se sont émus de la présence marquée de grandes multinationales de l’agroalimentaire parmi les sponsors et partenaires.

Dans un message vidéo lors de l’inauguration, le pape François a également plaidé pour que cette Expo soit l’occasion d’en finir avec le « paradoxe de l’abondance » qui conduit plus au gaspillage qu’à la solidarité.

Evoquant « les visages des millions de personnes qui aujourd’hui ont faim », le Pape a demandé à chaque visiteur de « sentir la présence de ces visages, une présence cachée mais qui en réalité doit être la vraie protagoniste ».

La principale inconnue pesant sur la réussite de la journée concerne le « May Day », la manifestation du mouvement citoyen No Expo et d’autres militants qui ont commencé à se rassembler dans une ambiance festive en début d’après-midi pour défiler dans la ville, où l’on redoute des débordements.

Les No Expo, qui dénoncent le gaspillage d’argent public et le recours à des travailleurs précaires et à des bénévoles, ont mené hier leur première action avec une manifestation étudiante qui a donné lieu à quelques incidents.

1er mai: le défilé du FN perturbé par… Jean-Marie Le Pen

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jean marie lepen fn

(Avec AFP) – Depuis ce matin, on parle beaucoup du dernier fait d’armes héroïque des Femen, en haut d’un balcon de la place de l’Opéra : interrompre le discours de Marine Le Pen en l’honneur de Jeanne d’Arc en scandant des « Heil Le Pen ! » et en mimant des saluts nazis tous tétons dehors. Contrecarré par le service d’ordre frontiste – le fameux DPS -, l’antifascisme topless n’aura duré qu’un temps.

Mais la présidente du FN a eu d’autres chats freudiens à fouetter. Juste avant qu’elle entame son discours, son « Menhir » de père, interdit d’allocution pour la première fois cette année en raison de rivarolades répétées, est monté à la tribune pour saluer longuement la foule. Une apparition qui n’était pas prévue initialement. Le visage crispé, Marine Le Pen a assisté muette et en retrait à cette scène, avant de lâcher à la presse une déclaration très protocolaire : « Je crois qu’il a souhaité rejoindre le défilé plus loin, c’est son choix, cela ne représente rien de particulier ». Entouré de partisans dont certains criaient « Jean-Marie président! » et de la vice-présidente Marie-Christine Arnautu, naguère proche de l’aile nationaliste-révolutionnaire du mouvement, Le Pen senior a ensuite regagné l’hôtel Régina, avant de rejoindre la place de l’Opéra pour écouter sagement le discours de sa fille.

Est-ce ainsi que meurent les grands fauves ? Au début de l’ère mariniste du FN, tandis qu’un quidam nommé Florian Philippot officiait incognito dans l’ombre de la future présidente du parti, Jean-Marie Le Pen avait voulu ponctuer son laïus de références contre-révolutionnaires, histoire de ratisser large, du nostalgique de l’Algérie française au lecteur de Maurras et Joseph de Maistre. En face, sa fille préférée n’osa jouer le contraste jusqu’à citer Robespierre, mais le coeur y était : des éloges de la République en veux-tu en voilà, avec des clins d’oeil appuyés aux journalistes Philippe Cohen, Elisabeth Lévy et Eric Zemmour – histoire de défriser quelques antisémites ? Chacun retenait ses coups mais la guerre froide était déjà déclarée.

Quatre ou cinq ans plus tard, le nom du vainqueur ne fait plus aucun doute. L’éclatante victoire aux européennes, confirmée par les bons scores des départementales, auréole Marine Le Pen du titre de dédiabolisatrice en chef. Jouer la carte Marion, également en pleine ascension, n’aura guère retardé l’éviction du patriarche.  Les deuxième et troisième génération de Le Pen goûtent peu les provocation jean-maristes, qui sont autant d’obstacles à la marche du Front vers le pouvoir. Jean-Marie Le Pen ne tente d’ailleurs même plus de défendre sa candidature à la tête de la région PACA, qu’il a déléguée à sa petite-fille, ni de faire valoir ses idées au sein du FN. Quelques rugissements suffisent à l’ego blessé du vieux lion, à la manière d’un Raul Castro vaincu qui ne se résout pas à fumer le calumet de la paix avec l’Amérique. On connaît la suite. Mais le Lider maximo a plus d’un tour dans son sac à malices. Un pied dehors ou un pied dedans, il peut employer sa capacité de nuisance dans les colonnes de Rivarol ou devant les caméras de Canal +, jamais avare de boules puantes contre le parti-qui-ne-change-pas.

Paradoxalement, cette tragédie familiale pourrait profiter à l’ascension frontiste. Il faut être complotiste comme un cadre de l’UMP ou du PS pour croire à une répartition des rôles surjouée, voire à un coup monté. Irrésistible, la montée du FN se nourrit de thèmes laissés en jachère par la classe politique : immigration, criminalité, demande de frontières, etc. Le reste n’est que littérature.

*Photo : AFP KENZO TRIBOUILLARD.

Lipstick pour les hommes

journee femme 8 mars

Je les ai fait entrer dans le grand hangar vide où ma voix résonnait :

« Les douze, là, avancez jusqu’au milieu de la pièce… »

J’ai refermé derrière eux pour qu’on soit tranquilles. Je les ai passés en revue sans rien dire, comme dans Cold Case, quand Scotty Valens tourne autour de sa proie avec l’air de l’avoir déjà terrassée avant de commencer. Le bruit de mes pas se démultipliait jusqu’aux poutrelles métalliques du toit. Ma voix contenue est montée à son tour :

« Donc, vous onze, vous avez assisté au viol d’une femme dans votre RER sans tenter de l’aider ? Pas un pour dire aux autres : “On y va” ? Pas un pour demander au violeur d’arrêter ? »

Même les mouches ne volaient plus pour ne pas abîmer leur silence coupable. Je me suis tourné vers le violeur :

« Eh, vous, le lover, approchez-vous !… Donc vous fourrez votre sexe, vos doigts et votre trousse à outils dans des endroits où on ne vous a pas demandé de les mettre. Dans des endroits où on vous a supplié d’arrêter de les mettre ? De quel droit ?… La fille, elle se serait baladée avec une médaille d’or de karaté, vous auriez fourré vos trucs partout de la même manière ?… En résumé, vous, ce qui vous plaît, c’est de gagner quand vous êtes sûr de ne pas perdre ?… »

Il en avait rien à foutre, le lover. J’ai laissé un temps comme dans Homeland avant qu’on apprenne des trucs terribles. Et puis j’ai hurlé :

« Enculez-vous! Tous ! Les lâches, le violeur ! Sodomie time !!! »

Ils sont passés de je ne sais pas quoi dire à je ne sais pas comment m’en sortir. Ils étaient tous prêts à défendre leur vertu.[access capability= »lire_inedits »] Chacun d’eux surveillait ses onze agresseurs potentiels.

« Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que j’ai eu peur… »

Ça venait de la gauche. Sa tête de fayot a émergé derrière l’épaule du grand avec la chemise col pelle à tarte et la gourmette. Sa petite voix bafouilleuse m’a tout de suite irrité.

« … mais, normalement, je suis féministe à mort… Les 0,29 % de Caroline De Haas avec sa liste Féministes pour une Europe solidaire aux élections européennes… Eh ben, c’est moi !… C’est moi qui ai voté pour elle ! Et j’ai lu tout son blog sur Mediapart : 2 éditions, 4 articles d’édition, 4 commentaires, 41 billets ! 41 ! J’ai tout lu, putain ! Tout ! Je peux sortir ?… »

J’ai souri. Il a pris mon plaisir pour de la bienveillance.

« J’ai eu un moment de faiblesse, mais  je suis un ami des femmes, moi… Je peux sortir, m’sieur ? D’habitude, j’ai tout bon. J’appelle jamais une femme “mademoiselle”. Même la fille de ma voisine, elle a que 8 ans, mais avant de savoir son prénom, je l’appelais “madame”. Je peux sortir ? En plus, je vais jamais aux putes, c’est mal. Je peux sortir ? »

 

C’est à ce moment-là que j’ai pleinement ressenti le sens du mot hiératique : raide, figé dans ma majesté, j’ai juste fait non avec la tête. Le craquement lent de mes cervicales était déjà une promesse. D’un geste de skieur qui tire sur ses bâtons pour s’élancer, je leur ai rappelé ce que j’attendais d’eux.

Encouragé par la tentative du fayot, col pelle à tarte a pensé qu’on était en démocratie, qu’on pouvait dialoguer.

« Mais non, mais on n’est pas… »

Je l’ai interrompu plein d’innocence. Oh ! que ma voix était douce :

« Vous êtes pas quoi ? »

Plein d’espoir, il a continué :

« Ben, on n’est pas… On n’aime pas le faire avec des hommes, quoi… Enfin, moi, j’aime pas… »

Qu’est-ce qu’il avait à vouloir marier le verbe aimer avec un viol ? Je l’ai grondé, il faut savoir éduquer :

« J’espère bien que t’aimes pas ça ! Sinon où serait l’intérêt ?! Allez, hop ! On s’enfile, messieurs… Tout de suite ! »

Ces enfoirés ne bougeaient pas. Les mouches se sont posées une à une. On est retournés au silence parfait. Celui qui protège ce genre de types depuis des siècles…

Alors j’ai ouvert la porte…

Ce sont les 1 500 Pakistanaises victimes de crimes d’honneur en 2014 qui sont arrivées en premier. Elles étaient suivies de leurs 3 500 « collègues » de diverses nationalités. Un an de crimes d’honneur dans la même pièce. Elles n’avaient pas l’air cool… Et puis leurs têtes écrasées à coups de pierres, leurs visages brûlés à l’acide…, ça faisait un petit peu peur. C’est quand les 1 100 femmes de la République démocratique du Congo violées la veille ont fait une entrée commando qu’ils ont commencé à s’exécuter. Surtout que les 1 100 de l’avant-veille suivaient en hurlant, machette brandie. Les types s’activaient de leur mieux, se pénétraient dans tous les sens pour montrer à quel point ils étaient prêts à coopérer, mais quand les 130 millions d’excisées se sont mises à pousser pour entrer à leur tour, j’ai perdu le contrôle. J’ai pensé à ma peau, je me suis faufilé entre les corps meurtris et suis arrivé dans la rue.

C’est là que le téléphone m’a réveillé.

J’ai soulevé le journal sur lequel je m’étais endormi, le nez sur la photo du Paris-Melun où s’était déroulé ce énième viol ferroviaire, et j’ai attrapé mon portable.

Alice Lepers me proposait de participer à « Mettez du rouge ».

« Je suis un homme, si une femme est agressée devant moi, je m’engage à prendre sa défense.

– Oh l’autre ! Tu vas mettre du rouge à lèvres ?! T’es PD ?

– Eh ben, ouais, mon pote, je suis une fiotte hétérosexuelle. Alors je mets du rouge. Pour te faire parler. Pour que d’autres gens se disent : “Mais pourquoi il se travelotte lui ?” Pour qu’ils s’arrêtent deux secondes sur l’idée qu’on a un gros problème. »

Qui concerne un peu plus de la moitié de l’humanité.

Je ne vous cacherai pas que ça ne remplace pas.

Que des bouffées de violences m’assaillent encore en dépit du fait que j’ai mis du rouge à lèvres sur un plateau dé télé. Mais c’est un début.

Un moyen de frapper les esprits à défaut des coupables.[/access]

L’affront fait à Moscou

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9 mai russie boycott poutine

La semaine prochaine, le 9 mai viendra clore une année riche de commémorations du 70e anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. L’un des points forts de ces cérémonies a été la place toute particulière accordée aux survivants, des parachutistes du Débarquement qui furent à l’honneur lors de la cérémonie du 6 juin 2014 en Normandie aux rescapés du camp d’Auschwitz, dont 300 d’entre eux participèrent à la cérémonie du souvenir dans l’enceinte même du camp, le 27 janvier dernier.  Mais la crise ukrainienne et la dégradation des relations entre la Russie et l’Occident ont fortement terni cette année commémorative, comme l’a montré l’absence de Vladimir Poutine à Auschwitz. À quelques jours du 9 mai, les tensions autour de la célébration de la fin de la  Seconde Guerre mondiale restent vives et montrent que le caractère fédérateur d’un tel événement est aujourd’hui révolu.

Souvenons-nous, le 9 mai 1995, le rassemblement à Moscou, autour de Boris Eltsine, des dirigeants des pays alliés, François Mitterrand, John Major, Bill Clinton et de l’Allemagne vaincue, Helmut Kohl, avait marqué la volonté de sе retrouver dans un destin commun européen et de tourner définitivement  la page de la guerre froide.  Et, il n’y a pas si longtemps, le 9 mai 2010, dans un contexte de rapprochement entre la Russie de Medvedev et les Etats-Unis mais aussi la Pologne (qui venait de perdre ses dirigeants dans un accident d’avion qui les conduisait en Russie pour participer à la commémoration de la tragédie de Katyn), la cérémonie du 65e anniversaire fut le dernier événement qui vit les Alliés se rassembler à Moscou, avec la participation au défilé militaire, sur la Place rouge, d’unités étrangères, dont le régiment français Normandie-Niemen.

Aujourd’hui, alors que 68 chefs d’Etats sont invités par Vladimir Poutine à assister aux cérémonies du 9 mai, les annonces du refus de tel ou tel gouvernement de répondre à cette invitation se multiplient. Les absents les plus remarqués seront naturellement les dirigeants des pays vainqueurs de l’Allemagne nazie : Barack Obama, David Cameron et François Hollande.  Angela Merkel tentera de profiter de son statut de représentante du pays vaincu pour rendre son absence plus acceptable auprès du Kremlin et de l’opinion russe, d’autant plus qu’elle se déplacera le lendemain à Moscou pour y déposer une gerbe.

Nul doute que le boycott de l’événement par les anciens pays alliés est d’ores et déjà perçu comme un affront à la fois par le Kremlin, relayé efficacement par les médias russes, et par la majeure partie de l’opinion publique russe. Alors que l’exaltation de la Grande Guerre patriotique (comme l’appelaient les Soviétiques et encore les Russes aujourd’hui) constitue l’un des fondements du roman national tel qu’il est imaginé par Vladimir Poutine, il y aura forcément un avant et un après 9 mai 2015 dans les relations que la Russie développera avec les Occidentaux, considérés désormais comme ingrats face au lourd tribut payé par les Soviétiques durant le conflit. La Chine, mise à l’honneur par le Président russe ce jour-là, sera bien présente en la personne du Président Xi Jinping et d’un bataillon de l’armée chinoise qui prendra part au défilé. Elle devrait logiquement récolter les fruits de cette offense infligée par les  pays alliés à la Russie.

Il est difficile de présager des répercussions de ce boycott qui s’explique pour de nombreux Etats par un refus d’assister à une parade militaire qui met à l’honneur une armée dont ils condamnent l’interventionnisme à l’est de l’Ukraine. Mais, il faut avoir à l’esprit que ce refus de venir célébrer le 9 mai à Moscou, alors que les vétérans, encore nombreux (plus de 2,5 millions), sont voués à disparaître dans les prochaines années, heurte profondément la fibre patriotique des Russes. Or, la Seconde Guerre mondiale constitue le seul  événement de la période soviétique qu’ils assument pleinement et fièrement dans leur mémoire collective.

Au lendemain de sa réélection contestée à la présidence de la République, en mars 2012, dans un contexte où la Russie a pris définitivement un tournant anti-occidental de restriction des libertés, Vladimir Poutine a poussé la sacralisation du souvenir de la Grande Guerre patriotique à son paroxysme, cherchant à faire d’elle une sorte de mythe fondateur de l’identité soviétique et post-soviétique,  la terreur stalinienne étant reléguée au second plan. Dans cette vision poutinienne de l’Histoire, la période soviétique n’est elle-même qu’un moment de l’histoire millénaire de la nation russe. La guerre de 1941-1945 permet ainsi d’inscrire la période soviétique dans la continuité de l’Etat russe et de légitimer sa position de domination en Europe orientale après 1945 et d’influence sur ses marches occidentales, qu’elle appelle aujourd’hui « l’étranger proche ».

C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre la signature, le 5 mai 2014, par le Président russe, de la loi mémorielle sur « l’empiètement de la mémoire historique (…) de la Seconde Guerre mondiale »[1. Je renvoie à l’article de Nikolay Koposov  dans la revue Le Débat : « une loi pour faire la guerre : la Russie et sa mémoire », 2014/4.]. En vertu de l’article qui pénalise le fait de j«diffuser des fausses informations concernant les actions de l’URSS pendant le Seconde Guerre mondiale », tout ce qui vient contredire la version officielle de l’histoire de la Grande Guerre patriotique, y compris la critique du rôle positif joué par le régime stalinien,  est désormais considéré comme un délit passible d’emprisonnement. Par ailleurs, adoptée par le Parlement russe, fin avril, alors que la crise ukrainienne est entrée dans sa phase aigüe avec l’annexion de la Crimée, cette loi contribue à vouloir délégitimer idéologiquement la révolution ukrainienne, en faisant d’elle un événement qui prend en partie sa source dans l’idéologie néo-nazie dont se réclament effectivement certains nationalistes ukrainiens.

La seconde des quatre lois mémorielles ukrainiennes votées par le Parlement,  un an presque jour pour jour, après la loi mémorielle russe, et qu’André Markowicz a présentée sur ce site même, introduit ce même principe de pénalisation des opinions qui concourent à une falsification de l’histoire au cours de la Seconde Guerre mondiale. Or l’histoire officielle ukrainienne du conflit, qui est toujours en cours de réécriture avec ces lois, tend à la fois à rejeter le principe d’une histoire commune avec la Russie soviétique et, au nom de l’exaltation du mouvement d’indépendance de l’Ukraine, à minimiser les connexions des grandes organisations nationalistes ukrainiennes et de ses héros, tels que Stepan Bandera et Roman Choukhevtich, avec l’Allemagne hitlérienne. La mémoire officielle ukrainienne exclut, de facto, les pages sombres de l’histoire de ces mouvements, telles que l’organisation par l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA) de massacres de dizaines de milliers de Polonais en Ukraine occidentale (Volhynie, Galicie) et la collaboration active de la section radicale de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN-B) à l’extermination des populations juives d’Ukraine.

Le 16 avril dernier, soit une semaine à peine après le vote des lois mémorielles ukrainiennes et  trois semaines avant le 9 mai, un colloque international intitulé « L’usage du thème de la Seconde Guerre mondiale dans le discours politique russe »  s’est tenu à Sciences Po. Ce colloque non dénué d’intérêt, par le choix de son thème et par la qualité de certains historiens qui y intervenaient, paraît néanmoins problématique. La manifestation, placée sous le patronage de l’ambassadeur d’Ukraine, était en effet organisée conjointement par le Forum européen pour l’Ukraine, dont le Conseil est présidé par Bernard-Henri Lévy, et par l’Institut ukrainien de la mémoire nationale. Or, cet institut est le maître d’œuvre des lois mémorielles, qui, il faut le dire, sont aujourd’hui publiquement décriées par un grand nombre de chercheurs ukrainiens et occidentaux. Il suffit de lire le titre de la conférence de son président, Volodomyr Viatrovych, sur les « mythes soviétiques sur la Deuxième Guerre mondiale et leur rôle dans la propagande russe moderne » pour comprendre que ce colloque s’inscrit entièrement dans la perspective de la guerre mémorielle déclarée, officiellement, par l’Ukraine à la Russie, avec le vote de ces lois.

André Markowicz se demande pourquoi le Parlement ukrainien a attendu ce printemps pour voter de telles lois mémorielles. Ce colloque parisien dont les associations partenaires étaient exclusivement ukrainiennes et pro-ukrainiennes fournit, selon moi, un certain nombre de réponses. Le récit national ukrainien sur la Seconde Guerre mondiale s’édifie par la déconstruction préalable du récit (post-)soviétique et il est d’autant plus important pour lui que cela se fasse aujourd’hui, à la veille du 70e anniversaire du 9 mai 1945.  Il s’agit aussi de priver la Russie de sa légitimité à se poser comme le grand vainqueur de l’Allemagne nazie à l’est de l’Europe et de ne pas lui laisser le monopole des commémorations. Enfin, cela dénote une volonté de la part des autorités ukrainiennes, soutenues par un certain nombres d’acteurs européens, d’apporter une justification à la fois historique et morale au boycott de la commémoration du 9 mai par les Occidentaux, en faisant passer, en substance, le message suivant : « Vous voyez, la Russie est infréquentable, non seulement à cause de la Crimée et du Donbass, mais aussi parce qu’elle falsifie et instrumentalise l’histoire de la Seconde guerre mondiale à des fins nationalistes et expansionnistes.  À ce titre aussi, elle ne mérite donc pas que le monde entier lui fasse honneur en venant à Moscou, le 9 mai prochain ».

Ainsi, à la veille de ces festivités commémoratives, le conflit des mémoires  prend désormais l’allure d’une véritable guerre psychologique entre les deux Etats. En faisant de la Grande Guerre patriotique le mythe fondateur de la nation russe post-soviétique, Vladimir Poutine renforce le caractère quasi-sacré de ce jubilé. Dans cette atmosphère électrique et passionnelle, il faut donc s’attendre à ce que l’humiliation, que représentera pour la Russie, le 9 mai, sa mise au ban symbolique de l’Occident, ne vienne raviver le conflit à l’est de l’Ukraine et ne la pousse encore un peu plus à s’écarter de sa trajectoire européenne.

*Photo : Pavel Golovkin/AP/SIPA. AP21564837_000074.

Gaza: le nouvel émissaire de l’ONU face aux divisions palestiniennes

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(AFP) – Le nouvel émissaire de l’ONU pour la paix entre Israéliens et Palestiniens a pressé jeudi les mouvements palestiniens de mettre fin à leurs divisions et Israël de lever son blocus sur la bande de Gaza, lors de sa première visite dans ce territoire.

Nickolay Mladenov, nommé en février coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix à la suite de Robert Serry, effectuait sa première visite à Gaza dans ses nouvelles fonctions alors que le territoire est en proie à une profonde crise humanitaire et économique.

Huit mois après la guerre meurtrière de juillet-août 2014 avec Israël, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle confrontation avec les Israéliens ou entre Palestiniens eux-mêmes.

Malgré un accord de réconciliation et la formation d’un gouvernement d’union en 2014, le mouvement islamiste Hamas refuse de céder le pouvoir dans la bande de Gaza et de laisser l’Autorité palestinienne y reprendre la main.

« Je crois fermement que la cause du peuple palestinien pâtira si on ne s’attaque pas le plus vite possible à ces divisions, à cette absence d’unité » palestinienne, a dit M. Mladenov à la presse.

Les dissensions palestiniennes sont un des obstacles majeurs à la reconstruction du territoire dont des pans entiers ont été réduits en ruines par la guerre de 2014.

Mais le territoire exigu sur lequel s’entassent 1,8 million de Palestiniens entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée reste aussi soumis à un strict blocus de la part d’Israël, alors que l’acheminement de matériaux est vital. Israël s’inquiète que ces matériaux ne servent par exemple à construire des tunnels utilisés pour des attaques.

« Aux Nations unies, avec nos partenaires de la communauté internationale, nous avons pour responsabilité de faire en sorte, non seulement que l’on reconstruise Gaza (…) mais qu’on lève le blocus qui bloque l’accès aux matériaux de construction, le mouvement des personnes et des biens », a dit M. Mladenov.

Un quasi-blocus égyptien et les promesses d’aide non tenues de la communauté internationale s’ajoutent au blocus israélien et aux divisions palestiniennes pour approfondir le marasme.

M. Mladenov prend ses fonctions alors que les perspectives de paix ont rarement paru plus sombres. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a enterré l’idée d’un Etat palestinien pendant la campagne pour les législatives de mars. Après l’échec d’une nouvelle initiative américaine en 2014, le président palestinien Mahmoud Abbas a lui fait le choix de la confrontation diplomatique et judiciaire avec Israël dans les grandes institutions internationales.

Nickolay Mladenov ONU Gaza Israël Palestine Hamas Autorité palestinienne

*Photo : © AFP MAHMUD HAMS

Hongrie: Orban à droite toute

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orban jobbik immigration

Prenez un gouvernement en perte de vitesse, ajoutez une opposition (démocratique) désunie, secouez le tout:  il en sortira un parti d’extrême droite renforcé. Où se déroule la scène? En France, bien sûr ! Mais encore? En Hongrie.

Certes, la comparaison saute aux yeux, mais le parallèle ne va guère plus loin. Non seulement parce que lesdits gouvernements émanent l’un de la droite, l’autre de la gauche. Mais aussi et surtout parce que leurs extrêmes droites n’ont plus tellement de points communs entre elles. Face à un Front national relooké, le Jobbik hongrois fait bien davantage frémir : ses milices paramilitaires arborent des insignes qui rappellent l’imagerie des sinistres Croix fléchées nazi, et vont régulièrement semer la terreur auprès des Roms, non sans pimenter leur propagande de violents slogans antisémites.

Autre différence de taille entre Paris et Budapest : la personnalité des deux dirigeants, à ma gauche un François Hollande taxé de mollesse, inodore et sans saveur. à ma droite un Viktor Orbán habile stratège et maître en matière de communication. Mais bien peu scrupuleux.

Il faut dire que les affaires ne sont plus si brillantes que par le passé pour le Premier ministre hongrois. Si les données macroéconomiques semblent plutôt favorables, la grande majorité des ménages a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts face à une minorité outrageusement privilégiée. Cela fait d’autant plus mauvais genre que plusieurs proches de Viktor Orban se trouvent impliqués dans des affaires de corruption. La dernière en date est liée à la faillite d’une société de courtage (Quaestor) qui a émis pour près de 150 milliards de forints (500 millions d’euros) d’obligations fictives, faisant des dizaines de milliers de victimes parmi les petits épargnants. Ce climat de gabegie a fait perdre un siège   au Fidesz d’Orban lors d’une élection partielle au profit du Jobbik, faisant perdre au chef du gouvernement sa majorité parlementaire des deux tiers.

La réaction du Premier ministre ne s’est pas fait attendre. Afin de faire oublier les affaires, et de récupérer la frange de son électorat passé à l’extrême droite, Orban a lancé une campagne sur deux thèmes populaires : l’immigration et la peine de mort.

Sur le premier point, le gouvernement vient de mettre au point un questionnaire bientôt envoyé à 8 millions de citoyens. Derrière les douze questions posées, sont entre autres suggérées la mise en détention et l’expulsion des immigrants illégaux, ou encore l’obligation faite aux migrants de participer aux frais de leur détention par un travail forcé. Des questions qui vont sans doute plaire à beaucoup, d’autant que leur formulation lie clairement terrorisme et immigration, laissant entendre  que les coûts de cette dernière seraient mieux utilisés pour financer une politique nataliste auprès des jeunes ménages hongrois. Le tout agrémenté de critiques non voilées vis-à-vis de l’Europe. Bref, une initiative qui va mettre encore davantage d’huile sur le feu dans un pays déjà isolé et refermé sur lui-même.

L’accent mis sur l’immigration paraît incongru dans une Hongrie qui souffre au contraire d’une forte émigration avec près d’un demi million de jeunes partis pour l’étranger depuis l’arrivée de Viktor Orban au pouvoir. Un pays confronté, certes, à l’arrivée de réfugiés, notamment en provenance du Kosovo, mais sans aucun rapport avec ce que connaissent ses voisins de l’Ouest. Sans oublier que tout au long de l’Histoire, de nombreux réfugiés hongrois ont trouvé eux-mêmes refuge à l’étranger, notamment en 1956.

Qu’à cela ne tienne, Orban remet un autre sujet à l’ordre du jour : « La question de la peine de mort doit rester d’actualité, la dissuasion est nécessaire », a-t-il déclaré. Tout en sachant que l’Union européenne et le Conseil de l’Europe interdisent à leurs membres le recours à la peine capitale, Viktor Orbán sait fort bien que la mesure ne pourrait être prise, à moins de s’exclure d’office de l’Europe institutionnelle. Tout porte à penser que ce n’est que pur verbiage destiné à plaire à une opinion aux deux tiers favorables à la peine capitale. De quoi donner  un os à ronger à l’extrême droite et à tous les déçus du régime…

Il est certain que ce pas supplémentaire d’Orban vers la droite le rapproche de notre Front national et l’éloigne des formations conservatrices traditionnelles. Tandis qu’en France, on parlerait de dérive populiste, en Hongrie, cette stratégie risque fort de s’avérer payante.

*Photo : Tibor Illyes/AP/SIPA. AP21707403_000004.
 

Estrosi, l’islamisme et la «Troisième guerre mondiale»

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estrosi islam daech

« Islamofascisme ! », disent les uns (Valls, Estrosi, etc.). « Nazislamisme ! », clament les autres (Ivan Rioufol, évoquant la figure du grand mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini, grand copain d’Hitler dans les années 1930-40). « Amalgame ! » beuglent les bien-pensants — ceux qui voient dans toute critique de l’Islam la preuve d’une islamophobie galopante. Ma foi (si je puis dire…), dans ce cas précis, ils n’ont peut-être pas tort. Fascisme et nazisme étaient des mouvements originaux, que l’on n’aurait pas appelé « néo-bonapartisme » sans une grave distorsion de l’Histoire — de même que Le Coup d’Etat permanent de Mitterrand à propos de De Gaulle était de la bonne polémique mais de la mauvaise Histoire. L’islamisme est une trouvaille moderne.
À la rigueur, le seul mouvement d’époques antérieures avec lequel on pourrait le comparer, ce sont les croisades. La vraie union du sabre et du goupillon. Sous le signe du croissant et non plus celui de la croix. Des croissantades, en quelque sorte.
Mais voilà : la chrétienté a renoncé aux croisades depuis celle des Albigeois, et ça date. L’Espagne elle-même a renoncé à l’Inquisition en 1834. L’Église a renoncé aux interférences massives entre l’éternel et le temporel. Qu’elle ait eu tort ou raison d’agir ainsi, d’un point de vue commercial, est une autre histoire. Que Vatican II ait dissous les conditions même de la Foi, terreur et pitié, peut-être — mais ce n’est pas mon problème, chacun se suicide comme il veut. Et si, au lieu de lancer une nouvelle Contre-Réforme, on préfère passer les cours de catéchisme à faire dessiner des Mickeys en croix, grand bien leur fasse.
L’Islam fondamentaliste, wahhabite, salafiste, celui des Frères Musulmans, de l’Etat islamique, Boko Haram et Al-Qaïda n’aime pas les petits dessins, lui. Il n’a pas le temps (d’ailleurs, comme je l’ai déjà souligné ici, le temps ne fait pas partie de son univers : l’Islam œuvre dans l’éternité des certitudes inoxydables). Il conquiert le monde. Il est un totalitarisme. C’est là le seul terme générique que nous pouvons décemment utiliser.

Entendons-nous : la liste susdite des grands nauséabonds ne fait pas grand monde en proportion — 10 à 15% des Musulmans, estiment les divers services secrets —, mais cela regroupe tout de même quelques centaines de millions de siphonnés dans le monde. De quoi empêcher Caroline Fourest de dormir. Elle et les illuminés du sécularisme qui avaient, dès 2006, signé un Manifeste contre le nouveau totalitarisme. Des Musulmans, pur la plupart. Ils ont tous plus ou moins depuis cette époque des fatwas suspendues au-dessus de la tête.
2006 ! Comme l’a écrit avec force Mezri Haddad, ancien ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, dans un article remarquable, tout était prévisible. Depuis longtemps : « Écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! »
Recul des Lumières : ce n’est pas une guerre, au sens que l’on donne ordinairement au terme, où deux (ou plusieurs) adversaires clairement identifiés s’affrontent dans un espace géographique plus ou moins délimité. Pas même un conflit de civilisations, n’en déplaise aux lecteurs de Samuel Huntington. C’est un conflit de cultures. L’Encyclopédisme contre le Coran. La philosophie contre la Foi. Les Lumières contre la nuit.

Christian Estrosi, avec sa « troisième guerre mondiale », doit bien avoir aussi une petite idée régionale derrière la tête, en venant chasser sur les terres du FN (mais est-ce être FN que de dire la vérité ? On se souvient de Tartuffe : « C’est être libertin que d’avoir de bons yeux »). Certes, la Côte d’Azur (qui en l’occurrence commence à Perpignan) n’est pas Paris, ville fictive que les ministres croient être la France. Certes, sortir à Marseille est une expérience ethnique particulière. Certes, arrivant récemment de la capitale, j’ai entendu l’un de mes compagnons de train sortir son portable boulevard d’Athènes (au bas des escaliers de la gare Saint-Charles) et appeler un de ses copains restés là-haut bien à l’abri : « Incroyable ! Zemmour a raison ! Le grand remplacement, ici, il a commencé… »
Ça me rappelle une blague locale. Des gabelous de la brigade maritime interceptent une barque avec quatre Nord-Africains à bord, ramant vers Marseille. « Que faites-vous ? » « Nous venons envahir l’Europe. » Hurlements de rire des douaniers. « À quatre ? Vous n’avez pas peur… » « Ah, mais nous, nous sommes l’arrière-garde. Le reste de l’armée a déjà débarqué… »
Foin de plaisanteries : les 350 000 Musulmans marseillais sont très majoritairement français, et n’ont aucune envie réelle de retourner au bled (un lieu proche de l’Enfer, où l’on n’a pas toujours une prise pour recharger son smartphone ou sa playstation) ou d’en importer les pratiques barbares — à commencer par la langue, qu’ils ignorent pour la plupart allègrement, surtout l’arabe classique du Coran. Alors, parler de « cinquième colonne » est un grossier abus de langage. La référence aux Allemands infiltrés avant la dernière guerre (y en eut-il tant que ça ?) est même inadéquate : nous exportons des terroristes, nous, en ce moment, bien plus que nous n’en importons. Du produit Made in France. Cervelles garanties vides. La politique des ZEP s’en est chargée depuis vingt ans.

À noter que le mot « guerre » n’a pas été inventé par Estrosi. Il y a deux mois, après les attentats parisiens, Umberto Eco avait averti : « Siamo in guerra. L’ISIS è il nuovo fascismo. » Mais là encore, le démon de l’analogie avec le nazisme avait frappé.
Il faut remonter un peu plus en arrière pour trouver une analyse un peu sérieuse sous la plume d’un intellectuel. Arturo Perez-Reverte, qui a vu de près la guerre de Bosnie (il y était correspondant) n’a aucun doute sur la nature de la guerre en cours : « Es la guerre santa, idiotas ! ». Et de préciser : « . Y no necesito forzar la imaginación, pues durante parte de mi vida habité ese territorio. Costumbres, métodos, manera de ejercer la violencia. Todo me es familiar. Todo se repite, como se repite la Historia desde los tiempos de los turcos, Constantinopla y las Cruzadas. Incluso desde las Termópilas. Como se repitió en aquel Irán, donde los incautos de allí y los imbéciles de aquí aplaudían la caída del Sha y la llegada del libertador Jomeini y sus ayatollás. Como se repitió en el babeo indiscriminado ante las diversas primaveras árabes, que al final -sorpresa para los idiotas profesionales- resultaron ser preludios de muy negros inviernos. Inviernos que son de esperar, por otra parte, cuando las palabras libertad y democracia, conceptos occidentales que nuestra ignorancia nos hace creer exportables en frío, por las buenas, fiadas a la bondad del corazón humano, acaban siendo administradas por curas, imanes, sacerdotes o como queramos llamarlos, fanáticos con turbante o sin él, que tarde o temprano hacen verdad de nuevo, entre sus también fanáticos feligreses, lo que escribió el barón Holbach en el siglo XVIII: «Cuando los hombres creen no temer más que a su dios, no se detienen en general ante nada». Porque es la Yihad, idiotas. Es la guerra santa. »
Mes lecteurs étant gens de grande culture, je n’ai pas besoin de traduire. Mais comme passent aussi ici des individus de culture incertaine, et même des profs d’Histoire d’Aggiornamento, autant penser à eux :
« Je n’ai pas besoin de forcer mon imagination, parce que pendant une partie de ma vie, j’ai habité ce territoire. Habitudes, méthodes, manière d’exercer la violence. Tout m’est familier. Tout se répète comme se répète l’Histoire, depuis le temps des Turcs, Constantinople et les Croisades. Y compris depuis les Thermopyles. Comme elle s’est répétée dans cet Iran, où les imprudents de là-bas et les imbéciles d’ici applaudissaient la chute du Shah et l’arrivée du libérateur Khomeiny et ses ayatollahs. Comme elle s’est répétée dans un empressement sans discernement avant les différents printemps arabes, qui, au final –surprise pour les idiots professionnels – eurent pour résultat d’être les préludes de très noirs hivers. Hivers qui sont à attendre, par ailleurs, quand les mots liberté et démocratie, concepts occidentaux que notre ignorance nous fait croire exportables au froid, pour le meilleur, confiants en la bonté du cœur humain, finissent par être gérés par des curés, des imams, des prêtres comme nous aimons les appeler, fanatiques avec ou sans turbans, qui tôt ou tard font de nouveau la vérité, au milieu de leurs paroissiens aussi fanatiques, ce qu’écrivait le baron d’Holbach au XVIIIème siècle : « Quand les hommes ne croient avoir à craindre que leur dieu, ils ne s’arrêtent communément sur rien ». Parce que c’est le Jihad, idiots. C’est la guerre sainte. »
J’aime que le meilleur écrivain espagnol contemporain cite d’Holbach. Des Lumières persiste donc quelque chose — cette « clique holbachique » que vomissait Rousseau — tout se recoupe. À nous de continuer à en porter la flamme au sein même de l’obscurité — et de l’obscurantisme.

PS. Cette adresse (« Es la guerra santa, idiotas ! ») me rappelle, allez savoir pourquoi, un article au vitriol adressé en 2009 par ce même Perez Reverte aux autorités pédagogoles d’Espagne, et qui commençait de même par « Permitidme tutearos, imbéciles » — l’union de l’insulte appropriée et d’un mot français immortel. À lire absolument, parce que comme le souligne l’auteur du Peintre des batailles, de l’évidement des cervelles enfantines au départ pour le djihad, il n’y a que le frémissement d’une paupière de moineau.

*Photo : LAURENCE GEAI/SIPA. 00704777_000012.

Le Qatar achète 24 Rafale à la France

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(Avec AFP) – C’est officiel : le ministère de la Défense a annoncé la vente de 24 avions de combat Rafale au Qatar. Ce contrat de 6,3 milliards d’euros est le troisième remporté par Dassault à l’étranger depuis le début de l’année, après la vente de 36 Rafale à l’Inde, annoncée le 10 avril, et celle de 24 autres à l’Égypte, en février. On s’explique mieux la dizaine d’allers retours Paris-Doha qu’a accomplis le ministre Jean-Yves Le Drian depuis 2012, à moins que cette assiduité ne s’explique par une grande convergence de vues diplomatiques entre notre gouvernement et l’émirat – ce qui ne lasserait pas d’inquiéter – ou l’attrait des sites historiques multiséculaires qataris – je blague…

Plus sérieusement, alors que l’accord susmentionné prévoit la livraison optionnelle de 12 avions supplémentaires, on peut relire les déclarations de ces derniers jours à l’aune de cette nouvelle donne commerciale. Cette semaine, le responsable de la communication de la dynastie Al-Thani s’indignait de la campagne anti-qatarie qui fleurit sous nos latitudes. D’après le grand chambellan de la com’ du palais, non seulement Doha ne finance aucun mouvement djihadiste, Daech compris – un groupe « sans foi ni loi « -, mais l’émir actuel paierait plein pot l’amitié entre son père et un certain Nicolas Sarkozy : « Les médias français nous enferment dans une polémique sur le terrorisme stérile et dénuée de tout fondement, uniquement parce que nous avons de bonnes relations avec Nicolas Sarkozy. Nous sommes des victimes collatérales de l’anti-sarkozysme de la presse », s’affligeait ledit serviteur.

Mais tout cela, c’était avant. Depuis la conclusion du contrat sur les Rafale, nos antisarkozystes de dirigeants – aussi véhéments contre l’ancien Président qu’obstinés  à poursuivre et aggraver ses politiques – assument leur love story avec la maison royale qatarie, dont on connaît l’étendue des activités philanthropiques.

Et que Moscou ne vienne pas réclamer son content de Mistral : si la Russie avait adopté une politique étrangère aussi raisonnable que la principauté salafiste, les navires français mouilleraient déjà en rade de Cronstadt !

Royaume-Uni : David, Ed, Nigel et les autres

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CAMERON MILIBAND FARAGE

Le 7 mai, les citoyens britanniques se rendront aux urnes. Ils éliront directement dans 650 circonscriptions leurs représentants à la Chambre des communes et désigneront donc indirectement le parti qui dirigera la coalition gouvernementale ainsi que le prochain locataire du 10 Downing Street.  Selon les sondages, à une semaine du scrutin, les deux grands partis – les travaillistes et les conservateurs – et leurs leaders respectifs – Ed Miliband et David Cameron –  sont au coude à coude. Globalement, les rapports de forces au sein du prochain parlement sont plus que jamais difficiles à  prévoir. La raison principale d’une telle incertitude est la transformation du traditionnel bipartisme britannique en un système multipartisan. Certes, dès 2010, les libéraux-démocrates de Nick Clegg, forts de 22% des suffrages, avaient permis aux conservateurs dirigés par David Cameron de former un gouvernement de coalition. Mais cette fois-ci, pas moins de trois autres formations – les souverainistes de l’UKIP, le Scottish National Party (SNP) et les Verts – sont susceptibles de faire élire quelques députés (un exploit dans un système majoritaire comparable à celui de la France), ou à tout le moins de fortement perturber la bataille entre travaillistes et conservateurs dans des dizaines de circonscriptions, y compris dans certains fiefs de l’un ou l’autre parti.

Les libéraux-démocrates, aujourd’hui alliés des conservateurs, pourraient changer de partenaires dans le cas – probable – où Nick Clegg perdrait son siège de député, laissant ainsi la tête du parti au très croyant et plus à gauche Tim Farron. L’UKIP et son chef Nigel Farage pourraient séduire des eurosceptiques tandis que le SNP – qui rassemble 4% des intentions de vote, naturellement concentrées dans les 59 circonscriptions écossaises – risquent d’infliger un coup très dur aux travaillistes, traditionnellement bien implantés dans ces contrées.  Si on ajoute à ce tableau les Verts et la singularité de l’Irlande du Nord, on peine à y voir clair. Cependant, pour beaucoup, l’enjeu du scrutin se réduit à sa dimension personnelle : Miliband ou Cameron. Or, quand les sondeurs interrogent les Britanniques sur les compétences respectives de ces deux leaders à gouverner le pays, l’actuel Premier ministre jouit de la prime au sortant. Ed Miliband souffre en revanche de son image d’un homme un peu distant qui a du mal à communiquer avec les autres.

Puisqu’il faut une guerre mondiale pour constituer un gouvernement d’union nationale avec du sang, de la peine, des larmes et de la sueur, on ne peut pas exclure la répétition du scénario de 1974. Il y a quarante ans, après que l’indécision des électeurs eût produit une chambre introuvable en février, le travailliste Harold Wilson dirigea pendant quelques mois un gouvernement minoritaire… jusqu’à ce que des élections anticipées en octobre ne lui accordent une très courte majorité.

Et devinez quel était le grand débat à l’époque, outre-Manche ? Je vous le donne en mille : la tenue d’un referendum sur l’intégration du Royaume Uni à la CEE, ancêtre de l’Union européenne. Qui a dit que l’histoire ne repassait jamais les plats?

*Photo : wikicommons.

Henri Calet et ses contes de Paris

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henri calet paris roture

henri calet paris roture

« Paris, je ne t’aime plus ! », se lamentait Léo Ferré après 68. Ah, la nostalgie du Vieux Paris populaire, de ses faubourgs crasseux et grisâtres, de ses rues de petits commerçants et artisans où les grandes enseignes mondialisées ne le disputaient pas encore aux salons de thé aseptisés pour rupins… C’est bien malgré moi que ce sentiment m’a saisi à la lecture des chroniques inédites d’Henri Calet (1904-1956), que publie Le Dilettante grâce au précieux travail de Jean-Pierre Baril. Ces Huit quartiers de roture, jadis lus à la radio mais jamais édités, frôlent l’ancienne barrière qui des fermiers généraux enserrait Paris, au temps où un alexandrin – « le mur murant Paris rend Paris murmurant » – tenait lieu de périphérique entre la capitale et ses banlieues.

Le long des XIXe et XXe arrondissements, dans cet immédiat après-guerre, Calet revient sur la terre qui l’a sinon vu naître, du moins observé grandir, bien avant son exil au fin fond du XIVe. Journaliste, il chemine dans ces ruelles sombres de Ménilmuche, Belleville et des Buttes-Chaumont où son père communard, anarchiste, faux-monnayeur à ses heures, l’entretenait de son amie Louise Michel. Quand il croise la maison de son enfance passage Julien-Lacroix, Calet retrouve les accents pathétiques de Monsieur Paul, ce beau roman en forme de lettre ouverte au fils naturel qu’il n’aura guère le loisir de connaître : « J’ai tendance à m’étendre sur mon passé, à m’y prélasser, à y perdre mon temps. »

L’art de la digression occupe toutes les pages de ces Huit quartiers de roture. Avec une rigueur toute relative, Calet y relate tel ou tel fait historique, rappelle l’inauguration en grande pompe de l’Exposition universelle de 1867 par Napoléon III et Bismarck, trois ans avant Sedan, exhume l’ancien cimetière juif portugais de l’avenue de Flandre sans parvenir à la visiter. On apprend moins en s’amusant qu’on ne s’amuse en faisant mine d’apprendre. Au détour d’une page, l’auteur déplore la sensiblerie des temps présents au souvenir d’un accident de mine qui fit des dizaines de victimes, sans qu’on s’en émût outre-mesure.

Il faut bien l’admettre, « nous sommes les enfants gâtés de la catastrophe », blessés au moindre bobo, dans l’attente d’un soutien psychologique dès qu’un fait divers tragique malmène notre prétention à défier notre illusion d’immortalité. Ce n’est pas le Paris géométrique balafré par les grands travaux d’Haussmann que regrette Calet, mais son ancêtre populeux des promeneurs de grand chemin à la Villon : « J’aime ces faubourgs pauvres où il n’y a rien à voir. On croise le minimum de gens, on se sent presque seul, on s’enfonce dans une agréable mélancolie, au risque d’y perdre pied insensiblement. »

Vingt ans avant les politiques de modernisation du maire Chirac, qui sonneront le glas de Belleville – adieu rue Vilin ! – et du XIIIe arrondissement – hors d’ici quartier Jeanne d’Arc ! -, ce paysan de Paris chroniquant pour Combat et Le Figaro avait anticipé « l’assassinat de Paris » (Louis Chevalier). En réglant son pas de marcheur sur ceux d’Eugène Dabit et Léon-Paul Fargue, Calet renouvelle la littérature populiste, ponctuant de mélancolie sa fausse ingénuité guillerette : « L’époque était vraiment charmante : les hommes laissaient pousser toute leur barbe, on avait une certaine manière d’être triste, on était sensible, on se troublait pour des riens, on pouvait s’enrichir en vingt-quatre heures, on choisissait l’adjectif qu’il faut, les journaux s’excusaient de reproduire d’horribles scènes (…) On dirait que le cœur n’y est plus. »

Nostalgique des beaux ouvrages de Claude-Nicolas Ledoux, auquel on doit les colonnes de la Nation, Henri Calet ne cultive pas l’amour du passé pour le passé. Concédons que la carte postale chromée vendue sur les étals des bouquinistes ne restitue qu’imparfaitement la pestilence des abattoirs de La Villette, ou la bourbe des champs sauvages sur lesquels on édifia les Buttes Chaumont. Ce jardin en trompe-l’œil, largement artificiel, inspire une phrase définitive au Calet des Huit quartiers : « On a là un aperçu de ce qu’eût été le monde si la tâche de le réaliser avait été confié à l’homme. » Quelques décennies plus tard, on ne saurait mieux brocarder une ville-monde qui hésite entre la supérette bio, le musée et le parc d’attraction.

Huit quartiers de roture (un CD inclus), Henri Calet, Le Dilettante, 2015.

Huit quartiers de roture (Petit guide des XIX et XXe arrondissements de Paris)

Prix: 25,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

*Photo : wikicommons.

Milan: l’Exposition universelle est ouverte

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L’Exposition universelle de Milan a aujourd’hui ouvert ses portes pour six mois de débats et de festivités autour de l’agriculture et de l’alimentation, sur lesquelles plane cependant l’ombre des manifestations annoncées par les opposants.

Freiné par de retentissants scandales de corruption, le chantier a accumulé les retards, et les ouvriers s’y sont relayé presque 24 heures sur 24 depuis plusieurs mois.

La mise en oeuvre du projet a cependant suscité de nombreuses polémiques dans le pays. Outre les scandales et les retards, certains se sont émus de la présence marquée de grandes multinationales de l’agroalimentaire parmi les sponsors et partenaires.

Dans un message vidéo lors de l’inauguration, le pape François a également plaidé pour que cette Expo soit l’occasion d’en finir avec le « paradoxe de l’abondance » qui conduit plus au gaspillage qu’à la solidarité.

Evoquant « les visages des millions de personnes qui aujourd’hui ont faim », le Pape a demandé à chaque visiteur de « sentir la présence de ces visages, une présence cachée mais qui en réalité doit être la vraie protagoniste ».

La principale inconnue pesant sur la réussite de la journée concerne le « May Day », la manifestation du mouvement citoyen No Expo et d’autres militants qui ont commencé à se rassembler dans une ambiance festive en début d’après-midi pour défiler dans la ville, où l’on redoute des débordements.

Les No Expo, qui dénoncent le gaspillage d’argent public et le recours à des travailleurs précaires et à des bénévoles, ont mené hier leur première action avec une manifestation étudiante qui a donné lieu à quelques incidents.

1er mai: le défilé du FN perturbé par… Jean-Marie Le Pen

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jean marie lepen fn

jean marie lepen fn

(Avec AFP) – Depuis ce matin, on parle beaucoup du dernier fait d’armes héroïque des Femen, en haut d’un balcon de la place de l’Opéra : interrompre le discours de Marine Le Pen en l’honneur de Jeanne d’Arc en scandant des « Heil Le Pen ! » et en mimant des saluts nazis tous tétons dehors. Contrecarré par le service d’ordre frontiste – le fameux DPS -, l’antifascisme topless n’aura duré qu’un temps.

Mais la présidente du FN a eu d’autres chats freudiens à fouetter. Juste avant qu’elle entame son discours, son « Menhir » de père, interdit d’allocution pour la première fois cette année en raison de rivarolades répétées, est monté à la tribune pour saluer longuement la foule. Une apparition qui n’était pas prévue initialement. Le visage crispé, Marine Le Pen a assisté muette et en retrait à cette scène, avant de lâcher à la presse une déclaration très protocolaire : « Je crois qu’il a souhaité rejoindre le défilé plus loin, c’est son choix, cela ne représente rien de particulier ». Entouré de partisans dont certains criaient « Jean-Marie président! » et de la vice-présidente Marie-Christine Arnautu, naguère proche de l’aile nationaliste-révolutionnaire du mouvement, Le Pen senior a ensuite regagné l’hôtel Régina, avant de rejoindre la place de l’Opéra pour écouter sagement le discours de sa fille.

Est-ce ainsi que meurent les grands fauves ? Au début de l’ère mariniste du FN, tandis qu’un quidam nommé Florian Philippot officiait incognito dans l’ombre de la future présidente du parti, Jean-Marie Le Pen avait voulu ponctuer son laïus de références contre-révolutionnaires, histoire de ratisser large, du nostalgique de l’Algérie française au lecteur de Maurras et Joseph de Maistre. En face, sa fille préférée n’osa jouer le contraste jusqu’à citer Robespierre, mais le coeur y était : des éloges de la République en veux-tu en voilà, avec des clins d’oeil appuyés aux journalistes Philippe Cohen, Elisabeth Lévy et Eric Zemmour – histoire de défriser quelques antisémites ? Chacun retenait ses coups mais la guerre froide était déjà déclarée.

Quatre ou cinq ans plus tard, le nom du vainqueur ne fait plus aucun doute. L’éclatante victoire aux européennes, confirmée par les bons scores des départementales, auréole Marine Le Pen du titre de dédiabolisatrice en chef. Jouer la carte Marion, également en pleine ascension, n’aura guère retardé l’éviction du patriarche.  Les deuxième et troisième génération de Le Pen goûtent peu les provocation jean-maristes, qui sont autant d’obstacles à la marche du Front vers le pouvoir. Jean-Marie Le Pen ne tente d’ailleurs même plus de défendre sa candidature à la tête de la région PACA, qu’il a déléguée à sa petite-fille, ni de faire valoir ses idées au sein du FN. Quelques rugissements suffisent à l’ego blessé du vieux lion, à la manière d’un Raul Castro vaincu qui ne se résout pas à fumer le calumet de la paix avec l’Amérique. On connaît la suite. Mais le Lider maximo a plus d’un tour dans son sac à malices. Un pied dehors ou un pied dedans, il peut employer sa capacité de nuisance dans les colonnes de Rivarol ou devant les caméras de Canal +, jamais avare de boules puantes contre le parti-qui-ne-change-pas.

Paradoxalement, cette tragédie familiale pourrait profiter à l’ascension frontiste. Il faut être complotiste comme un cadre de l’UMP ou du PS pour croire à une répartition des rôles surjouée, voire à un coup monté. Irrésistible, la montée du FN se nourrit de thèmes laissés en jachère par la classe politique : immigration, criminalité, demande de frontières, etc. Le reste n’est que littérature.

*Photo : AFP KENZO TRIBOUILLARD.

Lipstick pour les hommes

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journee femme 8 mars

journee femme 8 mars

Je les ai fait entrer dans le grand hangar vide où ma voix résonnait :

« Les douze, là, avancez jusqu’au milieu de la pièce… »

J’ai refermé derrière eux pour qu’on soit tranquilles. Je les ai passés en revue sans rien dire, comme dans Cold Case, quand Scotty Valens tourne autour de sa proie avec l’air de l’avoir déjà terrassée avant de commencer. Le bruit de mes pas se démultipliait jusqu’aux poutrelles métalliques du toit. Ma voix contenue est montée à son tour :

« Donc, vous onze, vous avez assisté au viol d’une femme dans votre RER sans tenter de l’aider ? Pas un pour dire aux autres : “On y va” ? Pas un pour demander au violeur d’arrêter ? »

Même les mouches ne volaient plus pour ne pas abîmer leur silence coupable. Je me suis tourné vers le violeur :

« Eh, vous, le lover, approchez-vous !… Donc vous fourrez votre sexe, vos doigts et votre trousse à outils dans des endroits où on ne vous a pas demandé de les mettre. Dans des endroits où on vous a supplié d’arrêter de les mettre ? De quel droit ?… La fille, elle se serait baladée avec une médaille d’or de karaté, vous auriez fourré vos trucs partout de la même manière ?… En résumé, vous, ce qui vous plaît, c’est de gagner quand vous êtes sûr de ne pas perdre ?… »

Il en avait rien à foutre, le lover. J’ai laissé un temps comme dans Homeland avant qu’on apprenne des trucs terribles. Et puis j’ai hurlé :

« Enculez-vous! Tous ! Les lâches, le violeur ! Sodomie time !!! »

Ils sont passés de je ne sais pas quoi dire à je ne sais pas comment m’en sortir. Ils étaient tous prêts à défendre leur vertu.[access capability= »lire_inedits »] Chacun d’eux surveillait ses onze agresseurs potentiels.

« Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que j’ai eu peur… »

Ça venait de la gauche. Sa tête de fayot a émergé derrière l’épaule du grand avec la chemise col pelle à tarte et la gourmette. Sa petite voix bafouilleuse m’a tout de suite irrité.

« … mais, normalement, je suis féministe à mort… Les 0,29 % de Caroline De Haas avec sa liste Féministes pour une Europe solidaire aux élections européennes… Eh ben, c’est moi !… C’est moi qui ai voté pour elle ! Et j’ai lu tout son blog sur Mediapart : 2 éditions, 4 articles d’édition, 4 commentaires, 41 billets ! 41 ! J’ai tout lu, putain ! Tout ! Je peux sortir ?… »

J’ai souri. Il a pris mon plaisir pour de la bienveillance.

« J’ai eu un moment de faiblesse, mais  je suis un ami des femmes, moi… Je peux sortir, m’sieur ? D’habitude, j’ai tout bon. J’appelle jamais une femme “mademoiselle”. Même la fille de ma voisine, elle a que 8 ans, mais avant de savoir son prénom, je l’appelais “madame”. Je peux sortir ? En plus, je vais jamais aux putes, c’est mal. Je peux sortir ? »

 

C’est à ce moment-là que j’ai pleinement ressenti le sens du mot hiératique : raide, figé dans ma majesté, j’ai juste fait non avec la tête. Le craquement lent de mes cervicales était déjà une promesse. D’un geste de skieur qui tire sur ses bâtons pour s’élancer, je leur ai rappelé ce que j’attendais d’eux.

Encouragé par la tentative du fayot, col pelle à tarte a pensé qu’on était en démocratie, qu’on pouvait dialoguer.

« Mais non, mais on n’est pas… »

Je l’ai interrompu plein d’innocence. Oh ! que ma voix était douce :

« Vous êtes pas quoi ? »

Plein d’espoir, il a continué :

« Ben, on n’est pas… On n’aime pas le faire avec des hommes, quoi… Enfin, moi, j’aime pas… »

Qu’est-ce qu’il avait à vouloir marier le verbe aimer avec un viol ? Je l’ai grondé, il faut savoir éduquer :

« J’espère bien que t’aimes pas ça ! Sinon où serait l’intérêt ?! Allez, hop ! On s’enfile, messieurs… Tout de suite ! »

Ces enfoirés ne bougeaient pas. Les mouches se sont posées une à une. On est retournés au silence parfait. Celui qui protège ce genre de types depuis des siècles…

Alors j’ai ouvert la porte…

Ce sont les 1 500 Pakistanaises victimes de crimes d’honneur en 2014 qui sont arrivées en premier. Elles étaient suivies de leurs 3 500 « collègues » de diverses nationalités. Un an de crimes d’honneur dans la même pièce. Elles n’avaient pas l’air cool… Et puis leurs têtes écrasées à coups de pierres, leurs visages brûlés à l’acide…, ça faisait un petit peu peur. C’est quand les 1 100 femmes de la République démocratique du Congo violées la veille ont fait une entrée commando qu’ils ont commencé à s’exécuter. Surtout que les 1 100 de l’avant-veille suivaient en hurlant, machette brandie. Les types s’activaient de leur mieux, se pénétraient dans tous les sens pour montrer à quel point ils étaient prêts à coopérer, mais quand les 130 millions d’excisées se sont mises à pousser pour entrer à leur tour, j’ai perdu le contrôle. J’ai pensé à ma peau, je me suis faufilé entre les corps meurtris et suis arrivé dans la rue.

C’est là que le téléphone m’a réveillé.

J’ai soulevé le journal sur lequel je m’étais endormi, le nez sur la photo du Paris-Melun où s’était déroulé ce énième viol ferroviaire, et j’ai attrapé mon portable.

Alice Lepers me proposait de participer à « Mettez du rouge ».

« Je suis un homme, si une femme est agressée devant moi, je m’engage à prendre sa défense.

– Oh l’autre ! Tu vas mettre du rouge à lèvres ?! T’es PD ?

– Eh ben, ouais, mon pote, je suis une fiotte hétérosexuelle. Alors je mets du rouge. Pour te faire parler. Pour que d’autres gens se disent : “Mais pourquoi il se travelotte lui ?” Pour qu’ils s’arrêtent deux secondes sur l’idée qu’on a un gros problème. »

Qui concerne un peu plus de la moitié de l’humanité.

Je ne vous cacherai pas que ça ne remplace pas.

Que des bouffées de violences m’assaillent encore en dépit du fait que j’ai mis du rouge à lèvres sur un plateau dé télé. Mais c’est un début.

Un moyen de frapper les esprits à défaut des coupables.[/access]

L’affront fait à Moscou

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9 mai russie boycott poutine

9 mai russie boycott poutine

La semaine prochaine, le 9 mai viendra clore une année riche de commémorations du 70e anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. L’un des points forts de ces cérémonies a été la place toute particulière accordée aux survivants, des parachutistes du Débarquement qui furent à l’honneur lors de la cérémonie du 6 juin 2014 en Normandie aux rescapés du camp d’Auschwitz, dont 300 d’entre eux participèrent à la cérémonie du souvenir dans l’enceinte même du camp, le 27 janvier dernier.  Mais la crise ukrainienne et la dégradation des relations entre la Russie et l’Occident ont fortement terni cette année commémorative, comme l’a montré l’absence de Vladimir Poutine à Auschwitz. À quelques jours du 9 mai, les tensions autour de la célébration de la fin de la  Seconde Guerre mondiale restent vives et montrent que le caractère fédérateur d’un tel événement est aujourd’hui révolu.

Souvenons-nous, le 9 mai 1995, le rassemblement à Moscou, autour de Boris Eltsine, des dirigeants des pays alliés, François Mitterrand, John Major, Bill Clinton et de l’Allemagne vaincue, Helmut Kohl, avait marqué la volonté de sе retrouver dans un destin commun européen et de tourner définitivement  la page de la guerre froide.  Et, il n’y a pas si longtemps, le 9 mai 2010, dans un contexte de rapprochement entre la Russie de Medvedev et les Etats-Unis mais aussi la Pologne (qui venait de perdre ses dirigeants dans un accident d’avion qui les conduisait en Russie pour participer à la commémoration de la tragédie de Katyn), la cérémonie du 65e anniversaire fut le dernier événement qui vit les Alliés se rassembler à Moscou, avec la participation au défilé militaire, sur la Place rouge, d’unités étrangères, dont le régiment français Normandie-Niemen.

Aujourd’hui, alors que 68 chefs d’Etats sont invités par Vladimir Poutine à assister aux cérémonies du 9 mai, les annonces du refus de tel ou tel gouvernement de répondre à cette invitation se multiplient. Les absents les plus remarqués seront naturellement les dirigeants des pays vainqueurs de l’Allemagne nazie : Barack Obama, David Cameron et François Hollande.  Angela Merkel tentera de profiter de son statut de représentante du pays vaincu pour rendre son absence plus acceptable auprès du Kremlin et de l’opinion russe, d’autant plus qu’elle se déplacera le lendemain à Moscou pour y déposer une gerbe.

Nul doute que le boycott de l’événement par les anciens pays alliés est d’ores et déjà perçu comme un affront à la fois par le Kremlin, relayé efficacement par les médias russes, et par la majeure partie de l’opinion publique russe. Alors que l’exaltation de la Grande Guerre patriotique (comme l’appelaient les Soviétiques et encore les Russes aujourd’hui) constitue l’un des fondements du roman national tel qu’il est imaginé par Vladimir Poutine, il y aura forcément un avant et un après 9 mai 2015 dans les relations que la Russie développera avec les Occidentaux, considérés désormais comme ingrats face au lourd tribut payé par les Soviétiques durant le conflit. La Chine, mise à l’honneur par le Président russe ce jour-là, sera bien présente en la personne du Président Xi Jinping et d’un bataillon de l’armée chinoise qui prendra part au défilé. Elle devrait logiquement récolter les fruits de cette offense infligée par les  pays alliés à la Russie.

Il est difficile de présager des répercussions de ce boycott qui s’explique pour de nombreux Etats par un refus d’assister à une parade militaire qui met à l’honneur une armée dont ils condamnent l’interventionnisme à l’est de l’Ukraine. Mais, il faut avoir à l’esprit que ce refus de venir célébrer le 9 mai à Moscou, alors que les vétérans, encore nombreux (plus de 2,5 millions), sont voués à disparaître dans les prochaines années, heurte profondément la fibre patriotique des Russes. Or, la Seconde Guerre mondiale constitue le seul  événement de la période soviétique qu’ils assument pleinement et fièrement dans leur mémoire collective.

Au lendemain de sa réélection contestée à la présidence de la République, en mars 2012, dans un contexte où la Russie a pris définitivement un tournant anti-occidental de restriction des libertés, Vladimir Poutine a poussé la sacralisation du souvenir de la Grande Guerre patriotique à son paroxysme, cherchant à faire d’elle une sorte de mythe fondateur de l’identité soviétique et post-soviétique,  la terreur stalinienne étant reléguée au second plan. Dans cette vision poutinienne de l’Histoire, la période soviétique n’est elle-même qu’un moment de l’histoire millénaire de la nation russe. La guerre de 1941-1945 permet ainsi d’inscrire la période soviétique dans la continuité de l’Etat russe et de légitimer sa position de domination en Europe orientale après 1945 et d’influence sur ses marches occidentales, qu’elle appelle aujourd’hui « l’étranger proche ».

C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre la signature, le 5 mai 2014, par le Président russe, de la loi mémorielle sur « l’empiètement de la mémoire historique (…) de la Seconde Guerre mondiale »[1. Je renvoie à l’article de Nikolay Koposov  dans la revue Le Débat : « une loi pour faire la guerre : la Russie et sa mémoire », 2014/4.]. En vertu de l’article qui pénalise le fait de j«diffuser des fausses informations concernant les actions de l’URSS pendant le Seconde Guerre mondiale », tout ce qui vient contredire la version officielle de l’histoire de la Grande Guerre patriotique, y compris la critique du rôle positif joué par le régime stalinien,  est désormais considéré comme un délit passible d’emprisonnement. Par ailleurs, adoptée par le Parlement russe, fin avril, alors que la crise ukrainienne est entrée dans sa phase aigüe avec l’annexion de la Crimée, cette loi contribue à vouloir délégitimer idéologiquement la révolution ukrainienne, en faisant d’elle un événement qui prend en partie sa source dans l’idéologie néo-nazie dont se réclament effectivement certains nationalistes ukrainiens.

La seconde des quatre lois mémorielles ukrainiennes votées par le Parlement,  un an presque jour pour jour, après la loi mémorielle russe, et qu’André Markowicz a présentée sur ce site même, introduit ce même principe de pénalisation des opinions qui concourent à une falsification de l’histoire au cours de la Seconde Guerre mondiale. Or l’histoire officielle ukrainienne du conflit, qui est toujours en cours de réécriture avec ces lois, tend à la fois à rejeter le principe d’une histoire commune avec la Russie soviétique et, au nom de l’exaltation du mouvement d’indépendance de l’Ukraine, à minimiser les connexions des grandes organisations nationalistes ukrainiennes et de ses héros, tels que Stepan Bandera et Roman Choukhevtich, avec l’Allemagne hitlérienne. La mémoire officielle ukrainienne exclut, de facto, les pages sombres de l’histoire de ces mouvements, telles que l’organisation par l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA) de massacres de dizaines de milliers de Polonais en Ukraine occidentale (Volhynie, Galicie) et la collaboration active de la section radicale de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN-B) à l’extermination des populations juives d’Ukraine.

Le 16 avril dernier, soit une semaine à peine après le vote des lois mémorielles ukrainiennes et  trois semaines avant le 9 mai, un colloque international intitulé « L’usage du thème de la Seconde Guerre mondiale dans le discours politique russe »  s’est tenu à Sciences Po. Ce colloque non dénué d’intérêt, par le choix de son thème et par la qualité de certains historiens qui y intervenaient, paraît néanmoins problématique. La manifestation, placée sous le patronage de l’ambassadeur d’Ukraine, était en effet organisée conjointement par le Forum européen pour l’Ukraine, dont le Conseil est présidé par Bernard-Henri Lévy, et par l’Institut ukrainien de la mémoire nationale. Or, cet institut est le maître d’œuvre des lois mémorielles, qui, il faut le dire, sont aujourd’hui publiquement décriées par un grand nombre de chercheurs ukrainiens et occidentaux. Il suffit de lire le titre de la conférence de son président, Volodomyr Viatrovych, sur les « mythes soviétiques sur la Deuxième Guerre mondiale et leur rôle dans la propagande russe moderne » pour comprendre que ce colloque s’inscrit entièrement dans la perspective de la guerre mémorielle déclarée, officiellement, par l’Ukraine à la Russie, avec le vote de ces lois.

André Markowicz se demande pourquoi le Parlement ukrainien a attendu ce printemps pour voter de telles lois mémorielles. Ce colloque parisien dont les associations partenaires étaient exclusivement ukrainiennes et pro-ukrainiennes fournit, selon moi, un certain nombre de réponses. Le récit national ukrainien sur la Seconde Guerre mondiale s’édifie par la déconstruction préalable du récit (post-)soviétique et il est d’autant plus important pour lui que cela se fasse aujourd’hui, à la veille du 70e anniversaire du 9 mai 1945.  Il s’agit aussi de priver la Russie de sa légitimité à se poser comme le grand vainqueur de l’Allemagne nazie à l’est de l’Europe et de ne pas lui laisser le monopole des commémorations. Enfin, cela dénote une volonté de la part des autorités ukrainiennes, soutenues par un certain nombres d’acteurs européens, d’apporter une justification à la fois historique et morale au boycott de la commémoration du 9 mai par les Occidentaux, en faisant passer, en substance, le message suivant : « Vous voyez, la Russie est infréquentable, non seulement à cause de la Crimée et du Donbass, mais aussi parce qu’elle falsifie et instrumentalise l’histoire de la Seconde guerre mondiale à des fins nationalistes et expansionnistes.  À ce titre aussi, elle ne mérite donc pas que le monde entier lui fasse honneur en venant à Moscou, le 9 mai prochain ».

Ainsi, à la veille de ces festivités commémoratives, le conflit des mémoires  prend désormais l’allure d’une véritable guerre psychologique entre les deux Etats. En faisant de la Grande Guerre patriotique le mythe fondateur de la nation russe post-soviétique, Vladimir Poutine renforce le caractère quasi-sacré de ce jubilé. Dans cette atmosphère électrique et passionnelle, il faut donc s’attendre à ce que l’humiliation, que représentera pour la Russie, le 9 mai, sa mise au ban symbolique de l’Occident, ne vienne raviver le conflit à l’est de l’Ukraine et ne la pousse encore un peu plus à s’écarter de sa trajectoire européenne.

*Photo : Pavel Golovkin/AP/SIPA. AP21564837_000074.

Gaza: le nouvel émissaire de l’ONU face aux divisions palestiniennes

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(AFP) – Le nouvel émissaire de l’ONU pour la paix entre Israéliens et Palestiniens a pressé jeudi les mouvements palestiniens de mettre fin à leurs divisions et Israël de lever son blocus sur la bande de Gaza, lors de sa première visite dans ce territoire.

Nickolay Mladenov, nommé en février coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix à la suite de Robert Serry, effectuait sa première visite à Gaza dans ses nouvelles fonctions alors que le territoire est en proie à une profonde crise humanitaire et économique.

Huit mois après la guerre meurtrière de juillet-août 2014 avec Israël, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle confrontation avec les Israéliens ou entre Palestiniens eux-mêmes.

Malgré un accord de réconciliation et la formation d’un gouvernement d’union en 2014, le mouvement islamiste Hamas refuse de céder le pouvoir dans la bande de Gaza et de laisser l’Autorité palestinienne y reprendre la main.

« Je crois fermement que la cause du peuple palestinien pâtira si on ne s’attaque pas le plus vite possible à ces divisions, à cette absence d’unité » palestinienne, a dit M. Mladenov à la presse.

Les dissensions palestiniennes sont un des obstacles majeurs à la reconstruction du territoire dont des pans entiers ont été réduits en ruines par la guerre de 2014.

Mais le territoire exigu sur lequel s’entassent 1,8 million de Palestiniens entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée reste aussi soumis à un strict blocus de la part d’Israël, alors que l’acheminement de matériaux est vital. Israël s’inquiète que ces matériaux ne servent par exemple à construire des tunnels utilisés pour des attaques.

« Aux Nations unies, avec nos partenaires de la communauté internationale, nous avons pour responsabilité de faire en sorte, non seulement que l’on reconstruise Gaza (…) mais qu’on lève le blocus qui bloque l’accès aux matériaux de construction, le mouvement des personnes et des biens », a dit M. Mladenov.

Un quasi-blocus égyptien et les promesses d’aide non tenues de la communauté internationale s’ajoutent au blocus israélien et aux divisions palestiniennes pour approfondir le marasme.

M. Mladenov prend ses fonctions alors que les perspectives de paix ont rarement paru plus sombres. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a enterré l’idée d’un Etat palestinien pendant la campagne pour les législatives de mars. Après l’échec d’une nouvelle initiative américaine en 2014, le président palestinien Mahmoud Abbas a lui fait le choix de la confrontation diplomatique et judiciaire avec Israël dans les grandes institutions internationales.

Nickolay Mladenov ONU Gaza Israël Palestine Hamas Autorité palestinienne

*Photo : © AFP MAHMUD HAMS

Hongrie: Orban à droite toute

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orban jobbik immigration

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Prenez un gouvernement en perte de vitesse, ajoutez une opposition (démocratique) désunie, secouez le tout:  il en sortira un parti d’extrême droite renforcé. Où se déroule la scène? En France, bien sûr ! Mais encore? En Hongrie.

Certes, la comparaison saute aux yeux, mais le parallèle ne va guère plus loin. Non seulement parce que lesdits gouvernements émanent l’un de la droite, l’autre de la gauche. Mais aussi et surtout parce que leurs extrêmes droites n’ont plus tellement de points communs entre elles. Face à un Front national relooké, le Jobbik hongrois fait bien davantage frémir : ses milices paramilitaires arborent des insignes qui rappellent l’imagerie des sinistres Croix fléchées nazi, et vont régulièrement semer la terreur auprès des Roms, non sans pimenter leur propagande de violents slogans antisémites.

Autre différence de taille entre Paris et Budapest : la personnalité des deux dirigeants, à ma gauche un François Hollande taxé de mollesse, inodore et sans saveur. à ma droite un Viktor Orbán habile stratège et maître en matière de communication. Mais bien peu scrupuleux.

Il faut dire que les affaires ne sont plus si brillantes que par le passé pour le Premier ministre hongrois. Si les données macroéconomiques semblent plutôt favorables, la grande majorité des ménages a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts face à une minorité outrageusement privilégiée. Cela fait d’autant plus mauvais genre que plusieurs proches de Viktor Orban se trouvent impliqués dans des affaires de corruption. La dernière en date est liée à la faillite d’une société de courtage (Quaestor) qui a émis pour près de 150 milliards de forints (500 millions d’euros) d’obligations fictives, faisant des dizaines de milliers de victimes parmi les petits épargnants. Ce climat de gabegie a fait perdre un siège   au Fidesz d’Orban lors d’une élection partielle au profit du Jobbik, faisant perdre au chef du gouvernement sa majorité parlementaire des deux tiers.

La réaction du Premier ministre ne s’est pas fait attendre. Afin de faire oublier les affaires, et de récupérer la frange de son électorat passé à l’extrême droite, Orban a lancé une campagne sur deux thèmes populaires : l’immigration et la peine de mort.

Sur le premier point, le gouvernement vient de mettre au point un questionnaire bientôt envoyé à 8 millions de citoyens. Derrière les douze questions posées, sont entre autres suggérées la mise en détention et l’expulsion des immigrants illégaux, ou encore l’obligation faite aux migrants de participer aux frais de leur détention par un travail forcé. Des questions qui vont sans doute plaire à beaucoup, d’autant que leur formulation lie clairement terrorisme et immigration, laissant entendre  que les coûts de cette dernière seraient mieux utilisés pour financer une politique nataliste auprès des jeunes ménages hongrois. Le tout agrémenté de critiques non voilées vis-à-vis de l’Europe. Bref, une initiative qui va mettre encore davantage d’huile sur le feu dans un pays déjà isolé et refermé sur lui-même.

L’accent mis sur l’immigration paraît incongru dans une Hongrie qui souffre au contraire d’une forte émigration avec près d’un demi million de jeunes partis pour l’étranger depuis l’arrivée de Viktor Orban au pouvoir. Un pays confronté, certes, à l’arrivée de réfugiés, notamment en provenance du Kosovo, mais sans aucun rapport avec ce que connaissent ses voisins de l’Ouest. Sans oublier que tout au long de l’Histoire, de nombreux réfugiés hongrois ont trouvé eux-mêmes refuge à l’étranger, notamment en 1956.

Qu’à cela ne tienne, Orban remet un autre sujet à l’ordre du jour : « La question de la peine de mort doit rester d’actualité, la dissuasion est nécessaire », a-t-il déclaré. Tout en sachant que l’Union européenne et le Conseil de l’Europe interdisent à leurs membres le recours à la peine capitale, Viktor Orbán sait fort bien que la mesure ne pourrait être prise, à moins de s’exclure d’office de l’Europe institutionnelle. Tout porte à penser que ce n’est que pur verbiage destiné à plaire à une opinion aux deux tiers favorables à la peine capitale. De quoi donner  un os à ronger à l’extrême droite et à tous les déçus du régime…

Il est certain que ce pas supplémentaire d’Orban vers la droite le rapproche de notre Front national et l’éloigne des formations conservatrices traditionnelles. Tandis qu’en France, on parlerait de dérive populiste, en Hongrie, cette stratégie risque fort de s’avérer payante.

*Photo : Tibor Illyes/AP/SIPA. AP21707403_000004.
 

Estrosi, l’islamisme et la «Troisième guerre mondiale»

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estrosi islam daech

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« Islamofascisme ! », disent les uns (Valls, Estrosi, etc.). « Nazislamisme ! », clament les autres (Ivan Rioufol, évoquant la figure du grand mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini, grand copain d’Hitler dans les années 1930-40). « Amalgame ! » beuglent les bien-pensants — ceux qui voient dans toute critique de l’Islam la preuve d’une islamophobie galopante. Ma foi (si je puis dire…), dans ce cas précis, ils n’ont peut-être pas tort. Fascisme et nazisme étaient des mouvements originaux, que l’on n’aurait pas appelé « néo-bonapartisme » sans une grave distorsion de l’Histoire — de même que Le Coup d’Etat permanent de Mitterrand à propos de De Gaulle était de la bonne polémique mais de la mauvaise Histoire. L’islamisme est une trouvaille moderne.
À la rigueur, le seul mouvement d’époques antérieures avec lequel on pourrait le comparer, ce sont les croisades. La vraie union du sabre et du goupillon. Sous le signe du croissant et non plus celui de la croix. Des croissantades, en quelque sorte.
Mais voilà : la chrétienté a renoncé aux croisades depuis celle des Albigeois, et ça date. L’Espagne elle-même a renoncé à l’Inquisition en 1834. L’Église a renoncé aux interférences massives entre l’éternel et le temporel. Qu’elle ait eu tort ou raison d’agir ainsi, d’un point de vue commercial, est une autre histoire. Que Vatican II ait dissous les conditions même de la Foi, terreur et pitié, peut-être — mais ce n’est pas mon problème, chacun se suicide comme il veut. Et si, au lieu de lancer une nouvelle Contre-Réforme, on préfère passer les cours de catéchisme à faire dessiner des Mickeys en croix, grand bien leur fasse.
L’Islam fondamentaliste, wahhabite, salafiste, celui des Frères Musulmans, de l’Etat islamique, Boko Haram et Al-Qaïda n’aime pas les petits dessins, lui. Il n’a pas le temps (d’ailleurs, comme je l’ai déjà souligné ici, le temps ne fait pas partie de son univers : l’Islam œuvre dans l’éternité des certitudes inoxydables). Il conquiert le monde. Il est un totalitarisme. C’est là le seul terme générique que nous pouvons décemment utiliser.

Entendons-nous : la liste susdite des grands nauséabonds ne fait pas grand monde en proportion — 10 à 15% des Musulmans, estiment les divers services secrets —, mais cela regroupe tout de même quelques centaines de millions de siphonnés dans le monde. De quoi empêcher Caroline Fourest de dormir. Elle et les illuminés du sécularisme qui avaient, dès 2006, signé un Manifeste contre le nouveau totalitarisme. Des Musulmans, pur la plupart. Ils ont tous plus ou moins depuis cette époque des fatwas suspendues au-dessus de la tête.
2006 ! Comme l’a écrit avec force Mezri Haddad, ancien ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, dans un article remarquable, tout était prévisible. Depuis longtemps : « Écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! »
Recul des Lumières : ce n’est pas une guerre, au sens que l’on donne ordinairement au terme, où deux (ou plusieurs) adversaires clairement identifiés s’affrontent dans un espace géographique plus ou moins délimité. Pas même un conflit de civilisations, n’en déplaise aux lecteurs de Samuel Huntington. C’est un conflit de cultures. L’Encyclopédisme contre le Coran. La philosophie contre la Foi. Les Lumières contre la nuit.

Christian Estrosi, avec sa « troisième guerre mondiale », doit bien avoir aussi une petite idée régionale derrière la tête, en venant chasser sur les terres du FN (mais est-ce être FN que de dire la vérité ? On se souvient de Tartuffe : « C’est être libertin que d’avoir de bons yeux »). Certes, la Côte d’Azur (qui en l’occurrence commence à Perpignan) n’est pas Paris, ville fictive que les ministres croient être la France. Certes, sortir à Marseille est une expérience ethnique particulière. Certes, arrivant récemment de la capitale, j’ai entendu l’un de mes compagnons de train sortir son portable boulevard d’Athènes (au bas des escaliers de la gare Saint-Charles) et appeler un de ses copains restés là-haut bien à l’abri : « Incroyable ! Zemmour a raison ! Le grand remplacement, ici, il a commencé… »
Ça me rappelle une blague locale. Des gabelous de la brigade maritime interceptent une barque avec quatre Nord-Africains à bord, ramant vers Marseille. « Que faites-vous ? » « Nous venons envahir l’Europe. » Hurlements de rire des douaniers. « À quatre ? Vous n’avez pas peur… » « Ah, mais nous, nous sommes l’arrière-garde. Le reste de l’armée a déjà débarqué… »
Foin de plaisanteries : les 350 000 Musulmans marseillais sont très majoritairement français, et n’ont aucune envie réelle de retourner au bled (un lieu proche de l’Enfer, où l’on n’a pas toujours une prise pour recharger son smartphone ou sa playstation) ou d’en importer les pratiques barbares — à commencer par la langue, qu’ils ignorent pour la plupart allègrement, surtout l’arabe classique du Coran. Alors, parler de « cinquième colonne » est un grossier abus de langage. La référence aux Allemands infiltrés avant la dernière guerre (y en eut-il tant que ça ?) est même inadéquate : nous exportons des terroristes, nous, en ce moment, bien plus que nous n’en importons. Du produit Made in France. Cervelles garanties vides. La politique des ZEP s’en est chargée depuis vingt ans.

À noter que le mot « guerre » n’a pas été inventé par Estrosi. Il y a deux mois, après les attentats parisiens, Umberto Eco avait averti : « Siamo in guerra. L’ISIS è il nuovo fascismo. » Mais là encore, le démon de l’analogie avec le nazisme avait frappé.
Il faut remonter un peu plus en arrière pour trouver une analyse un peu sérieuse sous la plume d’un intellectuel. Arturo Perez-Reverte, qui a vu de près la guerre de Bosnie (il y était correspondant) n’a aucun doute sur la nature de la guerre en cours : « Es la guerre santa, idiotas ! ». Et de préciser : « . Y no necesito forzar la imaginación, pues durante parte de mi vida habité ese territorio. Costumbres, métodos, manera de ejercer la violencia. Todo me es familiar. Todo se repite, como se repite la Historia desde los tiempos de los turcos, Constantinopla y las Cruzadas. Incluso desde las Termópilas. Como se repitió en aquel Irán, donde los incautos de allí y los imbéciles de aquí aplaudían la caída del Sha y la llegada del libertador Jomeini y sus ayatollás. Como se repitió en el babeo indiscriminado ante las diversas primaveras árabes, que al final -sorpresa para los idiotas profesionales- resultaron ser preludios de muy negros inviernos. Inviernos que son de esperar, por otra parte, cuando las palabras libertad y democracia, conceptos occidentales que nuestra ignorancia nos hace creer exportables en frío, por las buenas, fiadas a la bondad del corazón humano, acaban siendo administradas por curas, imanes, sacerdotes o como queramos llamarlos, fanáticos con turbante o sin él, que tarde o temprano hacen verdad de nuevo, entre sus también fanáticos feligreses, lo que escribió el barón Holbach en el siglo XVIII: «Cuando los hombres creen no temer más que a su dios, no se detienen en general ante nada». Porque es la Yihad, idiotas. Es la guerra santa. »
Mes lecteurs étant gens de grande culture, je n’ai pas besoin de traduire. Mais comme passent aussi ici des individus de culture incertaine, et même des profs d’Histoire d’Aggiornamento, autant penser à eux :
« Je n’ai pas besoin de forcer mon imagination, parce que pendant une partie de ma vie, j’ai habité ce territoire. Habitudes, méthodes, manière d’exercer la violence. Tout m’est familier. Tout se répète comme se répète l’Histoire, depuis le temps des Turcs, Constantinople et les Croisades. Y compris depuis les Thermopyles. Comme elle s’est répétée dans cet Iran, où les imprudents de là-bas et les imbéciles d’ici applaudissaient la chute du Shah et l’arrivée du libérateur Khomeiny et ses ayatollahs. Comme elle s’est répétée dans un empressement sans discernement avant les différents printemps arabes, qui, au final –surprise pour les idiots professionnels – eurent pour résultat d’être les préludes de très noirs hivers. Hivers qui sont à attendre, par ailleurs, quand les mots liberté et démocratie, concepts occidentaux que notre ignorance nous fait croire exportables au froid, pour le meilleur, confiants en la bonté du cœur humain, finissent par être gérés par des curés, des imams, des prêtres comme nous aimons les appeler, fanatiques avec ou sans turbans, qui tôt ou tard font de nouveau la vérité, au milieu de leurs paroissiens aussi fanatiques, ce qu’écrivait le baron d’Holbach au XVIIIème siècle : « Quand les hommes ne croient avoir à craindre que leur dieu, ils ne s’arrêtent communément sur rien ». Parce que c’est le Jihad, idiots. C’est la guerre sainte. »
J’aime que le meilleur écrivain espagnol contemporain cite d’Holbach. Des Lumières persiste donc quelque chose — cette « clique holbachique » que vomissait Rousseau — tout se recoupe. À nous de continuer à en porter la flamme au sein même de l’obscurité — et de l’obscurantisme.

PS. Cette adresse (« Es la guerra santa, idiotas ! ») me rappelle, allez savoir pourquoi, un article au vitriol adressé en 2009 par ce même Perez Reverte aux autorités pédagogoles d’Espagne, et qui commençait de même par « Permitidme tutearos, imbéciles » — l’union de l’insulte appropriée et d’un mot français immortel. À lire absolument, parce que comme le souligne l’auteur du Peintre des batailles, de l’évidement des cervelles enfantines au départ pour le djihad, il n’y a que le frémissement d’une paupière de moineau.

*Photo : LAURENCE GEAI/SIPA. 00704777_000012.

Le Qatar achète 24 Rafale à la France

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(Avec AFP) – C’est officiel : le ministère de la Défense a annoncé la vente de 24 avions de combat Rafale au Qatar. Ce contrat de 6,3 milliards d’euros est le troisième remporté par Dassault à l’étranger depuis le début de l’année, après la vente de 36 Rafale à l’Inde, annoncée le 10 avril, et celle de 24 autres à l’Égypte, en février. On s’explique mieux la dizaine d’allers retours Paris-Doha qu’a accomplis le ministre Jean-Yves Le Drian depuis 2012, à moins que cette assiduité ne s’explique par une grande convergence de vues diplomatiques entre notre gouvernement et l’émirat – ce qui ne lasserait pas d’inquiéter – ou l’attrait des sites historiques multiséculaires qataris – je blague…

Plus sérieusement, alors que l’accord susmentionné prévoit la livraison optionnelle de 12 avions supplémentaires, on peut relire les déclarations de ces derniers jours à l’aune de cette nouvelle donne commerciale. Cette semaine, le responsable de la communication de la dynastie Al-Thani s’indignait de la campagne anti-qatarie qui fleurit sous nos latitudes. D’après le grand chambellan de la com’ du palais, non seulement Doha ne finance aucun mouvement djihadiste, Daech compris – un groupe « sans foi ni loi « -, mais l’émir actuel paierait plein pot l’amitié entre son père et un certain Nicolas Sarkozy : « Les médias français nous enferment dans une polémique sur le terrorisme stérile et dénuée de tout fondement, uniquement parce que nous avons de bonnes relations avec Nicolas Sarkozy. Nous sommes des victimes collatérales de l’anti-sarkozysme de la presse », s’affligeait ledit serviteur.

Mais tout cela, c’était avant. Depuis la conclusion du contrat sur les Rafale, nos antisarkozystes de dirigeants – aussi véhéments contre l’ancien Président qu’obstinés  à poursuivre et aggraver ses politiques – assument leur love story avec la maison royale qatarie, dont on connaît l’étendue des activités philanthropiques.

Et que Moscou ne vienne pas réclamer son content de Mistral : si la Russie avait adopté une politique étrangère aussi raisonnable que la principauté salafiste, les navires français mouilleraient déjà en rade de Cronstadt !

Royaume-Uni : David, Ed, Nigel et les autres

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CAMERON MILIBAND FARAGE

CAMERON MILIBAND FARAGE

Le 7 mai, les citoyens britanniques se rendront aux urnes. Ils éliront directement dans 650 circonscriptions leurs représentants à la Chambre des communes et désigneront donc indirectement le parti qui dirigera la coalition gouvernementale ainsi que le prochain locataire du 10 Downing Street.  Selon les sondages, à une semaine du scrutin, les deux grands partis – les travaillistes et les conservateurs – et leurs leaders respectifs – Ed Miliband et David Cameron –  sont au coude à coude. Globalement, les rapports de forces au sein du prochain parlement sont plus que jamais difficiles à  prévoir. La raison principale d’une telle incertitude est la transformation du traditionnel bipartisme britannique en un système multipartisan. Certes, dès 2010, les libéraux-démocrates de Nick Clegg, forts de 22% des suffrages, avaient permis aux conservateurs dirigés par David Cameron de former un gouvernement de coalition. Mais cette fois-ci, pas moins de trois autres formations – les souverainistes de l’UKIP, le Scottish National Party (SNP) et les Verts – sont susceptibles de faire élire quelques députés (un exploit dans un système majoritaire comparable à celui de la France), ou à tout le moins de fortement perturber la bataille entre travaillistes et conservateurs dans des dizaines de circonscriptions, y compris dans certains fiefs de l’un ou l’autre parti.

Les libéraux-démocrates, aujourd’hui alliés des conservateurs, pourraient changer de partenaires dans le cas – probable – où Nick Clegg perdrait son siège de député, laissant ainsi la tête du parti au très croyant et plus à gauche Tim Farron. L’UKIP et son chef Nigel Farage pourraient séduire des eurosceptiques tandis que le SNP – qui rassemble 4% des intentions de vote, naturellement concentrées dans les 59 circonscriptions écossaises – risquent d’infliger un coup très dur aux travaillistes, traditionnellement bien implantés dans ces contrées.  Si on ajoute à ce tableau les Verts et la singularité de l’Irlande du Nord, on peine à y voir clair. Cependant, pour beaucoup, l’enjeu du scrutin se réduit à sa dimension personnelle : Miliband ou Cameron. Or, quand les sondeurs interrogent les Britanniques sur les compétences respectives de ces deux leaders à gouverner le pays, l’actuel Premier ministre jouit de la prime au sortant. Ed Miliband souffre en revanche de son image d’un homme un peu distant qui a du mal à communiquer avec les autres.

Puisqu’il faut une guerre mondiale pour constituer un gouvernement d’union nationale avec du sang, de la peine, des larmes et de la sueur, on ne peut pas exclure la répétition du scénario de 1974. Il y a quarante ans, après que l’indécision des électeurs eût produit une chambre introuvable en février, le travailliste Harold Wilson dirigea pendant quelques mois un gouvernement minoritaire… jusqu’à ce que des élections anticipées en octobre ne lui accordent une très courte majorité.

Et devinez quel était le grand débat à l’époque, outre-Manche ? Je vous le donne en mille : la tenue d’un referendum sur l’intégration du Royaume Uni à la CEE, ancêtre de l’Union européenne. Qui a dit que l’histoire ne repassait jamais les plats?

*Photo : wikicommons.