Pour la gauche bourdieusienne, le « fait-divers fait diversion »… Sauf quand il permet d’illustrer des présupposés idéologiques et de tâter le pouls de la toujours vivante bête immonde. On en a eu un exemple flagrant hier soir au « Grand Journal » de Canal +, où le sociologue Eric Fassin était invité pour commenter le lynchage d’un jeune Rom à Pierrefitte-sur-Seine. L’auteur de Roms et riverains, une politique municipale de la race, a fait preuve d’un déni de réel tellement outrancier qu’il confinait au solipsisme.

Peu importe que le jeune ait été victime, selon la proc‘ en charge du dossier, de « représailles » suite à un cambriolage dans la cité voisine. Pour Eric Fassin, l’essentiel n’est pas de trouver les « coupables » – ce serait trop facile, trop vulgaire, trop beauf de droite – mais de pointer du doigt les « responsables » : traquer la « société », cette méchante dame qui fait que les gens agissent mal telle est la mission du sociologue. Pour Monsieur Fassin, on a lynché un Rom, non pas parce que l’Etat a abandonné ses responsabilités et laissé se créer des zones de non-droit où les gens commencent à se faire justice eux-mêmes, ni parce que l’espace Schengen a fait naître des bidonvilles en France, et pas non plus à cause d’une misère économique qui exacerbe la concurrence victimaire et les conflits communautaires. Non, c’est la faute au « discours », au « vocabulaire », en un mot la faute au « climat »  qui alimente la haine.

Qui est coupable ? Pour Eric Fassin, c’est Samia Ghali qui, à Marseille, a osé faire un lien entre l’installation de camps de Roms et la hausse des cambriolages. C’est Manuel Valls qui a eu l’outrecuidance de dire « Les Roms ont vocation à revenir chez eux ».

Rendons justice à Augustin Trapenard, préposé à la culture en cardigan, qui a eu la lucidité de voir  dans le livre du chercheur un « ouvrage militant », « ce qui n’enlève rien à la qualité de l’analyse » s’est-il empressé d’ajouter. Son grand mérite, selon lui, est de montrer que « le ras-le-bol des riverains en réalité, c’est une fiction instrumentalisée par les politiques et les médias ».

Comme Alain Badiou qui pense que les gens votent FN à cause du « racisme des intellectuels », Eric Fassin pense qu’on tabasse des Roms à cause des unes outrancières de Valeurs Actuelles.  Car c’est bien connu, les jeunes du 9-3 lisent tous Valeurs Actuelles et adorent Manuel Valls, et c’est sans doute le « vocabulaire » du premier et le « discours » du second qui les a poussés à ratonner un jeune de 16 ans.

En plus d’être complètement déconnecté du réel, ce discours de sociologues de gauche, est profondément méprisant à l’égard des classes populaires. Pour Fassin, Badiou et consorts, le peuple est tellement bête qu’il suit aveuglément et bêtement les suggestions nauséabondes d’une élite xénophobe. En somme, si les pauvres sont mal éduqués, c’est la faute aux garde-chiourmes. Dans un bouquet final, mélangeant orgie analogique et ton apocalyptique, Fassin a prévenu : « On a parlé de lynchage, c’est donc bien qu’il s’agit de race. Demain, on parlera de pogroms, parce qu’il y aura des pogroms ». Quant aux représentants des élites médiatico-politiques fascisantes, « ils ont et ils auront du sang sur les mains ». Ouf, elle bouge encore, la bête immonde sans laquelle Fassin et les autres n’auraient plus de raison de vivre …

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