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Caron vs Fourest : Gôche contre gôche

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caroline fourest aymeric caron

C’est mon deuxième article sur Caroline Fourest en moins d’une semaine. Ce n’est cependant pas par gourmandise. Il se trouve qu’elle fait paraître un livre ces jours-ci et qu’elle est de ceux que l’on voit partout en de telles occasions. Et une fois de plus, l’opportunité nous est offerte d’expérimenter les porte-à-faux de la gauche, les impensés de sa générosité fanatique.

Samedi 2 mai, Caroline Fourest était l’invitée de Laurent Ruquier. Face à elle, Aymeric Caron campait le méchant de service, comme à son habitude. Il paraissait assez remonté contre l’invitée qui, en retour, n’a pas mâché ses mots. D’après Caroline Fourest, Aymeric Caron fait partie d’une gauche « idiote et aveugle », il fait de surcroît « les poubelles d’Internet ». Et la même d’asséner après coup : « il faut le dire quand un petit con est un petit con ». À la dernière phrase près (être chatouilleux quant à sa propre légitimité, est-ce une forme de connerie ?), on a presque envie de lui répondre que c’est l’hôpital qui se moque de la charité. Lorsque l’on passe son temps à « twitter » pour dénoncer les pensées brunâtres que l’on prête aux uns, les bondieuseries dont se rendent coupables les autres, on ne vient pas reprocher à certains d’en faire autant. Sauf à vouloir désarçonner la concurrence. En réalité, Caron et Fourest ont, comme disait l’autre, « un numéro de cirque : y’en a un qui épluche les oignons et l’autre qui pleure ».

Alors quoi, sexiste Aymeric Caron ? Certainement pas, il était tout aussi virulent et sournois face à des gens comme Zemmour, Naulleau, Dupont-Aignan ou Asselineau sans que Caroline Fourest ne s’en soit émue. Et il n’a pas épargné non plus Natacha Polony, ex-consœur, plus droitarde il est vrai. Pourquoi donc s’en est-il pris rageusement à quelqu’un qui travaille pour la même crèmerie ? Parce qu’une scission s’est opérée au sein de la gauche ces trente dernières années, scission dont Fourest et Caron témoignent dans leurs échanges. Et ce qui est particulièrement hypocrite chez Fourest, c’est qu’elle récolte aujourd’hui ce qu’elle a semé hier. Bien entendu, elle n’est pas nommément responsable de ce dont je vais faire état plus bas au sens où elle n’a rien initié ; lorsque la gauche est arrivée au pouvoir et que sa schizophrénie est devenue manifeste, Fourest, Caron, et moi-même d’ailleurs, étions encore tous trois au jardin d’enfants, elle jouant aux cowboys, nous autres à la marelle. Toutefois, elle est responsable car ses combats perpétuent le long processus de déracinement qui rend de nos jours la France incapable de faire face aux dangers qui la menacent et qu’elle couve.

L’esprit de gauche est né de l’ardent désir de changer le monde, de le rendre meilleur qu’il n’est. C’est un projet éminemment sympathique et on passe inévitablement pour un salopard lorsqu’on n’y souscrit pas sans réserve. Dans « changer le monde », il y a l’idée d’un mieux à venir conjuguée à celle d’une fraternité sans frontières. Dans « changer le monde », il y a donc un double appétit pour un perpétuel renouvellement « sociétal » et les cultures venues d’ailleurs. Dans « changer le monde » sont résumés les deux grands tropismes de l’esprit de gauche : le progressisme et l’exotisme. Le colonialisme qui – on ne le rappelle jamais assez – est une œuvre de gauche, combinait ces deux dimensions ; le dessein d’alors était de faire profiter les rustres du monde entier du génie de nos Lumières dont ils ne pouvaient être conscients ; le progressisme prétendait atteindre l’exotisme. Portées par l’espoir – et l’appel d’air – que suscite l’empire des droits de l’homme, ces deux tendances abstraites ont fini par faire la douloureuse expérience du réel. Et c’est dans la priorité à donner à l’une ou à l’autre (progressisme ou exotisme) que l’ensemble des meilleurs d’entre nous s’est finalement scindé en deux chapelles. D’un côté les inconditionnels du changement permanent, de l’autre les zélateurs d’un altruisme universel. Caroline Fourest fait partie des premiers, Aymeric Caron des seconds.

Voyons à présent comment, à partir d’un projet commun, ces belles âmes en sont venues à ne plus pouvoir se sentir. La gauche aura été le maître d’œuvre d’une entreprise de déconstruction à laquelle la droite a très souvent participé sous l’emprise d’une intimidation intellectuelle et morale. Parvenue au pouvoir, contrainte très tôt d’admettre son échec sur un plan économique, la gauche a donné le change sur un plan moral en agitant des épouvantails. La lutte contre le Front national, encore anodin, devenait l’occasion de légitimer une politique sans queue ni tête, aventureuse, arc-boutée à la vague idée de… « changer le monde ». Et afin d’assortir progressisme et exotisme, il a bien fallu que le premier réserve les plus grands égards au second, au point que la classe ouvrière et le monde rural, mannes instinctives de la gauche, s’en sont peu à peu détournés, relégués et remplacés dans les cœurs par les masses immigrées. L’immigré devenait ainsi le parangon de l’être asservi, celui dont il fallait défendre le droit à la différence, le remède contre la mesquinerie des Dupont Lajoie. Le « pays-des-droits-de-l’homme », lui, se transformait en auberge espagnole.

Lorsque l’on invite des coutumes lointaines à s’installer de manière monolithique sur un territoire déjà acquis à une culture locale, une incompréhension et un désintérêt réciproques finissent tôt ou tard par se faire jour. C’est une loi universelle que la France refuse d’admettre depuis une quarantaine d’années. Une acculturation doit être provoquée et elle ne peut l’être en disant aux nouveaux arrivants « faites comme chez vous ». Le seul moyen d’y parvenir n’est pas l’exaltation des droits – qui contentent mais ne rassemblent en aucune manière. Le seul moyen d’y parvenir est l’entretien affectif d’un dénominateur commun qui doit forcément davantage à l’autochtone qu’à l’immigré. La France lui a longtemps donné le nom générique de « nation ». Revenue des horreurs du colonialisme dont elle fait dorénavant porter le chapeau à la droite (qui parfois ne demande pas mieux), la gauche en a tiré les leçons, et plutôt que d’imposer le progressisme à l’exotisme, elle a changé son fusil d’épaule. C’est à présent l’exotisme qui est appelé à s’approprier le progressisme, fût-ce sur son propre sol, la « patrie des droits de l’homme », à la faveur d’une promesse de confort. Suspecte de lèse-charité, la nation aux parois trop étanches a été sabordée.

Caroline Fourest, plus encore qu’Aymeric Caron, aura compté au nombre des ingénieurs en sape. Allergique à toutes sortes d’assignations sociales et identitaires, le besoin de valeurs communes – blasphème mis à part – n’a jamais été l’aîné de ses soucis, toute à ses rêves d’une humanité hors-sol. Transcendance, racines, tradition, autorité, autant de mots qui l’insupportent, et auxquels, pourtant, le monde entier demeure sensible. L’Islam en particulier, lui que la gauche a accueilli à bras ouverts en lui permettant ainsi d’occuper, en tant que référent identitaire, la place laissée vacante par la francité, offerte en pâture au Front national. Et voilà à présent la dame qui s’étonne que l’exotisme prenne le pas sur le progressisme, que certains ne se sentent pas « Charlie » ou que d’autres puissent se mettre un chiffon sur la tête au nom des droits de l’homme ! Au moins Aymeric Caron est-il plus cohérent. Cohérent dans l’inconscience.

À la croisée du progressisme et de l’exotisme, le contenu de l’«antiracisme» est ainsi devenu pomme de discorde. Nous sommes en pleine farce, car en définitive, que sont les reproches que l’icône Fourest adresse à Caron l’histrion ? Ceux qu’une gauchiste qui continue de creuser des trous pour miner toute fondation fait à un gauchiste qui, lui, s’évertue à les boucher avec une infrastructure venue d’ailleurs.

Eloge du blasphème: essai

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FN: dernier 1er mai pour le Menhir?

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Marine Le Pen Jean-Marie 1er mai

Paris (AFP) – Marine Le Pen a fait dimanche un pas de plus vers la mise à l’écart définitive de son père, estimant que Jean-Marie Le Pen ne devait « plus pouvoir s’exprimer au nom du Front national », après ses prises de position polémiques.

Cette prise de position catégorique intervient à la veille de la convocation du « patriarche » frontiste devant le bureau exécutif du FN, la plus haute instance du parti, qui se réunit lundi en formation disciplinaire pour étudier d’éventuelles sanctions contre lui.

« Jean-Marie Le Pen ne doit plus pouvoir s’exprimer au nom du Front national, ses propos sont contraires à la ligne fixée », a tranché la présidente du FN sur le plateau du Grand Rendez-vous Europe 1-Le Monde-iTELE. « Il ne faut pas que ses propos engagent le mouvement ».

Président d’honneur du mouvement qu’il a cofondé, Jean-Marie Le Pen a multiplié les provocations début avril : réaffirmation de sa position sur les chambres à gaz « détail » de l’Histoire de la guerre, défense du maréchal Pétain et du « monde blanc », et critique en règle de la démocratie comme système politique.

« Les derniers actes qui ont été les siens sont inadmissibles », a jugé la patronne du FN, qui a « le sentiment qu’il ne supporte pas que le Front national continue à exister alors qu’il n’en a plus la direction ».

« Je pense qu’il outrepasse complètement les prérogatives que lui donne son statut personnel », a-t-elle affirmé. « Ce que je souhaite, moi, c’est que la volonté des adhérents du Front national soit respectée », a-t-elle déclaré, ne manquant pas de rappeler que « les adhérents du Front national (l’)ont élue avec 100% des suffrages sur une ligne politique extrêmement claire ».

« C’est celle-là qu’ils veulent voir appliquer », a martelé celle qui œuvre à la dédiabolisation du parti d’extrême droite. Les militants « ne peuvent pas imaginer que ceci soit perturbé volontairement par des actes qui finissent de manière récurrente par devenir quasiment des actes de malveillance ».

– « Un abîme de perplexité » –

Un sondage BVA-Orange-iTELE publié samedi arrive d’ailleurs à point nommé pour conforter Marine Le Pen dans sa stratégie: près d’un Français sur trois (32%) souhaite qu’elle ait davantage d’influence dans la vie politique française – son meilleur score sur cet indicateur –, alors que Jean-Marie Le Pen voit sa « cote d’influence » plonger à 2%.

BVA souligne que Marine Le Pen a « su utiliser cette séquence pour poursuivre son entreprise de dédiabolisation du FN, en marquant la distance avec son père ».

Au-delà des aspects purement politiques, Marine Le Pen semble avoir été blessée par l’attitude de son père lors du défilé traditionnel de son parti le 1er mai. Bousculant la mise en scène, « le Menhir », comme il est parfois surnommé, était monté à la tribune place de l’Opéra pour saluer la foule, à quelques mètres du pupitre où sa fille s’apprêtait à commencer son discours. Quelque peu interdite, elle était restée silencieuse jusqu’à ce que son père quitte la tribune.

« Je pense que c’était un acte malveillant de sa part, je pense que c’était un acte méprisant à mon égard », a-t-elle déploré dimanche, avant de lâcher : « J’avoue que cela me plonge dans un abîme de perplexité ».

Plus que jamais incontrôlable, Jean-Marie Le Pen, dont la présence lundi au bureau exécutif n’est pas encore certaine (« Je ferai connaître cela en temps utile. Je me repose pour l’instant », a-t-il confié samedi à l’AFP), pourrait payer au prix fort ce dernier affront personnel lors du bureau exécutif.

L’homme doit être malgré tout ménagé, tant il est « apprécié par le peuple militant du Front national » notait un élu FN de Saint-Nazaire dans le cortège parisien du 1er mai.

Les membres de la direction n’ont pas tous la même position sur le « cas Le Pen ». Mais « on se doute bien que le bureau exécutif suivra l’avis de la présidente », relève un parlementaire du parti.

*Photo : © AFP KENZO TRIBOUILLARD

L’art, cette grande putain planétaire

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auto design boris groys

Quand Nietzsche prophétisait sur l’humanité à venir, il décrivait une plage de sable fin où tous les humains seraient très égaux, très ronds, très conciliants, très ennuyeux… Le futur de Nietzsche est devenu notre présent. Boris Groys, dans son essai En Public, Poétique de l’auto-design, montre que la principale conséquence de cet état de chose, c’est qu’il ne convient plus à l’art d’aujourd’hui d’être perçu  comme une opposition entre l’artiste et le spectateur. Il faut lui préférer désormais le modèle du créateur universel, institué par l’ère du numérique et de l’immédiateté, et remplacer  l’esthétique par la poétique, ou plus précisément « l’auto-poétique » c’est à dire  la création de soi-même. Voilà pourquoi et comment nous sommes désormais envahis par les créateurs tandis que les consommateurs de culture se raréfient terriblement.

Il faut nous y habituer, l’art ne vient plus des collections, des bibliothèques et des musées, il ne répond plus aux normes du commissariat, il ne rentre plus dans les clous; c’est une exhibition totale, permanente, auto-produite et auto-satisfaisante qui compose aujourd’hui notre environnement. « L’art d’avant-garde est élaboré pour une population d’artistes » commente Boris Groys. La mort de Dieu et de la figure sacrée du Père, dans les esprits occidentaux, a tracé la voie de l’auto-design. On ne se préoccupe plus, dès lors, du salut de son âme mais de son apparence physique et de son image de marque. Bien plus, on la construit, on n’a jamais fini de la fabriquer. Il faut, pour être populaire, conserver ou gagner ses galons, endosser sa responsabilité esthétique, se prêter au jeu de l’individu-artefact.

Évidemment, et heureusement pour les derniers tenants de la morale platonicienne, un monde entièrement esthétisé, « designé » ne peut manquer de susciter la méfiance. On doutera autant du sourire d’un homme politique en prime time que de la perfection de la peau de sa nouvelle conquête tant qu’on ne l’aura pas aperçue sans maquillage. Le chef-d’œuvre de l’auto-design consiste donc à produire un vernis de sincérité pour s’octroyer la confiance de l’autre, et a fortiori du public.

C’est le processus de « going public » (titre original de l’essai, que l’on peut traduire littéralement par « devenir-public ») qui caractérise ce que l’on nomme – sans vraiment savoir ce que l’on nomme – l’art contemporain. N’importe qui peut se targuer de faire de l’art, de l’exposer au monde entier par le biais des réseaux sociaux. Il n’est même plus nécessaire de fournir une preuve physique de son activité artistique, car après tout, le règne du projet sous lequel nous vivons est si contraignant que nous pouvons nous autoriser à admirer une oeuvre avant même qu’elle n’ait une existence tangible. Ce qui compte, c’est l’attitude, l’être-artiste et il suffit de le proclamer et de s’en donner l’air, l’image, pour lui donner sa réalité.

Comment, alors, distinguer un artiste d’un non-artiste ? Fondamentalement, un artiste est un rouage du monde de l’art, monde qui repose comme tout autre sur la division du travail. Mais trouver un critère de distinction est de la dernière difficulté, même pour les plus affutés des théoriciens. Portrait de l’artiste en apôtre sécularisé ? Construction de l’espace artistique ?

En tout cas, l’exemple du Carré noir de Malevitch, souvent décrié parce que « n’importe qui pourrait en faire autant » montre que l’oeuvre d’art en tant qu’objet est devenue, avec les artistes d’avant-garde, effectivement un objet culturel faible. Néanmoins, c’est l’aspect transcendantal du Carré noir, le fait que Malevitch ait délibérément conçu une œuvre d’art comme objet culturel à faible valeur, voire comme geste nul, qui en fait une oeuvre d’art. Que le Carré noir existe sous nos yeux comme une surface géométrique uniformément noire ne change rien à l’affaire.

Libre à chacun de ne voir dans les travaux de Pollock, Basquiat ou Yves Klein des gribouillages enfantins, nous aurons au moins tenté, avec Boris Groys et le secours (certes rébarbatif) de la théorie, de comprendre quelque chose à l’art contemporain…

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*Photo : Le jour ni l’heure.

Boris Groys – En public, poétique de l’auto-design, PUF.

Rousseau, le bonheur du panpan cul-cul

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rousseau confessions fessee

« Qui croirait que ce châtiment d’enfant, reçu à huit ans par la main d’une fille de trente, a décidé de mes goûts, de mes désirs, de mes passions, de moi pour le reste de ma vie, et cela précisément dans le sens contraire à ce qui devait s’ensuivre naturellement ? », s’interroge Rousseau, dans le Livre I des Confessions. Le châtiment en question est une fessée, et une fessée célèbre, entrée dans l’histoire littéraire sous le nom de « La fessée de Mlle Lambercier », sœur du pasteur chez qui il est mis en pension à Bossey, en Haute-Savoie. Tout le passage est merveilleusement ambigu, et aujourd’hui encore susceptible de multiples interprétations, mais il semblerait que la plus simple soit aussi la plus scandaleuse : Rousseau a adoré ça. « Ce qu’il y a de plus bizarre est que ce châtiment m’affectionna davantage encore à celle qui me l’avait imposé. » [access capability= »lire_inedits »]

Alors que la France vient d’être rappelée à l’ordre par le Conseil de l’Europe, comme d’habitude me direz-vous, pour ne pas respecter un traité interdisant le châtiment corporel des enfants, notre cher Jean-Jacques nous met sans doute sur une piste susceptible d’expliquer cette brutale intrusion dans nos mœurs. On pourrait penser que dans la grande croisade à base de moraline qui va de la prohibition du tabac à l’interdiction de la corrida en passant, donc, par les « droits de l’enfant », le Conseil de l’Europe veut éviter le traumatisme de la fessée et l’humiliation qu’elle représente plus que la douleur d’ailleurs, ce que confirme encore Rousseau :  « J’avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m’avait laissé plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef par la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe, le même châtiment reçu de son frère ne m’eût point du tout paru plaisant. » Le problème, on le voit, est que c’est cette humiliation elle-même qui est source de plaisir.

On ne saurait être plus clair. La fessée enfantine est une chance unique, celle d’une vie amoureuse pimentée et originale, et il n’est pas étonnant que la France paraisse vouloir faire de la résistance à cette normalisation de l’érotisme, puisque que le libertinage est l’une de ses spécialités comme le fromage au lait cru qui insupporte une Commission hygiéniste et puritaine. On conseillera donc, outre Rousseau, la lecture du délicieux Éloge de la fessée de Jacques Serguine pour contre-attaquer et demander le classement de la fessée à la française au patrimoine immatériel de l’Unesco, au même titre que le repas gastronomique avec, bien sûr, un bon panpan cul-cul en guise de dessert.[/access]

Eloge de la fessée

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*Photo : jlggb.

Belmondo dans la peau

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itineraire enfant belmondo

À la question « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », j’ai répondu spontanément : « Jean-Paul Belmondo ». J’avais sept ans, l’âge de raison. Une évidence, une révélation aussi pour n’importe quel gamin de ma génération. Aujourd’hui encore, à quarante ans, je regarde avec suspicion, l’homme qui n’a pas voulu être Belmondo, comme si ce vieil enfant avait souffert d’une maladie, d’un manque, d’un traumatisme peut-être. Je le plains sincèrement. Belmondo a rempli notre vie. Il est venu combler nos existences brouillonnes. Architecte de nos pensées, il a consolidé nos fragiles fondations. Sans lui, que serions-nous devenus ? Sans lui, aurions-nous découvert Félicien Marceau, Antoine Blondin, Charles Denner, Michel Beaune, Claude Brosset, les Ford Mustang blindées, la Jaguar XJ6 de L’Héritier, la Super Seven de Flic ou Voyou, la Fiat 131 Supermirafiori du Professionnel, Rémy Julienne, François de Roubaix, Geneviève Bujold, Maureen Kerwin, les arrivées en hors-bord ou la peau cuivrée de Carlos Sotto Mayor ? Son monde à lui était plus beau que le nôtre. Assurément. Il arrivait dans nos salons, pétard en main, sourire moqueur, charmeur et bagarreur, en réveillant nos espoirs. Il enchantait nos dimanches soirs à coup de dérapages. La vie, après son passage, ne serait plus jamais pareille. Elle sortait de l’écran. Elle galopait sans limite. Elle réchauffait les cœurs les plus secs. Les coutures avaient cédé, il était temps de jeter notre corset. Sans cette cavalcade infernale, nous aurions été accablés par notre insignifiance, notre désespérante condition. Nous étions rien, il était tout. Belmondo a fait exploser notre cadre. Il a accéléré notre rythme cardiaque, nos désirs, notre élocution, ses mots résonnaient dans notre for intérieur comme des appels à la liberté. La nuit, il continuait son long travail de désobéissance, en nous incitant à prendre la tangente, à ne jamais suivre les chemins balisés.

Quel merveilleux professeur ! Plus tard, en vieillissant, nous avons toujours décelé chez les hommes qui avaient aimé Belmondo, cette trace d’insouciance, ce reste d’enfance, cette connivence d’instinct, cette émotivité à fleur de peau. Avec les années, nous avons cessé de le défendre face aux nabots qui répétaient les mêmes âneries, scindant doctement l’acteur en deux entités distinctes et irréconciliables. Le Belmondo de la Nouvelle Vague et le Belmondo commercial des années 80. Ces prétentieux n’avaient rien compris au film. Avec leurs gros sabots idéologiques, ils étaient bien incapables d’apprécier les sous-ensembles flous. Belmondo joue dans les interstices. Acteur secret et complexe, pudique à l’extrême, il n’a rien du balourd en cuir qui dégaine plus vite que son ombre. Ses personnages sont toujours des héros en bout de course, leur victoire éphémère contre le Mal, ne leurre pas. Leurs acrobaties, leur pétulance, leur désinvolture cachent une profonde mélancolie. Belmondo cherche sans cesse cet ailleurs dont on ne guérit jamais. Les manques imaginaires sont les plus délicats à combler. Belmondo a conservé la désinvolture des hommes qui souffrent en silence. Son combat gagné face à la maladie, sa discrétion devant les médias sauf quand il s’agit de parler de son père et du musée qui lui est dédié à Boulogne-Billancourt, nous émeuvent. Depuis quarante ans, nous vivons avec le mystère Belmondo, il nous enchante et nous nourrit.

Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch en version remasterisée – Marco Polo Production – (Sortie 6 mai)

Musée Paul Belmondo – Boulogne-Billancourt – Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi de 14h à 18h et du samedi au dimanche de 11h à 18h (fermeture de la caisse de la billetterie à 17h15).

Islandais, tu ne tueras plus d’Espagnols

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L’Islande est une île calme, très calme… Hormis l’ébullition de ses sources volcaniques et les quelques nuits alcoolisées de Reykjavík, l’Etat insulaire s’échauffe rarement. Pour ne pas dire jamais. De mémoire d’historien, la police n’a dû faire usage de ses armes à feu qu’une seule fois, en 2013, pour neutraliser un forcené qui tirait depuis la fenêtre de chez lui. Et pourtant, une information de la plus haute importance (comme dirait Pierre Dac) nous apprend que le commissaire du district des Fjords occidentaux, Jonas Gudmundsson, a abrogé, le 22 avril dernier, le décret rédigé par l’un de ses prédécesseurs stipulant que « les Espagnols peuvent être tués en toute impunité ». Ça ne rigole pas au large de la Norvège et du Groenland. Ari Magnusson édicta cette libérale permission en 1615, au lendemain du massacre de trente-deux Basques espagnols, chasseurs de baleine, dans des circonstances et pour un différend que tout le monde ignore aujourd’hui. L’histoire ne retient pas davantage les motivations de ce texte, défense d’intérêts particuliers ou protectionnisme vigoureux, le pays étant alors confronté aux embargos danois, aux attaques pirates et aux épidémies diverses. Une certitude cependant, il n’a jamais révélé, ou réveillé, une folie meurtrière chez les Islandais à l’encontre des Hispaniques. On dit même que des touristes espagnols viennent régulièrement passer leurs vacances en Islande, par curiosité. Mais devoir de mémoire oblige, l’abrogation de ce décret a été suivie de l’inauguration d’une stèle en hommage aux victimes, à Holmavik, en présence des descendants d’un de ces pêcheurs Basques et d’un des meurtriers. La cérémonie fut digne et émouvante. Rêvons – l’espoir fait vivre – que ce bel exemple d’amitié retrouvée entre Midi et Septentrion inspirera quelques pensées pacifiques aux énervés qui s’activent toujours sous des cieux nettement plus chauds, du côté de la péninsule arabique.

«Dans 120 ans, il y aura des spectateurs dans les salles»

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120 ans Gaumont

Alors que Gaumont, plus ancienne société cinématographique au monde, fête ses 120 ans, son président Nicolas Seydoux, à la tête de l’entreprise depuis 1975, est « absolument convaincu de l’avenir du cinéma » pour les 120 prochaines années.

« Gaumont est née avec le cinéma et a traversé toutes les crises vécues par le cinéma et la France. Cela signifie deux guerres, la décolonisation, et au minimum une crise économique majeure », raconte à l’AFP Nicolas Seydoux, 75 ans, dont l’entreprise fête son anniversaire avec une exposition au Centquatre à Paris et un livre (120 ans de cinéma, Gaumont, La Martinière).

« Cela signifie aussi d’être passé d’un statut très particulier, le monopole de l’image animée, dont bénéficiait le cinéma jusqu’en 1945, à une concurrence d’abord avec le petit écran et ensuite avec la multiplicité des écrans individuels », poursuit cet héritier de la famille d’industriels Schlumberger, dont les deux frères, Jérôme et Michel, sont respectivement président de Pathé et producteur de cinéma. Il est aussi le grand-oncle de l’actrice Léa Seydoux.

Créée par Léon Gaumont en 1895, année de l’invention du cinéma, Gaumont fabrique au départ des appareils de projection et de prises de vues, avant de se diversifier dans la production puis les salles.

Avec 190 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014, elle est aujourd’hui l’une des principales sociétés françaises de production, distribution et exploitation, dont l’histoire est jalonnée de plus de mille films, avec de nombreuses comédies, de Fantômas de Louis Feuillade à Intouchables en passant par Les Visiteurs et Le Dîner de cons.

Associée avec Pathé pour l’exploitation des salles, Gaumont s’est aussi développée ces dernières années dans la production de séries télé – notamment aux Etats-Unis (Hannibal, Hemlock Grove) –, qui représente aujourd’hui près de la moitié de son chiffre d’affaires.

« Je pense que l’objectif est tout à fait clair. C’est d’être un acteur majeur dans le cinéma en France, et donc en Europe, et un acteur significatif dans la télévision », souligne son président, qui se dit « très satisfait d’avoir fait d’une de ses passions son métier ».

Nicolas Seydoux © AFP MARTIN BUREAU

Pourtant, quand Nicolas Seydoux est arrivé à la tête de Gaumont il y a 40 ans, « les gens ne croyaient pas à l’avenir du cinéma », se souvient celui qui se définit comme « un entrepreneur » mais non « un industriel », car dit-il, « un film, c’est vraiment de l’artisanat ».

En 1975, « Gaumont vivait la télévision comme un ennemi », ajoute l’homme d’affaires, qui a cédé en 2004 la direction opérationnelle de Gaumont à sa fille, Sidonie Dumas, tout en restant président du conseil de surveillance.

« Ce que je constate, c’est que, 40 ans plus tard, il y a plus de spectateurs dans les salles et que le pourcentage des films français vus par les Français est supérieur à ce qu’il était il y a 40 ans », poursuit-il, jugeant que « le cinéma français va bien ».

« J’en veux pour preuve le renouvellement des talents », dit-il. « Si le cinéma n’était fait que par des gens de mon âge, on pourrait être très inquiet. Mais ce n’est pas le cas ».

Nicolas Seydoux se dit par ailleurs « convaincu que l’omniprésence de l’écran individuel renforce aujourd’hui l’envie de se retrouver ensemble » au cinéma.

« Je crois au fait que demain, dans 120 ans, il y aura des spectateurs dans les salles de cinéma », dit cet homme alerte au fin collier de barbe.

« Mais deux conditions doivent être remplies, et d’abord que le téléchargement illicite non seulement arrête de se développer, mais soit sérieusement freiné », estime celui qui préside également depuis 2002 l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa).

Par ailleurs, « il faut que Bruxelles ne ramène pas le droit d’auteur à une absence de droit des auteurs », met-il en garde, alors que la Commission européenne prépare actuellement des propositions de réforme qui inquiètent les milieux artistiques.

*Photos : © AFP/Archives Jean-Pierre Muller et © AFP Martin Bureau

120 ans de cinéma, Gaumont

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Taxi Téhéran: l’Iran en caméra cachée

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Taxi Téhéran Jafar Panahi

Pour avoir contesté le régime iranien, on sait que Jafar Panahi a fait de la prison et qu’il lui est désormais interdit de quitter le territoire et de réaliser des films. C’est donc de manière totalement clandestine que le cinéaste persiste à tourner et à montrer ses films à l’étranger (Taxi Téhéran a obtenu l’Ours d’or au dernier festival de Berlin).

Connaissant le tragique de cette situation, on pouvait craindre de découvrir une œuvre œcuménique qui flatterait la bonne conscience des cinéphiles festivaliers et autres lecteurs de Télérama. Or Panahi a l’intelligence de prendre le contre-pied d’une certaine tendance au cinéma engagé, pleurnichard et « victimaire ». On est même surpris que le film dégage une telle légèreté alors qu’en filigrane se dessine une vue en coupe de la société iranienne sombre et pessimiste.

Le dispositif du film est tout simple et rappelle celui de Ten de Kiarostami : Panahi s’improvise chauffeur de taxi (alors qu’il s’oriente visiblement assez mal dans Téhéran) et filme les passagers qu’il embarque dans son automobile. Mais là où, en dépit de ses indéniables qualités, je trouvais le film de Kiarostami un peu rigide et théorique (on était presque du côté d’une installation d’art contemporain), Taxi Téhéran surprend sans arrêt par sa malice et sa bienveillance.

Avec des moyens réduits au minimum, le cinéaste parvient à réaliser un film ambitieux sans être pompeux, engagé sans être pontifiant, drôle mais avec un fond constant de gravité.

Le cinéaste s’amuse d’abord à brouiller les frontières entre la fiction et le documentaire. Les premiers passagers qu’il embarque se livrent à une discussion autour de la peine de mort. Lui trouve que l’on devrait punir sévèrement les petits voleurs tandis que l’institutrice estime que ce n’est pas la solution. Au cours de cette conversation à bâtons rompus, le passager réalise que son chauffeur n’est pas très doué et émet des soupçons quant à sa véritable profession. C’est le deuxième passager, un vendeur de DVD pirates, qui reconnaîtra Jafar Panahi et qui entamera une longue discussion avec lui autour des films. Même si le cinéaste tient son propre rôle, on devine rapidement que les situations mises en scène sont fictives. Pendant tout le temps du film, il jouera sur cette mise en abyme pour interroger le statut des images : le testament d’un motard renversé sera filmé avec un téléphone, la nièce du cinéaste profite de son séjour dans l’habitacle pour réaliser son propre film… Constamment, l’œuvre est parcourue par l’idée que l’image est un bien précieux et que filmer peut (doit?) être un geste de résistance. Si le motard blessé souhaite établir son testament, c’est pour que la loi ne spolie pas sa femme. Et quand l’espiègle nièce énumère tous les interdits qui pèsent sur son futur film (respect du voile islamique, pas de contacts entre filles et garçons, pas de « noirceur »…), on comprend que le cinéaste ironise sur la mainmise de l’État sur les images (les DVD pirates se vendent sous le manteau et deviennent une marchandise précieuse).

Le dispositif qui met constamment en abyme la puissance de subversion des images se double d’un tableau en coupe de la société iranienne. Il y a une vraie beauté dans les rues de Téhéran qui défilent derrière les vitres du pare-brise. Panahi, quoique d’une manière très différente, s’inscrit dans la tradition du néoréalisme italien et filme avec beaucoup de talent la vie qui continue malgré tout. Chacun des personnages qu’il va accueillir dans sa voiture apportera avec lui une question de « société » sans pour autant réduire le film à un épinglage de « types » bien définis. C’est au détour d’une conversation qu’on réalise à quel point les femmes sont dépouillées des droits les plus élémentaires en Iran (ne serait-ce que celui de se rendre au stade, comme Panahi l’avait déjà montré dans Hors-jeu). Sans testament du mari, une épouse est quasiment condamnée à la rue (ce qui nous vaut une scène très drôle que je ne dévoilerai pas – sans mauvais jeu de mots).

De la même manière, dans une séquence très belle, un petit garçon des rues trouve un billet dans la rue et refuse de le rendre au riche marié qui l’a perdu. Sans pathos, le cinéaste dresse un constat terrible sur l’état d’un pays où la misère, les petits trafics et le système D cohabitent tant bien que mal. Tout cela est montré sans lourdeur ni démonstration mais avec humour, et une grande bienveillance.

Alors qu’il met sa propre liberté en danger, Panahi choisit de se moquer du joug qui pèse sur ses épaules et de rendre hommage au peuple iranien qui fait face aux difficultés et continue à vivre.

Il faudrait davantage développer sur l’intelligence du montage – les beaux raccords entre la caméra embusquée dans la voiture et les images « domestiques » des téléphones et appareils photos – et l’habileté de la mise en scène pour donner du corps à la construction très élaborée du récit. Pour le coup, mes termes seront un peu ronflants, mais Taxi Téhéran est à la fois une belle leçon de cinéma et une exemplaire leçon de vie.

Taxi Téhéran (2014) de et avec Jafar Panahi en salle depuis le 15 avril.

*Photo : Berlinale/Photoshot

Plenel et l’islamophobie: on a les Zola qu’on mérite

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Dans un article à la gloire d’Edwy Plenel, le patron de presse marocain Ahmed Charai qualifie le justicier de Mediapart de « Juste parmi les justes ». L’auteur de « Pour les musulmans » y est comparé à son modèle, Zola, qui avait écrit un article intitulé « Pour les Juifs ».

J’ignore si la modestie de Plenel a souffert en lisant ce dithyrambe. Il aura suffi de remplacer Juif par musulmans, pour réaliser ce tour de bonneteau. Et de là à comparer les « musulmans » à autant de Dreyfus, il n’y a qu’un pas. Rapidement franchi lorsque Ahmed Charai, ­— dont la haute voix s’est pourtant élevée à la condamnation radicale de l’antisémitisme et pour la défense de la laïcité — stigmatise avec Plenel, la déclaration d’un « académicien » (qui vous savez) déclarant « qu’il y a un problème avec l’Islam ». Et que telle déclaration méconnaissait sans doute qu’« Il y a deux siècles, on a accepté en France que dans le débat public, certains affirment qu’il y avait un problème avec les Juifs. On sait comment cela s’est terminé. » Mais un problème avec l’Islam (qui en a plus d’un) doit-il être un problème avec les musulmans ? Tout dépend, bien entendu, de la manière dont les musulmans règlent leur problème avec l’Islam dont les diverses facettes conflictuelles, idéologiques et politiques provoquent de nombreux massacres. Que les musulmans puissent en développer quelque phobie n’est pas le sujet de cette note.

Toujours est-il que les musulmans, nous est-il affirmé, sont tous, pratiquants ou agnostiques, victimes de la stigmatisation. J’en parlerai à mon épicier préféré avec l’espoir qu’il me fasse une petite ristourne sur le kilo d’oranges. Et comme c’est un « Amazig », un « homme libre », nous rirons, bien ensemble, j’ose l’espérer.

J’abrège : en luttant contre « l’islamophobie », comparée à l’antisémitisme, Edwy Plenel s’affirmerait donc, en grand « humaniste », « Juste parmi les justes ». Mais où donc est son mérite ? Ses risques sont- ils comparables à ceux qui aidaient et cachaient au péril de leur vie les Juifs voués aux camps d’extermination ?

Ou alors les « cités », illustrant un « apartheid » abreuvé de millions d’euros d’investissements économiques et sociaux dont on désespère de tout effet mutatif, seraient-elles comparables aux camps nazis et le RER aux trains de la mort ?

Décidément, il pleut, à devenir claustrophobe.

Caron vs Fourest : Gôche contre gôche

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caroline fourest aymeric caron

caroline fourest aymeric caron

C’est mon deuxième article sur Caroline Fourest en moins d’une semaine. Ce n’est cependant pas par gourmandise. Il se trouve qu’elle fait paraître un livre ces jours-ci et qu’elle est de ceux que l’on voit partout en de telles occasions. Et une fois de plus, l’opportunité nous est offerte d’expérimenter les porte-à-faux de la gauche, les impensés de sa générosité fanatique.

Samedi 2 mai, Caroline Fourest était l’invitée de Laurent Ruquier. Face à elle, Aymeric Caron campait le méchant de service, comme à son habitude. Il paraissait assez remonté contre l’invitée qui, en retour, n’a pas mâché ses mots. D’après Caroline Fourest, Aymeric Caron fait partie d’une gauche « idiote et aveugle », il fait de surcroît « les poubelles d’Internet ». Et la même d’asséner après coup : « il faut le dire quand un petit con est un petit con ». À la dernière phrase près (être chatouilleux quant à sa propre légitimité, est-ce une forme de connerie ?), on a presque envie de lui répondre que c’est l’hôpital qui se moque de la charité. Lorsque l’on passe son temps à « twitter » pour dénoncer les pensées brunâtres que l’on prête aux uns, les bondieuseries dont se rendent coupables les autres, on ne vient pas reprocher à certains d’en faire autant. Sauf à vouloir désarçonner la concurrence. En réalité, Caron et Fourest ont, comme disait l’autre, « un numéro de cirque : y’en a un qui épluche les oignons et l’autre qui pleure ».

Alors quoi, sexiste Aymeric Caron ? Certainement pas, il était tout aussi virulent et sournois face à des gens comme Zemmour, Naulleau, Dupont-Aignan ou Asselineau sans que Caroline Fourest ne s’en soit émue. Et il n’a pas épargné non plus Natacha Polony, ex-consœur, plus droitarde il est vrai. Pourquoi donc s’en est-il pris rageusement à quelqu’un qui travaille pour la même crèmerie ? Parce qu’une scission s’est opérée au sein de la gauche ces trente dernières années, scission dont Fourest et Caron témoignent dans leurs échanges. Et ce qui est particulièrement hypocrite chez Fourest, c’est qu’elle récolte aujourd’hui ce qu’elle a semé hier. Bien entendu, elle n’est pas nommément responsable de ce dont je vais faire état plus bas au sens où elle n’a rien initié ; lorsque la gauche est arrivée au pouvoir et que sa schizophrénie est devenue manifeste, Fourest, Caron, et moi-même d’ailleurs, étions encore tous trois au jardin d’enfants, elle jouant aux cowboys, nous autres à la marelle. Toutefois, elle est responsable car ses combats perpétuent le long processus de déracinement qui rend de nos jours la France incapable de faire face aux dangers qui la menacent et qu’elle couve.

L’esprit de gauche est né de l’ardent désir de changer le monde, de le rendre meilleur qu’il n’est. C’est un projet éminemment sympathique et on passe inévitablement pour un salopard lorsqu’on n’y souscrit pas sans réserve. Dans « changer le monde », il y a l’idée d’un mieux à venir conjuguée à celle d’une fraternité sans frontières. Dans « changer le monde », il y a donc un double appétit pour un perpétuel renouvellement « sociétal » et les cultures venues d’ailleurs. Dans « changer le monde » sont résumés les deux grands tropismes de l’esprit de gauche : le progressisme et l’exotisme. Le colonialisme qui – on ne le rappelle jamais assez – est une œuvre de gauche, combinait ces deux dimensions ; le dessein d’alors était de faire profiter les rustres du monde entier du génie de nos Lumières dont ils ne pouvaient être conscients ; le progressisme prétendait atteindre l’exotisme. Portées par l’espoir – et l’appel d’air – que suscite l’empire des droits de l’homme, ces deux tendances abstraites ont fini par faire la douloureuse expérience du réel. Et c’est dans la priorité à donner à l’une ou à l’autre (progressisme ou exotisme) que l’ensemble des meilleurs d’entre nous s’est finalement scindé en deux chapelles. D’un côté les inconditionnels du changement permanent, de l’autre les zélateurs d’un altruisme universel. Caroline Fourest fait partie des premiers, Aymeric Caron des seconds.

Voyons à présent comment, à partir d’un projet commun, ces belles âmes en sont venues à ne plus pouvoir se sentir. La gauche aura été le maître d’œuvre d’une entreprise de déconstruction à laquelle la droite a très souvent participé sous l’emprise d’une intimidation intellectuelle et morale. Parvenue au pouvoir, contrainte très tôt d’admettre son échec sur un plan économique, la gauche a donné le change sur un plan moral en agitant des épouvantails. La lutte contre le Front national, encore anodin, devenait l’occasion de légitimer une politique sans queue ni tête, aventureuse, arc-boutée à la vague idée de… « changer le monde ». Et afin d’assortir progressisme et exotisme, il a bien fallu que le premier réserve les plus grands égards au second, au point que la classe ouvrière et le monde rural, mannes instinctives de la gauche, s’en sont peu à peu détournés, relégués et remplacés dans les cœurs par les masses immigrées. L’immigré devenait ainsi le parangon de l’être asservi, celui dont il fallait défendre le droit à la différence, le remède contre la mesquinerie des Dupont Lajoie. Le « pays-des-droits-de-l’homme », lui, se transformait en auberge espagnole.

Lorsque l’on invite des coutumes lointaines à s’installer de manière monolithique sur un territoire déjà acquis à une culture locale, une incompréhension et un désintérêt réciproques finissent tôt ou tard par se faire jour. C’est une loi universelle que la France refuse d’admettre depuis une quarantaine d’années. Une acculturation doit être provoquée et elle ne peut l’être en disant aux nouveaux arrivants « faites comme chez vous ». Le seul moyen d’y parvenir n’est pas l’exaltation des droits – qui contentent mais ne rassemblent en aucune manière. Le seul moyen d’y parvenir est l’entretien affectif d’un dénominateur commun qui doit forcément davantage à l’autochtone qu’à l’immigré. La France lui a longtemps donné le nom générique de « nation ». Revenue des horreurs du colonialisme dont elle fait dorénavant porter le chapeau à la droite (qui parfois ne demande pas mieux), la gauche en a tiré les leçons, et plutôt que d’imposer le progressisme à l’exotisme, elle a changé son fusil d’épaule. C’est à présent l’exotisme qui est appelé à s’approprier le progressisme, fût-ce sur son propre sol, la « patrie des droits de l’homme », à la faveur d’une promesse de confort. Suspecte de lèse-charité, la nation aux parois trop étanches a été sabordée.

Caroline Fourest, plus encore qu’Aymeric Caron, aura compté au nombre des ingénieurs en sape. Allergique à toutes sortes d’assignations sociales et identitaires, le besoin de valeurs communes – blasphème mis à part – n’a jamais été l’aîné de ses soucis, toute à ses rêves d’une humanité hors-sol. Transcendance, racines, tradition, autorité, autant de mots qui l’insupportent, et auxquels, pourtant, le monde entier demeure sensible. L’Islam en particulier, lui que la gauche a accueilli à bras ouverts en lui permettant ainsi d’occuper, en tant que référent identitaire, la place laissée vacante par la francité, offerte en pâture au Front national. Et voilà à présent la dame qui s’étonne que l’exotisme prenne le pas sur le progressisme, que certains ne se sentent pas « Charlie » ou que d’autres puissent se mettre un chiffon sur la tête au nom des droits de l’homme ! Au moins Aymeric Caron est-il plus cohérent. Cohérent dans l’inconscience.

À la croisée du progressisme et de l’exotisme, le contenu de l’«antiracisme» est ainsi devenu pomme de discorde. Nous sommes en pleine farce, car en définitive, que sont les reproches que l’icône Fourest adresse à Caron l’histrion ? Ceux qu’une gauchiste qui continue de creuser des trous pour miner toute fondation fait à un gauchiste qui, lui, s’évertue à les boucher avec une infrastructure venue d’ailleurs.

Eloge du blasphème: essai

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FN: dernier 1er mai pour le Menhir?

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Marine Le Pen Jean-Marie 1er mai

Marine Le Pen Jean-Marie 1er mai

Paris (AFP) – Marine Le Pen a fait dimanche un pas de plus vers la mise à l’écart définitive de son père, estimant que Jean-Marie Le Pen ne devait « plus pouvoir s’exprimer au nom du Front national », après ses prises de position polémiques.

Cette prise de position catégorique intervient à la veille de la convocation du « patriarche » frontiste devant le bureau exécutif du FN, la plus haute instance du parti, qui se réunit lundi en formation disciplinaire pour étudier d’éventuelles sanctions contre lui.

« Jean-Marie Le Pen ne doit plus pouvoir s’exprimer au nom du Front national, ses propos sont contraires à la ligne fixée », a tranché la présidente du FN sur le plateau du Grand Rendez-vous Europe 1-Le Monde-iTELE. « Il ne faut pas que ses propos engagent le mouvement ».

Président d’honneur du mouvement qu’il a cofondé, Jean-Marie Le Pen a multiplié les provocations début avril : réaffirmation de sa position sur les chambres à gaz « détail » de l’Histoire de la guerre, défense du maréchal Pétain et du « monde blanc », et critique en règle de la démocratie comme système politique.

« Les derniers actes qui ont été les siens sont inadmissibles », a jugé la patronne du FN, qui a « le sentiment qu’il ne supporte pas que le Front national continue à exister alors qu’il n’en a plus la direction ».

« Je pense qu’il outrepasse complètement les prérogatives que lui donne son statut personnel », a-t-elle affirmé. « Ce que je souhaite, moi, c’est que la volonté des adhérents du Front national soit respectée », a-t-elle déclaré, ne manquant pas de rappeler que « les adhérents du Front national (l’)ont élue avec 100% des suffrages sur une ligne politique extrêmement claire ».

« C’est celle-là qu’ils veulent voir appliquer », a martelé celle qui œuvre à la dédiabolisation du parti d’extrême droite. Les militants « ne peuvent pas imaginer que ceci soit perturbé volontairement par des actes qui finissent de manière récurrente par devenir quasiment des actes de malveillance ».

– « Un abîme de perplexité » –

Un sondage BVA-Orange-iTELE publié samedi arrive d’ailleurs à point nommé pour conforter Marine Le Pen dans sa stratégie: près d’un Français sur trois (32%) souhaite qu’elle ait davantage d’influence dans la vie politique française – son meilleur score sur cet indicateur –, alors que Jean-Marie Le Pen voit sa « cote d’influence » plonger à 2%.

BVA souligne que Marine Le Pen a « su utiliser cette séquence pour poursuivre son entreprise de dédiabolisation du FN, en marquant la distance avec son père ».

Au-delà des aspects purement politiques, Marine Le Pen semble avoir été blessée par l’attitude de son père lors du défilé traditionnel de son parti le 1er mai. Bousculant la mise en scène, « le Menhir », comme il est parfois surnommé, était monté à la tribune place de l’Opéra pour saluer la foule, à quelques mètres du pupitre où sa fille s’apprêtait à commencer son discours. Quelque peu interdite, elle était restée silencieuse jusqu’à ce que son père quitte la tribune.

« Je pense que c’était un acte malveillant de sa part, je pense que c’était un acte méprisant à mon égard », a-t-elle déploré dimanche, avant de lâcher : « J’avoue que cela me plonge dans un abîme de perplexité ».

Plus que jamais incontrôlable, Jean-Marie Le Pen, dont la présence lundi au bureau exécutif n’est pas encore certaine (« Je ferai connaître cela en temps utile. Je me repose pour l’instant », a-t-il confié samedi à l’AFP), pourrait payer au prix fort ce dernier affront personnel lors du bureau exécutif.

L’homme doit être malgré tout ménagé, tant il est « apprécié par le peuple militant du Front national » notait un élu FN de Saint-Nazaire dans le cortège parisien du 1er mai.

Les membres de la direction n’ont pas tous la même position sur le « cas Le Pen ». Mais « on se doute bien que le bureau exécutif suivra l’avis de la présidente », relève un parlementaire du parti.

*Photo : © AFP KENZO TRIBOUILLARD

L’art, cette grande putain planétaire

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auto design boris groys

auto design boris groys

Quand Nietzsche prophétisait sur l’humanité à venir, il décrivait une plage de sable fin où tous les humains seraient très égaux, très ronds, très conciliants, très ennuyeux… Le futur de Nietzsche est devenu notre présent. Boris Groys, dans son essai En Public, Poétique de l’auto-design, montre que la principale conséquence de cet état de chose, c’est qu’il ne convient plus à l’art d’aujourd’hui d’être perçu  comme une opposition entre l’artiste et le spectateur. Il faut lui préférer désormais le modèle du créateur universel, institué par l’ère du numérique et de l’immédiateté, et remplacer  l’esthétique par la poétique, ou plus précisément « l’auto-poétique » c’est à dire  la création de soi-même. Voilà pourquoi et comment nous sommes désormais envahis par les créateurs tandis que les consommateurs de culture se raréfient terriblement.

Il faut nous y habituer, l’art ne vient plus des collections, des bibliothèques et des musées, il ne répond plus aux normes du commissariat, il ne rentre plus dans les clous; c’est une exhibition totale, permanente, auto-produite et auto-satisfaisante qui compose aujourd’hui notre environnement. « L’art d’avant-garde est élaboré pour une population d’artistes » commente Boris Groys. La mort de Dieu et de la figure sacrée du Père, dans les esprits occidentaux, a tracé la voie de l’auto-design. On ne se préoccupe plus, dès lors, du salut de son âme mais de son apparence physique et de son image de marque. Bien plus, on la construit, on n’a jamais fini de la fabriquer. Il faut, pour être populaire, conserver ou gagner ses galons, endosser sa responsabilité esthétique, se prêter au jeu de l’individu-artefact.

Évidemment, et heureusement pour les derniers tenants de la morale platonicienne, un monde entièrement esthétisé, « designé » ne peut manquer de susciter la méfiance. On doutera autant du sourire d’un homme politique en prime time que de la perfection de la peau de sa nouvelle conquête tant qu’on ne l’aura pas aperçue sans maquillage. Le chef-d’œuvre de l’auto-design consiste donc à produire un vernis de sincérité pour s’octroyer la confiance de l’autre, et a fortiori du public.

C’est le processus de « going public » (titre original de l’essai, que l’on peut traduire littéralement par « devenir-public ») qui caractérise ce que l’on nomme – sans vraiment savoir ce que l’on nomme – l’art contemporain. N’importe qui peut se targuer de faire de l’art, de l’exposer au monde entier par le biais des réseaux sociaux. Il n’est même plus nécessaire de fournir une preuve physique de son activité artistique, car après tout, le règne du projet sous lequel nous vivons est si contraignant que nous pouvons nous autoriser à admirer une oeuvre avant même qu’elle n’ait une existence tangible. Ce qui compte, c’est l’attitude, l’être-artiste et il suffit de le proclamer et de s’en donner l’air, l’image, pour lui donner sa réalité.

Comment, alors, distinguer un artiste d’un non-artiste ? Fondamentalement, un artiste est un rouage du monde de l’art, monde qui repose comme tout autre sur la division du travail. Mais trouver un critère de distinction est de la dernière difficulté, même pour les plus affutés des théoriciens. Portrait de l’artiste en apôtre sécularisé ? Construction de l’espace artistique ?

En tout cas, l’exemple du Carré noir de Malevitch, souvent décrié parce que « n’importe qui pourrait en faire autant » montre que l’oeuvre d’art en tant qu’objet est devenue, avec les artistes d’avant-garde, effectivement un objet culturel faible. Néanmoins, c’est l’aspect transcendantal du Carré noir, le fait que Malevitch ait délibérément conçu une œuvre d’art comme objet culturel à faible valeur, voire comme geste nul, qui en fait une oeuvre d’art. Que le Carré noir existe sous nos yeux comme une surface géométrique uniformément noire ne change rien à l’affaire.

Libre à chacun de ne voir dans les travaux de Pollock, Basquiat ou Yves Klein des gribouillages enfantins, nous aurons au moins tenté, avec Boris Groys et le secours (certes rébarbatif) de la théorie, de comprendre quelque chose à l’art contemporain…

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*Photo : Le jour ni l’heure.

Boris Groys – En public, poétique de l’auto-design, PUF.

Rousseau, le bonheur du panpan cul-cul

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rousseau confessions fessee

rousseau confessions fessee

« Qui croirait que ce châtiment d’enfant, reçu à huit ans par la main d’une fille de trente, a décidé de mes goûts, de mes désirs, de mes passions, de moi pour le reste de ma vie, et cela précisément dans le sens contraire à ce qui devait s’ensuivre naturellement ? », s’interroge Rousseau, dans le Livre I des Confessions. Le châtiment en question est une fessée, et une fessée célèbre, entrée dans l’histoire littéraire sous le nom de « La fessée de Mlle Lambercier », sœur du pasteur chez qui il est mis en pension à Bossey, en Haute-Savoie. Tout le passage est merveilleusement ambigu, et aujourd’hui encore susceptible de multiples interprétations, mais il semblerait que la plus simple soit aussi la plus scandaleuse : Rousseau a adoré ça. « Ce qu’il y a de plus bizarre est que ce châtiment m’affectionna davantage encore à celle qui me l’avait imposé. » [access capability= »lire_inedits »]

Alors que la France vient d’être rappelée à l’ordre par le Conseil de l’Europe, comme d’habitude me direz-vous, pour ne pas respecter un traité interdisant le châtiment corporel des enfants, notre cher Jean-Jacques nous met sans doute sur une piste susceptible d’expliquer cette brutale intrusion dans nos mœurs. On pourrait penser que dans la grande croisade à base de moraline qui va de la prohibition du tabac à l’interdiction de la corrida en passant, donc, par les « droits de l’enfant », le Conseil de l’Europe veut éviter le traumatisme de la fessée et l’humiliation qu’elle représente plus que la douleur d’ailleurs, ce que confirme encore Rousseau :  « J’avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m’avait laissé plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef par la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe, le même châtiment reçu de son frère ne m’eût point du tout paru plaisant. » Le problème, on le voit, est que c’est cette humiliation elle-même qui est source de plaisir.

On ne saurait être plus clair. La fessée enfantine est une chance unique, celle d’une vie amoureuse pimentée et originale, et il n’est pas étonnant que la France paraisse vouloir faire de la résistance à cette normalisation de l’érotisme, puisque que le libertinage est l’une de ses spécialités comme le fromage au lait cru qui insupporte une Commission hygiéniste et puritaine. On conseillera donc, outre Rousseau, la lecture du délicieux Éloge de la fessée de Jacques Serguine pour contre-attaquer et demander le classement de la fessée à la française au patrimoine immatériel de l’Unesco, au même titre que le repas gastronomique avec, bien sûr, un bon panpan cul-cul en guise de dessert.[/access]

Eloge de la fessée

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*Photo : jlggb.

Belmondo dans la peau

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itineraire enfant belmondo

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À la question « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », j’ai répondu spontanément : « Jean-Paul Belmondo ». J’avais sept ans, l’âge de raison. Une évidence, une révélation aussi pour n’importe quel gamin de ma génération. Aujourd’hui encore, à quarante ans, je regarde avec suspicion, l’homme qui n’a pas voulu être Belmondo, comme si ce vieil enfant avait souffert d’une maladie, d’un manque, d’un traumatisme peut-être. Je le plains sincèrement. Belmondo a rempli notre vie. Il est venu combler nos existences brouillonnes. Architecte de nos pensées, il a consolidé nos fragiles fondations. Sans lui, que serions-nous devenus ? Sans lui, aurions-nous découvert Félicien Marceau, Antoine Blondin, Charles Denner, Michel Beaune, Claude Brosset, les Ford Mustang blindées, la Jaguar XJ6 de L’Héritier, la Super Seven de Flic ou Voyou, la Fiat 131 Supermirafiori du Professionnel, Rémy Julienne, François de Roubaix, Geneviève Bujold, Maureen Kerwin, les arrivées en hors-bord ou la peau cuivrée de Carlos Sotto Mayor ? Son monde à lui était plus beau que le nôtre. Assurément. Il arrivait dans nos salons, pétard en main, sourire moqueur, charmeur et bagarreur, en réveillant nos espoirs. Il enchantait nos dimanches soirs à coup de dérapages. La vie, après son passage, ne serait plus jamais pareille. Elle sortait de l’écran. Elle galopait sans limite. Elle réchauffait les cœurs les plus secs. Les coutures avaient cédé, il était temps de jeter notre corset. Sans cette cavalcade infernale, nous aurions été accablés par notre insignifiance, notre désespérante condition. Nous étions rien, il était tout. Belmondo a fait exploser notre cadre. Il a accéléré notre rythme cardiaque, nos désirs, notre élocution, ses mots résonnaient dans notre for intérieur comme des appels à la liberté. La nuit, il continuait son long travail de désobéissance, en nous incitant à prendre la tangente, à ne jamais suivre les chemins balisés.

Quel merveilleux professeur ! Plus tard, en vieillissant, nous avons toujours décelé chez les hommes qui avaient aimé Belmondo, cette trace d’insouciance, ce reste d’enfance, cette connivence d’instinct, cette émotivité à fleur de peau. Avec les années, nous avons cessé de le défendre face aux nabots qui répétaient les mêmes âneries, scindant doctement l’acteur en deux entités distinctes et irréconciliables. Le Belmondo de la Nouvelle Vague et le Belmondo commercial des années 80. Ces prétentieux n’avaient rien compris au film. Avec leurs gros sabots idéologiques, ils étaient bien incapables d’apprécier les sous-ensembles flous. Belmondo joue dans les interstices. Acteur secret et complexe, pudique à l’extrême, il n’a rien du balourd en cuir qui dégaine plus vite que son ombre. Ses personnages sont toujours des héros en bout de course, leur victoire éphémère contre le Mal, ne leurre pas. Leurs acrobaties, leur pétulance, leur désinvolture cachent une profonde mélancolie. Belmondo cherche sans cesse cet ailleurs dont on ne guérit jamais. Les manques imaginaires sont les plus délicats à combler. Belmondo a conservé la désinvolture des hommes qui souffrent en silence. Son combat gagné face à la maladie, sa discrétion devant les médias sauf quand il s’agit de parler de son père et du musée qui lui est dédié à Boulogne-Billancourt, nous émeuvent. Depuis quarante ans, nous vivons avec le mystère Belmondo, il nous enchante et nous nourrit.

Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch en version remasterisée – Marco Polo Production – (Sortie 6 mai)

Musée Paul Belmondo – Boulogne-Billancourt – Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi de 14h à 18h et du samedi au dimanche de 11h à 18h (fermeture de la caisse de la billetterie à 17h15).

Islandais, tu ne tueras plus d’Espagnols

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L’Islande est une île calme, très calme… Hormis l’ébullition de ses sources volcaniques et les quelques nuits alcoolisées de Reykjavík, l’Etat insulaire s’échauffe rarement. Pour ne pas dire jamais. De mémoire d’historien, la police n’a dû faire usage de ses armes à feu qu’une seule fois, en 2013, pour neutraliser un forcené qui tirait depuis la fenêtre de chez lui. Et pourtant, une information de la plus haute importance (comme dirait Pierre Dac) nous apprend que le commissaire du district des Fjords occidentaux, Jonas Gudmundsson, a abrogé, le 22 avril dernier, le décret rédigé par l’un de ses prédécesseurs stipulant que « les Espagnols peuvent être tués en toute impunité ». Ça ne rigole pas au large de la Norvège et du Groenland. Ari Magnusson édicta cette libérale permission en 1615, au lendemain du massacre de trente-deux Basques espagnols, chasseurs de baleine, dans des circonstances et pour un différend que tout le monde ignore aujourd’hui. L’histoire ne retient pas davantage les motivations de ce texte, défense d’intérêts particuliers ou protectionnisme vigoureux, le pays étant alors confronté aux embargos danois, aux attaques pirates et aux épidémies diverses. Une certitude cependant, il n’a jamais révélé, ou réveillé, une folie meurtrière chez les Islandais à l’encontre des Hispaniques. On dit même que des touristes espagnols viennent régulièrement passer leurs vacances en Islande, par curiosité. Mais devoir de mémoire oblige, l’abrogation de ce décret a été suivie de l’inauguration d’une stèle en hommage aux victimes, à Holmavik, en présence des descendants d’un de ces pêcheurs Basques et d’un des meurtriers. La cérémonie fut digne et émouvante. Rêvons – l’espoir fait vivre – que ce bel exemple d’amitié retrouvée entre Midi et Septentrion inspirera quelques pensées pacifiques aux énervés qui s’activent toujours sous des cieux nettement plus chauds, du côté de la péninsule arabique.

«Dans 120 ans, il y aura des spectateurs dans les salles»

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120 ans Gaumont

120 ans Gaumont

Alors que Gaumont, plus ancienne société cinématographique au monde, fête ses 120 ans, son président Nicolas Seydoux, à la tête de l’entreprise depuis 1975, est « absolument convaincu de l’avenir du cinéma » pour les 120 prochaines années.

« Gaumont est née avec le cinéma et a traversé toutes les crises vécues par le cinéma et la France. Cela signifie deux guerres, la décolonisation, et au minimum une crise économique majeure », raconte à l’AFP Nicolas Seydoux, 75 ans, dont l’entreprise fête son anniversaire avec une exposition au Centquatre à Paris et un livre (120 ans de cinéma, Gaumont, La Martinière).

« Cela signifie aussi d’être passé d’un statut très particulier, le monopole de l’image animée, dont bénéficiait le cinéma jusqu’en 1945, à une concurrence d’abord avec le petit écran et ensuite avec la multiplicité des écrans individuels », poursuit cet héritier de la famille d’industriels Schlumberger, dont les deux frères, Jérôme et Michel, sont respectivement président de Pathé et producteur de cinéma. Il est aussi le grand-oncle de l’actrice Léa Seydoux.

Créée par Léon Gaumont en 1895, année de l’invention du cinéma, Gaumont fabrique au départ des appareils de projection et de prises de vues, avant de se diversifier dans la production puis les salles.

Avec 190 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014, elle est aujourd’hui l’une des principales sociétés françaises de production, distribution et exploitation, dont l’histoire est jalonnée de plus de mille films, avec de nombreuses comédies, de Fantômas de Louis Feuillade à Intouchables en passant par Les Visiteurs et Le Dîner de cons.

Associée avec Pathé pour l’exploitation des salles, Gaumont s’est aussi développée ces dernières années dans la production de séries télé – notamment aux Etats-Unis (Hannibal, Hemlock Grove) –, qui représente aujourd’hui près de la moitié de son chiffre d’affaires.

« Je pense que l’objectif est tout à fait clair. C’est d’être un acteur majeur dans le cinéma en France, et donc en Europe, et un acteur significatif dans la télévision », souligne son président, qui se dit « très satisfait d’avoir fait d’une de ses passions son métier ».

Nicolas Seydoux © AFP MARTIN BUREAU

Pourtant, quand Nicolas Seydoux est arrivé à la tête de Gaumont il y a 40 ans, « les gens ne croyaient pas à l’avenir du cinéma », se souvient celui qui se définit comme « un entrepreneur » mais non « un industriel », car dit-il, « un film, c’est vraiment de l’artisanat ».

En 1975, « Gaumont vivait la télévision comme un ennemi », ajoute l’homme d’affaires, qui a cédé en 2004 la direction opérationnelle de Gaumont à sa fille, Sidonie Dumas, tout en restant président du conseil de surveillance.

« Ce que je constate, c’est que, 40 ans plus tard, il y a plus de spectateurs dans les salles et que le pourcentage des films français vus par les Français est supérieur à ce qu’il était il y a 40 ans », poursuit-il, jugeant que « le cinéma français va bien ».

« J’en veux pour preuve le renouvellement des talents », dit-il. « Si le cinéma n’était fait que par des gens de mon âge, on pourrait être très inquiet. Mais ce n’est pas le cas ».

Nicolas Seydoux se dit par ailleurs « convaincu que l’omniprésence de l’écran individuel renforce aujourd’hui l’envie de se retrouver ensemble » au cinéma.

« Je crois au fait que demain, dans 120 ans, il y aura des spectateurs dans les salles de cinéma », dit cet homme alerte au fin collier de barbe.

« Mais deux conditions doivent être remplies, et d’abord que le téléchargement illicite non seulement arrête de se développer, mais soit sérieusement freiné », estime celui qui préside également depuis 2002 l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa).

Par ailleurs, « il faut que Bruxelles ne ramène pas le droit d’auteur à une absence de droit des auteurs », met-il en garde, alors que la Commission européenne prépare actuellement des propositions de réforme qui inquiètent les milieux artistiques.

*Photos : © AFP/Archives Jean-Pierre Muller et © AFP Martin Bureau

120 ans de cinéma, Gaumont

Prix: 1 999,00 €

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Taxi Téhéran: l’Iran en caméra cachée

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Taxi Téhéran Jafar Panahi

Taxi Téhéran Jafar Panahi

Pour avoir contesté le régime iranien, on sait que Jafar Panahi a fait de la prison et qu’il lui est désormais interdit de quitter le territoire et de réaliser des films. C’est donc de manière totalement clandestine que le cinéaste persiste à tourner et à montrer ses films à l’étranger (Taxi Téhéran a obtenu l’Ours d’or au dernier festival de Berlin).

Connaissant le tragique de cette situation, on pouvait craindre de découvrir une œuvre œcuménique qui flatterait la bonne conscience des cinéphiles festivaliers et autres lecteurs de Télérama. Or Panahi a l’intelligence de prendre le contre-pied d’une certaine tendance au cinéma engagé, pleurnichard et « victimaire ». On est même surpris que le film dégage une telle légèreté alors qu’en filigrane se dessine une vue en coupe de la société iranienne sombre et pessimiste.

Le dispositif du film est tout simple et rappelle celui de Ten de Kiarostami : Panahi s’improvise chauffeur de taxi (alors qu’il s’oriente visiblement assez mal dans Téhéran) et filme les passagers qu’il embarque dans son automobile. Mais là où, en dépit de ses indéniables qualités, je trouvais le film de Kiarostami un peu rigide et théorique (on était presque du côté d’une installation d’art contemporain), Taxi Téhéran surprend sans arrêt par sa malice et sa bienveillance.

Avec des moyens réduits au minimum, le cinéaste parvient à réaliser un film ambitieux sans être pompeux, engagé sans être pontifiant, drôle mais avec un fond constant de gravité.

Le cinéaste s’amuse d’abord à brouiller les frontières entre la fiction et le documentaire. Les premiers passagers qu’il embarque se livrent à une discussion autour de la peine de mort. Lui trouve que l’on devrait punir sévèrement les petits voleurs tandis que l’institutrice estime que ce n’est pas la solution. Au cours de cette conversation à bâtons rompus, le passager réalise que son chauffeur n’est pas très doué et émet des soupçons quant à sa véritable profession. C’est le deuxième passager, un vendeur de DVD pirates, qui reconnaîtra Jafar Panahi et qui entamera une longue discussion avec lui autour des films. Même si le cinéaste tient son propre rôle, on devine rapidement que les situations mises en scène sont fictives. Pendant tout le temps du film, il jouera sur cette mise en abyme pour interroger le statut des images : le testament d’un motard renversé sera filmé avec un téléphone, la nièce du cinéaste profite de son séjour dans l’habitacle pour réaliser son propre film… Constamment, l’œuvre est parcourue par l’idée que l’image est un bien précieux et que filmer peut (doit?) être un geste de résistance. Si le motard blessé souhaite établir son testament, c’est pour que la loi ne spolie pas sa femme. Et quand l’espiègle nièce énumère tous les interdits qui pèsent sur son futur film (respect du voile islamique, pas de contacts entre filles et garçons, pas de « noirceur »…), on comprend que le cinéaste ironise sur la mainmise de l’État sur les images (les DVD pirates se vendent sous le manteau et deviennent une marchandise précieuse).

Le dispositif qui met constamment en abyme la puissance de subversion des images se double d’un tableau en coupe de la société iranienne. Il y a une vraie beauté dans les rues de Téhéran qui défilent derrière les vitres du pare-brise. Panahi, quoique d’une manière très différente, s’inscrit dans la tradition du néoréalisme italien et filme avec beaucoup de talent la vie qui continue malgré tout. Chacun des personnages qu’il va accueillir dans sa voiture apportera avec lui une question de « société » sans pour autant réduire le film à un épinglage de « types » bien définis. C’est au détour d’une conversation qu’on réalise à quel point les femmes sont dépouillées des droits les plus élémentaires en Iran (ne serait-ce que celui de se rendre au stade, comme Panahi l’avait déjà montré dans Hors-jeu). Sans testament du mari, une épouse est quasiment condamnée à la rue (ce qui nous vaut une scène très drôle que je ne dévoilerai pas – sans mauvais jeu de mots).

De la même manière, dans une séquence très belle, un petit garçon des rues trouve un billet dans la rue et refuse de le rendre au riche marié qui l’a perdu. Sans pathos, le cinéaste dresse un constat terrible sur l’état d’un pays où la misère, les petits trafics et le système D cohabitent tant bien que mal. Tout cela est montré sans lourdeur ni démonstration mais avec humour, et une grande bienveillance.

Alors qu’il met sa propre liberté en danger, Panahi choisit de se moquer du joug qui pèse sur ses épaules et de rendre hommage au peuple iranien qui fait face aux difficultés et continue à vivre.

Il faudrait davantage développer sur l’intelligence du montage – les beaux raccords entre la caméra embusquée dans la voiture et les images « domestiques » des téléphones et appareils photos – et l’habileté de la mise en scène pour donner du corps à la construction très élaborée du récit. Pour le coup, mes termes seront un peu ronflants, mais Taxi Téhéran est à la fois une belle leçon de cinéma et une exemplaire leçon de vie.

Taxi Téhéran (2014) de et avec Jafar Panahi en salle depuis le 15 avril.

*Photo : Berlinale/Photoshot

Plenel et l’islamophobie: on a les Zola qu’on mérite

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Dans un article à la gloire d’Edwy Plenel, le patron de presse marocain Ahmed Charai qualifie le justicier de Mediapart de « Juste parmi les justes ». L’auteur de « Pour les musulmans » y est comparé à son modèle, Zola, qui avait écrit un article intitulé « Pour les Juifs ».

J’ignore si la modestie de Plenel a souffert en lisant ce dithyrambe. Il aura suffi de remplacer Juif par musulmans, pour réaliser ce tour de bonneteau. Et de là à comparer les « musulmans » à autant de Dreyfus, il n’y a qu’un pas. Rapidement franchi lorsque Ahmed Charai, ­— dont la haute voix s’est pourtant élevée à la condamnation radicale de l’antisémitisme et pour la défense de la laïcité — stigmatise avec Plenel, la déclaration d’un « académicien » (qui vous savez) déclarant « qu’il y a un problème avec l’Islam ». Et que telle déclaration méconnaissait sans doute qu’« Il y a deux siècles, on a accepté en France que dans le débat public, certains affirment qu’il y avait un problème avec les Juifs. On sait comment cela s’est terminé. » Mais un problème avec l’Islam (qui en a plus d’un) doit-il être un problème avec les musulmans ? Tout dépend, bien entendu, de la manière dont les musulmans règlent leur problème avec l’Islam dont les diverses facettes conflictuelles, idéologiques et politiques provoquent de nombreux massacres. Que les musulmans puissent en développer quelque phobie n’est pas le sujet de cette note.

Toujours est-il que les musulmans, nous est-il affirmé, sont tous, pratiquants ou agnostiques, victimes de la stigmatisation. J’en parlerai à mon épicier préféré avec l’espoir qu’il me fasse une petite ristourne sur le kilo d’oranges. Et comme c’est un « Amazig », un « homme libre », nous rirons, bien ensemble, j’ose l’espérer.

J’abrège : en luttant contre « l’islamophobie », comparée à l’antisémitisme, Edwy Plenel s’affirmerait donc, en grand « humaniste », « Juste parmi les justes ». Mais où donc est son mérite ? Ses risques sont- ils comparables à ceux qui aidaient et cachaient au péril de leur vie les Juifs voués aux camps d’extermination ?

Ou alors les « cités », illustrant un « apartheid » abreuvé de millions d’euros d’investissements économiques et sociaux dont on désespère de tout effet mutatif, seraient-elles comparables aux camps nazis et le RER aux trains de la mort ?

Décidément, il pleut, à devenir claustrophobe.