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Thaïlande, l’Asie forteresse?

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thailande europe immigration

(Avec AFP) – Un bateau transportant environ 300 migrants rohingyas dérive actuellement au large des côtes thaïlandaises, avec à son bord des hommes, des femmes et de nombreux enfants. Sur l’embarcation, les migrants ont accroché un drapeau noir sur lequel a été inscrit à la hâte en anglais: « Nous sommes des Rohingyas de Birmanie », tandis qu’une grande bâche avait été tendue pour protéger les migrants, la plupart très maigres, du soleil.

Chaque année, des dizaines de milliers de candidats à l’exil transitent par le sud de la Thaïlande, vers la Malaisie et au-delà, pour fuir la pauvreté au Bangladesh ou la violence dans le cas des Rohingyas de Birmanie, minorité musulmane considérée par l’ONU comme l’une des plus persécutées au monde. « Environ 10 personnes sont mortes au cours du voyage. Nous avons jeté leurs corps dans l’eau », a hurlé en rohingya l’un des migrants aux journalistes dans un bateau à proximité. « Nous sommes 300… nous sommes en mer depuis deux mois. Nous voulons aller en Malaisie mais nous n’avons pas réussi à atteindre le pays », a-t-il ajouté entouré de dizaines de femmes et d’enfants dont certains en bas âge.

Depuis quelques jours, les organisations internationales ont alerté sur le sort de milliers de migrants en perdition en mer après avoir été abandonnés par leurs passeurs, qui craignent la nouvelle politique répressive de la Thaïlande, traditionnelle voie de passage pour les filières clandestines.

À proximité du navire, la marine thaïlandaise essaie de retrouver des migrants perdus en mer, sans prendre modèle sur la police des frontières italienne, également confronté à un afflux inédit de migrants ces dernières semaines. Alors que le mythe d’une « Europe forteresse » hante les mauvaises consciences occidentales, la Thaïlande, l’Australie – traditionnellement rétive à l’immigration, malgré son histoire – et plusieurs autres puissances du Pacifique ont récemment durci leur conditions d’accueil. A contrario, l’Union européenne réfléchit aux modalités de séjour des réfugiés libyens, syriens, ou africains arrivés en Italie ce printemps. Le président de la Commission européenne a proposé que chaque Etat membre accueille un quota d’immigrés clandestins, pour répartir cette charge de manière équitable. Mais le Premier ministre britannique David Cameron, auréolé de sa réélection, a opposé une fin de non-recevoir aux instances européennes dans la missive anti-immigration qu’il leur a expédiée. « Je suis en désaccord avec Federica Mogherini (la chef de la diplomatie européenne) quand elle soutient qu’aucun migrant ou réfugié intercepté en mer ne sera renvoyé contre son gré », a enchéri la ministre de l’Intérieur britannique Mme May.

Apparemment, les Tories ont fait des émules à Bangkok. Sans jeter ces pauvres hères à la mer, il est toujours possible de les renvoyer dans leur pays par des moyens policiers, tout en faisant pression sur les autorités birmanes pour qu’elles leur réservent un sort meilleur. Mais cette option choquera certainement les âmes généreuses avec le territoire des autres. On attend ainsi avec impatience les prochaines manifestations de SOS Droit d’asile, RESF et autres assoces sans-frontièristes en signe de protestation contre l’égoïsme – et l’islamophobie ? – thaïlandais. En somme, le Siam est peut-être le dernier refuge du rocardisme : une terre accueillante assez raisonnable pour s’avouer qu’elle ne peut accueillir toute la misère du monde…

*Photo : © AFP CHRISTOPHE ARCHAMBAULT.

Les oraisons funèbres de Jérôme Leroy

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On connaissait déjà Jérôme Leroy comme auteur de polars haletants. Et comme polémiste redoutable. Et comme amateur de Ray-Ban et de plages hellènes. Et comme stalinien schizophrène, hussard stylé et àquoiboniste égaré  dans un monde qui le révulse. Il était difficile de ne pas l’aimer, non pour ses convictions, mais pour son goût. Rares sont les écrivains qui ne commettent jamais une faute de goût. Et il en faisait partie.

Merde ! J’ai soudain l’impression de rédiger sa nécrologie. Sans doute contaminé par son dernier livre Sauf dans les chansons où les nécros se succèdent à un rythme d’enfer : la mort y est omniprésente, pas toujours joyeuse, mais si mélancolique qu’on se prend à la guetter et à la savourer. Avec Jérôme Leroy, et c’est là qu’il est exceptionnel, rien ne pèse. Il est comme ce crooner des années soixante-dix, C. Jérôme, qui était le souvenir vivant des premiers slows pour des milliers d’amants. Il avait un amour vrai pour les gens. Et Jérôme Leroy se demande s’il n’aurait pas mieux fait d’être C. Jérôme, finalement.

Il se demande aussi pourquoi il prend du poids, pourquoi il perd son souffle, pourquoi il cherche celui qu’il était dans le noir et blanc des films de Godard. Il sait qu’il est arrivé à l’âge où l’on ne voit plus dans le regard des autres que le reflet de sa propre mort. Alors, il donne rendez-vous à ses chers disparus et, avec une douceur exquise et cruelle, s’apprête à partir pour la plage avec Homère et Melina Mercouri pour se baigner une dernière fois, attendre la métamorphose de ne plus jamais être perdu de vue par l’horizon. Rarement aussi peu de prétention n’aura été mise au service d’une telle qualité d’émotion. Ne te noie pas, mon cher Jérôme. Ou si tu le fais, entraîne-nous avec toi pour un dernier slow…

Sauf dans les chansons, Jérôme Leroy, La Table Ronde.

Sauf dans les chansons

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Du Koch à l’âne

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Dans ce moi, comme son titre l’indique, on croisera en vrac, au fil de l’actualité, des personnalités aussi variées que Luchini, Pol Pot, Sardanapale, le roi Lear, Papazulu, et bien sûr ce sacré Manuel Valls, fraîchement converti au catholicisme.

Si c’est pas de la « diversité », ça…

EXÉCUTION SOIGNÉE

Lundi 23 mars / L’Utah devient le premier État américain a rétablir le peloton d’exécution pour les condamnés à mort, « en cas de pénurie de produits d’injection létale ». Il faut dire que ces derniers temps, faute des substances ad hoc, certains États avaient cru bon de recourir à des cocktails « expérimentaux » – provoquant chez les condamnés de longues et douloureuses agonies, qu’un peloton d’exécution devrait pouvoir leur épargner.

Reste un truc qui m’échappe : pourquoi les bourreaux américains ne se fournissent-ils donc pas en Suisse – où les injections létales donnent toujours satisfaction au client, et à ses ayants droit ?

DORMEZ, JE LE VEUX !

Vendredi 27 mars / « Journée du Sommeil » ! Qu’est-ce qu’ils ne vont pas chercher… Enfin, pour une fois que c’est dans mes cordes, je ne vais pas la rater !

Sauf que ça commence mal. Couché dès 6 heures, je n’arrive pas à trouver le sommeil jusqu’à la fin de la matinée. Et en plus, avec cette satanée grève à Radio France, me voilà condamné à errer d’une station périphérique à l’autre… Moi qui voulais être doucement bercé, je suis constamment agressé par des flots de pubs toujours plus crétines, et toujours les mêmes, jusqu’à l’horripilation.

C’est alors que, me tournant vers Dieu, je demande asile à Radio Notre-Dame – en priant quand même de ne pas tomber sur la Dizaine de chapelet, qui me rappelle décidément trop les jèzes. Enfer et damnation, c’est pire : la tranche horaire réservée à Fréquence Protestante !

Quand enfin, vers 13 heures, je trouve le sommeil, c’est pour basculer dans un affreux cauchemar sur un livre à écrire d’urgence qui n’en est même pas un (de cauchemar).

LUCHINI EST DANS LA PLACE ![access capability= »lire_inedits »]

Samedi 28 mars, « On n’est pas couché » / Dès son entrée en scène, avec son total look Ramones (Perfecto et jeans, pas troués, hélas !), Fabrice tranche au milieu des endimanchés du samedi soir. Mieux ! Il est le seul des dix personnages présents sur le plateau à ne pas arborer le ruban rouge du Sidaction, obligatoire cette semaine-là sur tous les plateaux télé.

Tout autre que lui, coupable d’un tel blasphème – par provocation ou simple négligence – aurait eu droit à une de ces piques subtiles dont Caron a le secret, genre : « Alors le sida, vous êtes pour ? »

Là, motus. D’ordinaire, le boucher végétarien ne fait pas de quartier ; mais ce samedi, face à Luchini, c’est plutôt lui qui numérote ses abattis. Pas si bête, l’ami Aymeric… Pour être sûr de remporter les oreilles et la queue, mieux vaut s’en prendre aux faibles ! Pas à l’insaisissable artiste, capable de vous coincer entre un aphorisme de Paul Valéry et un grand rire nietzschéen.

À la limite, Caron pourrait se payer un Francis Huster… Le problème, c’est qu’ils risquent d’être d’accord sur tout.

PAPAZULU vs JÉSUS

Mardi 7 avril / Depuis ses errements cathos de jeunesse, visiblement Télérama a su renouveler aussi son lectorat, y compris qualitativement. J’en fais  le constat sur son site internet à propos du documentaire Les Derniers Jours de Jésus, diffusé hier soir sur France 3. Point de commentaire sur l’émission elle-même : les blogueurs anticalotins de Télérama vont à l’essentiel, faisant assaut d’âneries haineuses contre la personne du Christ – qui pourtant ne leur a rien fait.

… Surtout s’il n’a jamais existé, comme le suggère un certain Actele : « Au grand dam des zélateurs de la secte vaticane, affirme-t-il pompeusement contre Renan lui-même, et la quasi-totalité des historiens d’aujourd’hui – il n’y a pas l’ombre d’une preuve de l’existence de Jésus. » – Et de la tienne, donc ? Tu n’es même pas cité par Flavius Josèphe…

La palme de l’antichristianisme primaire revient à Papazulu, qui en rajoute dans l’inculture au ton docte : « Comment croire à une prétendue résurrection dont il n’est fait mention dans les textes religieux que plusieurs siècles après la mise à mort d’un prophète parmi d’autres ? » Au vu du style, ce Papazulu-là m’a tout l’air d’un bobo cinquantenaire du Ve arrondissement, amateur de Johnny Clegg.

Non, cher ami athée, il ne s’est pas passé « plusieurs siècles » entre la Passion du Christ et la « mention » de sa résurrection dans les Rouleaux Sacrés… Moins de vingt ans pour les Épîtres de Paul, et soixante pour l’Évangile de Jean, le dernier ; or l’un et l’autre ne parlent que de résurrection. Saint Paul, dans une lettre à ses amis corinthiens, les met ainsi en garde : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi (…) et nous sommes les plus malheureux des hommes. » On n’est pas plus clair.

Selon saint Jean (II, 21) Jésus lui-même répond aux pharisiens du Temple, qui le mettent au défi de manifester son pouvoir : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » « Il parlait du temple de son corps », précise l’évangéliste, tant il est vrai que cette blague sur la résurrection fut mal comprise à l’époque – et encore aujourd’hui par certains.

Notre troll, justement, n’en a pas fini avec Jésus, qu’il s’acharne à déconsidérer avec une courte ironie – moquant « ce prophète qui est né entre quatre et sept ans avant lui-même, et de toute façon pas un 25 décembre ! » Putain, c’est vrai que ça change tout, merci Papazulu !

Quand je pense qu’on a dérangé des Onfray pour dynamiter la religion, alors qu’un gremlin de chez Télérama suffisait.

« LUXUEUX HLM » (SAISON III)

Mercredi 8 avril / Ce soir, nous autres les Barjot-de Koch avons les honneurs du Journal de 20 heures sur TF1, starring Gilles Bouleau. Enfin, pas vraiment nous, mais notre fameux « luxueux HLM en duplex avec terrasse et vue imprenable sur la tour Eiffel » – devenu plus célèbre que la cause de Frigide, et même mon Manuel d’inculture générale (mais moi je m’en fous, il est épuisé.)

 

À 20 h 16, lancement d’un reportage sur les défavorisés et les nantis en matière de logement. Et la nantie devinez un peu, c’est qui ? C’est Frifri ! Le commentaire de Gwenaëlle Bellec vaut son pesant de fiel : « Un duplex de 173 m2 finalement récupéré par la Ville de Paris », insiste-t-elle. Mais pendant vingt ans, dont onze Delanoë regnante, personne ne nous avait rien demandé… En revanche, une fois la fatwa lancée, entre l’assignation, le procès et l’expulsion, il ne s’est déroulé qu’un an TTC. Même si ça t’a paru long dans notre cas, c’est plutôt rapide en matière d’expulsion, renseigne-toi Gwenaëlle.

 

En attendant, elle poursuit son récit : « Frigide Barjot a été expulsée à cause d’une fraude : elle sous-louait son appartement à une société commerciale. » Holà, Mme Bellec ! Même le juge de première instance n’a pas parlé de « fraude », mais de « non-respect des obligations contractuelles des locataires » – et l’affaire est en instance d’appel. Alors de grâce, un peu de rigueur journalistique. T’es quand même « Grand reporter au service Informations générales de TF1 », d’après ta carte ! Apprends au moins le maniement du conditionnel.

 

Pour les images, on a droit à une visite guidée de notre ex-duplex par l’ami Ian Brossat en personne. Depuis deux ans, cet adjoint PCF au maire en charge du Logement poursuit mon épouse de ses assiduités. Là, il nous la joue Century 21, vantant le luxueux bien immobilier, non sans insister tout particulièrement sur le vaste et lumineux salon… C’est bien simple : on s’attend à ce qu’il propose un prix ! Bref, c’est Byzance, et nickel, et la visite date du 6 mars, juste avant les travaux (cf. le tweet de Brossat).

Ça n’empêche pas le même, un mois plus tard, de s’indigner à retardement dans Metronews : « L’appartement a été laissé en très mauvais état. C’est assez scandaleux qu’elle soit partie en le laissant ainsi. » « C’était Beyrouth ! », renchérit « un autre visiteur des lieux », qui a préféré garder l’anonymat.

À titre d’illustration, Metronews.fr publie une ribambelle de photos (cf. notre document) où tout est en chantier, et pour cause : l’appart est en pleins travaux pour accueillir une colocation étudiante. Cinq chambres au lieu de trois et deux salles de bains « déplacées », c’est sûr que ça fait du bousin. Mais on n’avait rien demandé non plus…

Merci en tout cas à TF1, Gilles Bouleau et Gwenaëlle Bellec ainsi qu’au PCF, à Ian Brossat et à Metronews pour cette étonnante coproduction qui ouvre, semble-t-il, une troisième saison du feuilleton Frigide & le Duplex maudit. Je me demande juste ce qu’ils vont bien pouvoir trouver pour le prochain épisode, après cet excellent « De Byzance à Beyrouth »… Le cadavre de Dupont de Ligonnès dans un faux-plafond ?

CASTING POUR JEAN-MARIE LE PEN : SARDANAPALE, OU LE ROI LEAR ?

Vendredi 10 avril / Dans Le Monde et Le Figaro, deux allégories lyriques de « La tragédie des Le Pen » : Jean-Marie y tient le rôle principal, mais pas le même.

« Tel Sardanapale, s’échauffe Le Monde, le vieux roi du Front veut mourir en jetant sa fille dans les flammes du bûcher qu’il a lui-même allumé. » Un peu gore pour mon goût, cette « Marine au bûcher ». Je préfère la version figaro-shakespearienne, comparant le destin du Le Pen père à celui du roi Lear « qui, trahi par deux de ses filles qu’il a comblées[1. De fait, avant Marine, le roi Le Pen avait été trahi par son aînée, Marie-Caroline, en 1998, à l’occasion du « puputsch » mégrétiste.], erre dans la lande accompagné de son seul bouffon, et délire au milieu des éléments déchaînés. »

Reste à savoir qui sera le bouffon. Pourvu que ce ne soit pas Jean Roucas…

TOUCHE PAS À MON POL POT !

Vendredi 17 avril / Quarantième anniversaire de la « libération » de Phnom Penh par les Khmers rouges. C’est pas moi qui le dis, c’est Le Monde du 17 avril 1975, qui titrait à la une : « Atmosphère de liesse dans Phnom Penh libérée ». C’est surtout depuis ce moment-là que je ne prends plus guère Le Monde au sérieux.

Soyons juste, entre-temps le journal a fait amende honorable, en termes choisis d’ailleurs : le 19 avril 2005, le quotidien finit par reconnaître, d’une simple phrase au détour d’un éditorial sur la cruauté des Khmers rouges, « l’aveuglement dont Le Monde ne fut pas exempt ».

De qui, ces lignes ironiques ? Du Monde lui-même, l’an dernier, dans une série intitulée « Le jour où… », consacrée aux dates qui, depuis 1945, « ont marqué l’actualité, mais aussi scandé l’histoire du journal. »

Sous la signature de Raphaëlle Bacqué, cette glasnost nous donne droit à un excellent papier-fleuve, truffé d’infos enfin « déclassifiées » sur l’entêtement fanatique du gang des maoïstes mondains des seventies.

C’est toujours bien de battre sa coulpe, mais quarante ans ça fait long, surtout pour un quotidien. À supposer qu’encore maintenant Le Monde nous raconte des craques, on le saura quand ?

LE PLASTIQUE, C’EST FANTASTIQUE !

Vendredi 20 avril / La Nouvelle République raconte comment un « Niortais éco-citoyen » a recruté un commando de kayakistes bénévoles pour « nettoyer les berges de la Sèvre ». « L’idée est d’empêcher le plastique de rejoindre l’océan », explique aimablement notre stratège, tandis que le journal commente : « Il a la nausée quand il évoque le “sixième continent”, cette plateforme gigantesque qui flotte dans le Pacifique nord, formée de plastiques vomis à la mer par nos civilisations modernes. » (Putain il s’est foulé, le localier !)

En fin de journée, la petite troupe rapportera le modeste fruit de sa pêche aux déchets dans une dizaine de sacs (plastiques). L’important, c’est de participer !

Du coup, moi, je googlise ces continents nouveaux, et leurs images me font rêver ; je sais, ce n’est pas bien. Les écolos, et même les scientifiques, ont plein de bons arguments pour nous mettre en garde contre ces centaines de milliers de tonnes de déchets qui se réduisent peu à peu en particules, jusqu’à ce que les mammifères marins et les oiseaux – qui de toute façon sont des cons, comme disait Chaval – les ingèrent bêtement jusqu’à l’empoisonnement. Le hic, c’est qu’avec la chaîne alimentaire et tout ça, ça peut finir par toucher l’homme, à peine moins con que l’oiseau.

Du coup, on envisage de ramasser et de recycler l’ensemble. Pourquoi pas – sauf que le continent Pacific Plastic mesure à lui seul 3,5 millions de km2, soit six fois la taille de la France. Alors il ne va pas falloir y aller avec le dos de la petite cuiller, si on veut que nos enfants voient ça (c’est-à-dire pas).

Encore faudrait-il, d’après ce que j’ai compris, stopper parallèlement et dans le monde entier la production du plastique sous toutes ses formes ou presque. C’est possible, ça ? Sinon, autant pisser dans le tonneau des Danaïdes[2. Ou le violon de Sisyphe, au choix]…

Bref, c’est pas demain la veille que ces jeunes continents auront disparu. D’ailleurs, est-ce vraiment souhaitable ? Pourquoi se fermer a priori à la nouveauté, dans une crispation de type réactionnaire ? Si vraiment « tout ce qui est réel est rationnel » et que « tout ce qui nous arrive nous ressemble », comme disaient Hegel et Oscar Wilde, aucun doute : ces continents neufs sont une nouvelle « Nouvelle Frontière » pour notre époque postmoderne.

Déjà providence des naufragés, ces vastes territoires ne feraient-ils pas d’excellents terrains d’atterrissage pour les utopistes qui survolent le monde réel en ULM ? Ils pourraient s’y retrouver entre eux, voire y fonder une nouvelle république dont le drapeau représenterait, par exemple, un sac vide.

MIRACLE A MATIGNON : VALLS SAUVE DEUX ÉGLISES ET SE CONVERTIT !

Mercredi 22 avril / « Attentat déjoué à Villejuif ! », claironnent les médias. N’exagérons rien ! Certes le suspect, Sid Ahmed Ghlam, était « connu des services de renseignement pour ses velléités de départ en Syrie », comme l’explique benoîtement le ministre de l’Intérieur. Mais pour autant, il ne faisait l’objet d’aucune surveillance particulière. Et s’il n’avait pas eu la bonne idée de se tirer une balle dans la jambe et d’appeler lui-même le SAMU, il courrait toujours… contrairement aux paroissiens de Villejuif.

Autrement dit, de l’aveu même de Bernard Cazeneuve, ce qui a manqué au gouvernement dans cette affaire, ce n’est pas ce « renseignement » sur lequel il veut à tout prix légiférer, mais tout simplement l’action.

Ça n’empêche pas le Premier ministre, trois jours plus tard, de se rendre solennellement dans les deux paroisses ainsi sauvées… par le SAMU. C’est là, sur le parvis de l’église Saint-Cyr-Sainte-Juliette, en présence de l’évêque du diocèse, que le Petit Père Valls n’hésite pas à déclarer : « S’en prendre à une église, c’est s’en prendre à l’essence même de la France. »

Miracle, notre anticalotin reconnaît soudain les racines chrétiennes de la France ! Bien sûr, j’entends d’ici ricaner les sceptiques : « Il en fait un peu trop, il n’en pense pas un mot ! »

Qu’en savez-vous, hommes de peu de foi ? L’Esprit souffle où il veut, et quand il peut… Et si jamais les incrédules avaient raison, alors ce grand laïcard devant l’Éternel aurait fait une bourde, et là aussi je suis preneur.[/access]

 

Etats-Unis-Russie : les paupières lourdes

kerry poutine russie

« En vérité le proverbe chinois est sage qui énonce : « les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur pères »[1. Marc Bloch, Apologie pour l’histoire, Armand Colin.], disait le grand Marc Bloch. Ajoutant que les faits historiques étaient par essence des faits psychologiques.

Par exemple la Seconde guerre mondiale, l’effondrement de juin 1940 et l’occupation occupent une place particulière dans la mémoire française. La tragédie dont notre pays, ne s’est jamais remis a initié le processus de notre sortie de l’Histoire. Cela explique les visions successives de de ce passé, pourquoi la France en est à ce point malade. Fatalement, comme l’avait compris Marc Bloch, ces usages du passé, prétendant le clarifier, ne sont que politiques. Et la mémoire le masque de l’idéologie. Le passé nous réserve d’autres surprises. Car nous savons avec Michel Foucault « qu’on montre aux gens non pas ce qu’ils ont été, mais ce qu’il faut qu’il se souvienne qu’ils ont été. »[2. Michel Foucault. Dits et écrits 1954 – 1988. Gallimard].

Et quand ce phénomène se combine avec un véritable travail de propagande tel que les médias français se sont faits une spécialité, cela peut complètement fausser le jugement et amener, même les plus informés à commettre de grosses bévues. Ce qui s’est passé autour du 70e anniversaire de la victoire de la « Grande alliance » sur l’Allemagne en est une jolie illustration. Tout à son suivisme millimétré de la stratégie américaine, enfin de celle qu’il s’imagine, notre Président de la République ignorant de l’histoire, mais également du présent est complètement passé au travers.

La question de savoir qui a gagné la guerre, est évidemment tranchée. C’est une alliance, où les soviétiques ont fait l’effort principal en Europe, et les Américains dans le Pacifique. Sans oublier le courage britannique initial dans son refus de capituler stratégiquement décisif. Alors, les russophobes compulsifs vous diront que non, accompagnés par ceux qui assimilent Staline et Poutine. Et c’est là que se situe le problème, cette position n’étant que le masque d’une idéologie voulant  faire de la Russie actuelle la continuation mécanique de l’URSS. Justifiant ainsi la stratégie américaine visant à la ramener à la situation des années 90 c’est-à-dire celle d’un pays vassal. Stratégie issue de la « victoire » dans la guerre froide et du concept « d’exceptionnalité » des États-Unis. Qui fait cependant l’objet de débats parfois sévères dans ce pays. Un sondage récent de Gallup donnait 76 % des Américains favorables à un retour à une certaine forme d’isolationnisme.

Les dirigeants français, tout à leur atlantisme dépassé en ont rajouté soucieux qu’ils sont d’être le meilleur élève du grand frère. Confondant fidélité et servilité.

François Hollande n’a donc pas été à Moscou pour le 9 mai. Grossière erreur. Pas parce que c’était insultant pour le peuple Russe, celui-ci s’en moque. Mais parce que tactiquement, en maltraitant l’histoire, il a traité la Russie comme un ennemi. Comme le font la Pologne ou la Lituanie qui elles, ont cependant quelques raisons historiques pour ça. Et les russes sont méfiants. Avec Napoléon et Hitler, ils savent ce qu’être envahi veut dire.

Mais si l’on décrète que la Russie est l’ennemi, encore faudrait-il savoir à qui on a affaire. Les cérémonies organisées dans tout le pays en ont donné une idée. Arrêtons-nous sur quelques détails révélateurs. Au début de la parade, Sergueï Shoigun Ministre de la défense debout dans sa voiture est rentré sur la Place Rouge pour passer en revue les troupes qui allaient défiler. Toute la Russie l’a vu, passant sous l’arche du « Christ Sauveur », lui le mongol bouddhiste retirant sa casquette et faisant le signe de croix orthodoxe.

En mémoire des morts de la guerre ensuite, toute la Russie arborait le ruban de Saint Georges. Celui de l’ordre institué par Catherine II, en 1789 pour récompenser officiers et soldats. Ordre militaire de Saint-Georges, martyr et victorieux, supprimé par Lénine et récemment rétabli.

Le « vive le Peuple vainqueur !» de Poutine fut suivi par le défilé du « régiment éternel ». Plusieurs centaines de milliers de personnes arpentant les allées de la capitale en brandissant les portraits de leurs parents, grands-parents, aïeuls ayant participé au formidable effort de la « Grande Guerre Patriotique ». François Hollande s’il s’était rendu à Moscou, y aurait croisé un peuple qui croit en son pays. Qui, comme le disait De Gaulle, « a absorbé le communisme comme un buvard », et déçu par l’Occident, vient de se tourner à nouveau vers l’Asie. On ne lit plus Marx en Russie, mais Berdaïev et Soljenitsyne. Pas très bolchevik tout ça, mais dans la Sainte Russie restaurée, l’idéologie slavophile tient la corde. Ce n’est pas nécessairement ce qui m’enchante, mais il va bien falloir faire avec.

Angéla Merkel et John Kerry moins myopes que François Hollande ont essayé de se rattraper. En faisant rapidement le voyage de Moscou. Ils ne doivent pas croire ce qu’on lit dans le Journal du Dimanche et dans Libération à propos des cérémonies du 9 mai : « Poutine tout seul », « Poutine isolé ». Titres absolument débiles et qui en disent long sur l’aveuglement propagandiste de certains médias. Vladimir Poutine n’était pas tout seul. Des chefs d’État représentant la moitié de la population mondiale, rien que ça. Et pourquoi les présidents chinois et indiens étaient-il là et leurs troupes ont-elles défilé ? Parce que, soucieux de leur « autonomie stratégique », l’un comme l’autre ont perçu avec la crise ukrainienne et l’attitude américaine qu’il serait sage de se regrouper et de répondre aux sollicitations politiques, économiques et stratégiques russes. Mais nos belles âmes n’ont aucune idée de ce qui se passe dans ces pays. Rentrant d’un périple en Chine cette évidence m’a sauté aux yeux.

Il est légitime, au-delà de la médiocrité de la politique extérieure française, de s’interroger sur l’aveuglement des États-Unis et de l’Europe. Qui déclenchant un coup d’état en Ukraine, provoquant une guerre civile, ont cru « ramener la Russie à la raison ». Cadeau royal fait à Vladimir Poutine, qui a pu ainsi récupérer la Crimée sans coup férir. Souder les russes autour de lui comme viennent de le démontrer les cérémonies. Se rapprocher de la Chine et de l’Inde, ceux-ci alors convaincus qu’il n’y avait pas grand-chose à faire avec les USA. Relançant la dynamique des BRICS. Les sanctions et les attaques spéculatives contre le rouble pour gênantes qu’elles aient pu être début, sont aujourd’hui absorbés. De nouveaux circuits ont été créés. Les fournisseurs européens en seront pour leurs frais.

Il semble que les écailles commencent à tomber des yeux. La conférence de presse consécutive à la visite de John Kerry à Sotchi, montre bien que les occidentaux sont un peu embêtés et qu’il n’est pas impossible que l’on se dirige vers un apaisement.

Restera les Mistral. Peu probable qu’ils intéressent les Cubains (que François Hollande est allé visiter, une fois obtenue l’autorisation américaine…). Mais de toute façon, pour les vendre à quelqu’un d’autre, il faut l’accord des Russes…

Hollande tout seul?

*Photo : Joshua Roberts/AP/SIPA. AP21733984_000006.

Lin Zhao et Marceline Loridan ne reviendront plus

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lin zhao loridan

Je traduis en ce moment, en parallèle, deux œuvres que je crois importantes :

– Du français au chinois, Et tu n’es pas revenu l’émouvant best-seller de Marceline Loridan où elle évoque le destin tragique de son père.  J’ai convaincu l’éditeur taiwanais Locus 「大塊出版社」de le publier en chinois.

– Du chinois au français, les sous-titres de : 「尋找林昭的靈魂」XúnZhǎo Lín ZhāoDe LíngHún : À la recherche de l’âme de Lin Zhao, un film de Hu Jie, dont j’ai déjà ici-même, présenté un autre documentaire (sur le premier meurtre de la révo.cul.) Ne pleurez pas sur mon cadavre.

Ce rapprochement a un sens. Marceline Loridan était une lycéenne de 15 ans lorsqu’en 1944 elle fut internée à Drancy puis déportée à Auschwitz- Birkenau. On connaît mal la Shoah à Taïwan et en Chine. Je crois que, malgré quelques livres déjà publiés, le monstrueux système industriel des camps d’extermination nazis y est encore mal compris. J’espère que ma traduction de Et tu n’es pas revenu contribuera à dissiper cette méconnaissance. Et si jamais je lance un jour une version en langue chinoise de mon blog, elle commencera, comme celui-ci, par un hommage au film de Miriam Novitch Ne laissons pas les morts enterrer les morts (dont je suis en train également de traduire en chinois les sous-titres).

Significativement, la responsable des traductions chez mon éditeur taïwanais a eu du mal à comprendre ce qu’était le « matricule tatoué sur le bras des prisonniers ». Dans la Chine impériale, on marquait sur le visage des condamnés un tatouage infamant, qu’on désignait par le verbe / nom 「黥」qíng et j’ai proposé de l’utiliser pour évoquer ce matricule.

En Chine, vers 1953, au moment du « complot [antisémite] des blouses blanches »  monté par la propagande du PC de l’URSS et par Staline, la police maoïste commença  à vérifier si les quelques rares européen(ne)s marié(e)s à des Chinois étaient d’origine juive. L’amitié sino-soviétique ne laissait rien au hasard.

Marceline Loridan s’est rendue pour la première fois en Chine en 1965, avec son mari Joris Ivens. Elle avait alors une quarantaine d’années et était une admiratrice du  régime maoiste. Entre 1971 et 1976, ils tournèrent une série de documentaires « Comment YuGong déplaça les montagnes » que les maoïstes français ont applaudis, que Arte a programmés puis vendus en DVD. Dans de récentes interviews, Marceline Loridan a jeté un regard sans illusions, et sincère sur son passé – maoïste notamment.

Lin Zhao est née en 1932, quatre ans après Marceline Loridan. À 16 ans elle devint une militante communiste, et, après la prise du pouvoir par les communiste en 1949,  elle participa aux campagnes d’élimination des propriétaires fonciers. Étudiante, elle a 24 ans quand Mao, que la révolte de 1956 à Budapest inquiétait, tend un piège aux intellectuels chinois : il les invite à s’exprimer sans crainte, avant d’envoyer dans les camps ceux qui naïvement ont cru à sa volonté de réforme et à sa bonne foi. Ce fut le mouvement dit des « cent fleurs ».

Lin Zhao compta parmi les victimes ; mais elle eut la chance d’échapper aux camps et d’être condamnée à la «réforme par le travail» dans son université. En 1960, en liberté conditionnelle pour maladie, elle collabora à une revue qui dénonçait la famine provoquée par « Grand bond en avant » du « Grand timonier ». Elle fut alors condamnée à vingt ans de prison, battue, torturée.

Comme elle écrivait, on la priva de crayon et de papier ; elle rédigea alors sur des lambeaux de chemises et de draps, avec une épingle à cheveu et son sang, des milliers de caractères (qui, miraculeusement, parvinrent à l’extérieur et purent être partiellement édités).

Comme elle criait, elle finit par être ligotée et bâillonnée en permanence : on lui couvrit la tête d’un masque, une sorte de heaume, qu’on ne retirait que pour la nourrir. En 1968, deux ans après le début de la révo.cul. elle fut abattue. Classiquement, ses parents apprirent qu’elle ne reviendrait plus lorsqu’on vint leur réclamer le prix de la balle qui avait servi à l’exécuter.

Après la mort de Mao, la chute de la «bande des quatre» (dont Mme Mao) et le retour au pouvoir de Deng XiaoPing, Lin Zhao fut réhabilitée, mais on découragea ceux qui voulaient écrire sur elle et sur sa mort.

Le 22 mai à 19h45. à la Cinémathèque française (métro Bercy)  sera projeté le film de Hu Jie sur Lin Zhao. C’est un film très important : j’invite tous les lecteurs de mon blog à assister à cette projection. Je ne sais pas si Marceline Loridan aura la possibilité d’y venir. Si non, je lui adresserai un DVD. Elle ne m’en voudra pas de la considérer comme une Lin Zhao française, et de penser  que si elle était née en Chine, elle aurait connu un destin semblable au sien. Malgré sa résistance, elle serait probablement morte, comme elle, abattue dans un terrain vague près de la prison de ShangHai par des tueurs maoïstes en 1968, ou comme les quatre autres millions de victimes de la révo.cul.

1968, c’est sans doute l’une des années où Marceline Loridan a accompagné Joris Ivens en Chine, pour des repérages, mais sans que ni l’un ni l’autre aient alors compris ce qu’était la révo.cul. dont il filmèrent – non sans difficultés d’ailleurs – à compter de 1971 , un éloge auquel Lin Zhao n’eut pas le loisir d’apporter sa conclusion…

C’est la raison pour laquelle je souhaite, sincèrement et sans arrière-pensée, que Marceline Loridan puisse rédiger un post-scriptum aux deux films de Hu Jie que je vais éditer en français.

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*Image : Couverture française du livre Et tu n’es pas revenu & Photo de Lin Zhao.

«Xénophobie» : Cambadélis sent le Sapin!

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taubira najat vallaud cambadelis

Jean-Christophe Cambadélis et Michel Sapin se sont-ils concertés en accusant l’opposition – et en particulier son chef – de céder à la xénophobie parce qu’elle attaque la politique de la ministre de l’Éducation nationale après avoir souvent critiqué celle de la ministre de la Justice ? Ou les petits esprits se rencontrent-ils ?

L’affaire est plus grave qu’il n’y paraît. D’abord parce que si on ne peut plus, au prétexte de leurs origines ou autres particularités, s’opposer aux textes produits par des membres du gouvernement, autant fermer la boutique tout de suite, opposition et presse comprises. Ensuite, parce que l’accusation de xénophobie tombe à plat puisque Mesdames Taubira et Vallaud-Belkacem sont autant françaises que Cambadélis, Sapin, et ma pomme. Fâché avec la langue française, Camba ? Où voulait-il plutôt accuser Nicolas Sarkozy et les autres de racisme, et, trouvant le mot un peu fort et pouvant susciter un incendie politique, il a revu ses accusations à la baisse ? Le premier secrétaire du PS n’est pas à quelques approximations près. L’autre jour, il a tweeté que Hollande et Valls, c’était « le glaive et le bouclier », oubliant (on l’espère !) la référence historique de cette formule, selon laquelle le Général de Gaulle et Philippe Pétain étaient de mèche  et se partageaient sciemment les rôles pendant la guerre. Cette théorie, très populaire dans les milieux pétainistes après-guerre, dans la bouche d’un ancien trotsko, ne manquait pas de sel, et lui a valu quelques critiques acerbes dans son camp politique. Une telle citation de la part d’un élu FN, UMP, Front de gauche, ou dans la bouche d’Emmanuel Todd auraient sans doute fait les titres de tous les journaux, mais Camba bénéficie visiblement d’un droit inaliénable à la gaffe.

On pourrait s’arrêter aux propos de ce sérial gaffeur, qui n’est jamais que le successeur d’Harlem Désir (tiens, je vais être accusé de xénophobie, là), mais Michel Sapin, ministre de la République a tenu des propos similaires sur BFM TV. Un membre éminent du gouvernement accuse donc le chef de l’opposition de racisme larvé. C’est à la fois grave et ridicule. Ridicule parce qu’on pourrait aussi qualifier l’action de Michel Sapin de médiocre, au vu de l’inefficacité de sa politique au ministère des Finances. Nous accusera-t-on d’épicéaphilie[1. Contrairement à une idée répandue, l’épicéa est un rival du sapin, et non son synonyme.] exacerbée, méprisant les qualités du sapin argenté, compte tenu de nos origines jurassiennes ? On peut désormais s’attendre à tout.

D’ordinaire, c’est Manuel Valls qui donne le ton, et il démontre à chaque séance de questions au Parlement qu’il n’a plus aucun sang-froid. Son soutien aveugle à la réforme de Najat Vallaud-Belkacem, faisant fi de l’avis de la totalité des intellectuels de gauche à l’exception de François Dubet – qui n’a pas l’aura d’un Debray ou d’un Nora, ce n’est pas lui faire injure – le place dans une situation intenable. Coincé entre une droite qui a compris qu’elle pouvait enfin faire oublier son piètre bilan en matière d’éducation (Vallaud-Belkacem succède dignement à Fillon et Chatel dans la promotion de la médiocratie), et une gauche intellectuelle qui conspue la réforme, le gouvernement use de grosses ficelles pour remobiliser son électorat : Sarkozy n’aime pas Vallaud-Belkacem, donc il est xénophobe ; si vous être contre la réforme de Vallaud-Belkacem, vous êtes aussi xénophobe. Dangereux pour sa propre réforme, dangereux pour le débat démocratique. Valls, Cambadélis et Sapin se comportent en incendiaires. Certains visiteurs du soir s’en émeuvent à l’Elysée. Le Président fait la sourde oreille. Jusqu’à quand ?

*Photo : XAVIER VILA/SIPA. 00712013_000021.

Pour la Grande-Bretagne, les migrants «devraient être renvoyés»

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migrants UE Juncker

Bruxelles (AFP) – Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a présenté mercredi un plan d’action pour l’immigration et l’asile, immédiatement rejeté par la Grande-Bretagne, opposée à toute solidarité pour la prise en charge des migrants et des réfugiés.

« Les migrants qui tentent de gagner l’Union européenne en traversant la Méditerranée devraient être renvoyés », a affirmé dans les médias britanniques la ministre de l’Intérieur, Theresa May, reconduite dans ses fonctions par David Cameron après sa victoire aux législatives.

« Je suis en désaccord avec Federica Mogherini (la chef de la diplomatie européenne) quand elle soutient qu’aucun migrant ou réfugié intercepté en mer ne sera renvoyé contre son gré », a insisté Mme May, quelques heures avant la présentation du plan de Jean-Claude Juncker. « Une telle approche ne peut qu’encourager plus de gens à risquer leur vie », a-t-elle estimé.

Le plan d’action adopté mercredi par la Commission européenne veut éviter les embarquements, secourir les migrants qui ont pris la mer et gérer leur accueil à leur arrivée dans l’Union européenne.

Il détaille une série d’actions immédiates et des stratégies à plus long terme, comme la création d’un centre d’accueil au Niger, sur la route empruntée par les migrants sub-sahariens.

Certaines dispositions, notamment l’instauration de quotas pour répartir entre pays européens les réfugiés et l’immigration légale, suscitent l’hostilité. La Grande-Bretagne n’est pas isolée. Le Premier ministre conservateur hongrois Viktor Orban s’est insurgé contre les quotas, qu’il a qualifiés de folie.

« Ces réactions sont désespérantes », a confié à l’AFP un haut responsable de l’exécutif  bruxellois sous couvert de l’anonymat.

Les arrivées par la mer ne sont qu’une fraction du phénomène de l’immigration, mais elles sont les plus dramatiques. La principale voie arrive en Libye, à destination du sud de l’Italie. Elle est empruntée par des migrants venus des pays de la Corne de l’Afrique et des pays d’Afrique de l’ouest, notamment le Nigeria.

Le plan d’action présenté mercredi insiste sur la nécessité de combattre les passeurs et de détruire leurs bateaux. Ce combat impose l’emploi de la force, une mesure qui sera discutée par les ministres des Affaires étrangères lundi prochain.

Il préconise par ailleurs de renforcer les moyens de surveillance et de sauvetage en Méditerranée afin d’éviter les naufrages. C’est la mission assignée aux opérations Triton en Italie et Poséidon en Grèce, dont le budget et les moyens vont être accrus.

La troisième partie du plan est la plus controversée. Elle veut imposer la solidarité aux Etats et modifier la règle qui impose la prise en charge des demandeurs aux pays d’arrivée. La dernière tentative de la modifier a été rejetée par 24 des 28 gouvernements européens.

– Un plan « massacré » ? –

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker veut à nouveau forcer les barrières. « L’Union européenne a besoin d’un système permanent qui permette le partage des demandeurs d’asile », soutient sa communication. En contrepartie, elle insiste sur l’accélération des renvois des migrants non autorisés à rester dans l’UE.

Plus de 360.000 demandes d’asile ont été traitées en 2014. La moitié seulement – 185.000 – ont été acceptées et six pays ont assumé l’essentiel de l’effort : Allemagne, Suède, France, Italie, Royaume-Uni et Pays-Bas.

La Commission propose l’instauration de quotas pour permettre une distribution plus équitable. La mesure concerne les réfugiés protégés par le Haut Commissariat des Nations unies, qui a demandé à l’UE d’accueillir chaque année 20.000 Syriens. Mais elle doit également permettre de soulager les pays de l’UE en cas d’afflux massifs d’arrivants.

L’Italie réclame cette solidarité. La France et l’Allemagne soutiennent le principe des quotas, sans toutefois se prononcer sur leur caractère obligatoire. Le Royaume-Uni et la Hongrie ont annoncé leur ferme opposition. Un vote à la majorité qualifiée peut permettre d’imposer les quotas, mais le recours à cette extrémité sera politiquement difficile.

Le plan sera discuté par les ministres de l’Intérieur de l’UE le 15 juin à Luxembourg, puis soumis aux dirigeants lors du sommet de Bruxelles du 30 juin. « Il est fort probable qu’il va être massacré, comme l’a été le dernier plan d’action présenté par la Commission européenne en décembre 2013 après un naufrage près de l’île italienne de Lampedusa », ont confié à l’AFP plusieurs responsables européens proches du dossier.

Catholiques, méfiez-vous des imitations!

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cathophobie islamophobie eglise

« Communautés : le lobby catho sur tous les fronts » : c’est en ces termes que L’Opinion évoquait, le 28 juillet 2014, la mobilisation des catholiques français pour leurs frères d’Irak après la chute de Mossoul. Les « cathos » venaient d’échanger les polos de La Manif pour tous, pour le « NOUN » – symbole marquant les chrétiens d’Orient – afin d’affirmer leur solidarité avec leurs frères persécutés par Daesh.

Longtemps cantonnée aux parvis des Églises, silencieuse et dispersée, la « communauté » chrétienne retrouvait le goût d’être ensemble. Coincés entre l’ère du vide et l’islamisation de la France, les cathos pourraient céder à la tentation du communautarisme. Ils ont toujours en travers de la gorge le mépris dont on les a accablés pendant la séquence Mariage pour tous. On les a traités d’homophobes ? Qu’à cela ne tienne, ils comptent bien, à leur tour, enfermer leurs adversaires dans « la cage aux phobes » inventée par Philippe Muray. Ainsi, dans un rapport mimétique évident avec leurs compatriotes musulmans, ils découvrent les délices de la « christianophobie ». Le Collectif contre l’islamophobie en France est né en 2003, lors du débat sur la loi interdisant le voile à l’école, l’Observatoire de la christianophobie, créé en 2010, a pris son essor à l’occasion de La Manif pour tous contre la loi Taubira. Quand on a perdu les avantages de l’hégémonie, reste à gagner les privilèges de la victime. De même que le prolétariat devait acquérir une « conscience de classe » pour accéder à la Révolution, les catholiques français se découvrent une conscience de communauté qui leur permettra, espèrent-ils, de peser dans le jeu de la concurrence victimaire.[access capability= »lire_inedits »]

Et, en effet, un catho a mille raisons de s’énerver en allumant sa télé, quand le mépris et la désinvolture vis-à-vis de sa foi sont devenus des réflexes médiatiques et politiques. Quand les Femen peuvent impunément profaner nos églises. Quand la RATP peut censurer la mention « pour les chrétiens d’Orient » sur une affiche. Quand le président de la République est frappé d’aphasie au moment où on attend qu’il prononce le mot « chrétien ». Quand, pour un portrait du prophète, ce sont des centaines d’enculades de papes et de curés qui parsèment depuis un siècle la presse satirique.

D’ailleurs, la mobilisation « communautaire » paye. La RATP a reculé. Nicolas Sarkozy a prononcé le mot « abrogation ». Probablement touché par la grâce, Manuel Valls n’est-il pas allé jusqu’à dire que les églises constituaient « l’essence de la France » ? C’est précisément parce que le Premier ministre a raison que les catholiques auraient tort de s’enfermer dans le communautarisme, et de dissoudre leur statut de culture majoritaire dans la mesquine comptabilité victimaire. Ce n’est pas dans les prétoires qu’on continuera l’œuvre des bâtisseurs de cathédrales.

C’est pour cette raison que Bernard Antony, fondateur de l’Agrif (l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne) et inventeur du « racisme antichrétien », n’a pas écouté la suggestion que lui avait faite Mgr Lefèvre de fonder un parti catholique français. « Le communautarisme, je n’en veux pas, mais il peut devenir une fatalité si le nombre de catholiques continue à diminuer », prévient-t-il cependant. Il renâcle aussi à utiliser le terme « christianophobie ». D’autres n’ont pas ces délicatesses et rêvent, comme la frange la plus ayatollesque de Civitas, d’une alliance soralienne entre les communautarismes, une sorte de « Front des croyants » qui se dresserait contre une République « religiophobe ».

La surenchère, alimentée par les réseaux sociaux, n’est hélas plus l’apanage de ces franges extrémistes. En février 2015, le cimetière juif de Sarre-Union est profané par une bande d’antifas nazis (oui, oui). Les médias s’emparent du sujet. BFM-TV publie un premier décompte macabre des profanations : 6 cimetières juifs, 4 cimetières musulmans, et… 206 cimetières « chrétiens », publie la chaîne dans un premier tableau. Quelques minutes plus tard « cimetières chrétiens » est remplacé par « cimetières municipaux ». Tollé sur la Toile où la cathosphère s’enflamme : deux poids, deux mesures ! Christianophobie ! Pourtant, la chaîne d’info continue a eu raison d’employer le terme « cimetières municipaux ». Un catholique, contrairement à un juif ou un musulman, peut très bien voisiner dans le trépas aux côtés d’un athée ou d’un franc-maçon. C’est que le catholicisme n’est pas une communauté. Ou, plutôt, il est la communauté universelle (katholikos), celle qui permet l’émergence de l’individu. Il n’y a pas de cimetières catholiques, il n’y a que des tombes catholiques.

Les chrétiens français ne sont pas une minorité parmi d’autres, car ils étaient la France. Cette France chrétienne depuis Clovis, qui l’était restée malgré la Révolution et la République. L’émergence d’un « catholicisme de France » signerait la fin de l’improbable synthèse saluée par Péguy et Michelet du drapeau tricolore et du goupillon, qui s’est retrouvée dans l’alliance de la rose et du réséda, du colonel de La Rocque et de Jean Moulin. En cessant de se comporter comme une culture majoritaire, pour reprendre la dialectique et le vocabulaire des damnés de la terre, les catholiques risquent de perdre leur plus fidèle alliée : la France. À l’inverse, la République serait bien avisée de se souvenir qu’elle n’est pas grand-chose sans ses racines chrétiennes. Dépourvue d’une base culturelle solide, en proie au relativisme, la mystique républicaine ne fera pas le poids face au communautarisme musulman. Or, la nature a horreur du vide, et l’islam est avide de conquêtes. Autant dire que la suite est écrite d’avance.[/access]

*Photo : LANCELOT FREDERIC/SIPA. 00627941_000020.

La Corée du Nord, nouvel eldorado pour l’armement français?

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(Avec AFP) – Le ministre nord-coréen de la Défense, Hyon Yong-Chol, a été exécuté pour déloyauté et manque de respect envers le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, ont annoncé mercredi les services secrets sud-coréens.

Des centaines de responsables du régime de Pyongyang ont assisté à l’exécution de ce ministre, a indiqué à Séoul Han Ki-Beom, directeur adjoint des services de renseignement nationaux (NIS) devant une commission parlementaire, selon l’agence de presse sud-coréenne Yonhap.

Selon Yonhap, il était reproché à M. Hyon, qui avait été nommé ministre des Forces armées il y a moins d’un an, de s’être assoupi durant des célébrations militaires et d’avoir répondu à Kim Jong-Un à plusieurs reprises.

M. Han a précisé à la commission parlementaire que Hyon Yong-Chol avait été tué au moyen d’un tir de canon anti-aérien, aux alentours du 30 avril, dans une académie militaire du nord de Pyongyang.

La presse, en particulier les médias sud-coréens, a expliqué par le passé, sans que cela puisse être confirmé, que cette méthode d’exécution destinée à frapper les esprits était réservée aux personnalités de haut rang dont le pouvoir veut faire un exemple.

Si ce genre de méthode – aussi spectaculaire qu’expéditive – est régulièrement employée au pays de Kim Jong-Un, la France aurait tout intérêt à s’y intéresser. Voilà qui créerait un nouveau débouché juteux pour nos industriels de l’armement, dont les produits font déjà le bonheur de nombreux émirs et autres illustres démocrates ailleurs dans le monde…

Corée du Nord exécution ministre missile

*Photo : © AFP ED JONES

Claude Durand, gentilhomme et corsaire de l’édition

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claude durand fayard goulag

Claude Durand, né en 1938, mort le 7 mai, fut un brillant éditeur. Il avait une vraie sensibilité littéraire, doublée d’une audace éditoriale qui lui fit prendre tous les risques. Son nom est associé pour moi, par exemple, à une farce politique, qui se joua en plusieurs tableaux.

C’était au début du premier septennat de François Mitterrand. Après l’euphorie, la distribution des confiseries et la parade des excellences roses, la rumeur nationale trahissait une certaine morosité. La gauche est d’ailleurs défaite aux élections municipales des 6 et 13 mars. À Paris, Jacques Chirac conquiert les vingt arrondissements. Il triomphe, et l’opposition avec lui. En janvier avait paru l’ouvrage De la reconquête, signé du pseudonyme Caton, évoquant la Rome antique, ouvrage qui prétendait donner à la droite des raisons d’espérer. L’auteur, présenté par la quatrième de couverture comme un homme de droite influent, revendique un anonymat de  prudence. Il dresse le tableau d’une gauche claudicante, certes mal en point, dont l’opposition peut triompher un jour… lointain. Car, pour l’heure, son état général, lamentable, la disqualifie. Giscard d’Estaing, Jacques Chirac sont voués aux gémonies. En mal d’idées et d’hommes, incapable de se réformer, paralysée par des querelles d’ambition, inspirée par le seul souci de la revanche, elle ne possède aucune des qualités nécessaires à la prise du pouvoir parlementaire. De la reconquête  feint de s’en attrister et démontre que le « socialisme responsable » demeure, faute de concurrents, le meilleur gestionnaire des intérêts de la France, dans la mesure où il s’accommode fort bien de l’économie de marché.

Le livre rencontre un grand succès en librairie. Le landernau médiatique s’interroge, mais ceux qui savent se taisent. Philippe Caloni, à l’antenne de France-Inter, le 3 février, réussit un « scoop ». Il s’entretient au téléphone avec le prétendu Caton, qui déclare : « La vérité c’est tout simplement que le pouvoir socialiste ne tombera pas comme un fruit mûr. Et ceux qui laissent entendre que nous pouvons, c’est-à-dire nous la droite, revenir au pouvoir dans les mois qui viennent, ou même dans les deux années qui viennent se trompent, et trompent les Français. Ce n’est pas parce que Pierre Mauroy est à Cayenne ce matin que nous sommes débarrassés de la gauche. ». 

Le 2 décembre 1983, André Bercoff reconnaît qu’il est l’auteur de l’ouvrage, dans l’émission Apostrophe de Bernard Pivot. Il ne livre rien de la « conjuration», qui a précédé l’écriture de son récit. Il se présente seul, sans complice. On saura par la suite qu’il s’agissait d’une machination montée par l’Élysée, peut-être en partie par François Mitterrand. Ce dernier, dans une conversation avec Jacques Attali, aurait imaginé une sorte de pamphlet à double tiroir : la gauche y serait maltraitée et la droite, déconsidérée. Attali consulte André Bercoff, journaliste à la plume alerte, vif d’esprit, aventureux, disponible. Bercoff-Caton se met au travail sans attendre : c’est qu’il faut agir vite, les élections approchent. Jacques Attali alimente l’auteur en confidences et petits secrets du sérail politique. Pour l’information économique, il le met en relation avec le directeur de cabinet de Max Gallo, porte-parole du gouvernement. Ce directeur encore jeune, d’un abord enjoué, ignoré de la presse, s’appelle François Hollande ! Son rôle consiste à éclairer « Caton » sur les finances et l’état.

On oublie l’affaire, jusqu’à son rebondissement, en 2008, à Canal +. Jean-Michel Apathie, très irrité, y fait la révélation suivante, preuve à l’appui : la voix entendue au micro de Caloni était celle de… François Hollande car Bercoff, auteur confirmé, habitué des micros, craignait d’être identifié.

Un autre homme se tenait dans l’ombre de ce Caton de canular, Claude Durand, qui publia le livre chez Fayard. La droite fit les frais de l’entreprise éditoriale. En 1993, paraît, toujours chez Fayard, que Durand gouverna pendant près de trente ans,  Une jeunesse française, François Mitterrand 1934-1947  de Pierre Péan. Les tentations de Mitterrand, sa duplicité tactique dans des temps incertains, mais également son courage pendant la guerre, tout cela est mis au jour grâce à une enquête remarquable, qui provoque une bourrasque nationale. Le pays tout entier, confronté à son passé, contrairement à ce que prétendent les imbéciles et les ignares, se livre à une douloureuse introspection : ce miroir brisé lui renvoie une image éclatée, éparpillée dont toutes les pièces s’assemblent et se dispersent aussitôt. En 1994, éclate une nouvelle bombe Fayard : La face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen. Le « quotidien de référence », et plus précisément son triumvirat composé d’Eddy Plenel, Jean-Marie Colombani et Alain Minc, y sont soumis à la rude épreuve des faits et des révélations. Pour la première fois de son histoire, le journal est vraiment ébranlé. On se dirige vers le procès en diffamation, intenté par Le Monde et Colombani, tant le préjudice semble important. Durand, conscient du risque, et avec l’accord des deux auteurs, avait gelé leurs droits : les dommages et intérêts peuvent atteindre à des sommes importantes. Une médiation judiciaire vient interrompre les hostilités  : Le Monde renonce à l’idée d’un procès, le livre ne sera jamais réédité !

Claude Durand découvrit Gabriel Garcia Marquez, au milieu des années soixante. Pour une bouchée de pain, il acquiert les droits de Cent ans de solitude, traduit le texte avec l’aide de Carmen, sa femme, et le publie au Seuil, en 1967.

En 1974, dans les vitrines des librairies, un titre des éditions du Seuil éclipse durablement tous les autres : L’archipel du goulag. Le succès est phénoménal, immédiat : « […] je me suis abstenu, des années durant, de publier ce livre alors qu’il était déjà prêt : le devoir envers les vivants pesait plus lourd que le devoir envers les morts. Mais à présent que, de toute façon, la sécurité d’Etat s’est emparée de ce livre, il ne me reste plus rien d’autre à faire que de le publier sans délai. ». L’univers concentrationnaire, suscité par la machine stalinienne, ce « mouvement perpétuel », y est décrit avec une atroce minutie. Claude Durand est l’artisan de cette grande entreprise éditoriale.  Il se lia d’une amitié indéfectible avec Alexandre Soljenitsyne.

L’un des meilleurs éditeurs du XXe siècle vient de disparaître.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00617120_000038.

Thaïlande, l’Asie forteresse?

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thailande europe immigration

thailande europe immigration

(Avec AFP) – Un bateau transportant environ 300 migrants rohingyas dérive actuellement au large des côtes thaïlandaises, avec à son bord des hommes, des femmes et de nombreux enfants. Sur l’embarcation, les migrants ont accroché un drapeau noir sur lequel a été inscrit à la hâte en anglais: « Nous sommes des Rohingyas de Birmanie », tandis qu’une grande bâche avait été tendue pour protéger les migrants, la plupart très maigres, du soleil.

Chaque année, des dizaines de milliers de candidats à l’exil transitent par le sud de la Thaïlande, vers la Malaisie et au-delà, pour fuir la pauvreté au Bangladesh ou la violence dans le cas des Rohingyas de Birmanie, minorité musulmane considérée par l’ONU comme l’une des plus persécutées au monde. « Environ 10 personnes sont mortes au cours du voyage. Nous avons jeté leurs corps dans l’eau », a hurlé en rohingya l’un des migrants aux journalistes dans un bateau à proximité. « Nous sommes 300… nous sommes en mer depuis deux mois. Nous voulons aller en Malaisie mais nous n’avons pas réussi à atteindre le pays », a-t-il ajouté entouré de dizaines de femmes et d’enfants dont certains en bas âge.

Depuis quelques jours, les organisations internationales ont alerté sur le sort de milliers de migrants en perdition en mer après avoir été abandonnés par leurs passeurs, qui craignent la nouvelle politique répressive de la Thaïlande, traditionnelle voie de passage pour les filières clandestines.

À proximité du navire, la marine thaïlandaise essaie de retrouver des migrants perdus en mer, sans prendre modèle sur la police des frontières italienne, également confronté à un afflux inédit de migrants ces dernières semaines. Alors que le mythe d’une « Europe forteresse » hante les mauvaises consciences occidentales, la Thaïlande, l’Australie – traditionnellement rétive à l’immigration, malgré son histoire – et plusieurs autres puissances du Pacifique ont récemment durci leur conditions d’accueil. A contrario, l’Union européenne réfléchit aux modalités de séjour des réfugiés libyens, syriens, ou africains arrivés en Italie ce printemps. Le président de la Commission européenne a proposé que chaque Etat membre accueille un quota d’immigrés clandestins, pour répartir cette charge de manière équitable. Mais le Premier ministre britannique David Cameron, auréolé de sa réélection, a opposé une fin de non-recevoir aux instances européennes dans la missive anti-immigration qu’il leur a expédiée. « Je suis en désaccord avec Federica Mogherini (la chef de la diplomatie européenne) quand elle soutient qu’aucun migrant ou réfugié intercepté en mer ne sera renvoyé contre son gré », a enchéri la ministre de l’Intérieur britannique Mme May.

Apparemment, les Tories ont fait des émules à Bangkok. Sans jeter ces pauvres hères à la mer, il est toujours possible de les renvoyer dans leur pays par des moyens policiers, tout en faisant pression sur les autorités birmanes pour qu’elles leur réservent un sort meilleur. Mais cette option choquera certainement les âmes généreuses avec le territoire des autres. On attend ainsi avec impatience les prochaines manifestations de SOS Droit d’asile, RESF et autres assoces sans-frontièristes en signe de protestation contre l’égoïsme – et l’islamophobie ? – thaïlandais. En somme, le Siam est peut-être le dernier refuge du rocardisme : une terre accueillante assez raisonnable pour s’avouer qu’elle ne peut accueillir toute la misère du monde…

*Photo : © AFP CHRISTOPHE ARCHAMBAULT.

Les oraisons funèbres de Jérôme Leroy

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On connaissait déjà Jérôme Leroy comme auteur de polars haletants. Et comme polémiste redoutable. Et comme amateur de Ray-Ban et de plages hellènes. Et comme stalinien schizophrène, hussard stylé et àquoiboniste égaré  dans un monde qui le révulse. Il était difficile de ne pas l’aimer, non pour ses convictions, mais pour son goût. Rares sont les écrivains qui ne commettent jamais une faute de goût. Et il en faisait partie.

Merde ! J’ai soudain l’impression de rédiger sa nécrologie. Sans doute contaminé par son dernier livre Sauf dans les chansons où les nécros se succèdent à un rythme d’enfer : la mort y est omniprésente, pas toujours joyeuse, mais si mélancolique qu’on se prend à la guetter et à la savourer. Avec Jérôme Leroy, et c’est là qu’il est exceptionnel, rien ne pèse. Il est comme ce crooner des années soixante-dix, C. Jérôme, qui était le souvenir vivant des premiers slows pour des milliers d’amants. Il avait un amour vrai pour les gens. Et Jérôme Leroy se demande s’il n’aurait pas mieux fait d’être C. Jérôme, finalement.

Il se demande aussi pourquoi il prend du poids, pourquoi il perd son souffle, pourquoi il cherche celui qu’il était dans le noir et blanc des films de Godard. Il sait qu’il est arrivé à l’âge où l’on ne voit plus dans le regard des autres que le reflet de sa propre mort. Alors, il donne rendez-vous à ses chers disparus et, avec une douceur exquise et cruelle, s’apprête à partir pour la plage avec Homère et Melina Mercouri pour se baigner une dernière fois, attendre la métamorphose de ne plus jamais être perdu de vue par l’horizon. Rarement aussi peu de prétention n’aura été mise au service d’une telle qualité d’émotion. Ne te noie pas, mon cher Jérôme. Ou si tu le fais, entraîne-nous avec toi pour un dernier slow…

Sauf dans les chansons, Jérôme Leroy, La Table Ronde.

Sauf dans les chansons

Prix: 14,00 €

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Du Koch à l’âne

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luchini barjot telerama

luchini barjot telerama

Dans ce moi, comme son titre l’indique, on croisera en vrac, au fil de l’actualité, des personnalités aussi variées que Luchini, Pol Pot, Sardanapale, le roi Lear, Papazulu, et bien sûr ce sacré Manuel Valls, fraîchement converti au catholicisme.

Si c’est pas de la « diversité », ça…

EXÉCUTION SOIGNÉE

Lundi 23 mars / L’Utah devient le premier État américain a rétablir le peloton d’exécution pour les condamnés à mort, « en cas de pénurie de produits d’injection létale ». Il faut dire que ces derniers temps, faute des substances ad hoc, certains États avaient cru bon de recourir à des cocktails « expérimentaux » – provoquant chez les condamnés de longues et douloureuses agonies, qu’un peloton d’exécution devrait pouvoir leur épargner.

Reste un truc qui m’échappe : pourquoi les bourreaux américains ne se fournissent-ils donc pas en Suisse – où les injections létales donnent toujours satisfaction au client, et à ses ayants droit ?

DORMEZ, JE LE VEUX !

Vendredi 27 mars / « Journée du Sommeil » ! Qu’est-ce qu’ils ne vont pas chercher… Enfin, pour une fois que c’est dans mes cordes, je ne vais pas la rater !

Sauf que ça commence mal. Couché dès 6 heures, je n’arrive pas à trouver le sommeil jusqu’à la fin de la matinée. Et en plus, avec cette satanée grève à Radio France, me voilà condamné à errer d’une station périphérique à l’autre… Moi qui voulais être doucement bercé, je suis constamment agressé par des flots de pubs toujours plus crétines, et toujours les mêmes, jusqu’à l’horripilation.

C’est alors que, me tournant vers Dieu, je demande asile à Radio Notre-Dame – en priant quand même de ne pas tomber sur la Dizaine de chapelet, qui me rappelle décidément trop les jèzes. Enfer et damnation, c’est pire : la tranche horaire réservée à Fréquence Protestante !

Quand enfin, vers 13 heures, je trouve le sommeil, c’est pour basculer dans un affreux cauchemar sur un livre à écrire d’urgence qui n’en est même pas un (de cauchemar).

LUCHINI EST DANS LA PLACE ![access capability= »lire_inedits »]

Samedi 28 mars, « On n’est pas couché » / Dès son entrée en scène, avec son total look Ramones (Perfecto et jeans, pas troués, hélas !), Fabrice tranche au milieu des endimanchés du samedi soir. Mieux ! Il est le seul des dix personnages présents sur le plateau à ne pas arborer le ruban rouge du Sidaction, obligatoire cette semaine-là sur tous les plateaux télé.

Tout autre que lui, coupable d’un tel blasphème – par provocation ou simple négligence – aurait eu droit à une de ces piques subtiles dont Caron a le secret, genre : « Alors le sida, vous êtes pour ? »

Là, motus. D’ordinaire, le boucher végétarien ne fait pas de quartier ; mais ce samedi, face à Luchini, c’est plutôt lui qui numérote ses abattis. Pas si bête, l’ami Aymeric… Pour être sûr de remporter les oreilles et la queue, mieux vaut s’en prendre aux faibles ! Pas à l’insaisissable artiste, capable de vous coincer entre un aphorisme de Paul Valéry et un grand rire nietzschéen.

À la limite, Caron pourrait se payer un Francis Huster… Le problème, c’est qu’ils risquent d’être d’accord sur tout.

PAPAZULU vs JÉSUS

Mardi 7 avril / Depuis ses errements cathos de jeunesse, visiblement Télérama a su renouveler aussi son lectorat, y compris qualitativement. J’en fais  le constat sur son site internet à propos du documentaire Les Derniers Jours de Jésus, diffusé hier soir sur France 3. Point de commentaire sur l’émission elle-même : les blogueurs anticalotins de Télérama vont à l’essentiel, faisant assaut d’âneries haineuses contre la personne du Christ – qui pourtant ne leur a rien fait.

… Surtout s’il n’a jamais existé, comme le suggère un certain Actele : « Au grand dam des zélateurs de la secte vaticane, affirme-t-il pompeusement contre Renan lui-même, et la quasi-totalité des historiens d’aujourd’hui – il n’y a pas l’ombre d’une preuve de l’existence de Jésus. » – Et de la tienne, donc ? Tu n’es même pas cité par Flavius Josèphe…

La palme de l’antichristianisme primaire revient à Papazulu, qui en rajoute dans l’inculture au ton docte : « Comment croire à une prétendue résurrection dont il n’est fait mention dans les textes religieux que plusieurs siècles après la mise à mort d’un prophète parmi d’autres ? » Au vu du style, ce Papazulu-là m’a tout l’air d’un bobo cinquantenaire du Ve arrondissement, amateur de Johnny Clegg.

Non, cher ami athée, il ne s’est pas passé « plusieurs siècles » entre la Passion du Christ et la « mention » de sa résurrection dans les Rouleaux Sacrés… Moins de vingt ans pour les Épîtres de Paul, et soixante pour l’Évangile de Jean, le dernier ; or l’un et l’autre ne parlent que de résurrection. Saint Paul, dans une lettre à ses amis corinthiens, les met ainsi en garde : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi (…) et nous sommes les plus malheureux des hommes. » On n’est pas plus clair.

Selon saint Jean (II, 21) Jésus lui-même répond aux pharisiens du Temple, qui le mettent au défi de manifester son pouvoir : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » « Il parlait du temple de son corps », précise l’évangéliste, tant il est vrai que cette blague sur la résurrection fut mal comprise à l’époque – et encore aujourd’hui par certains.

Notre troll, justement, n’en a pas fini avec Jésus, qu’il s’acharne à déconsidérer avec une courte ironie – moquant « ce prophète qui est né entre quatre et sept ans avant lui-même, et de toute façon pas un 25 décembre ! » Putain, c’est vrai que ça change tout, merci Papazulu !

Quand je pense qu’on a dérangé des Onfray pour dynamiter la religion, alors qu’un gremlin de chez Télérama suffisait.

« LUXUEUX HLM » (SAISON III)

Mercredi 8 avril / Ce soir, nous autres les Barjot-de Koch avons les honneurs du Journal de 20 heures sur TF1, starring Gilles Bouleau. Enfin, pas vraiment nous, mais notre fameux « luxueux HLM en duplex avec terrasse et vue imprenable sur la tour Eiffel » – devenu plus célèbre que la cause de Frigide, et même mon Manuel d’inculture générale (mais moi je m’en fous, il est épuisé.)

 

À 20 h 16, lancement d’un reportage sur les défavorisés et les nantis en matière de logement. Et la nantie devinez un peu, c’est qui ? C’est Frifri ! Le commentaire de Gwenaëlle Bellec vaut son pesant de fiel : « Un duplex de 173 m2 finalement récupéré par la Ville de Paris », insiste-t-elle. Mais pendant vingt ans, dont onze Delanoë regnante, personne ne nous avait rien demandé… En revanche, une fois la fatwa lancée, entre l’assignation, le procès et l’expulsion, il ne s’est déroulé qu’un an TTC. Même si ça t’a paru long dans notre cas, c’est plutôt rapide en matière d’expulsion, renseigne-toi Gwenaëlle.

 

En attendant, elle poursuit son récit : « Frigide Barjot a été expulsée à cause d’une fraude : elle sous-louait son appartement à une société commerciale. » Holà, Mme Bellec ! Même le juge de première instance n’a pas parlé de « fraude », mais de « non-respect des obligations contractuelles des locataires » – et l’affaire est en instance d’appel. Alors de grâce, un peu de rigueur journalistique. T’es quand même « Grand reporter au service Informations générales de TF1 », d’après ta carte ! Apprends au moins le maniement du conditionnel.

 

Pour les images, on a droit à une visite guidée de notre ex-duplex par l’ami Ian Brossat en personne. Depuis deux ans, cet adjoint PCF au maire en charge du Logement poursuit mon épouse de ses assiduités. Là, il nous la joue Century 21, vantant le luxueux bien immobilier, non sans insister tout particulièrement sur le vaste et lumineux salon… C’est bien simple : on s’attend à ce qu’il propose un prix ! Bref, c’est Byzance, et nickel, et la visite date du 6 mars, juste avant les travaux (cf. le tweet de Brossat).

Ça n’empêche pas le même, un mois plus tard, de s’indigner à retardement dans Metronews : « L’appartement a été laissé en très mauvais état. C’est assez scandaleux qu’elle soit partie en le laissant ainsi. » « C’était Beyrouth ! », renchérit « un autre visiteur des lieux », qui a préféré garder l’anonymat.

À titre d’illustration, Metronews.fr publie une ribambelle de photos (cf. notre document) où tout est en chantier, et pour cause : l’appart est en pleins travaux pour accueillir une colocation étudiante. Cinq chambres au lieu de trois et deux salles de bains « déplacées », c’est sûr que ça fait du bousin. Mais on n’avait rien demandé non plus…

Merci en tout cas à TF1, Gilles Bouleau et Gwenaëlle Bellec ainsi qu’au PCF, à Ian Brossat et à Metronews pour cette étonnante coproduction qui ouvre, semble-t-il, une troisième saison du feuilleton Frigide & le Duplex maudit. Je me demande juste ce qu’ils vont bien pouvoir trouver pour le prochain épisode, après cet excellent « De Byzance à Beyrouth »… Le cadavre de Dupont de Ligonnès dans un faux-plafond ?

CASTING POUR JEAN-MARIE LE PEN : SARDANAPALE, OU LE ROI LEAR ?

Vendredi 10 avril / Dans Le Monde et Le Figaro, deux allégories lyriques de « La tragédie des Le Pen » : Jean-Marie y tient le rôle principal, mais pas le même.

« Tel Sardanapale, s’échauffe Le Monde, le vieux roi du Front veut mourir en jetant sa fille dans les flammes du bûcher qu’il a lui-même allumé. » Un peu gore pour mon goût, cette « Marine au bûcher ». Je préfère la version figaro-shakespearienne, comparant le destin du Le Pen père à celui du roi Lear « qui, trahi par deux de ses filles qu’il a comblées[1. De fait, avant Marine, le roi Le Pen avait été trahi par son aînée, Marie-Caroline, en 1998, à l’occasion du « puputsch » mégrétiste.], erre dans la lande accompagné de son seul bouffon, et délire au milieu des éléments déchaînés. »

Reste à savoir qui sera le bouffon. Pourvu que ce ne soit pas Jean Roucas…

TOUCHE PAS À MON POL POT !

Vendredi 17 avril / Quarantième anniversaire de la « libération » de Phnom Penh par les Khmers rouges. C’est pas moi qui le dis, c’est Le Monde du 17 avril 1975, qui titrait à la une : « Atmosphère de liesse dans Phnom Penh libérée ». C’est surtout depuis ce moment-là que je ne prends plus guère Le Monde au sérieux.

Soyons juste, entre-temps le journal a fait amende honorable, en termes choisis d’ailleurs : le 19 avril 2005, le quotidien finit par reconnaître, d’une simple phrase au détour d’un éditorial sur la cruauté des Khmers rouges, « l’aveuglement dont Le Monde ne fut pas exempt ».

De qui, ces lignes ironiques ? Du Monde lui-même, l’an dernier, dans une série intitulée « Le jour où… », consacrée aux dates qui, depuis 1945, « ont marqué l’actualité, mais aussi scandé l’histoire du journal. »

Sous la signature de Raphaëlle Bacqué, cette glasnost nous donne droit à un excellent papier-fleuve, truffé d’infos enfin « déclassifiées » sur l’entêtement fanatique du gang des maoïstes mondains des seventies.

C’est toujours bien de battre sa coulpe, mais quarante ans ça fait long, surtout pour un quotidien. À supposer qu’encore maintenant Le Monde nous raconte des craques, on le saura quand ?

LE PLASTIQUE, C’EST FANTASTIQUE !

Vendredi 20 avril / La Nouvelle République raconte comment un « Niortais éco-citoyen » a recruté un commando de kayakistes bénévoles pour « nettoyer les berges de la Sèvre ». « L’idée est d’empêcher le plastique de rejoindre l’océan », explique aimablement notre stratège, tandis que le journal commente : « Il a la nausée quand il évoque le “sixième continent”, cette plateforme gigantesque qui flotte dans le Pacifique nord, formée de plastiques vomis à la mer par nos civilisations modernes. » (Putain il s’est foulé, le localier !)

En fin de journée, la petite troupe rapportera le modeste fruit de sa pêche aux déchets dans une dizaine de sacs (plastiques). L’important, c’est de participer !

Du coup, moi, je googlise ces continents nouveaux, et leurs images me font rêver ; je sais, ce n’est pas bien. Les écolos, et même les scientifiques, ont plein de bons arguments pour nous mettre en garde contre ces centaines de milliers de tonnes de déchets qui se réduisent peu à peu en particules, jusqu’à ce que les mammifères marins et les oiseaux – qui de toute façon sont des cons, comme disait Chaval – les ingèrent bêtement jusqu’à l’empoisonnement. Le hic, c’est qu’avec la chaîne alimentaire et tout ça, ça peut finir par toucher l’homme, à peine moins con que l’oiseau.

Du coup, on envisage de ramasser et de recycler l’ensemble. Pourquoi pas – sauf que le continent Pacific Plastic mesure à lui seul 3,5 millions de km2, soit six fois la taille de la France. Alors il ne va pas falloir y aller avec le dos de la petite cuiller, si on veut que nos enfants voient ça (c’est-à-dire pas).

Encore faudrait-il, d’après ce que j’ai compris, stopper parallèlement et dans le monde entier la production du plastique sous toutes ses formes ou presque. C’est possible, ça ? Sinon, autant pisser dans le tonneau des Danaïdes[2. Ou le violon de Sisyphe, au choix]…

Bref, c’est pas demain la veille que ces jeunes continents auront disparu. D’ailleurs, est-ce vraiment souhaitable ? Pourquoi se fermer a priori à la nouveauté, dans une crispation de type réactionnaire ? Si vraiment « tout ce qui est réel est rationnel » et que « tout ce qui nous arrive nous ressemble », comme disaient Hegel et Oscar Wilde, aucun doute : ces continents neufs sont une nouvelle « Nouvelle Frontière » pour notre époque postmoderne.

Déjà providence des naufragés, ces vastes territoires ne feraient-ils pas d’excellents terrains d’atterrissage pour les utopistes qui survolent le monde réel en ULM ? Ils pourraient s’y retrouver entre eux, voire y fonder une nouvelle république dont le drapeau représenterait, par exemple, un sac vide.

MIRACLE A MATIGNON : VALLS SAUVE DEUX ÉGLISES ET SE CONVERTIT !

Mercredi 22 avril / « Attentat déjoué à Villejuif ! », claironnent les médias. N’exagérons rien ! Certes le suspect, Sid Ahmed Ghlam, était « connu des services de renseignement pour ses velléités de départ en Syrie », comme l’explique benoîtement le ministre de l’Intérieur. Mais pour autant, il ne faisait l’objet d’aucune surveillance particulière. Et s’il n’avait pas eu la bonne idée de se tirer une balle dans la jambe et d’appeler lui-même le SAMU, il courrait toujours… contrairement aux paroissiens de Villejuif.

Autrement dit, de l’aveu même de Bernard Cazeneuve, ce qui a manqué au gouvernement dans cette affaire, ce n’est pas ce « renseignement » sur lequel il veut à tout prix légiférer, mais tout simplement l’action.

Ça n’empêche pas le Premier ministre, trois jours plus tard, de se rendre solennellement dans les deux paroisses ainsi sauvées… par le SAMU. C’est là, sur le parvis de l’église Saint-Cyr-Sainte-Juliette, en présence de l’évêque du diocèse, que le Petit Père Valls n’hésite pas à déclarer : « S’en prendre à une église, c’est s’en prendre à l’essence même de la France. »

Miracle, notre anticalotin reconnaît soudain les racines chrétiennes de la France ! Bien sûr, j’entends d’ici ricaner les sceptiques : « Il en fait un peu trop, il n’en pense pas un mot ! »

Qu’en savez-vous, hommes de peu de foi ? L’Esprit souffle où il veut, et quand il peut… Et si jamais les incrédules avaient raison, alors ce grand laïcard devant l’Éternel aurait fait une bourde, et là aussi je suis preneur.[/access]

 

Etats-Unis-Russie : les paupières lourdes

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kerry poutine russie

kerry poutine russie

« En vérité le proverbe chinois est sage qui énonce : « les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur pères »[1. Marc Bloch, Apologie pour l’histoire, Armand Colin.], disait le grand Marc Bloch. Ajoutant que les faits historiques étaient par essence des faits psychologiques.

Par exemple la Seconde guerre mondiale, l’effondrement de juin 1940 et l’occupation occupent une place particulière dans la mémoire française. La tragédie dont notre pays, ne s’est jamais remis a initié le processus de notre sortie de l’Histoire. Cela explique les visions successives de de ce passé, pourquoi la France en est à ce point malade. Fatalement, comme l’avait compris Marc Bloch, ces usages du passé, prétendant le clarifier, ne sont que politiques. Et la mémoire le masque de l’idéologie. Le passé nous réserve d’autres surprises. Car nous savons avec Michel Foucault « qu’on montre aux gens non pas ce qu’ils ont été, mais ce qu’il faut qu’il se souvienne qu’ils ont été. »[2. Michel Foucault. Dits et écrits 1954 – 1988. Gallimard].

Et quand ce phénomène se combine avec un véritable travail de propagande tel que les médias français se sont faits une spécialité, cela peut complètement fausser le jugement et amener, même les plus informés à commettre de grosses bévues. Ce qui s’est passé autour du 70e anniversaire de la victoire de la « Grande alliance » sur l’Allemagne en est une jolie illustration. Tout à son suivisme millimétré de la stratégie américaine, enfin de celle qu’il s’imagine, notre Président de la République ignorant de l’histoire, mais également du présent est complètement passé au travers.

La question de savoir qui a gagné la guerre, est évidemment tranchée. C’est une alliance, où les soviétiques ont fait l’effort principal en Europe, et les Américains dans le Pacifique. Sans oublier le courage britannique initial dans son refus de capituler stratégiquement décisif. Alors, les russophobes compulsifs vous diront que non, accompagnés par ceux qui assimilent Staline et Poutine. Et c’est là que se situe le problème, cette position n’étant que le masque d’une idéologie voulant  faire de la Russie actuelle la continuation mécanique de l’URSS. Justifiant ainsi la stratégie américaine visant à la ramener à la situation des années 90 c’est-à-dire celle d’un pays vassal. Stratégie issue de la « victoire » dans la guerre froide et du concept « d’exceptionnalité » des États-Unis. Qui fait cependant l’objet de débats parfois sévères dans ce pays. Un sondage récent de Gallup donnait 76 % des Américains favorables à un retour à une certaine forme d’isolationnisme.

Les dirigeants français, tout à leur atlantisme dépassé en ont rajouté soucieux qu’ils sont d’être le meilleur élève du grand frère. Confondant fidélité et servilité.

François Hollande n’a donc pas été à Moscou pour le 9 mai. Grossière erreur. Pas parce que c’était insultant pour le peuple Russe, celui-ci s’en moque. Mais parce que tactiquement, en maltraitant l’histoire, il a traité la Russie comme un ennemi. Comme le font la Pologne ou la Lituanie qui elles, ont cependant quelques raisons historiques pour ça. Et les russes sont méfiants. Avec Napoléon et Hitler, ils savent ce qu’être envahi veut dire.

Mais si l’on décrète que la Russie est l’ennemi, encore faudrait-il savoir à qui on a affaire. Les cérémonies organisées dans tout le pays en ont donné une idée. Arrêtons-nous sur quelques détails révélateurs. Au début de la parade, Sergueï Shoigun Ministre de la défense debout dans sa voiture est rentré sur la Place Rouge pour passer en revue les troupes qui allaient défiler. Toute la Russie l’a vu, passant sous l’arche du « Christ Sauveur », lui le mongol bouddhiste retirant sa casquette et faisant le signe de croix orthodoxe.

En mémoire des morts de la guerre ensuite, toute la Russie arborait le ruban de Saint Georges. Celui de l’ordre institué par Catherine II, en 1789 pour récompenser officiers et soldats. Ordre militaire de Saint-Georges, martyr et victorieux, supprimé par Lénine et récemment rétabli.

Le « vive le Peuple vainqueur !» de Poutine fut suivi par le défilé du « régiment éternel ». Plusieurs centaines de milliers de personnes arpentant les allées de la capitale en brandissant les portraits de leurs parents, grands-parents, aïeuls ayant participé au formidable effort de la « Grande Guerre Patriotique ». François Hollande s’il s’était rendu à Moscou, y aurait croisé un peuple qui croit en son pays. Qui, comme le disait De Gaulle, « a absorbé le communisme comme un buvard », et déçu par l’Occident, vient de se tourner à nouveau vers l’Asie. On ne lit plus Marx en Russie, mais Berdaïev et Soljenitsyne. Pas très bolchevik tout ça, mais dans la Sainte Russie restaurée, l’idéologie slavophile tient la corde. Ce n’est pas nécessairement ce qui m’enchante, mais il va bien falloir faire avec.

Angéla Merkel et John Kerry moins myopes que François Hollande ont essayé de se rattraper. En faisant rapidement le voyage de Moscou. Ils ne doivent pas croire ce qu’on lit dans le Journal du Dimanche et dans Libération à propos des cérémonies du 9 mai : « Poutine tout seul », « Poutine isolé ». Titres absolument débiles et qui en disent long sur l’aveuglement propagandiste de certains médias. Vladimir Poutine n’était pas tout seul. Des chefs d’État représentant la moitié de la population mondiale, rien que ça. Et pourquoi les présidents chinois et indiens étaient-il là et leurs troupes ont-elles défilé ? Parce que, soucieux de leur « autonomie stratégique », l’un comme l’autre ont perçu avec la crise ukrainienne et l’attitude américaine qu’il serait sage de se regrouper et de répondre aux sollicitations politiques, économiques et stratégiques russes. Mais nos belles âmes n’ont aucune idée de ce qui se passe dans ces pays. Rentrant d’un périple en Chine cette évidence m’a sauté aux yeux.

Il est légitime, au-delà de la médiocrité de la politique extérieure française, de s’interroger sur l’aveuglement des États-Unis et de l’Europe. Qui déclenchant un coup d’état en Ukraine, provoquant une guerre civile, ont cru « ramener la Russie à la raison ». Cadeau royal fait à Vladimir Poutine, qui a pu ainsi récupérer la Crimée sans coup férir. Souder les russes autour de lui comme viennent de le démontrer les cérémonies. Se rapprocher de la Chine et de l’Inde, ceux-ci alors convaincus qu’il n’y avait pas grand-chose à faire avec les USA. Relançant la dynamique des BRICS. Les sanctions et les attaques spéculatives contre le rouble pour gênantes qu’elles aient pu être début, sont aujourd’hui absorbés. De nouveaux circuits ont été créés. Les fournisseurs européens en seront pour leurs frais.

Il semble que les écailles commencent à tomber des yeux. La conférence de presse consécutive à la visite de John Kerry à Sotchi, montre bien que les occidentaux sont un peu embêtés et qu’il n’est pas impossible que l’on se dirige vers un apaisement.

Restera les Mistral. Peu probable qu’ils intéressent les Cubains (que François Hollande est allé visiter, une fois obtenue l’autorisation américaine…). Mais de toute façon, pour les vendre à quelqu’un d’autre, il faut l’accord des Russes…

Hollande tout seul?

*Photo : Joshua Roberts/AP/SIPA. AP21733984_000006.

Lin Zhao et Marceline Loridan ne reviendront plus

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lin zhao loridan

lin zhao loridan

Je traduis en ce moment, en parallèle, deux œuvres que je crois importantes :

– Du français au chinois, Et tu n’es pas revenu l’émouvant best-seller de Marceline Loridan où elle évoque le destin tragique de son père.  J’ai convaincu l’éditeur taiwanais Locus 「大塊出版社」de le publier en chinois.

– Du chinois au français, les sous-titres de : 「尋找林昭的靈魂」XúnZhǎo Lín ZhāoDe LíngHún : À la recherche de l’âme de Lin Zhao, un film de Hu Jie, dont j’ai déjà ici-même, présenté un autre documentaire (sur le premier meurtre de la révo.cul.) Ne pleurez pas sur mon cadavre.

Ce rapprochement a un sens. Marceline Loridan était une lycéenne de 15 ans lorsqu’en 1944 elle fut internée à Drancy puis déportée à Auschwitz- Birkenau. On connaît mal la Shoah à Taïwan et en Chine. Je crois que, malgré quelques livres déjà publiés, le monstrueux système industriel des camps d’extermination nazis y est encore mal compris. J’espère que ma traduction de Et tu n’es pas revenu contribuera à dissiper cette méconnaissance. Et si jamais je lance un jour une version en langue chinoise de mon blog, elle commencera, comme celui-ci, par un hommage au film de Miriam Novitch Ne laissons pas les morts enterrer les morts (dont je suis en train également de traduire en chinois les sous-titres).

Significativement, la responsable des traductions chez mon éditeur taïwanais a eu du mal à comprendre ce qu’était le « matricule tatoué sur le bras des prisonniers ». Dans la Chine impériale, on marquait sur le visage des condamnés un tatouage infamant, qu’on désignait par le verbe / nom 「黥」qíng et j’ai proposé de l’utiliser pour évoquer ce matricule.

En Chine, vers 1953, au moment du « complot [antisémite] des blouses blanches »  monté par la propagande du PC de l’URSS et par Staline, la police maoïste commença  à vérifier si les quelques rares européen(ne)s marié(e)s à des Chinois étaient d’origine juive. L’amitié sino-soviétique ne laissait rien au hasard.

Marceline Loridan s’est rendue pour la première fois en Chine en 1965, avec son mari Joris Ivens. Elle avait alors une quarantaine d’années et était une admiratrice du  régime maoiste. Entre 1971 et 1976, ils tournèrent une série de documentaires « Comment YuGong déplaça les montagnes » que les maoïstes français ont applaudis, que Arte a programmés puis vendus en DVD. Dans de récentes interviews, Marceline Loridan a jeté un regard sans illusions, et sincère sur son passé – maoïste notamment.

Lin Zhao est née en 1932, quatre ans après Marceline Loridan. À 16 ans elle devint une militante communiste, et, après la prise du pouvoir par les communiste en 1949,  elle participa aux campagnes d’élimination des propriétaires fonciers. Étudiante, elle a 24 ans quand Mao, que la révolte de 1956 à Budapest inquiétait, tend un piège aux intellectuels chinois : il les invite à s’exprimer sans crainte, avant d’envoyer dans les camps ceux qui naïvement ont cru à sa volonté de réforme et à sa bonne foi. Ce fut le mouvement dit des « cent fleurs ».

Lin Zhao compta parmi les victimes ; mais elle eut la chance d’échapper aux camps et d’être condamnée à la «réforme par le travail» dans son université. En 1960, en liberté conditionnelle pour maladie, elle collabora à une revue qui dénonçait la famine provoquée par « Grand bond en avant » du « Grand timonier ». Elle fut alors condamnée à vingt ans de prison, battue, torturée.

Comme elle écrivait, on la priva de crayon et de papier ; elle rédigea alors sur des lambeaux de chemises et de draps, avec une épingle à cheveu et son sang, des milliers de caractères (qui, miraculeusement, parvinrent à l’extérieur et purent être partiellement édités).

Comme elle criait, elle finit par être ligotée et bâillonnée en permanence : on lui couvrit la tête d’un masque, une sorte de heaume, qu’on ne retirait que pour la nourrir. En 1968, deux ans après le début de la révo.cul. elle fut abattue. Classiquement, ses parents apprirent qu’elle ne reviendrait plus lorsqu’on vint leur réclamer le prix de la balle qui avait servi à l’exécuter.

Après la mort de Mao, la chute de la «bande des quatre» (dont Mme Mao) et le retour au pouvoir de Deng XiaoPing, Lin Zhao fut réhabilitée, mais on découragea ceux qui voulaient écrire sur elle et sur sa mort.

Le 22 mai à 19h45. à la Cinémathèque française (métro Bercy)  sera projeté le film de Hu Jie sur Lin Zhao. C’est un film très important : j’invite tous les lecteurs de mon blog à assister à cette projection. Je ne sais pas si Marceline Loridan aura la possibilité d’y venir. Si non, je lui adresserai un DVD. Elle ne m’en voudra pas de la considérer comme une Lin Zhao française, et de penser  que si elle était née en Chine, elle aurait connu un destin semblable au sien. Malgré sa résistance, elle serait probablement morte, comme elle, abattue dans un terrain vague près de la prison de ShangHai par des tueurs maoïstes en 1968, ou comme les quatre autres millions de victimes de la révo.cul.

1968, c’est sans doute l’une des années où Marceline Loridan a accompagné Joris Ivens en Chine, pour des repérages, mais sans que ni l’un ni l’autre aient alors compris ce qu’était la révo.cul. dont il filmèrent – non sans difficultés d’ailleurs – à compter de 1971 , un éloge auquel Lin Zhao n’eut pas le loisir d’apporter sa conclusion…

C’est la raison pour laquelle je souhaite, sincèrement et sans arrière-pensée, que Marceline Loridan puisse rédiger un post-scriptum aux deux films de Hu Jie que je vais éditer en français.

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*Image : Couverture française du livre Et tu n’es pas revenu & Photo de Lin Zhao.

«Xénophobie» : Cambadélis sent le Sapin!

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taubira najat vallaud cambadelis

taubira najat vallaud cambadelis

Jean-Christophe Cambadélis et Michel Sapin se sont-ils concertés en accusant l’opposition – et en particulier son chef – de céder à la xénophobie parce qu’elle attaque la politique de la ministre de l’Éducation nationale après avoir souvent critiqué celle de la ministre de la Justice ? Ou les petits esprits se rencontrent-ils ?

L’affaire est plus grave qu’il n’y paraît. D’abord parce que si on ne peut plus, au prétexte de leurs origines ou autres particularités, s’opposer aux textes produits par des membres du gouvernement, autant fermer la boutique tout de suite, opposition et presse comprises. Ensuite, parce que l’accusation de xénophobie tombe à plat puisque Mesdames Taubira et Vallaud-Belkacem sont autant françaises que Cambadélis, Sapin, et ma pomme. Fâché avec la langue française, Camba ? Où voulait-il plutôt accuser Nicolas Sarkozy et les autres de racisme, et, trouvant le mot un peu fort et pouvant susciter un incendie politique, il a revu ses accusations à la baisse ? Le premier secrétaire du PS n’est pas à quelques approximations près. L’autre jour, il a tweeté que Hollande et Valls, c’était « le glaive et le bouclier », oubliant (on l’espère !) la référence historique de cette formule, selon laquelle le Général de Gaulle et Philippe Pétain étaient de mèche  et se partageaient sciemment les rôles pendant la guerre. Cette théorie, très populaire dans les milieux pétainistes après-guerre, dans la bouche d’un ancien trotsko, ne manquait pas de sel, et lui a valu quelques critiques acerbes dans son camp politique. Une telle citation de la part d’un élu FN, UMP, Front de gauche, ou dans la bouche d’Emmanuel Todd auraient sans doute fait les titres de tous les journaux, mais Camba bénéficie visiblement d’un droit inaliénable à la gaffe.

On pourrait s’arrêter aux propos de ce sérial gaffeur, qui n’est jamais que le successeur d’Harlem Désir (tiens, je vais être accusé de xénophobie, là), mais Michel Sapin, ministre de la République a tenu des propos similaires sur BFM TV. Un membre éminent du gouvernement accuse donc le chef de l’opposition de racisme larvé. C’est à la fois grave et ridicule. Ridicule parce qu’on pourrait aussi qualifier l’action de Michel Sapin de médiocre, au vu de l’inefficacité de sa politique au ministère des Finances. Nous accusera-t-on d’épicéaphilie[1. Contrairement à une idée répandue, l’épicéa est un rival du sapin, et non son synonyme.] exacerbée, méprisant les qualités du sapin argenté, compte tenu de nos origines jurassiennes ? On peut désormais s’attendre à tout.

D’ordinaire, c’est Manuel Valls qui donne le ton, et il démontre à chaque séance de questions au Parlement qu’il n’a plus aucun sang-froid. Son soutien aveugle à la réforme de Najat Vallaud-Belkacem, faisant fi de l’avis de la totalité des intellectuels de gauche à l’exception de François Dubet – qui n’a pas l’aura d’un Debray ou d’un Nora, ce n’est pas lui faire injure – le place dans une situation intenable. Coincé entre une droite qui a compris qu’elle pouvait enfin faire oublier son piètre bilan en matière d’éducation (Vallaud-Belkacem succède dignement à Fillon et Chatel dans la promotion de la médiocratie), et une gauche intellectuelle qui conspue la réforme, le gouvernement use de grosses ficelles pour remobiliser son électorat : Sarkozy n’aime pas Vallaud-Belkacem, donc il est xénophobe ; si vous être contre la réforme de Vallaud-Belkacem, vous êtes aussi xénophobe. Dangereux pour sa propre réforme, dangereux pour le débat démocratique. Valls, Cambadélis et Sapin se comportent en incendiaires. Certains visiteurs du soir s’en émeuvent à l’Elysée. Le Président fait la sourde oreille. Jusqu’à quand ?

*Photo : XAVIER VILA/SIPA. 00712013_000021.

Pour la Grande-Bretagne, les migrants «devraient être renvoyés»

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migrants UE Juncker

migrants UE Juncker

Bruxelles (AFP) – Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a présenté mercredi un plan d’action pour l’immigration et l’asile, immédiatement rejeté par la Grande-Bretagne, opposée à toute solidarité pour la prise en charge des migrants et des réfugiés.

« Les migrants qui tentent de gagner l’Union européenne en traversant la Méditerranée devraient être renvoyés », a affirmé dans les médias britanniques la ministre de l’Intérieur, Theresa May, reconduite dans ses fonctions par David Cameron après sa victoire aux législatives.

« Je suis en désaccord avec Federica Mogherini (la chef de la diplomatie européenne) quand elle soutient qu’aucun migrant ou réfugié intercepté en mer ne sera renvoyé contre son gré », a insisté Mme May, quelques heures avant la présentation du plan de Jean-Claude Juncker. « Une telle approche ne peut qu’encourager plus de gens à risquer leur vie », a-t-elle estimé.

Le plan d’action adopté mercredi par la Commission européenne veut éviter les embarquements, secourir les migrants qui ont pris la mer et gérer leur accueil à leur arrivée dans l’Union européenne.

Il détaille une série d’actions immédiates et des stratégies à plus long terme, comme la création d’un centre d’accueil au Niger, sur la route empruntée par les migrants sub-sahariens.

Certaines dispositions, notamment l’instauration de quotas pour répartir entre pays européens les réfugiés et l’immigration légale, suscitent l’hostilité. La Grande-Bretagne n’est pas isolée. Le Premier ministre conservateur hongrois Viktor Orban s’est insurgé contre les quotas, qu’il a qualifiés de folie.

« Ces réactions sont désespérantes », a confié à l’AFP un haut responsable de l’exécutif  bruxellois sous couvert de l’anonymat.

Les arrivées par la mer ne sont qu’une fraction du phénomène de l’immigration, mais elles sont les plus dramatiques. La principale voie arrive en Libye, à destination du sud de l’Italie. Elle est empruntée par des migrants venus des pays de la Corne de l’Afrique et des pays d’Afrique de l’ouest, notamment le Nigeria.

Le plan d’action présenté mercredi insiste sur la nécessité de combattre les passeurs et de détruire leurs bateaux. Ce combat impose l’emploi de la force, une mesure qui sera discutée par les ministres des Affaires étrangères lundi prochain.

Il préconise par ailleurs de renforcer les moyens de surveillance et de sauvetage en Méditerranée afin d’éviter les naufrages. C’est la mission assignée aux opérations Triton en Italie et Poséidon en Grèce, dont le budget et les moyens vont être accrus.

La troisième partie du plan est la plus controversée. Elle veut imposer la solidarité aux Etats et modifier la règle qui impose la prise en charge des demandeurs aux pays d’arrivée. La dernière tentative de la modifier a été rejetée par 24 des 28 gouvernements européens.

– Un plan « massacré » ? –

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker veut à nouveau forcer les barrières. « L’Union européenne a besoin d’un système permanent qui permette le partage des demandeurs d’asile », soutient sa communication. En contrepartie, elle insiste sur l’accélération des renvois des migrants non autorisés à rester dans l’UE.

Plus de 360.000 demandes d’asile ont été traitées en 2014. La moitié seulement – 185.000 – ont été acceptées et six pays ont assumé l’essentiel de l’effort : Allemagne, Suède, France, Italie, Royaume-Uni et Pays-Bas.

La Commission propose l’instauration de quotas pour permettre une distribution plus équitable. La mesure concerne les réfugiés protégés par le Haut Commissariat des Nations unies, qui a demandé à l’UE d’accueillir chaque année 20.000 Syriens. Mais elle doit également permettre de soulager les pays de l’UE en cas d’afflux massifs d’arrivants.

L’Italie réclame cette solidarité. La France et l’Allemagne soutiennent le principe des quotas, sans toutefois se prononcer sur leur caractère obligatoire. Le Royaume-Uni et la Hongrie ont annoncé leur ferme opposition. Un vote à la majorité qualifiée peut permettre d’imposer les quotas, mais le recours à cette extrémité sera politiquement difficile.

Le plan sera discuté par les ministres de l’Intérieur de l’UE le 15 juin à Luxembourg, puis soumis aux dirigeants lors du sommet de Bruxelles du 30 juin. « Il est fort probable qu’il va être massacré, comme l’a été le dernier plan d’action présenté par la Commission européenne en décembre 2013 après un naufrage près de l’île italienne de Lampedusa », ont confié à l’AFP plusieurs responsables européens proches du dossier.

Catholiques, méfiez-vous des imitations!

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cathophobie islamophobie eglise

cathophobie islamophobie eglise

« Communautés : le lobby catho sur tous les fronts » : c’est en ces termes que L’Opinion évoquait, le 28 juillet 2014, la mobilisation des catholiques français pour leurs frères d’Irak après la chute de Mossoul. Les « cathos » venaient d’échanger les polos de La Manif pour tous, pour le « NOUN » – symbole marquant les chrétiens d’Orient – afin d’affirmer leur solidarité avec leurs frères persécutés par Daesh.

Longtemps cantonnée aux parvis des Églises, silencieuse et dispersée, la « communauté » chrétienne retrouvait le goût d’être ensemble. Coincés entre l’ère du vide et l’islamisation de la France, les cathos pourraient céder à la tentation du communautarisme. Ils ont toujours en travers de la gorge le mépris dont on les a accablés pendant la séquence Mariage pour tous. On les a traités d’homophobes ? Qu’à cela ne tienne, ils comptent bien, à leur tour, enfermer leurs adversaires dans « la cage aux phobes » inventée par Philippe Muray. Ainsi, dans un rapport mimétique évident avec leurs compatriotes musulmans, ils découvrent les délices de la « christianophobie ». Le Collectif contre l’islamophobie en France est né en 2003, lors du débat sur la loi interdisant le voile à l’école, l’Observatoire de la christianophobie, créé en 2010, a pris son essor à l’occasion de La Manif pour tous contre la loi Taubira. Quand on a perdu les avantages de l’hégémonie, reste à gagner les privilèges de la victime. De même que le prolétariat devait acquérir une « conscience de classe » pour accéder à la Révolution, les catholiques français se découvrent une conscience de communauté qui leur permettra, espèrent-ils, de peser dans le jeu de la concurrence victimaire.[access capability= »lire_inedits »]

Et, en effet, un catho a mille raisons de s’énerver en allumant sa télé, quand le mépris et la désinvolture vis-à-vis de sa foi sont devenus des réflexes médiatiques et politiques. Quand les Femen peuvent impunément profaner nos églises. Quand la RATP peut censurer la mention « pour les chrétiens d’Orient » sur une affiche. Quand le président de la République est frappé d’aphasie au moment où on attend qu’il prononce le mot « chrétien ». Quand, pour un portrait du prophète, ce sont des centaines d’enculades de papes et de curés qui parsèment depuis un siècle la presse satirique.

D’ailleurs, la mobilisation « communautaire » paye. La RATP a reculé. Nicolas Sarkozy a prononcé le mot « abrogation ». Probablement touché par la grâce, Manuel Valls n’est-il pas allé jusqu’à dire que les églises constituaient « l’essence de la France » ? C’est précisément parce que le Premier ministre a raison que les catholiques auraient tort de s’enfermer dans le communautarisme, et de dissoudre leur statut de culture majoritaire dans la mesquine comptabilité victimaire. Ce n’est pas dans les prétoires qu’on continuera l’œuvre des bâtisseurs de cathédrales.

C’est pour cette raison que Bernard Antony, fondateur de l’Agrif (l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne) et inventeur du « racisme antichrétien », n’a pas écouté la suggestion que lui avait faite Mgr Lefèvre de fonder un parti catholique français. « Le communautarisme, je n’en veux pas, mais il peut devenir une fatalité si le nombre de catholiques continue à diminuer », prévient-t-il cependant. Il renâcle aussi à utiliser le terme « christianophobie ». D’autres n’ont pas ces délicatesses et rêvent, comme la frange la plus ayatollesque de Civitas, d’une alliance soralienne entre les communautarismes, une sorte de « Front des croyants » qui se dresserait contre une République « religiophobe ».

La surenchère, alimentée par les réseaux sociaux, n’est hélas plus l’apanage de ces franges extrémistes. En février 2015, le cimetière juif de Sarre-Union est profané par une bande d’antifas nazis (oui, oui). Les médias s’emparent du sujet. BFM-TV publie un premier décompte macabre des profanations : 6 cimetières juifs, 4 cimetières musulmans, et… 206 cimetières « chrétiens », publie la chaîne dans un premier tableau. Quelques minutes plus tard « cimetières chrétiens » est remplacé par « cimetières municipaux ». Tollé sur la Toile où la cathosphère s’enflamme : deux poids, deux mesures ! Christianophobie ! Pourtant, la chaîne d’info continue a eu raison d’employer le terme « cimetières municipaux ». Un catholique, contrairement à un juif ou un musulman, peut très bien voisiner dans le trépas aux côtés d’un athée ou d’un franc-maçon. C’est que le catholicisme n’est pas une communauté. Ou, plutôt, il est la communauté universelle (katholikos), celle qui permet l’émergence de l’individu. Il n’y a pas de cimetières catholiques, il n’y a que des tombes catholiques.

Les chrétiens français ne sont pas une minorité parmi d’autres, car ils étaient la France. Cette France chrétienne depuis Clovis, qui l’était restée malgré la Révolution et la République. L’émergence d’un « catholicisme de France » signerait la fin de l’improbable synthèse saluée par Péguy et Michelet du drapeau tricolore et du goupillon, qui s’est retrouvée dans l’alliance de la rose et du réséda, du colonel de La Rocque et de Jean Moulin. En cessant de se comporter comme une culture majoritaire, pour reprendre la dialectique et le vocabulaire des damnés de la terre, les catholiques risquent de perdre leur plus fidèle alliée : la France. À l’inverse, la République serait bien avisée de se souvenir qu’elle n’est pas grand-chose sans ses racines chrétiennes. Dépourvue d’une base culturelle solide, en proie au relativisme, la mystique républicaine ne fera pas le poids face au communautarisme musulman. Or, la nature a horreur du vide, et l’islam est avide de conquêtes. Autant dire que la suite est écrite d’avance.[/access]

*Photo : LANCELOT FREDERIC/SIPA. 00627941_000020.

La Corée du Nord, nouvel eldorado pour l’armement français?

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(Avec AFP) – Le ministre nord-coréen de la Défense, Hyon Yong-Chol, a été exécuté pour déloyauté et manque de respect envers le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, ont annoncé mercredi les services secrets sud-coréens.

Des centaines de responsables du régime de Pyongyang ont assisté à l’exécution de ce ministre, a indiqué à Séoul Han Ki-Beom, directeur adjoint des services de renseignement nationaux (NIS) devant une commission parlementaire, selon l’agence de presse sud-coréenne Yonhap.

Selon Yonhap, il était reproché à M. Hyon, qui avait été nommé ministre des Forces armées il y a moins d’un an, de s’être assoupi durant des célébrations militaires et d’avoir répondu à Kim Jong-Un à plusieurs reprises.

M. Han a précisé à la commission parlementaire que Hyon Yong-Chol avait été tué au moyen d’un tir de canon anti-aérien, aux alentours du 30 avril, dans une académie militaire du nord de Pyongyang.

La presse, en particulier les médias sud-coréens, a expliqué par le passé, sans que cela puisse être confirmé, que cette méthode d’exécution destinée à frapper les esprits était réservée aux personnalités de haut rang dont le pouvoir veut faire un exemple.

Si ce genre de méthode – aussi spectaculaire qu’expéditive – est régulièrement employée au pays de Kim Jong-Un, la France aurait tout intérêt à s’y intéresser. Voilà qui créerait un nouveau débouché juteux pour nos industriels de l’armement, dont les produits font déjà le bonheur de nombreux émirs et autres illustres démocrates ailleurs dans le monde…

Corée du Nord exécution ministre missile

*Photo : © AFP ED JONES

Claude Durand, gentilhomme et corsaire de l’édition

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claude durand fayard goulag

claude durand fayard goulag

Claude Durand, né en 1938, mort le 7 mai, fut un brillant éditeur. Il avait une vraie sensibilité littéraire, doublée d’une audace éditoriale qui lui fit prendre tous les risques. Son nom est associé pour moi, par exemple, à une farce politique, qui se joua en plusieurs tableaux.

C’était au début du premier septennat de François Mitterrand. Après l’euphorie, la distribution des confiseries et la parade des excellences roses, la rumeur nationale trahissait une certaine morosité. La gauche est d’ailleurs défaite aux élections municipales des 6 et 13 mars. À Paris, Jacques Chirac conquiert les vingt arrondissements. Il triomphe, et l’opposition avec lui. En janvier avait paru l’ouvrage De la reconquête, signé du pseudonyme Caton, évoquant la Rome antique, ouvrage qui prétendait donner à la droite des raisons d’espérer. L’auteur, présenté par la quatrième de couverture comme un homme de droite influent, revendique un anonymat de  prudence. Il dresse le tableau d’une gauche claudicante, certes mal en point, dont l’opposition peut triompher un jour… lointain. Car, pour l’heure, son état général, lamentable, la disqualifie. Giscard d’Estaing, Jacques Chirac sont voués aux gémonies. En mal d’idées et d’hommes, incapable de se réformer, paralysée par des querelles d’ambition, inspirée par le seul souci de la revanche, elle ne possède aucune des qualités nécessaires à la prise du pouvoir parlementaire. De la reconquête  feint de s’en attrister et démontre que le « socialisme responsable » demeure, faute de concurrents, le meilleur gestionnaire des intérêts de la France, dans la mesure où il s’accommode fort bien de l’économie de marché.

Le livre rencontre un grand succès en librairie. Le landernau médiatique s’interroge, mais ceux qui savent se taisent. Philippe Caloni, à l’antenne de France-Inter, le 3 février, réussit un « scoop ». Il s’entretient au téléphone avec le prétendu Caton, qui déclare : « La vérité c’est tout simplement que le pouvoir socialiste ne tombera pas comme un fruit mûr. Et ceux qui laissent entendre que nous pouvons, c’est-à-dire nous la droite, revenir au pouvoir dans les mois qui viennent, ou même dans les deux années qui viennent se trompent, et trompent les Français. Ce n’est pas parce que Pierre Mauroy est à Cayenne ce matin que nous sommes débarrassés de la gauche. ». 

Le 2 décembre 1983, André Bercoff reconnaît qu’il est l’auteur de l’ouvrage, dans l’émission Apostrophe de Bernard Pivot. Il ne livre rien de la « conjuration», qui a précédé l’écriture de son récit. Il se présente seul, sans complice. On saura par la suite qu’il s’agissait d’une machination montée par l’Élysée, peut-être en partie par François Mitterrand. Ce dernier, dans une conversation avec Jacques Attali, aurait imaginé une sorte de pamphlet à double tiroir : la gauche y serait maltraitée et la droite, déconsidérée. Attali consulte André Bercoff, journaliste à la plume alerte, vif d’esprit, aventureux, disponible. Bercoff-Caton se met au travail sans attendre : c’est qu’il faut agir vite, les élections approchent. Jacques Attali alimente l’auteur en confidences et petits secrets du sérail politique. Pour l’information économique, il le met en relation avec le directeur de cabinet de Max Gallo, porte-parole du gouvernement. Ce directeur encore jeune, d’un abord enjoué, ignoré de la presse, s’appelle François Hollande ! Son rôle consiste à éclairer « Caton » sur les finances et l’état.

On oublie l’affaire, jusqu’à son rebondissement, en 2008, à Canal +. Jean-Michel Apathie, très irrité, y fait la révélation suivante, preuve à l’appui : la voix entendue au micro de Caloni était celle de… François Hollande car Bercoff, auteur confirmé, habitué des micros, craignait d’être identifié.

Un autre homme se tenait dans l’ombre de ce Caton de canular, Claude Durand, qui publia le livre chez Fayard. La droite fit les frais de l’entreprise éditoriale. En 1993, paraît, toujours chez Fayard, que Durand gouverna pendant près de trente ans,  Une jeunesse française, François Mitterrand 1934-1947  de Pierre Péan. Les tentations de Mitterrand, sa duplicité tactique dans des temps incertains, mais également son courage pendant la guerre, tout cela est mis au jour grâce à une enquête remarquable, qui provoque une bourrasque nationale. Le pays tout entier, confronté à son passé, contrairement à ce que prétendent les imbéciles et les ignares, se livre à une douloureuse introspection : ce miroir brisé lui renvoie une image éclatée, éparpillée dont toutes les pièces s’assemblent et se dispersent aussitôt. En 1994, éclate une nouvelle bombe Fayard : La face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen. Le « quotidien de référence », et plus précisément son triumvirat composé d’Eddy Plenel, Jean-Marie Colombani et Alain Minc, y sont soumis à la rude épreuve des faits et des révélations. Pour la première fois de son histoire, le journal est vraiment ébranlé. On se dirige vers le procès en diffamation, intenté par Le Monde et Colombani, tant le préjudice semble important. Durand, conscient du risque, et avec l’accord des deux auteurs, avait gelé leurs droits : les dommages et intérêts peuvent atteindre à des sommes importantes. Une médiation judiciaire vient interrompre les hostilités  : Le Monde renonce à l’idée d’un procès, le livre ne sera jamais réédité !

Claude Durand découvrit Gabriel Garcia Marquez, au milieu des années soixante. Pour une bouchée de pain, il acquiert les droits de Cent ans de solitude, traduit le texte avec l’aide de Carmen, sa femme, et le publie au Seuil, en 1967.

En 1974, dans les vitrines des librairies, un titre des éditions du Seuil éclipse durablement tous les autres : L’archipel du goulag. Le succès est phénoménal, immédiat : « […] je me suis abstenu, des années durant, de publier ce livre alors qu’il était déjà prêt : le devoir envers les vivants pesait plus lourd que le devoir envers les morts. Mais à présent que, de toute façon, la sécurité d’Etat s’est emparée de ce livre, il ne me reste plus rien d’autre à faire que de le publier sans délai. ». L’univers concentrationnaire, suscité par la machine stalinienne, ce « mouvement perpétuel », y est décrit avec une atroce minutie. Claude Durand est l’artisan de cette grande entreprise éditoriale.  Il se lia d’une amitié indéfectible avec Alexandre Soljenitsyne.

L’un des meilleurs éditeurs du XXe siècle vient de disparaître.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00617120_000038.