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Pour en finir avec le «droit à l’enfant»

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Sylviane Agacinski appel GPA Libération

Il existe encore un féminisme digne de ce nom. Une forme d’humanisme plus spécialement attaché à l’émancipation des femmes, et à la défense de leurs libertés fondamentales. Ce féminisme-là ne fait pas la guerre aux hommes et ne réduit pas les femmes occidentales à des victimes, face au « harcèlement » que constitueraient des compliments trop aimables pour être honnêtes. Qui sont-elles ? Quels sont leurs réseaux ? Plutôt que de réclamer des sièges réservés aux femmes dans les instances dirigeantes de nos démocraties égalitaires, Sylviane Agacinski, Marie-Jo Bonnet, ou encore Eliette Abécassis se préoccupent du sort de leurs sœurs exploitées, à l’autre bout du monde, pour fournir des enfants sur commande à de riches occidentaux : celles qu’on appelle si poétiquement « mères porteuses ». Pour ce faire, elles signent des livres, des tribunes, et aujourd’hui un appel solennel.

Après 40 femmes journalistes « victimes de sexisme » la semaine dernière, ce sont cette fois 160 personnes, « des femmes et des hommes d’origines ethniques, religieuses, culturelles et socio-économiques différentes venant de toutes les régions du monde », qui s’offrent une tribune dans Libération. Objectif, autrement plus sérieux : lancer un appel « aux gouvernements des nations du monde » exigeant « l’arrêt immédiat de la GPA. » Pour les signataires, cette méthode de procréation « doit être interdite en ce qu’elle constitue une violation des droits humains des femmes et des enfants ». La gazette du Marais aurait-elle réalisé que la maternité de substitution représente un problème au moins aussi grave qu’une invitation à déjeuner par un politicard sexagénaire ? Ou bien a-t-elle fait un tel flop avec son précédent « manifeste » qu’elle se cherchait une vraie cause à défendre pour doper ses ventes ?

Quoi qu’il en soit, ce choix éditorial de Libé mérite d’être salué. Ce n’est pas chez les Décodeurs du Monde, au hasard, qu’on trouverait un décryptage chiffré de « ces transactions iniques » qui impliquent souvent « l’exploitation des femmes les plus démunies ». Parce que oui, rappelons-le, la GPA est le nom de code du marché de l’enfant. Un marché en plein essor à l’échelle mondiale, et qui se développe à vitesse grand V en France, plus encore depuis l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. « Dans de nombreux cas, rappellent les auteurs de l’appel, ce sont les pauvres qui sont contraints de vendre et les riches qui peuvent se permettre d’acheter ». Chez nous, des sociétés principalement américaines démarchent donc de plus en plus ouvertement les clients potentiels : une grande majorité d’hétérosexuels, mais aussi désormais des couples gays mariés, que la Justice française autorise à faire naturaliser un enfant obtenu par GPA à l’étranger pour l’adopter ensuite.

Comble de l’hypocrisie, le procédé est toujours officiellement interdit en France. Mais des intellectuelles de gauche comme la philosophe Sylviane Agacinski ou l’historienne Marie-Jo Bonnet ne sont évidemment pas dupes. La mondialisation des marchés étant inéluctable, une interdiction à la seule échelle nationale n’a plus aucun sens. De même, la conception d’un enfant par PMA à l’étranger, alors qu’elle est théoriquement réservée en France aux couples souffrant d’une infertilité pathologique, « ne fait pas obstacle » à son adoption par un couple de lesbiennes selon la Cour de Cassation. Même hypocrisie de la législation nationale, même nécessité d’aborder le problème à l’échelle globale. Car la GPA nécessitant le plus souvent une PMA, les signataires de l’appel précisent : « Les enfants nés grâce aux techniques d’assistance médicale à la procréation qui sont généralement mises en œuvre dans la gestation pour autrui présentent aussi des risques de pathologies parmi lesquelles : une naissance avant terme, un décès à la naissance, un poids insuffisant à la naissance, des malformations du fœtus et une pression artérielle élevée. »

Pour les femmes – celle qui donne ses ovocytes mais aussi et surtout celle qui porte l’enfant – les risques encourus sont très sérieux : « le syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHSO), la torsion ovarienne, le kyste ovarien, une douleur pelvienne chronique, une ménopause précoce, une perte de fertilité, une tumeur cancéreuse du système reproductif, des caillots sanguins, une insuffisance rénale, un arrêt cardiaque et, dans un certain nombre de cas, la mort. » Dès lors, il n’y a pas d’argument recevable en faveur de la GPA : « Même s’il n’y a pas échange d’argent (c’est-à-dire la version non rémunérée, ou «altruiste»), toute pratique qui expose des femmes et des enfants à de tels risques doit être interdite. » Sans compter, rappellent les signataires, que « la GPA rompt le lien maternel naturel qui s’établit pendant la grossesse – un lien que les professionnels de la médecine encouragent et cherchent à renforcer sans relâche ». Pour ceux qui auraient grandi sur une autre planète, ou étudié les sciences naturelles avec Pierre Bergé, elles précisent que « le lien biologique entre la mère et l’enfant est indéniablement de nature intime et, lorsqu’il est rompu, les conséquences en sont durables pour les deux parties. »

Un jour, peut-être, un collectif aussi respectable affirmera haut et fort que le « lien intime » entre un père et sa progéniture a aussi son importance, et qu’il ne saurait être ignoré. Sylviane Agacinski l’a d’ailleurs déjà dit, au moment des débats sur la loi Taubira de 2013, en dénonçant la violence qu’il y avait à exiger de pouvoir faire un enfant sans père. Parce que le « mariage pour tous », et donc l’ouverture de l’adoption, impliquait évidemment le recours à la PMA et à la GPA. Un ami gay, favorable à la loi, nous le confiait hier : « Au final, dans cette affaire, le gouvernement n’aura fait que des mécontents. » Un bilan catastrophique que prévoyaient déjà nombre de juristes avant même le vote de cette « réforme de civilisation »… Pour la rigolote association SOS Homophobie, qui vient de rendre son rapport annuel, « les pouvoirs publics ont entretenu l’homophobie et la transphobie », notamment par le « refus de donner accès à la PMA à toutes les femmes ». Gonflé, quand on sait que l’homosexualité est toujours mieux acceptée, et que « toutes les femmes » ont accès à une assistance médicale en cas de problème d’infertilité. Pour les adversaires de la loi, à l’inverse, le « mariage pour tous » a fait sauter le dernier verrou qui nous protégeait de la fabrication d’êtres humains à la demande.

Beaucoup ont sincèrement cru bien faire en militant pour le droit à l’adoption conjointe par deux personnes de même sexe, et donc peu enclins à procréer en faisant bêtement des galipettes. Après tout, rien de plus naturel qu’un « désir d’enfant ». Mais à l’introduction de l’appel des 160, qui affirme que, « comme s’agissant de la plupart des désirs, des limites doivent être posées », la conclusion répond sans ambiguïté : « Personne n’a droit à un enfant, pas plus les hétérosexuels que les homosexuels ou les individus ayant fait le choix de rester célibataire. » Espérons qu’il soit entendu, et qu’en attendant une réécriture de la loi française sur la filiation, le droit international garantisse vite à nos futurs rejetons de pouvoir continuer à dire : « Je ne suis pas un droit. J’ai des droits. » Comme celui, pour nos filles, de ne pas devenir des « porteuses » inséminées à la demande.

La pétition internationale : Stop Surrogacy Now.

*Photo : IBO/SIPA/00506715_000004

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Ukraine: un rapport d’opposants russes accable Moscou

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Moscou (AFP) – Les proches de l’opposant russe Boris Nemtsov, assassiné en février à Moscou, ont présenté mardi dans un rapport des « preuves exhaustives » de l’ingérence militaire russe en Ukraine établies à partir de témoignages de soldats ou de leurs familles, une présence que Moscou a toujours démentie.

Dans un rapport de 64 pages, intitulé Poutine. La guerre, notamment rédigé à partir du travail d’enquête réalisé par Boris Nemtsov avant de mourir, les auteurs, notamment l’opposant Ilia Iachine, affirment présenter « preuves exhaustives » et récits de « témoins clefs » du rôle joué par l’armée russe dans le conflit entre séparatistes prorusses et forces de Kiev prooccidentales.

Selon M. Iachine, qui a présenté le rapport devant la presse, les troupes russes ont pour la première fois « franchi en masse » la frontière ukrainienne en août 2014, lors de la contre-offensive réussie des rebelles à Ilovaïsk et sur le front sud de Donetsk.

D’autres troupes auraient ensuite été envoyées en janvier et février pour inciter le président ukrainien Petro Porochenko à s’asseoir à la table des négociations à Minsk et lors des âpres combats pour la ville stratégique de Debaltsevo, selon l’opposant.

« Toutes les réussites militaires clés des séparatistes ont été réalisées par des unités de l’armée russe », a affirmé M. Iachine, qui admet néanmoins que tous les éléments du rapport ont été rassemblés à partir de la Russie, sans enquête sur place en Ukraine.

« Ni Poutine, ni ses généraux n’ont le courage d’admettre l’agression militaire contre l’Ukraine. Des mensonges lâches et hypocrites sont présentés comme de la grande sagesse politique », a-t-il lancé.

Selon les estimations du rapport posthume de M. Nemtsov, au moins 150 soldats russes ont ainsi été tués en août 2014, et près de 70 autres en janvier et en février.

Selon les proches de l’opposant, les éléments rassemblés par Boris Nemtsov proviennent de « sources ouvertes », de « sources anonymes à Moscou » et de témoignages des familles de soldats tombés en Ukraine, qui l’ont contacté à la recherche d’une aide pour obtenir la compensation financière promise par les autorités russes.

La plupart des éléments présentés par les proches de l’opposant assassiné avaient toutefois déjà été révélés par la presse russe et étrangère dans les mois précédents.

Le journal d’opposition russe Novaïa Gazeta avait notamment publié en mars une interview d’un jeune soldat russe qui affirmait avoir été déployé avec son unité de tankistes en Ukraine.

Des médias russes avaient exigé dès août la vérité sur une présence militaire russe en Ukraine après avoir rapporté des enterrements de soldats en Russie, morts dans des conditions mystérieuses. Au même moment, une dizaine de parachutistes russes avaient été capturés dans l’est par les forces ukrainiennes, Vladimir Poutine affirmant qu’ils s’étaient simplement « perdus ».

Ukraine Russie ingérence Boris Nemtsov

*Photo : © AFP-Archives Petras Malukas

La Terre Promise ce n’est ni Israël ni la France mais la Pologne!

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pologne israel catholiques

Chère Elisabeth,

Dans le dernier numéro de Causeur, consacré aux tourments des chrétiens d’Occident, tu écris que les catholiques, ces mal-aimés de la République, n’ont pas, contrairement aux juifs, de Terre Promise où se réfugier si nécessité s’en faisait sentir. C’est plutôt bien vu. La Cité de Vatican, minuscule et ridicule entité, ne peut en aucun cas leur servir de terre d’accueil. De surcroît être protégé par des gardes suisses armés de hallebardes ça fait un peu opérette de bas étage.

Ton constat appelle plusieurs remarques. A tout juif tout honneur, commençons par ceux que tenterait un départ pour Israël où qui savent qu’ils pourront toujours, si malheur arrivait, le faire. Tout d’abord -et sur ce point je pense que tu seras d’accord avec moi- ce privilège tendrait à donner raison à la vox populi qui clame depuis des siècles que les juifs se serrent les coudes, se démerdent toujours. On les persécute, ils baissent la tête puis relèvent la tête. On les tue, ils renaissent. Et en plus ils ont tous une résidence secondaire (non, non, pas à Deauville!). Mais ce privilège ne va pas sans inconvénients. Il y en a Israël une foule de juifs. Tout candidat à l’alya risque donc là-bas de sombrer dans un morose anonymat. Pour des gens supposés d’élite, fiers, sûrs d’eux-mêmes et dominateurs, c’est une perspective des plus frustrantes.

Il est vrai que le catholique breton, auvergnat ou bas-normand n’est pas éligible pour cette destination. De là à ce qu’ils arrivent à penser que les juifs sont, comme toujours, favorisés…. Elisabeth, je partage ta compassion pour les catholiques qui ne peuvent prendre l’avion pour Tel Aviv. Mais, vois-tu, tu commets une funeste erreur en leur disant -sans doute pour leur donner du courage- que leur Terre Promise c’est la France. Eh bien non, pas plus que selon moi Israël n’est la Terre Promise pour les juifs.

A s’en tenir à de strictes considérations géographiques et géopolitiques, tu as en apparence raison. Mais la géographie des âmes n’est pas celle des cartes. La Terre Promise aussi bien pour les juifs que les catholiques c’est la Pologne! Fille du sud regarde un peu plus vers l’Est plutôt que vers les rivages de la Méditerranée. Eh oui, il fait bon être juif en Pologne! Je frôle ici -je le sens bien- le blasphème.

Quoi, la Pologne, le pays le plus anti-juif du monde? La Pologne patrie des pogroms? La Pologne dont le nom ne peut se prononcer sans que, dans le même souffle, on n’y ajoute Auschwitz? Oui, la Pologne où, je te le répète, il fait bon être juif. Dans ce pays, les juifs sont très très peu nombreux : il y est donc assez facile d’y vivre comme appartenant à un peuple élu. Aucun danger non plus de sombrer dans le triste anonymat israëlien : tout Polonais sait reconnaître un juif. Mais il y a des antisémites en Pologne? Bien sûr.

Mais contrairement à ce qu’il se passe en France, ils rasent les murs. Ce n’est pas à Varsovie qu’on entendra des centaines de primates hurler “Juif, la Pologne n’est pas à toi!”. Sais-tu qu’il y a à Varsovie un lycée privé juif? Il est réputé et la très grande majorité de ses élèves sont catholiques et polonais. Car l’excellence de l’établissement est reconnu par toute la Pologne. Sais-tu qu’il y a un merveilleux théâtre yiddish à Varsovie? Les comédiens et les comédiennes sont eux aussi catholiques et polonais et ils ont appris le yiddish avec appétit. Car en vérité il a tellement de Polonais qui aimeraient être juifs. Mais tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents…

Arrêtons là sinon il ne me restera plus assez de place pour les catholiques français dont tu parles si bien. Oui, la Pologne c’est aussi pour eux! En France, les églises sont vides. En Pologne elles sont pleines. Ce qui est quand même plus convivial que de se retrouver seul, ou presque, le regard hésitant entre l’autel et le bénitier pour voir si quelqu’un vient te rejoindre pour la prière. Les curés là-bas ressemblent à des curés : ils portent soutanes et ne sont pas déguisés en clergymen britanniques. Les bonnes soeurs pullulent et il y en a de jeunes et jolies. Le catholicisme polonais est apaisé. La foi y a toute sa part, mais avant tout, il relève d’une tradition nationale, identitaire.

Catholique et polonais contre russe et orthodoxe, contre allemand et luthérien et aussi, cruelle et historique évidence, contre les juifs. Dernier argument : tout catholique français qui s’y installerait, s’y sentirait enfin en majorité. Je suis sûr aussi qu’en tant que femme, tu seras sensible au fait que la Vierge Marie a été au 17ème siècle couronnée reine de Pologne. Un pays qui s’est dédié à une femme, juive de surcroît, ne peut être entièrement mauvais. Enfin, il y a en Pologne une charmante prière, à laquelle en tant que fille tu seras certainement sensible. Il est vrai que l’Eglise refuse pour le moment de l’inscrire dans ses missels “Ô Marie, mère de Dieu, toi qui a conçu sans pêcher, permet moi de pêcher sans concevoir”.

Voilà chère Elisabeth. Prend l’avion pour Varsovie. C’est pas loin et c’est pas cher. Et écris à ton retour. Je te lirai avec plaisir, mais aussi -tu es prévenue- avec une exigence des plus sévère. Mais la France alors? Zlatan Ibrahimovic a tout dit sur le sujet.

P.S : Je m’aperçois que je t’ai lue un peu rapidement. Dans ton éditorial, tu évoques, comme possibles exils, pour des catholiques en danger Londres, Melbourne, Miami “voire Varsovie”. “Voire Varsovie”? Que de condescendance. Ton cas est grave.

*Photo : Ministry of Foreign Affairs of the Republic of Poland.

Collèges sans histoire

college najat valllaud belkacem

Il y a eu Roland à Roncevaux, d’Artagnan à La Rochelle, Zola à L’Aurore, de Gaulle à Londres, Sartre à La Cause du peuple. Nous avons aujourd’hui l’énarque à calculette. On a les héros que l’on mérite. L’ENA n’est d’ailleurs pas une obligation. Un DESS de marketing suffit – voyez Luc Chatel. Au pire, Sciences-Po fera l’affaire.

Najat Vallaud-Belkacem supprime les classes bilingues, fait disparaître le latin et le grec, rabiote çà et là sur le français et les maths. En regroupant les profs par deux dans des « Enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI), elle supprime des milliers de postes sans en créer de nouveaux, faute de candidats. Carton plein.[access capability= »lire_inedits »]
Luc Chatel, qui avait étêté le lycée, trouve que la réforme de son successeur, qui écrème le collège, va dans le bon sens. Grâce à la conjonction, à quatre ans d’intervalle, de ces brillantes intelligences, l’élitisme républicain a vécu. Le « socle commun de compétences », cette machine à décérébrer jadis fourguée à François Fillon, a trouvé le bon véhicule.

De « disciplines », il ne reste que quelques traces. Le reste est englouti dans les « objets d’étude » au cœur du dispositif des EPI. Un ingénieux reportage au collège Clisthène, à Bordeaux, où se pratique déjà cette pédagogie venue du froid, a montré des élèves sommés par un binôme prof de langue/prof d’histoire-géo de rédiger en espagnol un « tract » à destination des horticulteurs kenyans. Bonne idée.

Pendant ce temps, le latin, le grec et les classes bi-langues européennes passent à la trappe, avec tout ce qui fleure un peu l’élite et la transmission réelle des savoirs. Au total, cinq à six heures de cours en moins chaque année. Le niveau va monter.
Le Conseil supérieur des programmes, composé de politiques niais ou impuissants, de chercheurs en « sciences de l’éducation », d’enfants de Bourdieu et de constructivistes (qui préconisent que l’enfant construise lui-même ses propres savoirs), a demandé l’avis de personnalités toutes choisies dans le camp pédagogiste. Il réalise ce qui avait été projeté en 2007 pour Ségolène présidente : le retour des idéologues, particulièrement en histoire. Les nouveaux programmes éradiquent le « roman national », et imposent un gloubi-boulga de repentance et d’ouverture vers l’Autre et l’ailleurs. Moralité, on laisse l’histoire de France à Lorànt Deutsch, ce qui est certainement dommage. Et on booste le privé, ce qui ne l’est pas moins.[/access]

*Photo : MATHIEU PATTIER/SIPA. 00707887_000004.

Jean-Marie Le Pen va créer son parti

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jean marie lepen philippot fini

(Avec AFP). Président d’honneur suspendu du Front national, Jean-Marie Le Pen a franchi hier soir un pas de plus dans le conflit avec sa fille Marine en annonçant sur Radio Courtoisie qu’il allait créer sa propre formation, qui ne sera toutefois « pas concurrente du FN ». Ce nouveau mouvement, a-t-il expliqué, sera « un parachute contre le désastre, de façon à peser pour rétablir la ligne politique qui est celle qui a été suivie depuis des décennies ». Dès que ses relations avec Marine Le Pen avaient tourné vinaigre, après la publication de son entretien corrosif dans Rivarol,  tout laisser présager que le vieux chef voudrait créer sa crèmerie canal historique, à la façon d’une Geneviève de Fontenay horrifiée par le spectacle de bikinis et de chair qu’est devenue l’élection des Miss. Depuis la bisbille entre la dame au chapeau et la société de production Endemol, le Comité « Miss France national », volontiers kitsch, franchouillard et artisanal, concurrence la cérémonie officielle, sans rivaliser avec la débauche de moyens de la maison-mère.

Jean-Marie Le Pen s’est risqué à un autre parallèle pour justifier sa démarche : « Je ne veux pas que le FN devienne comme le mouvement de (ndlr: Gianfranco) Fini (en Italie), une aile droite de la majorité, de façon que M. Philippot et quelques autres deviennent ministres… » a-t-il lâché avant de se lancer dans une longue diatribe contre le vice-président du Front national, désespérément gaulliste, souverainiste, voire « socialiste » aux yeux du Menhir. Et Le Pen senior sait de quoi il parle : ancien dirigeant des jeunesses néo-fascistes du MSI, Fini l’avait accompagné dans son fameux voyage à Bagdad qui l’avait conduit jusqu’au palais de Saddam Hussein en 1990, aux côtés d’une délégation de responsables d’extrême droite européens. Quelque temps plus tard, le néo-fasciste se muait en atlantico-libéral bon teint, allant jusqu’à récuser le régime de Mussolini puis à contester Berlusconi sur sa gauche, caressant même le projet d’une grande alliance centriste avec le social-démocrate Cassini.  Reste que les néo-fascistes pur sucre baignent dans un jus stérile, éclatés en une myriade de groupuscules, qui vont d’expériences sociales imaginatives (Casa Pound) en fiascos électoraux (Forza nuova).

À la droite de la droite, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était : à bientôt 87 ans, Jean-Marie Le Pen sait qu’il ne pourra agréger qu’un quarteron de fidèles allergiques au nouveau Front, tels que le vétéran Roger Holeindre, le dissident Carl Lang, et quelques autres. Pour l’heure, rien n’indique que Bruno Gollnisch ne se hasarde à quitter le paquebot mariniste. Confortablement assis sur son siège de député européen, le fils préféré n’a toujours pas digéré sa défaite aux primaires de 2011. Pourquoi renoncerait-il à une réélection assurée pour sauver un géronte ingrat qui n’eut même pas le bon goût de préférer son héritier politique à sa fille ? Au Front, même ceux qui n’en pensent pas moins (et approuvent une partie du napalm que le Vieux a déversé dans les colonnes de Rivarol) optent pour l’efficacité. En savonnant la planche de sa fille, Jean-Marie Le Pen a aussi scié sa popularité auprès d’une base frontiste qui se projette aux portes du pouvoir. Qu’importe, le vieil artiste rêve d’un dernier tour de piste avant de mourir sur scène tel Molière jouant Le Malade imaginaire.

Côté jardin, le 1er mai, le fond de l’air était rouge sur l’estrade du Front national. Tout de pourpre vêtu, Jean-Marie Le Pen mima le V de la victoire devant une Marine médusée, posant en César esquivant le geste parricide de Brutus. Mais sa « félonne » de fille n’a pas revêtu les oripeaux de Bruno Mégret, puisqu’elle garde le contrôle de l’appareil et que la quasi-totalité des cadres et des élus toutes tendances confondues, devraient renouveler leur allégeance. Un temps, le fondateur du Mouvement national Républicain (MNR) s’était rêvé calife à la place du calife, avant de perdre toutes les batailles. D’abord, sur le front du charisme, le bateleur Le Pen ne cédait pas une once de personnalité au terne polytechnicien Mégret.  Juridiquement, la guerre fut néanmoins plus disputée : si la marque FN était passée aux mains du « félon », l’histoire eût peut-être été tout autre. En 2001-2002, quelques mois avant le 21 avril, des mercenaires du RPR avaient tenté un rapprochement discret avec la jeune garde du MNR afin d’éliminer Le Pen de la chasse aux parrainages et de favoriser l’inoffensif Mégret.

Par un de ces retournements dont l’histoire a le secret, quinze ans après la scission mégrétiste, s’il venait à maintenir sa candidature à la présidence de la région PACA, Le Pen finirait nolens volens en allié objectif de l’UMP. Pardon, des « Républicains », voire du front du même nom. Ultime ironie, à force de poignarder sa fille, le président d’honneur déchu passe pour le dernier homme politique à ne pas faire le jeu du FN…

*Photo : Francois Mori/AP/SIPA. AP21728706_000013.

Si les Ruskofs n’étaient pas là…

berlin urss hollande

Vous vous souvenez peut-être de cette chanson quelque peu révisionniste — gestuelle comprise :
« Si les Ricains n’étaient pas là,
Nous serions tous en Germanie… »
Réécriture de l’Histoire, pensons-nous à l’époque où nous nous demandions s’il fallait ou non brûler Sardou… L’Histoire, nous disions-nous, en vrais marxistes que nous étions, ne se manipule pas comme ça…
Mais nous ne connaissions pas les profs d’Histoire post baby-boom. Après 30 ans d’enseignement de la Seconde Guerre mondiale par les diplômés du système Meirieu, que savent les Français formés par nos merveilleux enseignants de gauche et des IUFM réunis ? Que ce sont les Américains qui ont gagné la guerre. Les Russes — les Soviétiques, exactement — ont disparu de leur mémoire. 70 millions de morts pour rien.
J’ai trouvé ces merveilleuses statistiques sur un site intitulé Histoire et société et qui a ouvert pour l’occasion une page baptisée, en hommage à Michéa (et un peu à la Fabrique) « Enseignement de l’ignorance ». Les statistiques qui y sont citées sont impitoyables. Après quarante ans de pur pédagogisme, les Français ne pensent plus que des Russes ont œuvré magistralement à la chute d’Hitler. On leur a appris quoi, en classe ?

sondage nation defaite nazis

Question rhétorique. À l’heure où la Chrétienté médiévale, l’Humanisme et les Lumières sont « optionnels » (et nombre de profs d’Histoire — je ne dis pas historiens, hein, mais ils le prétendent, ils le prétendent tous — comme si les profs de Lettres se disaient écrivains ! — ont clairement fait comprendre qu’ils approuvaient la réforme du collège et des programmes d’Histoire « enfin débarrassés du roman national » — pauvres mecs !), je ne sais pas trop si je peux me fier à eux pour faire comprendre aux gosses que Voltaire vaut mieux que laurence de cock (pas de majuscules pour les minus habens).
D’autant que tous ces imbéciles, qui ont voté Hollande en 2012 (nul n’est à l’abri d’un mauvais choix) s’apprêtent à récidiver — et là, ça devient de l’obstination. Hollande qui a préféré passer le 9 mai (le décalage horaire fait que la victoire est fêté à cette date en Russie) sous les cocotiers au lieu de se joindre à la commémoration moscovite, où 300 000 manifestants après le défilé militaire d’usage, ont défilé en tenant à la main les portraits de leurs parents combattants de la « grande guerre patriotique » — Poutine en tête. Dis, François, il faisait quoi, ton père, pendant la guerre ?
Je ne suis heureusement pas le seul à trouver ça minable. Les réactions ont plu, à droite comme à gauche — encore heureux ! «L’absence de Hollande est un affront diplomatique autant qu’historique, écrit Mélenchon. J’appelle cela par son nom : c’est une honte. Je souffre pour mon pays qui donne à voir un visage insupportable de sectarisme». Ian Brossat, adjoint (PC) à la Mairie de Paris, voit dans ce boycott organisé par les lèche-semelles de l’OTAN « une honte et une injure », et dénonce cette réécriture de l’Histoire : « Que David Cameron, Angela Merkel et leur allié obéissant, François Hollande, fassent passer leurs préoccupations géopolitiques conjoncturelles avant le respect dû aux morts laisse pantois. Sous prétexte de faire un pied-de-nez à Poutine, ils font un affront à l’histoire », écrit-il. Même son de cloche chez Dupont-Aignan : « Une honte devant l’Histoire. Un affront pour l’avenir ». Il n’est pas le seul. Droite et Gauche confondues sont indignées par la réécriture de la Seconde Guerre mondiale par le PS et ses affidés.
Oui. Réécriture. À qui la faute ? Qui a été chargé de l’instruction des chères têtes blondes ou brunes dans ce pays depuis les années 70, où nous n’avions, nous, aucune hésitation quand on nous demandait qui avait libéré Auschwitz le 27 janvier 1945 (tiens, Hollande ne s’est pas rendu non plus aux commémorations — il doit croire lui aussi que ce sont les Ukrainiens qui ont libéré des Juifs qu’ils avaient largement contribué à exterminer) ou qui avait accroché quel drapeau sur le Reichstag le 1er mai de la même année ? Et nous savions bien que si les Alliés avaient bravé le mauvais temps le 6 juin 44, c’était pour ne pas laisser les Russes délivrer seuls la totalité de l’Europe.
Ça leur arracherait la gueule de dire que Staline a gagné à Stalingrad — et ailleurs ? Et que les Soviétiques ont payé le plus lourd tribut à la victoire finale ? Et qu’ils ont des raisons de ne pas supporter que des groupuscules néo-nazis alimentent le gouvernement ukrainien actuel ? Poutine s’est même payé le luxe de remercier les Occidentaux pour leur participation à la victoire. Près de lui, les présidents indien et chinois — bref, tout ce qui va compter dans le monde dans les prochaines années. Le nôtre, de président, se faisait des selfies à Saint-Martin et à Saint-Barth. Bronze bien, pépère… Pendant ce temps, Florian Philipot tweete que cette absence de la France à Moscou est « une offense au peuple russe ». Comment ceux qui s’apprêtent à voter PS parce qu’ils se croient de gauche peuvent-ils supporter que la politique de Hollande donne au FN l’occasion de se draper en bleu-blanc-rouge et de se dire « républicain » ? Ah, ça doit être quelque chose, leurs cours !

Il faut être singulièrement taré pour ne pas comprendre — comme l’avait fait De Gaulle avant tout le monde — que le soleil se lève à l’Est, et que dans les temps à venir, une nation de troisième ordre comme la France a tout intérêt à ne pas se mettre à la remorque des Allemands, qui ne voient en nous que les vaches à lait de leurs retraités. Et que l’Europe ne pèsera pas bien lourd face à un conglomérat russo-chinois.
Oui, décidément, l’enseignement de l’ignorance a de beaux jours devant lui. Avec des profs d’Histoire de ce tonneau (et qui d’autre pourrais-je impliquer dans ce révisionnisme insupportable, puisqu’il y a quarante ans, avant que ne déferle la grande vague pédago, nous savions, nous, formés « à l’ancienne », qui avait gagné la guerre ?), c’est sûr que l’on assistera prochainement à des cours d’une objectivité insoupçonnable. Documents à l’appui. Et en bande sonore, ils se passent Sardou ?
Et ça hurle quand des voix s’élèvent contre le programme de Vallaud-Belkacem ! Et ça explique que si une super-commission patronnée par Pierre Nora se met en place, on « risque » d’en revenir à plus de chronologie !

Je serais inspecteur, je serais impitoyable avec tous ces petits-maîtres de la désinformation. Je sais bien qu’on les garde parce que personne ne veut faire ce métier de chien. Mais franchement, il y a des révocations qui se perdent. Ou tout au moins des rééducations.

Trois élections municipales annulées dans les Hauts-de-Seine

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Nanterre (AFP) – Le Conseil d’État a annulé lundi les élections municipales de trois villes des Hauts-de-Seine : Clichy-la-Garenne, seule ville socialiste du département, Asnières-sur-Seine et Puteaux, dirigées par l’UMP, en raison d’irrégularités lors du scrutin l’an dernier.

La plus haute juridiction de l’ordre administratif, qui statuait en appel, a confirmé un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise annulant les élections à Clichy, mais est allée à rebours de la décision de ce tribunal en invalidant le scrutin à Puteaux et Asnières.

Conséquence de cette annulation : les maires et leurs adjoints doivent quitter leur bureau, les cabinets sont dissous.

« Une délégation spéciale sera mise en place dans la semaine pour assurer la gestion des affaires courantes et urgentes », le temps d’organiser un nouveau scrutin, a indiqué une source préfectorale.

Les habitants de ces communes devraient retourner aux urnes les 14 et 21 juin, ces dates devant être validées par le ministère de l’Intérieur, selon la préfecture.

Le rapporteur public avait requis dans les trois cas l’annulation des élections, pour des raisons bien distinctes.

Dans le cas de Clichy, où le maire PS Gilles Catoire avait été réélu, le Conseil d’État estime que les mentions UMP-UDI-MoDem apposées sur les affiches et bulletins de la liste « Agir pour tous » de Didier Schuller, arrivée troisième, ont « fait croire aux électeurs que cette liste bénéficiait de l’investiture de l’UMP et du MoDem », privant potentiellement de voix la liste UMP-MoDem arrivée en seconde position, à 272 voix seulement du vainqueur.

À Asnières, le Conseil d’État justifie sa décision par des « pressions » « aux abords immédiats de plusieurs bureaux de vote », « de nature à fausser les résultats du scrutin », sans pouvoir établir si le vainqueur de l’élection, l’actuel maire UMP Manuel Aeschlimann, y a participé. Il n’est donc pas déclaré inéligible.

À Puteaux, bastion UMP dirigé par Joëlle Ceccaldi-Raynaud, l’enregistrement d’une liste DVD avait été refusée au motif que l’un de ses colistiers était déjà inscrit, à son insu selon lui, sur une liste Bleu Marine, une « manœuvre » qui « a faussé les résultats du scrutin », selon le Conseil d’État.

élections municipales Hauts-de-Seine

© AFP/Archives Thomas Samson

Immigration: Katie Hopkins sort son revolver

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katie hopkins immigration

Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume-Uni, nous dit-on depuis les plus hautes sphères du pouvoir onusien. Le Haut Commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, grimpe au rideau et dénonce « les attaques verbales contre les migrants et les demandeurs d’asile par les tabloïds britanniques », ne reculant pas devant la comparaison avec « le langage utilisé par les nazis dans les années 30 ». Une mise en accusation provoquée par la publication dans The Sun, un quotidien au tirage vertigineux de plus de deux millions d’exemplaires, d’une tribune signée par Katie Hopkins le 17 avril dernier. En effet, la chroniqueuse n’y va pas par quatre chemins. Sous un titre on ne peut plus explicite « Bateaux de secours ? J’utiliserais des navires de combat pour stopper les immigrants », elle développe une argumentation claire, pour ne pas dire cohérente. « Faits pour survivre à une bombe nucléaire », les migrants qui arrivent par milliers sur les côtes européennes seraient « comme des cafards », responsables de la transformation de certaines villes anglaises en « plaies putrides ». Inutile d’insister, c’est du lourd. Surtout quand on prend en compte que la missive est parue peu après la noyade en Méditerranée de 400 candidats à l’immigration clandestine, femmes et enfants compris.

Rien donc, absolument rien, pour la défense de Katie Hopkins. Née au sein de la middle-class, de parents hétérosexuels et blancs, elle n’en a jamais fait repentance. Pis, elle avoue avoir gardé un excellent souvenir de son école catholique -un établissement privé ultra-strict- bien que les bonnes sœurs l’y aient forcée à devenir droitière en lui attachant la main gauche derrière le dos. Non moins compromettante s’avère son éloge de l’armée de réserve où elle passait ses week-ends quand elle étudiait l’économie à la fac d’Exeter. « J’adorais la vie militaire. J’adorais la discipline et la rigueur. J’aime toujours les ordres monosyllabiques et c’est comme ça que je m’adresse à mes propres enfants ! », confie-t-elle à un des confrères pour finir par préciser, qu’au contraire elle n’a pas la moindre foi en la mobilité sociale ou autre discrimination positive. Se déclarant à 100% snob pratiquante, Hopkins déroute depuis quelque temps la presse de son pays dont une partie soutient que la polémiste ne croit pas un mot de ce qu’elle raconte, alors que l’autre affirme qu’au fond elle doit être effrayée par sa propre image publique, sinon souffrir d’un trouble de la personnalité antisociale.

Timidement, des voix divergentes se lèvent pourtant, avec une question embarrassante : pourquoi personne n’a empêché Katie Hopkins de publier son infâme tribune ? The Independent  a tenté une réponse, jetée comme une bouée de sauvetage dans la mare de plus en plus trouble de la common decency. En substance, la parade consistait à dire qu’aucun autre journaliste n’aurait jamais été autorisé à publier une pareille immondice, mais que la provocation est devenue la marque de fabrique de Hopkins au point de lui procurer un statut à part dans le paysage médiatique. Une explication habile qui ne saurait pourtant convaincre. Il ne faut pas être particulièrement brillant pour comprendre que The Sun n’aurait pas permis à Hopkins de faire son petit Hitler s’il n’avait su que le lectorat la suivrait. Et le lectorat du tabloïd le plus populaire du Royaume, ça fait beaucoup de monde, ça fait du public, ça fait même une partie non négligeable de l’opinion publique. Voilà le problème. Car en qualifiant le propos d’Hopkins d’inadmissible discours de haine égal au contenu génocidaire des programmes diffusés par la Radio des Mille Collines au Rwanda en 1994, il faudrait considérer ses milliers de sympathisants comme des barbares en devenir, des massacreurs potentiels et demander leur internement à titre préventif. Certes, une pétition signée par près de 300 000 personnes circule pour exiger l’éviction de Katie Hopkins de son poste au sein de l’empire de Rupert Murdoch, propriétaire du «Sun ». Mais jusqu’à présent la direction du journal n’a pas cédé devant la pression, tandis que la station de radio LBC maintient son offre de show faite à Hopkins. Venue de la téléréalité, « la journaliste la plus détestée de Grande-Bretagne » est néanmoins forte d’une petite armée de fans dont nombreux sont ceux qui s’affichent désormais sous le nom de « Je suis Katie » sur les réseaux sociaux. « Elle dit ce que la majorité d’entre nous pensent en n’ayant pas le courage de l’admettre », confie Jaymie, un admirateur écossais de la polémiste. Ainsi, ses allégations outrancières sur les immigrés, ne font pas fuir ses fidèles. Pas plus en tout cas que ses anciennes assertions sur les enfants roux qui seraient « plus difficiles à aimer », sur les obèses qui ont l’air trop « paresseux » pour pouvoir décrocher un job -Hopkins a successivement pris, puis perdu, 19 kilos dans le but de prouver que la minceur est surtout une question de volonté- sur les femmes enfin, qui n’auraient jamais voulu un traitement égal aux hommes parce qu’elles sont incapables de le supporter, mais plutôt un traitement spécial.

Reste que traiter les gros de fainéants, n’a rien à voir avec le fait d’assimiler une catégorie d’êtres humains à des « cafards ». Les esprits tatillons ont parfaitement raison de le rappeler. Dommage qu’ils s’abstiennent de demander ce que l’ONU a réussi à faire pour ces gens-là ? De quelle manière les fonctionnaires onusiens grassement rémunérés ont-ils contribué à prévenir les conflits armés ou à combattre le fléau de la corruption dans les pays pauvres ? Comment ont-ils aidé les populations de ces pays à rester chez elles et reconstruire leurs économies, plutôt que d’aller végéter en Europe ? Dénoncer les « propos génocidaires » d’une célébrité foldingue, est une excellente chose. Stopper les « génocides » en est une autre. « Au lieu de vous mettre en colère contre les mots, essayez d’apporter une solution », nargue Hopkins, peu impressionnée par les condamnations. Et l’étoile montante du journalisme politique outre-Manche, Ed West, d’enfoncer le clou : « Ce qui rend la réprobation envers Katie Hopkins ridicule, c’est le fait que personne n’a rien à proposer pour arrêter le désastre qui se joue en Méditerranée. Or il existe deux façons d’empêcher les gens de périr en mer- ouvrir les frontières avec l’assistance des navires de l’Union européenne ou bien renvoyer automatiquement tous les clandestins vers leurs pays d’origine. Si vous n’êtes pas l’avocat d’une de ces deux manières de résoudre le problème, les larmes que vous versez sur les Africains noyés ne sont que de l’eau. ».

Il semblerait que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, soit du même avis. Après avoir lancé en réponse au naufrage qui a fait récemment plus de 800 morts, « J’en ai assez des poètes, c’est bien de se montrer ému, mais il faut aller bien au-delà », le plus déterminé des technocrates européens a décidé de passer à l’action. Cette semaine, il tentera d’obtenir des 28 commissaires des pays-membres leur accord pour instaurer des quotas nationaux de prise en charge des demandeurs d’asile- histoire de soulager l’Italie, Malte et la Grèce. En même temps, le chef de l’Exécutif européen essayera de rendre l’ONU plus utile, la poussant à voter une résolution qui autoriserait les Européens à employer la force pour interrompre le trafic sur les côtes libyennes. En attendant les résultats de ces heureuses initiatives, nous essuierons sans doute encore pas mal de larmes en regardant le journal de 20 heures. Et de son côté, c’est certain, Katie Hopkins fera de son mieux pour indigner les âmes sensibles, en exigeant la mise en place d’une politique d’immigration à l’australienne qu’elle décrit sans équivoque : « ils traitent les immigrés avec violence jusqu’à ce qu’ils foutent le camp ». Qui sait si l’ONU ne votera pas d’abord une résolution condamnant Hopkins, au mieux au silence, sinon, à la lapidation.

*Photo : AP/SIPA. AP21542785_000002.

Laïcité: Najat contre Tartuffe

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Dans une tribune publiée la semaine dernière par Mediapart, Mehdi Thomas Allal, responsable du pôle anti-discriminations de la fondation Terra Nova et Asif Arif, avocat au barreau de Paris, reprochent à Najat Vallaud-Belkacem sa gestion des dossiers liés au port de la jupe longue dans certaines écoles. Si l’interprétation du port de ces jupes comme une atteinte à la laïcité pose effectivement question, l’argumentaire des deux signataires du texte laisse pour le moins songeur.

Tout d’abord, ils nous rappellent qu’une ministre de l’Education Nationale, doit, comme tout le monde à l’école, être au service des parents : « Pourquoi n’êtes-vous pas allée à la rencontre des parents de Sarah pour discuter et, in fine, apaiser le débat ? »

Que les ministres ne se déplacent même pas pour ce genre de problèmes, alors que depuis une dizaine d’années, les chefs d’établissement accueillent à bras ouverts les parents venant se plaindre de tel ou tel professeur et écoutent avec compassion leus litanies, il faut avouer que c’est un peu fort de café. Sans compter que le ministre des transports n’a toujours pas bougé le petit doigt pour régler le contentieux que j’ai avec la SNCF depuis novembre 2014 et que j’attends toujours des nouvelles de Stéphane Le Foll concernant les dommages et intérêts que je lui réclame suite au piétinement de mes tomates cerises par un voisin.

Ensuite, nos deux pédagogues émérites font remarquer que ce n’est pas le rôle du ministre de faire confiance aveuglément à tous les acteurs de terrain, qui, des professeurs jusqu’au recteur en passant par le chef d’établissement, sont pour une fois d’accord : « cette élève aurait commis des actes de prosélytisme, ce dont d’ailleurs la maman se défend […] il serait avantageux, afin de ne pas faire circuler dans les médias des idées qui porteraient préjudices aux droits des administrés, que vous justifiiez un peu plus vos propos… En d’autres termes, que vous apportiez des preuves ! ». Un ministre de l’Education ne doit pas simplement se contenter d’aller rencontrer les parents sur le terrain pour les caresser dans le sens du poil, il doit aussi se mettre en quatre pour trouver tous les éléments possibles susceptibles d’étayer leur version et se substituer au défenseur des droits ou à l’avocat commis d’office : c’est son boulot, quand même !

Enfin, les deux défenseurs des opprimés reprochent à Vallaud-Belakacem d’avoir omis de prendre en compte le statut de victimes éternelles des élèves en question dont ils n’ont pas manqué de noter, sans aucun sous-entendu, qu’elles étaient « comme par hasard musulmanes » : « Concrètement, que peut-il être reproché à cette élève mis à part son apparence physique, en l’occurrence sa tenue ? » Rien, effectivement puisque c’est précisément ça qu’on leur reproche.

« En les accusant sans fondement sur des chaînes de télévision nationales, vous les faites passer pour des malfrats, des personnes qui auraient commis un délit ! » ajoutent-ils.

Et les deux hommes, bien décidés à ne céder à aucune idéologie, de conclure qu’il faut, une bonne fois pour toutes, que « ces attaques incessantes contre les élèves musulmanes cessent ». Le problème, actuellement, comme le notent si bien ces deux analystes, ce ne sont pas les attaques contre la laïcité, ce ne sont pas non plus les attaques contre les juifs ou les chrétiens ni même contre les musulmans, mais les attaques « incessantes » contre les élèves musulmanes « discriminées en raison de leur religion ». Heureusement, grâce à nos deux vigilants censeurs, la République a encore de beaux jours devant elle.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00712383_000016.

Catholiques: du confessionnal à l’isoloir

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Premier étage du Procope, mi-avril 2015. L’Institut libéral-conservateur Thomas More présente « deux jeunes personnes pleines d’avenir » venues débattre de l’avenir de la droite : Louis Manaranche, 28 ans, et Madeleine de Jessey, 25 ans, normaliens catholiques engagés en politique. Le parterre de cheveux grisonnants réuni autour de la table, dont l’ancien ministre Charles Millon et son épouse philosophe Chantal Delsol, flanqués de quelques jeunes bien mis, conjugue visiblement les notions de droite, de conservatisme et d’identité chrétienne. « J’ai un peu peur de tous ces bonnets phrygiens », plaisante Manaranche à l’entame de son exposé, raillant le décor très 1789 du doyen des cafés parisien, avant de s’interroger : « Comment redevenir une culture dominante ? » L’ancien collaborateur de Laurent Wauquiez, dont il est resté proche, créateur du think tank « Fonder demain », inscrit sa démarche « métapolitique » dans les pas du contre-révolutionnaire Joseph de Maistre. Sa voisine de table opine du chef : « En 2012-2013, on a vécu un kaïros, comme on dit en grec, un moment opportun, une occasion à saisir » pour ancrer la droite dans une « certaine vision de l’homme » incompatible avec « les vieilles doxas anticléricales », affirme Madeleine de Jessey, présidente de Sens commun, le courant « Manif pour tous » de l’UMP. On l’aura compris, ici, c’est la droite bac + 12…[access capability= »lire_inedits »]

Qu’une jeune cadre du parti fondé par Jacques Chirac, formée à l’école des radsocs bouffeurs de curés, et un futur intellectuel organique de la droite aspirent à faire renouer la France avec son identité catholique donne à réfléchir. Pour ces jeunes, comme le prophétisait Péguy, « tout commence en mystique et tout finit en politique ». Avant son accession à l’Élysée, Nicolas Sarkozy, sentant intuitivement le fumet du réveil religieux, avait développé une conception néo-maurrassienne de la religion comme ciment du lien social[1. Voir La République, les religions, l’espérance, Nicolas Sarkozy, Éditions du Cerf, 2014.]. Une telle inflexion du discours politique en direction d’une « laïcité positive » ouverte aux cultes, suivie d’un voyage officiel au Vatican du président élu intronisé chanoine du Latran par Benoît XVI – en présence de Jean-Marie Bigard ! – contient sans doute sa part de sincérité. Le président de l’UMP n’en a pas moins pris conscience de la révolution culturelle en cours : après des décennies d’enfouissement, le catholicisme français s’est extrait de la torpeur, rajeuni… et droitisé. Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter aux racines de La Manif pour tous, qui fut le moment de sa cristallisation.

Septembre 2012. Dans une salle parisienne, des réseaux « pro-vie » proches de l’épiscopat (Fondation Jérôme-Lejeune, Alliance Vita, Associations familiales catholiques) sont rassemblés aux côtés de « cathos de gauche » encartés au Parti socialiste (Poissons roses) et de quelques homosexuels anti-mariage recrutés par Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot, l’égérie des boîtes gays et du groupe d’intervention Jalons présidé par notre Basile de Koch, son époux à la ville. C’est le début de La Manif pour tous (LMPT) « canal historique ». L’événement n’est pas mince : pour la première fois, des catholiques progressistes acceptent de faire cause commune avec des militants anti-avortement afin de ferrailler ensemble contre le projet de loi Taubira sur le mariage pour tous. À l’exception notable d’Alliance Vita, les différentes chapelles de LMPT s’accordent sur le principe d’une union civile homosexuelle, sorte de PACS amélioré qui garantirait l’égalité des droits (fiscalité, succession…). L’idée, ardemment défendue par Barjot, se voit assortie d’une réforme de l’adoption qui permettrait aux couples gays d’accueillir des enfants sans institutionnaliser un mensonge sur leur filiation. Malgré son côté hétéroclite, ou plus probablement grâce à lui, le mouvement attire les foules : contre toute attente, deux cent mille personnes défilent à Paris le 17 novembre. La mayonnaise prend tant et si bien que plus d’un million de Français – majoritairement catholiques – forment une marée humaine le 13 janvier 2013. Sans armes, ni haine, ni violence, des familles entières marchent leurs enfants sur les épaules, « sans qu’on entende un seul slogan homophobe », se remémore René Poujol, ancien directeur du magazine Pèlerin, et animateur du blog « À la table des cathos de gauche ». Du côté du gouvernement et dans les cénacles très actifs de la gauche LGBT, le désarroi se mue promptement en rage.

La modération de La Manif-version Barjot aurait pourtant dû rassurer le camp d’en face, elle ne fait que l’horripiler : où va le monde si l’ennemi n’a pas la tête de l’emploi ? À gauche, la ligne officielle ne varie pas : La Manif pour tous est de droite extrême, sinon d’extrême droite. Toute de rose enrubannée, la catho born again Frigide est moquée, diabolisée et insultée par les chiens de garde progressistes, de Libération (« Casse-toi, pauvre conne ! ») à Canal +. Et la prophétie antifasciste de s’autoréaliser en marge des cortèges : de paisible « catho pride », les manifs dégénèrent fin mars, avenue de la Grande-Armée, lorsque quelques provocateurs du GUD se mettent à titiller les CRS. Après le vote de la loi le 23 avril 2013, le gouvernement peut d’autant plus crier à l’extrémisme que Frigide Barjot se voit écartée de la tête du mouvement fin mai, en conflit ouvert avec la frange droitière de LMPT qui campe désormais sur une position intransigeante : plus question d’union civile, c’est l’abrogation ou rien ! Du jour au lendemain, Ludovine de la Rochère, responsable de la Fondation Lejeune, et Béatrice Bourges, naguère proche de Christine Boutin, éclipsent Barjot sur les plateaux télévisés. Même dans les colonnes du Figaro, on préfère ces représentantes convenables à la fantasque catho au grand cœur. Du reste, à gauche la haine anti-Barjot ne faiblit pas avec son éviction : aujourd’hui encore, on reste confondu par la violence que le camp du Bien s’autorise envers ses adversaires. Un homo militant confie ainsi : « Que Barjot soit entourée d’homos ne change rien, au contraire, c’est souvent le cas des plus homophobes. » Si vous avez trop d’amis juifs, votre compte est bon…

Aujourd’hui à la tête de sa propre association, L’Avenir pour tous, Virginie Tellenne tend l’autre joue à ces opposants de l’intérieur mais ne peut que constater : « Je n’avais pas les codes, je n’étais pas vraiment de leur monde », malgré la ferveur de sa foi. En qualifiant l’homosexualité de « chance pour la société française », la night-clubbeuse gay friendly avait fait grincer quelques dents au début de La Manif. Sa « garde rose », brocardée çà et là, tranchait nettement avec le noyau dur « tradismatique » de LMPT. Le chercheur Gaël Brustier[2. Le Mai 68 conservateur. Que restera-t-il de La Manif pour tous ?, Cerf, 2014.] avance en effet l’hypothèse que ce « Mai 68 conservateur[1] » est né à la jonction entre le renouveau charismatique de l’Église catholique et les courants traditionalistes fidèles à Rome, la matrice du mouvement. « Les milliers de jeunes de La Manif ont fréquenté indifféremment des églises tradis et charismatiques. Ce sont eux qui ont fait durer le mouvement presque un an et ont pour beaucoup été en garde à vue », me confirme un ami Veilleur. Des communautés charismatiques, dans lesquelles Paul VI reconnaissait « une chance pour l’Église et le monde » dès 1975, telles que l’Emmanuel ou les Béatitudes, inspirées du pentecôtisme protestant, ont fourni pléthore de jeunes à LMPT. Ces derniers présentent fréquemment le même profil : une éducation (modérément) religieuse, dans des familles peu pratiquantes, suivie d’une expérience chez les Scouts d’Europe, puis d’exercices spirituels au sein de groupes de prière comme l’EVEN (École du verbe éternel et nouveau, voir pages xxx) que Louis Manaranche et Madeleine de Jessey ont fréquentée durant leurs années étudiantes. Un parfait exemple de convergence entre rigueur dogmatique traditionaliste et pratiques charismatiques. Au point que Madeleine voit sa participation aux veillées de LMPT comme le prolongement de sa formation religieuse : en marge des manifestations, les Veilleurs lisent et commentent de grands auteurs profanes (Péguy, Bernanos, Orwell…), sécularisant ainsi la lecture de l’Ancien et du Nouveau Testaments telle que la pratique l’EVEN. Dans la génération JMJ (Journées mondiales de la jeunesse), nourrie aux homélies de Jean-Paul II et de Benoît XVI, l’identité catholique s’affiche fièrement conformément aux textes du Vatican sur l’implication des laïcs dans la diffusion de l’Évangile. Pour les curés aussi, l’heure n’est plus à l’enfouissement. « L’Église de France a évolué. Le temps des prêtres ouvriers qui s’habillaient en jeans et cachaient leur croix est révolu. On est revenu aux curés en col romain, à l’encens et à une liturgie plus respectée. Ces changements ont un impact politique », décrypte Matthieu Colombani, jeune délégué national du Parti chrétien-démocrate, fondé par Christine Boutin.

René Poujol, chrétien social, « entre Delors et Rocard », qui a eu 20 ans en 1968, se souvient : « Pendant longtemps, le monde catholique a été beaucoup plus réfractaire que le reste du pays aux idées du FN. Dans Le Mystère français, Todd et Le Bras parlent du “catholicisme zombie” sécularisé imprégnant culturellement la France de l’Ouest, qui a d’ailleurs voté Hollande en 2012. Mais la génération Manif pour tous se droitise. Elle reproche à ses parents issus de Mai 68 de ne pas lui avoir transmis les bonnes valeurs. » Pourtant, les résultats d’une enquête en ligne réalisée par La Manif pour tous en janvier dernier laisse penser que les « frigidiens » sont largement majoritaires parmi les catholiques du rang, lesquels soutiennent à plus de 69 % l’union civile homosexuelle,

Ainsi, seule une minorité des marcheurs anti-mariage gay a « Marion Le Pen comme idole », selon l’expression de Louis Manaranche. La benjamine de la PME frontiste, qui fut de toutes les manifs, a certes efficacement rabattu les voix cathos, mais la défiance envers le Front national reste largement de mise, y compris parmi les plus conservateurs. Matthieu Colombani, opposé au PACS dès son adolescence, renvoie le FN à ses divisions : « La pauvre Marion est sûrement sincère, mais Marine Le Pen a la même conception de la laïcité que Vincent Peillon. Elle considère que les curés ne doivent pas s’occuper de politique. Je n’entends pas le FN contre la reconnaissance de l’IVG comme un droit fondamental. Et je fais du rejet de la peine de mort un point non négociable. » Reconnaissons que la promotion d’un des fondateurs du micro-parti LGBT GayLib au poste de délégué culturel du Rassemblement bleu Marine n’enchante pas les foules catholiques. Si beaucoup rechignent de surcroît à rejoindre « le parti de la culpabilisation de l’Autre », dont la grammaire xénophobe bafouerait le message christique, le réveil identitaire catholique passe par d’autres canaux.

Même chez les « catho-zombies » de la ligne géographique Brest-Perpignan, l’autisme et le mépris du gouvernement pendant l’affaire du mariage pour tous a blessé, d’où l’insistance de François Hollande à vouloir présenter son ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, deloriste de cœur, à la tête de la Région Bretagne, histoire d’endiguer le risque de droitisation de cet électorat. Il est jusqu’au très modéré René Poujol pour s’émouvoir de la dérive « laïcarde » des pouvoirs publics : « L’affaire des affiches de la RATP [NDLR : dont la régie publicitaire avait souhaité retirer la mention « en faveur des chrétiens d’Orient » avant de reculer sous la pression générale] est ridicule mais révélatrice. Et ce serait farfelu d’interdire le voile à l’université. La loi de 1905 décrète l’État laïque, pas la société. À force de poser des contraintes dans l’espace public, on risque de confiner les croyants dans des lieux privés, et les gens vont se communautariser. » Un pas plus loin, Louis Manaranche craint que les attentats de janvier ne légitiment un nouveau tour de vis antireligieux : « 2017 risque d’opposer en politique les “Je suis Charlie” aux cathos ! », me confie-t-il. Singulièrement, cette inquiétude fait écho à celle qu’expriment des voix musulmanes.

Cathos, islamos, même combat ? Pas si vite : l’islam est à la fois perçu comme un concurrent féroce et un allié potentiel (contre l’intégrisme laïque), ce qui rend très ambivalent le rapport aux musulmans de bien des catholiques : faut-il autoriser le financement public indirect des mosquées, ne pas s’hystériser à la moindre prière mahométane de rue ? Matthieu Colombani n’a pas de religion sur ces points sensibles, bien qu’il soit aussi viscéralement « attaché à la liberté religieuse » qu’opposé à l’islamisation de la fille aînée de l’Église.

Chez les plus irréductibles, une petite frange militante se conçoit comme une minorité opprimée repliée sur elle-même : « Cela me fait penser à l’Action française des années 1920, lorsque certaines familles provinciales s’auto-glorifiaient de la vertu que leur conférait leur statut de minoritaires. C’est un grave contre-témoignage, car l’Évangile nous commande d’annoncer le Christ au monde », glisse Manaranche, adepte d’une stratégie d’influence à droite.

Signe des temps, Sens commun, six mille adhérents, a été le seul courant de l’UMP à faire comparaître les trois prétendants à la présidence du parti le 15 novembre dernier. La postérité a retenu la prestation de Nicolas Sarkozy, partisan de l’union civile homosexuelle, qui s’est finalement résolu à parler d’« abrogation » de la loi Taubira sous la pression d’une dizaine de spectateurs chauffés à blanc – « si c’est ça que vous voulez entendre, je vais le dire…. ». Mais seulement 6 % des adhérents de l’UMP ont plébiscité le candidat « Manif pour tous », Hervé Mariton, alors que Bruno Le Maire, partisan assumé du mariage gay, a raflé 29 % des suffrages militants. Pas assez puissant pour jouer au faiseur de roi, mais suffisamment influent pour convoquer candidats et caméras, le lobby catho de la droite est encore en gestation.

« Les manifestants de 2013 éprouvent beaucoup de circonspection à l’égard des partis, qui sont tous divisés. Le mouvement n’est plus représenté politiquement », estime Julie Graziani. La porte-parole du collectif Ensemble pour le bien commun est l’une des révélations médiatiques de LMPT[2. Le 2 octobre 2014, en direct sur France 2, Graziani a damé le pion au pro-mariage gay Alain Juppé, pourtant rompu aux débats télévisés.]. À 35 ans, cette fille d’un « père athée » qui a fait ses classes dans un lycée catho tradi de Saint-Cloud a entamé une deuxième carrière, celle d’entrepreneur cathodique pour des causes aussi peu glamour que la Marche pour la vie…, tout en faisant œuvre de lobbyiste au sein du « Terra Nova de droite » que viennent de créer Charles Beigbeder et Charles Millon. Du foisonnement de structures nées de La Manif pour tous, Graziani ne sait ce qu’il donnera, ni sur quel cheval – UMP ou FN – miseront les millions de catholiques pratiquants. Une chose est sûre : si la droite revient au pouvoir et se contente du statu quo, Julie Graziani et ses ouailles « remobiliseront une manif géante d’un million de personnes dans la rue. Et le président sera obligé de proposer un référendum. » Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards trop sages…[/access]

*Photo : FAYOLLE PASCAL/SIPA.00657021_000064.

Pour en finir avec le «droit à l’enfant»

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Sylviane Agacinski appel GPA Libération

Sylviane Agacinski appel GPA Libération

Il existe encore un féminisme digne de ce nom. Une forme d’humanisme plus spécialement attaché à l’émancipation des femmes, et à la défense de leurs libertés fondamentales. Ce féminisme-là ne fait pas la guerre aux hommes et ne réduit pas les femmes occidentales à des victimes, face au « harcèlement » que constitueraient des compliments trop aimables pour être honnêtes. Qui sont-elles ? Quels sont leurs réseaux ? Plutôt que de réclamer des sièges réservés aux femmes dans les instances dirigeantes de nos démocraties égalitaires, Sylviane Agacinski, Marie-Jo Bonnet, ou encore Eliette Abécassis se préoccupent du sort de leurs sœurs exploitées, à l’autre bout du monde, pour fournir des enfants sur commande à de riches occidentaux : celles qu’on appelle si poétiquement « mères porteuses ». Pour ce faire, elles signent des livres, des tribunes, et aujourd’hui un appel solennel.

Après 40 femmes journalistes « victimes de sexisme » la semaine dernière, ce sont cette fois 160 personnes, « des femmes et des hommes d’origines ethniques, religieuses, culturelles et socio-économiques différentes venant de toutes les régions du monde », qui s’offrent une tribune dans Libération. Objectif, autrement plus sérieux : lancer un appel « aux gouvernements des nations du monde » exigeant « l’arrêt immédiat de la GPA. » Pour les signataires, cette méthode de procréation « doit être interdite en ce qu’elle constitue une violation des droits humains des femmes et des enfants ». La gazette du Marais aurait-elle réalisé que la maternité de substitution représente un problème au moins aussi grave qu’une invitation à déjeuner par un politicard sexagénaire ? Ou bien a-t-elle fait un tel flop avec son précédent « manifeste » qu’elle se cherchait une vraie cause à défendre pour doper ses ventes ?

Quoi qu’il en soit, ce choix éditorial de Libé mérite d’être salué. Ce n’est pas chez les Décodeurs du Monde, au hasard, qu’on trouverait un décryptage chiffré de « ces transactions iniques » qui impliquent souvent « l’exploitation des femmes les plus démunies ». Parce que oui, rappelons-le, la GPA est le nom de code du marché de l’enfant. Un marché en plein essor à l’échelle mondiale, et qui se développe à vitesse grand V en France, plus encore depuis l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. « Dans de nombreux cas, rappellent les auteurs de l’appel, ce sont les pauvres qui sont contraints de vendre et les riches qui peuvent se permettre d’acheter ». Chez nous, des sociétés principalement américaines démarchent donc de plus en plus ouvertement les clients potentiels : une grande majorité d’hétérosexuels, mais aussi désormais des couples gays mariés, que la Justice française autorise à faire naturaliser un enfant obtenu par GPA à l’étranger pour l’adopter ensuite.

Comble de l’hypocrisie, le procédé est toujours officiellement interdit en France. Mais des intellectuelles de gauche comme la philosophe Sylviane Agacinski ou l’historienne Marie-Jo Bonnet ne sont évidemment pas dupes. La mondialisation des marchés étant inéluctable, une interdiction à la seule échelle nationale n’a plus aucun sens. De même, la conception d’un enfant par PMA à l’étranger, alors qu’elle est théoriquement réservée en France aux couples souffrant d’une infertilité pathologique, « ne fait pas obstacle » à son adoption par un couple de lesbiennes selon la Cour de Cassation. Même hypocrisie de la législation nationale, même nécessité d’aborder le problème à l’échelle globale. Car la GPA nécessitant le plus souvent une PMA, les signataires de l’appel précisent : « Les enfants nés grâce aux techniques d’assistance médicale à la procréation qui sont généralement mises en œuvre dans la gestation pour autrui présentent aussi des risques de pathologies parmi lesquelles : une naissance avant terme, un décès à la naissance, un poids insuffisant à la naissance, des malformations du fœtus et une pression artérielle élevée. »

Pour les femmes – celle qui donne ses ovocytes mais aussi et surtout celle qui porte l’enfant – les risques encourus sont très sérieux : « le syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHSO), la torsion ovarienne, le kyste ovarien, une douleur pelvienne chronique, une ménopause précoce, une perte de fertilité, une tumeur cancéreuse du système reproductif, des caillots sanguins, une insuffisance rénale, un arrêt cardiaque et, dans un certain nombre de cas, la mort. » Dès lors, il n’y a pas d’argument recevable en faveur de la GPA : « Même s’il n’y a pas échange d’argent (c’est-à-dire la version non rémunérée, ou «altruiste»), toute pratique qui expose des femmes et des enfants à de tels risques doit être interdite. » Sans compter, rappellent les signataires, que « la GPA rompt le lien maternel naturel qui s’établit pendant la grossesse – un lien que les professionnels de la médecine encouragent et cherchent à renforcer sans relâche ». Pour ceux qui auraient grandi sur une autre planète, ou étudié les sciences naturelles avec Pierre Bergé, elles précisent que « le lien biologique entre la mère et l’enfant est indéniablement de nature intime et, lorsqu’il est rompu, les conséquences en sont durables pour les deux parties. »

Un jour, peut-être, un collectif aussi respectable affirmera haut et fort que le « lien intime » entre un père et sa progéniture a aussi son importance, et qu’il ne saurait être ignoré. Sylviane Agacinski l’a d’ailleurs déjà dit, au moment des débats sur la loi Taubira de 2013, en dénonçant la violence qu’il y avait à exiger de pouvoir faire un enfant sans père. Parce que le « mariage pour tous », et donc l’ouverture de l’adoption, impliquait évidemment le recours à la PMA et à la GPA. Un ami gay, favorable à la loi, nous le confiait hier : « Au final, dans cette affaire, le gouvernement n’aura fait que des mécontents. » Un bilan catastrophique que prévoyaient déjà nombre de juristes avant même le vote de cette « réforme de civilisation »… Pour la rigolote association SOS Homophobie, qui vient de rendre son rapport annuel, « les pouvoirs publics ont entretenu l’homophobie et la transphobie », notamment par le « refus de donner accès à la PMA à toutes les femmes ». Gonflé, quand on sait que l’homosexualité est toujours mieux acceptée, et que « toutes les femmes » ont accès à une assistance médicale en cas de problème d’infertilité. Pour les adversaires de la loi, à l’inverse, le « mariage pour tous » a fait sauter le dernier verrou qui nous protégeait de la fabrication d’êtres humains à la demande.

Beaucoup ont sincèrement cru bien faire en militant pour le droit à l’adoption conjointe par deux personnes de même sexe, et donc peu enclins à procréer en faisant bêtement des galipettes. Après tout, rien de plus naturel qu’un « désir d’enfant ». Mais à l’introduction de l’appel des 160, qui affirme que, « comme s’agissant de la plupart des désirs, des limites doivent être posées », la conclusion répond sans ambiguïté : « Personne n’a droit à un enfant, pas plus les hétérosexuels que les homosexuels ou les individus ayant fait le choix de rester célibataire. » Espérons qu’il soit entendu, et qu’en attendant une réécriture de la loi française sur la filiation, le droit international garantisse vite à nos futurs rejetons de pouvoir continuer à dire : « Je ne suis pas un droit. J’ai des droits. » Comme celui, pour nos filles, de ne pas devenir des « porteuses » inséminées à la demande.

La pétition internationale : Stop Surrogacy Now.

*Photo : IBO/SIPA/00506715_000004

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Ukraine: un rapport d’opposants russes accable Moscou

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Moscou (AFP) – Les proches de l’opposant russe Boris Nemtsov, assassiné en février à Moscou, ont présenté mardi dans un rapport des « preuves exhaustives » de l’ingérence militaire russe en Ukraine établies à partir de témoignages de soldats ou de leurs familles, une présence que Moscou a toujours démentie.

Dans un rapport de 64 pages, intitulé Poutine. La guerre, notamment rédigé à partir du travail d’enquête réalisé par Boris Nemtsov avant de mourir, les auteurs, notamment l’opposant Ilia Iachine, affirment présenter « preuves exhaustives » et récits de « témoins clefs » du rôle joué par l’armée russe dans le conflit entre séparatistes prorusses et forces de Kiev prooccidentales.

Selon M. Iachine, qui a présenté le rapport devant la presse, les troupes russes ont pour la première fois « franchi en masse » la frontière ukrainienne en août 2014, lors de la contre-offensive réussie des rebelles à Ilovaïsk et sur le front sud de Donetsk.

D’autres troupes auraient ensuite été envoyées en janvier et février pour inciter le président ukrainien Petro Porochenko à s’asseoir à la table des négociations à Minsk et lors des âpres combats pour la ville stratégique de Debaltsevo, selon l’opposant.

« Toutes les réussites militaires clés des séparatistes ont été réalisées par des unités de l’armée russe », a affirmé M. Iachine, qui admet néanmoins que tous les éléments du rapport ont été rassemblés à partir de la Russie, sans enquête sur place en Ukraine.

« Ni Poutine, ni ses généraux n’ont le courage d’admettre l’agression militaire contre l’Ukraine. Des mensonges lâches et hypocrites sont présentés comme de la grande sagesse politique », a-t-il lancé.

Selon les estimations du rapport posthume de M. Nemtsov, au moins 150 soldats russes ont ainsi été tués en août 2014, et près de 70 autres en janvier et en février.

Selon les proches de l’opposant, les éléments rassemblés par Boris Nemtsov proviennent de « sources ouvertes », de « sources anonymes à Moscou » et de témoignages des familles de soldats tombés en Ukraine, qui l’ont contacté à la recherche d’une aide pour obtenir la compensation financière promise par les autorités russes.

La plupart des éléments présentés par les proches de l’opposant assassiné avaient toutefois déjà été révélés par la presse russe et étrangère dans les mois précédents.

Le journal d’opposition russe Novaïa Gazeta avait notamment publié en mars une interview d’un jeune soldat russe qui affirmait avoir été déployé avec son unité de tankistes en Ukraine.

Des médias russes avaient exigé dès août la vérité sur une présence militaire russe en Ukraine après avoir rapporté des enterrements de soldats en Russie, morts dans des conditions mystérieuses. Au même moment, une dizaine de parachutistes russes avaient été capturés dans l’est par les forces ukrainiennes, Vladimir Poutine affirmant qu’ils s’étaient simplement « perdus ».

Ukraine Russie ingérence Boris Nemtsov

*Photo : © AFP-Archives Petras Malukas

La Terre Promise ce n’est ni Israël ni la France mais la Pologne!

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pologne israel catholiques

pologne israel catholiques

Chère Elisabeth,

Dans le dernier numéro de Causeur, consacré aux tourments des chrétiens d’Occident, tu écris que les catholiques, ces mal-aimés de la République, n’ont pas, contrairement aux juifs, de Terre Promise où se réfugier si nécessité s’en faisait sentir. C’est plutôt bien vu. La Cité de Vatican, minuscule et ridicule entité, ne peut en aucun cas leur servir de terre d’accueil. De surcroît être protégé par des gardes suisses armés de hallebardes ça fait un peu opérette de bas étage.

Ton constat appelle plusieurs remarques. A tout juif tout honneur, commençons par ceux que tenterait un départ pour Israël où qui savent qu’ils pourront toujours, si malheur arrivait, le faire. Tout d’abord -et sur ce point je pense que tu seras d’accord avec moi- ce privilège tendrait à donner raison à la vox populi qui clame depuis des siècles que les juifs se serrent les coudes, se démerdent toujours. On les persécute, ils baissent la tête puis relèvent la tête. On les tue, ils renaissent. Et en plus ils ont tous une résidence secondaire (non, non, pas à Deauville!). Mais ce privilège ne va pas sans inconvénients. Il y en a Israël une foule de juifs. Tout candidat à l’alya risque donc là-bas de sombrer dans un morose anonymat. Pour des gens supposés d’élite, fiers, sûrs d’eux-mêmes et dominateurs, c’est une perspective des plus frustrantes.

Il est vrai que le catholique breton, auvergnat ou bas-normand n’est pas éligible pour cette destination. De là à ce qu’ils arrivent à penser que les juifs sont, comme toujours, favorisés…. Elisabeth, je partage ta compassion pour les catholiques qui ne peuvent prendre l’avion pour Tel Aviv. Mais, vois-tu, tu commets une funeste erreur en leur disant -sans doute pour leur donner du courage- que leur Terre Promise c’est la France. Eh bien non, pas plus que selon moi Israël n’est la Terre Promise pour les juifs.

A s’en tenir à de strictes considérations géographiques et géopolitiques, tu as en apparence raison. Mais la géographie des âmes n’est pas celle des cartes. La Terre Promise aussi bien pour les juifs que les catholiques c’est la Pologne! Fille du sud regarde un peu plus vers l’Est plutôt que vers les rivages de la Méditerranée. Eh oui, il fait bon être juif en Pologne! Je frôle ici -je le sens bien- le blasphème.

Quoi, la Pologne, le pays le plus anti-juif du monde? La Pologne patrie des pogroms? La Pologne dont le nom ne peut se prononcer sans que, dans le même souffle, on n’y ajoute Auschwitz? Oui, la Pologne où, je te le répète, il fait bon être juif. Dans ce pays, les juifs sont très très peu nombreux : il y est donc assez facile d’y vivre comme appartenant à un peuple élu. Aucun danger non plus de sombrer dans le triste anonymat israëlien : tout Polonais sait reconnaître un juif. Mais il y a des antisémites en Pologne? Bien sûr.

Mais contrairement à ce qu’il se passe en France, ils rasent les murs. Ce n’est pas à Varsovie qu’on entendra des centaines de primates hurler “Juif, la Pologne n’est pas à toi!”. Sais-tu qu’il y a à Varsovie un lycée privé juif? Il est réputé et la très grande majorité de ses élèves sont catholiques et polonais. Car l’excellence de l’établissement est reconnu par toute la Pologne. Sais-tu qu’il y a un merveilleux théâtre yiddish à Varsovie? Les comédiens et les comédiennes sont eux aussi catholiques et polonais et ils ont appris le yiddish avec appétit. Car en vérité il a tellement de Polonais qui aimeraient être juifs. Mais tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents…

Arrêtons là sinon il ne me restera plus assez de place pour les catholiques français dont tu parles si bien. Oui, la Pologne c’est aussi pour eux! En France, les églises sont vides. En Pologne elles sont pleines. Ce qui est quand même plus convivial que de se retrouver seul, ou presque, le regard hésitant entre l’autel et le bénitier pour voir si quelqu’un vient te rejoindre pour la prière. Les curés là-bas ressemblent à des curés : ils portent soutanes et ne sont pas déguisés en clergymen britanniques. Les bonnes soeurs pullulent et il y en a de jeunes et jolies. Le catholicisme polonais est apaisé. La foi y a toute sa part, mais avant tout, il relève d’une tradition nationale, identitaire.

Catholique et polonais contre russe et orthodoxe, contre allemand et luthérien et aussi, cruelle et historique évidence, contre les juifs. Dernier argument : tout catholique français qui s’y installerait, s’y sentirait enfin en majorité. Je suis sûr aussi qu’en tant que femme, tu seras sensible au fait que la Vierge Marie a été au 17ème siècle couronnée reine de Pologne. Un pays qui s’est dédié à une femme, juive de surcroît, ne peut être entièrement mauvais. Enfin, il y a en Pologne une charmante prière, à laquelle en tant que fille tu seras certainement sensible. Il est vrai que l’Eglise refuse pour le moment de l’inscrire dans ses missels “Ô Marie, mère de Dieu, toi qui a conçu sans pêcher, permet moi de pêcher sans concevoir”.

Voilà chère Elisabeth. Prend l’avion pour Varsovie. C’est pas loin et c’est pas cher. Et écris à ton retour. Je te lirai avec plaisir, mais aussi -tu es prévenue- avec une exigence des plus sévère. Mais la France alors? Zlatan Ibrahimovic a tout dit sur le sujet.

P.S : Je m’aperçois que je t’ai lue un peu rapidement. Dans ton éditorial, tu évoques, comme possibles exils, pour des catholiques en danger Londres, Melbourne, Miami “voire Varsovie”. “Voire Varsovie”? Que de condescendance. Ton cas est grave.

*Photo : Ministry of Foreign Affairs of the Republic of Poland.

Collèges sans histoire

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college najat valllaud belkacem

college najat valllaud belkacem

Il y a eu Roland à Roncevaux, d’Artagnan à La Rochelle, Zola à L’Aurore, de Gaulle à Londres, Sartre à La Cause du peuple. Nous avons aujourd’hui l’énarque à calculette. On a les héros que l’on mérite. L’ENA n’est d’ailleurs pas une obligation. Un DESS de marketing suffit – voyez Luc Chatel. Au pire, Sciences-Po fera l’affaire.

Najat Vallaud-Belkacem supprime les classes bilingues, fait disparaître le latin et le grec, rabiote çà et là sur le français et les maths. En regroupant les profs par deux dans des « Enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI), elle supprime des milliers de postes sans en créer de nouveaux, faute de candidats. Carton plein.[access capability= »lire_inedits »]
Luc Chatel, qui avait étêté le lycée, trouve que la réforme de son successeur, qui écrème le collège, va dans le bon sens. Grâce à la conjonction, à quatre ans d’intervalle, de ces brillantes intelligences, l’élitisme républicain a vécu. Le « socle commun de compétences », cette machine à décérébrer jadis fourguée à François Fillon, a trouvé le bon véhicule.

De « disciplines », il ne reste que quelques traces. Le reste est englouti dans les « objets d’étude » au cœur du dispositif des EPI. Un ingénieux reportage au collège Clisthène, à Bordeaux, où se pratique déjà cette pédagogie venue du froid, a montré des élèves sommés par un binôme prof de langue/prof d’histoire-géo de rédiger en espagnol un « tract » à destination des horticulteurs kenyans. Bonne idée.

Pendant ce temps, le latin, le grec et les classes bi-langues européennes passent à la trappe, avec tout ce qui fleure un peu l’élite et la transmission réelle des savoirs. Au total, cinq à six heures de cours en moins chaque année. Le niveau va monter.
Le Conseil supérieur des programmes, composé de politiques niais ou impuissants, de chercheurs en « sciences de l’éducation », d’enfants de Bourdieu et de constructivistes (qui préconisent que l’enfant construise lui-même ses propres savoirs), a demandé l’avis de personnalités toutes choisies dans le camp pédagogiste. Il réalise ce qui avait été projeté en 2007 pour Ségolène présidente : le retour des idéologues, particulièrement en histoire. Les nouveaux programmes éradiquent le « roman national », et imposent un gloubi-boulga de repentance et d’ouverture vers l’Autre et l’ailleurs. Moralité, on laisse l’histoire de France à Lorànt Deutsch, ce qui est certainement dommage. Et on booste le privé, ce qui ne l’est pas moins.[/access]

*Photo : MATHIEU PATTIER/SIPA. 00707887_000004.

Jean-Marie Le Pen va créer son parti

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jean marie lepen philippot fini

jean marie lepen philippot fini

(Avec AFP). Président d’honneur suspendu du Front national, Jean-Marie Le Pen a franchi hier soir un pas de plus dans le conflit avec sa fille Marine en annonçant sur Radio Courtoisie qu’il allait créer sa propre formation, qui ne sera toutefois « pas concurrente du FN ». Ce nouveau mouvement, a-t-il expliqué, sera « un parachute contre le désastre, de façon à peser pour rétablir la ligne politique qui est celle qui a été suivie depuis des décennies ». Dès que ses relations avec Marine Le Pen avaient tourné vinaigre, après la publication de son entretien corrosif dans Rivarol,  tout laisser présager que le vieux chef voudrait créer sa crèmerie canal historique, à la façon d’une Geneviève de Fontenay horrifiée par le spectacle de bikinis et de chair qu’est devenue l’élection des Miss. Depuis la bisbille entre la dame au chapeau et la société de production Endemol, le Comité « Miss France national », volontiers kitsch, franchouillard et artisanal, concurrence la cérémonie officielle, sans rivaliser avec la débauche de moyens de la maison-mère.

Jean-Marie Le Pen s’est risqué à un autre parallèle pour justifier sa démarche : « Je ne veux pas que le FN devienne comme le mouvement de (ndlr: Gianfranco) Fini (en Italie), une aile droite de la majorité, de façon que M. Philippot et quelques autres deviennent ministres… » a-t-il lâché avant de se lancer dans une longue diatribe contre le vice-président du Front national, désespérément gaulliste, souverainiste, voire « socialiste » aux yeux du Menhir. Et Le Pen senior sait de quoi il parle : ancien dirigeant des jeunesses néo-fascistes du MSI, Fini l’avait accompagné dans son fameux voyage à Bagdad qui l’avait conduit jusqu’au palais de Saddam Hussein en 1990, aux côtés d’une délégation de responsables d’extrême droite européens. Quelque temps plus tard, le néo-fasciste se muait en atlantico-libéral bon teint, allant jusqu’à récuser le régime de Mussolini puis à contester Berlusconi sur sa gauche, caressant même le projet d’une grande alliance centriste avec le social-démocrate Cassini.  Reste que les néo-fascistes pur sucre baignent dans un jus stérile, éclatés en une myriade de groupuscules, qui vont d’expériences sociales imaginatives (Casa Pound) en fiascos électoraux (Forza nuova).

À la droite de la droite, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était : à bientôt 87 ans, Jean-Marie Le Pen sait qu’il ne pourra agréger qu’un quarteron de fidèles allergiques au nouveau Front, tels que le vétéran Roger Holeindre, le dissident Carl Lang, et quelques autres. Pour l’heure, rien n’indique que Bruno Gollnisch ne se hasarde à quitter le paquebot mariniste. Confortablement assis sur son siège de député européen, le fils préféré n’a toujours pas digéré sa défaite aux primaires de 2011. Pourquoi renoncerait-il à une réélection assurée pour sauver un géronte ingrat qui n’eut même pas le bon goût de préférer son héritier politique à sa fille ? Au Front, même ceux qui n’en pensent pas moins (et approuvent une partie du napalm que le Vieux a déversé dans les colonnes de Rivarol) optent pour l’efficacité. En savonnant la planche de sa fille, Jean-Marie Le Pen a aussi scié sa popularité auprès d’une base frontiste qui se projette aux portes du pouvoir. Qu’importe, le vieil artiste rêve d’un dernier tour de piste avant de mourir sur scène tel Molière jouant Le Malade imaginaire.

Côté jardin, le 1er mai, le fond de l’air était rouge sur l’estrade du Front national. Tout de pourpre vêtu, Jean-Marie Le Pen mima le V de la victoire devant une Marine médusée, posant en César esquivant le geste parricide de Brutus. Mais sa « félonne » de fille n’a pas revêtu les oripeaux de Bruno Mégret, puisqu’elle garde le contrôle de l’appareil et que la quasi-totalité des cadres et des élus toutes tendances confondues, devraient renouveler leur allégeance. Un temps, le fondateur du Mouvement national Républicain (MNR) s’était rêvé calife à la place du calife, avant de perdre toutes les batailles. D’abord, sur le front du charisme, le bateleur Le Pen ne cédait pas une once de personnalité au terne polytechnicien Mégret.  Juridiquement, la guerre fut néanmoins plus disputée : si la marque FN était passée aux mains du « félon », l’histoire eût peut-être été tout autre. En 2001-2002, quelques mois avant le 21 avril, des mercenaires du RPR avaient tenté un rapprochement discret avec la jeune garde du MNR afin d’éliminer Le Pen de la chasse aux parrainages et de favoriser l’inoffensif Mégret.

Par un de ces retournements dont l’histoire a le secret, quinze ans après la scission mégrétiste, s’il venait à maintenir sa candidature à la présidence de la région PACA, Le Pen finirait nolens volens en allié objectif de l’UMP. Pardon, des « Républicains », voire du front du même nom. Ultime ironie, à force de poignarder sa fille, le président d’honneur déchu passe pour le dernier homme politique à ne pas faire le jeu du FN…

*Photo : Francois Mori/AP/SIPA. AP21728706_000013.

Si les Ruskofs n’étaient pas là…

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berlin urss hollande

berlin urss hollande

Vous vous souvenez peut-être de cette chanson quelque peu révisionniste — gestuelle comprise :
« Si les Ricains n’étaient pas là,
Nous serions tous en Germanie… »
Réécriture de l’Histoire, pensons-nous à l’époque où nous nous demandions s’il fallait ou non brûler Sardou… L’Histoire, nous disions-nous, en vrais marxistes que nous étions, ne se manipule pas comme ça…
Mais nous ne connaissions pas les profs d’Histoire post baby-boom. Après 30 ans d’enseignement de la Seconde Guerre mondiale par les diplômés du système Meirieu, que savent les Français formés par nos merveilleux enseignants de gauche et des IUFM réunis ? Que ce sont les Américains qui ont gagné la guerre. Les Russes — les Soviétiques, exactement — ont disparu de leur mémoire. 70 millions de morts pour rien.
J’ai trouvé ces merveilleuses statistiques sur un site intitulé Histoire et société et qui a ouvert pour l’occasion une page baptisée, en hommage à Michéa (et un peu à la Fabrique) « Enseignement de l’ignorance ». Les statistiques qui y sont citées sont impitoyables. Après quarante ans de pur pédagogisme, les Français ne pensent plus que des Russes ont œuvré magistralement à la chute d’Hitler. On leur a appris quoi, en classe ?

sondage nation defaite nazis

Question rhétorique. À l’heure où la Chrétienté médiévale, l’Humanisme et les Lumières sont « optionnels » (et nombre de profs d’Histoire — je ne dis pas historiens, hein, mais ils le prétendent, ils le prétendent tous — comme si les profs de Lettres se disaient écrivains ! — ont clairement fait comprendre qu’ils approuvaient la réforme du collège et des programmes d’Histoire « enfin débarrassés du roman national » — pauvres mecs !), je ne sais pas trop si je peux me fier à eux pour faire comprendre aux gosses que Voltaire vaut mieux que laurence de cock (pas de majuscules pour les minus habens).
D’autant que tous ces imbéciles, qui ont voté Hollande en 2012 (nul n’est à l’abri d’un mauvais choix) s’apprêtent à récidiver — et là, ça devient de l’obstination. Hollande qui a préféré passer le 9 mai (le décalage horaire fait que la victoire est fêté à cette date en Russie) sous les cocotiers au lieu de se joindre à la commémoration moscovite, où 300 000 manifestants après le défilé militaire d’usage, ont défilé en tenant à la main les portraits de leurs parents combattants de la « grande guerre patriotique » — Poutine en tête. Dis, François, il faisait quoi, ton père, pendant la guerre ?
Je ne suis heureusement pas le seul à trouver ça minable. Les réactions ont plu, à droite comme à gauche — encore heureux ! «L’absence de Hollande est un affront diplomatique autant qu’historique, écrit Mélenchon. J’appelle cela par son nom : c’est une honte. Je souffre pour mon pays qui donne à voir un visage insupportable de sectarisme». Ian Brossat, adjoint (PC) à la Mairie de Paris, voit dans ce boycott organisé par les lèche-semelles de l’OTAN « une honte et une injure », et dénonce cette réécriture de l’Histoire : « Que David Cameron, Angela Merkel et leur allié obéissant, François Hollande, fassent passer leurs préoccupations géopolitiques conjoncturelles avant le respect dû aux morts laisse pantois. Sous prétexte de faire un pied-de-nez à Poutine, ils font un affront à l’histoire », écrit-il. Même son de cloche chez Dupont-Aignan : « Une honte devant l’Histoire. Un affront pour l’avenir ». Il n’est pas le seul. Droite et Gauche confondues sont indignées par la réécriture de la Seconde Guerre mondiale par le PS et ses affidés.
Oui. Réécriture. À qui la faute ? Qui a été chargé de l’instruction des chères têtes blondes ou brunes dans ce pays depuis les années 70, où nous n’avions, nous, aucune hésitation quand on nous demandait qui avait libéré Auschwitz le 27 janvier 1945 (tiens, Hollande ne s’est pas rendu non plus aux commémorations — il doit croire lui aussi que ce sont les Ukrainiens qui ont libéré des Juifs qu’ils avaient largement contribué à exterminer) ou qui avait accroché quel drapeau sur le Reichstag le 1er mai de la même année ? Et nous savions bien que si les Alliés avaient bravé le mauvais temps le 6 juin 44, c’était pour ne pas laisser les Russes délivrer seuls la totalité de l’Europe.
Ça leur arracherait la gueule de dire que Staline a gagné à Stalingrad — et ailleurs ? Et que les Soviétiques ont payé le plus lourd tribut à la victoire finale ? Et qu’ils ont des raisons de ne pas supporter que des groupuscules néo-nazis alimentent le gouvernement ukrainien actuel ? Poutine s’est même payé le luxe de remercier les Occidentaux pour leur participation à la victoire. Près de lui, les présidents indien et chinois — bref, tout ce qui va compter dans le monde dans les prochaines années. Le nôtre, de président, se faisait des selfies à Saint-Martin et à Saint-Barth. Bronze bien, pépère… Pendant ce temps, Florian Philipot tweete que cette absence de la France à Moscou est « une offense au peuple russe ». Comment ceux qui s’apprêtent à voter PS parce qu’ils se croient de gauche peuvent-ils supporter que la politique de Hollande donne au FN l’occasion de se draper en bleu-blanc-rouge et de se dire « républicain » ? Ah, ça doit être quelque chose, leurs cours !

Il faut être singulièrement taré pour ne pas comprendre — comme l’avait fait De Gaulle avant tout le monde — que le soleil se lève à l’Est, et que dans les temps à venir, une nation de troisième ordre comme la France a tout intérêt à ne pas se mettre à la remorque des Allemands, qui ne voient en nous que les vaches à lait de leurs retraités. Et que l’Europe ne pèsera pas bien lourd face à un conglomérat russo-chinois.
Oui, décidément, l’enseignement de l’ignorance a de beaux jours devant lui. Avec des profs d’Histoire de ce tonneau (et qui d’autre pourrais-je impliquer dans ce révisionnisme insupportable, puisqu’il y a quarante ans, avant que ne déferle la grande vague pédago, nous savions, nous, formés « à l’ancienne », qui avait gagné la guerre ?), c’est sûr que l’on assistera prochainement à des cours d’une objectivité insoupçonnable. Documents à l’appui. Et en bande sonore, ils se passent Sardou ?
Et ça hurle quand des voix s’élèvent contre le programme de Vallaud-Belkacem ! Et ça explique que si une super-commission patronnée par Pierre Nora se met en place, on « risque » d’en revenir à plus de chronologie !

Je serais inspecteur, je serais impitoyable avec tous ces petits-maîtres de la désinformation. Je sais bien qu’on les garde parce que personne ne veut faire ce métier de chien. Mais franchement, il y a des révocations qui se perdent. Ou tout au moins des rééducations.

Trois élections municipales annulées dans les Hauts-de-Seine

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Nanterre (AFP) – Le Conseil d’État a annulé lundi les élections municipales de trois villes des Hauts-de-Seine : Clichy-la-Garenne, seule ville socialiste du département, Asnières-sur-Seine et Puteaux, dirigées par l’UMP, en raison d’irrégularités lors du scrutin l’an dernier.

La plus haute juridiction de l’ordre administratif, qui statuait en appel, a confirmé un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise annulant les élections à Clichy, mais est allée à rebours de la décision de ce tribunal en invalidant le scrutin à Puteaux et Asnières.

Conséquence de cette annulation : les maires et leurs adjoints doivent quitter leur bureau, les cabinets sont dissous.

« Une délégation spéciale sera mise en place dans la semaine pour assurer la gestion des affaires courantes et urgentes », le temps d’organiser un nouveau scrutin, a indiqué une source préfectorale.

Les habitants de ces communes devraient retourner aux urnes les 14 et 21 juin, ces dates devant être validées par le ministère de l’Intérieur, selon la préfecture.

Le rapporteur public avait requis dans les trois cas l’annulation des élections, pour des raisons bien distinctes.

Dans le cas de Clichy, où le maire PS Gilles Catoire avait été réélu, le Conseil d’État estime que les mentions UMP-UDI-MoDem apposées sur les affiches et bulletins de la liste « Agir pour tous » de Didier Schuller, arrivée troisième, ont « fait croire aux électeurs que cette liste bénéficiait de l’investiture de l’UMP et du MoDem », privant potentiellement de voix la liste UMP-MoDem arrivée en seconde position, à 272 voix seulement du vainqueur.

À Asnières, le Conseil d’État justifie sa décision par des « pressions » « aux abords immédiats de plusieurs bureaux de vote », « de nature à fausser les résultats du scrutin », sans pouvoir établir si le vainqueur de l’élection, l’actuel maire UMP Manuel Aeschlimann, y a participé. Il n’est donc pas déclaré inéligible.

À Puteaux, bastion UMP dirigé par Joëlle Ceccaldi-Raynaud, l’enregistrement d’une liste DVD avait été refusée au motif que l’un de ses colistiers était déjà inscrit, à son insu selon lui, sur une liste Bleu Marine, une « manœuvre » qui « a faussé les résultats du scrutin », selon le Conseil d’État.

élections municipales Hauts-de-Seine

© AFP/Archives Thomas Samson

Immigration: Katie Hopkins sort son revolver

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katie hopkins immigration

katie hopkins immigration

Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume-Uni, nous dit-on depuis les plus hautes sphères du pouvoir onusien. Le Haut Commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, grimpe au rideau et dénonce « les attaques verbales contre les migrants et les demandeurs d’asile par les tabloïds britanniques », ne reculant pas devant la comparaison avec « le langage utilisé par les nazis dans les années 30 ». Une mise en accusation provoquée par la publication dans The Sun, un quotidien au tirage vertigineux de plus de deux millions d’exemplaires, d’une tribune signée par Katie Hopkins le 17 avril dernier. En effet, la chroniqueuse n’y va pas par quatre chemins. Sous un titre on ne peut plus explicite « Bateaux de secours ? J’utiliserais des navires de combat pour stopper les immigrants », elle développe une argumentation claire, pour ne pas dire cohérente. « Faits pour survivre à une bombe nucléaire », les migrants qui arrivent par milliers sur les côtes européennes seraient « comme des cafards », responsables de la transformation de certaines villes anglaises en « plaies putrides ». Inutile d’insister, c’est du lourd. Surtout quand on prend en compte que la missive est parue peu après la noyade en Méditerranée de 400 candidats à l’immigration clandestine, femmes et enfants compris.

Rien donc, absolument rien, pour la défense de Katie Hopkins. Née au sein de la middle-class, de parents hétérosexuels et blancs, elle n’en a jamais fait repentance. Pis, elle avoue avoir gardé un excellent souvenir de son école catholique -un établissement privé ultra-strict- bien que les bonnes sœurs l’y aient forcée à devenir droitière en lui attachant la main gauche derrière le dos. Non moins compromettante s’avère son éloge de l’armée de réserve où elle passait ses week-ends quand elle étudiait l’économie à la fac d’Exeter. « J’adorais la vie militaire. J’adorais la discipline et la rigueur. J’aime toujours les ordres monosyllabiques et c’est comme ça que je m’adresse à mes propres enfants ! », confie-t-elle à un des confrères pour finir par préciser, qu’au contraire elle n’a pas la moindre foi en la mobilité sociale ou autre discrimination positive. Se déclarant à 100% snob pratiquante, Hopkins déroute depuis quelque temps la presse de son pays dont une partie soutient que la polémiste ne croit pas un mot de ce qu’elle raconte, alors que l’autre affirme qu’au fond elle doit être effrayée par sa propre image publique, sinon souffrir d’un trouble de la personnalité antisociale.

Timidement, des voix divergentes se lèvent pourtant, avec une question embarrassante : pourquoi personne n’a empêché Katie Hopkins de publier son infâme tribune ? The Independent  a tenté une réponse, jetée comme une bouée de sauvetage dans la mare de plus en plus trouble de la common decency. En substance, la parade consistait à dire qu’aucun autre journaliste n’aurait jamais été autorisé à publier une pareille immondice, mais que la provocation est devenue la marque de fabrique de Hopkins au point de lui procurer un statut à part dans le paysage médiatique. Une explication habile qui ne saurait pourtant convaincre. Il ne faut pas être particulièrement brillant pour comprendre que The Sun n’aurait pas permis à Hopkins de faire son petit Hitler s’il n’avait su que le lectorat la suivrait. Et le lectorat du tabloïd le plus populaire du Royaume, ça fait beaucoup de monde, ça fait du public, ça fait même une partie non négligeable de l’opinion publique. Voilà le problème. Car en qualifiant le propos d’Hopkins d’inadmissible discours de haine égal au contenu génocidaire des programmes diffusés par la Radio des Mille Collines au Rwanda en 1994, il faudrait considérer ses milliers de sympathisants comme des barbares en devenir, des massacreurs potentiels et demander leur internement à titre préventif. Certes, une pétition signée par près de 300 000 personnes circule pour exiger l’éviction de Katie Hopkins de son poste au sein de l’empire de Rupert Murdoch, propriétaire du «Sun ». Mais jusqu’à présent la direction du journal n’a pas cédé devant la pression, tandis que la station de radio LBC maintient son offre de show faite à Hopkins. Venue de la téléréalité, « la journaliste la plus détestée de Grande-Bretagne » est néanmoins forte d’une petite armée de fans dont nombreux sont ceux qui s’affichent désormais sous le nom de « Je suis Katie » sur les réseaux sociaux. « Elle dit ce que la majorité d’entre nous pensent en n’ayant pas le courage de l’admettre », confie Jaymie, un admirateur écossais de la polémiste. Ainsi, ses allégations outrancières sur les immigrés, ne font pas fuir ses fidèles. Pas plus en tout cas que ses anciennes assertions sur les enfants roux qui seraient « plus difficiles à aimer », sur les obèses qui ont l’air trop « paresseux » pour pouvoir décrocher un job -Hopkins a successivement pris, puis perdu, 19 kilos dans le but de prouver que la minceur est surtout une question de volonté- sur les femmes enfin, qui n’auraient jamais voulu un traitement égal aux hommes parce qu’elles sont incapables de le supporter, mais plutôt un traitement spécial.

Reste que traiter les gros de fainéants, n’a rien à voir avec le fait d’assimiler une catégorie d’êtres humains à des « cafards ». Les esprits tatillons ont parfaitement raison de le rappeler. Dommage qu’ils s’abstiennent de demander ce que l’ONU a réussi à faire pour ces gens-là ? De quelle manière les fonctionnaires onusiens grassement rémunérés ont-ils contribué à prévenir les conflits armés ou à combattre le fléau de la corruption dans les pays pauvres ? Comment ont-ils aidé les populations de ces pays à rester chez elles et reconstruire leurs économies, plutôt que d’aller végéter en Europe ? Dénoncer les « propos génocidaires » d’une célébrité foldingue, est une excellente chose. Stopper les « génocides » en est une autre. « Au lieu de vous mettre en colère contre les mots, essayez d’apporter une solution », nargue Hopkins, peu impressionnée par les condamnations. Et l’étoile montante du journalisme politique outre-Manche, Ed West, d’enfoncer le clou : « Ce qui rend la réprobation envers Katie Hopkins ridicule, c’est le fait que personne n’a rien à proposer pour arrêter le désastre qui se joue en Méditerranée. Or il existe deux façons d’empêcher les gens de périr en mer- ouvrir les frontières avec l’assistance des navires de l’Union européenne ou bien renvoyer automatiquement tous les clandestins vers leurs pays d’origine. Si vous n’êtes pas l’avocat d’une de ces deux manières de résoudre le problème, les larmes que vous versez sur les Africains noyés ne sont que de l’eau. ».

Il semblerait que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, soit du même avis. Après avoir lancé en réponse au naufrage qui a fait récemment plus de 800 morts, « J’en ai assez des poètes, c’est bien de se montrer ému, mais il faut aller bien au-delà », le plus déterminé des technocrates européens a décidé de passer à l’action. Cette semaine, il tentera d’obtenir des 28 commissaires des pays-membres leur accord pour instaurer des quotas nationaux de prise en charge des demandeurs d’asile- histoire de soulager l’Italie, Malte et la Grèce. En même temps, le chef de l’Exécutif européen essayera de rendre l’ONU plus utile, la poussant à voter une résolution qui autoriserait les Européens à employer la force pour interrompre le trafic sur les côtes libyennes. En attendant les résultats de ces heureuses initiatives, nous essuierons sans doute encore pas mal de larmes en regardant le journal de 20 heures. Et de son côté, c’est certain, Katie Hopkins fera de son mieux pour indigner les âmes sensibles, en exigeant la mise en place d’une politique d’immigration à l’australienne qu’elle décrit sans équivoque : « ils traitent les immigrés avec violence jusqu’à ce qu’ils foutent le camp ». Qui sait si l’ONU ne votera pas d’abord une résolution condamnant Hopkins, au mieux au silence, sinon, à la lapidation.

*Photo : AP/SIPA. AP21542785_000002.

Laïcité: Najat contre Tartuffe

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najat vallaud laicite

najat vallaud laicite

Dans une tribune publiée la semaine dernière par Mediapart, Mehdi Thomas Allal, responsable du pôle anti-discriminations de la fondation Terra Nova et Asif Arif, avocat au barreau de Paris, reprochent à Najat Vallaud-Belkacem sa gestion des dossiers liés au port de la jupe longue dans certaines écoles. Si l’interprétation du port de ces jupes comme une atteinte à la laïcité pose effectivement question, l’argumentaire des deux signataires du texte laisse pour le moins songeur.

Tout d’abord, ils nous rappellent qu’une ministre de l’Education Nationale, doit, comme tout le monde à l’école, être au service des parents : « Pourquoi n’êtes-vous pas allée à la rencontre des parents de Sarah pour discuter et, in fine, apaiser le débat ? »

Que les ministres ne se déplacent même pas pour ce genre de problèmes, alors que depuis une dizaine d’années, les chefs d’établissement accueillent à bras ouverts les parents venant se plaindre de tel ou tel professeur et écoutent avec compassion leus litanies, il faut avouer que c’est un peu fort de café. Sans compter que le ministre des transports n’a toujours pas bougé le petit doigt pour régler le contentieux que j’ai avec la SNCF depuis novembre 2014 et que j’attends toujours des nouvelles de Stéphane Le Foll concernant les dommages et intérêts que je lui réclame suite au piétinement de mes tomates cerises par un voisin.

Ensuite, nos deux pédagogues émérites font remarquer que ce n’est pas le rôle du ministre de faire confiance aveuglément à tous les acteurs de terrain, qui, des professeurs jusqu’au recteur en passant par le chef d’établissement, sont pour une fois d’accord : « cette élève aurait commis des actes de prosélytisme, ce dont d’ailleurs la maman se défend […] il serait avantageux, afin de ne pas faire circuler dans les médias des idées qui porteraient préjudices aux droits des administrés, que vous justifiiez un peu plus vos propos… En d’autres termes, que vous apportiez des preuves ! ». Un ministre de l’Education ne doit pas simplement se contenter d’aller rencontrer les parents sur le terrain pour les caresser dans le sens du poil, il doit aussi se mettre en quatre pour trouver tous les éléments possibles susceptibles d’étayer leur version et se substituer au défenseur des droits ou à l’avocat commis d’office : c’est son boulot, quand même !

Enfin, les deux défenseurs des opprimés reprochent à Vallaud-Belakacem d’avoir omis de prendre en compte le statut de victimes éternelles des élèves en question dont ils n’ont pas manqué de noter, sans aucun sous-entendu, qu’elles étaient « comme par hasard musulmanes » : « Concrètement, que peut-il être reproché à cette élève mis à part son apparence physique, en l’occurrence sa tenue ? » Rien, effectivement puisque c’est précisément ça qu’on leur reproche.

« En les accusant sans fondement sur des chaînes de télévision nationales, vous les faites passer pour des malfrats, des personnes qui auraient commis un délit ! » ajoutent-ils.

Et les deux hommes, bien décidés à ne céder à aucune idéologie, de conclure qu’il faut, une bonne fois pour toutes, que « ces attaques incessantes contre les élèves musulmanes cessent ». Le problème, actuellement, comme le notent si bien ces deux analystes, ce ne sont pas les attaques contre la laïcité, ce ne sont pas non plus les attaques contre les juifs ou les chrétiens ni même contre les musulmans, mais les attaques « incessantes » contre les élèves musulmanes « discriminées en raison de leur religion ». Heureusement, grâce à nos deux vigilants censeurs, la République a encore de beaux jours devant elle.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00712383_000016.

Catholiques: du confessionnal à l’isoloir

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veilleurs barjot ump fn

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Premier étage du Procope, mi-avril 2015. L’Institut libéral-conservateur Thomas More présente « deux jeunes personnes pleines d’avenir » venues débattre de l’avenir de la droite : Louis Manaranche, 28 ans, et Madeleine de Jessey, 25 ans, normaliens catholiques engagés en politique. Le parterre de cheveux grisonnants réuni autour de la table, dont l’ancien ministre Charles Millon et son épouse philosophe Chantal Delsol, flanqués de quelques jeunes bien mis, conjugue visiblement les notions de droite, de conservatisme et d’identité chrétienne. « J’ai un peu peur de tous ces bonnets phrygiens », plaisante Manaranche à l’entame de son exposé, raillant le décor très 1789 du doyen des cafés parisien, avant de s’interroger : « Comment redevenir une culture dominante ? » L’ancien collaborateur de Laurent Wauquiez, dont il est resté proche, créateur du think tank « Fonder demain », inscrit sa démarche « métapolitique » dans les pas du contre-révolutionnaire Joseph de Maistre. Sa voisine de table opine du chef : « En 2012-2013, on a vécu un kaïros, comme on dit en grec, un moment opportun, une occasion à saisir » pour ancrer la droite dans une « certaine vision de l’homme » incompatible avec « les vieilles doxas anticléricales », affirme Madeleine de Jessey, présidente de Sens commun, le courant « Manif pour tous » de l’UMP. On l’aura compris, ici, c’est la droite bac + 12…[access capability= »lire_inedits »]

Qu’une jeune cadre du parti fondé par Jacques Chirac, formée à l’école des radsocs bouffeurs de curés, et un futur intellectuel organique de la droite aspirent à faire renouer la France avec son identité catholique donne à réfléchir. Pour ces jeunes, comme le prophétisait Péguy, « tout commence en mystique et tout finit en politique ». Avant son accession à l’Élysée, Nicolas Sarkozy, sentant intuitivement le fumet du réveil religieux, avait développé une conception néo-maurrassienne de la religion comme ciment du lien social[1. Voir La République, les religions, l’espérance, Nicolas Sarkozy, Éditions du Cerf, 2014.]. Une telle inflexion du discours politique en direction d’une « laïcité positive » ouverte aux cultes, suivie d’un voyage officiel au Vatican du président élu intronisé chanoine du Latran par Benoît XVI – en présence de Jean-Marie Bigard ! – contient sans doute sa part de sincérité. Le président de l’UMP n’en a pas moins pris conscience de la révolution culturelle en cours : après des décennies d’enfouissement, le catholicisme français s’est extrait de la torpeur, rajeuni… et droitisé. Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter aux racines de La Manif pour tous, qui fut le moment de sa cristallisation.

Septembre 2012. Dans une salle parisienne, des réseaux « pro-vie » proches de l’épiscopat (Fondation Jérôme-Lejeune, Alliance Vita, Associations familiales catholiques) sont rassemblés aux côtés de « cathos de gauche » encartés au Parti socialiste (Poissons roses) et de quelques homosexuels anti-mariage recrutés par Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot, l’égérie des boîtes gays et du groupe d’intervention Jalons présidé par notre Basile de Koch, son époux à la ville. C’est le début de La Manif pour tous (LMPT) « canal historique ». L’événement n’est pas mince : pour la première fois, des catholiques progressistes acceptent de faire cause commune avec des militants anti-avortement afin de ferrailler ensemble contre le projet de loi Taubira sur le mariage pour tous. À l’exception notable d’Alliance Vita, les différentes chapelles de LMPT s’accordent sur le principe d’une union civile homosexuelle, sorte de PACS amélioré qui garantirait l’égalité des droits (fiscalité, succession…). L’idée, ardemment défendue par Barjot, se voit assortie d’une réforme de l’adoption qui permettrait aux couples gays d’accueillir des enfants sans institutionnaliser un mensonge sur leur filiation. Malgré son côté hétéroclite, ou plus probablement grâce à lui, le mouvement attire les foules : contre toute attente, deux cent mille personnes défilent à Paris le 17 novembre. La mayonnaise prend tant et si bien que plus d’un million de Français – majoritairement catholiques – forment une marée humaine le 13 janvier 2013. Sans armes, ni haine, ni violence, des familles entières marchent leurs enfants sur les épaules, « sans qu’on entende un seul slogan homophobe », se remémore René Poujol, ancien directeur du magazine Pèlerin, et animateur du blog « À la table des cathos de gauche ». Du côté du gouvernement et dans les cénacles très actifs de la gauche LGBT, le désarroi se mue promptement en rage.

La modération de La Manif-version Barjot aurait pourtant dû rassurer le camp d’en face, elle ne fait que l’horripiler : où va le monde si l’ennemi n’a pas la tête de l’emploi ? À gauche, la ligne officielle ne varie pas : La Manif pour tous est de droite extrême, sinon d’extrême droite. Toute de rose enrubannée, la catho born again Frigide est moquée, diabolisée et insultée par les chiens de garde progressistes, de Libération (« Casse-toi, pauvre conne ! ») à Canal +. Et la prophétie antifasciste de s’autoréaliser en marge des cortèges : de paisible « catho pride », les manifs dégénèrent fin mars, avenue de la Grande-Armée, lorsque quelques provocateurs du GUD se mettent à titiller les CRS. Après le vote de la loi le 23 avril 2013, le gouvernement peut d’autant plus crier à l’extrémisme que Frigide Barjot se voit écartée de la tête du mouvement fin mai, en conflit ouvert avec la frange droitière de LMPT qui campe désormais sur une position intransigeante : plus question d’union civile, c’est l’abrogation ou rien ! Du jour au lendemain, Ludovine de la Rochère, responsable de la Fondation Lejeune, et Béatrice Bourges, naguère proche de Christine Boutin, éclipsent Barjot sur les plateaux télévisés. Même dans les colonnes du Figaro, on préfère ces représentantes convenables à la fantasque catho au grand cœur. Du reste, à gauche la haine anti-Barjot ne faiblit pas avec son éviction : aujourd’hui encore, on reste confondu par la violence que le camp du Bien s’autorise envers ses adversaires. Un homo militant confie ainsi : « Que Barjot soit entourée d’homos ne change rien, au contraire, c’est souvent le cas des plus homophobes. » Si vous avez trop d’amis juifs, votre compte est bon…

Aujourd’hui à la tête de sa propre association, L’Avenir pour tous, Virginie Tellenne tend l’autre joue à ces opposants de l’intérieur mais ne peut que constater : « Je n’avais pas les codes, je n’étais pas vraiment de leur monde », malgré la ferveur de sa foi. En qualifiant l’homosexualité de « chance pour la société française », la night-clubbeuse gay friendly avait fait grincer quelques dents au début de La Manif. Sa « garde rose », brocardée çà et là, tranchait nettement avec le noyau dur « tradismatique » de LMPT. Le chercheur Gaël Brustier[2. Le Mai 68 conservateur. Que restera-t-il de La Manif pour tous ?, Cerf, 2014.] avance en effet l’hypothèse que ce « Mai 68 conservateur[1] » est né à la jonction entre le renouveau charismatique de l’Église catholique et les courants traditionalistes fidèles à Rome, la matrice du mouvement. « Les milliers de jeunes de La Manif ont fréquenté indifféremment des églises tradis et charismatiques. Ce sont eux qui ont fait durer le mouvement presque un an et ont pour beaucoup été en garde à vue », me confirme un ami Veilleur. Des communautés charismatiques, dans lesquelles Paul VI reconnaissait « une chance pour l’Église et le monde » dès 1975, telles que l’Emmanuel ou les Béatitudes, inspirées du pentecôtisme protestant, ont fourni pléthore de jeunes à LMPT. Ces derniers présentent fréquemment le même profil : une éducation (modérément) religieuse, dans des familles peu pratiquantes, suivie d’une expérience chez les Scouts d’Europe, puis d’exercices spirituels au sein de groupes de prière comme l’EVEN (École du verbe éternel et nouveau, voir pages xxx) que Louis Manaranche et Madeleine de Jessey ont fréquentée durant leurs années étudiantes. Un parfait exemple de convergence entre rigueur dogmatique traditionaliste et pratiques charismatiques. Au point que Madeleine voit sa participation aux veillées de LMPT comme le prolongement de sa formation religieuse : en marge des manifestations, les Veilleurs lisent et commentent de grands auteurs profanes (Péguy, Bernanos, Orwell…), sécularisant ainsi la lecture de l’Ancien et du Nouveau Testaments telle que la pratique l’EVEN. Dans la génération JMJ (Journées mondiales de la jeunesse), nourrie aux homélies de Jean-Paul II et de Benoît XVI, l’identité catholique s’affiche fièrement conformément aux textes du Vatican sur l’implication des laïcs dans la diffusion de l’Évangile. Pour les curés aussi, l’heure n’est plus à l’enfouissement. « L’Église de France a évolué. Le temps des prêtres ouvriers qui s’habillaient en jeans et cachaient leur croix est révolu. On est revenu aux curés en col romain, à l’encens et à une liturgie plus respectée. Ces changements ont un impact politique », décrypte Matthieu Colombani, jeune délégué national du Parti chrétien-démocrate, fondé par Christine Boutin.

René Poujol, chrétien social, « entre Delors et Rocard », qui a eu 20 ans en 1968, se souvient : « Pendant longtemps, le monde catholique a été beaucoup plus réfractaire que le reste du pays aux idées du FN. Dans Le Mystère français, Todd et Le Bras parlent du “catholicisme zombie” sécularisé imprégnant culturellement la France de l’Ouest, qui a d’ailleurs voté Hollande en 2012. Mais la génération Manif pour tous se droitise. Elle reproche à ses parents issus de Mai 68 de ne pas lui avoir transmis les bonnes valeurs. » Pourtant, les résultats d’une enquête en ligne réalisée par La Manif pour tous en janvier dernier laisse penser que les « frigidiens » sont largement majoritaires parmi les catholiques du rang, lesquels soutiennent à plus de 69 % l’union civile homosexuelle,

Ainsi, seule une minorité des marcheurs anti-mariage gay a « Marion Le Pen comme idole », selon l’expression de Louis Manaranche. La benjamine de la PME frontiste, qui fut de toutes les manifs, a certes efficacement rabattu les voix cathos, mais la défiance envers le Front national reste largement de mise, y compris parmi les plus conservateurs. Matthieu Colombani, opposé au PACS dès son adolescence, renvoie le FN à ses divisions : « La pauvre Marion est sûrement sincère, mais Marine Le Pen a la même conception de la laïcité que Vincent Peillon. Elle considère que les curés ne doivent pas s’occuper de politique. Je n’entends pas le FN contre la reconnaissance de l’IVG comme un droit fondamental. Et je fais du rejet de la peine de mort un point non négociable. » Reconnaissons que la promotion d’un des fondateurs du micro-parti LGBT GayLib au poste de délégué culturel du Rassemblement bleu Marine n’enchante pas les foules catholiques. Si beaucoup rechignent de surcroît à rejoindre « le parti de la culpabilisation de l’Autre », dont la grammaire xénophobe bafouerait le message christique, le réveil identitaire catholique passe par d’autres canaux.

Même chez les « catho-zombies » de la ligne géographique Brest-Perpignan, l’autisme et le mépris du gouvernement pendant l’affaire du mariage pour tous a blessé, d’où l’insistance de François Hollande à vouloir présenter son ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, deloriste de cœur, à la tête de la Région Bretagne, histoire d’endiguer le risque de droitisation de cet électorat. Il est jusqu’au très modéré René Poujol pour s’émouvoir de la dérive « laïcarde » des pouvoirs publics : « L’affaire des affiches de la RATP [NDLR : dont la régie publicitaire avait souhaité retirer la mention « en faveur des chrétiens d’Orient » avant de reculer sous la pression générale] est ridicule mais révélatrice. Et ce serait farfelu d’interdire le voile à l’université. La loi de 1905 décrète l’État laïque, pas la société. À force de poser des contraintes dans l’espace public, on risque de confiner les croyants dans des lieux privés, et les gens vont se communautariser. » Un pas plus loin, Louis Manaranche craint que les attentats de janvier ne légitiment un nouveau tour de vis antireligieux : « 2017 risque d’opposer en politique les “Je suis Charlie” aux cathos ! », me confie-t-il. Singulièrement, cette inquiétude fait écho à celle qu’expriment des voix musulmanes.

Cathos, islamos, même combat ? Pas si vite : l’islam est à la fois perçu comme un concurrent féroce et un allié potentiel (contre l’intégrisme laïque), ce qui rend très ambivalent le rapport aux musulmans de bien des catholiques : faut-il autoriser le financement public indirect des mosquées, ne pas s’hystériser à la moindre prière mahométane de rue ? Matthieu Colombani n’a pas de religion sur ces points sensibles, bien qu’il soit aussi viscéralement « attaché à la liberté religieuse » qu’opposé à l’islamisation de la fille aînée de l’Église.

Chez les plus irréductibles, une petite frange militante se conçoit comme une minorité opprimée repliée sur elle-même : « Cela me fait penser à l’Action française des années 1920, lorsque certaines familles provinciales s’auto-glorifiaient de la vertu que leur conférait leur statut de minoritaires. C’est un grave contre-témoignage, car l’Évangile nous commande d’annoncer le Christ au monde », glisse Manaranche, adepte d’une stratégie d’influence à droite.

Signe des temps, Sens commun, six mille adhérents, a été le seul courant de l’UMP à faire comparaître les trois prétendants à la présidence du parti le 15 novembre dernier. La postérité a retenu la prestation de Nicolas Sarkozy, partisan de l’union civile homosexuelle, qui s’est finalement résolu à parler d’« abrogation » de la loi Taubira sous la pression d’une dizaine de spectateurs chauffés à blanc – « si c’est ça que vous voulez entendre, je vais le dire…. ». Mais seulement 6 % des adhérents de l’UMP ont plébiscité le candidat « Manif pour tous », Hervé Mariton, alors que Bruno Le Maire, partisan assumé du mariage gay, a raflé 29 % des suffrages militants. Pas assez puissant pour jouer au faiseur de roi, mais suffisamment influent pour convoquer candidats et caméras, le lobby catho de la droite est encore en gestation.

« Les manifestants de 2013 éprouvent beaucoup de circonspection à l’égard des partis, qui sont tous divisés. Le mouvement n’est plus représenté politiquement », estime Julie Graziani. La porte-parole du collectif Ensemble pour le bien commun est l’une des révélations médiatiques de LMPT[2. Le 2 octobre 2014, en direct sur France 2, Graziani a damé le pion au pro-mariage gay Alain Juppé, pourtant rompu aux débats télévisés.]. À 35 ans, cette fille d’un « père athée » qui a fait ses classes dans un lycée catho tradi de Saint-Cloud a entamé une deuxième carrière, celle d’entrepreneur cathodique pour des causes aussi peu glamour que la Marche pour la vie…, tout en faisant œuvre de lobbyiste au sein du « Terra Nova de droite » que viennent de créer Charles Beigbeder et Charles Millon. Du foisonnement de structures nées de La Manif pour tous, Graziani ne sait ce qu’il donnera, ni sur quel cheval – UMP ou FN – miseront les millions de catholiques pratiquants. Une chose est sûre : si la droite revient au pouvoir et se contente du statu quo, Julie Graziani et ses ouailles « remobiliseront une manif géante d’un million de personnes dans la rue. Et le président sera obligé de proposer un référendum. » Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards trop sages…[/access]

*Photo : FAYOLLE PASCAL/SIPA.00657021_000064.