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Le grand quizz de la rentrée

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valerie trierweiler hollande

Chers lecteurs, êtes-vous prêts pour la rentrée ? Après vous être longuement abandonné à la torpeur de l’été, et laissé cuire votre couenne au soleil zénithal, avez-vous encore les idées claires pour affronter les problématiques colossales de ce mois de septembre – entre tous tragi-comique… ? Quizz de rentrée.

1/ Le 8 octobre prochain, sur l’esplanade du Parlement européen, à Bruxelles, et à l’initiative des eurodéputés doit se tenir un évènement majeur visant à « combattre les discriminations »… Lequel ?

a) Le communiste Robert Hue, connu dans les années 60 sous le sobriquet de Willy Balton, donnera un concert de rock avec son groupe, Les Rapaces, afin de défendre la tolérance à l’égard des hommes portant des « barbes difficiles« .

b) Le travesti barbu autrichien Conchita Wurst, vainqueur de l’Eurovision en mai, donnera un récital en faveur des LGBT.

c) Pierre Moscovici, qui vient d’être nommé Commissaire européen aux Affaires économiques, proposera un numéro de claquettes sur le thème de l’ « éco-citoyenneté multiculturelle« .

d) Un artiste plasticien originaire d’Amérique du Sud édifiera une « installation » monumentale en forme de bidet de 12 mètres de haut.

2/ L’ex secrétaire d’Etat socialiste Thomas Thévenoud, atteint de phobie administrative, débarqué en catastrophe du gouvernement pour retards répétés du paiement de ses impôts, laisse d’autres ardoises scandaleuses et de bien mauvais souvenirs…

a) Un kinésithérapeute (qui devait soulager Thévenoud de sa crispation fiscale) a du faire intervenir un huissier pour se faire payer.

b)  Il subsiste une vieille dette libellée en francs à la boulangerie de la rue Victor Hugo de Dijon, pour l’achat d’une quinzaine de fraises Tagada et deux chaussons aux pommes achetés en 1982.

c)  Jérôme Cahuzac a écrit à François Hollande pour dénoncer la dette de poker considérable du jeune député à son égard.

d)  L’ancien conseiller présidentiel Aquilino Morelle – qui revient d’entre les morts – a profité du scandale pour supplier Thévenoud (dans Le Point) de lui rende les trois paires de Weston qu’il lui a prêté au temps de sa magnificence.

3/ La compagnie italienne Costa Croisières va proposer en novembre 2014…

a) Une « Croisière rebelle » avec l’écrivain Edouard Louis, le philosophe Geoffroy de Lagasnerie et le chanteur Cali. Des activités festives sont prévues sur le thème : pirates et boucaniers. Atelier : rédaction de tribunes pour Libé.

b) Une « Croisière Causeur » avec Marcel Gauchet, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut.

c) Une « Croisière au-delà du socialisme » avec Michel Rocard et Roland Dumas. En haute-mer le bateau, confié aux bons soins du grand Francesco Schettino, doit couler à pic, tandis qu’un orchestre continue à jouer sur le pont.

d) Une « Croisière des Idées » avec les éditorialistes Jean François Kahn, Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin, et Jacques Julliard. COMBO ! Conférences de Laurent Joffrin sur Napoléon. Jacques Julliard en chemisettes à fleurs. Open bar. Piscine à vagues.

4/ Lors d’une cérémonie religieuse retransmise en mondovision le géant américain de l’électronique Apple a présenté il y a quelques jours son nouveau modèle de radiotéléphone portatif, l’Iphone 6, accompagné d’une montre connectée qui a fait sensation, l’Apple Watch. À cette occasion…

a) Le publicitaire Jacques Séguéla, qui a pourtant atteint la date limite de consommation, a déclaré : « Si à cinquante ans, on n’en a pas, on a quand même raté sa vie ! »

b) Julien Dray a déclaré : « J’en veux deux, une pour chaque poignet… non, j’en veux trois ! »

c) U2, les rebelles en cellulose de la seconde moitié du XX ème siècle, ont offert leur dernier album affligeant sur la plateforme de téléchargement d’Apple. Et tout le monde a parlé de révolution.

d) Le communiste Robert Hue, connu dans les années 60 sous le sobriquet de Willy Balton, a repris avec son groupe Les Rapaces, le standard « Rock Around The Clock » de Bill Haley.

5/ Le député UMP de Haute-Loire Laurent Wauquiez s’est distingué il y a quelques jours…  

a) En arrêtant lui-même un scooter en excès de vitesse dans la ville du Puy-en-Velay, dont il est le maire et en convoquant les jeunes brigands à l’hôtel de ville.

b) En se foulant la cheville alors qu’il combattait le crime à Gotham City, comme chaque dimanche midi après la messe.

c) En se faisant photographier par Le Parisien en pleine crise de « phobie administrative« , en compagnie de Thomas Thévenoud, dans une position équivoque.

d) En se faisant insulter par une vieille dame sur le marché du Puy-en-Velay, qui le confondait avec Jean-François Copé.

6/ On n’arrête pas le progrès ! La chaîne de magasins C&A, spécialisée dans le prêt-à-porter, va proposer prochainement :

a) Des catalogues papiers sur lesquels il sera possible de « liker » les produits.

b) Une ligne de lingerie fine écologique dessinée par Cécile Duflot.

c) Des espaces dédiés, près des caisses, pour que les clients puissent faire des selfies « en toute sécurité ».

d) Une série de concerts – dans les magasins de l’hémisphère sud – de Willy Balton (alias Robert Hue), et son groupe Les Rapaces.

7/ La rentrée littéraire a été marquée par la publication du livre-règlement-de-comptes de l’ex-première girlfriend Valérie Trierweiler Merci pour ce moment, dans lequel sont révélés quelques traits de personnalité gênants du président Hollande… Parmi l’avalanche de réactions utiles, le Figaro.fr a mis à la Une la déclaration de…

a) Dominique Lavanant qui pense que c’est un « grand pas pour le féminisme« .

b) Marthe Villalonga qui estime qu’il s’agit d’une « honte !« .

c) Charlotte de Turckheim qui trouve « minable » le livre de Valérie Trierweiler.

d) Clémentine Célarié qui se dit « très heureuse » de pouvoir bientôt incarner Valérie Trierweiler au cinéma, dans l’adaptation prochaine du livre par Luc Besson, avec Samy Naceri dans le rôle du chauffeur du scooter présidentiel, José Garcia dans le rôle de François Hollande et Fanny Ardant dans celui de Nadine Morano.

Résultats :  1:b ; 2:a ; 3:d ; 4:c ; 5:a ; 6:a 7:c ; 

*Photo: MEIGNEUX/SIPA.00691594_000008

Le mystère de la frite mystérieuse

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Je suis très inquiet, d’autant plus que la braderie de Lille vient d’avoir lieu. Ce fut pour moi l’occasion de manger des quantités déraisonnables de frites qui, contrairement aux moules, sont servies pour l’occasion à volonté. Avec, pour ma part, une préférence marquée pour celles faites à la belge, c’est-à-dire dans un double bain de graisse de bœuf qui provoque toujours un sourire de bonheur chez les cardiologues.

Mais il y a un problème avec les frites. Pas seulement diététique. Un grave problème qui nécessiterait une enquête approfondie pour dissiper les inquiétudes qui vont commencer à se faire jour chez les consommateurs. Les frites ont en effet, ces derniers jours, provoqué des comportements irrationnels que les médias n’ont pas pu cacher bien longtemps. Ce fut d’abord le cas de ce détenu liégeois qui le jour où il devait comparaître, a préféré envoyer son avocat : c’était un mercredi, donc, le jour des frites au réfectoire de la prison.

Quelques jours plus tard, c’est le monde du foot qui était frappé par ces effets secondaires de l’addiction à la frite. On apprenait en effet que l’ex-entraineur de Manchester United, David Moyes, avait pratiquement été viré à la demande des joueurs parce qu’il leur interdisait de manger… des frites.  C’est Rio Ferdinand, ancien  défenseur des diables rouges mancuniens qui a lâché le morceau : « Et devinez ce qui s’est passé quand Moyes a quitté le club et que Giggs a pris sa relève ? Il n’était pas parti depuis 20 minutes qu’un des gars a dit :  »Il faut demander à Giggs qu’il nous permette de manger nos frites ».»

On peut légitimement s’interroger sur une forme de terrorisme inédit qui viserait à saper la volonté des occidentaux par le biais d’une substance inconnue inoculée dans les patates ou l’huile de cuisson. Imaginons un instant que les chefs de la future coalition contre l’Etat Islamique mangent des frites au moment de décider de la date des premiers bombardements ou que Manuel Valls en abuse avant d’appliquer ses mesures libéralo-libérales. Les conséquences seraient incalculables. Il faut donc au plus vite que l’on nous rassure en allant enquêter du côté de ceux à qui profitent le crime: les cardiologues déjà nommés, Vladimir Poutine ou encore les pétromonarchies peu pressées d’aller aider à attaquer leurs amis sunnites en Irak.

Tout cela est tellement angoissant que je vais reprendre un autre cornet, s’il vous plaît, madame.

LDJ: Juifs et méchants?

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ldj manifestation dieudonne

Voilà qui commence bien. Contacté par l’intermédiaire de Pierre Lurçat – un ancien du Tagar (un mouvement de jeunesse sioniste) et essayiste qualifié par certains de « spécialiste de l’islamisme » –, un membre de la malfamée Ligue de défense juive qui se fait appeler Moiszek Kahana m’écrit : « Sachez que nous n’avons aucune confiance dans  les journalistes ou blogueurs amateurs et qu’elle ne s’acquière pas. Vous vous intéressez à notre mouvement, je vous réponds mais notre échange sera toujours fondé sur ce paradoxe : l’impossibilité de créer une relation de confiance et mon accord pour répondre aux questions, en gardant à l’esprit que votre papier ne nous sera pas favorables. J’espère ne pas apprendre que certains de nos militants auraient accepté d’échanger avec vous sans nous en avoir avisés. Combien de personnes avez-vous déjà contactées ? (sic et resic…) » En vacances, Moiszek m’envoie son mail depuis Jérusalem, « capitale de l’État juif », comme il n’omet pas de le préciser, promettant néanmoins de m’appeler à son retour en France. Deux jours plus tard, je reçois un appel depuis un numéro masqué. Sans autre forme d’entrée en matière, une voix jeune et grave m’informe m’accorder un entretien en dépit du fait que « Causeur est un canard de gauche ». Se pourrait-il que Moiszek soit tellement à droite que son sens de l’orientation en politique soit quelque peu brouillé ? Il ne l’exclut pas, mais affirme avec fermeté n’avoir jamais donné sa voix au FN : « Au petit-fils de déportés que je suis, cela paraît tout simplement inconcevable. » [access capability= »lire_inedits »]

Décriée comme extrémiste, raciste, anti-Arabe, voire « criminelle » et « fasciste », la LDJ décevrait sans doute ses pires détracteurs s’ils se donnaient la peine de reconnaître sa vacuité idéologique – à la mesure de sa faiblesse numérique : elle ne compterait guère plus d’une soixantaine de « militants ». En pleine rédaction d’un ouvrage consacré à l’histoire des mouvements d’autodéfense juive en France depuis 1967, et réfutant la parenté avec la LDJ que lui imputent plusieurs sources, dont le site Wikipedia, Pierre Lurçat tient à souligner qu’« il n’existe aucun lien hiérarchique ou organisationnel entre la Jewish Defense League américaine et la LDJ française, qui a repris son logo, sans adhérer totalement à l’idéologie kahaniste ». En substance, la seule doctrine de la LDJ serait celle de l’« autodéfense », également mise en exergue par d’autres mouvements juifs, y compris de gauche, comme le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS), actif dans les années 1970. Admettons. Sans oublier toutefois que le choix des symboles et des références engage. Assassiné à New York en 1990, Meir Kahane prônait l’expulsion aussi bien des Arabes israéliens que des Palestiniens, la réaffirmation de l’identité juive et l’émigration massive des juifs vers Israël. Des objectifs toujours en vigueur selon David Reinharc, patron du Betar, la mouvance-sœur de la LDJ, mais qui se targue, elle, d’un supplément d’âme conceptuel qui la rattache aux idées de Vladimir Jabotinsky, le père fondateur de la droite israélienne. Une nuance difficile à saisir pour les profanes, mais habilement synthétisée par le politologue Jean-Yves Camus, qui met en garde contre l’amalgame facile entre l’extrémiste LDJ et le Betar, dont sont issus, outre Menahem Begin et Yitzhak Shamir, de nombreux députés de la Knesset et des cadres dirigeants du Likoud. Confondre les deux, rappelle le chercheur, en les disqualifiant sous l’étiquette commune de phalange juive d’extrême droite, conduit à négliger un fait important : « La naissance en France d’un véritable courant néoconservateur juif, prenant réellement son essor dans les années 2000 (…), qu’il convient de prendre au sérieux comme acteur de la vie intellectuelle. » On croirait tout comprendre si David Reinharc n’avait pas signé l’Appel du printemps incitant à voter François Hollande en 2012. Passons. L’essentiel est ailleurs, à savoir dans le volet « autodéfense », pointé du doigt par les pacifiques supporteurs de la cause palestinienne.

Moiszek n’en démord pas : « Nous sommes des guerriers. Mais nos militants n’ont pas besoin d’un sigle ou d’un drapeau pour infliger une correction aux jeunes antisémites qui expriment leur haine du juif dans les quartiers devenus des zones de non-droit. » Que dire pour éviter de plagier Christophe Barbier dans une récente livraison de L’Express : « L’esprit de milice est une déchéance, et confier son sort à des nervis, c’est nourrir la violence, en accepter la pérennité et considérer qu’elle est désormais le registre dominant de la société française» Si je persiste à croire qu’en effet la violence n’est pas (encore) le registre dominant de la société française, je n’oserai l’affirmer devant les proches d’Ilan Halimi ou devant les familles dont les enfants vont au collège Otzar Hatorah de Toulouse. David Reinharc, quant à lui, considère que le temps des débats est révolu : « Les juifs ont passé beaucoup de temps dans les colloques, symposiums et séminaires essayant de répondre à Alain Badiou. Là où était le langage (et où il n’est plus), la violence doit advenir. Désormais, il faut cesser de gloser et passer au ring et au Betar.» Ce n’est pas sans fierté qu’il revendique la présence de son mouvement, le 13 juillet, auprès de la LDJ, pour protéger la synagogue lors du « pogrom de la rue de la Roquette ». Pourtant, à le voir trébucher sur les lacets défaits de ses Converse, les bras chargés de bouquins plutôt que de battes de base-ball, on n’est pas trop pressé d’alerter la Brigade criminelle.

De multiples tentatives, toutes contestées par les intéressés, ont été faites pour cerner le profil social de ces militants radicaux. Quand Richard Prasquier, ancien président du CRIF, évoque « des jeunes gens paumés », le sociologue Samuel Ghiles Meilhac parle de « jeunesse juive désœuvrée ». Faux, rétorque Pierre Lurçat, soutenant qu’il s’agit d’étudiants ou de jeunes qui travaillent, venus des banlieues autant que des beaux quartiers, qui ne se seraient pas rencontrés ailleurs qu’au sein de la Ligue. Diplômé d’une licence en management, Moiszek, 24 ans, accepte de renouveler l’appel depuis son numéro masqué, mais vers 20 heures, parce qu’il travaille. Je n’en apprendrai pas plus sur son activité professionnelle, sinon qu’aucun de ses collègues n’est au courant de son appartenance à la LDJ : « On est un peu des voyous mais pas de la racaille. La majorité des flics nous connaissent, et je vous jure que, quand on se bagarre parfois avec eux, j’ai honte. Tout comme j’ai honte quand on m’emmène au commissariat. Pour les beurs qui sont pris avec nous, c’est un honneur ! » La différence, aussi mince qu’elle puisse paraître aux yeux de ceux qui renvoient dos à dos la LDJ et les Merah, se niche très certainement dans cette honte qu’on ressent ou pas. Plus à l’aise après des heures passées au téléphone, Moiszek avoue par ailleurs une certaine indulgence de la part de la police : « On aura tout vu ! Un flic nous a fait une quenelle. Mais un autre nous a dit qu’on était la canaille la plus classe de Paris ! » J’objecte qu’il existe des moyens plus « classe » d’affronter ses adversaires que de les asperger de peinture rouge – un traitement servi à la porte-parole des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, qui n’inspire pas, il est vrai, une galanterie excessive. Et quid de ce blogueur juif antisioniste Jonathan Moabad, menacé à maintes reprises du fait de ses critiques d’Israël avant qu’une bombe artisanale ne soit déposée sous sa voiture ? Deux sympathisants de la LDJ ont été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison ferme : « Certains électrons libres se font passer pour nous, proteste Moiszek. On refuse des fous furieux, qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? » Reste à se réjouir que l’engin n’ait assurément pas été fabriqué selon les recettes des djihadistes et autres kamikazes : il n’a pas fait de dégâts en explosant.

Si elle était adoptée, l’option de la dissolution de la LDJ, sérieusement étudiée par la direction des libertés et des affaires juridiques du ministère de l’Intérieur, donnerait-elle les résultats escomptés – l’arrêt des agissements violents et l’extinction des « accrochages communautaires » ? Moiszek se contente de rire. « Que peuvent-ils nous faire ? Nous interroger pendant quatre-vingt-seize heures et puis nous relâcher ? Nous mettre sur écoutes ? Nous emmerder un peu dans la vie quotidienne, d’accord, et alors ? » Autant dire que la menace est aussi sérieuse que si on annonçait la fermeture de Météo France dans le but d’empêcher la pluie de tomber. Dépourvue de statut légal ou associatif, la LDJ correspondrait néanmoins aux critères qui caractérisent les « groupements de fait » et pourrait être dissoute comme tel. La Ligue n’aurait alors plus le droit d’organiser des réunions, de diffuser des tracts ou d’animer un site Internet. Rappelons qu’on parle de quelques dizaines d’activistes et que, dès à présent, ceux qui ont un casier judiciaire « ne se présentent pas sous le drapeau », dixit Moiszek, tout en restant au service de la cause. Pour Pierre Lurçat, le coup de la dissolution fait office de diversion : « On a l’impression que la LDJ est médiatisée à outrance pour ne pas parler de l’antisémitisme ni désigner ses coupables. » Dénonçant « un chantage au républicanisme », d’une part, et, de l’autre, « les penchants criminels de l’Europe démocratique qui veut dissoudre les juifs non reconnaissables dans la figure du dhimmi ou du mort », David Reinharc annonce le lancement contre vents et marées d’Altalena, une revue du Betar.

Doit-on en conclure que les groupes juifs réputés violents n’ont pas trop de souci à se faire ?

Mais quiconque a fréquenté un cours de Sciences-Po a en mémoire ce grand classique pompidolien que fut la dissolution simultanée de la Ligue Communiste et d’Ordre Nouveau en 1973. Au cas où il viendrait à l’idée de l’actuel ministre de l’Intérieur de mettre hors-la-loi quelques groupuscules salafistes, il risque d’être tenté d’inclure la LDJ dans son panier garni, histoire de pas prêter le flanc aux accusations infamantes d’islamophobie, voire de sionisme.[/access]

*Photo: MEUNIER AURELIEN/SIPA.00673298_000004

L’Union européenne, prison des peuples?

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referendum ecosse royaume uni

Il aura suffi d’un sondage publié début septembre, indiquant pour la première fois qu’une courte majorité d’Ecossais serait favorable à l’indépendance du pays de Braveheart et Walter Scott pour que la caste européiste soit saisie d’affolement. Dans les plus hautes sphères de Bruxelles comme à l’Elysée, on tente de masquer son inquiétude en pratiquant l’autosuggestion : cela ne doit pas être, donc cela ne sera pas ! Une semaine plus tard, une nouvelle batterie de sondages, cette fois-ci plus favorable aux partisans du maintien de l’Ecosse dans le Royaume-Uni, ne suffisait pas à ramener la sérénité : à Barcelone, le 11 septembre, une manifestation monstre s’est appuyée sur l’exemple écossais pour exiger de Madrid la tenue d’un référendum dont l’issue serait beaucoup moins incertaine que le scrutin écossais, tant la cause indépendantiste a progressé en Catalogne. Pendant ce temps-là, sans bruit, mais avec constance, les séparatistes flamands de Bart de Wever s’emploient à vider encore plus la coquille Belgique dans le cadre des négociations pour la formation du nouveau gouvernement du royaume.

Paradoxalement, même s’il est le déclencheur d’un phénomène paneuropéen, le référendum écossais, quel qu’en soit le résultat, n’aura, pour le Royaume-Uni, que des conséquences mineures. Ce n’est pas avec un vote ric-rac, genre 51/49, en faveur de l’indépendance, qu’Alex Salmond pourra mettre en place plus qu’un Etat d’opérette, Westminster et Downing street conservant la haute main sur la diplomatie, l’armée, la monnaie, et Elizabeth II la couronne commune et l’usage du château de Balmoral. D’ailleurs, Salmond a déjà obtenu ce qu’il souhaitait, la promesse d’une dévolution élargie des compétences pour son gouvernement régional appuyé sur une forte majorité autonomiste conduite par le Scottish National Party (SNP). Solide pragmatique, Alex Salmond, saura trouver les moyens de parvenir à un accommodement avec Londres, que le oui ou le non l’emporte. Cette affaire va faire  donc pschitt ! : si l’identité écossaise est incontestable, fondée sur un roman historique partagé et une religion presbytérienne majoritaire, l’espace culturel britannique commun (langue, insularité, rapport aux autres) est également un fait incontournable.

En revanche, pour la Flandre la Catalogne et peut-être demain d’autres régions à forte identité, ou pour des populations enfermées dans des nations qu’elles récusent, comme les Hongrois de Roumanie et de Slovaquie, la mise en avant de revendications relevant du « droit des peuples à l’autodétermination », ne devrait que s’amplifier. On pensait jusque-là, à tort, que la construction européenne, l’abaissement quasi-total des barrières frontalières, et la liberté générale de circulation allaient remiser ces vieilleries au rayon des accessoires défraîchis du « monde d’hier ». Or, il n’est en rien : la mondialisation et de la crise économique ont provoqué un réveil des nationalités fondé sur le sentiment qu’il n’est de solidarité réelle que dans un espace géographique, culturel et politique homogène, où l’on se comprend au delà des conflits de classe et des querelles de clocher. À cela s’ajoute dans de larges couches des populations concernées, le souhait de d’abandonner la statut de citoyen d’une « grande nation », à vocation mondiale sinon universelle, pour se réfugier dans l’appartenance à une « petite nation » tranquille et prospère, dont la Suisse est le modèle. L’exemple des pays d’Europe centrale (à l’exception de la Pologne), et des pays baltes, qui s’accommodent d’une double allégeance, aux Etats-Unis pour leur sécurité, à l’Allemagne pour leur développement économique et leur prospérité, montrent que les « petits » ne sont pas moins biens armés que les « grands » pour faire face aux défis du moment. Ce nationalisme n’est pas agressif : il est boutiquier (les Allemands diraient Spiessburger), un tantinet égoïste et peu exaltant pour les âmes romantiques, mais il est néanmoins un puissant moteur de changement de l’ordre géopolitique en place.

L’Union européenne, face à ce phénomène, adopte pour l’instant une attitude disciplinaire : rien ne doit bouger ! L’intangibilité des frontières des pays adhérents est un dogme absolu, conforté par des traités qui contraindraient les sécessionnistes potentiels à refaire une demande d’adhésion à l’UE, processus long et aléatoire. La règle de l’unanimité pour l’intégration exclut d’autre part l’admission d’un nouveau membre à laquelle s’opposerait la « maison mère » de la nouvelle entité. Le conflit récurrent, en droit international, entre le principe du  droit des peuples à l’autodétermination  et celui du respect de l’intégrité territoriale des Etats membres de l’ONU est tranché en faveur exclusive du second par Bruxelles. «Votez si cela vous chante, mais sachez que c’est le statu quo ou la porte ! », tel est le message, brutal et sans équivoque, des pontes de l’UE. Cela induit, chez les peuples concernés, un sentiment de frustration et d’injustice : les séparatistes divers et variés ne remettent pas en cause les institutions de l’UE, n’ont pas pour programme de la quitter, et se refusent à la violence pour faire triompher leur projet national. Ils demandent seulement que Bruxelles prenne acte de l’expression majoritaire d’un choix populaire. Déjà fortement entamée par l’entourloupe du retour, par la fenêtre, du projet de Constitution européenne rejetée par le suffrage universel, en France et aux Pays-Bas, en 2005, la légitimité démocratique des institutions de l’UE se réduit comme peau de chagrin. Il serait paradoxal qu’une Union, fruit du libre consentement des peuples et des Etats membres, devienne l’avatar tardif d’une Russie tsariste qualifiée jadis de « prison des peuples ».

*Photo: Scott Heppell/AP/SIPA.AP21624178_000003

Foot africain: Ubu arbitre

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foot africa cup

Pour De Gaulle, le sport est le reflet d’une nation, de sa puissance, de son dynamisme. Si l’on en croit le Général, le continent africain a encore quelques soucis à se faire. Malgré un certain optimisme affiché ces dernières années quant à ses perspectives économiques, la phase de qualification de la prochaine Coupe d’Afrique des nations (prévue au Maroc, en janvier 2015) dont l’étape finale se déroule entre septembre et novembre 2014, laisse plutôt l’impression que le continent n’en a pas fini avec ses vieux démons. Pour le moment, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on assiste à un spectacle unique et rocambolesque. Pas forcément d’un point de vue sportif. Un scénario – ou plutôt un ensemble de scénarii – qu’il eût été impossible d’imaginer sauf peut-être par un Gérard Oury.

Le match Mauritanie/Guinée Equatoriale a été le premier théâtre de cette succession d’événements. La rencontre pourtant remportée par la Guinée Equatoriale, jouée en un match aller et un match retour, portait la mention « awd » ; abréviation anglaise du terme « awarded », elle signifiait tout simplement qu’à la suite d’une réclamation, la Confédération africaine de football avait décidé d’attribuer la victoire à la Mauritanie après que fut prouvée l’utilisation par la Guinée Equatoriale d’un joueur en réalité camerounais, Thierry Fidjeu. Ce n’était que le début.

Plus tard, c’est la mention « w/o » (« walkover ») qui figurait cette fois-ci à la place du score final cumulé de la rencontre Gambie/Seychelles. Habituée aux abréviations sportives et en anglais, mais non moins intriguée, je n’ai pas tardé à découvrir que ni le match aller, ni le match retour de cette rencontre ne s’étaient disputés ; la Gambie avait cette fois été disqualifiée, s’étant rendue coupable d’avoir enfreint la limite d’âge  des joueurs lors d’un match éliminatoire de la Coupe d’Afrique des moins de 20 ans contre le Libéria. Peu chanceuse, la Gambie s’était faite prendre. Elle avait donc écopé peu avant de 2 ans de suspension, suspension qui touchait également l’équipe A de Gambie.

Alors que je m’attendais à naviguer en des eaux plus calmes pour la seconde phase des éliminatoires et que je découvrais avec délectation la victoire surprise du petit Lesotho face au Kenya, le répit fut de courte durée. Sacrebleu ! Retour de la mention « awd ». La rencontre Congo / Rwanda, s’était soldée par une victoire du dernier au terme d’un suspens haletant et d’une séance de tirs aux buts fortement déconseillée aux cardiaques. Hélas, pour les malheureux Rwandais, la confédération africaine de football avait trouvé parmi ses rangs un obscur joueur du nom de Daddy Birori, au sujet duquel la fédération rwandaise avait affirmé mordicus qu’il était au-dessus de tout soupçon. Jusqu’à ce que l’on découvre que le dit Daddy Birori, de son vrai nom Etekiama Agity Tady, possédait un passeport congolais (du Congo Kinshasa). La fédération rwandaise, dont la combine fut très peu appréciée de la confédération africaine de football, fut donc elle aussi priée de quitter la compétition et vit le Congo accéder à la phase ultime des éliminatoires.

Et pour la Libye, même sur la pelouse, rien ne va plus. Les Libyens, qui avaient affronté le Rwanda et perdu au tour précédent, avaient en vain formulé une plainte au même sujet. Leur élimination après leur défaite  3 – 0 (les trois buts marqués par un certain… Daddy Birori ! ), a bien été validée.

Un peu plus loin, la confrontation entre la Sierra Leone et les Seychelles (rescapées du premier tour), m’interrompait une nouvelle fois et je me mis à avoir peine à croire au surréalisme et à l’ubuesque de ces éliminatoires. Cette fois, le match aller s’était bien déroulé et avait vu la Sierra Leone l’emporter logiquement 2 – 0 ; mais pas de match retour. Ce dernier, prévu aux Seychelles, n’avait pas pu se disputer malgré la bonne volonté des Sierra Leonais qui s’étaient présentés le moment venu chez leurs adversaires : ils furent tout bonnement refoulés par les douanes seychelloises de l’aéroport international craintives du virus Ebola, et qui dans leur zèle ont empêché toute la sélection sierra-leonaise de disputer le match éliminatoire, préférant leur indiquer le chemin du vol retour vers Freetown. Enterrant aussi tout espoir pour leur propre équipe nationale de se qualifier pour la prochaine CAN puisque cette mesure équivaut aux yeux de la confédération africaine à un forfait des Seychelles. Les Seychelles avaient donc rendu vaine leur qualification au tour précédent face à une Gambie exclue, et  désormais certainement dépitée. Que va-t-il advenir de la Sierra Leone lors de la dernière phase des éliminatoires ? L’ensemble de ses adversaires va-t-il imiter la décision des Seychelles, offrant victoire sur victoire aux Sierra-Leonais sans même jouer et une qualification plus qu’inespérée pour la CAN ? Nul ne le sait pour l’instant.

Bien plus que les dysfonctionnements et à contresens du traditionnel discours moralisateur, ce sont, peut-être paradoxalement, les sentiments de liberté, de spontanéité et de fraîcheur qui émanent de tout cela. De toute évidence, cette phase éliminatoire de la CAN et sa série de péripéties qu’il aurait été difficile de croire si elles étaient survenues ailleurs qu’en Afrique, viennent nous le rappeler : quelques hirondelles ne font pas un printemps africain.

*Photo:  JEFFROY GUY/SIPA.00652540_000010

Sur Israël, Valls dit des choses que Sarkozy n’a jamais osé dire

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Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il préside les associations Avocats sans frontières et France-Israël. Dernier ouvrage publié : Le vieil homme m’indigne ! (Jean-Claude Gawsewitch, 2012).

Propos recueillis par Daoud Boughezala.

Causeur : Jusqu’au sommet de l’État, nos politiques déplorent l’importation du conflit israélo-palestinien en France. Mais, après tout, de même qu’une majorité de juifs français semble soutenir Israël, est-il anormal que les immigrés arabo-musulmans se sentent solidaires des Palestiniens de Gaza ?

Gilles-William Goldnadel : Non, ça ne me paraît pas inouï. En tant que défenseur de l’identité, je ne dénie à personne le droit d’avoir sa part de tribalité sur le conflit israélo-palestinien. Là où le bât blesse, c’est lorsqu’on fait parler le cocktail Molotov et qu’on glisse du conflit israélo-arabe à l’antisémitisme pur et simple. De manière un peu controuvée, François Hollande a d’ailleurs parlé d’« importation du conflit » après les violences. Or, celles-ci émanaient essentiellement du camp arabo-islamique.

Beaucoup de jeunes manifestantes de Barbès et de République arboraient des keffiehs palestiniens plutôt qu’un voile. Les islamistes n’ont apparemment pas la mainmise sur ce mouvement.

Dans ce bouillon de culture, ou plutôt d’inculture, on voit de tout : des voyous, des barbus islamistes, des femmes voilées, des Beurs acculturés ainsi que des « Français de souche » biberonnés à un antiracisme sélectif. Au milieu de ce magma en fusion, émerge une sorte d’islamo-gauchisme : l’antisionisme radical d’une part non négligeable de la communauté musulmane se fait cornaquer par les gauchistes qui tiennent le pavé à Paris. En réalité, les gauchistes sont désormais les idiots utiles des islamistes. Comme lors du procès Garaudy, lorsque je croisais le fer avec Vergès, se constitue une alliance rouge-vert-brun où l’extrême droite la plus obsessionnellement antisémite se joint à la gauche extrême. Il peut sembler paradoxal que les plus nationalistes donnent la main aux internationalistes, mais l’antisémitisme réconcilie tous ces gens.

On croirait entendre Manuel Valls !

Ces derniers mois, Valls aura dit des choses que Sarkozy n’a jamais osé dire. Il a osé critiquer les Verts qui se sont rendus dans des manifestations pavoisées des drapeaux d’organisations terroristes comme le Hamas, le Hezbollah ou même le califat islamique, et où certains criaient « Mort aux juifs ! ». Reste à la gauche modérée à en tirer enfin les conséquences en renonçant à faire alliance avec ces gens-là, sauf à trahir les rares principes qui lui restent, d’autant plus qu’elle continue à vouloir faire la leçon à la droite pour son alliance imaginaire avec une Marine Le Pen autrement plus calme sur la question que l’extrême gauche.

Si, à la gauche de la gauche, l’antisionisme est un dogme indiscuté, tous les anti-Israéliens virulents ne basculent pas dans l’antisémitisme. À trop traquer le paravent antisioniste du nouvel antisémitisme, ne diabolisez-vous pas toute critique d’Israël ?

On peut évidemment être anti-israélien sans être antisémite.[access capability= »lire_inedits »] On peut être stupide, ignorant, iconoclaste, provocateur, salaud… L’antisémitisme n’est pas le seul et unique paramètre de l’abjection humaine. On peut être aussi anti-israélien et antisémite, et même ça peut aider. Vous ne trouverez pas sous ma plume une ligne où je traite quelqu’un d’antisémite sous le prétexte qu’il a critiqué Israël ; cela ne me viendrait même pas à l’idée ! Du reste, Israël est le pays le plus critiqué au monde, y compris chez certains juifs, qui posent en s’opposant.

À l’instar des nouveaux judéophobes, certains soutiens inconditionnels d’Israël n’en amalgament pas moins judaïsme et sionisme. Lorsqu’il organise des manifestations et des galas de soutien à l’État hébreu, le CRIF ne sort-il pas de son rôle ?

La défense de l’existence de l’État d’Israël est inscrite dans les statuts du CRIF. Je vous mentirais en vous disant que cela me choque. Que cela plaise ou non, Israël, c’est l’État juif. Comme l’a fait remarquer Alain Finkielkraut, qui n’a jamais ménagé les gouvernements israéliens, il faudrait renier Israël pour trouver grâce aux yeux des contempteurs de l’État juif. Or, par une sorte de ruse de l’histoire, le principal ciment aujourd’hui entre les juifs, ce qui les fait vibrer pour Israël, accomplir leur alya et renforcer le sionisme, c’est la critique et le dénigrement obsessionnel d’Israël ! Je prétends que ce qui fait partir nombre de juifs de France, c’est moins la peur de la violence islamiste que la capitulation en rase campagne des prétendues élites qui n’arrivent pas à détester totalement ceux qui détestent Israël.

De même que son soutien inconditionnel à Israël, l’institutionnalisation du dîner du CRIF, auxquels sont conviés ministres et chefs de l’opposition, peut accréditer le fantasme d’un lobby juif tout-puissant…

Je ne suis pas allé au dernier dîner du CRIF, parce que je me reconnais de moins en moins dans son action. De la même manière, je déteste les mondanités autour de la Shoah, que je considère comme indécentes et contre-productives. Cela dit, alors que les politiques font également la cour à la communauté musulmane, ce n’est que lorsqu’il s’agit des juifs et d’Israël que l’esprit critique se manifeste.

Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent d’une possible défrancisation des juifs de France, de plus en plus identifiés à l’État d’Israël ?

Je crois qu’on ne peut pas séparer l’histoire récente de la communauté juive française du destin d’Israël. Avant la guerre des Six-Jours, ce n’était pas très gratifiant d’être « israélite ». Les juifs étaient perçus faussement comme un peuple un peu veule, ils n’assumaient pas toujours leur identité. À partir de 1967, on est passé d’un excès à l’autre, lorsqu’Israël a vaincu toutes les armées arabes coalisées. La communauté juive a recouvré sa fierté. Les prouesses scientifiques, industrielles, culturelles ont fait le reste. C’est quelque chose d’impalpable. De l’ordre de la dette. Cette franchise n’empêche pas la francité. Je ne connais pas beaucoup d’autres communautés aussi anciennes, aussi loyales et aussi intégrées.

Cette fierté retrouvée se mue parfois en susceptibilité à fleur de peau. Après la guerre des Six-Jours, lorsque de Gaulle avait critiqué Israël en évoquant un « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », le CRIF de l’époque ne s’en était pas ému outre mesure. Imaginez le tollé que de tels propos provoqueraient aujourd’hui !

Non, je vous assure que le CRIF et d’autres organisations s’étaient alors indignées contre le parti pris pro-arabe du général de Gaulle, et encore davantage après que celui-ci eut parlé d’un « peuple sûr de lui-même et dominateur ». À l’époque, les États, à commencer par la France, étaient anti-israéliens par realpolitik, notamment afin de ne pas s’aliéner le pouvoir pétrolier arabe, mais les médias protestaient contre ce mercantilisme.
Les choses se sont aujourd’hui inversées : après l’agression du Hamas, les gouvernements occidentaux, inquiets de la montée de l’islamisme, ont affiché des positions plutôt convenables à l’égard d’Israël, tandis que la majorité des médias, influencés par une idéologie sommairement gauchisante, ont au contraire diabolisé l’État hébreu. Prenons un exemple : j’ai lu cet après-midi un merveilleux article d’un intellectuel arabe qui disait tout le mal qu’il pense du Hamas. Ce type-là, rare critique dans son propre camp, n’a aucune chance d’être interviewé par Le Monde, alors que tous les professeurs d’université israéliens qui critiquent leur gouvernement, comme Gideon Levy, de Haaretz, ou Zeev Sternhell, y ont table ouverte. Un peu comme si on ne demandait leur avis sur la politique étrangère de la France qu’à Besancenot et Duflot.

Là où vous dénoncez un acharnement anti-israélien, les opposants à l’offensive de Tsahal dans la bande de Gaza parlent de « carnage », ou à tout le moins de « disproportion » dans la riposte. Il y a bel et bien un rapport de un à dix dans le nombre de morts…

Nous vivons un drame, et la guerre asymétrique est un drame disproportionné. Mais il y a encore plus dramatique que la guerre, c’est l’abandon. Les pacifistes sont les premiers fossoyeurs des grands cimetières sous la lune. Je pense à cet abruti de Bertrand Russell qui, en 1937, prônait le désarmement unilatéral de la Grande-Bretagne contre Hitler, et disait : « Si jamais les nazis envahissent l’Angleterre, il ne faudra même pas se défendre, et lorsque les soldats allemands verront la grandeur de la civilisation britannique, ils mettront l’arme au pied. » Aujourd’hui, une cohorte de Bertrand Russell induit en erreur une jeunesse européenne qui n’a pas conscience de ce que peut être une guerre cruelle en face d’islamistes. Si je n’étais pas juif, il me plaît à penser que je prendrais parti pour un État démocratique agressé par une organisation terroriste, islamiste et antisémite, qui cherche à tuer les enfants des autres et à faire tuer les siens.

Il se dit que l’Autorité palestinienne tente de faire pression sur le Hamas pour lui faire reconnaître Israël. Ne risque-t-on pas de regretter le Hamas dans quelques années, sachant que des groupes salafistes incontrôlés essaiment dans les territoires occupés ?

Cela fait vingt ans que l’on essaye de me vendre le mythe d’un Hamas reconnaissant Israël. Je ne vois pas comment on pourrait changer les vues de ses responsables, qui ont beaucoup plus d’opiniâtreté idéologique, intellectuelle et religieuse que vous et moi. Le Hamas considère que pas un pouce de la terre musulmane, arabe et palestinienne ne peut être cédé. Ses membres pensent que les sionistes sont les voleurs de la terre arabe et musulmane, qu’il s’agisse d’Hébron, de Jaffa, ou de Haïfa. Le Hamas, lorsqu’il tue des Israéliens, laisse parfois des messages de ce style : « Nous avons goûté la chair des juifs et nous l’avons trouvée bonne. » Certains djihadistes sont peut-être plus gourmands, mais, pour la peau des Israéliens, cela ne fait guère de différence.

Ce choix entre la peste et le choléra islamistes découle aussi de l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. En marginalisant les nationalistes palestiniens laïcs, notamment lors du désengagement unilatéral de Gaza en 2005, Israël n’a-t-il pas favorisé le Hamas ?

Sharon a décidé de quitter la bande de Gaza unilatéralement, parce qu’il n’arrivait pas à un compromis avec l’Autorité palestinienne. En 2005, après avoir évalué le rapport de force politique et militaire de l’époque, il a fait le pari que les Palestiniens utiliseraient Gaza comme base pour édifier un État défiant Israël sur les terrains économique, scientifique, culturel – pas militaire. Or, en 2007, le Hamas a pris Gaza par la force et a commencé à lancer des bordées de roquettes sur Israël. Le drame, c’est que le peuple arabe de Palestine est dans la surenchère permanente. Lorsque vous lisez les commentaires antisémites au sein du Fatah, vous avez du mal à faire la différence avec le Hamas ! Si nous avions le choix entre un Hamas extrémiste et une Autorité palestinienne vraiment disposée à des compromis, ce serait merveilleux, mais nous en sommes très loin.

D’éminents diplomates expliquent que le processus de paix s’est enlisé à cause de la poursuite de la colonisation israélienne…

Ce qui explique l’impasse des négociations, bien plus que le problème des implantations, c’est avant tout le refus arabe, toujours aussi constant, d’accepter une entité nationale non arabe et non musulmane sur ne serait-ce qu’une partie de la terre sacrée. Voilà pourquoi, plus de six décennies après le vote de partage de la Palestine entre deux États, arabe et juif, les premiers sont toujours autant arc-boutés sur leur refus de reconnaître Israël en tant qu’État du peuple juif. N’allez surtout pas croire que je ne reconnaisse pas la spécificité du peuple arabe de Palestine : je suis disposé à un compromis territorial, même douloureux, pourvu qu’il garantisse une paix définitive. C’est pourquoi j’avais applaudi aux accords d’Oslo. Mais je n’ai aucune estime pour les formes irrédentistes et mortifères que prend depuis toujours le nationalisme palestinien. J’ajoute que, si je suis favorable à un compromis territorial définitif, je suis intransigeant sur la réciprocité, qui doit avoir valeur de test. Il faudra m’expliquer au nom de quoi on exige des Israéliens la reconnaissance du droit du peuple arabe de Palestine à un État indépendant et pourquoi l’inverse n’est pas exigé avec autant de fermeté lorsqu’il s’agit du peuple juif.

Il faut être deux pour faire la paix. Et rien n’indique que la frange la plus droitière du gouvernement israélien y soit disposée. Netanyahou ne craint-il pas de déclencher une guerre civile en acceptant des concessions territoriales ?

Alors qu’il n’a aucune confiance dans ses actuels interlocuteurs, Netanyahou n’est en effet pas pressé d’engager une partie difficile contre les habitants des territoires, sur la base d’un accord boiteux. Cela étant, 90 % du peuple israélien serait d’accord pour un sacrifice historique et douloureux, en contrepartie d’une paix et d’une sécurité définitives.
Certains semblent penser que Jérusalem a les cartes en main et qu’il suffirait de faire un effort pour arriver à la paix. Mais Shimon Peres, Ehoud Barak et Ehoud Olmert ont fait des efforts considérables sans rien obtenir en échange sinon la terreur. Vingt ans après Oslo, nous sommes encore dans la même situation. Et celle-ci est invraisemblablement plus complexe qu’on voudrait le faire croire en France. De mon point de vue, il n’y aura pas de paix tant que les Palestiniens plébisciteront ceux qui portent le plus de coups à Israël. Dès 1962, le président tunisien Habib Bourguiba l’avait remarqué : « Les dirigeants arabes enflamment les foules avec leurs slogans belliqueux, et ensuite ils s’étonnent de ne pouvoir éteindre l’incendie. »[/access]

Questions vaches à Stéphane Le Foll

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 « On se demande à quoi sert un ministre s’il n’est pas capable de rédiger une loi » m’a fait remarquer le porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, au téléphone. La question posée à l’occasion du débat sur l’installation de la ferme, dans la baie de Somme, ayant la capacité de réunir 1000 vaches laitières sous un même toit, pour un rendement maximum, a de quoi titiller jusqu’aux oreilles étiquetées de Marguerite et de ses 999 copines.

Dimanche dernier, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a rappelé qu’il ne « soutenait pas le projet de la ferme des «1000 vaches».  On en meugle de soulagement. Mais il ne l’a pas interdit non plus. C’est que le projet est « dans les règles ». Des règles qui pourraient être modifiées, si « le Ministre en question en avait le courage », précise Laurent Pinatel.

En fait, la schizophrénie gouvernementale va plus loin que ça. Car, pendant que le ministre de l’agriculture  n’ose pas affronter le système d’exploitation inhumain des bovins, son projet de loi sur l’avenir de l’agriculture a été adopté. Or, ce texte est inscrit dans une idéologie radicalement opposée à celle de la ferme-usine. Il porte comme priorité gouvernementale « l’agroécologie », c’est-à-dire une alliance entre l’agronomie et l’écologie. En résumé, on donne la préférence aux écosystèmes plutôt qu’aux alliages chimiques.

Comment expliquer ce grand écart entre la culture et l’élevage? Et encore, souligne Laurent Pinatel, « la ferme des 1000 vaches, c’est emblématique, parce qu’elle accumule tout ce contre lequel on lutte, mais il existe des élevages encore plus intensifs que celui-làLe centre d’engraissement des taurillons par exemple, les élevages de 2000 porcs, etc… »

Alors, c’est grave docteur, notre ministre est vraiment bipolaire? Certes, mais il existe un remède. D’après le Doc’ de la Confédération paysanne, il suffit de compter sur un retour au réflexe démocratique : « Aux Français d’interroger les responsables politiques et de les mettre devant leurs responsabilités ».

Bref, on n’est pas sorti de l’auberge. Et les vaches non plus.

Merci patron!

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pierre gattaz medef

Le Medef donne l’exemple à ces feignasses de salariés dont certains, un peu moins tétanisés que les autres, allaient promener leur flemme du côté de la Fête de l’Huma ce 14 septembre : eux au moins, les patrons, ils travaillent le dimanche contrairement à ses cossards de salariés vautrés dans les CDI et la surmutualisation, c’est bien connu. Le Medef a en effet livré la primeur d’un document de 50 pages inventoriant des mesures choc pour créer de l’emploi et même un million d’emplois. C’est dire si ça carbure, dans les têtes des grands patrons. On admirera au passage le sérieux de l’estimation. Un million.  Pas 873 475 ou un million deux cent vingt deux. Non, un million, tout rond. Il ne s’agit évidemment pas d’un chiffre destiné à frapper les esprits. Si les patrons qui savent tout et qui ont toujours raison puisqu’ils sont les seuls producteurs de richesse dans la France archaïque et soviétiquement administrée de 2014 disent qu’ils vont créer un million d’emplois tout rond, c’est que c’est vrai. Le contester ou ironiser vous vaudrait immédiatement la colère voire le mépris de tous les éditorialistes économiques de la télé, je dis bien tous,  chargés de relayer dans une grande et belle unanimité servile, la bonne parole du nouveau bureau politique de la nation, à savoir le Medef.

Regardons un peu quelles sont ces pistes innovantes proposés par Pierre Gattaz, le nouveau chef de l’Etat, un petit gars qui a dû faire ses preuves, surtout aux yeux de son père d’ailleurs, qui exerçait le même job que lui mais dans une époque où le rapport de force avec une gauche de gauche et des syndicats plus combattifs le forçaient à parler un peu meilleur à l’ouvrier.

La première est la suppression des jours fériés. Il y en a onze. C’est une honte pour le patronat que le travailleur ne travaille pas le jour férié. Le jour férié, c’est de la vacance de contrebande. Franchement, est-ce bien raisonnable d’avoir des mois de mai qui ne ressemble à rien. Et tout cela pourquoi ? Pour des fêtes qui rappellent un bien mauvais esprit de la part de travailleurs qui le 1er mai célèbrent le travail en ne foutant rien, ce qui est tout de même un comble. Quant au 8 mai, qui n’est pas fêté en Allemagne, il rappelle notre victoire sur un partenaire économique qui est un exemple à suivre désormais. On passera sur les fêtes religieuses. Pour le patronat, l’ouvrier n’a même plus le droit à, au soupir de la créature opprimée comme disait Marx. Non, la fête religieuse est aussi porteuse de mauvais esprit, qui raconte comment un homme nait, meurt et ressuscite pour continuer à proférer des inepties pleines de ressentiment contre les riches et se moquer de la réduction des déficits : « Je ne serai pas toujours parmi vous » dit-il à ses disciples qui s’indignent comme des socio-démocrates quand  Marie de Béthanie lui verse du parfum sur les pieds et les essuie avec ses cheveux, dans une dépense somptuaire qui pourrait faire péter la ligne bleue des 3%.

Mais me direz-vous, et si le jour férié tombe un dimanche, ce qui arrive quand le jour férié, rusé comme un faux  chômeur, est mobile ? Qu’importe, le Medef, qui a tout prévu, propose d’en finir avec le dimanche une bonne fois pour toutes. Bon, c’était dans l’air, de toute façon. Et on peut parier que les derniers à défendre le dimanche, on ne les trouvera pas du côté de la CFDT, qui est l’idole des jaunes, mais de quelques vieux évêques  crispés sur leurs acquis théologiques comme d’autres le sont sur des acquis sociaux.

Pour le reste, les demandes patronales sont somme toutes de bons sens : fin du Smic, « qui est un frein à la croissance, amen !», fin des 35 heures « qui sont une aberrrration » avec 4 r comme  aimait à le prononcer le baron Seillière, fin des taxations sur les flux financiers qui limitent les dividendes remis aux actionnaires et donc les empêchent d’embaucher du personnel de maison, sinon j’ai du mal à voir le lien entre création d’emplois et spéculation, mais bon, en même temps, les économistes télévisionnaires vont surement très bien me expliquer.

Bref, on ne va pas citer pour la énième fois Warren Buffet et sa phrase sur l’existence d’une guerre de classes que la sienne, celle des super riches, serait en train de gagner. Il la déplorait, d’ailleurs, Buffet, pas spécialement par philanthropie mais surtout parce que ça pourrait finir par devenir dangereux, à la longue, cet écrasement du monde du travail dans la peur,  la misère et l’esclavage soft. Mais il n’y a plus que Warren Buffet et les patrons pour croire à la lutte des classes. Même les ministres socialistes, comme Fleur Pellerin et quelques autres, expliquent doctement que ça n’existe pas.

C’est pour cela, d’ailleurs, que nous souhaitons que le gouvernement Valls mette en œuvre le plus rapidement possible ces mesures voulues par le Medef, et le fasse avec son aptitude habituelle, un peu écoeurante,  à se soumettre à tous les diktats venus du patronat.

Parce qu’avec un peu de chance, le peuple de France se souviendra peut-être alors, en menant une vie dont ses grands-parents et parents avaient réussi à s’affranchir en 1936, puis avec le CNR,  qu’il a tout de même quelques magnifiques révolutions à son actif et qu’il n’a jamais rien obtenu, conquis ou reconquis, que par la force.

*Photo: MEIGNEUX/SIPA.00691218_000086

Fête de l’Huma : deux chrétiens parmi tant d’autres

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Aller à la Fête de l’Humanité ? Pour beaucoup de catholiques pratiquants, cela ne leur viendrait pas à l’esprit. Pour d’autres, participer à un tel festival bolchevique serait même la dernière chose à faire. Errer parmi des faucilles et des marteaux flottant dans un ciel rouge pendant que cuisent les merguez et les cuisses de poulet ? Jamais. Les chrétiens, pensent-ils probablement, devraient plutôt se tenir à l’orée des écoles de commerce.

Mais pourtant, chrétien, ce slogan du Front de gauche ne l’est-il pas profondément ?  « l’humain d’abord ».  Autant par son histoire que par son sens, cette expression si chère à la « vraie gauche » n’est pas sortie du dernier meeting de Mélenchon. Chrétienne, elle est indubitablement. Nietzsche détestait le christianisme et le socialisme pour cette même raison : la racine  dégénérée de la faiblesse. Cette façon qu’ils ont tous les deux, christianisme et socialisme,  de résister à une esthétique de la force, en montrant d’abord des noms et des visages à sauver….

Le malentendu superficiel en la personne du Pape François, perçu comme le nouveau leader marxiste mondial, lient à nouveau ensemble christianisme et socialisme. Autant de prétextes pour se rendre à la Fête de l’Huma, en donnant le ton. Nous sommes chrétiens, avons-nous précisé ce week-end. Alors, universel, le socialisme et le christianisme ? Oui, mais pas universaliste.  La preuve,  l’humain existe, et nous l’avons rencontré.

Pour un habitué des rassemblements catholiques, la Fête de l’Huma n’est pas sans rappeler l’ambiance joyeuse et bonne enfant des JMJ. Il y a l’unité spirituelle, la saveur du partage et du don, pratique courante dans ce genre d’endroits,  (la boue dans les chaussures), et enfin, quand les idées et les personnes se rencontrent, le sentiment d’échapper aux impératifs individualistes en vigueur. Tel Jules, jeune maçon, militant communiste en Rhône-Alpes, qui répète presque mot pour mot ce que disent des milliers de chrétiens à leur retour des JMJ : « cet événement est grandiose ! C’est un véritable ressourcement pour moi. Je me sens d’attaque pour toute l’année ensuite ! ». Dans les deux cas, c’est un évènement attendu, façon anti club Med, parce qu’il y a toutes ces exigences mentionnées qui vont à contre-courant de l’époque.

Jules a beaucoup voyagé en Amérique latine. « Là-bas, nous explique-t-il, il y a des prêtres qui défendent les pauvres, les sans-terres. Tous les camarades sont chrétiens. Je suis obligé de reconnaître qu’ils ont une autre approche de la religion que nous, en Europe ». On lui demande s’il apprécie le Pape François. « Je n’aime pas le Vatican en tant qu’institution, mais il me semble que le Pape donne un exemple positif, en prenant soin des plus faibles ». Un de ses camarades venu de Saint-Etienne témoigne : « ma grand-mère ne va plus à la messe depuis 20 ans, car elle était en conflit avec l’Eglise. Aujourd’hui, grâce au Pape François, elle y retourne ! » Un autre ajoute : « je connais un prêtre ouvrier qui a travaillé en Corée du Sud : l’Eglise y défend les exclus et les victimes de la société capitaliste. Cela nous fait réfléchir… »

On s’arrête au stand du PCF des Alpes-de-Haute-Provence, goûter leur huile d’olive « cuvée Jaurès », sur des tartines. Dans la conversation, on tombe d’accord sur la nécessité de garder le dimanche chômé. Que pensent-ils du Pape François ? « Il ne mâche pas ses mots ! Il va vers les pauvres, il ne juge pas, il est dans l’accueil… »

Plus loin, à un stand des Jeunesses communistes tenue par deux jeunes filles, les questions reprennent, un peu spontanément : le Pape François y est  apprécié. Jean-Paul II et Benoît XVI, en revanche, sont détestés. À leur égard, le mot « contraception » revient régulièrement dans les bouches. C’est que les deux jeunes filles insistent sur la liberté et sur le choix, comme par réflexe. Et puis la discussion s’oriente sur le terrain de l’avortement. Une des jeunes filles en a vécu un. « Ce n’est pas quelque chose d’anodin. Le changement de la loi, dire que ce n’est pas une situation de détresse, c’est un mensonge. Il faut permettre à celles qui veulent garder leur enfant de le faire, mais il faut qu’elles puissent décider seules. C’est vrai qu’il peut y avoir des pressions extérieures pour ne pas le garder, mais moi, c’était plutôt l’inverse. »

À la Fête de l’Huma, lorsque vous lancez le mot « chrétien », un autre mot vous est donné comme réponse et comme assentiment : la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne. Pour beaucoup, ces camarades sont apparemment leur seul lien avec le christianisme. Quand on se présente comme chrétien, la JOC arrive automatiquement dans la discussion. Auréolée d’une réputation de quasi-sainteté, elle est louée partout pour son travail associatif, complémentaire du militantisme des autres. Mais au stand de la JOC, aucun signe distinctif ne rappelle le christianisme. Ils distribuent des feuillets contre l’extrême droite, des T-shirts, des mugs, des bières… Rien de confessionnel. Seules leurs affiches à l’extérieur ont une trace religieuse, car des plaisantins y ont écrit des graffitis : « Jésus aurait voté Jaurès », « Non, il aurait voté Allende ! » En débat, ce week-end au stand de la JOC : « être chrétien et de gauche ». Pour expliquer la présence de chrétien à La Courneuve, le site de l’Huma précise qu’il n’y a pas de contradiction.

Avant d’aller vers la sortie, nous nous arrêtons au stand des Jeunesses communistes. Parmi les pin’s, l’un représente Benoît XVI, un préservatif sur la tête. « C’est rigolo, lâche-t-on en chœur,  mais tu sais camarade, le Pape est très anticapitaliste à sa façon, vous devriez le voir comme un allié, non comme un ennemi ». Le jeune homme qui tient le stand s’excuse aussitôt : « Je ne l’avais pas vu, celui-là, je vais l’enlever tout de suite ! ». Il ajoute : « Le précédent Pape, Benoît, a fait quelque chose qui m’a beaucoup touché : il a démissionné quand il ne sentait plus la force pour mener sa mission. J’ai trouvé ça très humble, et très courageux de sa part. »

Kipling avait raison. L’Est et l’Ouest, en tant que tels, sont irréconciliables, et ne peuvent se rencontrer. Mais de personne à personne, le dialogue et l’annonce sont possibles. De cœur à cœur, il n’y a plus ni Est ni Ouest.

*Photo : Lionel Urman/SIPA. 00692470_000042. 

Hippocrate, film hypocrite?

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hippocrate lilti immigration

Sur nos écrans depuis une semaine, Hippocrate, de Thomas Lilti, a reçu un bon accueil critique. Le film retrace les premiers pas de Benjamin, fils de médecin et futur médecin lui-même, en tant qu’interne dans un hôpital de la région parisienne. Il est censé faire une peinture douce-amère d’une initiation à l’âge d’homme, dans ce milieu si particulier qu’est l’hôpital. Malheureusement, ce canevas honorable cache une ambition plus profonde, plus politique.

Benjamin Barois, donc, débute son internat dans le service de médecine de son père, à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches. Il est un peu perdu, et il y a de quoi. L’ambiance est pesante, car ses collègues, médecins et infirmiers, sont tous plus abjects les uns que les autres : le Pr Barois, chef de service, glacial, corporatiste, hypocrite, menteur et en fin de compte très lâche ; le Dr Denormandy, chef de clinique, tortionnaire de vieilles dames, aussi incompétente qu’indifférente aux souffrances humaines, dont le but principal est de « libérer des lits » ; les réanimateurs, techniciens sans âme et sans cervelle, adeptes de l’acharnement thérapeutique ; les chirurgiens qui opèrent des cancéreux pour faire du chiffre, sans aucun projet à long terme, et les abandonnent sitôt sortis du bloc ; les internes, paresseux, bagarreurs, débauchés et ivrognes ; les infirmiers qui regardent la télévision au lieu de s’occuper des patients ; la lingère qui délivre des blouses tachées ; tous sont manipulés par une administration mesquine, dirigée par un technocrate parachuté depuis la grande distribution pour faire des économies en pressurant les dépenses de personnel et de matériel ; quant aux patients, ils sont pour la plupart dégénérés, alcooliques au dernier stade. Tout ce beau monde se débat dans un univers sordide, arrière-cours sinistres et murs tagués de dessins obscènes. L’équipement est à l’avenant : les appareils d’électrocardiographie comme les pompes à morphine sont en panne, évidemment. Voilà la peinture de ce que le réalisateur, lui-même médecin et fils de médecin, a paraît-il vécu lors de ses études… Peinture outrancière et complaisante, où certains détails sont justes, mais où l’accumulation de charges à sens unique donne la nausée.

Dans ce royaume d’incurie et de méchanceté, les médecins étrangers sont le seul recours. Le vrai héros d’Hippocrate, ce n’est pas Benjamin Barois, pâle figure d’adolescent égaré au milieu d’une bande de truands, mais Abdel Rezzak, un médecin algérien contraint, pour survivre, d’accepter en France un poste au-dessous de sa qualification. Abdel est tout ce que les médecins français ne sont pas : il est compétent, humain, réfléchi, consciencieux, honnête, sobre, chaleureux, confraternel… Il est l’archétype du bon médecin, et sans doute aussi du bon mari et du bon père (il souffre de l’absence de sa femme et de sa petite fille).  Abdel excelle dans la ponction lombaire et le soulagement de la douleur, tient la main des mourants et se plonge assidûment dans ses dossiers, prend soin de ses collègues comme de ses malades, refuse les boissons fortes pour garder les idées claires. Il se bat contre vents et marées pour humaniser ce septième cercle de l’enfer qu’est l’hôpital Raymond Poincaré (l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris appréciera). Comme il loge à l’hôpital, dans une chambre misérable (car l’AP-HP est aussi un marchand de sommeil qui loue des logements indignes), il est sur tous les fronts, de jour comme de nuit. Son courage et sa détermination à faire triompher le Bon Sens, le Bien et la Justice auront finalement raison de l’ignominie générale. Abdel épanouira les cœurs les plus endurcis, gagnant l’estime et l’affection de ses collègues égoïstes. Il libèrera l’énergie des personnels paramédicaux, ces damnés de la terre, grâce à lui devenus capables de formuler leurs justes revendications. Et surtout, il aidera Benjamin, triste héritier d’un système pourri, à « tuer le père » et à grandir dans la direction radieuse de son modèle : l’excellence bien connue de la médecine algérienne est là pour nous faire rêver. Un autre personnage, délicatement esquissé, renforce le tableau, s’il en était besoin : il s’agit d’un médecin africain manifestement très sympathique (il anime de ses chants la salle de garde) et travailleur (au mépris des lois organisant le repos de sécurité, il prend des gardes successives pour décharger les Français qui refusent de travailler les jours fériés).

Le message est martelé, lourdement répété scènes après scènes, où s’enchaînent caricatures et lieux communs, jamais loin de la médisance voire de la diffamation : la seule chance pour notre pays est de remplacer au plus vite ses nationaux ignobles, stupides et incompétents par des immigrés en provenance des pays du Sud. Eux seuls pourront régénérer notre système de santé à bout de souffle. Eux seuls apporteront compétence, humanisme, dévouement et solidarité. Eux seuls peuvent sauver la médecine, quand nous ne faisons que la massacrer.

La qualité artistique n’est pas en cause dans Hippocrate. Sans être un grand film, c’est un divertissement qui se regarde sans ennui. Le scénario est prenant, les acteurs sensibles, la mise en scène efficace, la caméra nerveuse. Mais ces éloges, appliqués à un projet aussi pernicieux, se transforment en critiques. De bout en bout, Hippocrate est un film détestable, vecteur d’une idéologie odieuse, et surtout fondé sur une complète méconnaissance de ce qu’est vraiment la médecine hospitalière française. Aucun soignant, aussi médiocre, dur et cynique soit-il, ne peut se reconnaître dans le tableau sans nuance et sans tendresse que trace Thomas Lilti. Aucun hôpital ne cumule à ce point les défauts organisationnels et humains. Car c’est surtout dans l’accumulation de portraits accablants que réside la mauvaise foi. La répartition des rôles est si tranchée qu’elle tourne à la caricature : à ma droite, les horribles Français, à ma gauche, les Africains et Nord-Africains admirables. Le camp du vice face au camp de la vertu. Cette préférence ethnique est aussi choquante que l’eût été l’inverse. Comment justifier, alors, un tel sectarisme ? Venant d’un Français, et d’un médecin, on ne voit pas d’autre explication que la haine de soi. Haine de soi, haine des siens : la xénophilie sert de couverture à l’autophobie.

On sort de ce film mal à l’aise, troublé par une question à double sens : « Au fait, pourquoi ce n’est pas nous, Français, qui allons faire nos études de médecine en Algérie ? Et en définitive, pourquoi n’envoyons-nous pas nos malades là-bas, pour leur plus grand bien ? ». Cette question appelle une réponse évidente, que ceux qui connaissent la qualité des soins médicaux généralement dispensés sur l’autre rive de la Méditerranée éluderont par un sourire pudique. Avant de conclure, tout simplement, que le réalisateur avait quelques comptes à régler avec sa famille et son pays[1. Le réalisateur, toute honte bue, a même attribué à ses antihéros les noms de médecins réellement en fonction à l’AP-HP ! Les Dr Barois, Denormandie et Riou seront ravis de voir leur patronyme si bien illustré au cinéma…].

Le grand quizz de la rentrée

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valerie trierweiler hollande

valerie trierweiler hollande

Chers lecteurs, êtes-vous prêts pour la rentrée ? Après vous être longuement abandonné à la torpeur de l’été, et laissé cuire votre couenne au soleil zénithal, avez-vous encore les idées claires pour affronter les problématiques colossales de ce mois de septembre – entre tous tragi-comique… ? Quizz de rentrée.

1/ Le 8 octobre prochain, sur l’esplanade du Parlement européen, à Bruxelles, et à l’initiative des eurodéputés doit se tenir un évènement majeur visant à « combattre les discriminations »… Lequel ?

a) Le communiste Robert Hue, connu dans les années 60 sous le sobriquet de Willy Balton, donnera un concert de rock avec son groupe, Les Rapaces, afin de défendre la tolérance à l’égard des hommes portant des « barbes difficiles« .

b) Le travesti barbu autrichien Conchita Wurst, vainqueur de l’Eurovision en mai, donnera un récital en faveur des LGBT.

c) Pierre Moscovici, qui vient d’être nommé Commissaire européen aux Affaires économiques, proposera un numéro de claquettes sur le thème de l’ « éco-citoyenneté multiculturelle« .

d) Un artiste plasticien originaire d’Amérique du Sud édifiera une « installation » monumentale en forme de bidet de 12 mètres de haut.

2/ L’ex secrétaire d’Etat socialiste Thomas Thévenoud, atteint de phobie administrative, débarqué en catastrophe du gouvernement pour retards répétés du paiement de ses impôts, laisse d’autres ardoises scandaleuses et de bien mauvais souvenirs…

a) Un kinésithérapeute (qui devait soulager Thévenoud de sa crispation fiscale) a du faire intervenir un huissier pour se faire payer.

b)  Il subsiste une vieille dette libellée en francs à la boulangerie de la rue Victor Hugo de Dijon, pour l’achat d’une quinzaine de fraises Tagada et deux chaussons aux pommes achetés en 1982.

c)  Jérôme Cahuzac a écrit à François Hollande pour dénoncer la dette de poker considérable du jeune député à son égard.

d)  L’ancien conseiller présidentiel Aquilino Morelle – qui revient d’entre les morts – a profité du scandale pour supplier Thévenoud (dans Le Point) de lui rende les trois paires de Weston qu’il lui a prêté au temps de sa magnificence.

3/ La compagnie italienne Costa Croisières va proposer en novembre 2014…

a) Une « Croisière rebelle » avec l’écrivain Edouard Louis, le philosophe Geoffroy de Lagasnerie et le chanteur Cali. Des activités festives sont prévues sur le thème : pirates et boucaniers. Atelier : rédaction de tribunes pour Libé.

b) Une « Croisière Causeur » avec Marcel Gauchet, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut.

c) Une « Croisière au-delà du socialisme » avec Michel Rocard et Roland Dumas. En haute-mer le bateau, confié aux bons soins du grand Francesco Schettino, doit couler à pic, tandis qu’un orchestre continue à jouer sur le pont.

d) Une « Croisière des Idées » avec les éditorialistes Jean François Kahn, Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin, et Jacques Julliard. COMBO ! Conférences de Laurent Joffrin sur Napoléon. Jacques Julliard en chemisettes à fleurs. Open bar. Piscine à vagues.

4/ Lors d’une cérémonie religieuse retransmise en mondovision le géant américain de l’électronique Apple a présenté il y a quelques jours son nouveau modèle de radiotéléphone portatif, l’Iphone 6, accompagné d’une montre connectée qui a fait sensation, l’Apple Watch. À cette occasion…

a) Le publicitaire Jacques Séguéla, qui a pourtant atteint la date limite de consommation, a déclaré : « Si à cinquante ans, on n’en a pas, on a quand même raté sa vie ! »

b) Julien Dray a déclaré : « J’en veux deux, une pour chaque poignet… non, j’en veux trois ! »

c) U2, les rebelles en cellulose de la seconde moitié du XX ème siècle, ont offert leur dernier album affligeant sur la plateforme de téléchargement d’Apple. Et tout le monde a parlé de révolution.

d) Le communiste Robert Hue, connu dans les années 60 sous le sobriquet de Willy Balton, a repris avec son groupe Les Rapaces, le standard « Rock Around The Clock » de Bill Haley.

5/ Le député UMP de Haute-Loire Laurent Wauquiez s’est distingué il y a quelques jours…  

a) En arrêtant lui-même un scooter en excès de vitesse dans la ville du Puy-en-Velay, dont il est le maire et en convoquant les jeunes brigands à l’hôtel de ville.

b) En se foulant la cheville alors qu’il combattait le crime à Gotham City, comme chaque dimanche midi après la messe.

c) En se faisant photographier par Le Parisien en pleine crise de « phobie administrative« , en compagnie de Thomas Thévenoud, dans une position équivoque.

d) En se faisant insulter par une vieille dame sur le marché du Puy-en-Velay, qui le confondait avec Jean-François Copé.

6/ On n’arrête pas le progrès ! La chaîne de magasins C&A, spécialisée dans le prêt-à-porter, va proposer prochainement :

a) Des catalogues papiers sur lesquels il sera possible de « liker » les produits.

b) Une ligne de lingerie fine écologique dessinée par Cécile Duflot.

c) Des espaces dédiés, près des caisses, pour que les clients puissent faire des selfies « en toute sécurité ».

d) Une série de concerts – dans les magasins de l’hémisphère sud – de Willy Balton (alias Robert Hue), et son groupe Les Rapaces.

7/ La rentrée littéraire a été marquée par la publication du livre-règlement-de-comptes de l’ex-première girlfriend Valérie Trierweiler Merci pour ce moment, dans lequel sont révélés quelques traits de personnalité gênants du président Hollande… Parmi l’avalanche de réactions utiles, le Figaro.fr a mis à la Une la déclaration de…

a) Dominique Lavanant qui pense que c’est un « grand pas pour le féminisme« .

b) Marthe Villalonga qui estime qu’il s’agit d’une « honte !« .

c) Charlotte de Turckheim qui trouve « minable » le livre de Valérie Trierweiler.

d) Clémentine Célarié qui se dit « très heureuse » de pouvoir bientôt incarner Valérie Trierweiler au cinéma, dans l’adaptation prochaine du livre par Luc Besson, avec Samy Naceri dans le rôle du chauffeur du scooter présidentiel, José Garcia dans le rôle de François Hollande et Fanny Ardant dans celui de Nadine Morano.

Résultats :  1:b ; 2:a ; 3:d ; 4:c ; 5:a ; 6:a 7:c ; 

*Photo: MEIGNEUX/SIPA.00691594_000008

Le mystère de la frite mystérieuse

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Je suis très inquiet, d’autant plus que la braderie de Lille vient d’avoir lieu. Ce fut pour moi l’occasion de manger des quantités déraisonnables de frites qui, contrairement aux moules, sont servies pour l’occasion à volonté. Avec, pour ma part, une préférence marquée pour celles faites à la belge, c’est-à-dire dans un double bain de graisse de bœuf qui provoque toujours un sourire de bonheur chez les cardiologues.

Mais il y a un problème avec les frites. Pas seulement diététique. Un grave problème qui nécessiterait une enquête approfondie pour dissiper les inquiétudes qui vont commencer à se faire jour chez les consommateurs. Les frites ont en effet, ces derniers jours, provoqué des comportements irrationnels que les médias n’ont pas pu cacher bien longtemps. Ce fut d’abord le cas de ce détenu liégeois qui le jour où il devait comparaître, a préféré envoyer son avocat : c’était un mercredi, donc, le jour des frites au réfectoire de la prison.

Quelques jours plus tard, c’est le monde du foot qui était frappé par ces effets secondaires de l’addiction à la frite. On apprenait en effet que l’ex-entraineur de Manchester United, David Moyes, avait pratiquement été viré à la demande des joueurs parce qu’il leur interdisait de manger… des frites.  C’est Rio Ferdinand, ancien  défenseur des diables rouges mancuniens qui a lâché le morceau : « Et devinez ce qui s’est passé quand Moyes a quitté le club et que Giggs a pris sa relève ? Il n’était pas parti depuis 20 minutes qu’un des gars a dit :  »Il faut demander à Giggs qu’il nous permette de manger nos frites ».»

On peut légitimement s’interroger sur une forme de terrorisme inédit qui viserait à saper la volonté des occidentaux par le biais d’une substance inconnue inoculée dans les patates ou l’huile de cuisson. Imaginons un instant que les chefs de la future coalition contre l’Etat Islamique mangent des frites au moment de décider de la date des premiers bombardements ou que Manuel Valls en abuse avant d’appliquer ses mesures libéralo-libérales. Les conséquences seraient incalculables. Il faut donc au plus vite que l’on nous rassure en allant enquêter du côté de ceux à qui profitent le crime: les cardiologues déjà nommés, Vladimir Poutine ou encore les pétromonarchies peu pressées d’aller aider à attaquer leurs amis sunnites en Irak.

Tout cela est tellement angoissant que je vais reprendre un autre cornet, s’il vous plaît, madame.

LDJ: Juifs et méchants?

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ldj manifestation dieudonne

ldj manifestation dieudonne

Voilà qui commence bien. Contacté par l’intermédiaire de Pierre Lurçat – un ancien du Tagar (un mouvement de jeunesse sioniste) et essayiste qualifié par certains de « spécialiste de l’islamisme » –, un membre de la malfamée Ligue de défense juive qui se fait appeler Moiszek Kahana m’écrit : « Sachez que nous n’avons aucune confiance dans  les journalistes ou blogueurs amateurs et qu’elle ne s’acquière pas. Vous vous intéressez à notre mouvement, je vous réponds mais notre échange sera toujours fondé sur ce paradoxe : l’impossibilité de créer une relation de confiance et mon accord pour répondre aux questions, en gardant à l’esprit que votre papier ne nous sera pas favorables. J’espère ne pas apprendre que certains de nos militants auraient accepté d’échanger avec vous sans nous en avoir avisés. Combien de personnes avez-vous déjà contactées ? (sic et resic…) » En vacances, Moiszek m’envoie son mail depuis Jérusalem, « capitale de l’État juif », comme il n’omet pas de le préciser, promettant néanmoins de m’appeler à son retour en France. Deux jours plus tard, je reçois un appel depuis un numéro masqué. Sans autre forme d’entrée en matière, une voix jeune et grave m’informe m’accorder un entretien en dépit du fait que « Causeur est un canard de gauche ». Se pourrait-il que Moiszek soit tellement à droite que son sens de l’orientation en politique soit quelque peu brouillé ? Il ne l’exclut pas, mais affirme avec fermeté n’avoir jamais donné sa voix au FN : « Au petit-fils de déportés que je suis, cela paraît tout simplement inconcevable. » [access capability= »lire_inedits »]

Décriée comme extrémiste, raciste, anti-Arabe, voire « criminelle » et « fasciste », la LDJ décevrait sans doute ses pires détracteurs s’ils se donnaient la peine de reconnaître sa vacuité idéologique – à la mesure de sa faiblesse numérique : elle ne compterait guère plus d’une soixantaine de « militants ». En pleine rédaction d’un ouvrage consacré à l’histoire des mouvements d’autodéfense juive en France depuis 1967, et réfutant la parenté avec la LDJ que lui imputent plusieurs sources, dont le site Wikipedia, Pierre Lurçat tient à souligner qu’« il n’existe aucun lien hiérarchique ou organisationnel entre la Jewish Defense League américaine et la LDJ française, qui a repris son logo, sans adhérer totalement à l’idéologie kahaniste ». En substance, la seule doctrine de la LDJ serait celle de l’« autodéfense », également mise en exergue par d’autres mouvements juifs, y compris de gauche, comme le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS), actif dans les années 1970. Admettons. Sans oublier toutefois que le choix des symboles et des références engage. Assassiné à New York en 1990, Meir Kahane prônait l’expulsion aussi bien des Arabes israéliens que des Palestiniens, la réaffirmation de l’identité juive et l’émigration massive des juifs vers Israël. Des objectifs toujours en vigueur selon David Reinharc, patron du Betar, la mouvance-sœur de la LDJ, mais qui se targue, elle, d’un supplément d’âme conceptuel qui la rattache aux idées de Vladimir Jabotinsky, le père fondateur de la droite israélienne. Une nuance difficile à saisir pour les profanes, mais habilement synthétisée par le politologue Jean-Yves Camus, qui met en garde contre l’amalgame facile entre l’extrémiste LDJ et le Betar, dont sont issus, outre Menahem Begin et Yitzhak Shamir, de nombreux députés de la Knesset et des cadres dirigeants du Likoud. Confondre les deux, rappelle le chercheur, en les disqualifiant sous l’étiquette commune de phalange juive d’extrême droite, conduit à négliger un fait important : « La naissance en France d’un véritable courant néoconservateur juif, prenant réellement son essor dans les années 2000 (…), qu’il convient de prendre au sérieux comme acteur de la vie intellectuelle. » On croirait tout comprendre si David Reinharc n’avait pas signé l’Appel du printemps incitant à voter François Hollande en 2012. Passons. L’essentiel est ailleurs, à savoir dans le volet « autodéfense », pointé du doigt par les pacifiques supporteurs de la cause palestinienne.

Moiszek n’en démord pas : « Nous sommes des guerriers. Mais nos militants n’ont pas besoin d’un sigle ou d’un drapeau pour infliger une correction aux jeunes antisémites qui expriment leur haine du juif dans les quartiers devenus des zones de non-droit. » Que dire pour éviter de plagier Christophe Barbier dans une récente livraison de L’Express : « L’esprit de milice est une déchéance, et confier son sort à des nervis, c’est nourrir la violence, en accepter la pérennité et considérer qu’elle est désormais le registre dominant de la société française» Si je persiste à croire qu’en effet la violence n’est pas (encore) le registre dominant de la société française, je n’oserai l’affirmer devant les proches d’Ilan Halimi ou devant les familles dont les enfants vont au collège Otzar Hatorah de Toulouse. David Reinharc, quant à lui, considère que le temps des débats est révolu : « Les juifs ont passé beaucoup de temps dans les colloques, symposiums et séminaires essayant de répondre à Alain Badiou. Là où était le langage (et où il n’est plus), la violence doit advenir. Désormais, il faut cesser de gloser et passer au ring et au Betar.» Ce n’est pas sans fierté qu’il revendique la présence de son mouvement, le 13 juillet, auprès de la LDJ, pour protéger la synagogue lors du « pogrom de la rue de la Roquette ». Pourtant, à le voir trébucher sur les lacets défaits de ses Converse, les bras chargés de bouquins plutôt que de battes de base-ball, on n’est pas trop pressé d’alerter la Brigade criminelle.

De multiples tentatives, toutes contestées par les intéressés, ont été faites pour cerner le profil social de ces militants radicaux. Quand Richard Prasquier, ancien président du CRIF, évoque « des jeunes gens paumés », le sociologue Samuel Ghiles Meilhac parle de « jeunesse juive désœuvrée ». Faux, rétorque Pierre Lurçat, soutenant qu’il s’agit d’étudiants ou de jeunes qui travaillent, venus des banlieues autant que des beaux quartiers, qui ne se seraient pas rencontrés ailleurs qu’au sein de la Ligue. Diplômé d’une licence en management, Moiszek, 24 ans, accepte de renouveler l’appel depuis son numéro masqué, mais vers 20 heures, parce qu’il travaille. Je n’en apprendrai pas plus sur son activité professionnelle, sinon qu’aucun de ses collègues n’est au courant de son appartenance à la LDJ : « On est un peu des voyous mais pas de la racaille. La majorité des flics nous connaissent, et je vous jure que, quand on se bagarre parfois avec eux, j’ai honte. Tout comme j’ai honte quand on m’emmène au commissariat. Pour les beurs qui sont pris avec nous, c’est un honneur ! » La différence, aussi mince qu’elle puisse paraître aux yeux de ceux qui renvoient dos à dos la LDJ et les Merah, se niche très certainement dans cette honte qu’on ressent ou pas. Plus à l’aise après des heures passées au téléphone, Moiszek avoue par ailleurs une certaine indulgence de la part de la police : « On aura tout vu ! Un flic nous a fait une quenelle. Mais un autre nous a dit qu’on était la canaille la plus classe de Paris ! » J’objecte qu’il existe des moyens plus « classe » d’affronter ses adversaires que de les asperger de peinture rouge – un traitement servi à la porte-parole des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, qui n’inspire pas, il est vrai, une galanterie excessive. Et quid de ce blogueur juif antisioniste Jonathan Moabad, menacé à maintes reprises du fait de ses critiques d’Israël avant qu’une bombe artisanale ne soit déposée sous sa voiture ? Deux sympathisants de la LDJ ont été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison ferme : « Certains électrons libres se font passer pour nous, proteste Moiszek. On refuse des fous furieux, qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? » Reste à se réjouir que l’engin n’ait assurément pas été fabriqué selon les recettes des djihadistes et autres kamikazes : il n’a pas fait de dégâts en explosant.

Si elle était adoptée, l’option de la dissolution de la LDJ, sérieusement étudiée par la direction des libertés et des affaires juridiques du ministère de l’Intérieur, donnerait-elle les résultats escomptés – l’arrêt des agissements violents et l’extinction des « accrochages communautaires » ? Moiszek se contente de rire. « Que peuvent-ils nous faire ? Nous interroger pendant quatre-vingt-seize heures et puis nous relâcher ? Nous mettre sur écoutes ? Nous emmerder un peu dans la vie quotidienne, d’accord, et alors ? » Autant dire que la menace est aussi sérieuse que si on annonçait la fermeture de Météo France dans le but d’empêcher la pluie de tomber. Dépourvue de statut légal ou associatif, la LDJ correspondrait néanmoins aux critères qui caractérisent les « groupements de fait » et pourrait être dissoute comme tel. La Ligue n’aurait alors plus le droit d’organiser des réunions, de diffuser des tracts ou d’animer un site Internet. Rappelons qu’on parle de quelques dizaines d’activistes et que, dès à présent, ceux qui ont un casier judiciaire « ne se présentent pas sous le drapeau », dixit Moiszek, tout en restant au service de la cause. Pour Pierre Lurçat, le coup de la dissolution fait office de diversion : « On a l’impression que la LDJ est médiatisée à outrance pour ne pas parler de l’antisémitisme ni désigner ses coupables. » Dénonçant « un chantage au républicanisme », d’une part, et, de l’autre, « les penchants criminels de l’Europe démocratique qui veut dissoudre les juifs non reconnaissables dans la figure du dhimmi ou du mort », David Reinharc annonce le lancement contre vents et marées d’Altalena, une revue du Betar.

Doit-on en conclure que les groupes juifs réputés violents n’ont pas trop de souci à se faire ?

Mais quiconque a fréquenté un cours de Sciences-Po a en mémoire ce grand classique pompidolien que fut la dissolution simultanée de la Ligue Communiste et d’Ordre Nouveau en 1973. Au cas où il viendrait à l’idée de l’actuel ministre de l’Intérieur de mettre hors-la-loi quelques groupuscules salafistes, il risque d’être tenté d’inclure la LDJ dans son panier garni, histoire de pas prêter le flanc aux accusations infamantes d’islamophobie, voire de sionisme.[/access]

*Photo: MEUNIER AURELIEN/SIPA.00673298_000004

L’Union européenne, prison des peuples?

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referendum ecosse royaume uni

referendum ecosse royaume uni

Il aura suffi d’un sondage publié début septembre, indiquant pour la première fois qu’une courte majorité d’Ecossais serait favorable à l’indépendance du pays de Braveheart et Walter Scott pour que la caste européiste soit saisie d’affolement. Dans les plus hautes sphères de Bruxelles comme à l’Elysée, on tente de masquer son inquiétude en pratiquant l’autosuggestion : cela ne doit pas être, donc cela ne sera pas ! Une semaine plus tard, une nouvelle batterie de sondages, cette fois-ci plus favorable aux partisans du maintien de l’Ecosse dans le Royaume-Uni, ne suffisait pas à ramener la sérénité : à Barcelone, le 11 septembre, une manifestation monstre s’est appuyée sur l’exemple écossais pour exiger de Madrid la tenue d’un référendum dont l’issue serait beaucoup moins incertaine que le scrutin écossais, tant la cause indépendantiste a progressé en Catalogne. Pendant ce temps-là, sans bruit, mais avec constance, les séparatistes flamands de Bart de Wever s’emploient à vider encore plus la coquille Belgique dans le cadre des négociations pour la formation du nouveau gouvernement du royaume.

Paradoxalement, même s’il est le déclencheur d’un phénomène paneuropéen, le référendum écossais, quel qu’en soit le résultat, n’aura, pour le Royaume-Uni, que des conséquences mineures. Ce n’est pas avec un vote ric-rac, genre 51/49, en faveur de l’indépendance, qu’Alex Salmond pourra mettre en place plus qu’un Etat d’opérette, Westminster et Downing street conservant la haute main sur la diplomatie, l’armée, la monnaie, et Elizabeth II la couronne commune et l’usage du château de Balmoral. D’ailleurs, Salmond a déjà obtenu ce qu’il souhaitait, la promesse d’une dévolution élargie des compétences pour son gouvernement régional appuyé sur une forte majorité autonomiste conduite par le Scottish National Party (SNP). Solide pragmatique, Alex Salmond, saura trouver les moyens de parvenir à un accommodement avec Londres, que le oui ou le non l’emporte. Cette affaire va faire  donc pschitt ! : si l’identité écossaise est incontestable, fondée sur un roman historique partagé et une religion presbytérienne majoritaire, l’espace culturel britannique commun (langue, insularité, rapport aux autres) est également un fait incontournable.

En revanche, pour la Flandre la Catalogne et peut-être demain d’autres régions à forte identité, ou pour des populations enfermées dans des nations qu’elles récusent, comme les Hongrois de Roumanie et de Slovaquie, la mise en avant de revendications relevant du « droit des peuples à l’autodétermination », ne devrait que s’amplifier. On pensait jusque-là, à tort, que la construction européenne, l’abaissement quasi-total des barrières frontalières, et la liberté générale de circulation allaient remiser ces vieilleries au rayon des accessoires défraîchis du « monde d’hier ». Or, il n’est en rien : la mondialisation et de la crise économique ont provoqué un réveil des nationalités fondé sur le sentiment qu’il n’est de solidarité réelle que dans un espace géographique, culturel et politique homogène, où l’on se comprend au delà des conflits de classe et des querelles de clocher. À cela s’ajoute dans de larges couches des populations concernées, le souhait de d’abandonner la statut de citoyen d’une « grande nation », à vocation mondiale sinon universelle, pour se réfugier dans l’appartenance à une « petite nation » tranquille et prospère, dont la Suisse est le modèle. L’exemple des pays d’Europe centrale (à l’exception de la Pologne), et des pays baltes, qui s’accommodent d’une double allégeance, aux Etats-Unis pour leur sécurité, à l’Allemagne pour leur développement économique et leur prospérité, montrent que les « petits » ne sont pas moins biens armés que les « grands » pour faire face aux défis du moment. Ce nationalisme n’est pas agressif : il est boutiquier (les Allemands diraient Spiessburger), un tantinet égoïste et peu exaltant pour les âmes romantiques, mais il est néanmoins un puissant moteur de changement de l’ordre géopolitique en place.

L’Union européenne, face à ce phénomène, adopte pour l’instant une attitude disciplinaire : rien ne doit bouger ! L’intangibilité des frontières des pays adhérents est un dogme absolu, conforté par des traités qui contraindraient les sécessionnistes potentiels à refaire une demande d’adhésion à l’UE, processus long et aléatoire. La règle de l’unanimité pour l’intégration exclut d’autre part l’admission d’un nouveau membre à laquelle s’opposerait la « maison mère » de la nouvelle entité. Le conflit récurrent, en droit international, entre le principe du  droit des peuples à l’autodétermination  et celui du respect de l’intégrité territoriale des Etats membres de l’ONU est tranché en faveur exclusive du second par Bruxelles. «Votez si cela vous chante, mais sachez que c’est le statu quo ou la porte ! », tel est le message, brutal et sans équivoque, des pontes de l’UE. Cela induit, chez les peuples concernés, un sentiment de frustration et d’injustice : les séparatistes divers et variés ne remettent pas en cause les institutions de l’UE, n’ont pas pour programme de la quitter, et se refusent à la violence pour faire triompher leur projet national. Ils demandent seulement que Bruxelles prenne acte de l’expression majoritaire d’un choix populaire. Déjà fortement entamée par l’entourloupe du retour, par la fenêtre, du projet de Constitution européenne rejetée par le suffrage universel, en France et aux Pays-Bas, en 2005, la légitimité démocratique des institutions de l’UE se réduit comme peau de chagrin. Il serait paradoxal qu’une Union, fruit du libre consentement des peuples et des Etats membres, devienne l’avatar tardif d’une Russie tsariste qualifiée jadis de « prison des peuples ».

*Photo: Scott Heppell/AP/SIPA.AP21624178_000003

Foot africain: Ubu arbitre

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foot africa cup

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Pour De Gaulle, le sport est le reflet d’une nation, de sa puissance, de son dynamisme. Si l’on en croit le Général, le continent africain a encore quelques soucis à se faire. Malgré un certain optimisme affiché ces dernières années quant à ses perspectives économiques, la phase de qualification de la prochaine Coupe d’Afrique des nations (prévue au Maroc, en janvier 2015) dont l’étape finale se déroule entre septembre et novembre 2014, laisse plutôt l’impression que le continent n’en a pas fini avec ses vieux démons. Pour le moment, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on assiste à un spectacle unique et rocambolesque. Pas forcément d’un point de vue sportif. Un scénario – ou plutôt un ensemble de scénarii – qu’il eût été impossible d’imaginer sauf peut-être par un Gérard Oury.

Le match Mauritanie/Guinée Equatoriale a été le premier théâtre de cette succession d’événements. La rencontre pourtant remportée par la Guinée Equatoriale, jouée en un match aller et un match retour, portait la mention « awd » ; abréviation anglaise du terme « awarded », elle signifiait tout simplement qu’à la suite d’une réclamation, la Confédération africaine de football avait décidé d’attribuer la victoire à la Mauritanie après que fut prouvée l’utilisation par la Guinée Equatoriale d’un joueur en réalité camerounais, Thierry Fidjeu. Ce n’était que le début.

Plus tard, c’est la mention « w/o » (« walkover ») qui figurait cette fois-ci à la place du score final cumulé de la rencontre Gambie/Seychelles. Habituée aux abréviations sportives et en anglais, mais non moins intriguée, je n’ai pas tardé à découvrir que ni le match aller, ni le match retour de cette rencontre ne s’étaient disputés ; la Gambie avait cette fois été disqualifiée, s’étant rendue coupable d’avoir enfreint la limite d’âge  des joueurs lors d’un match éliminatoire de la Coupe d’Afrique des moins de 20 ans contre le Libéria. Peu chanceuse, la Gambie s’était faite prendre. Elle avait donc écopé peu avant de 2 ans de suspension, suspension qui touchait également l’équipe A de Gambie.

Alors que je m’attendais à naviguer en des eaux plus calmes pour la seconde phase des éliminatoires et que je découvrais avec délectation la victoire surprise du petit Lesotho face au Kenya, le répit fut de courte durée. Sacrebleu ! Retour de la mention « awd ». La rencontre Congo / Rwanda, s’était soldée par une victoire du dernier au terme d’un suspens haletant et d’une séance de tirs aux buts fortement déconseillée aux cardiaques. Hélas, pour les malheureux Rwandais, la confédération africaine de football avait trouvé parmi ses rangs un obscur joueur du nom de Daddy Birori, au sujet duquel la fédération rwandaise avait affirmé mordicus qu’il était au-dessus de tout soupçon. Jusqu’à ce que l’on découvre que le dit Daddy Birori, de son vrai nom Etekiama Agity Tady, possédait un passeport congolais (du Congo Kinshasa). La fédération rwandaise, dont la combine fut très peu appréciée de la confédération africaine de football, fut donc elle aussi priée de quitter la compétition et vit le Congo accéder à la phase ultime des éliminatoires.

Et pour la Libye, même sur la pelouse, rien ne va plus. Les Libyens, qui avaient affronté le Rwanda et perdu au tour précédent, avaient en vain formulé une plainte au même sujet. Leur élimination après leur défaite  3 – 0 (les trois buts marqués par un certain… Daddy Birori ! ), a bien été validée.

Un peu plus loin, la confrontation entre la Sierra Leone et les Seychelles (rescapées du premier tour), m’interrompait une nouvelle fois et je me mis à avoir peine à croire au surréalisme et à l’ubuesque de ces éliminatoires. Cette fois, le match aller s’était bien déroulé et avait vu la Sierra Leone l’emporter logiquement 2 – 0 ; mais pas de match retour. Ce dernier, prévu aux Seychelles, n’avait pas pu se disputer malgré la bonne volonté des Sierra Leonais qui s’étaient présentés le moment venu chez leurs adversaires : ils furent tout bonnement refoulés par les douanes seychelloises de l’aéroport international craintives du virus Ebola, et qui dans leur zèle ont empêché toute la sélection sierra-leonaise de disputer le match éliminatoire, préférant leur indiquer le chemin du vol retour vers Freetown. Enterrant aussi tout espoir pour leur propre équipe nationale de se qualifier pour la prochaine CAN puisque cette mesure équivaut aux yeux de la confédération africaine à un forfait des Seychelles. Les Seychelles avaient donc rendu vaine leur qualification au tour précédent face à une Gambie exclue, et  désormais certainement dépitée. Que va-t-il advenir de la Sierra Leone lors de la dernière phase des éliminatoires ? L’ensemble de ses adversaires va-t-il imiter la décision des Seychelles, offrant victoire sur victoire aux Sierra-Leonais sans même jouer et une qualification plus qu’inespérée pour la CAN ? Nul ne le sait pour l’instant.

Bien plus que les dysfonctionnements et à contresens du traditionnel discours moralisateur, ce sont, peut-être paradoxalement, les sentiments de liberté, de spontanéité et de fraîcheur qui émanent de tout cela. De toute évidence, cette phase éliminatoire de la CAN et sa série de péripéties qu’il aurait été difficile de croire si elles étaient survenues ailleurs qu’en Afrique, viennent nous le rappeler : quelques hirondelles ne font pas un printemps africain.

*Photo:  JEFFROY GUY/SIPA.00652540_000010

Sur Israël, Valls dit des choses que Sarkozy n’a jamais osé dire

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goldnadel israel gaza

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Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il préside les associations Avocats sans frontières et France-Israël. Dernier ouvrage publié : Le vieil homme m’indigne ! (Jean-Claude Gawsewitch, 2012).

Propos recueillis par Daoud Boughezala.

Causeur : Jusqu’au sommet de l’État, nos politiques déplorent l’importation du conflit israélo-palestinien en France. Mais, après tout, de même qu’une majorité de juifs français semble soutenir Israël, est-il anormal que les immigrés arabo-musulmans se sentent solidaires des Palestiniens de Gaza ?

Gilles-William Goldnadel : Non, ça ne me paraît pas inouï. En tant que défenseur de l’identité, je ne dénie à personne le droit d’avoir sa part de tribalité sur le conflit israélo-palestinien. Là où le bât blesse, c’est lorsqu’on fait parler le cocktail Molotov et qu’on glisse du conflit israélo-arabe à l’antisémitisme pur et simple. De manière un peu controuvée, François Hollande a d’ailleurs parlé d’« importation du conflit » après les violences. Or, celles-ci émanaient essentiellement du camp arabo-islamique.

Beaucoup de jeunes manifestantes de Barbès et de République arboraient des keffiehs palestiniens plutôt qu’un voile. Les islamistes n’ont apparemment pas la mainmise sur ce mouvement.

Dans ce bouillon de culture, ou plutôt d’inculture, on voit de tout : des voyous, des barbus islamistes, des femmes voilées, des Beurs acculturés ainsi que des « Français de souche » biberonnés à un antiracisme sélectif. Au milieu de ce magma en fusion, émerge une sorte d’islamo-gauchisme : l’antisionisme radical d’une part non négligeable de la communauté musulmane se fait cornaquer par les gauchistes qui tiennent le pavé à Paris. En réalité, les gauchistes sont désormais les idiots utiles des islamistes. Comme lors du procès Garaudy, lorsque je croisais le fer avec Vergès, se constitue une alliance rouge-vert-brun où l’extrême droite la plus obsessionnellement antisémite se joint à la gauche extrême. Il peut sembler paradoxal que les plus nationalistes donnent la main aux internationalistes, mais l’antisémitisme réconcilie tous ces gens.

On croirait entendre Manuel Valls !

Ces derniers mois, Valls aura dit des choses que Sarkozy n’a jamais osé dire. Il a osé critiquer les Verts qui se sont rendus dans des manifestations pavoisées des drapeaux d’organisations terroristes comme le Hamas, le Hezbollah ou même le califat islamique, et où certains criaient « Mort aux juifs ! ». Reste à la gauche modérée à en tirer enfin les conséquences en renonçant à faire alliance avec ces gens-là, sauf à trahir les rares principes qui lui restent, d’autant plus qu’elle continue à vouloir faire la leçon à la droite pour son alliance imaginaire avec une Marine Le Pen autrement plus calme sur la question que l’extrême gauche.

Si, à la gauche de la gauche, l’antisionisme est un dogme indiscuté, tous les anti-Israéliens virulents ne basculent pas dans l’antisémitisme. À trop traquer le paravent antisioniste du nouvel antisémitisme, ne diabolisez-vous pas toute critique d’Israël ?

On peut évidemment être anti-israélien sans être antisémite.[access capability= »lire_inedits »] On peut être stupide, ignorant, iconoclaste, provocateur, salaud… L’antisémitisme n’est pas le seul et unique paramètre de l’abjection humaine. On peut être aussi anti-israélien et antisémite, et même ça peut aider. Vous ne trouverez pas sous ma plume une ligne où je traite quelqu’un d’antisémite sous le prétexte qu’il a critiqué Israël ; cela ne me viendrait même pas à l’idée ! Du reste, Israël est le pays le plus critiqué au monde, y compris chez certains juifs, qui posent en s’opposant.

À l’instar des nouveaux judéophobes, certains soutiens inconditionnels d’Israël n’en amalgament pas moins judaïsme et sionisme. Lorsqu’il organise des manifestations et des galas de soutien à l’État hébreu, le CRIF ne sort-il pas de son rôle ?

La défense de l’existence de l’État d’Israël est inscrite dans les statuts du CRIF. Je vous mentirais en vous disant que cela me choque. Que cela plaise ou non, Israël, c’est l’État juif. Comme l’a fait remarquer Alain Finkielkraut, qui n’a jamais ménagé les gouvernements israéliens, il faudrait renier Israël pour trouver grâce aux yeux des contempteurs de l’État juif. Or, par une sorte de ruse de l’histoire, le principal ciment aujourd’hui entre les juifs, ce qui les fait vibrer pour Israël, accomplir leur alya et renforcer le sionisme, c’est la critique et le dénigrement obsessionnel d’Israël ! Je prétends que ce qui fait partir nombre de juifs de France, c’est moins la peur de la violence islamiste que la capitulation en rase campagne des prétendues élites qui n’arrivent pas à détester totalement ceux qui détestent Israël.

De même que son soutien inconditionnel à Israël, l’institutionnalisation du dîner du CRIF, auxquels sont conviés ministres et chefs de l’opposition, peut accréditer le fantasme d’un lobby juif tout-puissant…

Je ne suis pas allé au dernier dîner du CRIF, parce que je me reconnais de moins en moins dans son action. De la même manière, je déteste les mondanités autour de la Shoah, que je considère comme indécentes et contre-productives. Cela dit, alors que les politiques font également la cour à la communauté musulmane, ce n’est que lorsqu’il s’agit des juifs et d’Israël que l’esprit critique se manifeste.

Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent d’une possible défrancisation des juifs de France, de plus en plus identifiés à l’État d’Israël ?

Je crois qu’on ne peut pas séparer l’histoire récente de la communauté juive française du destin d’Israël. Avant la guerre des Six-Jours, ce n’était pas très gratifiant d’être « israélite ». Les juifs étaient perçus faussement comme un peuple un peu veule, ils n’assumaient pas toujours leur identité. À partir de 1967, on est passé d’un excès à l’autre, lorsqu’Israël a vaincu toutes les armées arabes coalisées. La communauté juive a recouvré sa fierté. Les prouesses scientifiques, industrielles, culturelles ont fait le reste. C’est quelque chose d’impalpable. De l’ordre de la dette. Cette franchise n’empêche pas la francité. Je ne connais pas beaucoup d’autres communautés aussi anciennes, aussi loyales et aussi intégrées.

Cette fierté retrouvée se mue parfois en susceptibilité à fleur de peau. Après la guerre des Six-Jours, lorsque de Gaulle avait critiqué Israël en évoquant un « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », le CRIF de l’époque ne s’en était pas ému outre mesure. Imaginez le tollé que de tels propos provoqueraient aujourd’hui !

Non, je vous assure que le CRIF et d’autres organisations s’étaient alors indignées contre le parti pris pro-arabe du général de Gaulle, et encore davantage après que celui-ci eut parlé d’un « peuple sûr de lui-même et dominateur ». À l’époque, les États, à commencer par la France, étaient anti-israéliens par realpolitik, notamment afin de ne pas s’aliéner le pouvoir pétrolier arabe, mais les médias protestaient contre ce mercantilisme.
Les choses se sont aujourd’hui inversées : après l’agression du Hamas, les gouvernements occidentaux, inquiets de la montée de l’islamisme, ont affiché des positions plutôt convenables à l’égard d’Israël, tandis que la majorité des médias, influencés par une idéologie sommairement gauchisante, ont au contraire diabolisé l’État hébreu. Prenons un exemple : j’ai lu cet après-midi un merveilleux article d’un intellectuel arabe qui disait tout le mal qu’il pense du Hamas. Ce type-là, rare critique dans son propre camp, n’a aucune chance d’être interviewé par Le Monde, alors que tous les professeurs d’université israéliens qui critiquent leur gouvernement, comme Gideon Levy, de Haaretz, ou Zeev Sternhell, y ont table ouverte. Un peu comme si on ne demandait leur avis sur la politique étrangère de la France qu’à Besancenot et Duflot.

Là où vous dénoncez un acharnement anti-israélien, les opposants à l’offensive de Tsahal dans la bande de Gaza parlent de « carnage », ou à tout le moins de « disproportion » dans la riposte. Il y a bel et bien un rapport de un à dix dans le nombre de morts…

Nous vivons un drame, et la guerre asymétrique est un drame disproportionné. Mais il y a encore plus dramatique que la guerre, c’est l’abandon. Les pacifistes sont les premiers fossoyeurs des grands cimetières sous la lune. Je pense à cet abruti de Bertrand Russell qui, en 1937, prônait le désarmement unilatéral de la Grande-Bretagne contre Hitler, et disait : « Si jamais les nazis envahissent l’Angleterre, il ne faudra même pas se défendre, et lorsque les soldats allemands verront la grandeur de la civilisation britannique, ils mettront l’arme au pied. » Aujourd’hui, une cohorte de Bertrand Russell induit en erreur une jeunesse européenne qui n’a pas conscience de ce que peut être une guerre cruelle en face d’islamistes. Si je n’étais pas juif, il me plaît à penser que je prendrais parti pour un État démocratique agressé par une organisation terroriste, islamiste et antisémite, qui cherche à tuer les enfants des autres et à faire tuer les siens.

Il se dit que l’Autorité palestinienne tente de faire pression sur le Hamas pour lui faire reconnaître Israël. Ne risque-t-on pas de regretter le Hamas dans quelques années, sachant que des groupes salafistes incontrôlés essaiment dans les territoires occupés ?

Cela fait vingt ans que l’on essaye de me vendre le mythe d’un Hamas reconnaissant Israël. Je ne vois pas comment on pourrait changer les vues de ses responsables, qui ont beaucoup plus d’opiniâtreté idéologique, intellectuelle et religieuse que vous et moi. Le Hamas considère que pas un pouce de la terre musulmane, arabe et palestinienne ne peut être cédé. Ses membres pensent que les sionistes sont les voleurs de la terre arabe et musulmane, qu’il s’agisse d’Hébron, de Jaffa, ou de Haïfa. Le Hamas, lorsqu’il tue des Israéliens, laisse parfois des messages de ce style : « Nous avons goûté la chair des juifs et nous l’avons trouvée bonne. » Certains djihadistes sont peut-être plus gourmands, mais, pour la peau des Israéliens, cela ne fait guère de différence.

Ce choix entre la peste et le choléra islamistes découle aussi de l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. En marginalisant les nationalistes palestiniens laïcs, notamment lors du désengagement unilatéral de Gaza en 2005, Israël n’a-t-il pas favorisé le Hamas ?

Sharon a décidé de quitter la bande de Gaza unilatéralement, parce qu’il n’arrivait pas à un compromis avec l’Autorité palestinienne. En 2005, après avoir évalué le rapport de force politique et militaire de l’époque, il a fait le pari que les Palestiniens utiliseraient Gaza comme base pour édifier un État défiant Israël sur les terrains économique, scientifique, culturel – pas militaire. Or, en 2007, le Hamas a pris Gaza par la force et a commencé à lancer des bordées de roquettes sur Israël. Le drame, c’est que le peuple arabe de Palestine est dans la surenchère permanente. Lorsque vous lisez les commentaires antisémites au sein du Fatah, vous avez du mal à faire la différence avec le Hamas ! Si nous avions le choix entre un Hamas extrémiste et une Autorité palestinienne vraiment disposée à des compromis, ce serait merveilleux, mais nous en sommes très loin.

D’éminents diplomates expliquent que le processus de paix s’est enlisé à cause de la poursuite de la colonisation israélienne…

Ce qui explique l’impasse des négociations, bien plus que le problème des implantations, c’est avant tout le refus arabe, toujours aussi constant, d’accepter une entité nationale non arabe et non musulmane sur ne serait-ce qu’une partie de la terre sacrée. Voilà pourquoi, plus de six décennies après le vote de partage de la Palestine entre deux États, arabe et juif, les premiers sont toujours autant arc-boutés sur leur refus de reconnaître Israël en tant qu’État du peuple juif. N’allez surtout pas croire que je ne reconnaisse pas la spécificité du peuple arabe de Palestine : je suis disposé à un compromis territorial, même douloureux, pourvu qu’il garantisse une paix définitive. C’est pourquoi j’avais applaudi aux accords d’Oslo. Mais je n’ai aucune estime pour les formes irrédentistes et mortifères que prend depuis toujours le nationalisme palestinien. J’ajoute que, si je suis favorable à un compromis territorial définitif, je suis intransigeant sur la réciprocité, qui doit avoir valeur de test. Il faudra m’expliquer au nom de quoi on exige des Israéliens la reconnaissance du droit du peuple arabe de Palestine à un État indépendant et pourquoi l’inverse n’est pas exigé avec autant de fermeté lorsqu’il s’agit du peuple juif.

Il faut être deux pour faire la paix. Et rien n’indique que la frange la plus droitière du gouvernement israélien y soit disposée. Netanyahou ne craint-il pas de déclencher une guerre civile en acceptant des concessions territoriales ?

Alors qu’il n’a aucune confiance dans ses actuels interlocuteurs, Netanyahou n’est en effet pas pressé d’engager une partie difficile contre les habitants des territoires, sur la base d’un accord boiteux. Cela étant, 90 % du peuple israélien serait d’accord pour un sacrifice historique et douloureux, en contrepartie d’une paix et d’une sécurité définitives.
Certains semblent penser que Jérusalem a les cartes en main et qu’il suffirait de faire un effort pour arriver à la paix. Mais Shimon Peres, Ehoud Barak et Ehoud Olmert ont fait des efforts considérables sans rien obtenir en échange sinon la terreur. Vingt ans après Oslo, nous sommes encore dans la même situation. Et celle-ci est invraisemblablement plus complexe qu’on voudrait le faire croire en France. De mon point de vue, il n’y aura pas de paix tant que les Palestiniens plébisciteront ceux qui portent le plus de coups à Israël. Dès 1962, le président tunisien Habib Bourguiba l’avait remarqué : « Les dirigeants arabes enflamment les foules avec leurs slogans belliqueux, et ensuite ils s’étonnent de ne pouvoir éteindre l’incendie. »[/access]

Questions vaches à Stéphane Le Foll

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 « On se demande à quoi sert un ministre s’il n’est pas capable de rédiger une loi » m’a fait remarquer le porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, au téléphone. La question posée à l’occasion du débat sur l’installation de la ferme, dans la baie de Somme, ayant la capacité de réunir 1000 vaches laitières sous un même toit, pour un rendement maximum, a de quoi titiller jusqu’aux oreilles étiquetées de Marguerite et de ses 999 copines.

Dimanche dernier, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a rappelé qu’il ne « soutenait pas le projet de la ferme des «1000 vaches».  On en meugle de soulagement. Mais il ne l’a pas interdit non plus. C’est que le projet est « dans les règles ». Des règles qui pourraient être modifiées, si « le Ministre en question en avait le courage », précise Laurent Pinatel.

En fait, la schizophrénie gouvernementale va plus loin que ça. Car, pendant que le ministre de l’agriculture  n’ose pas affronter le système d’exploitation inhumain des bovins, son projet de loi sur l’avenir de l’agriculture a été adopté. Or, ce texte est inscrit dans une idéologie radicalement opposée à celle de la ferme-usine. Il porte comme priorité gouvernementale « l’agroécologie », c’est-à-dire une alliance entre l’agronomie et l’écologie. En résumé, on donne la préférence aux écosystèmes plutôt qu’aux alliages chimiques.

Comment expliquer ce grand écart entre la culture et l’élevage? Et encore, souligne Laurent Pinatel, « la ferme des 1000 vaches, c’est emblématique, parce qu’elle accumule tout ce contre lequel on lutte, mais il existe des élevages encore plus intensifs que celui-làLe centre d’engraissement des taurillons par exemple, les élevages de 2000 porcs, etc… »

Alors, c’est grave docteur, notre ministre est vraiment bipolaire? Certes, mais il existe un remède. D’après le Doc’ de la Confédération paysanne, il suffit de compter sur un retour au réflexe démocratique : « Aux Français d’interroger les responsables politiques et de les mettre devant leurs responsabilités ».

Bref, on n’est pas sorti de l’auberge. Et les vaches non plus.

Merci patron!

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pierre gattaz medef

pierre gattaz medef

Le Medef donne l’exemple à ces feignasses de salariés dont certains, un peu moins tétanisés que les autres, allaient promener leur flemme du côté de la Fête de l’Huma ce 14 septembre : eux au moins, les patrons, ils travaillent le dimanche contrairement à ses cossards de salariés vautrés dans les CDI et la surmutualisation, c’est bien connu. Le Medef a en effet livré la primeur d’un document de 50 pages inventoriant des mesures choc pour créer de l’emploi et même un million d’emplois. C’est dire si ça carbure, dans les têtes des grands patrons. On admirera au passage le sérieux de l’estimation. Un million.  Pas 873 475 ou un million deux cent vingt deux. Non, un million, tout rond. Il ne s’agit évidemment pas d’un chiffre destiné à frapper les esprits. Si les patrons qui savent tout et qui ont toujours raison puisqu’ils sont les seuls producteurs de richesse dans la France archaïque et soviétiquement administrée de 2014 disent qu’ils vont créer un million d’emplois tout rond, c’est que c’est vrai. Le contester ou ironiser vous vaudrait immédiatement la colère voire le mépris de tous les éditorialistes économiques de la télé, je dis bien tous,  chargés de relayer dans une grande et belle unanimité servile, la bonne parole du nouveau bureau politique de la nation, à savoir le Medef.

Regardons un peu quelles sont ces pistes innovantes proposés par Pierre Gattaz, le nouveau chef de l’Etat, un petit gars qui a dû faire ses preuves, surtout aux yeux de son père d’ailleurs, qui exerçait le même job que lui mais dans une époque où le rapport de force avec une gauche de gauche et des syndicats plus combattifs le forçaient à parler un peu meilleur à l’ouvrier.

La première est la suppression des jours fériés. Il y en a onze. C’est une honte pour le patronat que le travailleur ne travaille pas le jour férié. Le jour férié, c’est de la vacance de contrebande. Franchement, est-ce bien raisonnable d’avoir des mois de mai qui ne ressemble à rien. Et tout cela pourquoi ? Pour des fêtes qui rappellent un bien mauvais esprit de la part de travailleurs qui le 1er mai célèbrent le travail en ne foutant rien, ce qui est tout de même un comble. Quant au 8 mai, qui n’est pas fêté en Allemagne, il rappelle notre victoire sur un partenaire économique qui est un exemple à suivre désormais. On passera sur les fêtes religieuses. Pour le patronat, l’ouvrier n’a même plus le droit à, au soupir de la créature opprimée comme disait Marx. Non, la fête religieuse est aussi porteuse de mauvais esprit, qui raconte comment un homme nait, meurt et ressuscite pour continuer à proférer des inepties pleines de ressentiment contre les riches et se moquer de la réduction des déficits : « Je ne serai pas toujours parmi vous » dit-il à ses disciples qui s’indignent comme des socio-démocrates quand  Marie de Béthanie lui verse du parfum sur les pieds et les essuie avec ses cheveux, dans une dépense somptuaire qui pourrait faire péter la ligne bleue des 3%.

Mais me direz-vous, et si le jour férié tombe un dimanche, ce qui arrive quand le jour férié, rusé comme un faux  chômeur, est mobile ? Qu’importe, le Medef, qui a tout prévu, propose d’en finir avec le dimanche une bonne fois pour toutes. Bon, c’était dans l’air, de toute façon. Et on peut parier que les derniers à défendre le dimanche, on ne les trouvera pas du côté de la CFDT, qui est l’idole des jaunes, mais de quelques vieux évêques  crispés sur leurs acquis théologiques comme d’autres le sont sur des acquis sociaux.

Pour le reste, les demandes patronales sont somme toutes de bons sens : fin du Smic, « qui est un frein à la croissance, amen !», fin des 35 heures « qui sont une aberrrration » avec 4 r comme  aimait à le prononcer le baron Seillière, fin des taxations sur les flux financiers qui limitent les dividendes remis aux actionnaires et donc les empêchent d’embaucher du personnel de maison, sinon j’ai du mal à voir le lien entre création d’emplois et spéculation, mais bon, en même temps, les économistes télévisionnaires vont surement très bien me expliquer.

Bref, on ne va pas citer pour la énième fois Warren Buffet et sa phrase sur l’existence d’une guerre de classes que la sienne, celle des super riches, serait en train de gagner. Il la déplorait, d’ailleurs, Buffet, pas spécialement par philanthropie mais surtout parce que ça pourrait finir par devenir dangereux, à la longue, cet écrasement du monde du travail dans la peur,  la misère et l’esclavage soft. Mais il n’y a plus que Warren Buffet et les patrons pour croire à la lutte des classes. Même les ministres socialistes, comme Fleur Pellerin et quelques autres, expliquent doctement que ça n’existe pas.

C’est pour cela, d’ailleurs, que nous souhaitons que le gouvernement Valls mette en œuvre le plus rapidement possible ces mesures voulues par le Medef, et le fasse avec son aptitude habituelle, un peu écoeurante,  à se soumettre à tous les diktats venus du patronat.

Parce qu’avec un peu de chance, le peuple de France se souviendra peut-être alors, en menant une vie dont ses grands-parents et parents avaient réussi à s’affranchir en 1936, puis avec le CNR,  qu’il a tout de même quelques magnifiques révolutions à son actif et qu’il n’a jamais rien obtenu, conquis ou reconquis, que par la force.

*Photo: MEIGNEUX/SIPA.00691218_000086

Fête de l’Huma : deux chrétiens parmi tant d’autres

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fete huma pape francois

fete huma pape francois

Aller à la Fête de l’Humanité ? Pour beaucoup de catholiques pratiquants, cela ne leur viendrait pas à l’esprit. Pour d’autres, participer à un tel festival bolchevique serait même la dernière chose à faire. Errer parmi des faucilles et des marteaux flottant dans un ciel rouge pendant que cuisent les merguez et les cuisses de poulet ? Jamais. Les chrétiens, pensent-ils probablement, devraient plutôt se tenir à l’orée des écoles de commerce.

Mais pourtant, chrétien, ce slogan du Front de gauche ne l’est-il pas profondément ?  « l’humain d’abord ».  Autant par son histoire que par son sens, cette expression si chère à la « vraie gauche » n’est pas sortie du dernier meeting de Mélenchon. Chrétienne, elle est indubitablement. Nietzsche détestait le christianisme et le socialisme pour cette même raison : la racine  dégénérée de la faiblesse. Cette façon qu’ils ont tous les deux, christianisme et socialisme,  de résister à une esthétique de la force, en montrant d’abord des noms et des visages à sauver….

Le malentendu superficiel en la personne du Pape François, perçu comme le nouveau leader marxiste mondial, lient à nouveau ensemble christianisme et socialisme. Autant de prétextes pour se rendre à la Fête de l’Huma, en donnant le ton. Nous sommes chrétiens, avons-nous précisé ce week-end. Alors, universel, le socialisme et le christianisme ? Oui, mais pas universaliste.  La preuve,  l’humain existe, et nous l’avons rencontré.

Pour un habitué des rassemblements catholiques, la Fête de l’Huma n’est pas sans rappeler l’ambiance joyeuse et bonne enfant des JMJ. Il y a l’unité spirituelle, la saveur du partage et du don, pratique courante dans ce genre d’endroits,  (la boue dans les chaussures), et enfin, quand les idées et les personnes se rencontrent, le sentiment d’échapper aux impératifs individualistes en vigueur. Tel Jules, jeune maçon, militant communiste en Rhône-Alpes, qui répète presque mot pour mot ce que disent des milliers de chrétiens à leur retour des JMJ : « cet événement est grandiose ! C’est un véritable ressourcement pour moi. Je me sens d’attaque pour toute l’année ensuite ! ». Dans les deux cas, c’est un évènement attendu, façon anti club Med, parce qu’il y a toutes ces exigences mentionnées qui vont à contre-courant de l’époque.

Jules a beaucoup voyagé en Amérique latine. « Là-bas, nous explique-t-il, il y a des prêtres qui défendent les pauvres, les sans-terres. Tous les camarades sont chrétiens. Je suis obligé de reconnaître qu’ils ont une autre approche de la religion que nous, en Europe ». On lui demande s’il apprécie le Pape François. « Je n’aime pas le Vatican en tant qu’institution, mais il me semble que le Pape donne un exemple positif, en prenant soin des plus faibles ». Un de ses camarades venu de Saint-Etienne témoigne : « ma grand-mère ne va plus à la messe depuis 20 ans, car elle était en conflit avec l’Eglise. Aujourd’hui, grâce au Pape François, elle y retourne ! » Un autre ajoute : « je connais un prêtre ouvrier qui a travaillé en Corée du Sud : l’Eglise y défend les exclus et les victimes de la société capitaliste. Cela nous fait réfléchir… »

On s’arrête au stand du PCF des Alpes-de-Haute-Provence, goûter leur huile d’olive « cuvée Jaurès », sur des tartines. Dans la conversation, on tombe d’accord sur la nécessité de garder le dimanche chômé. Que pensent-ils du Pape François ? « Il ne mâche pas ses mots ! Il va vers les pauvres, il ne juge pas, il est dans l’accueil… »

Plus loin, à un stand des Jeunesses communistes tenue par deux jeunes filles, les questions reprennent, un peu spontanément : le Pape François y est  apprécié. Jean-Paul II et Benoît XVI, en revanche, sont détestés. À leur égard, le mot « contraception » revient régulièrement dans les bouches. C’est que les deux jeunes filles insistent sur la liberté et sur le choix, comme par réflexe. Et puis la discussion s’oriente sur le terrain de l’avortement. Une des jeunes filles en a vécu un. « Ce n’est pas quelque chose d’anodin. Le changement de la loi, dire que ce n’est pas une situation de détresse, c’est un mensonge. Il faut permettre à celles qui veulent garder leur enfant de le faire, mais il faut qu’elles puissent décider seules. C’est vrai qu’il peut y avoir des pressions extérieures pour ne pas le garder, mais moi, c’était plutôt l’inverse. »

À la Fête de l’Huma, lorsque vous lancez le mot « chrétien », un autre mot vous est donné comme réponse et comme assentiment : la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne. Pour beaucoup, ces camarades sont apparemment leur seul lien avec le christianisme. Quand on se présente comme chrétien, la JOC arrive automatiquement dans la discussion. Auréolée d’une réputation de quasi-sainteté, elle est louée partout pour son travail associatif, complémentaire du militantisme des autres. Mais au stand de la JOC, aucun signe distinctif ne rappelle le christianisme. Ils distribuent des feuillets contre l’extrême droite, des T-shirts, des mugs, des bières… Rien de confessionnel. Seules leurs affiches à l’extérieur ont une trace religieuse, car des plaisantins y ont écrit des graffitis : « Jésus aurait voté Jaurès », « Non, il aurait voté Allende ! » En débat, ce week-end au stand de la JOC : « être chrétien et de gauche ». Pour expliquer la présence de chrétien à La Courneuve, le site de l’Huma précise qu’il n’y a pas de contradiction.

Avant d’aller vers la sortie, nous nous arrêtons au stand des Jeunesses communistes. Parmi les pin’s, l’un représente Benoît XVI, un préservatif sur la tête. « C’est rigolo, lâche-t-on en chœur,  mais tu sais camarade, le Pape est très anticapitaliste à sa façon, vous devriez le voir comme un allié, non comme un ennemi ». Le jeune homme qui tient le stand s’excuse aussitôt : « Je ne l’avais pas vu, celui-là, je vais l’enlever tout de suite ! ». Il ajoute : « Le précédent Pape, Benoît, a fait quelque chose qui m’a beaucoup touché : il a démissionné quand il ne sentait plus la force pour mener sa mission. J’ai trouvé ça très humble, et très courageux de sa part. »

Kipling avait raison. L’Est et l’Ouest, en tant que tels, sont irréconciliables, et ne peuvent se rencontrer. Mais de personne à personne, le dialogue et l’annonce sont possibles. De cœur à cœur, il n’y a plus ni Est ni Ouest.

*Photo : Lionel Urman/SIPA. 00692470_000042. 

Hippocrate, film hypocrite?

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hippocrate lilti immigration

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Sur nos écrans depuis une semaine, Hippocrate, de Thomas Lilti, a reçu un bon accueil critique. Le film retrace les premiers pas de Benjamin, fils de médecin et futur médecin lui-même, en tant qu’interne dans un hôpital de la région parisienne. Il est censé faire une peinture douce-amère d’une initiation à l’âge d’homme, dans ce milieu si particulier qu’est l’hôpital. Malheureusement, ce canevas honorable cache une ambition plus profonde, plus politique.

Benjamin Barois, donc, débute son internat dans le service de médecine de son père, à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches. Il est un peu perdu, et il y a de quoi. L’ambiance est pesante, car ses collègues, médecins et infirmiers, sont tous plus abjects les uns que les autres : le Pr Barois, chef de service, glacial, corporatiste, hypocrite, menteur et en fin de compte très lâche ; le Dr Denormandy, chef de clinique, tortionnaire de vieilles dames, aussi incompétente qu’indifférente aux souffrances humaines, dont le but principal est de « libérer des lits » ; les réanimateurs, techniciens sans âme et sans cervelle, adeptes de l’acharnement thérapeutique ; les chirurgiens qui opèrent des cancéreux pour faire du chiffre, sans aucun projet à long terme, et les abandonnent sitôt sortis du bloc ; les internes, paresseux, bagarreurs, débauchés et ivrognes ; les infirmiers qui regardent la télévision au lieu de s’occuper des patients ; la lingère qui délivre des blouses tachées ; tous sont manipulés par une administration mesquine, dirigée par un technocrate parachuté depuis la grande distribution pour faire des économies en pressurant les dépenses de personnel et de matériel ; quant aux patients, ils sont pour la plupart dégénérés, alcooliques au dernier stade. Tout ce beau monde se débat dans un univers sordide, arrière-cours sinistres et murs tagués de dessins obscènes. L’équipement est à l’avenant : les appareils d’électrocardiographie comme les pompes à morphine sont en panne, évidemment. Voilà la peinture de ce que le réalisateur, lui-même médecin et fils de médecin, a paraît-il vécu lors de ses études… Peinture outrancière et complaisante, où certains détails sont justes, mais où l’accumulation de charges à sens unique donne la nausée.

Dans ce royaume d’incurie et de méchanceté, les médecins étrangers sont le seul recours. Le vrai héros d’Hippocrate, ce n’est pas Benjamin Barois, pâle figure d’adolescent égaré au milieu d’une bande de truands, mais Abdel Rezzak, un médecin algérien contraint, pour survivre, d’accepter en France un poste au-dessous de sa qualification. Abdel est tout ce que les médecins français ne sont pas : il est compétent, humain, réfléchi, consciencieux, honnête, sobre, chaleureux, confraternel… Il est l’archétype du bon médecin, et sans doute aussi du bon mari et du bon père (il souffre de l’absence de sa femme et de sa petite fille).  Abdel excelle dans la ponction lombaire et le soulagement de la douleur, tient la main des mourants et se plonge assidûment dans ses dossiers, prend soin de ses collègues comme de ses malades, refuse les boissons fortes pour garder les idées claires. Il se bat contre vents et marées pour humaniser ce septième cercle de l’enfer qu’est l’hôpital Raymond Poincaré (l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris appréciera). Comme il loge à l’hôpital, dans une chambre misérable (car l’AP-HP est aussi un marchand de sommeil qui loue des logements indignes), il est sur tous les fronts, de jour comme de nuit. Son courage et sa détermination à faire triompher le Bon Sens, le Bien et la Justice auront finalement raison de l’ignominie générale. Abdel épanouira les cœurs les plus endurcis, gagnant l’estime et l’affection de ses collègues égoïstes. Il libèrera l’énergie des personnels paramédicaux, ces damnés de la terre, grâce à lui devenus capables de formuler leurs justes revendications. Et surtout, il aidera Benjamin, triste héritier d’un système pourri, à « tuer le père » et à grandir dans la direction radieuse de son modèle : l’excellence bien connue de la médecine algérienne est là pour nous faire rêver. Un autre personnage, délicatement esquissé, renforce le tableau, s’il en était besoin : il s’agit d’un médecin africain manifestement très sympathique (il anime de ses chants la salle de garde) et travailleur (au mépris des lois organisant le repos de sécurité, il prend des gardes successives pour décharger les Français qui refusent de travailler les jours fériés).

Le message est martelé, lourdement répété scènes après scènes, où s’enchaînent caricatures et lieux communs, jamais loin de la médisance voire de la diffamation : la seule chance pour notre pays est de remplacer au plus vite ses nationaux ignobles, stupides et incompétents par des immigrés en provenance des pays du Sud. Eux seuls pourront régénérer notre système de santé à bout de souffle. Eux seuls apporteront compétence, humanisme, dévouement et solidarité. Eux seuls peuvent sauver la médecine, quand nous ne faisons que la massacrer.

La qualité artistique n’est pas en cause dans Hippocrate. Sans être un grand film, c’est un divertissement qui se regarde sans ennui. Le scénario est prenant, les acteurs sensibles, la mise en scène efficace, la caméra nerveuse. Mais ces éloges, appliqués à un projet aussi pernicieux, se transforment en critiques. De bout en bout, Hippocrate est un film détestable, vecteur d’une idéologie odieuse, et surtout fondé sur une complète méconnaissance de ce qu’est vraiment la médecine hospitalière française. Aucun soignant, aussi médiocre, dur et cynique soit-il, ne peut se reconnaître dans le tableau sans nuance et sans tendresse que trace Thomas Lilti. Aucun hôpital ne cumule à ce point les défauts organisationnels et humains. Car c’est surtout dans l’accumulation de portraits accablants que réside la mauvaise foi. La répartition des rôles est si tranchée qu’elle tourne à la caricature : à ma droite, les horribles Français, à ma gauche, les Africains et Nord-Africains admirables. Le camp du vice face au camp de la vertu. Cette préférence ethnique est aussi choquante que l’eût été l’inverse. Comment justifier, alors, un tel sectarisme ? Venant d’un Français, et d’un médecin, on ne voit pas d’autre explication que la haine de soi. Haine de soi, haine des siens : la xénophilie sert de couverture à l’autophobie.

On sort de ce film mal à l’aise, troublé par une question à double sens : « Au fait, pourquoi ce n’est pas nous, Français, qui allons faire nos études de médecine en Algérie ? Et en définitive, pourquoi n’envoyons-nous pas nos malades là-bas, pour leur plus grand bien ? ». Cette question appelle une réponse évidente, que ceux qui connaissent la qualité des soins médicaux généralement dispensés sur l’autre rive de la Méditerranée éluderont par un sourire pudique. Avant de conclure, tout simplement, que le réalisateur avait quelques comptes à régler avec sa famille et son pays[1. Le réalisateur, toute honte bue, a même attribué à ses antihéros les noms de médecins réellement en fonction à l’AP-HP ! Les Dr Barois, Denormandie et Riou seront ravis de voir leur patronyme si bien illustré au cinéma…].