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Robert Ménard: Oui aux menus de substitution au porc!

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Gil Mihaely. Le 16 mars, le maire UMP de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret a annoncé qu’au nom du « principe de laïcité », il supprimerait dès la rentrée les menus de substitution au porc dans ses cantines scolaires.  Qu’en est-il dans les cantines de Béziers ?

Robert Ménard : À Béziers, on propose trois types de menus dans les cantines scolaires: un menu « normal » avec un plat de porc de temps en temps, un menu sans porc et un menu adapté aux différentes allergies (sans gluten). Cette situation me va très bien parce que je ne veux pas que mes enfants soient obligés de manger la viande le vendredi.  Je ne vois donc pas pourquoi j’imposerai le porc à ceux qui ne souhaitent pas en manger. A Béziers, il y a toujours une alternative pour les gens qui ne mangent pas du porc ! Je suis farouchement attaché à ce principe car je ne confonds pas laïcité et chasse aux religions.

En supprimant l’alternative au porc dans les cantines de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret pratique-t-il une forme de «chasse aux musulmans»?

Non. Je ne lance pas d’accusations à la légère, pour en avoir tellement subies moi-même…. Je dis seulement que j’ai une conception ouverte de la laïcité. Évidemment, aussi longtemps que je serai maire de Béziers il n’y aura ni repas hallal ni repas cacher dans les cantines scolaires, mais il y aura toujours des repas sans porc. Les repas hallal ou cacher n’ont pas leurs places car les pouvoirs publics n’ont pas à entrer dans ces logiques confessionnelles.

Que pensez-vous de l’idée de Yves Jégo d’obliger les mairies et les autres autorités compétentes de proposer dans les cantines un menu végétarien, une alternative sans connotation religieuse ?

Spontanément, je me méfie de ce genre d’obligations. Je trouve que l’Etat intervient déjà tellement sur tout. En revanche, je suis d’accord avec l’idée qu’il faut une alternative pour les gens respectant tel ou tel interdit alimentaire. Je ne vois pas au nom de quoi j’empêcherai les gens de respecter les interdits alimentaires de leur religion. C’est déplacé et je ne le ferai pas !

Une application stricte du principe de neutralité de l’Etat en matière religieuse n’imposerait-elle pas de proposer des menus indifférents aux religions ?   

C’est une vision d’ayatollah de la laïcité ! On ne peut pas ignorer les religions. J’ai fait installer dans l’Hôtel de Ville une crèche pour Noël et un chandelier à neuf branches pour Hanoukka parce que nous vivons dans un pays de tradition judéo-chrétienne et je suis respectueux de ces traditions-là.. Même si on m’a emmerdé pour cette histoire de crèche, j’ai finalement obtenu satisfaction. C’est la première fois dans une ville et je suppose qu’au mois de décembre prochain les crèches vont se multiplier dans d’autres villes. La salle de mon conseil municipal, qui date d’avant 1905, est décorée d’images de Saint-Aphrodise. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Les arracher ? C’est une folie. On a ouvert la féria de Béziers avec une grand-messe devant  8000 personnes dont certains disaient le Notre-Père pour la première fois depuis trente ans ! Ils étaient là et ils retrouvaient ce qu’ils sont. Ça fait partie de ce qu’on est, on ne peut pas gommer les religions, ni de nos paysages, ni de l’art,  ni de nos modes de vie et nos pratiques. Ma laïcité n’est pas une guerre aux religions mais une manière d’assurer la tranquillité et la paix publiques.

*Photo: wikimedia.

Thalys: Qui est vraiment Ayoub El Khazzani?

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(Avec AFP) – Après l’attentat raté de vendredi à bord du Thalys, deux enquêtes sont simultanément menées: l’une par le parquet antiterroriste de Paris, dont la compétence est nationale, et l’autre par le parquet fédéral belge. La garde à vue d’Ayoub El Khazzani, dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été prolongée samedi et peut durer jusqu’à mardi soir.

Ayoub El Khazzani, citoyen marocain de 26 ans, persiste à nier tout projet terroriste, expliquant avoir trouvé par hasard des armes dont il a décidé de se servir pour détrousser les voyageurs du Thalys. « Cela le ferait presque rigoler… », persifle son avocate. Et son conseil d’expliquer à la presse : « Il dit avoir trouvé ce fusil Kalachnikov, son pistolet Luger et un téléphone portable dans une valise, abandonnée dans un parc, près de la gare de Bruxelles où il avait pris l’habitude de dormir. Il est sans domicile fixe depuis qu’il s’est fait voler ses papiers à Bruxelles. Il a notamment travaillé comme peintre en bâtiment en Espagne, où il a aussi été condamné à deux reprises pour trafic de drogue en 2013. » L’avocate ne dit pas pourquoi son client a agressé au cutter les passagers qui voulaient le maitriser et lui retirer son arme : une réaction due à la panique?

Plus sérieusement, les différents services de police ont recoupé un faisceau d’indices qui permettent d’ébaucher son portrait-robot idéologique. Fiché comme membre de la mouvance djihadiste-salafiste par les services de renseignements espagnols et français, l’intéressé « raconte avoir voyagé en Espagne, à Andorre, en Belgique, en Autriche, en Allemagne et avoir fait un passage en France, mais sans préciser le lieu où il a séjourné. En revanche, il a contesté s’être rendu en Turquie et encore plus en Syrie », d’après son avocate. D’après les premiers éléments de l’enquête, El Khazzani a vécu sept ans en Espagne, de 2007 à mars 2014. Il y était arrivé à 18 ans, s’installant d’abord à Madrid puis à Algésiras, en Andalousie, où il s’est fait remarquer par des discours durs légitimant le jihad. Le jeune homme fluet et de taille moyenne y a vécu de petits emplois, et a été détenu une fois pour « trafic de drogues » selon une source des services antiterroristes espagnols.

Il semblerait que ce sympathisant de l’Etat islamique ne soit pas simplement un simple « activiste » (anglicisme qui signifie littéralement « militant »), comme les télévisions aiment à le désigner. Djihadiste croyant et pratiquant, conformément aux préceptes du théoricien de la « gestion de la sauvagerie » Abou Moussab Al-Souri, El Khazzani s’en est pris directement à des civils, probablement sans en référer à un commandement centralisé.

Ayoub El Khazzani, dont l’identité a été confirmée grâce à ses empreintes digitales, « vivait en Belgique, est monté dans un train en Belgique avec des armes sans doute acquises en Belgique. Si notre pays ne regorgeait pas déjà de candidats au djihad, on parlerait de base arrière.


*Photo : @AFP.

37° Centigrades l’après-midi

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lindo aldani 37

La collection ‘Dyschroniques’ des Editions du Passager Clandestin propose depuis quelques années la réédition d’auteurs de Science-Fiction ou d’anticipation en format court, sous forme de nouvelles d’une centaine de pages. Parmi ces pépites oubliées, on trouve Les Retombées de Jean-Pierre Andrevon (1979), Faute de temps de John Brunner (1963), Le Testament d’un enfant mort de Philippe Curval (1978), Un logique nommé Joe de Murray Leinster (1946), Le Mercenaire  de Marck Reynolds (1962) ou La Tour des Damnées de Brian Aldiss (1968). Si l’essentiel de la collection – dix-huit titres – présente des récits marqués par la guerre froide ou la terreur nucléaire, 37 ° Centigrades, de Lino Aldani, fait un peu exception en décrivant un univers d’anticipation dominé par une sorte de totalitarisme doux, à la fois hygiéniste et consumériste. Aldani, auteur prolifique et fondateur de la revue de science-fiction italienne Futuro, au début des années 1960, n’a pas attendu le grand ébrouement de mai 68 pour dénoncer une le dévoiement de l’Etat-Providence, mis au service de la grande distribution, de l’injonction festive et de la médicalisation de la société. Dans l’Italie du futur imaginée par l’auteur, Nico Berti, citoyen de plus en plus désabusé, fait face aux tracasseries constantes que lui cause la toute-puissante C.G.M., la Convention Médicale Généralisée, sorte de Sécu dotée de pouvoirs coercitifs très étendus, capable de vous coller une amende si vous oubliez de prendre votre température ou si vous négligez en avril de ne pas vous découvrir d’un fil.

 

« Nico ressortit une main, rien qu’un instant, la leva et agita les doigts pour un salut qui se voulait amical. Puis il essaya de filer, de l’air du Monsieur qui n’a rien à se reprocher. Mais Esposito l’empoigna par le bras : –  Gilets de corps ? –  Je suis en règle, déclara le jeune homme. – Gros tricot de laine ? – Je l’ai mis ! Je l’ai mis ! – C’est bon, dit sans se démonter le petit homme de la C.G.M. Mais on ne prend jamais assez de précautions, Monsieur Berti. En avril, ne te découvre pas d’un fil ; aussi n’ôtez pas votre pardessus ; il y a une amende. »

Harcelé par le paternalisme dictatorial de la C.G.M., les citoyens n’échappent pas non plus aux sollicitations constantes de la publicité vantant par exemple les Levacars (l’équivalent, on l’aura compris, des voitures volantes de Blade Runner) Roëncit ou Demerces, ou tout autre produit, apparaissant sous toutes les formes – néons, radio, hauts-parleurs, affiches – et à tous les endroits de la ville, qui s’ajoutent aux recommandations constantes du consortium de santé. « Toute personne trouvée sans son thermomètre est passible d’une amende de trois cent quatre-vingt livres », avertit un panneau. « Seuls les pauvres types vont à pied. L’homme qui connaît son affaire roule à 200 dans un Roëncit, le Lévacar des temps modernes », proclame un autre. Un jour, Nico en a assez de supporter cette dictature des temps modernes et envoie tout balader – conventionnement médical, Lévacar, pardessus et thermomètre – pour, redevenu un homme libre et non protégé par l’Etat et l’industrie pharmaceutique, emmener sa petite amie à la campagne – en conduisant vite et imprudemment comme un véritable italien du temps de Dino Risi – et faire une orgie de repas plantureux, d’alcool consommé sans modération et de siestes crapuleuses dans les prés. L’escapade de Nico et de sa petite amie Doris se transforme en ode à un hédonisme anarchiste, opposé à la jouissance asservie qu’une société hypocondriaque tente d’imposer à tous. Mais bien évidemment, tout ne va pas se passer aussi bien dans le meilleur des mondes libérés pour les deux protagonistes de l’histoire…

Lino Aldani, figure importante de la littérature de science-fiction en Italie, est resté largement méconnu en France. Avec 37°Centigrades, il anticipe de façon singulière le principe de précaution qui a envahi l’existence de l’homme du XXIe siècle, harcelé par des recommandations incessantes, livré aux injonctions les plus envahissantes des institutions, firmes et associations toujours un peu plus soucieuses de sonder les reins et les cœurs. Pour la modique somme de 6 euros, on peut s’offrir cet été une petite visite en 80 pages du futur cruel et burlesque de Lino Aldani avant de revenir goûter aux paradoxes et aux tracasseries ubuesques de notre présent. 37 ° Centigrades, Lino Aldani, Editions du Passager Clandestin.

37° centigrades

Prix: 2,47 €

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Pascal Jardin, neuf ans et des poussières

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Bien avant que l’on connaisse son nom, Pascal Jardin (1934-1980) a joué un rôle important dans notre vie puisqu’il a été le dialoguiste de Bernard Borderie pour la série des  films Angélique, marquise des Anges avec Michèle Mercier dans le rôle-titre. Ils passaient à la télé à l’époque où le carré blanc existait encore. Après avoir enflammé l’imaginaire érotique de la France dans les années 60, ils enflammaient celui des petits garçons des années 70 qu’on envoyait se coucher dès qu’Angélique se retrouvait à moitié-nue, c’est à dire bien avant la fin de la première bobine. Ce qui est certain aussi c’est que Pascal Jardin n’a pas franchement travaillé avec la Nouvelle Vague. Son genre de beauté en matière de film  noir par exemple,  c’était plutôt La Horse de Pierre Granier-Deferre avec Gabin qu’À bout de souffle de Godard avec Belmondo. En même temps, le cinéma, pour Pascal Jardin, c’était surtout alimentaire et sans doute avait-il conscience que son talent ne s’exprimait vraiment que dans ses livres, qui ne sont pas nombreux mais tous exquis, acides, précis, drôles et émouvants.

On a été très content, ainsi, de trouver en édition originale le premier qui lui ait valu un vrai succès, La guerre à neuf ans, publié en 1971 chez Grasset. Tomber sur l’édition originale pour deux euros, nous n’allions pas nous priver. D’autant plus que l’emballage était plutôt bien fait: une jaquette blanche sur  sur la couverture beurre frais avec en médaillon Pascal Jardin enfant et surtout un de ces bandeaux rouges chargés d’attirer l’attention du chaland mais qui, en l’occurrence, le faisait avec une certaine justesse :« Vichy vu par un Saint-Simon en culottes courtes. » La formule est heureuse et rend bien compte du propos: Pascal Jardin était le fils de Jean Jardin qui fut le directeur de cabinet de plusieurs excellences pétainistes y compris de Laval lui-même.

Pourrait-on parler aujourd’hui si légèrement de Vichy, même avec un regard d’enfant? Ce n’est pas certain du tout. Plus l’évènement s’éloigne dans le temps et plus on devient pointilleux sur la question, le devoir de mémoire se transformant en devoir de culpabilité. On peut penser que c’est très bien sur le plan politique même si on oublie au passage que Vichy n’était pas la France dans la mesure où un général ombrageux avait expliqué dès le 18 juin 40 à Londres que la République, c’était lui et ceux qui combattaient avec lui, et personne d’autre. Mais ça devient franchement ridicule quand cela s’applique encore  aujourd’hui dans le domaine des Lettres et que les écrivains collabos que l’on trouvait en livre de poche jusque dans les années 80 sont aujourd’hui à nouveau proscrits comme ils l’étaient en 45.

L’année où sort La guerre à neuf ans, 1971, est aussi celle du Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls. A ce titre, on peut penser que le Pascal Jardin est le dernier livre « innocent »  sur la question et Le chagrin et la Pitié le premier film « coupable ». Et encore, l’innocence de Jardin est celle de l’enfant, pas celle de l’adulte parfaitement conscient des ambiguïtés de Vichy, de l’ignominie de la Milice ou de la folie de la politique antisémite.

Seulement, crime qui est sans doute impardonnable aujourd’hui, il s’interdit tout pathos. Il est même léger, drôle, insolent et redoutablement précis. Autre chose impossible à concevoir aujourd’hui, c’est la préface d’Emmanuel Berl, grand bourgeois juif pacifiste, croix de guerre 1917, ami des surréalistes et de Drieu et surtout l’auteur des discours de Pétain du 23 et 25 juin où son sens de la formule est resté dans l’histoire puisqu’il est l’auteur de « La terre, elle ne ment pas » et de «  Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. » On pourra préférer ses admirables récits que sont Regain en Pays d’Auge ou Rachel et autres grâces, il n’en demeure pas moins que Berl, aussi portraituré par Jardin alors qu’il est déjà le mari de la chanteuse Mireille, incarne bien cette complexité qui rend un peu vaines les postures morales d’aujourd’hui.

Il faut donc lire La guerre à neuf ans avec la même innocence que l’enfant qui se souvient. L’effondrement de 40 vécu depuis une maison de campagne dans l’Eure, les portraits des ministres ou des intellectuels qui gravitent dans la ville d’eau aussi ennuyeuse que bruissante d’intrigues de palais.

Et puis le récit de la débandade dès 1943 est passionnant comme une tragédie ou un roman noir. Il y a, par exemple, cette incroyable scène où Jean Jardin passant en Suisse est sur le point de dégainer son arme contre des maquisards jurassiens: «  Je n’ai jamais compris pourquoi ils nous avaient laissés passer. Ce que j’ai appris plus tard, c’est que les Allemands nous faisaient suivre et que des occupants de la voiture de la Wermacht qui nous talonnait, et qui tomba dans l’embuscade, il n’y eut pas de survivants. »

On s’attardera, pour finir, sur le portrait de Paul Morand en sportif mutique qui épuise le jeune Pascal en baignades dans l’Allier ou dans la piscine du Tennis-Club: « Le temps que j’essaie de lui répondre, il est déjà absent de lui-même ou sorti de la pièce. Il ne croit pas aux réponses, les questions lui suffisent. » De quoi se demander si là, en l’occurrence, ce n’est pas aussi un autoportrait de Pascal Jardin, homme du monde  d’avant qui aimait les voitures rapides, les femmes, le jeu, les alcools forts et pour qui écrire cette Guerre à neuf ans fut d’abord une manière d’exercice spirituel, de bilan au mezzo del cammin di nostra vita.

 

La guerre à neuf ans de Pascal Jardin (Grasset, 1971), deux euros, Clos Saint-Marc, Rouen.

Le déraciné

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Renaud Santa Maria, littérateur éclectique, auteur de nouvelles et poésies, plume de Gaspard Proust à ses heures perdues, nous livre son second roman : Le malheur sera ta chance. Dans les flots de la rentrée littéraire, ce livre au ton intime et parfois lyrique dévoile la vie d’un homme entre deux rives.

Chaque jour que Dieu essaie de faire, Augustin se rend au cimetière du Père-Lachaise, sur la tombe de Palma. Le 9 Septembre, elle l’a quitté, elle qui l’a construit, elle qui l’a porté, elle qui lui a donné son nom. Dès le début, l’œuvre revêt une dimension autofictionnelle puisque la mère récemment défunte de l’auteur s’appelle Palma Santa Maria. La mère-modèle du héros, le laisse, orphelin, face à ses responsabilités d’adulte. Mais l’écrivain se sert de cette histoire pour écrire une parabole à portée universelle.

Si le style est parfois légèrement filandreux, il sert un récit initiatique d’une construction intelligente et d’un classicisme trompeur. Plus centré sur l’introspection et le ressassement du souvenir, le roman nous raconte l’aventure du deuil. Deuil de la mère mais aussi de la foi, évaporée avec cette figure tutélaire. Perdu dans le monde moderne, Augustin est dans l’attente d’un signe divin pour continuer une vie suivant son cours sans le moindre repère. C’est à travers ce récit ordinaire que Renaud Santa Maria éclaire sous un nouveau jour l’aventure contemporaine.

Du cimetière du Père-Lachaise à Bruxelles, l’homme apprend progressivement à se détacher du souvenir pour pouvoir enfin se libérer du passé et embrasser le futur. Se plaçant sous le patronage de Rimbaud, qui, lui aussi, entretenait une relation fusionnelle avec sa mère, il revisite les lieux où celui-ci se fit tirer dessus par son amant et ami Paul Verlaine. La liberté du poète contraste pourtant avec la lourdeur des pas du héros.

Dans sa quête de sens, le personnage principal se pose une question universelle : « Quel est le sens de la vie quand la personne qui nous a construit disparaît »? Sorte de déraciné, il ne voit plus l’utilité de parler ni de vivre. Pourtant, par le dialogue avec ses amis et ceux qui ont connu sa mère, il apprend à grandir.

Pour grandir, Augustin doit réapprendre le rapport à l’autre. Aveuglé par le lien qui le relie toujours à sa mère, il en vient à perdre tout contact avec les vivants. C’est donc en faisant le deuil qu’il réapprend à se lier aux autres et à aimer. Et à aller de nouveau de l’avant en dépassant sa révolte.

Ode à la liberté, mais aussi à la nécessité du souvenir, le roman questionne la foi. Adolescent porté mais aussi freiné dans sa croissance par l’omniprésence de sa mère, Augustin survit en s’appuyant sur l’héritage spirituel et mystique de celle qui l’a formé. La foi était pour elle le phare immatériel d’une époque qui se noie dans le vide. Le roman prend en définitive la forme d’une réconciliation avec Dieu. En acceptant la mort, le jeune homme redécouvre la vie. Prêt à repartir de plus belle, le héros ne ressort pas neuf cette aventure mais grandi, car l’épreuve, dit-il est formatrice: « Les grandes victoires ne sont rien d’autre que de grands obstacles surmontés. »

Le malheur sera ta chance, Renaud Santa Maria, Belfond.

*Photo: wikimedia.

Attentat raté du Thalys : le récit des faits

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(AFP) – Les enquêteurs sont en train d’interroger l’homme qui a été maîtrisé hier par des militaires américains en vacances alors qu’il s’apprêtait à ouvrir le feu à la kalachnikov sur les passagers d’un train Amsterdam-Paris.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect serait marocain et âgé de 26 ans. Il a résidé en Espagne et avait été signalé comme islamiste radical par les autorités espagnoles aux services français. Il faisait donc l’objet d’une fiche « S », ce qui ne signifie pas forcément une surveillance.

Armé d’un fusil d’assaut kalachnikov, d’un pistolet automatique, de neuf chargeurs et d’un cutter, il a ouvert le feu à au moins une reprise à 17h50 vendredi dans le train à grande vitesse Thalys 9364, peu après le passage du convoi en France.

Mais le carnage qu’il s’apprêtait à commettre a été évité par l’intervention d’un groupe d’amis américains en vacances, dont deux militaires. Les hommes, dont un a été blessé, ont été salués comme des héros par les autorités françaises et par le président Barack Obama, qui leur a exprimé sa « profonde gratitude ». Les jeunes Américains ont raconté cet épisode « dingue » dans des propos filmés par divers médias.

« Tout est arrivé très vite », a dit Anthony Sadler, étudiant, qui voyageait avec ses amis Alex Skarlatos, 22 ans, et Spencer Stone, tous deux militaires américains, qu’il avait retrouvés pour des vacances en Europe.

« On a entendu un coup de feu et du verre brisé, » a rapporté M. Skarlatos, membre de la garde nationale de l’état de l’Oregon, rentré il y a peu d’une mission en Afghanistan. « J’ai vu un homme entrer dans le wagon avec une kalachnikov. »

Chris Norman, un consultant britannique âgé de 62 ans, qui voyageait dans le même wagon, a déclaré qu’ils avaient « vu un gars avec une AK47 (kalachnikov). Alex a dit à Spencer, +Va le choper!+. Le gars a sorti un cutter et il a tailladé Spencer à l’arrière du cou, il lui a pratiquement coupé le pouce aussi, Spencer l’a tenu et on l’a finalement maîtrisé, il était inconscient, on a fini par l’attacher ».

« Spencer a bien couru 10 mètres jusqu’au type. On s’est mis à le taper à la tête jusqu’à ce qu’il s’écroule », a raconté de son côté M. Skarlatos.

Sur des images filmées avec l’aide d’un téléphone portable à l’intérieur du train et diffusées par plusieurs chaînes de télévision, on peut voir le suspect, un jeune homme mince, portant un pantalon blanc et torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon.

Le suspect « avait l’air dans un état second », selon Anthony Sadler. Après les Merah, Nemmouche, Kouachi, et Coulibaly, un nouveau « loup solitaire » – selon l’expression prisée par de nombreux médias – grossit donc la meute des fanatiques islamistes. Hélas, il semblerait que cet arbre cache une forêt bien épaisse…

Eté 2015: bilan globalement négatif

anne hidalgo paris plage

C’est presque la rentrée. On le voit à la mine déprimée des parisiens, et aux fournitures scolaires qui envahissent les rayons des supermarchés… Petit bilan des deux derniers mois – marqués par la crise grecque, la crise du porc et les coups de soleil… mais pas seulement…

01/07 : Rien. C’est le premier jour du mois.

04/07 : Au Royaume-Uni un quinquagénaire meurt foudroyé, alors qu’il brandissait une « perche-à-selfie » métallique vers le ciel… L’individu n’a pas survécu à la charge électrique et à de graves brûlures. Je me demande de quelle manière on racontera les circonstances de sa mort à ses petits-enfants, et aux enfants de ses petits-enfants… On dira certainement qu’il est mort à la guerre…

05/07 : Les grecs disent « OXI » et rejettent le plan austéritaire des créanciers par 61,31% contre 38,69%. Le premier-ministre Alexis Tsipras devient une star du show-business à l’égal de Jésus-Christ ou John Lennon. Une vague sauvage d’hellénophilie traverse l’Occident. Le pays de Demis Roussos et Sophocle redevient un paradis terrestre. Les pêches sont toutes miraculeuses, les terres arides se transforment en jardins luxuriants, les investisseurs et les touristes affluent en troupeaux, les créanciers sont joviaux, le soleil darde ses rayons avec plus d’enthousiasme que jamais… l’austérité est abolie ! Inutile de dire que le lendemain de cuite a été un peu douloureux pour certains… Par ailleurs le 5 juillet un championnat du monde de soupe au pistou a été organisé à Miramas dans les Bouches-du-Rhône. Six-cent convives ont dégusté des litres de soupe, jugés et notés selon la taille des légumes, la texture, l’assaisonnement, le goût et l’aspect du breuvage… Les activités humaines sont fascinantes…

06/07 : Une indiscrétion d’un intérêt capital dans la Lettre de l’expansion nous apprend que Michel Rocard a cassé la graine avec le chef d’entreprise Christian Blanc. Malheureusement la brève ne précise pas le détail des aliments ingérés, ni si la digestion s’est bien passée pour Michel… C’est frustrant. Ainsi va la politique du ventre…

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07/07 : Sur la Place rouge, à Moscou, une violente bagarre éclate entre des sosies-attrapes-touristes de Staline et Lénine… Une enquête a été ouverte. L’Histoire jugera.

10/07 : Le Japon annonce l’installation prochaine du Wi-fi au sommet du Mont Fuji… La prochaine étape ? Une appli permettant de télécharger la montagne sur son Smartphone ? On va dans le mur, tu viens ?

12/07 : Émergence, dans la presse autorisée, de nombreuses de photos éprouvantes de Nicolas Sarkozy en train de faire du vélo : la campagne de 2017 est donc officiellement lancée…

14/07 : En pleine Fête nationale deux incendies monstres se déclarent au sommet de cuves d’hydrocarbures autour de l’étang de Berre… Les colossaux panaches de fumée ne sont pas encore dissipés au-dessus du complexe pétrochimique que le gouvernement écarte déjà la piste terroriste pour évoquer un… « acte malveillant« . C’est trop peu. J’aurais préféré personnellement : un « acte non bienveillant« . Et les malveillants courent toujours…

16/07 : Anne Hidalgo, mairesse de Paris (il faut dire comme ça) lance Paris-Plage sur Twitter avec ce message sibyllin et hystérique bourré de smileys, qui restera dans les annales du n’importe quoi… Heureusement qu’elle ne dispose pas de la force de frappe nucléaire…

19/07 : Michel Sapin se casse un bras dans une station-service en se servant de l’essence. La France découvre, pétrifiée, qu’en fait ce ministre ne sait absolument rien faire…

20/07 : Le Figaro propose un classement des meilleurs kebabs de Paris. Les temps changent. Et quand ça change, ça change… ‘faut jamais se laisser démonter…

22/07 : Nice-Matin nous apprend qu’un habitant de Saint-Laurent-du-Var a sorti de l’eau une daurade de 15kg. L’intéressé déclare : « Je suis pêcheur depuis mon enfance et c’est rare de prendre une daurade coryphène de ce poids-là au mois de juillet. Je pense que cela est dû au réchauffement climatique ». L’article est accompagné d’un portrait du pêcheur tenant en main sa prise monstrueuse. Voilà, c’est tout. La presse régionale crèvera de ce genre d’images…

23/07 : On apprend le même jour que le « Défenseur des droits » demande l’interdiction de l’usage des flash-ball par les forces de l’ordre, et qu’une opération de communication sirop-guimauve de la police a conduit des fonctionnaires à distribuer des bonbons aux voyageurs dans un grand aéroport international… La police qui distribue des douceurs, ça se passe : a/ en Russie b/ au Tadjikistan c/ à Cuba d/ en France e/ en Corée du Nord ?

27/07 : Un petit village de l’Essonne est littéralement envahi par les coléoptères… « Les habitants de Saint-Maurice-Montcouronne sont excédés, rapporte l’AFP. Ils sont envahis par des insectes qui sortent à la tombée de la nuit et s’introduisent dans les maisons« . Ça, et le succès médiatique de Donald Trump, ça sent un peu la fin du monde…

01/08 : Le célèbre lion Cecil du Zimbabwe (ex- Rhodésie du Sud), superstar du Parc national Hwange est abattu par un chasseur américain, qui est – détail aggravant – dentiste de profession. L’émotion est immédiate et l’indignation internationale. On signe des pétitions. On commercialise des t-shirts et des mugs. Pourtant aucune réaction de Nicolas Sarkozy… Droite complice !

07/08 : J’apprends l’existence d’une commune nommée « Angoisse » en Dordogne… Il faut absolument y ouvrir un village-vacances d’écrivains…

09/08 : « Tournée des plages » estivale des Jeunes Républicains : les sacripants distribuent des préservatifs marqués de l’inscription : « Merci pour ce moment » – en référence au chef d’œuvre de Valérie Trierweiler. C’est dur.

10/08 : A Lyon un SDF d’origine Bulgare tente de se suicider à deux reprises dans la journée : en se jetant successivement dans la Saône et le Rhône (ce qui est le grand luxe de la capitale des Gaules…) Par deux fois Boudu est sauvé des eaux par les pompiers. Si on ne peut même plus se suicider en paix… Pays de merde !

11/08 : Médusés, des touristes sont les témoins consternés, à Paris-plage, du face-à-face pathétique entre « Tel-Aviv-sur-Seine » (opération évènementielle en toc liée au jumelage entre la Ville lumière et la ville côtière israélienne) et « Gaza-plage » (rassemblement sauvage d’activistes tiers-mondistes, d’élus d’extrême-gauche en mal de médiatisation et de femmes voilées) … 500 policiers sont mobilisés pour  l’occasion. Lassée, Anne Hidalgo préfère passer ses vacances sur la plage, en Espagne… à Cadix-plage.

12/08 : Étrange : c’est aujourd’hui l’anniversaire de François Hollande, mais aussi celui de Julien Lepers et Djibril Cissé… C’est également la journée de la loutre. Et c’est un 12 août que l’Urss a fait exploser sa première bombe H. H comme… Hollande… Coïncidence ?! Je ne crois pas…

14/08 : Geneviève de Fontenay s’exprime enfin sur les attentats de Janvier (c’est une voix qui manquait…) ; elle déclare notamment au sujet de Charlie Hebdo : « on l’a cherché, il ne fallait pas faire ces dessins« . Je pense plutôt qu’il ne fallait pas faire ce chapeau, et que la petite tête qui est dessous devrait se taire plus souvent…

15/08 : Rien.

16/08 : Jean-Jacques Goldman, Omar Sy et Simone Veil sont élus « personnalités préférées des Français« © par les lecteurs du JDD. L’absence de Mimie Mathy en dit long sur l’état de délabrement moral de ce pays…C’est petit.

17/08 : Révélation choc d’un chercheur américain : une cassette d’Enrico Macias aurait été retrouvée dans les affaires personnelles de Ben Laden. Qui s’en étonnera ?

18/08 : Pour ses vacances Vladimir Pouline plonge à la découverte d’une épave byzantine à bord d’un sous-marin de poche. Un nouvel exploit, après l’équitation torse-nu, la pêche de brochets colossaux, et la chasse à la baleine… L’année prochaine il pose le pied sur Mars !

19/08 : Les sauvages de l’Etat-Islamique décapitent l’ex-directeur du site archéologique de Palmyre, et attachent son corps supplicié à une colonne… Les mots manquent aux grands dirigeants occidentaux, qui d’ailleurs restent muets.

20/08 : La province de Buenos Aires (Argentine) contraint par la loi l’emploi de clowns, dans les hôpitaux, afin d’accabler encore davantage les enfants malades. Avec les « Pierrots de la nuit »© parisiens une Internationale des clowns-fonctionnaires est en train de voir le jour…

Il est temps que ça se termine… D’autant que se profile à l’horizon la « rentrée littéraire » et son cortège de livres de Christine Angot et consorts. Vivement octobre – le mois des vendanges tardives et des révolutions !

 

 

Cambadélis au secours de Jean-Marie Le Pen

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Au 10 rue de Solférino, le roi de l’amalgame a encore frappé. L’hiver ayant soufflé sa bise, Jean-Christophe Cambadélis n’assimile plus le vote frontiste à la profanation d’un cimetière juif, pas plus qu’il n’associe l’Etat islamique et Israël, ni qu’il renvoie dos à dos « islamophobie » et antisémitisme comme deux formes rivales de « xénophobie ». Non, il se dit que le Premier secrétaire du Parti (dit) Socialiste a potassé son catéchisme antiraciste et concevrait même qu’on puisse être Français ET musulman – voire victime de racisme anti-blanc suivant la pigmentation de sa peau ?

Cette fois, Camba a trouvé une nouvelle occasion de se draper dans sa vertu : l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN ! Bien que la père et la fille soient bonnet blanc et blanc bonnet aux yeux de l’apparatchik en chef du PS, l’ancien dirigeant de l’Unef ne se console pas de la perte d’un diable aussi commode. Cela donne un twieet on ne peut plus compatissant : « La tentative d’assassinat de JM Le Pen par une Marine Le Pen cachée derrière la tenture est terrifiante. Les Atrides au portes du pouvoir… » (sic, les fautes sont d’origine). Dans l’imaginaire de l’ex-strauss-kahno-aubryste rallié au hollandisme, Marine Le Pen n’aurait fait que ripoliner la boutique frontiste, qui ne serait rien d’autre qu’un magasin des horreurs pétainiste et antisémite. Au vu des scores toujours croissants du FN dans nos campagnes, cela fait froid dans le dos…

On ne manquera pas d’ironiser, voire de ricaner, devant tant de bienveillance à l’égard une personne âgée. Mais une question demeure: Jean-Marie Le Pen est-il une chance pour la France ou une victime de la société?

Le génie des bipolaires

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oms bipolaires qi

On dit souvent que l’intelligence rend fou ou que la folie rend intelligent. Ce qui n’était qu’un mythe nourri par les vies de Nietzsche, Van Gogh ou Althusser, est aujourd’hui confirmé par des données scientifiques. Les troubles psychiques, notamment la bipolarité, se retrouvent en effet plus fréquemment chez les gens disposant d’un quotient intellectuel et d’une créativité supérieurs à la moyenne.

C’est une étude menée par une équipe écossaise qui permet de tirer cette conclusion. Les chercheurs ont comparé deux données sur un échantillon de 1881 personnes du même âge. D’un côté, leur QI à l’âge de 8 ans, de l’autre, leur propension à présenter des troubles maniaco-dépressifs à l’âge de 23 ans.

Le rapport révèle une certaine corrélation entre les deux phénomènes étudiés. Chez les 10% de jeunes ayant le plus de prédispositions aux troubles psychiques, le QI moyen est supérieur de 10 points à celui des 10% d’enfants les moins susceptibles de subir les conséquences de la bipolarité.

Daniel Smith, professeur à l’université de Glasgow et directeur de l’étude, a commenté ses résultats pour le journal anglais The Guardian : « Il y a quelque chose dans les gènes causant les désordres mentaux qui pourrait s’avérer un avantage. ». Pour lui, l’intelligence semble donc fleurir au-dessus d’une activité mentale instable. « Il est possible que de sérieux troubles du comportement, comme la bipolarité, soient le prix à payer pour disposer de qualités d’adaptation comme l’intelligence, la créativité et la maîtrise verbale ». La folie, vue comme décalage d’une personne par rapport à l’ordre social, peut donc aussi tracer des voies pour l’évolution humaine.

Une autre étude, réalisée en Islande, avait déjà donné des conclusions analogues. On y apprenait que les personnes bipolaires se rencontrent plus souvent dans les milieux artistiques, domaines où la créativité s’épanouirait le plus. Chez les peintres, écrivains, musiciens et danseurs, il y aurait 25% de chances supplémentaires de trouver les gènes impliqués dans le développement de la bipolarité que chez les agriculteurs, travailleurs manuels et commerçants.

Kari Stefansson, président de DeCODE, la société à l’origine de ces travaux, avait expliqué ses conclusions dans le journal Nature Neuroscience au moment de leur parution: « Pour être créatif, il faut penser différemment. Quand on est différent, on a tendance à être considéré comme étrange, fou, voir même malsain ». L’apport de l’équipe écossaise semble donc confirmer cette tendance de la recherche et consolider la croyance tenace selon laquelle les artistes et les intellectuels sont bien souvent aux confins de la folie.

Cependant, comme Daniel Smith l’explique, si une corrélation existe, le mécanisme n’a rien d’automatique. Avoir un fort QI ou des capacités créatives n’est pas synonyme de folie. Ce sont des raisons exogènes qui fragilisent l’individu : « Un fort Qi n’est pas un facteur certain de la bipolarité. Mais peut-être que les gènes qui confèrent l’intelligence peuvent s’exprimer à travers des troubles dans un contexte d’exposition à d’autres facteurs de risque ». Il pourrait donc s’avérer nécessaire de protéger, sans brider leur créativité, les enfants concernés par ce risque.

Puisque le trouble bipolaire touche 1% à 2% de la population mondiale selon l’OMS, il constitue un problème majeur de santé publique. L’organisation la considère comme l’une des dix maladies les plus coûteuses et incapacitantes dans le monde. Les personnes touchées connaissent un taux de mortalité trois fois plus élevé que celui de la population générale. Le risque suicidaire est notamment majeur, avec un pourcentage de 10 à 15% chez les patients non traités. Moins grave mais tout aussi problématique, ce trouble peut causer la désocialisation des personnes atteintes. Les coûts directs et indirects de cette maladie sont ainsi évalués à plusieurs milliards d’Euros.

Mais au-delà de la question purement sanitaire, cette étude nous révèle que parmi nos plus brillants éléments, se cachent aussi des gens à la frontière de la folie. Susceptibles d’assumer des fonctions de commandement ou de direction, ces personnes font subir l’enfer à leurs subordonnées et collègues. Alors, si votre patron a des sautes d’humeur inexplicables, ne vous inquiétez pas, c’est sûrement la preuve de son intelligence.

*Photo:Pixabay.

Robert Ménard: Oui aux menus de substitution au porc!

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cantines robert menard porc beziers

cantines robert menard porc beziers

Gil Mihaely. Le 16 mars, le maire UMP de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret a annoncé qu’au nom du « principe de laïcité », il supprimerait dès la rentrée les menus de substitution au porc dans ses cantines scolaires.  Qu’en est-il dans les cantines de Béziers ?

Robert Ménard : À Béziers, on propose trois types de menus dans les cantines scolaires: un menu « normal » avec un plat de porc de temps en temps, un menu sans porc et un menu adapté aux différentes allergies (sans gluten). Cette situation me va très bien parce que je ne veux pas que mes enfants soient obligés de manger la viande le vendredi.  Je ne vois donc pas pourquoi j’imposerai le porc à ceux qui ne souhaitent pas en manger. A Béziers, il y a toujours une alternative pour les gens qui ne mangent pas du porc ! Je suis farouchement attaché à ce principe car je ne confonds pas laïcité et chasse aux religions.

En supprimant l’alternative au porc dans les cantines de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret pratique-t-il une forme de «chasse aux musulmans»?

Non. Je ne lance pas d’accusations à la légère, pour en avoir tellement subies moi-même…. Je dis seulement que j’ai une conception ouverte de la laïcité. Évidemment, aussi longtemps que je serai maire de Béziers il n’y aura ni repas hallal ni repas cacher dans les cantines scolaires, mais il y aura toujours des repas sans porc. Les repas hallal ou cacher n’ont pas leurs places car les pouvoirs publics n’ont pas à entrer dans ces logiques confessionnelles.

Que pensez-vous de l’idée de Yves Jégo d’obliger les mairies et les autres autorités compétentes de proposer dans les cantines un menu végétarien, une alternative sans connotation religieuse ?

Spontanément, je me méfie de ce genre d’obligations. Je trouve que l’Etat intervient déjà tellement sur tout. En revanche, je suis d’accord avec l’idée qu’il faut une alternative pour les gens respectant tel ou tel interdit alimentaire. Je ne vois pas au nom de quoi j’empêcherai les gens de respecter les interdits alimentaires de leur religion. C’est déplacé et je ne le ferai pas !

Une application stricte du principe de neutralité de l’Etat en matière religieuse n’imposerait-elle pas de proposer des menus indifférents aux religions ?   

C’est une vision d’ayatollah de la laïcité ! On ne peut pas ignorer les religions. J’ai fait installer dans l’Hôtel de Ville une crèche pour Noël et un chandelier à neuf branches pour Hanoukka parce que nous vivons dans un pays de tradition judéo-chrétienne et je suis respectueux de ces traditions-là.. Même si on m’a emmerdé pour cette histoire de crèche, j’ai finalement obtenu satisfaction. C’est la première fois dans une ville et je suppose qu’au mois de décembre prochain les crèches vont se multiplier dans d’autres villes. La salle de mon conseil municipal, qui date d’avant 1905, est décorée d’images de Saint-Aphrodise. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Les arracher ? C’est une folie. On a ouvert la féria de Béziers avec une grand-messe devant  8000 personnes dont certains disaient le Notre-Père pour la première fois depuis trente ans ! Ils étaient là et ils retrouvaient ce qu’ils sont. Ça fait partie de ce qu’on est, on ne peut pas gommer les religions, ni de nos paysages, ni de l’art,  ni de nos modes de vie et nos pratiques. Ma laïcité n’est pas une guerre aux religions mais une manière d’assurer la tranquillité et la paix publiques.

*Photo: wikimedia.

Thalys: Qui est vraiment Ayoub El Khazzani?

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ayoub khazzani thalys

ayoub khazzani thalys

(Avec AFP) – Après l’attentat raté de vendredi à bord du Thalys, deux enquêtes sont simultanément menées: l’une par le parquet antiterroriste de Paris, dont la compétence est nationale, et l’autre par le parquet fédéral belge. La garde à vue d’Ayoub El Khazzani, dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été prolongée samedi et peut durer jusqu’à mardi soir.

Ayoub El Khazzani, citoyen marocain de 26 ans, persiste à nier tout projet terroriste, expliquant avoir trouvé par hasard des armes dont il a décidé de se servir pour détrousser les voyageurs du Thalys. « Cela le ferait presque rigoler… », persifle son avocate. Et son conseil d’expliquer à la presse : « Il dit avoir trouvé ce fusil Kalachnikov, son pistolet Luger et un téléphone portable dans une valise, abandonnée dans un parc, près de la gare de Bruxelles où il avait pris l’habitude de dormir. Il est sans domicile fixe depuis qu’il s’est fait voler ses papiers à Bruxelles. Il a notamment travaillé comme peintre en bâtiment en Espagne, où il a aussi été condamné à deux reprises pour trafic de drogue en 2013. » L’avocate ne dit pas pourquoi son client a agressé au cutter les passagers qui voulaient le maitriser et lui retirer son arme : une réaction due à la panique?

Plus sérieusement, les différents services de police ont recoupé un faisceau d’indices qui permettent d’ébaucher son portrait-robot idéologique. Fiché comme membre de la mouvance djihadiste-salafiste par les services de renseignements espagnols et français, l’intéressé « raconte avoir voyagé en Espagne, à Andorre, en Belgique, en Autriche, en Allemagne et avoir fait un passage en France, mais sans préciser le lieu où il a séjourné. En revanche, il a contesté s’être rendu en Turquie et encore plus en Syrie », d’après son avocate. D’après les premiers éléments de l’enquête, El Khazzani a vécu sept ans en Espagne, de 2007 à mars 2014. Il y était arrivé à 18 ans, s’installant d’abord à Madrid puis à Algésiras, en Andalousie, où il s’est fait remarquer par des discours durs légitimant le jihad. Le jeune homme fluet et de taille moyenne y a vécu de petits emplois, et a été détenu une fois pour « trafic de drogues » selon une source des services antiterroristes espagnols.

Il semblerait que ce sympathisant de l’Etat islamique ne soit pas simplement un simple « activiste » (anglicisme qui signifie littéralement « militant »), comme les télévisions aiment à le désigner. Djihadiste croyant et pratiquant, conformément aux préceptes du théoricien de la « gestion de la sauvagerie » Abou Moussab Al-Souri, El Khazzani s’en est pris directement à des civils, probablement sans en référer à un commandement centralisé.

Ayoub El Khazzani, dont l’identité a été confirmée grâce à ses empreintes digitales, « vivait en Belgique, est monté dans un train en Belgique avec des armes sans doute acquises en Belgique. Si notre pays ne regorgeait pas déjà de candidats au djihad, on parlerait de base arrière.


*Photo : @AFP.

37° Centigrades l’après-midi

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lindo aldani 37

lindo aldani 37

La collection ‘Dyschroniques’ des Editions du Passager Clandestin propose depuis quelques années la réédition d’auteurs de Science-Fiction ou d’anticipation en format court, sous forme de nouvelles d’une centaine de pages. Parmi ces pépites oubliées, on trouve Les Retombées de Jean-Pierre Andrevon (1979), Faute de temps de John Brunner (1963), Le Testament d’un enfant mort de Philippe Curval (1978), Un logique nommé Joe de Murray Leinster (1946), Le Mercenaire  de Marck Reynolds (1962) ou La Tour des Damnées de Brian Aldiss (1968). Si l’essentiel de la collection – dix-huit titres – présente des récits marqués par la guerre froide ou la terreur nucléaire, 37 ° Centigrades, de Lino Aldani, fait un peu exception en décrivant un univers d’anticipation dominé par une sorte de totalitarisme doux, à la fois hygiéniste et consumériste. Aldani, auteur prolifique et fondateur de la revue de science-fiction italienne Futuro, au début des années 1960, n’a pas attendu le grand ébrouement de mai 68 pour dénoncer une le dévoiement de l’Etat-Providence, mis au service de la grande distribution, de l’injonction festive et de la médicalisation de la société. Dans l’Italie du futur imaginée par l’auteur, Nico Berti, citoyen de plus en plus désabusé, fait face aux tracasseries constantes que lui cause la toute-puissante C.G.M., la Convention Médicale Généralisée, sorte de Sécu dotée de pouvoirs coercitifs très étendus, capable de vous coller une amende si vous oubliez de prendre votre température ou si vous négligez en avril de ne pas vous découvrir d’un fil.

 

« Nico ressortit une main, rien qu’un instant, la leva et agita les doigts pour un salut qui se voulait amical. Puis il essaya de filer, de l’air du Monsieur qui n’a rien à se reprocher. Mais Esposito l’empoigna par le bras : –  Gilets de corps ? –  Je suis en règle, déclara le jeune homme. – Gros tricot de laine ? – Je l’ai mis ! Je l’ai mis ! – C’est bon, dit sans se démonter le petit homme de la C.G.M. Mais on ne prend jamais assez de précautions, Monsieur Berti. En avril, ne te découvre pas d’un fil ; aussi n’ôtez pas votre pardessus ; il y a une amende. »

Harcelé par le paternalisme dictatorial de la C.G.M., les citoyens n’échappent pas non plus aux sollicitations constantes de la publicité vantant par exemple les Levacars (l’équivalent, on l’aura compris, des voitures volantes de Blade Runner) Roëncit ou Demerces, ou tout autre produit, apparaissant sous toutes les formes – néons, radio, hauts-parleurs, affiches – et à tous les endroits de la ville, qui s’ajoutent aux recommandations constantes du consortium de santé. « Toute personne trouvée sans son thermomètre est passible d’une amende de trois cent quatre-vingt livres », avertit un panneau. « Seuls les pauvres types vont à pied. L’homme qui connaît son affaire roule à 200 dans un Roëncit, le Lévacar des temps modernes », proclame un autre. Un jour, Nico en a assez de supporter cette dictature des temps modernes et envoie tout balader – conventionnement médical, Lévacar, pardessus et thermomètre – pour, redevenu un homme libre et non protégé par l’Etat et l’industrie pharmaceutique, emmener sa petite amie à la campagne – en conduisant vite et imprudemment comme un véritable italien du temps de Dino Risi – et faire une orgie de repas plantureux, d’alcool consommé sans modération et de siestes crapuleuses dans les prés. L’escapade de Nico et de sa petite amie Doris se transforme en ode à un hédonisme anarchiste, opposé à la jouissance asservie qu’une société hypocondriaque tente d’imposer à tous. Mais bien évidemment, tout ne va pas se passer aussi bien dans le meilleur des mondes libérés pour les deux protagonistes de l’histoire…

Lino Aldani, figure importante de la littérature de science-fiction en Italie, est resté largement méconnu en France. Avec 37°Centigrades, il anticipe de façon singulière le principe de précaution qui a envahi l’existence de l’homme du XXIe siècle, harcelé par des recommandations incessantes, livré aux injonctions les plus envahissantes des institutions, firmes et associations toujours un peu plus soucieuses de sonder les reins et les cœurs. Pour la modique somme de 6 euros, on peut s’offrir cet été une petite visite en 80 pages du futur cruel et burlesque de Lino Aldani avant de revenir goûter aux paradoxes et aux tracasseries ubuesques de notre présent. 37 ° Centigrades, Lino Aldani, Editions du Passager Clandestin.

37° centigrades

Prix: 2,47 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

Pascal Jardin, neuf ans et des poussières

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vichy pascal jardin

vichy pascal jardin

Bien avant que l’on connaisse son nom, Pascal Jardin (1934-1980) a joué un rôle important dans notre vie puisqu’il a été le dialoguiste de Bernard Borderie pour la série des  films Angélique, marquise des Anges avec Michèle Mercier dans le rôle-titre. Ils passaient à la télé à l’époque où le carré blanc existait encore. Après avoir enflammé l’imaginaire érotique de la France dans les années 60, ils enflammaient celui des petits garçons des années 70 qu’on envoyait se coucher dès qu’Angélique se retrouvait à moitié-nue, c’est à dire bien avant la fin de la première bobine. Ce qui est certain aussi c’est que Pascal Jardin n’a pas franchement travaillé avec la Nouvelle Vague. Son genre de beauté en matière de film  noir par exemple,  c’était plutôt La Horse de Pierre Granier-Deferre avec Gabin qu’À bout de souffle de Godard avec Belmondo. En même temps, le cinéma, pour Pascal Jardin, c’était surtout alimentaire et sans doute avait-il conscience que son talent ne s’exprimait vraiment que dans ses livres, qui ne sont pas nombreux mais tous exquis, acides, précis, drôles et émouvants.

On a été très content, ainsi, de trouver en édition originale le premier qui lui ait valu un vrai succès, La guerre à neuf ans, publié en 1971 chez Grasset. Tomber sur l’édition originale pour deux euros, nous n’allions pas nous priver. D’autant plus que l’emballage était plutôt bien fait: une jaquette blanche sur  sur la couverture beurre frais avec en médaillon Pascal Jardin enfant et surtout un de ces bandeaux rouges chargés d’attirer l’attention du chaland mais qui, en l’occurrence, le faisait avec une certaine justesse :« Vichy vu par un Saint-Simon en culottes courtes. » La formule est heureuse et rend bien compte du propos: Pascal Jardin était le fils de Jean Jardin qui fut le directeur de cabinet de plusieurs excellences pétainistes y compris de Laval lui-même.

Pourrait-on parler aujourd’hui si légèrement de Vichy, même avec un regard d’enfant? Ce n’est pas certain du tout. Plus l’évènement s’éloigne dans le temps et plus on devient pointilleux sur la question, le devoir de mémoire se transformant en devoir de culpabilité. On peut penser que c’est très bien sur le plan politique même si on oublie au passage que Vichy n’était pas la France dans la mesure où un général ombrageux avait expliqué dès le 18 juin 40 à Londres que la République, c’était lui et ceux qui combattaient avec lui, et personne d’autre. Mais ça devient franchement ridicule quand cela s’applique encore  aujourd’hui dans le domaine des Lettres et que les écrivains collabos que l’on trouvait en livre de poche jusque dans les années 80 sont aujourd’hui à nouveau proscrits comme ils l’étaient en 45.

L’année où sort La guerre à neuf ans, 1971, est aussi celle du Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls. A ce titre, on peut penser que le Pascal Jardin est le dernier livre « innocent »  sur la question et Le chagrin et la Pitié le premier film « coupable ». Et encore, l’innocence de Jardin est celle de l’enfant, pas celle de l’adulte parfaitement conscient des ambiguïtés de Vichy, de l’ignominie de la Milice ou de la folie de la politique antisémite.

Seulement, crime qui est sans doute impardonnable aujourd’hui, il s’interdit tout pathos. Il est même léger, drôle, insolent et redoutablement précis. Autre chose impossible à concevoir aujourd’hui, c’est la préface d’Emmanuel Berl, grand bourgeois juif pacifiste, croix de guerre 1917, ami des surréalistes et de Drieu et surtout l’auteur des discours de Pétain du 23 et 25 juin où son sens de la formule est resté dans l’histoire puisqu’il est l’auteur de « La terre, elle ne ment pas » et de «  Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. » On pourra préférer ses admirables récits que sont Regain en Pays d’Auge ou Rachel et autres grâces, il n’en demeure pas moins que Berl, aussi portraituré par Jardin alors qu’il est déjà le mari de la chanteuse Mireille, incarne bien cette complexité qui rend un peu vaines les postures morales d’aujourd’hui.

Il faut donc lire La guerre à neuf ans avec la même innocence que l’enfant qui se souvient. L’effondrement de 40 vécu depuis une maison de campagne dans l’Eure, les portraits des ministres ou des intellectuels qui gravitent dans la ville d’eau aussi ennuyeuse que bruissante d’intrigues de palais.

Et puis le récit de la débandade dès 1943 est passionnant comme une tragédie ou un roman noir. Il y a, par exemple, cette incroyable scène où Jean Jardin passant en Suisse est sur le point de dégainer son arme contre des maquisards jurassiens: «  Je n’ai jamais compris pourquoi ils nous avaient laissés passer. Ce que j’ai appris plus tard, c’est que les Allemands nous faisaient suivre et que des occupants de la voiture de la Wermacht qui nous talonnait, et qui tomba dans l’embuscade, il n’y eut pas de survivants. »

On s’attardera, pour finir, sur le portrait de Paul Morand en sportif mutique qui épuise le jeune Pascal en baignades dans l’Allier ou dans la piscine du Tennis-Club: « Le temps que j’essaie de lui répondre, il est déjà absent de lui-même ou sorti de la pièce. Il ne croit pas aux réponses, les questions lui suffisent. » De quoi se demander si là, en l’occurrence, ce n’est pas aussi un autoportrait de Pascal Jardin, homme du monde  d’avant qui aimait les voitures rapides, les femmes, le jeu, les alcools forts et pour qui écrire cette Guerre à neuf ans fut d’abord une manière d’exercice spirituel, de bilan au mezzo del cammin di nostra vita.

 

La guerre à neuf ans de Pascal Jardin (Grasset, 1971), deux euros, Clos Saint-Marc, Rouen.

La Guerre à Neuf Ans

Prix: 28,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

Le déraciné

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renaud santa maria malheur chance

renaud santa maria malheur chance

Renaud Santa Maria, littérateur éclectique, auteur de nouvelles et poésies, plume de Gaspard Proust à ses heures perdues, nous livre son second roman : Le malheur sera ta chance. Dans les flots de la rentrée littéraire, ce livre au ton intime et parfois lyrique dévoile la vie d’un homme entre deux rives.

Chaque jour que Dieu essaie de faire, Augustin se rend au cimetière du Père-Lachaise, sur la tombe de Palma. Le 9 Septembre, elle l’a quitté, elle qui l’a construit, elle qui l’a porté, elle qui lui a donné son nom. Dès le début, l’œuvre revêt une dimension autofictionnelle puisque la mère récemment défunte de l’auteur s’appelle Palma Santa Maria. La mère-modèle du héros, le laisse, orphelin, face à ses responsabilités d’adulte. Mais l’écrivain se sert de cette histoire pour écrire une parabole à portée universelle.

Si le style est parfois légèrement filandreux, il sert un récit initiatique d’une construction intelligente et d’un classicisme trompeur. Plus centré sur l’introspection et le ressassement du souvenir, le roman nous raconte l’aventure du deuil. Deuil de la mère mais aussi de la foi, évaporée avec cette figure tutélaire. Perdu dans le monde moderne, Augustin est dans l’attente d’un signe divin pour continuer une vie suivant son cours sans le moindre repère. C’est à travers ce récit ordinaire que Renaud Santa Maria éclaire sous un nouveau jour l’aventure contemporaine.

Du cimetière du Père-Lachaise à Bruxelles, l’homme apprend progressivement à se détacher du souvenir pour pouvoir enfin se libérer du passé et embrasser le futur. Se plaçant sous le patronage de Rimbaud, qui, lui aussi, entretenait une relation fusionnelle avec sa mère, il revisite les lieux où celui-ci se fit tirer dessus par son amant et ami Paul Verlaine. La liberté du poète contraste pourtant avec la lourdeur des pas du héros.

Dans sa quête de sens, le personnage principal se pose une question universelle : « Quel est le sens de la vie quand la personne qui nous a construit disparaît »? Sorte de déraciné, il ne voit plus l’utilité de parler ni de vivre. Pourtant, par le dialogue avec ses amis et ceux qui ont connu sa mère, il apprend à grandir.

Pour grandir, Augustin doit réapprendre le rapport à l’autre. Aveuglé par le lien qui le relie toujours à sa mère, il en vient à perdre tout contact avec les vivants. C’est donc en faisant le deuil qu’il réapprend à se lier aux autres et à aimer. Et à aller de nouveau de l’avant en dépassant sa révolte.

Ode à la liberté, mais aussi à la nécessité du souvenir, le roman questionne la foi. Adolescent porté mais aussi freiné dans sa croissance par l’omniprésence de sa mère, Augustin survit en s’appuyant sur l’héritage spirituel et mystique de celle qui l’a formé. La foi était pour elle le phare immatériel d’une époque qui se noie dans le vide. Le roman prend en définitive la forme d’une réconciliation avec Dieu. En acceptant la mort, le jeune homme redécouvre la vie. Prêt à repartir de plus belle, le héros ne ressort pas neuf cette aventure mais grandi, car l’épreuve, dit-il est formatrice: « Les grandes victoires ne sont rien d’autre que de grands obstacles surmontés. »

Le malheur sera ta chance, Renaud Santa Maria, Belfond.

*Photo: wikimedia.

Attentat raté du Thalys : le récit des faits

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(AFP) – Les enquêteurs sont en train d’interroger l’homme qui a été maîtrisé hier par des militaires américains en vacances alors qu’il s’apprêtait à ouvrir le feu à la kalachnikov sur les passagers d’un train Amsterdam-Paris.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect serait marocain et âgé de 26 ans. Il a résidé en Espagne et avait été signalé comme islamiste radical par les autorités espagnoles aux services français. Il faisait donc l’objet d’une fiche « S », ce qui ne signifie pas forcément une surveillance.

Armé d’un fusil d’assaut kalachnikov, d’un pistolet automatique, de neuf chargeurs et d’un cutter, il a ouvert le feu à au moins une reprise à 17h50 vendredi dans le train à grande vitesse Thalys 9364, peu après le passage du convoi en France.

Mais le carnage qu’il s’apprêtait à commettre a été évité par l’intervention d’un groupe d’amis américains en vacances, dont deux militaires. Les hommes, dont un a été blessé, ont été salués comme des héros par les autorités françaises et par le président Barack Obama, qui leur a exprimé sa « profonde gratitude ». Les jeunes Américains ont raconté cet épisode « dingue » dans des propos filmés par divers médias.

« Tout est arrivé très vite », a dit Anthony Sadler, étudiant, qui voyageait avec ses amis Alex Skarlatos, 22 ans, et Spencer Stone, tous deux militaires américains, qu’il avait retrouvés pour des vacances en Europe.

« On a entendu un coup de feu et du verre brisé, » a rapporté M. Skarlatos, membre de la garde nationale de l’état de l’Oregon, rentré il y a peu d’une mission en Afghanistan. « J’ai vu un homme entrer dans le wagon avec une kalachnikov. »

Chris Norman, un consultant britannique âgé de 62 ans, qui voyageait dans le même wagon, a déclaré qu’ils avaient « vu un gars avec une AK47 (kalachnikov). Alex a dit à Spencer, +Va le choper!+. Le gars a sorti un cutter et il a tailladé Spencer à l’arrière du cou, il lui a pratiquement coupé le pouce aussi, Spencer l’a tenu et on l’a finalement maîtrisé, il était inconscient, on a fini par l’attacher ».

« Spencer a bien couru 10 mètres jusqu’au type. On s’est mis à le taper à la tête jusqu’à ce qu’il s’écroule », a raconté de son côté M. Skarlatos.

Sur des images filmées avec l’aide d’un téléphone portable à l’intérieur du train et diffusées par plusieurs chaînes de télévision, on peut voir le suspect, un jeune homme mince, portant un pantalon blanc et torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon.

Le suspect « avait l’air dans un état second », selon Anthony Sadler. Après les Merah, Nemmouche, Kouachi, et Coulibaly, un nouveau « loup solitaire » – selon l’expression prisée par de nombreux médias – grossit donc la meute des fanatiques islamistes. Hélas, il semblerait que cet arbre cache une forêt bien épaisse…

Eté 2015: bilan globalement négatif

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anne hidalgo paris plage

anne hidalgo paris plage

C’est presque la rentrée. On le voit à la mine déprimée des parisiens, et aux fournitures scolaires qui envahissent les rayons des supermarchés… Petit bilan des deux derniers mois – marqués par la crise grecque, la crise du porc et les coups de soleil… mais pas seulement…

01/07 : Rien. C’est le premier jour du mois.

04/07 : Au Royaume-Uni un quinquagénaire meurt foudroyé, alors qu’il brandissait une « perche-à-selfie » métallique vers le ciel… L’individu n’a pas survécu à la charge électrique et à de graves brûlures. Je me demande de quelle manière on racontera les circonstances de sa mort à ses petits-enfants, et aux enfants de ses petits-enfants… On dira certainement qu’il est mort à la guerre…

05/07 : Les grecs disent « OXI » et rejettent le plan austéritaire des créanciers par 61,31% contre 38,69%. Le premier-ministre Alexis Tsipras devient une star du show-business à l’égal de Jésus-Christ ou John Lennon. Une vague sauvage d’hellénophilie traverse l’Occident. Le pays de Demis Roussos et Sophocle redevient un paradis terrestre. Les pêches sont toutes miraculeuses, les terres arides se transforment en jardins luxuriants, les investisseurs et les touristes affluent en troupeaux, les créanciers sont joviaux, le soleil darde ses rayons avec plus d’enthousiasme que jamais… l’austérité est abolie ! Inutile de dire que le lendemain de cuite a été un peu douloureux pour certains… Par ailleurs le 5 juillet un championnat du monde de soupe au pistou a été organisé à Miramas dans les Bouches-du-Rhône. Six-cent convives ont dégusté des litres de soupe, jugés et notés selon la taille des légumes, la texture, l’assaisonnement, le goût et l’aspect du breuvage… Les activités humaines sont fascinantes…

06/07 : Une indiscrétion d’un intérêt capital dans la Lettre de l’expansion nous apprend que Michel Rocard a cassé la graine avec le chef d’entreprise Christian Blanc. Malheureusement la brève ne précise pas le détail des aliments ingérés, ni si la digestion s’est bien passée pour Michel… C’est frustrant. Ainsi va la politique du ventre…

rocard

07/07 : Sur la Place rouge, à Moscou, une violente bagarre éclate entre des sosies-attrapes-touristes de Staline et Lénine… Une enquête a été ouverte. L’Histoire jugera.

10/07 : Le Japon annonce l’installation prochaine du Wi-fi au sommet du Mont Fuji… La prochaine étape ? Une appli permettant de télécharger la montagne sur son Smartphone ? On va dans le mur, tu viens ?

12/07 : Émergence, dans la presse autorisée, de nombreuses de photos éprouvantes de Nicolas Sarkozy en train de faire du vélo : la campagne de 2017 est donc officiellement lancée…

14/07 : En pleine Fête nationale deux incendies monstres se déclarent au sommet de cuves d’hydrocarbures autour de l’étang de Berre… Les colossaux panaches de fumée ne sont pas encore dissipés au-dessus du complexe pétrochimique que le gouvernement écarte déjà la piste terroriste pour évoquer un… « acte malveillant« . C’est trop peu. J’aurais préféré personnellement : un « acte non bienveillant« . Et les malveillants courent toujours…

16/07 : Anne Hidalgo, mairesse de Paris (il faut dire comme ça) lance Paris-Plage sur Twitter avec ce message sibyllin et hystérique bourré de smileys, qui restera dans les annales du n’importe quoi… Heureusement qu’elle ne dispose pas de la force de frappe nucléaire…

19/07 : Michel Sapin se casse un bras dans une station-service en se servant de l’essence. La France découvre, pétrifiée, qu’en fait ce ministre ne sait absolument rien faire…

20/07 : Le Figaro propose un classement des meilleurs kebabs de Paris. Les temps changent. Et quand ça change, ça change… ‘faut jamais se laisser démonter…

22/07 : Nice-Matin nous apprend qu’un habitant de Saint-Laurent-du-Var a sorti de l’eau une daurade de 15kg. L’intéressé déclare : « Je suis pêcheur depuis mon enfance et c’est rare de prendre une daurade coryphène de ce poids-là au mois de juillet. Je pense que cela est dû au réchauffement climatique ». L’article est accompagné d’un portrait du pêcheur tenant en main sa prise monstrueuse. Voilà, c’est tout. La presse régionale crèvera de ce genre d’images…

23/07 : On apprend le même jour que le « Défenseur des droits » demande l’interdiction de l’usage des flash-ball par les forces de l’ordre, et qu’une opération de communication sirop-guimauve de la police a conduit des fonctionnaires à distribuer des bonbons aux voyageurs dans un grand aéroport international… La police qui distribue des douceurs, ça se passe : a/ en Russie b/ au Tadjikistan c/ à Cuba d/ en France e/ en Corée du Nord ?

27/07 : Un petit village de l’Essonne est littéralement envahi par les coléoptères… « Les habitants de Saint-Maurice-Montcouronne sont excédés, rapporte l’AFP. Ils sont envahis par des insectes qui sortent à la tombée de la nuit et s’introduisent dans les maisons« . Ça, et le succès médiatique de Donald Trump, ça sent un peu la fin du monde…

01/08 : Le célèbre lion Cecil du Zimbabwe (ex- Rhodésie du Sud), superstar du Parc national Hwange est abattu par un chasseur américain, qui est – détail aggravant – dentiste de profession. L’émotion est immédiate et l’indignation internationale. On signe des pétitions. On commercialise des t-shirts et des mugs. Pourtant aucune réaction de Nicolas Sarkozy… Droite complice !

07/08 : J’apprends l’existence d’une commune nommée « Angoisse » en Dordogne… Il faut absolument y ouvrir un village-vacances d’écrivains…

09/08 : « Tournée des plages » estivale des Jeunes Républicains : les sacripants distribuent des préservatifs marqués de l’inscription : « Merci pour ce moment » – en référence au chef d’œuvre de Valérie Trierweiler. C’est dur.

10/08 : A Lyon un SDF d’origine Bulgare tente de se suicider à deux reprises dans la journée : en se jetant successivement dans la Saône et le Rhône (ce qui est le grand luxe de la capitale des Gaules…) Par deux fois Boudu est sauvé des eaux par les pompiers. Si on ne peut même plus se suicider en paix… Pays de merde !

11/08 : Médusés, des touristes sont les témoins consternés, à Paris-plage, du face-à-face pathétique entre « Tel-Aviv-sur-Seine » (opération évènementielle en toc liée au jumelage entre la Ville lumière et la ville côtière israélienne) et « Gaza-plage » (rassemblement sauvage d’activistes tiers-mondistes, d’élus d’extrême-gauche en mal de médiatisation et de femmes voilées) … 500 policiers sont mobilisés pour  l’occasion. Lassée, Anne Hidalgo préfère passer ses vacances sur la plage, en Espagne… à Cadix-plage.

12/08 : Étrange : c’est aujourd’hui l’anniversaire de François Hollande, mais aussi celui de Julien Lepers et Djibril Cissé… C’est également la journée de la loutre. Et c’est un 12 août que l’Urss a fait exploser sa première bombe H. H comme… Hollande… Coïncidence ?! Je ne crois pas…

14/08 : Geneviève de Fontenay s’exprime enfin sur les attentats de Janvier (c’est une voix qui manquait…) ; elle déclare notamment au sujet de Charlie Hebdo : « on l’a cherché, il ne fallait pas faire ces dessins« . Je pense plutôt qu’il ne fallait pas faire ce chapeau, et que la petite tête qui est dessous devrait se taire plus souvent…

15/08 : Rien.

16/08 : Jean-Jacques Goldman, Omar Sy et Simone Veil sont élus « personnalités préférées des Français« © par les lecteurs du JDD. L’absence de Mimie Mathy en dit long sur l’état de délabrement moral de ce pays…C’est petit.

17/08 : Révélation choc d’un chercheur américain : une cassette d’Enrico Macias aurait été retrouvée dans les affaires personnelles de Ben Laden. Qui s’en étonnera ?

18/08 : Pour ses vacances Vladimir Pouline plonge à la découverte d’une épave byzantine à bord d’un sous-marin de poche. Un nouvel exploit, après l’équitation torse-nu, la pêche de brochets colossaux, et la chasse à la baleine… L’année prochaine il pose le pied sur Mars !

19/08 : Les sauvages de l’Etat-Islamique décapitent l’ex-directeur du site archéologique de Palmyre, et attachent son corps supplicié à une colonne… Les mots manquent aux grands dirigeants occidentaux, qui d’ailleurs restent muets.

20/08 : La province de Buenos Aires (Argentine) contraint par la loi l’emploi de clowns, dans les hôpitaux, afin d’accabler encore davantage les enfants malades. Avec les « Pierrots de la nuit »© parisiens une Internationale des clowns-fonctionnaires est en train de voir le jour…

Il est temps que ça se termine… D’autant que se profile à l’horizon la « rentrée littéraire » et son cortège de livres de Christine Angot et consorts. Vivement octobre – le mois des vendanges tardives et des révolutions !

 

 

Cambadélis au secours de Jean-Marie Le Pen

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Au 10 rue de Solférino, le roi de l’amalgame a encore frappé. L’hiver ayant soufflé sa bise, Jean-Christophe Cambadélis n’assimile plus le vote frontiste à la profanation d’un cimetière juif, pas plus qu’il n’associe l’Etat islamique et Israël, ni qu’il renvoie dos à dos « islamophobie » et antisémitisme comme deux formes rivales de « xénophobie ». Non, il se dit que le Premier secrétaire du Parti (dit) Socialiste a potassé son catéchisme antiraciste et concevrait même qu’on puisse être Français ET musulman – voire victime de racisme anti-blanc suivant la pigmentation de sa peau ?

Cette fois, Camba a trouvé une nouvelle occasion de se draper dans sa vertu : l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN ! Bien que la père et la fille soient bonnet blanc et blanc bonnet aux yeux de l’apparatchik en chef du PS, l’ancien dirigeant de l’Unef ne se console pas de la perte d’un diable aussi commode. Cela donne un twieet on ne peut plus compatissant : « La tentative d’assassinat de JM Le Pen par une Marine Le Pen cachée derrière la tenture est terrifiante. Les Atrides au portes du pouvoir… » (sic, les fautes sont d’origine). Dans l’imaginaire de l’ex-strauss-kahno-aubryste rallié au hollandisme, Marine Le Pen n’aurait fait que ripoliner la boutique frontiste, qui ne serait rien d’autre qu’un magasin des horreurs pétainiste et antisémite. Au vu des scores toujours croissants du FN dans nos campagnes, cela fait froid dans le dos…

On ne manquera pas d’ironiser, voire de ricaner, devant tant de bienveillance à l’égard une personne âgée. Mais une question demeure: Jean-Marie Le Pen est-il une chance pour la France ou une victime de la société?

Le génie des bipolaires

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oms bipolaires qi

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On dit souvent que l’intelligence rend fou ou que la folie rend intelligent. Ce qui n’était qu’un mythe nourri par les vies de Nietzsche, Van Gogh ou Althusser, est aujourd’hui confirmé par des données scientifiques. Les troubles psychiques, notamment la bipolarité, se retrouvent en effet plus fréquemment chez les gens disposant d’un quotient intellectuel et d’une créativité supérieurs à la moyenne.

C’est une étude menée par une équipe écossaise qui permet de tirer cette conclusion. Les chercheurs ont comparé deux données sur un échantillon de 1881 personnes du même âge. D’un côté, leur QI à l’âge de 8 ans, de l’autre, leur propension à présenter des troubles maniaco-dépressifs à l’âge de 23 ans.

Le rapport révèle une certaine corrélation entre les deux phénomènes étudiés. Chez les 10% de jeunes ayant le plus de prédispositions aux troubles psychiques, le QI moyen est supérieur de 10 points à celui des 10% d’enfants les moins susceptibles de subir les conséquences de la bipolarité.

Daniel Smith, professeur à l’université de Glasgow et directeur de l’étude, a commenté ses résultats pour le journal anglais The Guardian : « Il y a quelque chose dans les gènes causant les désordres mentaux qui pourrait s’avérer un avantage. ». Pour lui, l’intelligence semble donc fleurir au-dessus d’une activité mentale instable. « Il est possible que de sérieux troubles du comportement, comme la bipolarité, soient le prix à payer pour disposer de qualités d’adaptation comme l’intelligence, la créativité et la maîtrise verbale ». La folie, vue comme décalage d’une personne par rapport à l’ordre social, peut donc aussi tracer des voies pour l’évolution humaine.

Une autre étude, réalisée en Islande, avait déjà donné des conclusions analogues. On y apprenait que les personnes bipolaires se rencontrent plus souvent dans les milieux artistiques, domaines où la créativité s’épanouirait le plus. Chez les peintres, écrivains, musiciens et danseurs, il y aurait 25% de chances supplémentaires de trouver les gènes impliqués dans le développement de la bipolarité que chez les agriculteurs, travailleurs manuels et commerçants.

Kari Stefansson, président de DeCODE, la société à l’origine de ces travaux, avait expliqué ses conclusions dans le journal Nature Neuroscience au moment de leur parution: « Pour être créatif, il faut penser différemment. Quand on est différent, on a tendance à être considéré comme étrange, fou, voir même malsain ». L’apport de l’équipe écossaise semble donc confirmer cette tendance de la recherche et consolider la croyance tenace selon laquelle les artistes et les intellectuels sont bien souvent aux confins de la folie.

Cependant, comme Daniel Smith l’explique, si une corrélation existe, le mécanisme n’a rien d’automatique. Avoir un fort QI ou des capacités créatives n’est pas synonyme de folie. Ce sont des raisons exogènes qui fragilisent l’individu : « Un fort Qi n’est pas un facteur certain de la bipolarité. Mais peut-être que les gènes qui confèrent l’intelligence peuvent s’exprimer à travers des troubles dans un contexte d’exposition à d’autres facteurs de risque ». Il pourrait donc s’avérer nécessaire de protéger, sans brider leur créativité, les enfants concernés par ce risque.

Puisque le trouble bipolaire touche 1% à 2% de la population mondiale selon l’OMS, il constitue un problème majeur de santé publique. L’organisation la considère comme l’une des dix maladies les plus coûteuses et incapacitantes dans le monde. Les personnes touchées connaissent un taux de mortalité trois fois plus élevé que celui de la population générale. Le risque suicidaire est notamment majeur, avec un pourcentage de 10 à 15% chez les patients non traités. Moins grave mais tout aussi problématique, ce trouble peut causer la désocialisation des personnes atteintes. Les coûts directs et indirects de cette maladie sont ainsi évalués à plusieurs milliards d’Euros.

Mais au-delà de la question purement sanitaire, cette étude nous révèle que parmi nos plus brillants éléments, se cachent aussi des gens à la frontière de la folie. Susceptibles d’assumer des fonctions de commandement ou de direction, ces personnes font subir l’enfer à leurs subordonnées et collègues. Alors, si votre patron a des sautes d’humeur inexplicables, ne vous inquiétez pas, c’est sûrement la preuve de son intelligence.

*Photo:Pixabay.