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Rions un peu en attendant la dernière séance

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Le petit Freud illustré psychanalyseMême si elles n’ont pas toujours « bonne presse », les illustrations et les parodies sont à la mode. Les dessins humoristiques qui ornent la nouvelle édition du « petit Freud illustré » paru aux Editions de l’Opportun, feront sans doute bien des heureux chez les psychanalystes – et leurs patients en fin de parcours – toujours prêts à sourire de leur métapsychologie et fidèles en cela à Freud qui fut lui-même un « pessimiste joyeux ». La « préfarce » signée par René Roussillon y contribue : le professeur émérite de l’Université Lumière-Lyon II cautionne cette sympathique mise en dérision d’une pratique et des institutions, lui qui rappelle au passage « être patenté de la plus ancienne société d’analystes de France ».

Ce livre est à proprement parler psychanalytique : on ne sait pas par quel bout le prendre ! Un peu comme un symptôme qui chercherait à vous attirer dans ses filets afin de mieux vous égarer : il se présente sous la forme sérieuse d’un abécédaire mais à peine les premières pages parcourues, le lecteur non averti – résistant à l’analyse ? – se trouve désorienté, lâché en rase campagne. Quelques exemples : à la rubrique « Autoérotisme » là où un Pr Laplanche – le seul traducteur des œuvres complètes de Freud n’est mentionné que dans la bibliographie – aurait consciencieusement évoqué un « temps second », celui d’un « rebroussement » de la sexualité sur soi-même après un épisode de séduction originaire par un adulte, les deux auteurs « psy » évoquent une « conduite non accompagnée et la plupart du temps décapotable ». Et de citer Woody Allen dont les trente années passées sur un divan l’autorisent de lui-même à expliciter la notion : « C’est toujours l’occasion de faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime bien. » Cela reste encore à prouver ! A la matière « Objet », cela commence doctement : « concept central de la psychanalyse » mais dérape au final : « l’objet partiel peut concerner la femme, on parle alors de « cornichons ». Suivent deux illustrations dont un cactus bien phallique présenté comme « objet anaclitique pour maso » – tiens, nous pensions qu’anaclitique devait être banni du vocabulaire de la psychanalyse pour cause d’égarement traductif – et une araignée qui se laisse lentement choir du plafond sur un divan occupé : situation idéale pour un phobique. A « Restes diurnes », l’on découvrira un gentil quatrain qui ne vaut tout de même pas un Roubaïyat d’Omar Khayyam. Certes, une fois ce « petit Freud » décortiqué pendant une séance de cinquante minutes, l’analyste jubile. Sans jouir. Le patient lui aussi savourera. Mais quid du profane ? Il restera à ce dernier, tout comme Ronald Reagan découvrant chaque matin le « President’s daily brief », la revue la plus exclusive des renseignements top secret de Washington, la possibilité d’en commenter par défaut les images. Ou de se reporter aux « Pages roses » et autres « Locutions latines et étrangères » consignées en fin d’opus. Enfin, comment reconnaître un psychanalyste ? C’est le seul à vous « proposer en soirée, un café…allongé ». Il fallait oser !

Le petit Freud illustré par Damien Aupetit & Jean-Jacques Ritz

Le petit Freud illustré

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Faites ce que l’école dit, pas ce qu’elle fait

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Médine laïcité ouverte écoleAprès avoir mis en place pendant des années la pédagogie de l’élève au centre, nos politiques semblent s’étonner que la parole du professeur n’ait pas de poids, voire qu’elle soit parfois remise en cause.

Mais cela n’empêche nullement notre gouvernement d’espérer de ceux à qui on a appris que la parole de l’élève équivalait à celle du prof qu’ils croient sur parole que celle des institutions leur est supérieure.

Sans l’exemple, si cher à Jules Ferry, la théorie n’est qu’un discours vide de sens. Alors que dire de la théorie contredite quotidiennement par la pratique ?

Cette école, qui menace de sanctions qu’elle n’applique que rarement, qui prône le travail et le mérite tout en abaissant sans cesse ses exigences, qui a le mot de respect plein la bouche mais qui laisse une minorité perturber le travail de la majorité, qui, pour motiver les plus faibles, n’a pas trouvé mieux que de démotiver les plus forts, qui veut cacher le niveau des élèves derrière des couleurs pour que les parents retrouvent les leurs, qui valide l’inattention en cours par la multiplication d’heures de soutien inefficaces dans le secondaire après avoir supprimé les RASED, ferait toujours autorité ?

Celle qui a justement délocalisé l’autorité et le savoir dans le privé et dans le soutien scolaire à la maison, celle qui veut prendre en compte la diversité des élèves mais qui s’accroche, en dépit du bon sens, au collège unique, celle qui rend la réussite de plus en plus inaccessible aux classes sociales défavorisées, qui a remplacé l’égalité par l’égalitarisme, l’altruisme par le misérabilisme et le courage par la lâcheté voudrait qu’on croie en sa crédibilité ?

La spécialiste de l’individualisation des parcours nous demande instamment d’avoir foi en l’universalité. La reine du traitement au cas par cas nous demande de croire plus que jamais au sens du collectif.

Cette école, qui a effacé de son vocabulaire le mot « cancre » mais qui a largement étendu son concept en ne le limitant plus aux élèves limités intellectuellement et qui est devenue, dans le même temps, celui de l’Europe, qui ne sait plus lire Jacques Prévert et lui fait donc dire le discours de l’Education Nationale, qui a cru qu’il suffisait de faire disparaître des mots pour éliminer ses maux, serait devenue, en quelques jours, le dernier rempart contre les extrémismes ?

C’est comme si la société tout entière, portée par le fameux esprit du 11 janvier, semblait découvrir que l’école pourrait avoir un rôle à jouer dans la fabrication des esprits.

Et les parents, ces braves usagers de l’Education nationale, demandent maintenant que les professeurs soient écoutés, eux qui contestent sans vergogne leurs décisions, qui ne sont jamais avares de conseils en matière de pédagogie, qui s’étonnent que le génie de leurs enfants ne nous ait pas encore sauté aux yeux ; ces doublons des inspecteurs régionaux qui donnent leur avis sur nos compétences en plein conseil de classe, qui prennent part à toutes les décisions au sein du CA, dont la voix vaut autant que celle du professionnel dans les conseils de discipline (remercions Ségolène Royal pour toutes ces belles réformes), comptent désormais sur l’Education nationale pour que la hiérarchie soit respectée et pour que leurs enfants ne se laissent pas entraîner sur la voie de l’extrémisme. C’en est presque émouvant.

Quant aux gouvernements successifs, qui ont maintes fois montré leur mépris et leur sexisme envers les enseignants en gelant les salaires tandis que la profession se féminisait, en mettant en cause leur bonne volonté ou leur ardeur au travail (Ségolène Royal), en choisissant des ministres chefs d’entreprises (Luc Châtel) ou désireux de faire passer l’idéologie avant le savoir (Peillon, Vallaud-Belkacem), semblent se rendre compte tout à coup que l’école est importante et qu’elle pourrait même aider à former des citoyens dignes de ce nom.

C’est beau de voir ces parents qui s’en sont sortis sans l’école et ces élites issues des grandes écoles – eux qui empêchent souvent par leurs discours celui des parents des classes laborieuses de passer – trouver un nouveau terrain d’entente.

Oubliant sans doute que l’enseignement de l’histoire peut vacciner contre l’extrémisme ou que la littérature peut changer la vie, ignorant sans doute aussi combien de fois ces notions sont abordées en classe, la ministre de l’Education nationale voudrait « faire passer le message de la laïcité au travers de formations dispensées par des formateurs formés pour cela ».

Car non seulement les professeurs auraient un impérieux besoin d’être formés à la laïcité (une seconde fois car cette « formation » nous a déjà été généreusement dispensée à l’IUFM) mais ces mêmes formateurs ne pourraient être bien formés idéologiquement que par d’autres formateurs.

On a un petit aperçu, à travers cette simple annonce, de la confiance que la ministre peut témoigner au corps enseignant. Cela en dit long également sur la connaissance qu’elle a du monde enseignant et de l’école, elle qui pense que quelques discours de profs déconsidérés suffiront à combattre des croyances construites au quotidien au sein de la famille, sur Internet et devant la télé, au sein de groupes ou de communautés.

Oui, à une époque, l’école aurait pu faire barrage à certains comportements extrémistes. Fort heureusement, elle a tant combattu les fascismes qu’elle en est désormais exempte.

« Les enfants ne se gâtent pas moins par des peines mal ordonnées que par l’impunité », disait La Bruyère. Un dangereux fasciste.

Devant cette incapacité de l’école à faire coïncider théorie et pratique, on peut se demander si la mise en place d’un service national, dans lequel les discours seraient enfin suivis d’effets et où on inviterait les jeunes citoyens à être acteurs de la société, ne devient pas bien plus urgent que la formation de formateurs à la laïcité.

Guerre contre le djihadisme: diviser pour mieux gagner?

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ere vide islam djihadLa cruelle imagination de Daesh a culminé ces derniers jours avec la diffusion de la vidéo du pilote jordanien brûlé vif dans une cage. Après la découverte des charniers yézidis, l’EI doit sans cesse rassasier la soif morbide de ses admirateurs et les vidéos se succèdent, chacune plus horrible que les précédentes. Cette fois, ce n’est pas un otage occidental mais l’armée d’un pays arabe qui est touchée. La Jordanie, un pays sunnite qui jouxte le territoire de Daesh, est engagée depuis plusieurs années dans la formation d’opposants au régime de Damas. Elle s’est jointe aux Etats-Unis pour évincer Daesh de l’après Bachar.

L’aviation jordanienne n’a pas tardé à venger son camarade : appuyée par les Emirats Arabes Unis, elle a redoublé de raids aériens. L’université Al Azhar du Caire, souvent décrite comme la plus haute autorité de l’islam sunnite, a appelé à crucifier ces barbares. Dans la rue arabe, l’exécution bestiale du pilote jordanien a provoqué une émotion sans précédent depuis le début du conflit. Elle encourage les gouvernements sunnites de la coalition à accentuer leur effort de guerre contre les troupes cosmopolites d’Al Baghdadi.

Cette nouvelle détermination sunnite ne fait pas les affaires de l’EI. Déjà affecté par une cuisante défaite à Kobané, Daesh recule sur tous les fronts, à Alep, près de Mossoul et dans la province irakienne de Diyala. Mais Daesh ne rompt pas, la retraite progressive se fait en bon ordre. Ce recul est probablement un regroupement tactique avant l’offensive terrestre prévue au printemps en Irak par l’état-major américain. La coalition a repris l’initiative, elle tentera dans quelques semaines de coordonner les forces kurdes, chiites mais aussi l’armée irakienne et les tribus sunnites opposées à Daesh. En Irak, la victoire militaire n’est qu’une question de temps, bien que des poches djihadistes vont sans doute persister à semer la terreur dans les années qui viennent. Le délai de la victoire finale dépend aussi des possibilités de repli de Daesh en Syrie, et donc de la stratégie choisie par la coalition en amont de L’Euphrate.

Or en Syrie, de contre-offensive terrestre, il n’est toujours pas question. Al-Nosra se tient prêt à engranger les fruits des bombardements de la coalition qui se concentre sur Daesh. Ce qui lui permettrait de reprendre sa place de leader du djihadisme international. L’autre alternative crédible à la filiale d’Al-Qaïda, c’est Bachar al-Assad et ses alliés iraniens et chiites libanais. Entre eux et les différentes milices sunnites djihadistes, Jordaniens, Turcs et Arabes ont déjà fait leur choix. Alors que l’exécution de l’otage jordanien était imminente, l’Orient le jour a souligné qu’un prédicateur proche d’Al-Qaïda avait été libéré à Amman. L’objectif des services jordaniens est de discréditer le discours de Daesh en lui opposant celui de son rival Al-Qaïda, jugé plus modéré et plus conforme aux intérêts des États sunnites opposés à Bachar. Des manœuvres de court terme assez hasardeuses lorsqu’on connaît la porosité entre les deux formations.

Combattre l’influence chiite dans le croissant fertile, au centre du Moyen-Orient, est la seule priorité de nos alliés sunnites comme d’Israël. Mais pour l’Europe et les Etats-Unis, quel est l’intérêt de voir ses soutiens dans la région troquer Daesh pour Al-Qaïda ? Alimenter les divisions entre djihadistes ne réglera pas le chaos syrien.

Le prix Ilan Halimi 2015 sera remis demain au Conseil Général de l’Essonne

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Le jury du Prix Ilan Halimi 2015 contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de discrimination sera décerné, vendredi 13 février, jour anniversaire de la mort d’Ilan Halimi lors d’une cérémonie à l’Hôtel du Département de l’Essonne à Evry.

Rappelons que ce prix a été créé l’an dernier à l’initiative du Conseil Général de l’Essonne et de son président Jérôme Guedj. Celui-ci a tenu à rappeler à quel point l’actualité terrifiante de ce début d’année rendait indispensable ce type d’engagement : « Cette initiative prend un sens encore plus fort à la lumière de la terrible attaque contre l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, qui a fait quatre morts, visés eux aussi en raison de leur appartenance à la communauté juive, deux jours après celle perpétrée contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Le Prix Ilan Halimi honore la mémoire d’un homme tué au seul motif qu’il était juif, mais vise aussi et surtout à combattre la banalisation de l’antisémitisme et du racisme sous toutes ses formes, à faire reculer les stéréotypes et les préjugés, et à encourager à la tolérance et la fraternité, valeurs clés de notre République, clamées haut et fort par quatre millions de personnes lors du grand sursaut civique du 11 janvier dernier. »

La remise du prix sera précédée d’une cérémonie d’hommage à Ilan Halimi organisée par la mairie de Sainte-Geneviève-des-Bois, la ville où le corps martyrisé d’Ilan avait été retrouvé le 13 février 2006 le long des voies du RER C.

Islamoterrorisme: la thérapie de choc de Malek Boutih

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Malek Boutih banlieues islamOn n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. On ne combat pas les djihadistes en les lapidant avec des fraises Tagada.

J’ai entendu, comme vous, beaucoup de choses, ces derniers jours. Les « Je suis Charlie » couvrent tout le spectre de la pensée humaine – y compris le crétinisme avéré. Du vrai, du beau, du fort. Je like ! Mais aussi du gluant, du désolant, du révoltant. Ces deux options étant parfois entremêlées, je n’ose pas dire amalgamées, hihihi.

Ainsi, j’ai été enthousiasmé d’entendre le discours digne et viril de Manuel Valls à l’Assemblée après les attentats de Paris. Puis j’ai été douché froid par sa très malheureuse référence à l’apartheid, porte ouverte à toutes les dérives victimistes, y compris les pires.

J’ai été enchanté d’apprendre que l’hémorragie du budget de la défense serait stoppée. Le président a bien raison d’aller faire entendre la voix de la France à grands coups de missiles sur les bases de Daesh. Mais sans vouloir faire offense à mon chef de l’État, il me semble au vu de certains événements récents que l’islamoterrorisme ne soit pas circonscrit au Proche-Orient. Et je ne crois pas qu’on puisse envoyer le porte-avions Charles-de-Gaulle à Gennevilliers ou à Grigny. D’abord parce qu’il n’y a pas la mer. Et quid du danger de stigmatisation ?

Certes, on pourra, toujours, à la prochaine tuerie, déployer l’armée dans les cités de non-droit, comme l’avait proposé en 2012 la députée socialiste des quartiers Nord de Marseille Samia Ghali (aussitôt recadrée par le président : « L’armée n’a pas sa place pour contrôler les quartiers. »). Et comme l’avait suggéré avant elle Élisabeth Lévy (après les émeutes de Grenoble en 2010), ce qui lui avait valu une cathédrale de crachats (Verdi) en provenance des camps islamiste et islamistophile.

À ceci près que l’armée au bas des tours, c’est trop chouette, mais ni Samia, ni Élisabeth, ni moi, ni personne ne le conçoit comme une solution globale. Ce n’est, au mieux, qu’une partie de la solution. Et là, divine surprise, ne voilà-t-il pas qu’un élu de la République esquisse un embryon de solution globale. Et un élu de gauche, avec ça… Champagne ![access capability= »lire_inedits »]

Le moins qu’on puisse dire est que Malek Boutih n’y va pas avec des pincettes. En la circonstance, c’est une preuve de sérieux. Pour dire certaines urgences, il ne faut surtout pas les noyer dans cinquante nuances de vert. Ainsi son interview au Point du 13 janvier dernier est-elle titrée : « Des élus locaux corrompus ont pactisé avec les gangsters et les islamonazis ». Et d’enfoncer le clou en précisant que ce phénomène touche aussi bien des banlieues socialistes « où il faut faire le ménage » que des villes gérées par la droite ou l’UDI dont les maires « pactisent avec les dieudonnistes »

Et le pire, explique Malek une semaine plus tard sur France Inter, c’est que, dans certaines villes, les élus locaux n’ont le choix qu’entre la compromission ou la défaite aux élections : « Il y a un certain nombre de zones où, si vous êtes un candidat républicain – de droite ou de gauche – vous avez perdu les élections. » Donc, si les élus ont les mains liées, pas de solution ? Eh bien si, suggère le représentant des coins les plus pourris de l’Essonne : la mise sous tutelle de ces communes par l’État ! Elle seule permettrait le retour de la République dans les territoires perdus, où non seulement les élus sont paralysés par le poids électoral des islamistes, mais où de plus les caisses vides de chez vide interdisent de mettre en place une quelconque contre-offensive.

On me dira que cette idée de mise sous tutelle est radicale. C’est indubitable, mais il n’y a pas que les Grecs à avoir droit au radicalisme. C’est aussi un déni de démocratie. Je suis d’accord. Mais si ce coup de boule juridique permet de rétablir la démocratie, alors va pour le déni. On pourra m’objecter aussi que ce genre de solution n’a jamais été expérimenté. Raison de plus pour oser, puisque tout le reste a déjà été essayé, et a lamentablement échoué.

En résumé, non seulement Malek esquisse une solution pour sa banlieue, mais il trace aussi un chemin pour une nouvelle gauche. Populiste et constructive, laïcarde et radicale. Une gauche qui veut vivre debout. J’adore.

Ne l’ayant jamais entendu parler de religion, je ne sais pas si Malek est musulman. Mais s’il l’est, alors oui, je voterai volontiers en 2022 pour ce président musulman.[/access]

*Photo : IBO/SIPA/1402100959

Faut-il sauver le soldat Tiki?

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Stéphane Tiki jeunes UMP SarkozyHaro sur Stéphane Tiki. Le Président des Jeunes UMP, désigné en décembre dernier par Nicolas Sarkozy, est dans l’œil du cyclone médiatique depuis que le Canard Enchaîné a révélé qu’il ne serait pas en règle avec les dispositions légales sur le séjour des étrangers dans notre pays. Car Stéphane Tiki est camerounais. Il vit depuis dix ans en France, et a bénéficié jusque-là de titres de séjour réservés aux étudiants. Il a fait une demande de naturalisation, comme sa sœur, laquelle a déjà obtenu son passeport. A-t-il fait preuve de légèreté, en considérant que sa demande de naturalisation valait renouvellement de son titre de séjour étudiant ? Sans aucun doute. La journaliste d’Europe 1 Aurélie Herbemont qui a enquêté mardi soir du côté de l’UMP rapportait les propos de proches de Tiki jugeant leur ami dans le déni de sa situation, tellement il se sent déjà français, par son implication dans la vie citoyenne de son pays. Il était d’ailleurs tellement certain d’obtenir la nationalité française qu’il projetait déjà d’être candidat aux prochaines élections régionales en décembre prochain. Perso, on aimerait que les demandeurs de naturalisation soient tous autant motivés par la chose publique et l’amour de leur nouvelle patrie que Stéphane Tiki, lequel s’est mis en congé de la présidence des jeunes UMP aussitôt l’affaire révélée. Mais ce matin, Europe 1 annonçait qu’aucune demande de naturalisation n’avait été enregistrée de sa part depuis 2009. A-t-il menti ? Pour l’instant, c’est le flou artistique.

Depuis mardi soir, on se déchaîne sur celui qui, circonstance aggravante, milite dans le courant très droitier de « la droite forte » animé par Geoffroy Didier et Guillaume Peltier. Au FN, on se gausse évidemment. Florian Philippot a twitté sur ce « clandestin », et tous les affidés ont relayé. Côté gauche, au contraire, on soutient Tiki comme la corde le pendu. Laura Slimani, son alter-ego des Jeunes socialistes, veut se battre pour sa régularisation, tout comme Ian Brossat (PCF) et Alexis Corbière (PG). Ces baisers empoisonnés devraient avoir raison de la carrière politique de Stéphane Tiki. Les pontes de l’UMP, Alain Juppé, François Fillon ou Pierre Lellouche disent ne pas le connaître. Le prenaient-ils pour le vigile lorsqu’ils le croisaient dans les couloirs de la rue de Vaugirard ?

Mais les coups les plus durs sont venus du courant « la droite populaire », qui dispute à « la droite forte » la prééminence de l’aile droite de l’UMP. Ses chevau-légers ont déboulé sur Twitter pour se scandaliser à la vitesse d’un avion supersonique. Et Thierry Mariani lui-même est allé s’indigner sur iTélé du fait qu’un étranger en situation irrégulière ait pu être ainsi nommé à la tête des jeunes UMP. Prends ça, Sarkozy ! En fait, le zèle de « la droite populaire » a une raison. Quand la polémique du réveillon commun entre jeunes FN et jeunes de la droite populaire avait éclaté, Tiki avait lâché ces derniers en rase campagne. Mesquin de sa part, il est vrai. Dans la plus grande tradition des cours de récréation, il a donc été décidé de répondre à cette mesquinerie par une autre mesquinerie. Charmant.

Bien entendu, tout ce joli monde confondu rivalise de recherches sur les anciennes déclarations de Stéphane Tiki. Celui-ci aurait twitté qu’il s’opposait au droit de vote des étrangers et cela serait incohérent avec sa situation. Tiens, donc ! On ne voit là que cohérence, au contraire : Tiki souhaite que le droit de vote soit réservé aux nationaux et il souhaite acquérir la nationalité française. Il aurait souhaité l’application de la loi dans le cadre de l’affaire Léonarda. Et alors ? Un tribunal a-t-il, comme pour la jeune fille kosovar, ordonné l’expulsion du président des jeunes UMP ? Non. Entre la gauche qui se gausse à tort et ceux qui, à l’UMP, le traitent désormais comme un pestiféré, on ne verrait alors qu’un bénéficiaire de la situation : le FN. Pour ma part, je n’en suis pas certain. Que Florian Philippot se méfie : l’électeur de son parti préférera toujours un Stéphane Tiki, qui se sent passionnément français et s’investit dans sa future citoyenneté, à son jeune voisin muni de la carte nationale d’identité française, mais qui le traite de « sale céfran » dans la cage d’escalier.

Arrêtons la diplomatie du slogan

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hollande fabius syrie irak libye

Plus de trois ans après l’intervention armée de l’OTAN en Libye, il est difficile de tirer un bilan de l’après-Mouammar Kadhafi. Après une courte période de liens diplomatiques avec le nouvel Etat libyen,  la France s’est retiré du pays. En proie au chaos, la Libye est déchirée par des luttes intestines. Les discussions de paix qui se tiennent à Genève piétinent alors que les institutions se sont effondrées : deux parlements, deux gouvernements qui luttent pour le contrôle de la banque centrale.

Face à l’imbroglio libyen, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian essaye en sous-main de convaincre nos alliés de la nécessité d’intervenir à nouveau. La France qui s’était si fermement opposée à l’intervention en Irak de 2003 envisagerait ainsi une cinquième intervention militaire en moins de quatre ans. « On ne comprend plus rien à la position de la France, jette Widad Hamani l’ancienne conseillère et proche de Kadhafi. Aujourd’hui Paris a une position plus dure que Washington sans avoir les intérêts financiers des Etats-Unis. » C’est en effet à n’y rien comprendre. En Libye, la France avait des accords sécuritaires et, bien que le défunt « guide de la Révolution » était filou en la matière, des promesses de contrats faramineux avaient été faites. Notre politique étrangère dépasserait-t-elle donc le mercantilisme ? S’attacherait-elle à des causes plus grandes telles que la défense des libertés des libyens ? L’on aurait envie de le croire mais la suite des événements, le chaos, montre bien qu’il n’en est rien. Sans service après vente la France ouvre une nouvelle étape dans son positionnement stratégique, celle du slogan.

Tout et son contraire. Peu importe la réalité sur le terrain. Aux oubliettes les données habituelles de la diplomatie. Plus d’intérêts, plus de principes généraux, de valeurs, de partenaires ou de soutiens. « Notre savoir-faire en analyse de ces régions disparaît petit à petit » regrette un ancien diplomate passé par des postes clés au Maghreb et Proche-Orient. Aujourd’hui, l’opérationnel est collé au décisionnel. A quoi bon perpétrer la tradition française des concours du Quai d’Orsay puisque l’exécutif et l’armée décident eux-mêmes de la direction à prendre.

La Libye n’est pas un cas isolé. Partout où les projecteurs médiatiques sont pointés, l’observateur doit se contenter d’une compilation de déclarations sans prise sur le réel. Une analyse de discours sans cohérence. Alain Juppé puis Laurent Fabius veulent armer les opposants de l’autocrate Bachar Al-Assad, tout en luttant contre la montée en puissance des forces djihadistes. À Davos, François Hollande veut une réaction « globale » face au terrorisme, tout en affirmant que le défunt roi Abdallah d’Arabie Saoudite était un « partenaire » pour lutter contre le terrorisme. Ce même Abdallah qui fermait les yeux sur le financement de groupes extrémistes en Syrie.

C’est à celui qui aura la meilleure formule. La  presse en raffole et les communicants rivalisent en ingéniosité. Le karcher de Nicolas Sarkozy, l’apartheid de Manuel Valls, ces bons mots font mouche. Si bien que nos ministres les amènent sur le terrain diplomatique. Sans expérience à cette échelle, nos représentants oublient bien vite qu’en négociation internationale tout est affaire de symbolisme.

Répéter à temps et contre temps depuis 2011 que la chute de Bachar Al-Assad est « imminente » a simplement fait disparaître le peu de crédibilité que la France conservait. Considérer que la Syrie est infréquentable et que notre ambassade doit se retirer est un bon coup médiatique. Dans les faits, la France s’est mis hors jeu des négociations et a perdu tout contact avec les populations civiles. Quelle alternative au jusqu’auboutisme pour l’autocrate quand Laurent Fabius déclare que «Bachar ne mériterait pas d’être sur la Terre » ? Ici plus loin même que le slogan, Laurent Fabius propose pratiquement un sujet de philo pour le bac 2015. Habituellement très terre à terre l’ancien premier ministre tranche la question métaphysique s’il en est : mérite-t-on d’être sur le terre ?

Au Mali en juillet 2013 François Hollande parle du « plus beau jour politique de sa vie » quand Jean-Yves Le Drian annonce la « victoire militaire ».  Un an et demi plus tard, l’armée française est toujours déployée et le Nord du pays est le théâtre d’affrontements et d’attentats des groupes islamistes Aqmi, Ansar Dine, Al-Mourabitoune. Peu importe, le ministre de la Défense multiplie les tractations pour convaincre nos alliés qu’il faut bombarder la Libye. À nos alliés les plus sceptiques, le ministre compte rappeler « ce que nous avons collectivement entrepris et réussi au Mali ».

Ne tirons aucune leçon des cinq dernières années d’errements diplomatiques. Au contraire, multiplions nos erreurs puisqu’il suffit ensuite de nier l’évidence.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00701862_000022. 

Humour palestinien et droits des femmes

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Un membre du gouvernement palestinien vient de rendre un  hommage appuyé à l’Arabie Saoudite, dans une interview accordée la semaine dernière à l’Agence de presse officielle saoudienne

D’après Haifa al-Agha, il est important de souligner que le royaume joue un rôle déterminant et stratégique dans le soutien à la cause palestinienne. Pour être plus précis, la représentante de l’Autorité Palestinienne a certifié que le Royaume « n’avait jamais suspendu ou diminué son soutien à la cause palestinienne ».

Pour qui sait lire entre les lignes, il s’agit là d’une réponse indirecte mais explicite à tous ceux qui dans le monde arabe, accusent la pétromonarchie d’être à la botte des Américains, donc du complot sioniste mondial et plus si entente.

On comprend aisément qu’en ces temps compliqués de dissensions inter-islamiques, Mahmoud Abbas ait voulu envoyer un message positif au Roi Salman. On sera néanmoins surpris par le choix de la personnalité chargée d’émettre ce message de soutien à l’Arabie Saoudite. En effet, au sein de l’Autorité Palestinienne, Mme Haifa al-Agha est en fait la ministre du droit des femmes, ou plutôt, comme on dit à Ramallah, le ministre des « Affaires féminines ». Un sujet qu’elle aurait pu évoquer dans son hommage au rôle positif de l’Arabie. Mais bon, ça n’a pas l’air de la préoccuper plus que ça…

Ah oui, j’ai failli oublier un détail : lors de la constitution du gouvernement d’union entre le Hamas et le Fatah, l’an dernier, Mahmoud Abbas avait jugé opportun de confier ce ministère à une dame, ce qui est logique, mais qui plus est à une dame notoirement liée  au Hamas, ce qui est amusant.

«L’islam est par définition contre la laïcité»

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iran islam mostofi

Armand Mostofi est directeur de Radio Farda, le service Iran de Radio Europe libre/Radio Liberté.

Vous êtes Iranien, mais vous travaillez désormais à Prague, après avoir vécu longtemps en France. Dans quelles conditions avez-vous quitté votre pays d’origine ?

J’étais journaliste et contre-révolutionnaire. Après la révolution islamique de 1979, une commission d’épuration m’a appelé, interrogé en bonne et due forme, et m’a dit que le procès-verbal serait envoyé au tribunal révolutionnaire. Je suis né dans une famille musulmane, mais, depuis ma jeunesse, j’avais étudié différentes religions et finalement décidé de devenir athée. J’ai donc senti le danger et quitté le pays immédiatement, en 1980. J’ai demandé l’asile politique en France, mais j’ai eu du mal à trouver du travail, donc j’ai été chauffeur de taxi en région parisienne pendant des années, avant d’acquérir un niveau suffisant en français pour retrouver un emploi de journaliste.

Aujourd’hui, Manuel Valls parle à ce sujet d’« apartheid », pour désigner ce séparatisme territorial, culturel et social entre les immigrés vivant en banlieue et les Français bien intégrés des centres-villes…

C’est un constat, personne ne peut le nier. On ne peut pas dire aujourd’hui que les immigrés, surtout d’origine musulmane, soient bien intégrés dans la société française. D’abord, l’idée d’intégration a échoué parce que, depuis des dizaines d’années – bien qu’on ait dépensé des milliards d’euros –, aucun plan cohérent n’a été élaboré. Les politiques ont beaucoup parlé, et pratiquement rien fait. La distribution d’allocations et de logements sociaux n’a fait que favoriser la ghettoïsation de certains quartiers, où la police n’ose plus mettre les pieds.[access capability= »lire_inedits »] Ensuite, le processus est mutuel. Il faut aussi une volonté d’intégration de la part des immigrés, qui est malheureusement absente chez la grande majorité d’entre eux, de confession musulmane.

Et est-ce aussi la faute de la France si cette volonté fait défaut ?

La première chose qui me saute aux yeux, c’est le laxisme de l’Éducation nationale. S’il y avait un projet d’éducation correct, les musulmans pourraient s’intégrer par l’école.

Ce qu’on entend habituellement à ce point de la discussion, c’est : « Pas d’amalgame ! »

Non, il ne faut absolument pas faire d’amalgame. Tous les musulmans ne sont pas salafistes ou djihadistes. Reste qu’il y a contradiction entre le Coran et la Déclaration universelle des droits de l’homme sur plusieurs points : l’égalité entre musulmans et non-musulmans, entre les musulmans entre eux, entre hommes et femmes, l’esclavage, les punitions brutales, la liberté d’expression, de religion, de conscience…

Tout cela ne correspond-il pas à une lecture littérale du Coran, par opposition à la plus répandue, qui serait compatible avec notre mode de vie démocratique ? 

Il faut aller au-delà du discours de ces dernières semaines, selon lequel ce serait un même texte dont il y aurait différentes interprétations. Quand les musulmans dits « modérés » – comme cet honorable M. Boubakeur, doyen de la Mosquée de Paris – parlent de l’islam « tolérant », ils ont raison. Et ils peuvent vous donner des références dans le Coran. Mais quand l’État islamique coupe la tête des Américains ou des Français, il peut aussi vous donner des références. Parce que, contrairement à celle de Jésus, la prophétie de Mahomet a duré vingt-trois ans, pendant lesquels il a eu le temps d’établir un État islamique et d’en prendre la tête. L’évolution de l’islam dans ce laps de temps a été considérable. Les versets du Coran reflètent ces différentes phases de la vie de l’État islamique. Ceux qui prêchent la tolérance datent des débuts, quand Mahomet était à La Mecque. Ceux qui prêchent la guerre et demandent de tuer les mécréants sont les derniers. Le problème est que le Coran auquel on se réfère actuellement n’a pas été édité selon l’ordre chronologique des versets.

Est-ce que le chiisme peut représenter le salut de l’islam, sachant que le plus menaçant pour nous est actuellement le wahhabisme ?

Non, le problème est beaucoup plus compliqué que ça. L’islam chiite a hérité d’un État entier, l’Iran, avec la bénédiction des intellectuels européens au moment de la révolution islamique. Naturellement, son comportement est un peu différent de celui des Shebab de Somalie et n’est pas comparable avec celui de Boko Haram. Mais les exécutions publiques en Iran sont semblables à celles de l’EI. En Iran, on pend, l’EI décapite. La différence s’arrête là.

Il n’y a donc vraiment pas d’espoir qu’un islam chasse l’autre et nous protège de la violence fondamentaliste ?

Non, il ne faut pas miser là-dessus. Pendant des années, beaucoup ont considéré l’islam turc d’Erdogan comme le modèle de l’islam modéré. Aujourd’hui, cet « islam modéré » devient chaque jour un peu plus intégriste. On peut être un chrétien modéré ou orthodoxe. Dans l’islam, on peut seulement être un musulman plus ou moins pratiquant. Il n’y a pas deux versions de l’islam. Il y a différentes branches – sunnites, chiites, wahhabites, etc. –, mais le texte sacré est unique. Et, en fin de compte, c’est lui qui a le dernier mot. Dans le christianisme, il y a quatre textes, et aucun n’est plus sacré que l’autre. D’ailleurs, aucun n’est la parole de Dieu. C’est la parole des apôtres, et encore, deux des auteurs des Évangiles n’ont jamais connu Jésus. Tandis que dans l’islam, le Coran est la parole de Dieu qui a été portée à Mahomet par l’ange Gabriel. Personne ne peut y changer une virgule.

Vous dites que les musulmans ne peuvent que pratiquer plus ou moins cet islam incompatible avec notre démocratie. Devraient-ils donc renoncer à leur culture musulmane pour s’intégrer ?

« Culture musulmane » est une expression trop vague. Le monde musulman s’étend du Mali ou de la Mauritanie jusqu’à l’Indonésie, en passant par le Moyen-Orient, la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, le Bangladesh… Il y a de très nombreuses différences de culture entre tous ces pays-là, mais il y a des principes communs, des interdictions communes : l’alcool et la viande de porc sont prohibés, et le port du hidjab est recommandé, voire obligatoire.

Donc, lorsqu’ils arrivent en Occident, les musulmans se recentrent sur les quelques pratiques qu’ils ont en commun, même s’ils sont de cultures très différentes ?

Oui. En France, les musulmans sont en majorité nord-africains, alors qu’en Allemagne ils sont majoritairement turcs. Mais le problème essentiel, en ce début de xxie siècle, c’est l’islam intégriste, le djihadisme. Et, malheureusement, ce problème touche tous les États, de l’Inde jusqu’à l’Afrique, de la Suède jusqu’au Kenya. Or, c’est partout pareil : l’islam, s’il veut respecter ses règles et ses croyances, est par définition contre la laïcité. La laïcité et l’islam, ça fait deux.

Sachant cela, avons-nous encore une chance de gagner contre l’expansion planétaire de l’islamisme ?

Aux États-Unis, peut-être. Ou en Russie, peut-être, si on croit à la manière forte, version Tchétchénie. Mais je crains fort que pour la France il ne soit trop tard. Les dégâts sont déjà faits. Nous sommes tombés dans un cercle vicieux : chômage, manque d’éducation et de qualification, délinquance, trafic de drogue… Un ami responsable du personnel dans une grande surface, très humaniste, m’a raconté il y a quelques années qu’il voulait recruter une vingtaine de « jeunes de banlieue » – pour être politiquement correct. Mais, au final, un seul est resté travailler dans la société. Deux ou trois ne sont jamais venus, plusieurs autres ne respectaient pas les horaires, un autre volait dans les rayons, et deux se sont carrément servis dans la caisse. Dans ces conditions, ils ne peuvent pas trouver un travail qui leur permette de vivre dignement, et ne s’en sortent pas. Salafisme et djihadisme profitent de ce terreau pour planter les graines du terrorisme.

On a encore l’impression aujourd’hui que le politiquement correct, qui se focalise sur une supposée « islamophobie », ne fait qu’accélérer le processus au lieu de soigner le mal…

Oui, c’est exact. On a d’abord remplacé les mots « casseurs » ou « voyous » par « jeunes de banlieue », et maintenant on ne dit plus que « les jeunes » : « Les jeunes ont caillassé une voiture de police. » Dans le pays où je vis actuellement, la République tchèque, on ne parle pas comme ça, on appelle un chat un chat.[/access]

*Photo : Uncredited/AP/SIPA. AP21690407_000004.

Les interviews (presque) imaginaires de Brighelli

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ecole marseille castellane

Madame, vous êtes enseignant-chercheur en didactique de la didactique à l’ESPE d’Aix-Marseille, et professeure de Lettres…

Dites de Français, ou mieux, d’Expression et Communication. Les Lettres, c’est ainsi que la culture bourgeoise appelle ces valeurs mortes sur lesquelles elle assoit sa domination en interdisant de fait aux classes populaires, surtout celles issues de la différence, d’accéder au pouvoir. Corneille ou Racine, autant de white dead males. Moi, je travaille sur les productions de mes élèves, qui sont bien vivants, eux ! C’est la source qui doit nourrir le fleuve, n’est-ce pas…

Heu, oui… Vous enseignez au collège Marie-Laurencin, dans le XIVème arrondissement de Marseille, dans ces quartiers Nord qui ont été le théâtre, hier, d’une démonstration de force de groupes armés et cagoulés qui ont échangé des coups de feu.

La Castellane est dans le XVème, vous savez…

Excusez-moi, je suis journaliste, je ne peux pas tout savoir. En tant qu’éducatrice confrontée depuis longtemps à des populations en déshérence, quelle est votre analyse des événements ?

Je ne suis pas éducatrice, mais co-éducatrice : mes élèves et moi co-construisons nos savoirs réciproques. J’ai au moins autant à apprendre d’eux qu’eux de moi.
Qui sont ces jeunes — parce que pour l’essentiel, ce sont des jeunes ? Ce sont nos apprenants, ceux d’aujourd’hui – les fourmis, les guetteurs, ont souvent moins de 15 ans — qui manifestent ainsi leur juste révolte devant les injustices dont ils sont victimes. Et ceux d’hier, victimes de cette injustice répétée qu’est l’exercice d’un Savoir frontal. C’est cela surtout qui détruit le vivre-ensemble.
Le fait même que pour la plupart ils soient trafiquants de drogue devrait alerter les pouvoirs publics — et Mme Vallaud-Belkacem, quelle femme merveilleuse et de gauche ! l’a bien compris en s’adressant à nous, hier soir, au centre social des Musardises, dans le XVème. La drogue est un paradis artificiel dans lequel ils tentent de fuir la réalité — leur réalité. En la vendant, ils diffusent une contre-réalité.

Pouvez-vous être plus explicite ?

Le Premier ministre, il y a quelques jours, a justement parlé d’apartheid. Ces jeunes — et leurs familles —, nous les avons parqués dans des Zones d’Exclusion Programmée. Dans des réserves, loin du centre-ville où s’installent les bourgeois…

Heu… Vous êtes sûre ? Le centre-ville de Marseille est… comment dire…

Juste retour des choses ! Les populations reléguées ont conquis les territoires qu’on leur a toujours refusés.

Ces jeunes, donc…

Nos élèves ! Nos enfants ! Croyez-vous que ce soit de bon cœur que je les vois, depuis des années, soumis aux contraintes de programmes inutilement ambitieux ? Ils ont des compétences que l’on ne sollicite guère. Nous autres, à Education et Devenir, savons depuis longtemps qu’un enseignement curriculaire…

Comme celui qui a fait ses preuves au Québec ?

Exactement ! Il faut solliciter ce qu’il y a de meilleur en eux, leur sens spontané de la langue, tel qu’ils l’expriment dans le rap par exemple. Et cesser de les accabler sous des enseignements disciplinaires d’un autre âge. Nous avons d’ailleurs discuté de tout cela dans un colloque organisé conjointement avec les Cahiers pédagogiques. Quelle merveilleuse journée !
Nous avons d’ailleurs diffusé un communiqué après les représailles exercées sur les journalistes blasphémateurs de Charlie. Nous nous devons « d’analyser sans « passions » le contexte social dans lequel se creusent les inégalités et se manifestent des phénomènes de ségrégation et de relégation sociale, culturelle et territoriale. » Si !

Votre collège, en dispositif Eclair, a bénéficié d’aides substantielles…

Pas assez ! Il est scandaleux que des lycées de centre-ville, sous prétexte qu’ils hébergent les enfants de la bourgeoisie, aient plus de moyens que nous. Scandaleux surtout que l’enseignement par compétences ne soit pas encore généralisé. C’est d’ailleurs moins de moyens que nous avons besoin que d’un changement radical des mentalités.Nous devons travailler en équipes.
Il y a chez certains enseignants des résistances qui tiennent à leur histoire personnelle. Les profs, au fond, sont pour la plupart d’anciens bons élèves, qui inconsciemment se battent pour perpétuer le système qui les a favorisés. Heureusement nous nous efforçons, à l’ESPE, de les recruter désormais parmi les cancres.

C’était votre cas ?

J’étais une élève… très moyenne. De surcroît, quand je me suis convertie à l’Islam lors de mon mariage, j’ai compris en profondeur ce que c’est que d’être humiliée et offensée constamment. La loi de 2004 sur le voile, par exemple, est clairement discriminante. Si ces jeunes filles veulent vivre leur foi, qui sommes-nous pour le leur interdire ?
Je suis d’ailleurs favorable à une répartition claire garçons / filles en classe. Il n’est pas normal que des filles soient exposées aux regards concupiscents des adolescents — non seulement à la piscine, mais dans toutes les activités. Une ville musulmane d’Indonésie vient d’imposer la virginité comme condition préalable pour passer le Bac. C’est une idée à creuser.Il n’est pas normal non plus que des garçons soient susceptibles de fréquenter des filles impures. Les pratiques cultuelles doivent prendre le pas sur les pratiques culturelles. C’est en reconnaissant le droit inaliénable des communautés que nous parviendrons à cette Europe bigarrée que j’appelle de mes vœux. La France doit être une mosaïque bien plus qu’un creuset où l’on voudrait fondre les différences qui nous constituent. La vraie liberté, c’est aussi la liberté de ne plus en avoir. Et la vraie laïcité commence par le respect de la foi.

Excusez-moi, mais la foi a peu de choses à voir avec le trafic de shit à grande échelle…

Le système leur dénie l’entrée dans les voies royales — les grandes écoles, qu’il faudrait d’ailleurs supprimer, ce sont des monuments de discrimination permanente. Interdits d’économie officielle, ils investissent leurs talents dans l’économie souterraine. Le dealer est l’illustration de la justesse des analyses de Pierre Bourdieu. Il est celui qui pouvait, et que l’on a brimé. Alors il s’invente une société-bis, si je puis dire. Un monde parallèle. Mutilé du stylo, il prend le flingue. C’est son droit.

Tout de même, tirer à la kalachnikov sur la police…

Une façon de marquer son territoire ! Pourquoi les forces de l’ordre bourgeois viendraient-elles dans les quartiers que mes élèves, et mes anciens élèves, ont patiemment conquis ? Prétendent-ils nous refaire le coup de la bataille d’Alger ? Ils ont massacré les grands-pères, humilié les pères, ils veulent donc massacrer les fils ? Un peu de repentance, s’il vous plaît !

Que faudrait-il faire pour améliorer la situation ?

De toute évidence, leur laisser gérer la ville. Ils ont bien plus de compétences réelles que les vieillards qui nous gouvernent. Comme on dit ici : des kakous plutôt que des caciques cacochymes ! Quand ils géraient le parking de la porte d’Aix, au moins, on pouvait s’y garer !

Interview réalisée ce jour par un journaliste-stagiaire du Figaro, descendu tout exprès à Marseille, et mise au clair par Jean-Paul Brighelli

Addendum. J’ai pris le collège Marie-Laurencin à cause de ses liens — l’année dernière — avec les inénarrables Cahiers pédagogiques. On me signale que l’administration a si bien souhaité reprendre en main un établissement qui s’en allait tout doucettement à la dérive qu’il y a nommé cette année Mme Lebourch, ancienne proviseur-adjoint du lycée Cézanne — ciel, une femme venant d’un lycée à prépas dans une pépinière de pédagos, ça va faire des étincelles !

*Photo : Pixabay.

Rions un peu en attendant la dernière séance

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Le petit Freud illustré psychanalyse

Le petit Freud illustré psychanalyseMême si elles n’ont pas toujours « bonne presse », les illustrations et les parodies sont à la mode. Les dessins humoristiques qui ornent la nouvelle édition du « petit Freud illustré » paru aux Editions de l’Opportun, feront sans doute bien des heureux chez les psychanalystes – et leurs patients en fin de parcours – toujours prêts à sourire de leur métapsychologie et fidèles en cela à Freud qui fut lui-même un « pessimiste joyeux ». La « préfarce » signée par René Roussillon y contribue : le professeur émérite de l’Université Lumière-Lyon II cautionne cette sympathique mise en dérision d’une pratique et des institutions, lui qui rappelle au passage « être patenté de la plus ancienne société d’analystes de France ».

Ce livre est à proprement parler psychanalytique : on ne sait pas par quel bout le prendre ! Un peu comme un symptôme qui chercherait à vous attirer dans ses filets afin de mieux vous égarer : il se présente sous la forme sérieuse d’un abécédaire mais à peine les premières pages parcourues, le lecteur non averti – résistant à l’analyse ? – se trouve désorienté, lâché en rase campagne. Quelques exemples : à la rubrique « Autoérotisme » là où un Pr Laplanche – le seul traducteur des œuvres complètes de Freud n’est mentionné que dans la bibliographie – aurait consciencieusement évoqué un « temps second », celui d’un « rebroussement » de la sexualité sur soi-même après un épisode de séduction originaire par un adulte, les deux auteurs « psy » évoquent une « conduite non accompagnée et la plupart du temps décapotable ». Et de citer Woody Allen dont les trente années passées sur un divan l’autorisent de lui-même à expliciter la notion : « C’est toujours l’occasion de faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime bien. » Cela reste encore à prouver ! A la matière « Objet », cela commence doctement : « concept central de la psychanalyse » mais dérape au final : « l’objet partiel peut concerner la femme, on parle alors de « cornichons ». Suivent deux illustrations dont un cactus bien phallique présenté comme « objet anaclitique pour maso » – tiens, nous pensions qu’anaclitique devait être banni du vocabulaire de la psychanalyse pour cause d’égarement traductif – et une araignée qui se laisse lentement choir du plafond sur un divan occupé : situation idéale pour un phobique. A « Restes diurnes », l’on découvrira un gentil quatrain qui ne vaut tout de même pas un Roubaïyat d’Omar Khayyam. Certes, une fois ce « petit Freud » décortiqué pendant une séance de cinquante minutes, l’analyste jubile. Sans jouir. Le patient lui aussi savourera. Mais quid du profane ? Il restera à ce dernier, tout comme Ronald Reagan découvrant chaque matin le « President’s daily brief », la revue la plus exclusive des renseignements top secret de Washington, la possibilité d’en commenter par défaut les images. Ou de se reporter aux « Pages roses » et autres « Locutions latines et étrangères » consignées en fin d’opus. Enfin, comment reconnaître un psychanalyste ? C’est le seul à vous « proposer en soirée, un café…allongé ». Il fallait oser !

Le petit Freud illustré par Damien Aupetit & Jean-Jacques Ritz

Le petit Freud illustré

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Faites ce que l’école dit, pas ce qu’elle fait

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Médine laïcité ouverte école

Médine laïcité ouverte écoleAprès avoir mis en place pendant des années la pédagogie de l’élève au centre, nos politiques semblent s’étonner que la parole du professeur n’ait pas de poids, voire qu’elle soit parfois remise en cause.

Mais cela n’empêche nullement notre gouvernement d’espérer de ceux à qui on a appris que la parole de l’élève équivalait à celle du prof qu’ils croient sur parole que celle des institutions leur est supérieure.

Sans l’exemple, si cher à Jules Ferry, la théorie n’est qu’un discours vide de sens. Alors que dire de la théorie contredite quotidiennement par la pratique ?

Cette école, qui menace de sanctions qu’elle n’applique que rarement, qui prône le travail et le mérite tout en abaissant sans cesse ses exigences, qui a le mot de respect plein la bouche mais qui laisse une minorité perturber le travail de la majorité, qui, pour motiver les plus faibles, n’a pas trouvé mieux que de démotiver les plus forts, qui veut cacher le niveau des élèves derrière des couleurs pour que les parents retrouvent les leurs, qui valide l’inattention en cours par la multiplication d’heures de soutien inefficaces dans le secondaire après avoir supprimé les RASED, ferait toujours autorité ?

Celle qui a justement délocalisé l’autorité et le savoir dans le privé et dans le soutien scolaire à la maison, celle qui veut prendre en compte la diversité des élèves mais qui s’accroche, en dépit du bon sens, au collège unique, celle qui rend la réussite de plus en plus inaccessible aux classes sociales défavorisées, qui a remplacé l’égalité par l’égalitarisme, l’altruisme par le misérabilisme et le courage par la lâcheté voudrait qu’on croie en sa crédibilité ?

La spécialiste de l’individualisation des parcours nous demande instamment d’avoir foi en l’universalité. La reine du traitement au cas par cas nous demande de croire plus que jamais au sens du collectif.

Cette école, qui a effacé de son vocabulaire le mot « cancre » mais qui a largement étendu son concept en ne le limitant plus aux élèves limités intellectuellement et qui est devenue, dans le même temps, celui de l’Europe, qui ne sait plus lire Jacques Prévert et lui fait donc dire le discours de l’Education Nationale, qui a cru qu’il suffisait de faire disparaître des mots pour éliminer ses maux, serait devenue, en quelques jours, le dernier rempart contre les extrémismes ?

C’est comme si la société tout entière, portée par le fameux esprit du 11 janvier, semblait découvrir que l’école pourrait avoir un rôle à jouer dans la fabrication des esprits.

Et les parents, ces braves usagers de l’Education nationale, demandent maintenant que les professeurs soient écoutés, eux qui contestent sans vergogne leurs décisions, qui ne sont jamais avares de conseils en matière de pédagogie, qui s’étonnent que le génie de leurs enfants ne nous ait pas encore sauté aux yeux ; ces doublons des inspecteurs régionaux qui donnent leur avis sur nos compétences en plein conseil de classe, qui prennent part à toutes les décisions au sein du CA, dont la voix vaut autant que celle du professionnel dans les conseils de discipline (remercions Ségolène Royal pour toutes ces belles réformes), comptent désormais sur l’Education nationale pour que la hiérarchie soit respectée et pour que leurs enfants ne se laissent pas entraîner sur la voie de l’extrémisme. C’en est presque émouvant.

Quant aux gouvernements successifs, qui ont maintes fois montré leur mépris et leur sexisme envers les enseignants en gelant les salaires tandis que la profession se féminisait, en mettant en cause leur bonne volonté ou leur ardeur au travail (Ségolène Royal), en choisissant des ministres chefs d’entreprises (Luc Châtel) ou désireux de faire passer l’idéologie avant le savoir (Peillon, Vallaud-Belkacem), semblent se rendre compte tout à coup que l’école est importante et qu’elle pourrait même aider à former des citoyens dignes de ce nom.

C’est beau de voir ces parents qui s’en sont sortis sans l’école et ces élites issues des grandes écoles – eux qui empêchent souvent par leurs discours celui des parents des classes laborieuses de passer – trouver un nouveau terrain d’entente.

Oubliant sans doute que l’enseignement de l’histoire peut vacciner contre l’extrémisme ou que la littérature peut changer la vie, ignorant sans doute aussi combien de fois ces notions sont abordées en classe, la ministre de l’Education nationale voudrait « faire passer le message de la laïcité au travers de formations dispensées par des formateurs formés pour cela ».

Car non seulement les professeurs auraient un impérieux besoin d’être formés à la laïcité (une seconde fois car cette « formation » nous a déjà été généreusement dispensée à l’IUFM) mais ces mêmes formateurs ne pourraient être bien formés idéologiquement que par d’autres formateurs.

On a un petit aperçu, à travers cette simple annonce, de la confiance que la ministre peut témoigner au corps enseignant. Cela en dit long également sur la connaissance qu’elle a du monde enseignant et de l’école, elle qui pense que quelques discours de profs déconsidérés suffiront à combattre des croyances construites au quotidien au sein de la famille, sur Internet et devant la télé, au sein de groupes ou de communautés.

Oui, à une époque, l’école aurait pu faire barrage à certains comportements extrémistes. Fort heureusement, elle a tant combattu les fascismes qu’elle en est désormais exempte.

« Les enfants ne se gâtent pas moins par des peines mal ordonnées que par l’impunité », disait La Bruyère. Un dangereux fasciste.

Devant cette incapacité de l’école à faire coïncider théorie et pratique, on peut se demander si la mise en place d’un service national, dans lequel les discours seraient enfin suivis d’effets et où on inviterait les jeunes citoyens à être acteurs de la société, ne devient pas bien plus urgent que la formation de formateurs à la laïcité.

Guerre contre le djihadisme: diviser pour mieux gagner?

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Daech vidéo Etat islamique chrétiens Ethiopiens Libye

ere vide islam djihadLa cruelle imagination de Daesh a culminé ces derniers jours avec la diffusion de la vidéo du pilote jordanien brûlé vif dans une cage. Après la découverte des charniers yézidis, l’EI doit sans cesse rassasier la soif morbide de ses admirateurs et les vidéos se succèdent, chacune plus horrible que les précédentes. Cette fois, ce n’est pas un otage occidental mais l’armée d’un pays arabe qui est touchée. La Jordanie, un pays sunnite qui jouxte le territoire de Daesh, est engagée depuis plusieurs années dans la formation d’opposants au régime de Damas. Elle s’est jointe aux Etats-Unis pour évincer Daesh de l’après Bachar.

L’aviation jordanienne n’a pas tardé à venger son camarade : appuyée par les Emirats Arabes Unis, elle a redoublé de raids aériens. L’université Al Azhar du Caire, souvent décrite comme la plus haute autorité de l’islam sunnite, a appelé à crucifier ces barbares. Dans la rue arabe, l’exécution bestiale du pilote jordanien a provoqué une émotion sans précédent depuis le début du conflit. Elle encourage les gouvernements sunnites de la coalition à accentuer leur effort de guerre contre les troupes cosmopolites d’Al Baghdadi.

Cette nouvelle détermination sunnite ne fait pas les affaires de l’EI. Déjà affecté par une cuisante défaite à Kobané, Daesh recule sur tous les fronts, à Alep, près de Mossoul et dans la province irakienne de Diyala. Mais Daesh ne rompt pas, la retraite progressive se fait en bon ordre. Ce recul est probablement un regroupement tactique avant l’offensive terrestre prévue au printemps en Irak par l’état-major américain. La coalition a repris l’initiative, elle tentera dans quelques semaines de coordonner les forces kurdes, chiites mais aussi l’armée irakienne et les tribus sunnites opposées à Daesh. En Irak, la victoire militaire n’est qu’une question de temps, bien que des poches djihadistes vont sans doute persister à semer la terreur dans les années qui viennent. Le délai de la victoire finale dépend aussi des possibilités de repli de Daesh en Syrie, et donc de la stratégie choisie par la coalition en amont de L’Euphrate.

Or en Syrie, de contre-offensive terrestre, il n’est toujours pas question. Al-Nosra se tient prêt à engranger les fruits des bombardements de la coalition qui se concentre sur Daesh. Ce qui lui permettrait de reprendre sa place de leader du djihadisme international. L’autre alternative crédible à la filiale d’Al-Qaïda, c’est Bachar al-Assad et ses alliés iraniens et chiites libanais. Entre eux et les différentes milices sunnites djihadistes, Jordaniens, Turcs et Arabes ont déjà fait leur choix. Alors que l’exécution de l’otage jordanien était imminente, l’Orient le jour a souligné qu’un prédicateur proche d’Al-Qaïda avait été libéré à Amman. L’objectif des services jordaniens est de discréditer le discours de Daesh en lui opposant celui de son rival Al-Qaïda, jugé plus modéré et plus conforme aux intérêts des États sunnites opposés à Bachar. Des manœuvres de court terme assez hasardeuses lorsqu’on connaît la porosité entre les deux formations.

Combattre l’influence chiite dans le croissant fertile, au centre du Moyen-Orient, est la seule priorité de nos alliés sunnites comme d’Israël. Mais pour l’Europe et les Etats-Unis, quel est l’intérêt de voir ses soutiens dans la région troquer Daesh pour Al-Qaïda ? Alimenter les divisions entre djihadistes ne réglera pas le chaos syrien.

Le prix Ilan Halimi 2015 sera remis demain au Conseil Général de l’Essonne

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Le jury du Prix Ilan Halimi 2015 contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de discrimination sera décerné, vendredi 13 février, jour anniversaire de la mort d’Ilan Halimi lors d’une cérémonie à l’Hôtel du Département de l’Essonne à Evry.

Rappelons que ce prix a été créé l’an dernier à l’initiative du Conseil Général de l’Essonne et de son président Jérôme Guedj. Celui-ci a tenu à rappeler à quel point l’actualité terrifiante de ce début d’année rendait indispensable ce type d’engagement : « Cette initiative prend un sens encore plus fort à la lumière de la terrible attaque contre l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, qui a fait quatre morts, visés eux aussi en raison de leur appartenance à la communauté juive, deux jours après celle perpétrée contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Le Prix Ilan Halimi honore la mémoire d’un homme tué au seul motif qu’il était juif, mais vise aussi et surtout à combattre la banalisation de l’antisémitisme et du racisme sous toutes ses formes, à faire reculer les stéréotypes et les préjugés, et à encourager à la tolérance et la fraternité, valeurs clés de notre République, clamées haut et fort par quatre millions de personnes lors du grand sursaut civique du 11 janvier dernier. »

La remise du prix sera précédée d’une cérémonie d’hommage à Ilan Halimi organisée par la mairie de Sainte-Geneviève-des-Bois, la ville où le corps martyrisé d’Ilan avait été retrouvé le 13 février 2006 le long des voies du RER C.

Islamoterrorisme: la thérapie de choc de Malek Boutih

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Malek Boutih banlieues islam

Malek Boutih banlieues islamOn n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. On ne combat pas les djihadistes en les lapidant avec des fraises Tagada.

J’ai entendu, comme vous, beaucoup de choses, ces derniers jours. Les « Je suis Charlie » couvrent tout le spectre de la pensée humaine – y compris le crétinisme avéré. Du vrai, du beau, du fort. Je like ! Mais aussi du gluant, du désolant, du révoltant. Ces deux options étant parfois entremêlées, je n’ose pas dire amalgamées, hihihi.

Ainsi, j’ai été enthousiasmé d’entendre le discours digne et viril de Manuel Valls à l’Assemblée après les attentats de Paris. Puis j’ai été douché froid par sa très malheureuse référence à l’apartheid, porte ouverte à toutes les dérives victimistes, y compris les pires.

J’ai été enchanté d’apprendre que l’hémorragie du budget de la défense serait stoppée. Le président a bien raison d’aller faire entendre la voix de la France à grands coups de missiles sur les bases de Daesh. Mais sans vouloir faire offense à mon chef de l’État, il me semble au vu de certains événements récents que l’islamoterrorisme ne soit pas circonscrit au Proche-Orient. Et je ne crois pas qu’on puisse envoyer le porte-avions Charles-de-Gaulle à Gennevilliers ou à Grigny. D’abord parce qu’il n’y a pas la mer. Et quid du danger de stigmatisation ?

Certes, on pourra, toujours, à la prochaine tuerie, déployer l’armée dans les cités de non-droit, comme l’avait proposé en 2012 la députée socialiste des quartiers Nord de Marseille Samia Ghali (aussitôt recadrée par le président : « L’armée n’a pas sa place pour contrôler les quartiers. »). Et comme l’avait suggéré avant elle Élisabeth Lévy (après les émeutes de Grenoble en 2010), ce qui lui avait valu une cathédrale de crachats (Verdi) en provenance des camps islamiste et islamistophile.

À ceci près que l’armée au bas des tours, c’est trop chouette, mais ni Samia, ni Élisabeth, ni moi, ni personne ne le conçoit comme une solution globale. Ce n’est, au mieux, qu’une partie de la solution. Et là, divine surprise, ne voilà-t-il pas qu’un élu de la République esquisse un embryon de solution globale. Et un élu de gauche, avec ça… Champagne ![access capability= »lire_inedits »]

Le moins qu’on puisse dire est que Malek Boutih n’y va pas avec des pincettes. En la circonstance, c’est une preuve de sérieux. Pour dire certaines urgences, il ne faut surtout pas les noyer dans cinquante nuances de vert. Ainsi son interview au Point du 13 janvier dernier est-elle titrée : « Des élus locaux corrompus ont pactisé avec les gangsters et les islamonazis ». Et d’enfoncer le clou en précisant que ce phénomène touche aussi bien des banlieues socialistes « où il faut faire le ménage » que des villes gérées par la droite ou l’UDI dont les maires « pactisent avec les dieudonnistes »

Et le pire, explique Malek une semaine plus tard sur France Inter, c’est que, dans certaines villes, les élus locaux n’ont le choix qu’entre la compromission ou la défaite aux élections : « Il y a un certain nombre de zones où, si vous êtes un candidat républicain – de droite ou de gauche – vous avez perdu les élections. » Donc, si les élus ont les mains liées, pas de solution ? Eh bien si, suggère le représentant des coins les plus pourris de l’Essonne : la mise sous tutelle de ces communes par l’État ! Elle seule permettrait le retour de la République dans les territoires perdus, où non seulement les élus sont paralysés par le poids électoral des islamistes, mais où de plus les caisses vides de chez vide interdisent de mettre en place une quelconque contre-offensive.

On me dira que cette idée de mise sous tutelle est radicale. C’est indubitable, mais il n’y a pas que les Grecs à avoir droit au radicalisme. C’est aussi un déni de démocratie. Je suis d’accord. Mais si ce coup de boule juridique permet de rétablir la démocratie, alors va pour le déni. On pourra m’objecter aussi que ce genre de solution n’a jamais été expérimenté. Raison de plus pour oser, puisque tout le reste a déjà été essayé, et a lamentablement échoué.

En résumé, non seulement Malek esquisse une solution pour sa banlieue, mais il trace aussi un chemin pour une nouvelle gauche. Populiste et constructive, laïcarde et radicale. Une gauche qui veut vivre debout. J’adore.

Ne l’ayant jamais entendu parler de religion, je ne sais pas si Malek est musulman. Mais s’il l’est, alors oui, je voterai volontiers en 2022 pour ce président musulman.[/access]

*Photo : IBO/SIPA/1402100959

Faut-il sauver le soldat Tiki?

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Stéphane Tiki jeunes UMP Sarkozy

Stéphane Tiki jeunes UMP SarkozyHaro sur Stéphane Tiki. Le Président des Jeunes UMP, désigné en décembre dernier par Nicolas Sarkozy, est dans l’œil du cyclone médiatique depuis que le Canard Enchaîné a révélé qu’il ne serait pas en règle avec les dispositions légales sur le séjour des étrangers dans notre pays. Car Stéphane Tiki est camerounais. Il vit depuis dix ans en France, et a bénéficié jusque-là de titres de séjour réservés aux étudiants. Il a fait une demande de naturalisation, comme sa sœur, laquelle a déjà obtenu son passeport. A-t-il fait preuve de légèreté, en considérant que sa demande de naturalisation valait renouvellement de son titre de séjour étudiant ? Sans aucun doute. La journaliste d’Europe 1 Aurélie Herbemont qui a enquêté mardi soir du côté de l’UMP rapportait les propos de proches de Tiki jugeant leur ami dans le déni de sa situation, tellement il se sent déjà français, par son implication dans la vie citoyenne de son pays. Il était d’ailleurs tellement certain d’obtenir la nationalité française qu’il projetait déjà d’être candidat aux prochaines élections régionales en décembre prochain. Perso, on aimerait que les demandeurs de naturalisation soient tous autant motivés par la chose publique et l’amour de leur nouvelle patrie que Stéphane Tiki, lequel s’est mis en congé de la présidence des jeunes UMP aussitôt l’affaire révélée. Mais ce matin, Europe 1 annonçait qu’aucune demande de naturalisation n’avait été enregistrée de sa part depuis 2009. A-t-il menti ? Pour l’instant, c’est le flou artistique.

Depuis mardi soir, on se déchaîne sur celui qui, circonstance aggravante, milite dans le courant très droitier de « la droite forte » animé par Geoffroy Didier et Guillaume Peltier. Au FN, on se gausse évidemment. Florian Philippot a twitté sur ce « clandestin », et tous les affidés ont relayé. Côté gauche, au contraire, on soutient Tiki comme la corde le pendu. Laura Slimani, son alter-ego des Jeunes socialistes, veut se battre pour sa régularisation, tout comme Ian Brossat (PCF) et Alexis Corbière (PG). Ces baisers empoisonnés devraient avoir raison de la carrière politique de Stéphane Tiki. Les pontes de l’UMP, Alain Juppé, François Fillon ou Pierre Lellouche disent ne pas le connaître. Le prenaient-ils pour le vigile lorsqu’ils le croisaient dans les couloirs de la rue de Vaugirard ?

Mais les coups les plus durs sont venus du courant « la droite populaire », qui dispute à « la droite forte » la prééminence de l’aile droite de l’UMP. Ses chevau-légers ont déboulé sur Twitter pour se scandaliser à la vitesse d’un avion supersonique. Et Thierry Mariani lui-même est allé s’indigner sur iTélé du fait qu’un étranger en situation irrégulière ait pu être ainsi nommé à la tête des jeunes UMP. Prends ça, Sarkozy ! En fait, le zèle de « la droite populaire » a une raison. Quand la polémique du réveillon commun entre jeunes FN et jeunes de la droite populaire avait éclaté, Tiki avait lâché ces derniers en rase campagne. Mesquin de sa part, il est vrai. Dans la plus grande tradition des cours de récréation, il a donc été décidé de répondre à cette mesquinerie par une autre mesquinerie. Charmant.

Bien entendu, tout ce joli monde confondu rivalise de recherches sur les anciennes déclarations de Stéphane Tiki. Celui-ci aurait twitté qu’il s’opposait au droit de vote des étrangers et cela serait incohérent avec sa situation. Tiens, donc ! On ne voit là que cohérence, au contraire : Tiki souhaite que le droit de vote soit réservé aux nationaux et il souhaite acquérir la nationalité française. Il aurait souhaité l’application de la loi dans le cadre de l’affaire Léonarda. Et alors ? Un tribunal a-t-il, comme pour la jeune fille kosovar, ordonné l’expulsion du président des jeunes UMP ? Non. Entre la gauche qui se gausse à tort et ceux qui, à l’UMP, le traitent désormais comme un pestiféré, on ne verrait alors qu’un bénéficiaire de la situation : le FN. Pour ma part, je n’en suis pas certain. Que Florian Philippot se méfie : l’électeur de son parti préférera toujours un Stéphane Tiki, qui se sent passionnément français et s’investit dans sa future citoyenneté, à son jeune voisin muni de la carte nationale d’identité française, mais qui le traite de « sale céfran » dans la cage d’escalier.

Arrêtons la diplomatie du slogan

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hollande fabius syrie irak libye

hollande fabius syrie irak libye

Plus de trois ans après l’intervention armée de l’OTAN en Libye, il est difficile de tirer un bilan de l’après-Mouammar Kadhafi. Après une courte période de liens diplomatiques avec le nouvel Etat libyen,  la France s’est retiré du pays. En proie au chaos, la Libye est déchirée par des luttes intestines. Les discussions de paix qui se tiennent à Genève piétinent alors que les institutions se sont effondrées : deux parlements, deux gouvernements qui luttent pour le contrôle de la banque centrale.

Face à l’imbroglio libyen, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian essaye en sous-main de convaincre nos alliés de la nécessité d’intervenir à nouveau. La France qui s’était si fermement opposée à l’intervention en Irak de 2003 envisagerait ainsi une cinquième intervention militaire en moins de quatre ans. « On ne comprend plus rien à la position de la France, jette Widad Hamani l’ancienne conseillère et proche de Kadhafi. Aujourd’hui Paris a une position plus dure que Washington sans avoir les intérêts financiers des Etats-Unis. » C’est en effet à n’y rien comprendre. En Libye, la France avait des accords sécuritaires et, bien que le défunt « guide de la Révolution » était filou en la matière, des promesses de contrats faramineux avaient été faites. Notre politique étrangère dépasserait-t-elle donc le mercantilisme ? S’attacherait-elle à des causes plus grandes telles que la défense des libertés des libyens ? L’on aurait envie de le croire mais la suite des événements, le chaos, montre bien qu’il n’en est rien. Sans service après vente la France ouvre une nouvelle étape dans son positionnement stratégique, celle du slogan.

Tout et son contraire. Peu importe la réalité sur le terrain. Aux oubliettes les données habituelles de la diplomatie. Plus d’intérêts, plus de principes généraux, de valeurs, de partenaires ou de soutiens. « Notre savoir-faire en analyse de ces régions disparaît petit à petit » regrette un ancien diplomate passé par des postes clés au Maghreb et Proche-Orient. Aujourd’hui, l’opérationnel est collé au décisionnel. A quoi bon perpétrer la tradition française des concours du Quai d’Orsay puisque l’exécutif et l’armée décident eux-mêmes de la direction à prendre.

La Libye n’est pas un cas isolé. Partout où les projecteurs médiatiques sont pointés, l’observateur doit se contenter d’une compilation de déclarations sans prise sur le réel. Une analyse de discours sans cohérence. Alain Juppé puis Laurent Fabius veulent armer les opposants de l’autocrate Bachar Al-Assad, tout en luttant contre la montée en puissance des forces djihadistes. À Davos, François Hollande veut une réaction « globale » face au terrorisme, tout en affirmant que le défunt roi Abdallah d’Arabie Saoudite était un « partenaire » pour lutter contre le terrorisme. Ce même Abdallah qui fermait les yeux sur le financement de groupes extrémistes en Syrie.

C’est à celui qui aura la meilleure formule. La  presse en raffole et les communicants rivalisent en ingéniosité. Le karcher de Nicolas Sarkozy, l’apartheid de Manuel Valls, ces bons mots font mouche. Si bien que nos ministres les amènent sur le terrain diplomatique. Sans expérience à cette échelle, nos représentants oublient bien vite qu’en négociation internationale tout est affaire de symbolisme.

Répéter à temps et contre temps depuis 2011 que la chute de Bachar Al-Assad est « imminente » a simplement fait disparaître le peu de crédibilité que la France conservait. Considérer que la Syrie est infréquentable et que notre ambassade doit se retirer est un bon coup médiatique. Dans les faits, la France s’est mis hors jeu des négociations et a perdu tout contact avec les populations civiles. Quelle alternative au jusqu’auboutisme pour l’autocrate quand Laurent Fabius déclare que «Bachar ne mériterait pas d’être sur la Terre » ? Ici plus loin même que le slogan, Laurent Fabius propose pratiquement un sujet de philo pour le bac 2015. Habituellement très terre à terre l’ancien premier ministre tranche la question métaphysique s’il en est : mérite-t-on d’être sur le terre ?

Au Mali en juillet 2013 François Hollande parle du « plus beau jour politique de sa vie » quand Jean-Yves Le Drian annonce la « victoire militaire ».  Un an et demi plus tard, l’armée française est toujours déployée et le Nord du pays est le théâtre d’affrontements et d’attentats des groupes islamistes Aqmi, Ansar Dine, Al-Mourabitoune. Peu importe, le ministre de la Défense multiplie les tractations pour convaincre nos alliés qu’il faut bombarder la Libye. À nos alliés les plus sceptiques, le ministre compte rappeler « ce que nous avons collectivement entrepris et réussi au Mali ».

Ne tirons aucune leçon des cinq dernières années d’errements diplomatiques. Au contraire, multiplions nos erreurs puisqu’il suffit ensuite de nier l’évidence.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00701862_000022. 

Humour palestinien et droits des femmes

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Un membre du gouvernement palestinien vient de rendre un  hommage appuyé à l’Arabie Saoudite, dans une interview accordée la semaine dernière à l’Agence de presse officielle saoudienne

D’après Haifa al-Agha, il est important de souligner que le royaume joue un rôle déterminant et stratégique dans le soutien à la cause palestinienne. Pour être plus précis, la représentante de l’Autorité Palestinienne a certifié que le Royaume « n’avait jamais suspendu ou diminué son soutien à la cause palestinienne ».

Pour qui sait lire entre les lignes, il s’agit là d’une réponse indirecte mais explicite à tous ceux qui dans le monde arabe, accusent la pétromonarchie d’être à la botte des Américains, donc du complot sioniste mondial et plus si entente.

On comprend aisément qu’en ces temps compliqués de dissensions inter-islamiques, Mahmoud Abbas ait voulu envoyer un message positif au Roi Salman. On sera néanmoins surpris par le choix de la personnalité chargée d’émettre ce message de soutien à l’Arabie Saoudite. En effet, au sein de l’Autorité Palestinienne, Mme Haifa al-Agha est en fait la ministre du droit des femmes, ou plutôt, comme on dit à Ramallah, le ministre des « Affaires féminines ». Un sujet qu’elle aurait pu évoquer dans son hommage au rôle positif de l’Arabie. Mais bon, ça n’a pas l’air de la préoccuper plus que ça…

Ah oui, j’ai failli oublier un détail : lors de la constitution du gouvernement d’union entre le Hamas et le Fatah, l’an dernier, Mahmoud Abbas avait jugé opportun de confier ce ministère à une dame, ce qui est logique, mais qui plus est à une dame notoirement liée  au Hamas, ce qui est amusant.

«L’islam est par définition contre la laïcité»

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iran islam mostofi

iran islam mostofi

Armand Mostofi est directeur de Radio Farda, le service Iran de Radio Europe libre/Radio Liberté.

Vous êtes Iranien, mais vous travaillez désormais à Prague, après avoir vécu longtemps en France. Dans quelles conditions avez-vous quitté votre pays d’origine ?

J’étais journaliste et contre-révolutionnaire. Après la révolution islamique de 1979, une commission d’épuration m’a appelé, interrogé en bonne et due forme, et m’a dit que le procès-verbal serait envoyé au tribunal révolutionnaire. Je suis né dans une famille musulmane, mais, depuis ma jeunesse, j’avais étudié différentes religions et finalement décidé de devenir athée. J’ai donc senti le danger et quitté le pays immédiatement, en 1980. J’ai demandé l’asile politique en France, mais j’ai eu du mal à trouver du travail, donc j’ai été chauffeur de taxi en région parisienne pendant des années, avant d’acquérir un niveau suffisant en français pour retrouver un emploi de journaliste.

Aujourd’hui, Manuel Valls parle à ce sujet d’« apartheid », pour désigner ce séparatisme territorial, culturel et social entre les immigrés vivant en banlieue et les Français bien intégrés des centres-villes…

C’est un constat, personne ne peut le nier. On ne peut pas dire aujourd’hui que les immigrés, surtout d’origine musulmane, soient bien intégrés dans la société française. D’abord, l’idée d’intégration a échoué parce que, depuis des dizaines d’années – bien qu’on ait dépensé des milliards d’euros –, aucun plan cohérent n’a été élaboré. Les politiques ont beaucoup parlé, et pratiquement rien fait. La distribution d’allocations et de logements sociaux n’a fait que favoriser la ghettoïsation de certains quartiers, où la police n’ose plus mettre les pieds.[access capability= »lire_inedits »] Ensuite, le processus est mutuel. Il faut aussi une volonté d’intégration de la part des immigrés, qui est malheureusement absente chez la grande majorité d’entre eux, de confession musulmane.

Et est-ce aussi la faute de la France si cette volonté fait défaut ?

La première chose qui me saute aux yeux, c’est le laxisme de l’Éducation nationale. S’il y avait un projet d’éducation correct, les musulmans pourraient s’intégrer par l’école.

Ce qu’on entend habituellement à ce point de la discussion, c’est : « Pas d’amalgame ! »

Non, il ne faut absolument pas faire d’amalgame. Tous les musulmans ne sont pas salafistes ou djihadistes. Reste qu’il y a contradiction entre le Coran et la Déclaration universelle des droits de l’homme sur plusieurs points : l’égalité entre musulmans et non-musulmans, entre les musulmans entre eux, entre hommes et femmes, l’esclavage, les punitions brutales, la liberté d’expression, de religion, de conscience…

Tout cela ne correspond-il pas à une lecture littérale du Coran, par opposition à la plus répandue, qui serait compatible avec notre mode de vie démocratique ? 

Il faut aller au-delà du discours de ces dernières semaines, selon lequel ce serait un même texte dont il y aurait différentes interprétations. Quand les musulmans dits « modérés » – comme cet honorable M. Boubakeur, doyen de la Mosquée de Paris – parlent de l’islam « tolérant », ils ont raison. Et ils peuvent vous donner des références dans le Coran. Mais quand l’État islamique coupe la tête des Américains ou des Français, il peut aussi vous donner des références. Parce que, contrairement à celle de Jésus, la prophétie de Mahomet a duré vingt-trois ans, pendant lesquels il a eu le temps d’établir un État islamique et d’en prendre la tête. L’évolution de l’islam dans ce laps de temps a été considérable. Les versets du Coran reflètent ces différentes phases de la vie de l’État islamique. Ceux qui prêchent la tolérance datent des débuts, quand Mahomet était à La Mecque. Ceux qui prêchent la guerre et demandent de tuer les mécréants sont les derniers. Le problème est que le Coran auquel on se réfère actuellement n’a pas été édité selon l’ordre chronologique des versets.

Est-ce que le chiisme peut représenter le salut de l’islam, sachant que le plus menaçant pour nous est actuellement le wahhabisme ?

Non, le problème est beaucoup plus compliqué que ça. L’islam chiite a hérité d’un État entier, l’Iran, avec la bénédiction des intellectuels européens au moment de la révolution islamique. Naturellement, son comportement est un peu différent de celui des Shebab de Somalie et n’est pas comparable avec celui de Boko Haram. Mais les exécutions publiques en Iran sont semblables à celles de l’EI. En Iran, on pend, l’EI décapite. La différence s’arrête là.

Il n’y a donc vraiment pas d’espoir qu’un islam chasse l’autre et nous protège de la violence fondamentaliste ?

Non, il ne faut pas miser là-dessus. Pendant des années, beaucoup ont considéré l’islam turc d’Erdogan comme le modèle de l’islam modéré. Aujourd’hui, cet « islam modéré » devient chaque jour un peu plus intégriste. On peut être un chrétien modéré ou orthodoxe. Dans l’islam, on peut seulement être un musulman plus ou moins pratiquant. Il n’y a pas deux versions de l’islam. Il y a différentes branches – sunnites, chiites, wahhabites, etc. –, mais le texte sacré est unique. Et, en fin de compte, c’est lui qui a le dernier mot. Dans le christianisme, il y a quatre textes, et aucun n’est plus sacré que l’autre. D’ailleurs, aucun n’est la parole de Dieu. C’est la parole des apôtres, et encore, deux des auteurs des Évangiles n’ont jamais connu Jésus. Tandis que dans l’islam, le Coran est la parole de Dieu qui a été portée à Mahomet par l’ange Gabriel. Personne ne peut y changer une virgule.

Vous dites que les musulmans ne peuvent que pratiquer plus ou moins cet islam incompatible avec notre démocratie. Devraient-ils donc renoncer à leur culture musulmane pour s’intégrer ?

« Culture musulmane » est une expression trop vague. Le monde musulman s’étend du Mali ou de la Mauritanie jusqu’à l’Indonésie, en passant par le Moyen-Orient, la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, le Bangladesh… Il y a de très nombreuses différences de culture entre tous ces pays-là, mais il y a des principes communs, des interdictions communes : l’alcool et la viande de porc sont prohibés, et le port du hidjab est recommandé, voire obligatoire.

Donc, lorsqu’ils arrivent en Occident, les musulmans se recentrent sur les quelques pratiques qu’ils ont en commun, même s’ils sont de cultures très différentes ?

Oui. En France, les musulmans sont en majorité nord-africains, alors qu’en Allemagne ils sont majoritairement turcs. Mais le problème essentiel, en ce début de xxie siècle, c’est l’islam intégriste, le djihadisme. Et, malheureusement, ce problème touche tous les États, de l’Inde jusqu’à l’Afrique, de la Suède jusqu’au Kenya. Or, c’est partout pareil : l’islam, s’il veut respecter ses règles et ses croyances, est par définition contre la laïcité. La laïcité et l’islam, ça fait deux.

Sachant cela, avons-nous encore une chance de gagner contre l’expansion planétaire de l’islamisme ?

Aux États-Unis, peut-être. Ou en Russie, peut-être, si on croit à la manière forte, version Tchétchénie. Mais je crains fort que pour la France il ne soit trop tard. Les dégâts sont déjà faits. Nous sommes tombés dans un cercle vicieux : chômage, manque d’éducation et de qualification, délinquance, trafic de drogue… Un ami responsable du personnel dans une grande surface, très humaniste, m’a raconté il y a quelques années qu’il voulait recruter une vingtaine de « jeunes de banlieue » – pour être politiquement correct. Mais, au final, un seul est resté travailler dans la société. Deux ou trois ne sont jamais venus, plusieurs autres ne respectaient pas les horaires, un autre volait dans les rayons, et deux se sont carrément servis dans la caisse. Dans ces conditions, ils ne peuvent pas trouver un travail qui leur permette de vivre dignement, et ne s’en sortent pas. Salafisme et djihadisme profitent de ce terreau pour planter les graines du terrorisme.

On a encore l’impression aujourd’hui que le politiquement correct, qui se focalise sur une supposée « islamophobie », ne fait qu’accélérer le processus au lieu de soigner le mal…

Oui, c’est exact. On a d’abord remplacé les mots « casseurs » ou « voyous » par « jeunes de banlieue », et maintenant on ne dit plus que « les jeunes » : « Les jeunes ont caillassé une voiture de police. » Dans le pays où je vis actuellement, la République tchèque, on ne parle pas comme ça, on appelle un chat un chat.[/access]

*Photo : Uncredited/AP/SIPA. AP21690407_000004.

Les interviews (presque) imaginaires de Brighelli

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ecole marseille castellane

ecole marseille castellane

Madame, vous êtes enseignant-chercheur en didactique de la didactique à l’ESPE d’Aix-Marseille, et professeure de Lettres…

Dites de Français, ou mieux, d’Expression et Communication. Les Lettres, c’est ainsi que la culture bourgeoise appelle ces valeurs mortes sur lesquelles elle assoit sa domination en interdisant de fait aux classes populaires, surtout celles issues de la différence, d’accéder au pouvoir. Corneille ou Racine, autant de white dead males. Moi, je travaille sur les productions de mes élèves, qui sont bien vivants, eux ! C’est la source qui doit nourrir le fleuve, n’est-ce pas…

Heu, oui… Vous enseignez au collège Marie-Laurencin, dans le XIVème arrondissement de Marseille, dans ces quartiers Nord qui ont été le théâtre, hier, d’une démonstration de force de groupes armés et cagoulés qui ont échangé des coups de feu.

La Castellane est dans le XVème, vous savez…

Excusez-moi, je suis journaliste, je ne peux pas tout savoir. En tant qu’éducatrice confrontée depuis longtemps à des populations en déshérence, quelle est votre analyse des événements ?

Je ne suis pas éducatrice, mais co-éducatrice : mes élèves et moi co-construisons nos savoirs réciproques. J’ai au moins autant à apprendre d’eux qu’eux de moi.
Qui sont ces jeunes — parce que pour l’essentiel, ce sont des jeunes ? Ce sont nos apprenants, ceux d’aujourd’hui – les fourmis, les guetteurs, ont souvent moins de 15 ans — qui manifestent ainsi leur juste révolte devant les injustices dont ils sont victimes. Et ceux d’hier, victimes de cette injustice répétée qu’est l’exercice d’un Savoir frontal. C’est cela surtout qui détruit le vivre-ensemble.
Le fait même que pour la plupart ils soient trafiquants de drogue devrait alerter les pouvoirs publics — et Mme Vallaud-Belkacem, quelle femme merveilleuse et de gauche ! l’a bien compris en s’adressant à nous, hier soir, au centre social des Musardises, dans le XVème. La drogue est un paradis artificiel dans lequel ils tentent de fuir la réalité — leur réalité. En la vendant, ils diffusent une contre-réalité.

Pouvez-vous être plus explicite ?

Le Premier ministre, il y a quelques jours, a justement parlé d’apartheid. Ces jeunes — et leurs familles —, nous les avons parqués dans des Zones d’Exclusion Programmée. Dans des réserves, loin du centre-ville où s’installent les bourgeois…

Heu… Vous êtes sûre ? Le centre-ville de Marseille est… comment dire…

Juste retour des choses ! Les populations reléguées ont conquis les territoires qu’on leur a toujours refusés.

Ces jeunes, donc…

Nos élèves ! Nos enfants ! Croyez-vous que ce soit de bon cœur que je les vois, depuis des années, soumis aux contraintes de programmes inutilement ambitieux ? Ils ont des compétences que l’on ne sollicite guère. Nous autres, à Education et Devenir, savons depuis longtemps qu’un enseignement curriculaire…

Comme celui qui a fait ses preuves au Québec ?

Exactement ! Il faut solliciter ce qu’il y a de meilleur en eux, leur sens spontané de la langue, tel qu’ils l’expriment dans le rap par exemple. Et cesser de les accabler sous des enseignements disciplinaires d’un autre âge. Nous avons d’ailleurs discuté de tout cela dans un colloque organisé conjointement avec les Cahiers pédagogiques. Quelle merveilleuse journée !
Nous avons d’ailleurs diffusé un communiqué après les représailles exercées sur les journalistes blasphémateurs de Charlie. Nous nous devons « d’analyser sans « passions » le contexte social dans lequel se creusent les inégalités et se manifestent des phénomènes de ségrégation et de relégation sociale, culturelle et territoriale. » Si !

Votre collège, en dispositif Eclair, a bénéficié d’aides substantielles…

Pas assez ! Il est scandaleux que des lycées de centre-ville, sous prétexte qu’ils hébergent les enfants de la bourgeoisie, aient plus de moyens que nous. Scandaleux surtout que l’enseignement par compétences ne soit pas encore généralisé. C’est d’ailleurs moins de moyens que nous avons besoin que d’un changement radical des mentalités.Nous devons travailler en équipes.
Il y a chez certains enseignants des résistances qui tiennent à leur histoire personnelle. Les profs, au fond, sont pour la plupart d’anciens bons élèves, qui inconsciemment se battent pour perpétuer le système qui les a favorisés. Heureusement nous nous efforçons, à l’ESPE, de les recruter désormais parmi les cancres.

C’était votre cas ?

J’étais une élève… très moyenne. De surcroît, quand je me suis convertie à l’Islam lors de mon mariage, j’ai compris en profondeur ce que c’est que d’être humiliée et offensée constamment. La loi de 2004 sur le voile, par exemple, est clairement discriminante. Si ces jeunes filles veulent vivre leur foi, qui sommes-nous pour le leur interdire ?
Je suis d’ailleurs favorable à une répartition claire garçons / filles en classe. Il n’est pas normal que des filles soient exposées aux regards concupiscents des adolescents — non seulement à la piscine, mais dans toutes les activités. Une ville musulmane d’Indonésie vient d’imposer la virginité comme condition préalable pour passer le Bac. C’est une idée à creuser.Il n’est pas normal non plus que des garçons soient susceptibles de fréquenter des filles impures. Les pratiques cultuelles doivent prendre le pas sur les pratiques culturelles. C’est en reconnaissant le droit inaliénable des communautés que nous parviendrons à cette Europe bigarrée que j’appelle de mes vœux. La France doit être une mosaïque bien plus qu’un creuset où l’on voudrait fondre les différences qui nous constituent. La vraie liberté, c’est aussi la liberté de ne plus en avoir. Et la vraie laïcité commence par le respect de la foi.

Excusez-moi, mais la foi a peu de choses à voir avec le trafic de shit à grande échelle…

Le système leur dénie l’entrée dans les voies royales — les grandes écoles, qu’il faudrait d’ailleurs supprimer, ce sont des monuments de discrimination permanente. Interdits d’économie officielle, ils investissent leurs talents dans l’économie souterraine. Le dealer est l’illustration de la justesse des analyses de Pierre Bourdieu. Il est celui qui pouvait, et que l’on a brimé. Alors il s’invente une société-bis, si je puis dire. Un monde parallèle. Mutilé du stylo, il prend le flingue. C’est son droit.

Tout de même, tirer à la kalachnikov sur la police…

Une façon de marquer son territoire ! Pourquoi les forces de l’ordre bourgeois viendraient-elles dans les quartiers que mes élèves, et mes anciens élèves, ont patiemment conquis ? Prétendent-ils nous refaire le coup de la bataille d’Alger ? Ils ont massacré les grands-pères, humilié les pères, ils veulent donc massacrer les fils ? Un peu de repentance, s’il vous plaît !

Que faudrait-il faire pour améliorer la situation ?

De toute évidence, leur laisser gérer la ville. Ils ont bien plus de compétences réelles que les vieillards qui nous gouvernent. Comme on dit ici : des kakous plutôt que des caciques cacochymes ! Quand ils géraient le parking de la porte d’Aix, au moins, on pouvait s’y garer !

Interview réalisée ce jour par un journaliste-stagiaire du Figaro, descendu tout exprès à Marseille, et mise au clair par Jean-Paul Brighelli

Addendum. J’ai pris le collège Marie-Laurencin à cause de ses liens — l’année dernière — avec les inénarrables Cahiers pédagogiques. On me signale que l’administration a si bien souhaité reprendre en main un établissement qui s’en allait tout doucettement à la dérive qu’il y a nommé cette année Mme Lebourch, ancienne proviseur-adjoint du lycée Cézanne — ciel, une femme venant d’un lycée à prépas dans une pépinière de pédagos, ça va faire des étincelles !

*Photo : Pixabay.