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Au plaisir des dames

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belgique sexe prostitution

La femme moderne doit jouir. Pour que le message soit reçu par tous, on organise pour les enfants des expositions à propos du « Zizi sexuel ». Pépé y emmène Ferdinande, 7 ans, sa petite-fille, découvrir son minou et les joies qu’il lui faudra bientôt savoir en exiger. Mémé y trimbale Jessico, son petit-fils, 6 ans, pour lui montrer comment il devra extasier le minou à Ferdinande.

Il paraît que nos arrière-grands-pères n’avaient pas à se soucier de faire plaisir à nos arrière-grands-mères. J’espère qu’ils en ont bien profité. La femme moderne, elle, doit jouir. Elle le clame et le réclame. L’après-midi, elle téléphone à Brigitte Lahaie sur RMC pour dire qu’elle aime la sodomie et les godemichets. Le soir, le prince charmant qui croit la rejoindre au lit rejoint, en fait, une magistrate en poste au tribunal de l’extase féminine version Marie Claire et Psychologie magazine. Gare au foutiste et à l’étourdi. Ils seront congédiés.[access capability= »lire_inedits »]

Il en résulte que François Hollande a dû autoriser les hommes à se marier entre eux. Les catholiques ont râlé, mais le président ne pouvait plus faire autrement. Chaque jour davantage, le mâle se liquéfie dans le clitomysticisme où nous barbotons depuis longtemps déjà. Pour vous en convaincre, écoutez Brigitte Lahaie, qui, entre deux confessions salaces de ces dames, doit ramasser ces messieurs à la petite cuillère après leurs piteuses aventures

Signer d’une main la loi instituant le mariage homosexuel, c’était bien le moins que pouvait faire notre président alors qu’il s’apprêtait à signer de l’autre la loi de pénalisation des clients des prostituées. Pour qu’elles aient fait un tel tapage au nom des grands principes, les féministes ont dû craindre le danger qu’il y avait à laisser se multiplier des concurrences à leurs yeux déloyales. Elles avaient tort. Le travail de sape de toutes les expressions de la virilité qu’elles ont entrepris voilà des décennies a fonctionné. On peut douter que le jeune homme d’aujourd’hui, celui qu’elles ont façonné, sache encore assumer la virile violence nécessaire pour jouir du charme trouble de la prostitution.

À ce propos, un soir que j’étais aux putes à Anvers, moi qui suis du genre mauvais amant et ferais bien de téléphoner à Brigitte Lahaie, je cherchais dans les vitrines une fille sur laquelle vider mon amertume. On dit que l’encadrement juridique de la prostitution en Belgique permet aux autorités de protéger les tapineuses et de s’assurer qu’elles sont majeures. Ce devait être mon jour de chance, celle que je réussis à dégoter avait l’air mineure. Une blonde parfaite – et espagnole.

Elle m’ouvrit, j’entrai, payai (50 €) et la suivis dans les escaliers qui conduisaient à la chambre. Partout, du rouge grenat. Grenat, le clean velours des murs ; grenat, les couvertures du lit impeccablement fait ; grenat, le tamis des lampes et leur lumière. Le parfum artificiel qui empestait la pièce, grenat aussi, je crois. J’étais venu chercher l’amour sale et sans manières, je débarquais dans son funérarium.

Tiens, le bruit de l’eau qui coule. Je me retourne. Porte de la salle de bains ouverte, elle lavait son machin dans le bidet. Adios ! Je renfilai mon manteau et déguerpis. En dévalant les escaliers, j’entendis vaguement sa voix me lancer un vengeur : « Eres loco ! » Fou, moi ? Dans la rue, je pensais au mâle que j’aurais pu être, il y a un siècle. Ah ! après l’avoir sautée, la beigne que je lui aurais flanquée avant de décamper sans payer ! Et ce n’est même pas moi qui aurais passé la meilleure soirée.[/access]

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J’habite une ville formidable

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marseille islam ramadan

Peut-être le fait d’habiter Marseille fausse-t-il ma vision de l’islam… Ou peut-être le fait de vivre dans une ville musulmane permet-il au contraire d’en voir de près le fonctionnement. Peu importe. Pour une fois que l’on a aussi la fin de l’histoire…

Les faits remontent au 9 juillet dernier. On est en plein ramadan, ce qui devrait apaiser les esprits. Mais la canicule aidant, ils s’échauffent. La brigade VTT (bravo à eux, Marseille est une ville qui n’est pas toujours facile en vélo, faut dire qu’ils ne s’aventurent jamais loin du centre) opère un banal contrôle rue des Récollettes, au cœur de ce quartier presque exclusivement maghrébin (je dis presque parce que les Chinois s’y glissent peu à peu, comme ils ont fait il y a deux décennies à Belleville). Pour ceux qui connaissent un peu, c’est presque à l’angle de Belsunce et de la Canebière, tout près de la rue Thubaneau où fut chantée pour la première fois la Marseillaise et que fréquentèrent jadis tant de dames de petite vertu.

Pour les autres, c’est là que se dresse la mosquée Al Qods et ça donne ça.

Contrôler, mais vous n’y pensez pas : un presque adolescent (il s’appelle Djamel Gherici, et il est élève de Terminale, sans doute fête-t-il le Bac à grandes rasades de limonade) harangue la foule et l’invite à « niquer les condés ». « « C’est ramadan, on est chez nous ici ! » croit-il bon d’ajouter, avant de faire un signe d’égorgement à l’aide du couteau qu’il porte », écrit le journaliste de la Provence, Denis Trossero. Bref, il en fait tellement que les pandores, pourtant portés par nature à l’apaisement, finissent par l’interpeller.
L’affaire était jugée hier. Je reprends l’article qui n’est pas encore en ligne.

« Quand le policier raconte la scène, c’est avec précision et sobriété à la fois. On y lit la désespérance ordinaire du fonctionnaire républicain qui tente de faire au jour le jour son travail, mais qui sait qu’il marche sur des œufs. L’explosion est au coin de la rue s’il n’y prend garde. « Je voudrais que vous ayez conscience de cette violence. C’était une poudrière, raconte le gardien de la paix. On a régulièrement des gens qui viennent nous titiller, nous mettre en porte à faux. Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV. Ce sont des éléments qui me font perdre la foi en mon métier républicain. On est obligé de baisser le froc. C’est hard ! Quand on rentre le soir à la maison, je me demande pourquoi je fais ce métier. »
Le procureur, Agnès Rostoker, note que « l’on sent poindre chez ces policiers un légitime découragement sur notre territoire républicain. » Le prévenu soutient qu’il s’est contenté de pousser « des petits cris » (?) puis affirme « qu’il a été frappé par la police. Rien de tel dans le dossier. Le parquet a requis six mois de prison avec sursis assortis de l’obligation d’effectuer un travail d’intérêt général ». L’avocat de la défense a cru pouvoir plaider « un très grand affolement des policiers », qui voudraient faire porter par son client « tout le poids du djihad islamique ». Ben voyons.
Le tribunal a suivi peu ou prou les recommandations du proc, et Gherici a écopé finalement de cinq mois avec sursis assortis de 180 heures de TIG — et d’une amende de 500 euros à chacun des deux policiers. Ce n’est pas cher payé pour une menace de mort à un agent de la force publique, mais j’imagine que le code ne permet pas d’aller beaucoup plus loin.

Je voudrais revenir brièvement sur un passage du témoignage du policier. « Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV », a-t-il dit. J’ai eu l’occasion ici-même d’analyser une vidéo de Daech, pour bien cerner l’aspect hyper-réaliste et en même temps fantasmagorique des mises en scène de l’Etat islamique. Dans les têtes creuses de nos élèves — et s’agissant d’un crétin de Terminale, c’est bien ça —, dans les crânes de ces gamins auxquels l’Ecole n’a décidément rien appris, c’est comme un jeu vidéo, une télé-réalité à laquelle ils ambitionnent de participer — sauf que la réalité saigne davantage que l’hyper-réalité de la société du spectacle.
En légende de la photo accompagnant l’article dans La Provence aujourd’hui, on peut lire : « La présence policière agace, mais force doit rester à la République. »

Oui-da ! Mais l’idée même que la police »agace » est en soi un scandale — sauf à supposer, et ici nous sommes au-delà de la supposition, que la ville est désormais, dans certains de ses quartiers au moins et dans le centre en particulier, régie par la charia.

PS. Pendant ce temps un plaisantin appose un bandeau rouge sur les yeux des statues marseillaises. Bonne idée — autant que David (il ne serait pas juif, celui-là ?) ne voie pas ce que devient cette ville.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00475619_000002.

Najat est-elle mortelle?

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najat vallaud christopher frank

Christopher Frank, mort prématurément en 1993, a laissé pour l’essentiel le souvenir d’un cinéaste hitchcockien qui a sublimé Valérie Kaprisky dans L’Année des méduses. On a davantage oublié qu’il fut écrivain et que ses films étaient pour la plupart des adaptations de ses romans. Mortelle, son premier texte, écrit à 25 ans, en 1967, n’eut pas cette chance, hélas ! Il s’agit une dystopie placée sous le signe d’Orwell et de Zamiatine. Nous sommes dans le monde de La Plaine, une aire goudronnée infinie, couverte de pavillons de verre identiques. Évidemment, le simple fait de coucher son histoire sur le papier, à l’instar de Winston dans 1984, fait de vous un « hérétique » appelé tôt ou tard à la « rectification », qui consiste à vous greffer sur le visage un masque éternellement souriant. C’est ce qui va arriver au narrateur, lequel, de surcroît, entretient une relation sexuelle exclusive avec sa demi-sœur nommée « Mortelle ».

Si ce court roman glacé m’est revenu à l’esprit ces temps-ci, c’est que Christopher Frank, il y a presque quarante ans, avait accordé une attention particulière à l’école, lieu et moment où les hérétiques en devenir prenaient conscience de leur hérésie.

Cette intuition donne des pages saisissantes, mais elle est surtout une préfiguration des aspects les plus pédagogistes de la réforme de Najat Vallaud-Belkacem. Dans le collège façon Mortelle, l’important n’est plus le savoir mais « le savoir-être », comme on dit du côté de la Rue de Grenelle. On est convoqué devant des « conseils de camaraderie », que NVB appelle pour sa part « les conseils de vie collégienne », si on a le malheur de s’adonner « à la compétition, qui est le plus grand péché du monde» Là, le mot clé est évidemment cette « citoyenneté » si chère à l’Éducation nationale : « On m’expliqua une fois de plus LES RÈGLES DU CITOYEN : l’homme au service de l’homme ; un bien indivisible est un bien mal acquis ; moins on est, moins on rit ; le besoin de l’un est le devoir de l’autre ; une joie non partagée est une tristesse maquillée ; etc. »

Dans le collège façon NVB, nous dit-on, « des “moments forts” seront “systématisés” : journée de la laïcité, commémorations, remise de diplômes ». Et, de fait, cela ne dépayserait aucunement le narrateur de Mortelle, qui, jouant le jeu de l’institution, peut quitter « le collège avant-dernier, nanti d’un brevet d’honneur du comité Inter-Élèves et d’un diplôme de sociabilité avec mention B. »

Mortelle, de Christopher Frank, est disponible dans la collection « Points », Éditions du Seuil.

Mortelle

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Capa : la plèbe du Net veut du sang

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robert capa debarquement

Dans les arènes de Rome, la plèbe voulait du sang. Et on lui en donnait à flot pour étancher sa soif. Dans les arènes modernes, c’est-à-dire sur le Net, la plèbe veut la même chose. Une différence de taille : au Colisée ils étaient quelques dizaines de milliers, sur la toile ils sont quelques dizaines de millions. Et la aussi il faut que ça saigne. Tout le monde à poil ! On appelle ça la vérité toute nue. On veut tout savoir. Et en même temps on se shoote au « on nous cache tout, on nous dit rien ».

La démocratie de l’instantané, celle du clic et du clip, n’a pas été conçue en effet pour faire travailler le cerveau. La toute dernière contorsion du Net concerne Robert Capa. Des chercheurs – en d’autres temps on aurait dit des fouille-merde – ont longuement enquêté sur le plus célèbre photographe de tous les temps. Et ils ont trouvé ce qu’ils voulaient. Capa n’a pas dit la vérité ! Oh joies ineffables ! Le photographe affirmait avoir passé une heure trente sur les plages du débarquement en 1944 : il ne serait resté en réalité que trente minutes sur le sable normand. Qu’est-ce qu’on est content… Capa disait avoir pris une centaine de clichés : dix ou douze seulement après enquête. On est très, très content. Car le minus lobotomisé scotché à son écran adore quand quelqu’un d’illustre est convaincu de mensonge. Ça met les géants à la portée du nain qu’il est.

Autre révélation alléchante qui date d’il y a quelque temps. La « vérité » sur une photo aussi célèbre que celles du débarquement. Le cliché du « Baiser de New York ». Prise le jour de la victoire en mai 1945 l’image montre un marin américain en train d’embrasser goulument sur la bouche une jeune et jolie infirmière renversée en arrière. Honte aux symboles !

Des années, des dizaines d’années après, des chercheurs ont dénoncé l’horreur qui se cachait derrière cette photo. L’infirmière n’était pas consentante : le marin l’avait embrassée sans lui demander son avis. Quasiment un viol ! De quoi se pourlécher les babines. L’infirmière devenue une très vieille dame n’a quand même pas déposé plainte. Sur le Net, cette grandiose affaire a eu autant de succès que l’histoire concernant Robert Capa. On appelle ça « l’ère de la transparence ». Le sociologue Gilles Lipovetsky la définit très bien : « l’ère du vide ».

*Photo: Pixabay.

L'ère du vide : Essais sur l'individualisme contemporain

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Py XIII et le Roi Lear

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olivier py roi lear avignon

Allez, on s’en va. La saison est finie. En échange du vieux Pleyel on nous a offert deux salles neuves, à La Villette et à Radio France. L’Opéra de Paris était moche exprès pour embellir l’aube du nouveau boss, à la rentrée. Ite missa est. Faites la clôture si vous voulez, moi je fais la malle.

Direction le Sud, « terre de festivals ». Des festivals, on en a plein à Paris : rien qui vaille. De l’Ircam (« ManiFeste », jusqu’au 2 juillet) à La Traviata selon Arielle (Dombasle, à partir du 12 juin), le Nord n’est pas propice.

Donc tout le monde descend. À Avignon. En Avignon, comme disent les Parigots, où règne un nouveau pape, Py XIII. (Le Pie d’avant, Pie XII, était un pape romain. Le dernier pape provençal remonte à 1400 mais n’était pas Pie puisqu’il n’y eut jamais de Pie en Avignon).

Py XIII, Olivier de son prénom, est auteur, réalisateur, metteur en scène, acteur, orateur, chanteur, prédicateur, fornicateur, traducteur, triomphateur, administrateur, directeur. Viré de l’Odéon qu’il gouvernait très bien par le ministre Mitterrand sur ordre de Carla Ire, il fut sacré à Avignon par le même ministre qui, du coup, devint le héros de la pièce hilarothérapeuthique Orlando dudit Py l’année dernière. Suivez-vous ?

Ses collègues, à ce que j’ai compris, se demandent c’est quoi. Un missionnaire catholique anti-manif-pour-tous, prétend ma consœur Thérèse. Un gauchiste de droite, soutient le limonadier de l’Odéon. Un prince du théâtre, moi je trouve. Et un paradoxe.

Il y a quoi, vingt ans ? Olivier Py, pas pape encore, avait monté un spectacle intitulé Apologétique. Le texte, il ne l’avait pas écrit mais trouvé dans les plaquettes de nos théâtres. La plaquette, je rappelle aux zombies qui sortent pas, c’est le programme. En tête de la plaquette, vous avez un édito qui vous explique pourquoi les hommes, les femmes, les morts, Dieu et le Système solaire ont besoin de théâtre. Style : « Le rideau se lève, et dans son envol, il efface le passé. Tout est encore possible, tout peut advenir. » (Vitez ? Mesguich ? Savary ? Devinez.) Qu’on a ri !

Là, je feuillette la plaquette d’Avignon 2015, et que lis-je ? Un édito signé Olivier Py. « Il aura fallu la tragédie du mois de janvier pour que la classe politique convienne que la culture et l’éducation sont l’espoir de la France. Qu’en reste-t-il ? La culture sera-t-elle demain cette éducation citoyenne de l’adulte qui changerait réellement le lien social ? » Fichtremazette, quelle prémisse ! Plus loin : « Nous devons pousser ce subit élargissement du terme culture jusqu’aux conditions de l’organisation générale d’une société meilleure. » Tout comme ça. Remarquez, c’est peut-être voulu. Une metteuse en scène va nous faire Apologétique 2 avec l’édito du patron, et qu’est-ce qu’on va se fendre !

Mon Py adoré, lui, ne donnera pas dans le bouffe. Entre un Richard III allemand par Thomas Ostermeier et les fausses jumelles Justine & Juliette de Sade lues par Isabelle Huppert, le pape Py met en scène lui-même Le Roi Lear. Si vous lisez les journaux, vous savez maintenant : Le Roi Lear n’est pas une fiction. C’est de l’actu. Trahi par ses filles Marie-Caroline Goneril et Marine Régane, chassé du trône par le vil Aliot de Cornouailles et le factieux Edmond Philippot, le roi Jean-Marie Lear perd la raison et bat la campagne en racontant des trucs. Mais la bonne héritière Marion Cordélia apaise le roi fou en lui disant qu’elle ne voudrait pas avoir l’air de lui piquer la Côte d’Azur. Que fera Py de cette inusable saga ? Réponse saignante dans la cour d’honneur du Palais des papes le 4 juillet.

La Fille dans la Thunderbird

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Dany est secrétaire à Paris. Elle n’a jamais vu la mer. Elle veut voir la mer. C’est une idée fixe, un peu compliquée pour une fille assez simple. Sur un coup de folie, elle empruntera la voiture de son patron, une Thunderbird,  et à nous la Côte d’Azur ! Sauf que rien ne se passe comme elle le rêvait. Partout, au café, au garage, à l’hôtel, on la reconnaît. Elle n’est plus celle qu’elle croyait être. Il se passe des choses étranges qu’elle n’aurait jamais imaginées. Elle pense devenir folle. Elle n’a toujours pas vu la mer, mais des vertes et des pas mûres. Et même un cadavre dans le coffre de sa voiture, ce qui pour une fille simple, simple mais sexy, devient de plus en plus oppressant.

Une fille, une voiture : cela suffit-il pour faire un film ? Joann Sfar qui n’avait pas démérité avec son Gainsbourg nous prouve que oui. Encore faut- il une pointe de Hitchcock, époque Vertigo, une ambiance d’Été Meurtrier et un certain décalage dans le temps, en l’occurrence les années soixante-dix. Sébastien Japrisot – et c’est la bonne nouvelle – inspire encore la cinéma français, même s’il est mort en 2003. La moins bonne nouvelle, c’est que Joann Sfar perd le fil du roman (La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil) dans le dénouement de l’intrigue, nous laissant seuls avec Dany et sa Thunderbird bleue. Bleue comme la mer qu’elle verra enfin. Freya Mavor une jeune actrice écossaise de vingt-deux ans, ne lâche rien dans le film, faisant mentir l’adage selon lequel les voitures sont plus intéressantes que les femmes. La Thunderbird n’est pas mal non plus.

La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Thriller de Joann Sfar avec Freya Mavor et Benjamin Biolay.

#ClochesChrétiennes: le sain(t) communautarisme

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assomption chretiens orient

Cloches, sonnez, pour tous ceux qui savent que leurs peines/Vont s’effacer, vont bientôt guérir. En ce 15 août, les cloches de France répondent à Charles Trenet. Près de 70 diocèses catholiques, une vingtaine d’abbayes et sanctuaires, et des milliers d’églises font sonner leurs clochers. Ce ballet répond à l’appel d’une poignée de fidèles, qui ont eu l’idée d’exprimer ainsi leur soutien aux chrétiens d’Orient persécutés. L’opération est intitulée sur les réseaux sociaux #ChristianBells, l’anglais étant le seul langage commun de la Babel du Net. L’initiative française s’est propagée en Europe: deux diocèses espagnols, tous les diocèses de Belgique et du Luxembourg, ceux de Cologne et de Genève-Lausanne-Fribourg, ceux de Monaco et de Reykjavik, capitale de la lointaine Islande, ont annoncé leur participation.

Depuis 1950, l’Église catholique romaine a fixé au 15 août la fête du dogme de l’Assomption, la montée au Ciel de Marie, mère du Christ. Ce dogme, comme les autres, n’est pas sorti tout armé de la tête du pape, et avait des origines beaucoup plus anciennes. On a commencé à fêter l’Assomption en Gaule dès le VIe siècle, ce qui ne devait rien au hasard: le concile d’Ephèse de 431 avait proclamé Marie « Theotokos« , mère de Dieu, puisque le Christ est à la fois « vrai Dieu et vrai homme ». L’Église n’a fait qu’entériner ce qui était cru par tous les chrétiens. En Orient, et dans la chrétienté orthodoxe, l’Assomption (ou « Dormition ») a toujours été célébrée, indépendamment du dogme pontifical. Fête chrétienne, le 15 août est plus spécifiquement une fête française. En 1638, Louis XIII consacre son royaume à Marie, en encourageant ses sujets à prier ensemble pour leur pays à cette date. C’est une prière de toute la France, pour la France. La communion d’un peuple. Une préfiguration de la fête nationale. Ces cloches du 15 août rappellent que l’Église est encore le premier parti de France. Combien de divisions, dites-vous ? Venez et voyez.

Le débat sur le mariage gay a commencé à prendre de l’ampleur lorsqu’une prière fut lue dans toutes les églises, pour que chaque enfant bénéficie de « l’amour d’un père et une mère« . Le 15 août 2012, précisément. Les manifestants contre la loi Taubira doivent beaucoup au réseau d’écoles, de paroisses, d’aumôneries catholiques. La Manif Pour Tous est la fille aînée de l’Eglise française de ces dernières années. Ce fut sa force, et également sa faiblesse, en échouant à parler la même langue que la France laïque. Ce même défi est toujours là. Car cette Église qui s’agite suscite des questions légitimes. Le mot-dièse #ClochesChrétiennes, n’est-ce pas du communautarisme ? Que sont ces initiatives, sinon le signe que la tribu des cathos rejoint celle des gays, des Juifs et des buralistes, défendant chacun leurs intérêts ? Le danger du ghetto existe. Les catholiques sont des enfants de leur siècle atomisé. L’auteur de ces lignes était récemment présent à un mariage « à l’église ». C’était une belle fête de l’amour, de l’engagement et de la joie. Mais parmi les invités, quelques-uns se demandaient s’ils ne faisaient pas partie d’un club fermé qui se féliciterait d’exister encore. À la question posée par votre serviteur à certains, « tu as des amis non-catholiques ? », beaucoup étaient gênés de répondre par la négative. D’autres assument, et s’occupent à défendre leur entre-soi avec des polémiques complètement cloches. Le « saint » qui disparaît du bulletin météo quotidien de France 2.

Une « christianophobie » répertoriée sur une carte de France, copiée en moins belle sur celle des musulmans. Les boucs émissaires, de la « dictature socialiste » au « satanisme » musical. Ces boutefeux seraient plus inspirés de relire Tactique du diable de Lewis. Satan raffole du catholicisme identitaire: « amène-le au stade où la religion ne sera plus qu’un aspect de la « cause », où le christianisme est surtout estimé parce qu’il apporte d’excellents arguments à l’appui de l’effort de guerre britannique ou du pacifisme« . Une bonne manière de discerner le ghetto identitaire d’un sain(t) communautarisme, c’est l’universalité, qui est une vocation chrétienne et française. C’est là que l’opération #ClochesChrétiennes sort du lot. Le drame des chrétiens d’Orient n’est pas seulement la disparition d’Églises séculaires, c’est le signe que l’altérité la plus élémentaire est menacée par un totalitarisme qui refuse toute existence non-islamique. Leur cause dépasse les clivages et les sensibilités. Elle soulevait déjà l’indignation de Jean Jaurès, lors des massacres d’Arméniens par les Turcs en 1897. Bien avant que cela ne devienne branché.

En faisant sonner les cloches pour les chrétiens d’Orient le 15 août, l’Église de France fait honneur à son histoire, et rappelle qu’elle est toujours là pour redonner à son pays un supplément d’âme. Le catholicisme a façonné nos paysages, notre vocabulaire, notre esthétique, et même notre érotisme. Mais cette identité de caractère, cette marque indélébile, ne pourra demeurer que si elle est enracinée dans une véritable pratique religieuse. La France a été faite par des personnes qui croyaient en Dieu, et non par des individus qui jugeaient utiles les valeurs chrétiennes. La France s’appellera France si elle reste réellement chrétienne.

*Photo: Sipa. Reportage n°AP21735154_000002.

La mob’ pour tous

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mobylette idiot international

Au journal, on aime le débat d’idées, la contradiction joyeuse, les empoignades viriles mais toujours correctes. Depuis le début de l’année, on a seulement enregistré deux côtes cassées et un nez brisé, signe de notre modération physique lors des conférences de rédaction. Je ne préfère pas trop m’étendre sur cet incident malheureux qui remonte à deux mois. Un européiste convaincu qui fut oublié, par mégarde, un week-end entier dans le sous-sol d’un pavillon de banlieue. Rassurez-vous, nous le libérâmes le lundi matin en nous quittant bons amis. Après deux jours dans le noir absolu propice à l’introspection, il admit que sa position rigoriste sur les dettes publiques pouvait choquer nos convictions humanistes. Entre souverainistes, marxistes, croyants, athées, libéraux, réactionnaires, partisans du vin biodynamique et du civet de lapin, souvent le ton monte, les mots s’emballent et il n’est pas rare de voir divers objets (stylo, cendrier, chaise, radiateur et dans les cas extrêmes, un exemplaire d’Indignezvous) traverser la salle, signe de notre vitalité intellectuelle.

A l’approche de l’été, la direction nous a demandé de mettre un peu d’ordre dans ce foutoir. Les gens nous regardent, mieux ils nous lisent. Nous sommes vendus en kiosque, nous devons afficher une ligne éditoriale cohérente (à cet instant, certains voulurent quitter la pièce en criant : Et puis quoi encore, vous n’auriez pas l’intention de nous brider ?). Il fallut toute la diplomatie d’un ex-para pour que ces éléments factieux acceptent de se rasseoir après leur avoir promis une tribune libre où ils pourraient dénoncer à leur guise le comportement quasi-dictatorial de la direction, du marché, du système, etc… Si l’objectif était de ne plus passer aux yeux de nos confrères pour une bande d’énergumènes incontrôlables qui écrivent ce qu’ils pensent et sont incapables de s’accorder entre eux sur le moindre petit sujet, la soirée risquait d’être longue. « Trouvez un sujet où vous êtes tous d’accord ? Il en va du sérieux de notre publication ! » intima le rédacteur en chef peu enclin au dialogue constructif. Nous ne sommes pas au conseil des ministres. Ici, quand le chef ordonne, les subalternes acquiescent. S’en suivit alors un silence gêné qui se transforma vite en fronde, chacun trouvant la méthode dégueulasse, un ancien de L’Idiot International qui en avait pourtant vu du temps de Jean-Edern en matière de dinguerie faillit s’étrangler en sifflant une rasade de scotch (l’alcool favorise l’établissement de la vérité, vieille maxime journalistique des années 70).

Un autre confrère qui, de Philippe Tesson à Jean-François Kahn en passant par Serge July, avait, en quarante ans de carrière, usé son Mont-Blanc dans toutes les rédactions les plus foutraques n’en revenait pas. Il éructait : Inadmissible ! Humiliant ! Impardonnable ! Même le fayot de service qui avait accepté d’être payé en abonnement ne pouvait plus cacher son courroux. Le chef n’en démordait pas : « Vous ne sortirez d’ici qu’après avoir accordé vos violons ! Alors, j’attends…Quelqu’un a-t-il une idée ? ». Un seul d’entre nous se risqua à prendre la parole : «  Et si nous évoquions le conflit israélo-palestinien ? ». Personne ne daigna relever ce moment d’égarement, il y eut même pour la première fois, quelques sourires échangés entre les deux camps jusque-là irréconciliables.

Après cette tentative avortée, une de nos jeunes confrères, récemment fiancée, émit l’idée de parler du mariage comme socle de la société. Sa naïveté ne la sauva pas d’une volée de bois vert. Elle fut en quelques secondes ensevelie sous un torrent d’adjectifs aussi contradictoires que diffamants. Il fallait se rendre à l’évidence, nous n’étions d’accord sur rien. Pas le plus petit dénominateur commun en vue. Nous avions conscience de notre incurable singularité. Elle nous fascinait autant qu’elle nous chagrinait. Nous partagions bien quelque chose ensemble ? Quand on vit un coursier entrer dans la cour de notre immeuble. Il ne « pilotait » pas un de ces scooters modernes, tricycles carénés comme des automobiles, mais une simple mob’, une meule à l’ancienne, frêle comme un académicien, fraîche comme une lycéenne. Un cyclomoteur comme disent les pédants. 49,9 cm³ de plaisir.

Chacun y alla de son anecdote, on ne pouvait plus nous arrêter. Ce fils de paysan devenu universitaire se souvenait de ses interminables balades dans la campagne normande, ce fils de grand bourgeois élevé rue de la Pompe, jadis trotskiste, aujourd’hui avocat d’affaires eut la larme à l’œil, il se revoyait, dans un Paris enfumé, un certain mois de mai, courir d’une AG à une barricade au guidon de sa Motobécane, et ce commissaire de police ancien marlou des cités, aurait donné cher pour revivre les courses-poursuites à travers les barres d’immeubles, quant à cet aristo, il se souvenait que, sans sa « 103 », son éducation sexuelle aurait été cruellement ralentie. Pour tous, cette mob’, icône des banlieues, des campagnes, du djebel ou d’ailleurs avait le parfum de l’espoir et des combats perdus. Qu’à sa manière, elle avait plus compté dans nos vies que des précis d’économie ou des manuels d’histoire. Nous avions enfin (re)trouvé notre idéal commun.

*Photo: wikicommons.

Islamo-gauchisme : la filière belge

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Peu de choses me hérissent autant que l’amalgame systématique entre gauchisme, islamisme et antisémitisme, ce dernier surgissant ici et là comme la maladie infantile du marxisme. Il arrive néanmoins qu’un article bouscule notre confort intellectuel, comme le portrait que La Libre Belgique consacre à un certain Abdellah Boudami. Cet illustre inconnu s’est fait connaître en février 2012 en perturbant une conférence de son université bruxelloise (ULB) à laquelle participait Caroline Fourest.

Avec son escouade de grands démocrates réunis au sein du Collectif Réflexions musulmanes (CRM), Boudami avait réussi à faire capoter le débat en scandant « burqa bla-bla » pour faire taire ce symposium d’affreux islamophobes. Depuis, l’étudiant s’est mué en globe-trotter « humanitaire », « sillonnant » la Syrie de septembre à décembre 2013, sans combattre, nous dit-il, mais en signe de soutien à « la résistance contre le régime meurtrier de Bachar, et le projet d’une résistance islamique avec un projet islamique » (sic). Complètement à l’ouest du pays, les groupes armés salafistes Ahrar-Cham, Jeysh-al-islam, et Jeysh-al-Fatah, ainsi que le Front al-Nosra, émanation syrienne d’Al-Qaïda, incarnent à ses yeux une « résistance islamique solide et cohérente, héritage d’une méthode et d’une pensée qui se sont construites en réponse aux agissements des Etats occidentaux sur les décennies précédentes ». Comme ces djihadistes tendance nineties, le jeune belge ne tarit pas de critiques contre l’Etat islamique, que la nébuleuse salafiste classique accuse de dévoyer l’islam à travers son califat autoproclamé.

Si le spécialiste de l’antiterrorisme belge perçoit en Abdellah Boudami « le chaînon manquant entre l’extrême gauche et le salafisme », celui-ci n’est jamais que  le surgeon belge d’une mouvance islamo-gauchiste aux multiples avatars historiques, de Malcolm X à la Révolution iranienne. Sur le front syrien, les miliciens chiites du Hezbollah ainsi que pasdarans iraniens emploient d’ailleurs une rhétorique islamo-révolutionnaire voisine de la prose du CRM. Dans le sillage de l’Imam Khomeini, qui avait abondamment puisé dans l’œuvre du penseur islamo-marxiste Ahmed Shariati pour soulever les masses de jeunes déshérités, les supplétifs chiites de l’armée syrienne mènent en effet un combat contre les « orgueilleux », « apostats » et autres « infidèles » salafistes. Quitte à mourir en « martyrs ». Je ne sais pas ce qu’Abdellah Boudami a retenu de son passage sur les bancs de l’université. Mais j’aimerais bien savoir ce qu’il pense du concept de « rivalité mimétique »…

Au plaisir des dames

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belgique sexe prostitution

belgique sexe prostitution

La femme moderne doit jouir. Pour que le message soit reçu par tous, on organise pour les enfants des expositions à propos du « Zizi sexuel ». Pépé y emmène Ferdinande, 7 ans, sa petite-fille, découvrir son minou et les joies qu’il lui faudra bientôt savoir en exiger. Mémé y trimbale Jessico, son petit-fils, 6 ans, pour lui montrer comment il devra extasier le minou à Ferdinande.

Il paraît que nos arrière-grands-pères n’avaient pas à se soucier de faire plaisir à nos arrière-grands-mères. J’espère qu’ils en ont bien profité. La femme moderne, elle, doit jouir. Elle le clame et le réclame. L’après-midi, elle téléphone à Brigitte Lahaie sur RMC pour dire qu’elle aime la sodomie et les godemichets. Le soir, le prince charmant qui croit la rejoindre au lit rejoint, en fait, une magistrate en poste au tribunal de l’extase féminine version Marie Claire et Psychologie magazine. Gare au foutiste et à l’étourdi. Ils seront congédiés.[access capability= »lire_inedits »]

Il en résulte que François Hollande a dû autoriser les hommes à se marier entre eux. Les catholiques ont râlé, mais le président ne pouvait plus faire autrement. Chaque jour davantage, le mâle se liquéfie dans le clitomysticisme où nous barbotons depuis longtemps déjà. Pour vous en convaincre, écoutez Brigitte Lahaie, qui, entre deux confessions salaces de ces dames, doit ramasser ces messieurs à la petite cuillère après leurs piteuses aventures

Signer d’une main la loi instituant le mariage homosexuel, c’était bien le moins que pouvait faire notre président alors qu’il s’apprêtait à signer de l’autre la loi de pénalisation des clients des prostituées. Pour qu’elles aient fait un tel tapage au nom des grands principes, les féministes ont dû craindre le danger qu’il y avait à laisser se multiplier des concurrences à leurs yeux déloyales. Elles avaient tort. Le travail de sape de toutes les expressions de la virilité qu’elles ont entrepris voilà des décennies a fonctionné. On peut douter que le jeune homme d’aujourd’hui, celui qu’elles ont façonné, sache encore assumer la virile violence nécessaire pour jouir du charme trouble de la prostitution.

À ce propos, un soir que j’étais aux putes à Anvers, moi qui suis du genre mauvais amant et ferais bien de téléphoner à Brigitte Lahaie, je cherchais dans les vitrines une fille sur laquelle vider mon amertume. On dit que l’encadrement juridique de la prostitution en Belgique permet aux autorités de protéger les tapineuses et de s’assurer qu’elles sont majeures. Ce devait être mon jour de chance, celle que je réussis à dégoter avait l’air mineure. Une blonde parfaite – et espagnole.

Elle m’ouvrit, j’entrai, payai (50 €) et la suivis dans les escaliers qui conduisaient à la chambre. Partout, du rouge grenat. Grenat, le clean velours des murs ; grenat, les couvertures du lit impeccablement fait ; grenat, le tamis des lampes et leur lumière. Le parfum artificiel qui empestait la pièce, grenat aussi, je crois. J’étais venu chercher l’amour sale et sans manières, je débarquais dans son funérarium.

Tiens, le bruit de l’eau qui coule. Je me retourne. Porte de la salle de bains ouverte, elle lavait son machin dans le bidet. Adios ! Je renfilai mon manteau et déguerpis. En dévalant les escaliers, j’entendis vaguement sa voix me lancer un vengeur : « Eres loco ! » Fou, moi ? Dans la rue, je pensais au mâle que j’aurais pu être, il y a un siècle. Ah ! après l’avoir sautée, la beigne que je lui aurais flanquée avant de décamper sans payer ! Et ce n’est même pas moi qui aurais passé la meilleure soirée.[/access]

feminisme fourest lahaie

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J’habite une ville formidable

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marseille islam ramadan

marseille islam ramadan

Peut-être le fait d’habiter Marseille fausse-t-il ma vision de l’islam… Ou peut-être le fait de vivre dans une ville musulmane permet-il au contraire d’en voir de près le fonctionnement. Peu importe. Pour une fois que l’on a aussi la fin de l’histoire…

Les faits remontent au 9 juillet dernier. On est en plein ramadan, ce qui devrait apaiser les esprits. Mais la canicule aidant, ils s’échauffent. La brigade VTT (bravo à eux, Marseille est une ville qui n’est pas toujours facile en vélo, faut dire qu’ils ne s’aventurent jamais loin du centre) opère un banal contrôle rue des Récollettes, au cœur de ce quartier presque exclusivement maghrébin (je dis presque parce que les Chinois s’y glissent peu à peu, comme ils ont fait il y a deux décennies à Belleville). Pour ceux qui connaissent un peu, c’est presque à l’angle de Belsunce et de la Canebière, tout près de la rue Thubaneau où fut chantée pour la première fois la Marseillaise et que fréquentèrent jadis tant de dames de petite vertu.

Pour les autres, c’est là que se dresse la mosquée Al Qods et ça donne ça.

Contrôler, mais vous n’y pensez pas : un presque adolescent (il s’appelle Djamel Gherici, et il est élève de Terminale, sans doute fête-t-il le Bac à grandes rasades de limonade) harangue la foule et l’invite à « niquer les condés ». « « C’est ramadan, on est chez nous ici ! » croit-il bon d’ajouter, avant de faire un signe d’égorgement à l’aide du couteau qu’il porte », écrit le journaliste de la Provence, Denis Trossero. Bref, il en fait tellement que les pandores, pourtant portés par nature à l’apaisement, finissent par l’interpeller.
L’affaire était jugée hier. Je reprends l’article qui n’est pas encore en ligne.

« Quand le policier raconte la scène, c’est avec précision et sobriété à la fois. On y lit la désespérance ordinaire du fonctionnaire républicain qui tente de faire au jour le jour son travail, mais qui sait qu’il marche sur des œufs. L’explosion est au coin de la rue s’il n’y prend garde. « Je voudrais que vous ayez conscience de cette violence. C’était une poudrière, raconte le gardien de la paix. On a régulièrement des gens qui viennent nous titiller, nous mettre en porte à faux. Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV. Ce sont des éléments qui me font perdre la foi en mon métier républicain. On est obligé de baisser le froc. C’est hard ! Quand on rentre le soir à la maison, je me demande pourquoi je fais ce métier. »
Le procureur, Agnès Rostoker, note que « l’on sent poindre chez ces policiers un légitime découragement sur notre territoire républicain. » Le prévenu soutient qu’il s’est contenté de pousser « des petits cris » (?) puis affirme « qu’il a été frappé par la police. Rien de tel dans le dossier. Le parquet a requis six mois de prison avec sursis assortis de l’obligation d’effectuer un travail d’intérêt général ». L’avocat de la défense a cru pouvoir plaider « un très grand affolement des policiers », qui voudraient faire porter par son client « tout le poids du djihad islamique ». Ben voyons.
Le tribunal a suivi peu ou prou les recommandations du proc, et Gherici a écopé finalement de cinq mois avec sursis assortis de 180 heures de TIG — et d’une amende de 500 euros à chacun des deux policiers. Ce n’est pas cher payé pour une menace de mort à un agent de la force publique, mais j’imagine que le code ne permet pas d’aller beaucoup plus loin.

Je voudrais revenir brièvement sur un passage du témoignage du policier. « Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV », a-t-il dit. J’ai eu l’occasion ici-même d’analyser une vidéo de Daech, pour bien cerner l’aspect hyper-réaliste et en même temps fantasmagorique des mises en scène de l’Etat islamique. Dans les têtes creuses de nos élèves — et s’agissant d’un crétin de Terminale, c’est bien ça —, dans les crânes de ces gamins auxquels l’Ecole n’a décidément rien appris, c’est comme un jeu vidéo, une télé-réalité à laquelle ils ambitionnent de participer — sauf que la réalité saigne davantage que l’hyper-réalité de la société du spectacle.
En légende de la photo accompagnant l’article dans La Provence aujourd’hui, on peut lire : « La présence policière agace, mais force doit rester à la République. »

Oui-da ! Mais l’idée même que la police »agace » est en soi un scandale — sauf à supposer, et ici nous sommes au-delà de la supposition, que la ville est désormais, dans certains de ses quartiers au moins et dans le centre en particulier, régie par la charia.

PS. Pendant ce temps un plaisantin appose un bandeau rouge sur les yeux des statues marseillaises. Bonne idée — autant que David (il ne serait pas juif, celui-là ?) ne voie pas ce que devient cette ville.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00475619_000002.

Najat est-elle mortelle?

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najat vallaud christopher frank

najat vallaud christopher frank

Christopher Frank, mort prématurément en 1993, a laissé pour l’essentiel le souvenir d’un cinéaste hitchcockien qui a sublimé Valérie Kaprisky dans L’Année des méduses. On a davantage oublié qu’il fut écrivain et que ses films étaient pour la plupart des adaptations de ses romans. Mortelle, son premier texte, écrit à 25 ans, en 1967, n’eut pas cette chance, hélas ! Il s’agit une dystopie placée sous le signe d’Orwell et de Zamiatine. Nous sommes dans le monde de La Plaine, une aire goudronnée infinie, couverte de pavillons de verre identiques. Évidemment, le simple fait de coucher son histoire sur le papier, à l’instar de Winston dans 1984, fait de vous un « hérétique » appelé tôt ou tard à la « rectification », qui consiste à vous greffer sur le visage un masque éternellement souriant. C’est ce qui va arriver au narrateur, lequel, de surcroît, entretient une relation sexuelle exclusive avec sa demi-sœur nommée « Mortelle ».

Si ce court roman glacé m’est revenu à l’esprit ces temps-ci, c’est que Christopher Frank, il y a presque quarante ans, avait accordé une attention particulière à l’école, lieu et moment où les hérétiques en devenir prenaient conscience de leur hérésie.

Cette intuition donne des pages saisissantes, mais elle est surtout une préfiguration des aspects les plus pédagogistes de la réforme de Najat Vallaud-Belkacem. Dans le collège façon Mortelle, l’important n’est plus le savoir mais « le savoir-être », comme on dit du côté de la Rue de Grenelle. On est convoqué devant des « conseils de camaraderie », que NVB appelle pour sa part « les conseils de vie collégienne », si on a le malheur de s’adonner « à la compétition, qui est le plus grand péché du monde» Là, le mot clé est évidemment cette « citoyenneté » si chère à l’Éducation nationale : « On m’expliqua une fois de plus LES RÈGLES DU CITOYEN : l’homme au service de l’homme ; un bien indivisible est un bien mal acquis ; moins on est, moins on rit ; le besoin de l’un est le devoir de l’autre ; une joie non partagée est une tristesse maquillée ; etc. »

Dans le collège façon NVB, nous dit-on, « des “moments forts” seront “systématisés” : journée de la laïcité, commémorations, remise de diplômes ». Et, de fait, cela ne dépayserait aucunement le narrateur de Mortelle, qui, jouant le jeu de l’institution, peut quitter « le collège avant-dernier, nanti d’un brevet d’honneur du comité Inter-Élèves et d’un diplôme de sociabilité avec mention B. »

Mortelle, de Christopher Frank, est disponible dans la collection « Points », Éditions du Seuil.

Mortelle

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Capa : la plèbe du Net veut du sang

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robert capa debarquement

robert capa debarquement

Dans les arènes de Rome, la plèbe voulait du sang. Et on lui en donnait à flot pour étancher sa soif. Dans les arènes modernes, c’est-à-dire sur le Net, la plèbe veut la même chose. Une différence de taille : au Colisée ils étaient quelques dizaines de milliers, sur la toile ils sont quelques dizaines de millions. Et la aussi il faut que ça saigne. Tout le monde à poil ! On appelle ça la vérité toute nue. On veut tout savoir. Et en même temps on se shoote au « on nous cache tout, on nous dit rien ».

La démocratie de l’instantané, celle du clic et du clip, n’a pas été conçue en effet pour faire travailler le cerveau. La toute dernière contorsion du Net concerne Robert Capa. Des chercheurs – en d’autres temps on aurait dit des fouille-merde – ont longuement enquêté sur le plus célèbre photographe de tous les temps. Et ils ont trouvé ce qu’ils voulaient. Capa n’a pas dit la vérité ! Oh joies ineffables ! Le photographe affirmait avoir passé une heure trente sur les plages du débarquement en 1944 : il ne serait resté en réalité que trente minutes sur le sable normand. Qu’est-ce qu’on est content… Capa disait avoir pris une centaine de clichés : dix ou douze seulement après enquête. On est très, très content. Car le minus lobotomisé scotché à son écran adore quand quelqu’un d’illustre est convaincu de mensonge. Ça met les géants à la portée du nain qu’il est.

Autre révélation alléchante qui date d’il y a quelque temps. La « vérité » sur une photo aussi célèbre que celles du débarquement. Le cliché du « Baiser de New York ». Prise le jour de la victoire en mai 1945 l’image montre un marin américain en train d’embrasser goulument sur la bouche une jeune et jolie infirmière renversée en arrière. Honte aux symboles !

Des années, des dizaines d’années après, des chercheurs ont dénoncé l’horreur qui se cachait derrière cette photo. L’infirmière n’était pas consentante : le marin l’avait embrassée sans lui demander son avis. Quasiment un viol ! De quoi se pourlécher les babines. L’infirmière devenue une très vieille dame n’a quand même pas déposé plainte. Sur le Net, cette grandiose affaire a eu autant de succès que l’histoire concernant Robert Capa. On appelle ça « l’ère de la transparence ». Le sociologue Gilles Lipovetsky la définit très bien : « l’ère du vide ».

*Photo: Pixabay.

L'ère du vide : Essais sur l'individualisme contemporain

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Py XIII et le Roi Lear

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olivier py roi lear avignon

olivier py roi lear avignon

Allez, on s’en va. La saison est finie. En échange du vieux Pleyel on nous a offert deux salles neuves, à La Villette et à Radio France. L’Opéra de Paris était moche exprès pour embellir l’aube du nouveau boss, à la rentrée. Ite missa est. Faites la clôture si vous voulez, moi je fais la malle.

Direction le Sud, « terre de festivals ». Des festivals, on en a plein à Paris : rien qui vaille. De l’Ircam (« ManiFeste », jusqu’au 2 juillet) à La Traviata selon Arielle (Dombasle, à partir du 12 juin), le Nord n’est pas propice.

Donc tout le monde descend. À Avignon. En Avignon, comme disent les Parigots, où règne un nouveau pape, Py XIII. (Le Pie d’avant, Pie XII, était un pape romain. Le dernier pape provençal remonte à 1400 mais n’était pas Pie puisqu’il n’y eut jamais de Pie en Avignon).

Py XIII, Olivier de son prénom, est auteur, réalisateur, metteur en scène, acteur, orateur, chanteur, prédicateur, fornicateur, traducteur, triomphateur, administrateur, directeur. Viré de l’Odéon qu’il gouvernait très bien par le ministre Mitterrand sur ordre de Carla Ire, il fut sacré à Avignon par le même ministre qui, du coup, devint le héros de la pièce hilarothérapeuthique Orlando dudit Py l’année dernière. Suivez-vous ?

Ses collègues, à ce que j’ai compris, se demandent c’est quoi. Un missionnaire catholique anti-manif-pour-tous, prétend ma consœur Thérèse. Un gauchiste de droite, soutient le limonadier de l’Odéon. Un prince du théâtre, moi je trouve. Et un paradoxe.

Il y a quoi, vingt ans ? Olivier Py, pas pape encore, avait monté un spectacle intitulé Apologétique. Le texte, il ne l’avait pas écrit mais trouvé dans les plaquettes de nos théâtres. La plaquette, je rappelle aux zombies qui sortent pas, c’est le programme. En tête de la plaquette, vous avez un édito qui vous explique pourquoi les hommes, les femmes, les morts, Dieu et le Système solaire ont besoin de théâtre. Style : « Le rideau se lève, et dans son envol, il efface le passé. Tout est encore possible, tout peut advenir. » (Vitez ? Mesguich ? Savary ? Devinez.) Qu’on a ri !

Là, je feuillette la plaquette d’Avignon 2015, et que lis-je ? Un édito signé Olivier Py. « Il aura fallu la tragédie du mois de janvier pour que la classe politique convienne que la culture et l’éducation sont l’espoir de la France. Qu’en reste-t-il ? La culture sera-t-elle demain cette éducation citoyenne de l’adulte qui changerait réellement le lien social ? » Fichtremazette, quelle prémisse ! Plus loin : « Nous devons pousser ce subit élargissement du terme culture jusqu’aux conditions de l’organisation générale d’une société meilleure. » Tout comme ça. Remarquez, c’est peut-être voulu. Une metteuse en scène va nous faire Apologétique 2 avec l’édito du patron, et qu’est-ce qu’on va se fendre !

Mon Py adoré, lui, ne donnera pas dans le bouffe. Entre un Richard III allemand par Thomas Ostermeier et les fausses jumelles Justine & Juliette de Sade lues par Isabelle Huppert, le pape Py met en scène lui-même Le Roi Lear. Si vous lisez les journaux, vous savez maintenant : Le Roi Lear n’est pas une fiction. C’est de l’actu. Trahi par ses filles Marie-Caroline Goneril et Marine Régane, chassé du trône par le vil Aliot de Cornouailles et le factieux Edmond Philippot, le roi Jean-Marie Lear perd la raison et bat la campagne en racontant des trucs. Mais la bonne héritière Marion Cordélia apaise le roi fou en lui disant qu’elle ne voudrait pas avoir l’air de lui piquer la Côte d’Azur. Que fera Py de cette inusable saga ? Réponse saignante dans la cour d’honneur du Palais des papes le 4 juillet.

La Fille dans la Thunderbird

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Dany est secrétaire à Paris. Elle n’a jamais vu la mer. Elle veut voir la mer. C’est une idée fixe, un peu compliquée pour une fille assez simple. Sur un coup de folie, elle empruntera la voiture de son patron, une Thunderbird,  et à nous la Côte d’Azur ! Sauf que rien ne se passe comme elle le rêvait. Partout, au café, au garage, à l’hôtel, on la reconnaît. Elle n’est plus celle qu’elle croyait être. Il se passe des choses étranges qu’elle n’aurait jamais imaginées. Elle pense devenir folle. Elle n’a toujours pas vu la mer, mais des vertes et des pas mûres. Et même un cadavre dans le coffre de sa voiture, ce qui pour une fille simple, simple mais sexy, devient de plus en plus oppressant.

Une fille, une voiture : cela suffit-il pour faire un film ? Joann Sfar qui n’avait pas démérité avec son Gainsbourg nous prouve que oui. Encore faut- il une pointe de Hitchcock, époque Vertigo, une ambiance d’Été Meurtrier et un certain décalage dans le temps, en l’occurrence les années soixante-dix. Sébastien Japrisot – et c’est la bonne nouvelle – inspire encore la cinéma français, même s’il est mort en 2003. La moins bonne nouvelle, c’est que Joann Sfar perd le fil du roman (La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil) dans le dénouement de l’intrigue, nous laissant seuls avec Dany et sa Thunderbird bleue. Bleue comme la mer qu’elle verra enfin. Freya Mavor une jeune actrice écossaise de vingt-deux ans, ne lâche rien dans le film, faisant mentir l’adage selon lequel les voitures sont plus intéressantes que les femmes. La Thunderbird n’est pas mal non plus.

La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Thriller de Joann Sfar avec Freya Mavor et Benjamin Biolay.

#ClochesChrétiennes: le sain(t) communautarisme

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assomption chretiens orient

assomption chretiens orient

Cloches, sonnez, pour tous ceux qui savent que leurs peines/Vont s’effacer, vont bientôt guérir. En ce 15 août, les cloches de France répondent à Charles Trenet. Près de 70 diocèses catholiques, une vingtaine d’abbayes et sanctuaires, et des milliers d’églises font sonner leurs clochers. Ce ballet répond à l’appel d’une poignée de fidèles, qui ont eu l’idée d’exprimer ainsi leur soutien aux chrétiens d’Orient persécutés. L’opération est intitulée sur les réseaux sociaux #ChristianBells, l’anglais étant le seul langage commun de la Babel du Net. L’initiative française s’est propagée en Europe: deux diocèses espagnols, tous les diocèses de Belgique et du Luxembourg, ceux de Cologne et de Genève-Lausanne-Fribourg, ceux de Monaco et de Reykjavik, capitale de la lointaine Islande, ont annoncé leur participation.

Depuis 1950, l’Église catholique romaine a fixé au 15 août la fête du dogme de l’Assomption, la montée au Ciel de Marie, mère du Christ. Ce dogme, comme les autres, n’est pas sorti tout armé de la tête du pape, et avait des origines beaucoup plus anciennes. On a commencé à fêter l’Assomption en Gaule dès le VIe siècle, ce qui ne devait rien au hasard: le concile d’Ephèse de 431 avait proclamé Marie « Theotokos« , mère de Dieu, puisque le Christ est à la fois « vrai Dieu et vrai homme ». L’Église n’a fait qu’entériner ce qui était cru par tous les chrétiens. En Orient, et dans la chrétienté orthodoxe, l’Assomption (ou « Dormition ») a toujours été célébrée, indépendamment du dogme pontifical. Fête chrétienne, le 15 août est plus spécifiquement une fête française. En 1638, Louis XIII consacre son royaume à Marie, en encourageant ses sujets à prier ensemble pour leur pays à cette date. C’est une prière de toute la France, pour la France. La communion d’un peuple. Une préfiguration de la fête nationale. Ces cloches du 15 août rappellent que l’Église est encore le premier parti de France. Combien de divisions, dites-vous ? Venez et voyez.

Le débat sur le mariage gay a commencé à prendre de l’ampleur lorsqu’une prière fut lue dans toutes les églises, pour que chaque enfant bénéficie de « l’amour d’un père et une mère« . Le 15 août 2012, précisément. Les manifestants contre la loi Taubira doivent beaucoup au réseau d’écoles, de paroisses, d’aumôneries catholiques. La Manif Pour Tous est la fille aînée de l’Eglise française de ces dernières années. Ce fut sa force, et également sa faiblesse, en échouant à parler la même langue que la France laïque. Ce même défi est toujours là. Car cette Église qui s’agite suscite des questions légitimes. Le mot-dièse #ClochesChrétiennes, n’est-ce pas du communautarisme ? Que sont ces initiatives, sinon le signe que la tribu des cathos rejoint celle des gays, des Juifs et des buralistes, défendant chacun leurs intérêts ? Le danger du ghetto existe. Les catholiques sont des enfants de leur siècle atomisé. L’auteur de ces lignes était récemment présent à un mariage « à l’église ». C’était une belle fête de l’amour, de l’engagement et de la joie. Mais parmi les invités, quelques-uns se demandaient s’ils ne faisaient pas partie d’un club fermé qui se féliciterait d’exister encore. À la question posée par votre serviteur à certains, « tu as des amis non-catholiques ? », beaucoup étaient gênés de répondre par la négative. D’autres assument, et s’occupent à défendre leur entre-soi avec des polémiques complètement cloches. Le « saint » qui disparaît du bulletin météo quotidien de France 2.

Une « christianophobie » répertoriée sur une carte de France, copiée en moins belle sur celle des musulmans. Les boucs émissaires, de la « dictature socialiste » au « satanisme » musical. Ces boutefeux seraient plus inspirés de relire Tactique du diable de Lewis. Satan raffole du catholicisme identitaire: « amène-le au stade où la religion ne sera plus qu’un aspect de la « cause », où le christianisme est surtout estimé parce qu’il apporte d’excellents arguments à l’appui de l’effort de guerre britannique ou du pacifisme« . Une bonne manière de discerner le ghetto identitaire d’un sain(t) communautarisme, c’est l’universalité, qui est une vocation chrétienne et française. C’est là que l’opération #ClochesChrétiennes sort du lot. Le drame des chrétiens d’Orient n’est pas seulement la disparition d’Églises séculaires, c’est le signe que l’altérité la plus élémentaire est menacée par un totalitarisme qui refuse toute existence non-islamique. Leur cause dépasse les clivages et les sensibilités. Elle soulevait déjà l’indignation de Jean Jaurès, lors des massacres d’Arméniens par les Turcs en 1897. Bien avant que cela ne devienne branché.

En faisant sonner les cloches pour les chrétiens d’Orient le 15 août, l’Église de France fait honneur à son histoire, et rappelle qu’elle est toujours là pour redonner à son pays un supplément d’âme. Le catholicisme a façonné nos paysages, notre vocabulaire, notre esthétique, et même notre érotisme. Mais cette identité de caractère, cette marque indélébile, ne pourra demeurer que si elle est enracinée dans une véritable pratique religieuse. La France a été faite par des personnes qui croyaient en Dieu, et non par des individus qui jugeaient utiles les valeurs chrétiennes. La France s’appellera France si elle reste réellement chrétienne.

*Photo: Sipa. Reportage n°AP21735154_000002.

La mob’ pour tous

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mobylette idiot international

mobylette idiot international

Au journal, on aime le débat d’idées, la contradiction joyeuse, les empoignades viriles mais toujours correctes. Depuis le début de l’année, on a seulement enregistré deux côtes cassées et un nez brisé, signe de notre modération physique lors des conférences de rédaction. Je ne préfère pas trop m’étendre sur cet incident malheureux qui remonte à deux mois. Un européiste convaincu qui fut oublié, par mégarde, un week-end entier dans le sous-sol d’un pavillon de banlieue. Rassurez-vous, nous le libérâmes le lundi matin en nous quittant bons amis. Après deux jours dans le noir absolu propice à l’introspection, il admit que sa position rigoriste sur les dettes publiques pouvait choquer nos convictions humanistes. Entre souverainistes, marxistes, croyants, athées, libéraux, réactionnaires, partisans du vin biodynamique et du civet de lapin, souvent le ton monte, les mots s’emballent et il n’est pas rare de voir divers objets (stylo, cendrier, chaise, radiateur et dans les cas extrêmes, un exemplaire d’Indignezvous) traverser la salle, signe de notre vitalité intellectuelle.

A l’approche de l’été, la direction nous a demandé de mettre un peu d’ordre dans ce foutoir. Les gens nous regardent, mieux ils nous lisent. Nous sommes vendus en kiosque, nous devons afficher une ligne éditoriale cohérente (à cet instant, certains voulurent quitter la pièce en criant : Et puis quoi encore, vous n’auriez pas l’intention de nous brider ?). Il fallut toute la diplomatie d’un ex-para pour que ces éléments factieux acceptent de se rasseoir après leur avoir promis une tribune libre où ils pourraient dénoncer à leur guise le comportement quasi-dictatorial de la direction, du marché, du système, etc… Si l’objectif était de ne plus passer aux yeux de nos confrères pour une bande d’énergumènes incontrôlables qui écrivent ce qu’ils pensent et sont incapables de s’accorder entre eux sur le moindre petit sujet, la soirée risquait d’être longue. « Trouvez un sujet où vous êtes tous d’accord ? Il en va du sérieux de notre publication ! » intima le rédacteur en chef peu enclin au dialogue constructif. Nous ne sommes pas au conseil des ministres. Ici, quand le chef ordonne, les subalternes acquiescent. S’en suivit alors un silence gêné qui se transforma vite en fronde, chacun trouvant la méthode dégueulasse, un ancien de L’Idiot International qui en avait pourtant vu du temps de Jean-Edern en matière de dinguerie faillit s’étrangler en sifflant une rasade de scotch (l’alcool favorise l’établissement de la vérité, vieille maxime journalistique des années 70).

Un autre confrère qui, de Philippe Tesson à Jean-François Kahn en passant par Serge July, avait, en quarante ans de carrière, usé son Mont-Blanc dans toutes les rédactions les plus foutraques n’en revenait pas. Il éructait : Inadmissible ! Humiliant ! Impardonnable ! Même le fayot de service qui avait accepté d’être payé en abonnement ne pouvait plus cacher son courroux. Le chef n’en démordait pas : « Vous ne sortirez d’ici qu’après avoir accordé vos violons ! Alors, j’attends…Quelqu’un a-t-il une idée ? ». Un seul d’entre nous se risqua à prendre la parole : «  Et si nous évoquions le conflit israélo-palestinien ? ». Personne ne daigna relever ce moment d’égarement, il y eut même pour la première fois, quelques sourires échangés entre les deux camps jusque-là irréconciliables.

Après cette tentative avortée, une de nos jeunes confrères, récemment fiancée, émit l’idée de parler du mariage comme socle de la société. Sa naïveté ne la sauva pas d’une volée de bois vert. Elle fut en quelques secondes ensevelie sous un torrent d’adjectifs aussi contradictoires que diffamants. Il fallait se rendre à l’évidence, nous n’étions d’accord sur rien. Pas le plus petit dénominateur commun en vue. Nous avions conscience de notre incurable singularité. Elle nous fascinait autant qu’elle nous chagrinait. Nous partagions bien quelque chose ensemble ? Quand on vit un coursier entrer dans la cour de notre immeuble. Il ne « pilotait » pas un de ces scooters modernes, tricycles carénés comme des automobiles, mais une simple mob’, une meule à l’ancienne, frêle comme un académicien, fraîche comme une lycéenne. Un cyclomoteur comme disent les pédants. 49,9 cm³ de plaisir.

Chacun y alla de son anecdote, on ne pouvait plus nous arrêter. Ce fils de paysan devenu universitaire se souvenait de ses interminables balades dans la campagne normande, ce fils de grand bourgeois élevé rue de la Pompe, jadis trotskiste, aujourd’hui avocat d’affaires eut la larme à l’œil, il se revoyait, dans un Paris enfumé, un certain mois de mai, courir d’une AG à une barricade au guidon de sa Motobécane, et ce commissaire de police ancien marlou des cités, aurait donné cher pour revivre les courses-poursuites à travers les barres d’immeubles, quant à cet aristo, il se souvenait que, sans sa « 103 », son éducation sexuelle aurait été cruellement ralentie. Pour tous, cette mob’, icône des banlieues, des campagnes, du djebel ou d’ailleurs avait le parfum de l’espoir et des combats perdus. Qu’à sa manière, elle avait plus compté dans nos vies que des précis d’économie ou des manuels d’histoire. Nous avions enfin (re)trouvé notre idéal commun.

*Photo: wikicommons.

Islamo-gauchisme : la filière belge

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Peu de choses me hérissent autant que l’amalgame systématique entre gauchisme, islamisme et antisémitisme, ce dernier surgissant ici et là comme la maladie infantile du marxisme. Il arrive néanmoins qu’un article bouscule notre confort intellectuel, comme le portrait que La Libre Belgique consacre à un certain Abdellah Boudami. Cet illustre inconnu s’est fait connaître en février 2012 en perturbant une conférence de son université bruxelloise (ULB) à laquelle participait Caroline Fourest.

Avec son escouade de grands démocrates réunis au sein du Collectif Réflexions musulmanes (CRM), Boudami avait réussi à faire capoter le débat en scandant « burqa bla-bla » pour faire taire ce symposium d’affreux islamophobes. Depuis, l’étudiant s’est mué en globe-trotter « humanitaire », « sillonnant » la Syrie de septembre à décembre 2013, sans combattre, nous dit-il, mais en signe de soutien à « la résistance contre le régime meurtrier de Bachar, et le projet d’une résistance islamique avec un projet islamique » (sic). Complètement à l’ouest du pays, les groupes armés salafistes Ahrar-Cham, Jeysh-al-islam, et Jeysh-al-Fatah, ainsi que le Front al-Nosra, émanation syrienne d’Al-Qaïda, incarnent à ses yeux une « résistance islamique solide et cohérente, héritage d’une méthode et d’une pensée qui se sont construites en réponse aux agissements des Etats occidentaux sur les décennies précédentes ». Comme ces djihadistes tendance nineties, le jeune belge ne tarit pas de critiques contre l’Etat islamique, que la nébuleuse salafiste classique accuse de dévoyer l’islam à travers son califat autoproclamé.

Si le spécialiste de l’antiterrorisme belge perçoit en Abdellah Boudami « le chaînon manquant entre l’extrême gauche et le salafisme », celui-ci n’est jamais que  le surgeon belge d’une mouvance islamo-gauchiste aux multiples avatars historiques, de Malcolm X à la Révolution iranienne. Sur le front syrien, les miliciens chiites du Hezbollah ainsi que pasdarans iraniens emploient d’ailleurs une rhétorique islamo-révolutionnaire voisine de la prose du CRM. Dans le sillage de l’Imam Khomeini, qui avait abondamment puisé dans l’œuvre du penseur islamo-marxiste Ahmed Shariati pour soulever les masses de jeunes déshérités, les supplétifs chiites de l’armée syrienne mènent en effet un combat contre les « orgueilleux », « apostats » et autres « infidèles » salafistes. Quitte à mourir en « martyrs ». Je ne sais pas ce qu’Abdellah Boudami a retenu de son passage sur les bancs de l’université. Mais j’aimerais bien savoir ce qu’il pense du concept de « rivalité mimétique »…