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L’émasculée conception

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On les dit réactionnaires, rétrogrades et misogynes : les activistes américains du Men Rights Movement (MRM) sont en guerre contre une société qui a supposément troqué le patriarcat pour une misandrie à tous les étages. Ils sont au féminisme ce que le « coal rolling » est à l’écologisme. Quand les rednecks anti-écolos, au volant de leurs pick-up trucks trafiqués, crachent d’épais nuages de fumée noire au visage des défenseurs d’une « politique verte », les partisans du MRM clament leur détestation du féminisme au travers d’un discours musclé et provocateur. Agents actifs d’un corporatisme masculin, bien que comptant quelques femmes dans leurs rangs, ils décèlent, derrière le projet féministe, un complot genré qui va bien au-delà de la quête de l’égalité des droits. Leurs griefs sont nombreux : le montant exagéré des pensions alimentaires que les pères divorcés seraient condamnés à verser ainsi que l’attribution quasi systématique de la garde des enfants à la mère ; l’indifférence aux violences domestiques subies par les hommes, inversement proportionnelle à la victimisation systématique des femmes, qui laisserait libre cours aux fausses accusations de viol.[access capability= »lire_inedits »]

Les origines du mouvement restent assez floues. On trouve trace en 1898, à Londres, d’une éphémère Ligue des droits des hommes, axée sur les questions de divorce et, plus largement, sur « la lutte contre toutes les monstruosités nées de l’émancipation de la femme ». En 1926, à Vienne cette fois, der Bund für Männerrechte (La Fédération pour les droits des hommes), bénéficia d’un traitement médiatique plus important. Herr Kornblueh, l’un des cadres de l’association, voyait dans « la tyrannie des femmes modernes, qui réclament tous les droits et épousent les hommes dans le but de mener une existence insouciante, sans travail ni enfant, ou tentent d’obtenir le divorce et une pension alimentaire à vie, la cause sous-jacente de tous les maux ». Charlie Chaplin, rompu aux divorces dispendieux et tumultueux, fut l’un de leurs plus fervents supporteurs. En 1927, son divorce d’avec la jeune Lita Grey (elle était âgée de 15 ans au moment de leur union) donna lieu à une féroce bataille juridique, qui fit les manchettes pendant des mois et se conclut par le versement d’une indemnité de 825 000 dollars, un record pour l’époque.

Puis vinrent les années 1970, durant lesquelles la deuxième vague du féminisme américain, d’inspirations diverses, des Black Panthers à Simone de Beauvoir, quitta le terrain de la conquête des droits – dont certains étaient acquis (droit de vote, droit à l’instruction, droit à la contraception) – pour se consacrer à la « libération » des femmes du joug masculin. En réaction fut créée, à Columbia, la Coalition nationale pour les hommes, un contre-mouvement social, plus revendicatif que politique, dont l’objectif était « de sensibiliser sur les façons dont la discrimination sexuelle affecte les hommes et les garçons ». Soit le glissement progressif de la crise du pater familias (d’ordre sociétal) vers celle, identitaire, de l’homme en tant que tel.

À l’âge numérique, on a assisté à la naissance de la manosphère (mot-valise né de la contraction de man et de blogosphère), un boys club virtuel composé de centaines de sites, blogs et forums tout entiers dédiés à combattre les dérives supposées du féminisme et à redonner à la masculinité ses lettres de noblesse. Un phénomène de société inscrit dans le langage à travers divers néologismes, acronymes et autres hashtags. Ainsi, les activistes du MRM, qui sévissent majoritairement sur le site Internet A Voice for Men (AVfM), croisent les pickup artists (PUA), des moudjahidin de la séduction totalement dévoués à l’art de la drague virile (appelé game), qui prodiguent leur science à des incels, contraction de involuntarily et celibate – soit des célibataires par défaut désespérant de goûter aux joies de l’amour et du sexe. Pour eux, le monde est séparé en deux clans : celui des « mâles alpha » ayant pris la Red Pill (d’après la pilule rouge avalée par Keanu Reeves dans Matrix pour s’extraire de la réalité simulée) et celui des « mâles bêta », ayant opté pour la Blue Pill, synonyme d’illusions et de soumission à une société en proie à une conspiration féministe. Une vision qui conduit certains hommes à rejoindre la communauté MGTOW, abréviation de « men going their own way », composée d’hommes ayant renoncé à toute relation avec les femmes. Du prédateur stratège au démissionnaire, les membres de ce groupe à large spectre sont convaincus qu’en adhérant au mythe de l’oppression féminine au détriment de « la nature profonde de l’homme », la civilisation occidentale a perverti l’interaction entre hommes et femmes.

Relativement confidentiel et méconnu du grand public, le phénomène a pris une tournure nouvelle le 23 mai 2014, lorsque Elliot Rodger, un étudiant de 22 ans habitué des forums PUA, a assassiné six personnes et en a blessé quatorze autres à Isla Vista, en Californie, avant de retourner l’arme contre lui. Quelques minutes avant d’entamer sa virée macabre, l’adolescent, atteint du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme proche de celle de Rain Man), avait publié une vidéo sur YouTube : « Le jour de la vengeance est venu. Depuis ma puberté, j’ai été forcé à mener une vie de solitude, de rejet et de désirs inassouvis. Tout ça parce que les filles n’ont jamais été attirées par moi. J’ai 22 ans et je suis encore vierge, je n’ai jamais embrassé une fille. Cela a été une torture », y racontait le jeune homme assis au volant de sa voiture, regardant d’un œil fixe la caméra. « Je massacrerai toutes les salopes blondes, snobes et pourries gâtées que j’ai désirées et qui m’ont rejeté. Vous verrez enfin que c’est moi l’homme supérieur, le vrai mâle alpha », poursuivait-il, entre deux rires glaçants.

La tuerie a déclenché une tempête en ligne, incitant les femmes à partager leurs expériences de la misogynie, via le hashtag #YesAllWomen, tandis que les séducteurs kierkegaardiens de la manosphère assuraient que leur coaching en séduction avait précisément pour but « d’empêcher ça ». Comprendre : les actes de Rodgers étaient ceux d’un mâle bêta en manque de reconnaissance. « Vous détestez les femmes car vous n’avez pas les bonnes attentes. Les femmes sont, par nature, manipulatrices, imprévisibles et émotives. Acceptez cette vérité. Une fois fait, vous pourrez vous jouer des femmes pour ce qu’elles sont, et non pour ce que vous voudriez qu’elles soient », pouvait-on alors lire sur le forum Red Pill.

Difficile de ne pas voir dans ces propos les symptômes d’une extrême misogynie, portée par des hommes (pour la plupart blancs de classe moyenne) sexuellement et affectivement frustrés. La trace également d’un manichéisme qui accommode à la sauce yankee le sophisme bêbête : « Les hommes cherchent le bonheur auprès des femmes. Pourtant, les hommes sont malheureux. Donc les femmes sont la cause du malheur. » En somme, une lecture genrée de la misère affective de l’homme occidental, chère à Michel Houellebecq.

Pour le regretté Bernard Maris, assassiné le 7 janvier dernier dans les locaux de Charlie Hebdo, la détresse du héros des Particules élémentaires est principalement d’origine économique – le libéralisme étant par essence l’organisation de la frustration. « L’idée me vint peu à peu que tous ces gens – hommes ou femmes – n’étaient pas le moins du monde dérangés ; ils manquaient simplement d’amour. Leurs gestes, leurs attitudes, leurs mimiques trahissaient une soif déchirante de contacts physiques et de caresses ; mais, naturellement, cela n’était pas possible. Alors ils gémissaient, ils poussaient des cris, ils se déchiraient avec leurs ongles », écrivait déjà Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte. Tandis que le fondateur d’AVfM s’affiche régulièrement dans des conférences organisées par les mouvements libertariens, dont se réclament nombre des membres de cette manosphère, les conseillers en séduction monnaient – à prix fort – une promesse alléchante : nous rendre performants sur le marché impitoyable du désir. [/access]

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*Photo: Soleil

Vivre-ensemble sur Seine

Tel Aviv sur Seine

Une plage pour les juifs, une plage pour les arabes (et les gauchistes) – avec entre les deux des dizaines de gendarmes et des check-points que franchissent seulement les journalistes, venus en masse : voilà à quoi ressemble cet été le « vivre-ensemble » à Paris. Kippas et mini-jupes d’un côté, keffieh et quasi-burqas de l’autre. Autant le dire d’emblée : à en juger par la longueur des files d’attente aux contrôles de sécurité, Gaza fait plus recette que Tel Aviv…

Tel Aviv sur Seine checkpoint

En important le conflit israélo-palestinien dans le décor de carton-pâte que d’aucuns appellent « plage », Anne Hidalgo aura célébré avec éclat l’alliance du festif et du sécuritaire. Le plus comique, dans cette consternante affaire, est que les opposants à son initiative aient réussi à recréer sur les bords de Seine les traits les plus visibles de l’ordre qu’ils affirment dénoncer – là-bas aussi, chaque peuple a ses plages, même si aucune loi n’organise cette séparation, et là-bas aussi, on s’affronte sans se rencontrer. Bref, ils ont réussi : on s’y croirait !

Ceux qui espéraient une ambiance détendue et festive en ont donc été pour leurs frais. Passé le stress de l’entrée, il faut marcher une centaine de mètres pour atteindre le mini dancefloor ensablé sur lequel un DJ fait danser une dizaine de femmes qui youyoutent en short. Une oreille non exercée pourrait croire que c’est de la musique arabe, mais en l’occurrence, c’est de l’hébreu. Alors qu’on piétine devant le petit stand de fallafels attenant, les danseuses agitent deux drapeaux israéliens et un drapeau français, tout sourire malgré la tension palpable aux alentours. Et c’est tout. Quant au public, il semble presque exclusivement composé de « feujs ». Un DJ et un stand de fallafels : voilà pour le côté israélien.

Tel Aviv sur Seine danse

Tel Aviv sur Seine fallafels

Ensuite, nada, plus rien à voir. Du moins, jusqu’au barrage de gendarmes mobiles installé sous le pont Notre-Dame. Et pour cause : au-delà, c’est « Gaza plage », la manif improvisée par quelques associations dans la foulée des déclarations indignées du Parti de Gauche et d’EELV. Pour y accéder, on traverse le cordon de flics, et on aperçoit très vite les drapeaux palestiniens accrochés tout le long des rambardes. Curieusement, on ne peut pas franchir le passage dans l’autre sens (Gaza-Tel Aviv…).

Entourés d’une foule nettement plus compacte, les militants d’Europalestine et de BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), en tee-shirts verts, se sont approprié l’espace pour y installer des stands. Au menu : tracts, keffiehs, épices… En slalomant au milieu de la foule, on croise une jeune femme intégralement voilée à l’exception du visage, ostensiblement fermé. Mais le drapeau palestinien qu’elle tient à la main ressemble à un mouchoir de poche comparé à celui – géant – qu’un jeune homme est en train d’accrocher au mur qui longe le quai. Côté déco toujours, des photos d’enfants mutilés et de destructions attribuées à qui vous savez. Ici, le mal n’a qu’un nom.

Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine voilée

« Nous, on ne veut pas de Tel Aviv, on n’aime pas Tel Aviv », explique un grand gaillard énervé à une petite dame qui s’est visiblement égarée de ce côté, mais ne se démonte pas. « Avez-vous lu cela ?», s’énerve-t-elle en brandissant Hippocrate aux enfers, livre sur les atrocités médicales nazies. C’est l’une des rares rencontres entre les deux « plages ». Immédiatement, une nuée de caméras les encercle. Sur de grandes banderoles, on retrouve les slogans habituels : « Boycott Israël, Etat criminel », « Laissez passer les bateaux », « Israël apartheid »… Et quelques adaptations de circonstance : « Hidalgo célèbre l’occupation israélienne », « Non à la collaboration avec l’Etat israélien », « Hidalgo sponsor de la colonisation »…

Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine Hidalgo

L’ennui, c’est qu’il est impossible de revenir dans la petite « bande » de Tel Aviv plage. Parce que dans ce sens-là, donc, les forces de l’ordre ne laissent passer personne, même avec une carte de presse. Gaza plage représenterait-elle une menace plus importante pour Tel Aviv plage que l’inverse ? On marchera donc un kilomètre de plus, jusqu’au Pont-Neuf (sans compter un saut de puce en bus), pour revenir à notre point de départ. Pourtant, la longueur de la « plage » parisienne est ridicule…

Sur ce petit bout de l’hypercentre de Paris, de la taille d’un confetti, tout a été fait pour empêcher le moindre contact entre une population et une autre. Mission accomplie pour la mairie de Paris en cette journée ensoleillée, jusqu’à l’averse qui a sans doute participé, en fin d’après-midi, à ce que chacun rentre « chez soi » sans croiser son voisin. Pas grave, après tout, il y a une fête pour ça aussi.

*Photos : Pascal Bories

Tel Aviv sur Seine: ça barde au Front de gauche!

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tel aviv front gauche

La danse du scalp menée par la gauche de la gauche à propos de Tel Aviv sur Seine occupe l’espace médiatique au beau milieu de la pause estivale. Les ténors de la politique étant au vert ou au bord de la grande bleue, d’autres font l’actualité et comptent bien en profiter pour se faire une notoriété. Encore une fois, la cause palestinienne n’est malheureusement qu’un prétexte.

Il n’aura échappé à personne que la bronca contre Tel Aviv sur Seine a été lancée par Danielle Simonnet, une élue municipale parisienne du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. L’occasion de se payer la maire de Paris, Anne Hidalgo, et de tenter de mettre le PS dans l’embarras, semblait trop belle. En critiquant le choix de Tel Aviv comme partenaire de Paris plage, il était facile de fédérer autour d’elle tout le gratin du pire idéologique, une drôle d’alliance allant du très rouge au très brun, en passant par le BDS (Boycott, Divestment, Sanctions), l’Association France Palestine Solidarité et j’en passe.

Bref, un grand classique de l’antisionisme, avec comme corollaire bien connu, tous les débordements antisémites, classiques, sur les « réseaux sociaux » contre lesquels Madame Simonnet n’a pas encore protesté avec cette fermeté de ton qui la caractérise tant. En revanche, elle prend date auprès de ses futurs électeurs. Songeons que les élections régionales approchent (dans quatre mois) et le PS vivra probablement des heures très douloureuses. Il ne sera pas le seul : il est probable que la gauche dans son ensemble verra sa voilure largement réduite. Dans ce contexte de débâcle annoncée, les places en positions éligibles s’annoncent rares,  et tous les coups – surtout les plus bas – sont permis. Certains tentent donc de  se placer, cherchent à se faire remarquer par les médias et l’électorat en débordant « les têtes de liste » sur leur gauche. Et critiquer Israël peut sembler une martingale gagnante à ces esprits simples.

Ainsi, depuis le début de «l’affaire Tel Aviv sur Seine», les ultras du PG semblent occuper l’espace médiatique. En l’absence de prise de parole de Mélenchon sur le sujet, Eric Coquerel le coordinateur du Parti de Gauche, n’est monté au front que très tardivement… pour presque contrecarrer les propos de boutefeu de Madame Simonnet ! Ce matin, sur France Info, il a proposé que l’événement soit transformé en journée fédérant artistes palestiniens et israéliens oeuvrant pour la paix. Comme par hasard, une fois ce sujet épuisé, le journaliste  qui l’interrogeait est passé une question sur… les élections régionales.

Au Parti communiste, allié du PG au sein du Front de Gauche, la situation n’est pas plus claire. D’abord parce que la signature de l’alliance avec les (maigres) troupes de Mélenchon ne faisait pas l’unanimité, loin s’en faut. Dans certains cas, ces réticences  ont viré à la franche hostilité contre Mélenchon, sentiment qu’on exprime de plus en plus ouvertement place du Colonel-Fabien. Sur le terrain, les relations avec les camarades du PG s’en ressentent et divisent dans les sections déjà clairsemées du PC. Pour des raisons de micro-tactique, il arrive que des responsables locaux assument des prises de position de camarades un peu agités et aux courtes vues. Or, ces « débordements » toujours sur leur gauche, vont presque toujours avec une contestation de la politique d’union de listes pour les élections aux municipalités restées aux mains de la gauche, généralement dirigées par un maire PS. Quand l’occasion de mettre dans l’embarras un maire PS se présente, on ne se gêne pas !

À la gauche de la gauche, la surenchère anti-israélienne et antisioniste doit en outre avoir pour effet d’amener à eux de « nouveaux électeurs », entendez par là ceux des cités qui se décideraient à aller aux urnes. Marqués à la culotte par le NPA, le PC et le PG sont au coude à coude dans la course à ces voix.

Nous en sommes là. Tel-Aviv sur Seine a bien eu lieu. Le Parti de Gauche, par la voix d’Eric Coquerel (mais où diable est donc Mélenchon ?), vient de siffler la fin de la récréation dans les rangs. « On n’appelle pas à se mobiliser pour une simple raison, c’est qu’on a vu sur les réseaux sociaux depuis des jours – y compris venant d’une certaine extrême droite sioniste – des appels à provocation extrêmement violents », a développé Eric Coquerel sur Europe 1. « Il y a plein de gens qui rêvent que ça se passe mal et nous, nous n’avons pas les moyens militants d’éviter les provocations de ce type », a-t-il poursuivi, espérant que « tout va se passer dans le calme », même s' »il y a des gens qui ont envie de faire monter la sauce ».  Une manière bien  « Parti de Gauche » de taper sur les doigts de l’agitée du fond de la classe, la « non nommée » dans les interventions d’Eric Coquerel, une certaine… Danielle Simonnet!

*Photo: Sipa. Reportage n°AP21778399_000016.

John Kerry, l’écouteur écouté

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John Kerry tombe de haut. Il a appris que ses camarades chinois et russes lisaient ses emails. Cette déloyauté patente l’a mis dans tous ses états. Mardi, il a donc prévenu que la question du piratage informatique serait abordée par Barack Obama qui recevra en septembre son homologue chinois Xi Jinping.

Dans un entretien sur la chaîne américaine CBS, questionné sur la possibilité qu’il soit espionné par la Chine et la Russie, le secrétaire d’Etat a répondu :  » C’est très probable (…) et nous savons qu’ils ont attaqué un certain nombre d’intérêts américains au cours des derniers jours ». La Chine et la Russie, au mépris de toutes les conventions internationales se permettraient donc d’espionner les Américains ? Au sujet de l’espionnage de ses mails, Kerry a ajouté : « C’est très possible (…) et j’écris bien entendu des choses en ayant cela à l’esprit ».

Choqué par l’ampleur que prend l’espionnage mondial, John Kerry a tenu à dénoncer ces dérives : « Nous vivons malheureusement dans un monde où un certain nombre de pays, y compris les Chinois et les Russes, ont constamment été impliqués dans des attaques contre des intérêts américains, contre le gouvernement américain ».

Face à cet intolérable comportement, il a tenu à rappeler que les Etats-Unis avaient « récemment soulevé cette question, de manière très, très ferme, dans [leur] dialogue avec les Chinois ». Il est donc normal que lors de la prochaine visite d’Etat à la Maison Blanche de Xi Jinping, la question de l’espionnage soit « au programme des discussions ».

Plein d’innocence, John Kerry s’est alarmé d’un « cybermonde très compliqué et évoluant très rapidement », se gardant bien d’expliquer pour quelles obscures raisons l’espionnage avait atteint un tel degré de sophistication. Le secrétaire d’Etat, plein de bonne volonté, a plaidé la cause de son pays, acculé par les offensives multiples à son encontre et forcé de développer de coûteuses stratégies de protection : « Des entreprises dépensent des milliards de dollars pour se protéger. Le gouvernement des Etats-Unis fait la même chose (…) Nous essayons de créer un code de bonne conduite ». Il a pourtant été forcé de déplorer qu’à « l’heure actuelle, c’est plutôt le Far West ».

Il est rassurant d’apprendre qu’un pays aussi droit que les Etats-Unis mette la main à la pâte pour enfin régler le problème de l’espionnage international. Grâce à lui, on n’écoutera plus les conversations des présidents français ou les échanges téléphoniques de Madame Merkel. Que ferions-nous sans les Etats-Unis pour nous protéger?

Sportive cherche sexe féminin

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La grande coureuse indienne Dutee Chand a gagné le 27 juillet, après un recours auprès de la plus haute instance du sport, le droit de participer aux courses féminines. Une femme qui prend part aux compétitions de femmes, ce n’était pas si étonnant il y a quelques années. Maintenant, ça devient sujet à débat.

Après un contrôle antidopage lors des Jeux du Commonwealth en juillet 2014, la sprinteuse de 18 ans a été accusée d’«hyperandrogénie». C’est-à-dire que son corps présentait un «excès d’androgènes», hormones généralement masculines, qui favorisent notamment le développement des cellules musculaires. La jeune sportive a été suspendue de sa fédération et  interdite de compétition.  Elle a fait appel de cette décision auprès du tribunal arbitral du sport  qui lui a finalement redonné le droit, après un an d’attente, de courir avec les filles.

Tout l’enjeu se concentrait  sur cette question : les femmes XY dites « intersexuées », telles que Dutee Chand, peuvent-elles concourir avec des femmes XX ?

Dutee Chand est née avec des avantages physiques non négligeables pour une sportive, comme ne manque pas de le dénoncer la marathonienne Paula Radcliffe : « Son corps répond différemment, plus fortement à l’entraînement et à la course qu’une femme avec un taux normal de testostérone. » Mais peut-on légitimement reprocher à Dutee Chand son patrimoine génétique ? Une top-modèle reproche-t-elle à sa concurrente d’avoir des gènes plus favorables à la beauté ? Un joueur d’échecs reproche-t-il à son adversaire d’avoir un cerveau plus performant ?

Les fédérations sportives ont aussi tendance à penser que les sportives XY tirent un avantage indu de cette différence chromosomique, comme le prouvent la suspension de Dutee Chand ou de la coureuse sud-africaine Caster Semenya en 2009. Difficile à entendre pour ces athlètes qui n’ont pas choisi leur différence. Contrairement à d’autres sportives européennes, leur état est naturel. Elles n’ont fait appel ni aux opérations chirurgicales, ni aux traitements hormonaux.

Dutee Chand « n’a pas triché sur son genre », commente un journaliste de Libé. Mais ça n’a rien à voir avec le genre. On nous bassine suffisamment avec pour savoir ce que cela signifie : une tendance à un comportement féminin ou masculin, ou un peu de tout, ou l’un après l’autre, jusqu’aux six identités de genre proposées par les Universités de Californie à leurs étudiants. Rien à voir avec le schmilblick chromosomique ! En fait, c’est le genre qui est venu semer la confusion dans la distinction des sexes. À force de chercher les « tendances » de chacun, on en oublie l’essentiel, quitte à priver une femme du droit de faire partie d’une catégorie féminine.

Le verdict du tribunal arbitral du sport est à l’image de cette confusion générale. S’il affirme clairement que l’hyperandrogie n’est pas un motif de suspension des joueuses, il devient plus nébuleux quand il s’agit d’aborder la question éthique : « Le sexe des êtres humains ne peut être défini de façon binaire », insiste l’instance, car « la nature n’est pas ordonnée de façon stricte et le sexe n’est pas déterminé par un seul élément». Malgré tout, « comme il y a une distinction dans le sport entre les catégories féminines et masculines, la fédération doit trouver un socle qui permette la distinction entre les athlètes féminins et masculins ».

Et le socle qui permet la distinction entre les athlètes féminins et masculins, c’est le sexe. Bien obligé de ranger les femmes et les hommes dans des cases différentes, avec des critères ancestraux, sous peine de discriminer les femmes par rapport aux hommes en fonction de leur degré de féminité.

*Photo: Sipa. N° de reportage: AP21655890_000002.

Tel Aviv sur Seine: Sous les tollés, la plage

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À chaque mois d’été sa polémique. Jean-Paul Brighelli montrait, dans un article récent, de quelle manière la venue en juillet de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, avait bouleversé la petite commune de Vallauris Golfe-Juan, près de Cannes, faisant tourner la tête des commerçants de la région et des édiles locaux. Ceux-ci s’empressèrent de dérouler le tapis rouge pour le souverain et sa suite, en privatisant temporairement la plage publique située devant la villa royale et en autorisant l’installation temporaire d’un ascenseur permettant à Son Auguste Surcharge Pondérale d’accéder à SA plage avec plus de commodité. L’affaire prit cependant une tournure plus embarrassante quand Salmane d’Arabie se déclara indisposé par la présence d’une femme dans la Compagnie Républicaine de Sécurité affectée à sa protection. Alors que la France se remettait à peine de la terrible affaire des maillots de bain de Reims, les protestations s’élevèrent, provoquant finalement le départ du roi et de sa suite vers une destination plus accueillante, ne laissant pour seul souvenir aux Vallauriens qu’une dalle de béton coulée sur la plage, en indélébile hommage à l’obséquiosité empressée de ses hôtes.

Par un juste retour des choses, la polémique s’est déplacée en août du bord de mer aux bords de Seine, de la Côte d’Azur à Paris Plage. Chaque été depuis 2002, la rive droite de la Seine est envahie par les parasols, les palmiers en pot et le sable déversé par bennes entières sur le pavé pour offrir aux parisiens n’ayant pas la chance de pouvoir se rendre à Cannes ou au Touquet entre la mi-juillet et la mi-août un ersatz de villégiature balnéaire. Comme le dit un ami du sud de la France : « Paris Plage c’est pareil que Saint-Tropez, en été les deux sont réservés aux parisiens. » La canicule de 2003 contribua fortement à assurer le succès de ce que Philippe Muray qualifiait de « burlesque opération d’intoxication néo-balnéaire » et l’événement attire chaque année à Paris quelques millions de visiteurs venus profiter du bassin flottant, de cours de danse, de soirées DJ, de cours de fitness ou d’initiations au Segway, cette espèce de pupitre motorisé sur laquelle même Dean Martin aurait l’air ridicule. La manifestation s’est enrichie d’année en année de nouvelles animations thématiques : le Brésil – pays festif par excellence – fut à l’honneur, en 2006, tandis qu’un pique-nique géant était organisé de la place de l’Hôtel de Ville au centre Georges Pompidou en 2008. Même Mickey fut de la fête et vint inaugurer en personne une réplique en sable géante du château de Disneyland Paris en 2011. Pour marquer de son empreinte le sable de Paris Plage, Anne Hidalgo, nouvellement élue maire de Paris, décida donc que se tiendrait cette année une journée « Tel-Aviv-sur-Seine ». Si on y réfléchit bien, l’idée n’est pas si mauvaise tant la correspondance semble évidente entre la manifestation, devenue avec la Gay Pride ou la Techno Parade l’un des emblèmes du festivisme parisien, et le microcosme balnéaire et festif de Tel-Aviv, décrit avec une certaine justesse en 2006 par Eytan Fox dans le film The Bubble, au titre évocateur.

Le contexte international s’est révélé cependant assez défavorable à l’initiative, peu de temps après l’assassinat d’une famille, dont un nourrisson, au cocktail Molotov par des ultra-orthodoxes juifs en Cisjordanie, le 31 juillet dernier. Si la venue du roi d’Arabie Saoudite et ses histoires de plage privatisée et bétonnée ont modérément fait bruisser internet, l’annonce de l’organisation de « Tel-Aviv-sur-Seine » a en revanche électrisé la toile et a englouti les palmiers et les parasols de Paris-plage sous un déchaînement de protestations. Parmi celles-ci on a pu remarquer tout particulièrement celle de Danielle Simonnet, conseillère de Paris et secrétaire nationale du Parti de Gauche, qui a saisi immédiatement l’occasion de capitaliser sur l’émotion et l’indignation suscitée par la conjonction des événements.

Les rôles s’étant une fois de plus bien distribués, il paraît difficile de trancher l’affaire. La mairie de Paris défend la cause du festivisme pour tous, de Paris plage à Tel Aviv. «Nous voulions une initiative festive avec des animations ludiques, gratuites, des concerts, des food-trucks et autres», a rappelé Bruno Julliard sur Europe 1. L’opinion publique virtuelle et les réseaux sociaux réagissent quant à eux de manière quasiment pavlovienne et chargent tête baissée dès que l’on mentionne les mots « Israël » ou n’importe quel terme associé au champ lexical du conflit israélo-palestinien. Le Front de Gauche, par la voix de Danielle Simonnet, fait son boulot d’agitateur de tendances en agitant tout ce qu’il peut à la tribune de l’indignation médiatique. Pour réconcilier tout le monde, il y existe cependant une solution : il suffit de remettre à plus tard la journée telavivienne et d’organiser à la place une journée en l’honneur de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, nouvel invité d’honneur de Paris Plage. Cela représenterait un élégant geste d’excuse vis-à-vis du malheureux souverain saoudien si injustement traité par la municipalité de Vallauris, au point de devoir écourter ses vacances. Ce serait l’occasion de tenter une expérience innovante en créant une microrépublique islamique ludico-festive sur les bords de Seine et cela résoudrait beaucoup de problèmes en France : la tweetosphère indignée, le NPA et le Front de gauche seraient ainsi satisfaits qu’on ne parle plus de Tel-Aviv.

On répondrait aussi définitivement à la question du financement de Paris plage en privatisant tout le périmètre de la manifestation, de l’hôtel de ville au centre Pompidou, sans oublier le bassin de la Villette. On éviterait les nuisances sonores et l’abus de tenues vestimentaires indécentes en faisant interdire les DJs et toute forme de production musicale dans le secteur concerné, tandis que le seul vêtement de bain autorisé autour du bassin flottant serait le burkini. Les risques de débordements seraient aussi considérablement réduits grâce à l’interdiction absolue de l’alcool et l’on pourrait par ailleurs faciliter la compréhension de l’islam saoudien en organisant des randonnées-découvertes de Paris emmenées par des prêcheurs salafistes montés sur Segway, tandis que des ateliers décapitations et des soirées « Charia pour tous » mettraient une ambiance du tonnerre de 16h à 19h.

On rouvrirait aussi les rives de la Seine à la circulation automobile pour organiser un défilé en continu de belles bagnoles face à la foule en liesse des plagistes et puisque Salmane a l’air de s’y connaître un peu en ascenseurs, il pourrait en profiter pour installer un nouveau funiculaire flambant neuf et plaqué or à Montmartre. Pour finir, on pourrait proposer au pétromonarque de faire couler une belle dalle de béton place de l’Hôtel de Ville sur laquelle les commerçants parisiens éperdus de gratitude et rendus tous millionnaires viendraient déposer des gerbes de fleur et des montres plaqué or. Voilà. Problème réglé, la République islamique de Paris plage est née.

Sinon à part ça, il se passe quoi dans le monde?

Julien Coupat, terroriste malgré lui?

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tarnac julien coupat terrorisme

Une décision de justice du 7 août a enfin requalifié les actes perpétrés il y a trois ans par le révolutionnaire Julien Coupat. D’« entreprise terroriste », le sabotage du train est devenu le fruit d’une « association de malfaiteurs ». Après sept ans d’une procédure largement critiquée pour son iniquité, la presse se réjouit unanimement du camouflet imposé au pouvoir. En gagnant sa lutte contre l’Etat, M. Coupat, lui, a enfin obtenu qu’on lui enlève l’étiquette sulfureuse de « terroriste ». Pourtant, à la vue des actions présumées et de la pensée du philosophe, il est étonnant de le voir aujourd’hui si heureux d’en être débarrassé.

Depuis son arrestation par la police anti-terroriste il y a sept ans, Julien Coupat symbolisait la lutte contre un Etat liberticide mais aussi les espoirs de révolution d’une gauche farouchement anticapitaliste ralliant bon nombre de jeunes intellectuels. L’accusation de terrorisme à l’encontre d’un groupe dont M. Coupat était le représentant le plus âgé et le plus connu avait donc provoqué l’ire d’une grande partie de la presse.

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, en Seine-et-Marne, les rails d’un train sautent, sans provoquer d’autre dommage que 550 000 euros de dégâts matériels. Présent à proximité des rails au moment de l’incident, Julien Coupat, connu jusqu’à ce jour pour quelques écrits universitaires, devient, selon Michèle Alliot-Marie, le parangon d’une « ultragauche »anarcho-autonome. Selon le juge Thierry Fragnoli, il est même le chef d’une « structure à vocation terroriste ». Pris très au sérieux, M. Coupat gagne alors le droit d’être traité en ennemi crédible par l’Etat.

Au fil de la constitution du dossier juridique concernant le philosophe et ses potentiels complices, on apprend que le « terroriste » et ses amis étaient déjà suivis par les Renseignements Généraux plusieurs mois avant les faits leur étant reprochés. Vivant depuis 2005 à Tarnac, où ils avaient repris une épicerie, M. Coupat et ses camarades étaient espionnés et étudiés sous toutes les coutures par la DCRI. Cette défiance à l’égard d’une bande d’épiciers ne semblait pourtant justifiée que par les soupçons qui pesaient sur eux d’avoir coécrit un livre : L’Insurrection qui vient.

Philosophe mystérieux, fils d’un improbable mariage entre Guy Debord et Michel  Foucault, Julien Coupat peut être facilement rapproché d’un groupe : le « Comité Invisible », réunion  des auteurs anonymes de plusieurs livres parus aux éditions la Fabrique. Le premier est donc L’insurrection qui vient, texte poétique et lyrique de 2007 au titre très évocateur. Le second se nomme A Nos Amis est paru en 2014. Dans ces essais, le Comité démonte pièce par pièce la société actuelle et fait des réseaux la clé de la déréalisation du monde contemporain. Dans chacun des deux textes, on nous explique que le sabotage est l’action révolutionnaire par excellence puisque les infrastructures sont aujourd’hui la manifestation et l’incarnation matérielles du pouvoir. A cette lecture, Nicolas Sarkozy, pris de peur, dut s’imaginer que M. Coupat était un homme dangereux et capable d’amener la France à se soulever.

D’ailleurs M. Coupat, autrefois, ne cachait pas ses velléités révolutionnaires. Un texte plus ancien, La théorie du Bloom, publié aux mêmes éditions et signée Tiqqun (une revue cofondée par Coupat à la fin des années 90) contient une description pseudo-prophétique du fameux Comité Invisible : « Conjuration anonyme qui, de sabotages en soulèvements, finit par liquider la domination marchande dans le premier quart du XXIe siècle ». Vaste programme à même de mettre des étoiles dans les yeux des nouveaux révolutionnaires. Une autre phrase énigmatique suit de près cette description : « Les spectateurs se figent quand le train passe. »

Or le 8 novembre 2008, le train n’est pas passé. Sans preuve tangible, sur la seule foi des quelques mots écrits par M. Coupat, la justice se permet de bâcler le dossier (sur ce sujet, mes confrères en ont déjà dit suffisamment). L’occasion est trop belle de faire de ce jeune épicier un exemple. Nicolas Sarkozy, héraut de la sécurité,  missionne Michèle Alliot-Marie, son ministre de l’Intérieur, pour être la plus sévère possible. Et au lieu de mettre à Coupat la bonne fessée qu’il mérite pour avoir fait joujou avec des rails, MAM en fait un dangereux terroriste.

Dépassé par l’ampleur des évènements, M. Coupat se liquéfie. L’homme à la prose révolutionnaire nie les faits, critique la procédure de justice et fait tout pour refuser la qualification qu’on lui accole. Dans sa lutte avec la justice, Il n’a de cesse de mettre en avant le ridicule de l’affaire. Il nie notamment être l’auteur de L’Insurrection qui vient mais déclare l’avoir lu et en partager les idées. Il tient tout de même à prouver son incapacité de nuire, en rappelant à Léa Salamé sur France Inter le 12 mai, que « ce livre est en vente à la Fnac ». Pour se dédouaner, M. Coupat discrédite une œuvre qui nourrit chez beaucoup de ses lecteurs des rêves révolutionnaires. Lui qui nous promettait des sabotages et des soulèvements se rétracte très vite. Il ne veut surtout pas être pris pour un terroriste, pour une personne voulant infliger des dommages à l’Etat.

Heureusement pour lui, l’Etat le croit sur parole. Les juges Jeanne Duyé et Christophe Teissier, en charge de l’instruction du dossier, ont en effet pris la décision suivante : « Si, à l’évidence, les actions (…) ont été commises dans le dessein patent de désorganiser le fonctionnement d’un rouage considéré comme étatique, la SNCF (…), en revanche, il convient de considérer qu’au-delà du préjudice évident occasionné, ces actions ne peuvent être considérées, malgré la rhétorique guerrière employée, comme étant des actions ayant intimidé ou terrorisé. »

Malgré le fait que M. Coupat ait des idées révolutionnaires et donc potentiellement propices à ce que l’on appelle le terrorisme dans notre beau pays, il n’a pas terrorisé la population. Qui oserait prétendre le contraire puisqu’en l’espace de sept ans, lui et ses camarades épiciers n’ont pas réussi à produire autre chose qu’une hypothétique attaque de train ? Si bien qu’alors que le siège reste convaincu que le philosophe est à l’origine du sabotage, il a été forcé de requalifier l’affaire. Cela, avant tout, pour préserver le crédit de la police et de la justice française qui se sont couverts de ridicule en multipliant les procédures illégales et en persistant à vouloir faire un terroriste de celui que Mediapart décrit si bien comme « un garçon de bonne famille ».

Dans cette affaire, on a beaucoup critiqué la manière dont a été traité M. Coupat par la police et la justice. Il est vrai que l’on a su, de manière exemplaire, conjuguer le zèle le plus inquiétant et l’incompétence la plus crasse. Mais ce qu’il y a de fascinant, c’est la manière dont M. Coupat et ses défenseurs n’ont cessé de clamer qu’il n’avait jamais eu l’intention de nuire. Pourtant, qualifier les faits poursuivis comme ayant été « en lien avec une entreprise terroriste » était juridiquement possible. C’est une circonstance aggravante qui a non seulement des conséquences sur les peines encourues, mais également sur les procédures utilisées. La gravité de l’infraction n’entre pas en ligne de compte. Nul  besoin d’attenter à la vie humaine pour être terroriste. Mais si l’on peut rattacher un acte délictueux à la mise en œuvre d’un corpus d’idées politiques antiétatiques, on peut considérer que l’on se trouve face à une « entreprise terroriste ». Or qu’il le veuille ou non, M. Coupat, en disant à Léa Salamé que faire la révolution « serait la moindre des choses », se déclare ennemi du pouvoir. Qu’un Etat se montre particulièrement violent quand il affronte ses rares ennemis, il faut s’y attendre. Ce qui est plus inattendu, c’est l’empressement du philosophe à rappeler sa parfaite innocuité en déclarant  se voir « comme un bibliothécaire ».

En son temps, Mao Zedong, révolutionnaire ne craignant pas d’être appelé terroriste puisqu’il l’était, déclarait ceci : « Si l’ennemi nous attaque, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c’est bien, car cela prouve non seulement que nous avons établi une ligne de démarcation nette entre l’ennemi et nous, mais encore que nous avons remporté des succès remarquables dans notre travail. »

Force est de constater que M. Coupat n’a guère remporté de succès dans son travail. Et ses appels lyriques à la révolte font plutôt de lui un poète de plus qu’un véritable révolutionnaire. Après sept années de lutte acharnée avec la justice, il a enfin obtenu ce qu’il désirait : être inoffensif. « Les spectateurs se figent quand le train passe ».

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00606265_000001.

Ukraine : Censure contre Propagande

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L’Ukraine sort une nouvelle arme de guerre face aux séparatistes pro-russes : la désinformation. Le comité d’Etat pour la télévision et la radio ukrainienne, une forme de comité de censure, a publié il y a deux jours sur son site une liste de 38 livres russes interdits à la publication et à l’importation. « Ces mesures s’imposent  par la nécessité de lutter contre les méthodes de guerre d’information et de désinformation, de dissémination de haine , de l’idéologie fasciste, xénophobe et séparatiste promue par la fédération de Russie contre l’Ukraine. », se justifie le CSA ukrainien.

Parmi les livres interdits, des séparatistes bien connus tels que Théodore Berezin, membre du gouvernement de la République Populaire du Donetsk. Mais aussi l’écrivain national-bolchévique Edouard Limonov, pour son livre Kiev Kaput! L’ouvrage, comme son titre l’indique, n’était certes pas fait pour plaire au gouvernement de Kiev.

En haut de la page de l’inventaire des condamnés,  on peut admirer une main noire et un panneau rouge : STOP PROPAGANDA ! Désinformation ukrainienne contre propagande pro-russe ?  La guerre continue!

Brigitte Lahaie: «Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull»

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Brigitte Lahaie féminisme

Causeur. Brigitte Lahaie, en tant qu’ancienne actrice X et animatrice de votre propre émission sur RMC, dans laquelle vous répondez aux questions des auditeurs sur « l’amour, la sexualité, la fidélité et le plaisir », vous sentez-vous féministe ?

Brigitte Lahaie. J’ai beaucoup œuvré pour que les femmes soient libres de leur corps, de leur jouissance. Mais au début des années 1980, dans ma carrière X, j’étais très mal jugée par les féministes parce que j’étais une sorte d’objet sexuel pour les hommes. Dans une conférence à laquelle on m’avait invitée, à Lyon, je me suis fait siffler. Par la suite, j’ai sympathisé avec certaines d’entre elles, mais on n’était absolument pas d’accord sur de très nombreux points.

Encore aujourd’hui, des groupes comme Osez le féminisme ! voient d’un assez mauvais œil la pornographie, sans même parler de la prostitution…

Ah, Osez le féminisme !… Oui, pour elles, si je me prostitue ou si je suis actrice X, c’est forcément que je suis une victime. Je ne peux pas être libre et responsable de m’envoyer en l’air, ou avoir envie de toucher du fric avec mon sexe. C’est impossible pour elles ![access capability= »lire_inedits »]

Elles considèrent que prostitution et pornographie oppriment la femme en faisant primer le désir de l’homme sur le sien…

Elles ne comprennent pas la pulsion sexuelle masculine, cette chose qui se manifeste entre les jambes d’un homme dès l’âge de 12-13 ans… On ne fonctionne pas tout à fait pareil. Et à vouloir que les hommes deviennent des femmes, on va à la cata ! Moi, je les entends, les mecs qui n’ont pas baisé depuis un an, deux ans, et qui me demandent presque la permission d’aller voir ailleurs, timidement. Non mais qu’est-ce que ça veut dire ? Elles épousent un homme parce qu’il a un bon profil pour être le père de leurs enfants, et ensuite ceinture ? Je veux bien qu’on abolisse la prostitution, mais alors qu’on demande aux épouses d’accomplir le devoir conjugal.

Il y a heureusement des féministes moins puritaines, comme Ovidie, actrice et réalisatrice X trentenaire…

Bien sûr, mais quand Ovidie dit que se faire siffler dans la rue est une forme de harcèlement, je ne comprends pas. Affirmer que « 100 % des femmes ont été harcelées », c’est très grave ! J’en parlais avec une amie et sa fille, qui a 14 ans. Elle nous a demandé : « Alors on va forcément être harcelées ? » En entendant ça, les gamines s’imaginent qu’elles vont être des victimes. Personnellement, si j’ai cette position pro-hommes et antiféministe, c’est parce que j’ai au contraire rencontré des hommes extraordinaires, à qui je dois beaucoup.

A priori, les féministes n’ont pourtant pas pour objectif revendiqué de traumatiser les fillettes. Qu’est-ce qui cloche, selon vous ?

Elles tiennent exactement le même discours que les machos du début du xxe siècle. Par exemple : si une femme, parce qu’elle a bu, fait l’amour un soir avec un homme alors qu’elle n’en avait pas envie, elle pourra ensuite porter plainte pour viol. Ce qui signifie qu’une femme un petit peu soûle n’aurait plus son libre arbitre, il faudrait que ce soit l’homme qui décide à sa place. On marche sur la tête ! Et le pire, c’est qu’elle a toutes les chances que le mec soit condamné.

En contestant le discours victimaire en vigueur sur la question, vous ne craignez pas d’être épinglée par les Chiennes de garde et leurs amies ?

Accuser l’homme d’être trop bestial aujourd’hui, en France, est totalement absurde. Le féminisme a encore sa raison d’être à l’échelle mondiale. En France, il n’en a plus aucune, et il fait plus de tort aux femmes que de bien. Par exemple, beaucoup de féministes militent contre la pilule et les traitements hormonaux substitutifs. Sous prétexte que ces produits artificiels auraient des effets secondaires négatifs – ce qui n’est absolument pas prouvé –, elles veulent remettre les femmes dans la situation qui était la leur au siècle dernier. Mais certaines sont pour les mères porteuses. C’est invraisemblable !

Actuellement, il semble extrêmement difficile de s’opposer aux discours féministes, sur lesquels s’appuie le gouvernement pour légiférer.

Moi, j’ai une tribune médiatique. Je peux prendre la défense des clients de prostituées, par exemple… Mais ce qui est dramatique, c’est que plus aucun homme ne peut se permettre de dire ce que je dis sans être immédiatement traité de machiste. Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull, et les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça.

Cette remarque me fait penser au nouveau principe indiscutable de parité en politique. Comme si les femmes étaient, par nature, trop nulles pour s’imposer sans qu’on leur réserve la moitié des sièges…

Je trouve ces questions de parité stupides. À ce train-là, on va bientôt inventer la parité catholiques-musulmans… Je rappelle souvent que ce sont des hommes qui ont inventé la pilule et trouvé le point G. Et les femmes sont capables d’atteindre les plus hautes sphères : Ségolène Royal est arrivée au second tour de la présidentielle. Simplement, il y a moins de femmes qui ont envie de devenir politiques. Et elles ont raison, ce sont des métiers de fous.

À propos de travail, on nous rebat les oreilles avec les écarts de salaires entre hommes et femmes… Mais on peine de plus en plus à imaginer un patron qui paierait volontairement moins une femme qu’un homme, parce qu’il trouverait cela normal.

On prend seulement la partie émergée de l’iceberg et on en déduit quelque chose de faux. À mon entretien d’embauche pour RMC, j’ai exprimé des exigences concernant mes conditions de travail plutôt que le montant de mon salaire. Les femmes négocient leur temps libre, leur qualité de travail. Les mecs négocient en fonction de leur porte-monnaie. Forcément, à travail égal, les hommes gagnent donc plus que les femmes.

Ça tombe bien, votre livre nous apprend que trois femmes sur quatre ont pour premier critère de sélection d’un homme sa situation financière et son ambition professionnelle…

Oui, bien sûr, c’est dans nos gènes.

Attention, vous allez bientôt nous dire qu’il faudrait que les femmes restent à la maison… La presse féminine vous lyncherait pour moins que ça !

Il y a un mépris terrible pour les femmes qui décident de rester au foyer. Je suis désolée, mais si une femme a envie d’élever ses trois gosses sans bosser, j’applaudis des deux mains. Je ne vois pas où est le problème. J’ai un ami gynéco-endocrinologue qui n’en peut plus de donner des interviews aux magazines féminins, parce qu’il me dit qu’ils ne veulent pas entendre ce qu’il dit. Quant à moi, je n’ai jamais eu le moindre article dans un magazine féminin, à l’exception de Femme actuelle. Ça montre bien que je suis Satan.

Impossible, vous êtes une femme !

Alors Lilith, plus exactement ! Par ailleurs, les amazones tuaient les petits garçons à la naissance. Et dans tous les pays du monde où l’excision – cette horreur – est pratiquée, ce sont des femmes qui mutilent les petites filles, et pas leurs pères. Ça montre bien que les femmes ne sont pas meilleures que les hommes.[/access]

feminisme fourest lahaie

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*Photo : Hannah Assouline

Et vive l’Europe allemande!

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merkel grece varoufakis

Qui se souvient de L’Homme de fer ? La série, diffusée sur NBC de mars 1967 à janvier 1975 (et en France à partir de 1969) mettait en scène un certain Robert Ironside (Robert Dacier en VF), un policier immobilisé dans une chaise roulante après avoir reçu une balle dans la colonne vertébrale.

Wolfgang Schäuble, l’impitoyable ministre de l’Economie allemand, est désormais pour les médias « l’homme de fer de l’Europe » — cela donne une idée de l’âge des journalistes qui utilisent la comparaison. Les connotations ne s’arrêtent pas au feuilleton, bien sûr, même si le fait que Schäuble est immobilisé dans une chaise roulante depuis un attentat qui l’a paralysé en 1990 a certainement été l’élément déclencheur de la comparaison. En arrière-plan, il y a la très vieille métaphore du « chancelier de fer », Bismarck. Il serait d’ailleurs amusant de répertorier toutes les métaphorisations politiques de l’industrie allemande de l’acier, particulièrement de l’acier utilisé à des fins militaires. Après tout une nation qui a fait depuis 1813 de la « croix de fer » sa décoration militaire la plus recherchée (voir le sublime film homonyme de Sam Peckinpah) a une relation singulière au métal des épées / fusils / canons / grosse Bertha et autres brimborions de la civilisation avancée.
Schäuble, outre une rivalité de fond avec Merkel, sans doute un peu trop Ossie pour lui (on ne parle pas assez du mépris abyssal des ex-bourgeois de RFA vis-à-vis des ex-prolos de RDA) pose en parfait Européen. Encore faut-il s’entendre sur le terme. Et savoir ce qu’il recouvre dans la conscience du redoutable ministre allemand.
Schäuble est né en octobre 1942 à Fribourg. Il venait d’avoir deux ans quand, le 27 novembre 1944, l’aviation anglaise a lancé sur la ville l’Opération Tigerfish (le vice-maréchal anglais Robert Saundby était un pêcheur fanatique, qui donna un nom de poisson à chacune des opérations d’anéantissement des villes allemandes, voir Dresde ou Hambourg, décidées par le commandant en chef Arthur « Bomber » Harris — un saint homme qui aurait été jugé pour crimes de guerre, s’il n’avait pas été du côté des vainqueurs). Ce jour-là 14 725 bombes incendiaires ont été déversées sur la ville (qui par parenthèse ne présentait aucun caractère stratégique : c’était une politique de terreur dont on sut très vite qu’elle resserrait les Allemands autour d’Hitler — mais on n’en continua pas moins : les militaires sont comme les pédagos, quand ils se trompent, ils vont de l’avant). Elles ont tué environ 3000 personnes, et réduit en cendres et poussière un joyau de l’architecture médiévale. Quand De Gaulle s’y rendit en octobre 1945 — Schäuble venait d’avoir trois ans —, il ne restait rigoureusement rien de la ville.

Je ne voudrais pas m’aventurer dans la psyché de Wolgang Schäuble, mais toute cette génération qui a vu son pays dévasté par la guerre aurait bien du mérite à développer des sentiments pro-européens sans cultiver quelque arrière-pensée revancharde. La Bundeswehr étant une force aujourd’hui essentiellement symbolique, l’action s’est située ailleurs : sur le terrain de la vertu.

À commencer par la vertu économique. L’Allemagne a plié l’Europe à ses objectifs nationaux, elle a obtenu avec l’euro une parité qui l’arrangeait diablement, juste après la réunification (un euro = deux deutschmarks, le seul pays pour lequel la transition monétaire opérait en compte rond), et elle veut manifestement imposer à toute l’Europe sa conception de l’économie. Ein Reich, ein Euro.

C’est ce que raconte Yannis Varoufakis dans une longue interview à El Pais qu’il a reproduite en anglais sur son blog. En substance, le « plan » imposé à la Grèce est destiné à faire long feu, le refus du « plan B » concocté par le ministre grec, tout bien pensé qu’il fût (c’est Jacques Sapir, qui en sait plus que moi en économie, qui le prétend sur son blog de Marianne), est la preuve par neuf qu’il ne s’agissait pas d’arriver à un accord viable de remboursement. Il fallait imposer aux Grecs des conditions aberrantes probablement dénoncées à très court terme, puisqu’elles ne sont pas viables, l’objectif n’étant pas Athènes (Athènes, combien de divisions ? aurait dit Staline) mais Madrid et Paris — entre autres. Dommage, l’Angleterre n’a pas joué le jeu de l’euro, on conquerra Londres une autre fois.

Varoufakis le dit très nettement :  » Le plan de Schäuble est d’imposer la troïka partout — et particulièrement à Paris. Paris est le gros lot. C’est la destination finale de la troïka. Le Grexit a pour objet de créer un climat de peur pour forcer Paris, Rome et Madrid à acquiescer. » Et d’expliquer que l’asphyxie programmée de la Grèce n’est qu’un coup en longueur, comme on dit au bridge : voilà ce qui vous arrivera si vous ne passez pas sous les fourches caudines de la vertu allemande. Vous aurez chez vous les experts de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du FMI. Vous allez voir : Paris sera réinstallée à Bruxelles, qui d’ailleurs sera délocalisée à Berlin.

Sans compter que l’Allemagne a tout à y gagner : ce pays à natalité faible fait payer les retraites de ses enfants du baby boom à tous les retraités européens. Bien joué. Et au passage les banques allemandes domineront à terme le système, ce qui dans une Europe qui a plus joué la financiarisaion à outrance que l’industrie — ou a fortiori la politique — n’est pas rien. Tant pis si les retraités grecs se suicident — et les autres suivront. Schäuble soigne sa cote de popularité, et Merkel, qui n’est pas tombée de la dernière pluie — elle, elle a sucé le lait de l’Allemagne de l’Est, elle sait ce que totalitarisme veut dire — va probablement utiliser la popularité de Schäuble pour se présenter à nouveau.

Tant que nous ne remettons pas l’Europe sur des rails politiques, tant que nous laissons un quarteron de banquiers et de politichiens vendus décider à notre place, nous aurons Schäuble et ses comparses à la tête de l’UE. Et avec un président français qui dit « la chancelière » sans préciser « allemande », comme s’il avait fait allégeance, en bon caniche de sa maîtresse, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Schäuble appelle la France « la Grande Nation » : c’est ainsi que les révolutionnaires appelaient la République conquérante après 1793, mais dans la bouche d’un Allemand vertueux, ça sonne avec une note de dérision évidente.

Les décisions à prendre dépassent d’ailleurs largement le seul point de vue économique. L’Allemagne nous a imposé l’entrée dans l’UE de la Pologne, qui fait partie de sa zone d’influence. Elle nous impose vis-à-vis de la Russie une politique suicidaire, simplement parce qu’elle a des liens forts avec l’Ukraine (qui a une minuscule minorité d’origine allemande), qui dans certains cas remontent à la dernière guerre, comme le prouvent chaque jour les partis ukrainiens d’extrême-droite. Nous allons tout droit vers un affrontement Chine / USA (des analystes prévoient une revendication prochaine de l’Empire du Milieu pour glisser le yuan à la place du dollar dans l’économie mondialisée que ces imbéciles ont appelée de leurs vœux, sans voir que les successeurs de Deng Xiaoping œuvraient à dominer le monde), et il faudrait une fois pour toutes se rendre compte que nous sommes géographiquement beaucoup plus proches de Moscou, qui marche en ce moment main dans la main avec Pékin, que de Washington. Il est plus que temps de renverser les alliances — même si cela devait faire beaucoup de peine à Wolfgang Schäuble. Plus que temps de penser à nouveau de façon politique, sans se soucier de vertu économique. Les pro-européens, comme dit Varoufakis, trompent tout le monde depuis un certain temps — mais ils ne tromperont pas tout le monde tout le temps.

*Photo: Sipa. Reportage n°00718556_000071.

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L’émasculée conception

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On les dit réactionnaires, rétrogrades et misogynes : les activistes américains du Men Rights Movement (MRM) sont en guerre contre une société qui a supposément troqué le patriarcat pour une misandrie à tous les étages. Ils sont au féminisme ce que le « coal rolling » est à l’écologisme. Quand les rednecks anti-écolos, au volant de leurs pick-up trucks trafiqués, crachent d’épais nuages de fumée noire au visage des défenseurs d’une « politique verte », les partisans du MRM clament leur détestation du féminisme au travers d’un discours musclé et provocateur. Agents actifs d’un corporatisme masculin, bien que comptant quelques femmes dans leurs rangs, ils décèlent, derrière le projet féministe, un complot genré qui va bien au-delà de la quête de l’égalité des droits. Leurs griefs sont nombreux : le montant exagéré des pensions alimentaires que les pères divorcés seraient condamnés à verser ainsi que l’attribution quasi systématique de la garde des enfants à la mère ; l’indifférence aux violences domestiques subies par les hommes, inversement proportionnelle à la victimisation systématique des femmes, qui laisserait libre cours aux fausses accusations de viol.[access capability= »lire_inedits »]

Les origines du mouvement restent assez floues. On trouve trace en 1898, à Londres, d’une éphémère Ligue des droits des hommes, axée sur les questions de divorce et, plus largement, sur « la lutte contre toutes les monstruosités nées de l’émancipation de la femme ». En 1926, à Vienne cette fois, der Bund für Männerrechte (La Fédération pour les droits des hommes), bénéficia d’un traitement médiatique plus important. Herr Kornblueh, l’un des cadres de l’association, voyait dans « la tyrannie des femmes modernes, qui réclament tous les droits et épousent les hommes dans le but de mener une existence insouciante, sans travail ni enfant, ou tentent d’obtenir le divorce et une pension alimentaire à vie, la cause sous-jacente de tous les maux ». Charlie Chaplin, rompu aux divorces dispendieux et tumultueux, fut l’un de leurs plus fervents supporteurs. En 1927, son divorce d’avec la jeune Lita Grey (elle était âgée de 15 ans au moment de leur union) donna lieu à une féroce bataille juridique, qui fit les manchettes pendant des mois et se conclut par le versement d’une indemnité de 825 000 dollars, un record pour l’époque.

Puis vinrent les années 1970, durant lesquelles la deuxième vague du féminisme américain, d’inspirations diverses, des Black Panthers à Simone de Beauvoir, quitta le terrain de la conquête des droits – dont certains étaient acquis (droit de vote, droit à l’instruction, droit à la contraception) – pour se consacrer à la « libération » des femmes du joug masculin. En réaction fut créée, à Columbia, la Coalition nationale pour les hommes, un contre-mouvement social, plus revendicatif que politique, dont l’objectif était « de sensibiliser sur les façons dont la discrimination sexuelle affecte les hommes et les garçons ». Soit le glissement progressif de la crise du pater familias (d’ordre sociétal) vers celle, identitaire, de l’homme en tant que tel.

À l’âge numérique, on a assisté à la naissance de la manosphère (mot-valise né de la contraction de man et de blogosphère), un boys club virtuel composé de centaines de sites, blogs et forums tout entiers dédiés à combattre les dérives supposées du féminisme et à redonner à la masculinité ses lettres de noblesse. Un phénomène de société inscrit dans le langage à travers divers néologismes, acronymes et autres hashtags. Ainsi, les activistes du MRM, qui sévissent majoritairement sur le site Internet A Voice for Men (AVfM), croisent les pickup artists (PUA), des moudjahidin de la séduction totalement dévoués à l’art de la drague virile (appelé game), qui prodiguent leur science à des incels, contraction de involuntarily et celibate – soit des célibataires par défaut désespérant de goûter aux joies de l’amour et du sexe. Pour eux, le monde est séparé en deux clans : celui des « mâles alpha » ayant pris la Red Pill (d’après la pilule rouge avalée par Keanu Reeves dans Matrix pour s’extraire de la réalité simulée) et celui des « mâles bêta », ayant opté pour la Blue Pill, synonyme d’illusions et de soumission à une société en proie à une conspiration féministe. Une vision qui conduit certains hommes à rejoindre la communauté MGTOW, abréviation de « men going their own way », composée d’hommes ayant renoncé à toute relation avec les femmes. Du prédateur stratège au démissionnaire, les membres de ce groupe à large spectre sont convaincus qu’en adhérant au mythe de l’oppression féminine au détriment de « la nature profonde de l’homme », la civilisation occidentale a perverti l’interaction entre hommes et femmes.

Relativement confidentiel et méconnu du grand public, le phénomène a pris une tournure nouvelle le 23 mai 2014, lorsque Elliot Rodger, un étudiant de 22 ans habitué des forums PUA, a assassiné six personnes et en a blessé quatorze autres à Isla Vista, en Californie, avant de retourner l’arme contre lui. Quelques minutes avant d’entamer sa virée macabre, l’adolescent, atteint du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme proche de celle de Rain Man), avait publié une vidéo sur YouTube : « Le jour de la vengeance est venu. Depuis ma puberté, j’ai été forcé à mener une vie de solitude, de rejet et de désirs inassouvis. Tout ça parce que les filles n’ont jamais été attirées par moi. J’ai 22 ans et je suis encore vierge, je n’ai jamais embrassé une fille. Cela a été une torture », y racontait le jeune homme assis au volant de sa voiture, regardant d’un œil fixe la caméra. « Je massacrerai toutes les salopes blondes, snobes et pourries gâtées que j’ai désirées et qui m’ont rejeté. Vous verrez enfin que c’est moi l’homme supérieur, le vrai mâle alpha », poursuivait-il, entre deux rires glaçants.

La tuerie a déclenché une tempête en ligne, incitant les femmes à partager leurs expériences de la misogynie, via le hashtag #YesAllWomen, tandis que les séducteurs kierkegaardiens de la manosphère assuraient que leur coaching en séduction avait précisément pour but « d’empêcher ça ». Comprendre : les actes de Rodgers étaient ceux d’un mâle bêta en manque de reconnaissance. « Vous détestez les femmes car vous n’avez pas les bonnes attentes. Les femmes sont, par nature, manipulatrices, imprévisibles et émotives. Acceptez cette vérité. Une fois fait, vous pourrez vous jouer des femmes pour ce qu’elles sont, et non pour ce que vous voudriez qu’elles soient », pouvait-on alors lire sur le forum Red Pill.

Difficile de ne pas voir dans ces propos les symptômes d’une extrême misogynie, portée par des hommes (pour la plupart blancs de classe moyenne) sexuellement et affectivement frustrés. La trace également d’un manichéisme qui accommode à la sauce yankee le sophisme bêbête : « Les hommes cherchent le bonheur auprès des femmes. Pourtant, les hommes sont malheureux. Donc les femmes sont la cause du malheur. » En somme, une lecture genrée de la misère affective de l’homme occidental, chère à Michel Houellebecq.

Pour le regretté Bernard Maris, assassiné le 7 janvier dernier dans les locaux de Charlie Hebdo, la détresse du héros des Particules élémentaires est principalement d’origine économique – le libéralisme étant par essence l’organisation de la frustration. « L’idée me vint peu à peu que tous ces gens – hommes ou femmes – n’étaient pas le moins du monde dérangés ; ils manquaient simplement d’amour. Leurs gestes, leurs attitudes, leurs mimiques trahissaient une soif déchirante de contacts physiques et de caresses ; mais, naturellement, cela n’était pas possible. Alors ils gémissaient, ils poussaient des cris, ils se déchiraient avec leurs ongles », écrivait déjà Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte. Tandis que le fondateur d’AVfM s’affiche régulièrement dans des conférences organisées par les mouvements libertariens, dont se réclament nombre des membres de cette manosphère, les conseillers en séduction monnaient – à prix fort – une promesse alléchante : nous rendre performants sur le marché impitoyable du désir. [/access]

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*Photo: Soleil

Vivre-ensemble sur Seine

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Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine

Une plage pour les juifs, une plage pour les arabes (et les gauchistes) – avec entre les deux des dizaines de gendarmes et des check-points que franchissent seulement les journalistes, venus en masse : voilà à quoi ressemble cet été le « vivre-ensemble » à Paris. Kippas et mini-jupes d’un côté, keffieh et quasi-burqas de l’autre. Autant le dire d’emblée : à en juger par la longueur des files d’attente aux contrôles de sécurité, Gaza fait plus recette que Tel Aviv…

Tel Aviv sur Seine checkpoint

En important le conflit israélo-palestinien dans le décor de carton-pâte que d’aucuns appellent « plage », Anne Hidalgo aura célébré avec éclat l’alliance du festif et du sécuritaire. Le plus comique, dans cette consternante affaire, est que les opposants à son initiative aient réussi à recréer sur les bords de Seine les traits les plus visibles de l’ordre qu’ils affirment dénoncer – là-bas aussi, chaque peuple a ses plages, même si aucune loi n’organise cette séparation, et là-bas aussi, on s’affronte sans se rencontrer. Bref, ils ont réussi : on s’y croirait !

Ceux qui espéraient une ambiance détendue et festive en ont donc été pour leurs frais. Passé le stress de l’entrée, il faut marcher une centaine de mètres pour atteindre le mini dancefloor ensablé sur lequel un DJ fait danser une dizaine de femmes qui youyoutent en short. Une oreille non exercée pourrait croire que c’est de la musique arabe, mais en l’occurrence, c’est de l’hébreu. Alors qu’on piétine devant le petit stand de fallafels attenant, les danseuses agitent deux drapeaux israéliens et un drapeau français, tout sourire malgré la tension palpable aux alentours. Et c’est tout. Quant au public, il semble presque exclusivement composé de « feujs ». Un DJ et un stand de fallafels : voilà pour le côté israélien.

Tel Aviv sur Seine danse

Tel Aviv sur Seine fallafels

Ensuite, nada, plus rien à voir. Du moins, jusqu’au barrage de gendarmes mobiles installé sous le pont Notre-Dame. Et pour cause : au-delà, c’est « Gaza plage », la manif improvisée par quelques associations dans la foulée des déclarations indignées du Parti de Gauche et d’EELV. Pour y accéder, on traverse le cordon de flics, et on aperçoit très vite les drapeaux palestiniens accrochés tout le long des rambardes. Curieusement, on ne peut pas franchir le passage dans l’autre sens (Gaza-Tel Aviv…).

Entourés d’une foule nettement plus compacte, les militants d’Europalestine et de BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), en tee-shirts verts, se sont approprié l’espace pour y installer des stands. Au menu : tracts, keffiehs, épices… En slalomant au milieu de la foule, on croise une jeune femme intégralement voilée à l’exception du visage, ostensiblement fermé. Mais le drapeau palestinien qu’elle tient à la main ressemble à un mouchoir de poche comparé à celui – géant – qu’un jeune homme est en train d’accrocher au mur qui longe le quai. Côté déco toujours, des photos d’enfants mutilés et de destructions attribuées à qui vous savez. Ici, le mal n’a qu’un nom.

Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine voilée

« Nous, on ne veut pas de Tel Aviv, on n’aime pas Tel Aviv », explique un grand gaillard énervé à une petite dame qui s’est visiblement égarée de ce côté, mais ne se démonte pas. « Avez-vous lu cela ?», s’énerve-t-elle en brandissant Hippocrate aux enfers, livre sur les atrocités médicales nazies. C’est l’une des rares rencontres entre les deux « plages ». Immédiatement, une nuée de caméras les encercle. Sur de grandes banderoles, on retrouve les slogans habituels : « Boycott Israël, Etat criminel », « Laissez passer les bateaux », « Israël apartheid »… Et quelques adaptations de circonstance : « Hidalgo célèbre l’occupation israélienne », « Non à la collaboration avec l’Etat israélien », « Hidalgo sponsor de la colonisation »…

Tel Aviv sur Seine

Tel Aviv sur Seine Hidalgo

L’ennui, c’est qu’il est impossible de revenir dans la petite « bande » de Tel Aviv plage. Parce que dans ce sens-là, donc, les forces de l’ordre ne laissent passer personne, même avec une carte de presse. Gaza plage représenterait-elle une menace plus importante pour Tel Aviv plage que l’inverse ? On marchera donc un kilomètre de plus, jusqu’au Pont-Neuf (sans compter un saut de puce en bus), pour revenir à notre point de départ. Pourtant, la longueur de la « plage » parisienne est ridicule…

Sur ce petit bout de l’hypercentre de Paris, de la taille d’un confetti, tout a été fait pour empêcher le moindre contact entre une population et une autre. Mission accomplie pour la mairie de Paris en cette journée ensoleillée, jusqu’à l’averse qui a sans doute participé, en fin d’après-midi, à ce que chacun rentre « chez soi » sans croiser son voisin. Pas grave, après tout, il y a une fête pour ça aussi.

*Photos : Pascal Bories

Tel Aviv sur Seine: ça barde au Front de gauche!

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tel aviv front gauche

tel aviv front gauche

La danse du scalp menée par la gauche de la gauche à propos de Tel Aviv sur Seine occupe l’espace médiatique au beau milieu de la pause estivale. Les ténors de la politique étant au vert ou au bord de la grande bleue, d’autres font l’actualité et comptent bien en profiter pour se faire une notoriété. Encore une fois, la cause palestinienne n’est malheureusement qu’un prétexte.

Il n’aura échappé à personne que la bronca contre Tel Aviv sur Seine a été lancée par Danielle Simonnet, une élue municipale parisienne du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. L’occasion de se payer la maire de Paris, Anne Hidalgo, et de tenter de mettre le PS dans l’embarras, semblait trop belle. En critiquant le choix de Tel Aviv comme partenaire de Paris plage, il était facile de fédérer autour d’elle tout le gratin du pire idéologique, une drôle d’alliance allant du très rouge au très brun, en passant par le BDS (Boycott, Divestment, Sanctions), l’Association France Palestine Solidarité et j’en passe.

Bref, un grand classique de l’antisionisme, avec comme corollaire bien connu, tous les débordements antisémites, classiques, sur les « réseaux sociaux » contre lesquels Madame Simonnet n’a pas encore protesté avec cette fermeté de ton qui la caractérise tant. En revanche, elle prend date auprès de ses futurs électeurs. Songeons que les élections régionales approchent (dans quatre mois) et le PS vivra probablement des heures très douloureuses. Il ne sera pas le seul : il est probable que la gauche dans son ensemble verra sa voilure largement réduite. Dans ce contexte de débâcle annoncée, les places en positions éligibles s’annoncent rares,  et tous les coups – surtout les plus bas – sont permis. Certains tentent donc de  se placer, cherchent à se faire remarquer par les médias et l’électorat en débordant « les têtes de liste » sur leur gauche. Et critiquer Israël peut sembler une martingale gagnante à ces esprits simples.

Ainsi, depuis le début de «l’affaire Tel Aviv sur Seine», les ultras du PG semblent occuper l’espace médiatique. En l’absence de prise de parole de Mélenchon sur le sujet, Eric Coquerel le coordinateur du Parti de Gauche, n’est monté au front que très tardivement… pour presque contrecarrer les propos de boutefeu de Madame Simonnet ! Ce matin, sur France Info, il a proposé que l’événement soit transformé en journée fédérant artistes palestiniens et israéliens oeuvrant pour la paix. Comme par hasard, une fois ce sujet épuisé, le journaliste  qui l’interrogeait est passé une question sur… les élections régionales.

Au Parti communiste, allié du PG au sein du Front de Gauche, la situation n’est pas plus claire. D’abord parce que la signature de l’alliance avec les (maigres) troupes de Mélenchon ne faisait pas l’unanimité, loin s’en faut. Dans certains cas, ces réticences  ont viré à la franche hostilité contre Mélenchon, sentiment qu’on exprime de plus en plus ouvertement place du Colonel-Fabien. Sur le terrain, les relations avec les camarades du PG s’en ressentent et divisent dans les sections déjà clairsemées du PC. Pour des raisons de micro-tactique, il arrive que des responsables locaux assument des prises de position de camarades un peu agités et aux courtes vues. Or, ces « débordements » toujours sur leur gauche, vont presque toujours avec une contestation de la politique d’union de listes pour les élections aux municipalités restées aux mains de la gauche, généralement dirigées par un maire PS. Quand l’occasion de mettre dans l’embarras un maire PS se présente, on ne se gêne pas !

À la gauche de la gauche, la surenchère anti-israélienne et antisioniste doit en outre avoir pour effet d’amener à eux de « nouveaux électeurs », entendez par là ceux des cités qui se décideraient à aller aux urnes. Marqués à la culotte par le NPA, le PC et le PG sont au coude à coude dans la course à ces voix.

Nous en sommes là. Tel-Aviv sur Seine a bien eu lieu. Le Parti de Gauche, par la voix d’Eric Coquerel (mais où diable est donc Mélenchon ?), vient de siffler la fin de la récréation dans les rangs. « On n’appelle pas à se mobiliser pour une simple raison, c’est qu’on a vu sur les réseaux sociaux depuis des jours – y compris venant d’une certaine extrême droite sioniste – des appels à provocation extrêmement violents », a développé Eric Coquerel sur Europe 1. « Il y a plein de gens qui rêvent que ça se passe mal et nous, nous n’avons pas les moyens militants d’éviter les provocations de ce type », a-t-il poursuivi, espérant que « tout va se passer dans le calme », même s' »il y a des gens qui ont envie de faire monter la sauce ».  Une manière bien  « Parti de Gauche » de taper sur les doigts de l’agitée du fond de la classe, la « non nommée » dans les interventions d’Eric Coquerel, une certaine… Danielle Simonnet!

*Photo: Sipa. Reportage n°AP21778399_000016.

John Kerry, l’écouteur écouté

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John Kerry tombe de haut. Il a appris que ses camarades chinois et russes lisaient ses emails. Cette déloyauté patente l’a mis dans tous ses états. Mardi, il a donc prévenu que la question du piratage informatique serait abordée par Barack Obama qui recevra en septembre son homologue chinois Xi Jinping.

Dans un entretien sur la chaîne américaine CBS, questionné sur la possibilité qu’il soit espionné par la Chine et la Russie, le secrétaire d’Etat a répondu :  » C’est très probable (…) et nous savons qu’ils ont attaqué un certain nombre d’intérêts américains au cours des derniers jours ». La Chine et la Russie, au mépris de toutes les conventions internationales se permettraient donc d’espionner les Américains ? Au sujet de l’espionnage de ses mails, Kerry a ajouté : « C’est très possible (…) et j’écris bien entendu des choses en ayant cela à l’esprit ».

Choqué par l’ampleur que prend l’espionnage mondial, John Kerry a tenu à dénoncer ces dérives : « Nous vivons malheureusement dans un monde où un certain nombre de pays, y compris les Chinois et les Russes, ont constamment été impliqués dans des attaques contre des intérêts américains, contre le gouvernement américain ».

Face à cet intolérable comportement, il a tenu à rappeler que les Etats-Unis avaient « récemment soulevé cette question, de manière très, très ferme, dans [leur] dialogue avec les Chinois ». Il est donc normal que lors de la prochaine visite d’Etat à la Maison Blanche de Xi Jinping, la question de l’espionnage soit « au programme des discussions ».

Plein d’innocence, John Kerry s’est alarmé d’un « cybermonde très compliqué et évoluant très rapidement », se gardant bien d’expliquer pour quelles obscures raisons l’espionnage avait atteint un tel degré de sophistication. Le secrétaire d’Etat, plein de bonne volonté, a plaidé la cause de son pays, acculé par les offensives multiples à son encontre et forcé de développer de coûteuses stratégies de protection : « Des entreprises dépensent des milliards de dollars pour se protéger. Le gouvernement des Etats-Unis fait la même chose (…) Nous essayons de créer un code de bonne conduite ». Il a pourtant été forcé de déplorer qu’à « l’heure actuelle, c’est plutôt le Far West ».

Il est rassurant d’apprendre qu’un pays aussi droit que les Etats-Unis mette la main à la pâte pour enfin régler le problème de l’espionnage international. Grâce à lui, on n’écoutera plus les conversations des présidents français ou les échanges téléphoniques de Madame Merkel. Que ferions-nous sans les Etats-Unis pour nous protéger?

Sportive cherche sexe féminin

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dutee chand athletisme sexes

dutee chand athletisme sexes

La grande coureuse indienne Dutee Chand a gagné le 27 juillet, après un recours auprès de la plus haute instance du sport, le droit de participer aux courses féminines. Une femme qui prend part aux compétitions de femmes, ce n’était pas si étonnant il y a quelques années. Maintenant, ça devient sujet à débat.

Après un contrôle antidopage lors des Jeux du Commonwealth en juillet 2014, la sprinteuse de 18 ans a été accusée d’«hyperandrogénie». C’est-à-dire que son corps présentait un «excès d’androgènes», hormones généralement masculines, qui favorisent notamment le développement des cellules musculaires. La jeune sportive a été suspendue de sa fédération et  interdite de compétition.  Elle a fait appel de cette décision auprès du tribunal arbitral du sport  qui lui a finalement redonné le droit, après un an d’attente, de courir avec les filles.

Tout l’enjeu se concentrait  sur cette question : les femmes XY dites « intersexuées », telles que Dutee Chand, peuvent-elles concourir avec des femmes XX ?

Dutee Chand est née avec des avantages physiques non négligeables pour une sportive, comme ne manque pas de le dénoncer la marathonienne Paula Radcliffe : « Son corps répond différemment, plus fortement à l’entraînement et à la course qu’une femme avec un taux normal de testostérone. » Mais peut-on légitimement reprocher à Dutee Chand son patrimoine génétique ? Une top-modèle reproche-t-elle à sa concurrente d’avoir des gènes plus favorables à la beauté ? Un joueur d’échecs reproche-t-il à son adversaire d’avoir un cerveau plus performant ?

Les fédérations sportives ont aussi tendance à penser que les sportives XY tirent un avantage indu de cette différence chromosomique, comme le prouvent la suspension de Dutee Chand ou de la coureuse sud-africaine Caster Semenya en 2009. Difficile à entendre pour ces athlètes qui n’ont pas choisi leur différence. Contrairement à d’autres sportives européennes, leur état est naturel. Elles n’ont fait appel ni aux opérations chirurgicales, ni aux traitements hormonaux.

Dutee Chand « n’a pas triché sur son genre », commente un journaliste de Libé. Mais ça n’a rien à voir avec le genre. On nous bassine suffisamment avec pour savoir ce que cela signifie : une tendance à un comportement féminin ou masculin, ou un peu de tout, ou l’un après l’autre, jusqu’aux six identités de genre proposées par les Universités de Californie à leurs étudiants. Rien à voir avec le schmilblick chromosomique ! En fait, c’est le genre qui est venu semer la confusion dans la distinction des sexes. À force de chercher les « tendances » de chacun, on en oublie l’essentiel, quitte à priver une femme du droit de faire partie d’une catégorie féminine.

Le verdict du tribunal arbitral du sport est à l’image de cette confusion générale. S’il affirme clairement que l’hyperandrogie n’est pas un motif de suspension des joueuses, il devient plus nébuleux quand il s’agit d’aborder la question éthique : « Le sexe des êtres humains ne peut être défini de façon binaire », insiste l’instance, car « la nature n’est pas ordonnée de façon stricte et le sexe n’est pas déterminé par un seul élément». Malgré tout, « comme il y a une distinction dans le sport entre les catégories féminines et masculines, la fédération doit trouver un socle qui permette la distinction entre les athlètes féminins et masculins ».

Et le socle qui permet la distinction entre les athlètes féminins et masculins, c’est le sexe. Bien obligé de ranger les femmes et les hommes dans des cases différentes, avec des critères ancestraux, sous peine de discriminer les femmes par rapport aux hommes en fonction de leur degré de féminité.

*Photo: Sipa. N° de reportage: AP21655890_000002.

Tel Aviv sur Seine: Sous les tollés, la plage

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tel aviv paris plage

tel aviv paris plage

À chaque mois d’été sa polémique. Jean-Paul Brighelli montrait, dans un article récent, de quelle manière la venue en juillet de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, avait bouleversé la petite commune de Vallauris Golfe-Juan, près de Cannes, faisant tourner la tête des commerçants de la région et des édiles locaux. Ceux-ci s’empressèrent de dérouler le tapis rouge pour le souverain et sa suite, en privatisant temporairement la plage publique située devant la villa royale et en autorisant l’installation temporaire d’un ascenseur permettant à Son Auguste Surcharge Pondérale d’accéder à SA plage avec plus de commodité. L’affaire prit cependant une tournure plus embarrassante quand Salmane d’Arabie se déclara indisposé par la présence d’une femme dans la Compagnie Républicaine de Sécurité affectée à sa protection. Alors que la France se remettait à peine de la terrible affaire des maillots de bain de Reims, les protestations s’élevèrent, provoquant finalement le départ du roi et de sa suite vers une destination plus accueillante, ne laissant pour seul souvenir aux Vallauriens qu’une dalle de béton coulée sur la plage, en indélébile hommage à l’obséquiosité empressée de ses hôtes.

Par un juste retour des choses, la polémique s’est déplacée en août du bord de mer aux bords de Seine, de la Côte d’Azur à Paris Plage. Chaque été depuis 2002, la rive droite de la Seine est envahie par les parasols, les palmiers en pot et le sable déversé par bennes entières sur le pavé pour offrir aux parisiens n’ayant pas la chance de pouvoir se rendre à Cannes ou au Touquet entre la mi-juillet et la mi-août un ersatz de villégiature balnéaire. Comme le dit un ami du sud de la France : « Paris Plage c’est pareil que Saint-Tropez, en été les deux sont réservés aux parisiens. » La canicule de 2003 contribua fortement à assurer le succès de ce que Philippe Muray qualifiait de « burlesque opération d’intoxication néo-balnéaire » et l’événement attire chaque année à Paris quelques millions de visiteurs venus profiter du bassin flottant, de cours de danse, de soirées DJ, de cours de fitness ou d’initiations au Segway, cette espèce de pupitre motorisé sur laquelle même Dean Martin aurait l’air ridicule. La manifestation s’est enrichie d’année en année de nouvelles animations thématiques : le Brésil – pays festif par excellence – fut à l’honneur, en 2006, tandis qu’un pique-nique géant était organisé de la place de l’Hôtel de Ville au centre Georges Pompidou en 2008. Même Mickey fut de la fête et vint inaugurer en personne une réplique en sable géante du château de Disneyland Paris en 2011. Pour marquer de son empreinte le sable de Paris Plage, Anne Hidalgo, nouvellement élue maire de Paris, décida donc que se tiendrait cette année une journée « Tel-Aviv-sur-Seine ». Si on y réfléchit bien, l’idée n’est pas si mauvaise tant la correspondance semble évidente entre la manifestation, devenue avec la Gay Pride ou la Techno Parade l’un des emblèmes du festivisme parisien, et le microcosme balnéaire et festif de Tel-Aviv, décrit avec une certaine justesse en 2006 par Eytan Fox dans le film The Bubble, au titre évocateur.

Le contexte international s’est révélé cependant assez défavorable à l’initiative, peu de temps après l’assassinat d’une famille, dont un nourrisson, au cocktail Molotov par des ultra-orthodoxes juifs en Cisjordanie, le 31 juillet dernier. Si la venue du roi d’Arabie Saoudite et ses histoires de plage privatisée et bétonnée ont modérément fait bruisser internet, l’annonce de l’organisation de « Tel-Aviv-sur-Seine » a en revanche électrisé la toile et a englouti les palmiers et les parasols de Paris-plage sous un déchaînement de protestations. Parmi celles-ci on a pu remarquer tout particulièrement celle de Danielle Simonnet, conseillère de Paris et secrétaire nationale du Parti de Gauche, qui a saisi immédiatement l’occasion de capitaliser sur l’émotion et l’indignation suscitée par la conjonction des événements.

Les rôles s’étant une fois de plus bien distribués, il paraît difficile de trancher l’affaire. La mairie de Paris défend la cause du festivisme pour tous, de Paris plage à Tel Aviv. «Nous voulions une initiative festive avec des animations ludiques, gratuites, des concerts, des food-trucks et autres», a rappelé Bruno Julliard sur Europe 1. L’opinion publique virtuelle et les réseaux sociaux réagissent quant à eux de manière quasiment pavlovienne et chargent tête baissée dès que l’on mentionne les mots « Israël » ou n’importe quel terme associé au champ lexical du conflit israélo-palestinien. Le Front de Gauche, par la voix de Danielle Simonnet, fait son boulot d’agitateur de tendances en agitant tout ce qu’il peut à la tribune de l’indignation médiatique. Pour réconcilier tout le monde, il y existe cependant une solution : il suffit de remettre à plus tard la journée telavivienne et d’organiser à la place une journée en l’honneur de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, nouvel invité d’honneur de Paris Plage. Cela représenterait un élégant geste d’excuse vis-à-vis du malheureux souverain saoudien si injustement traité par la municipalité de Vallauris, au point de devoir écourter ses vacances. Ce serait l’occasion de tenter une expérience innovante en créant une microrépublique islamique ludico-festive sur les bords de Seine et cela résoudrait beaucoup de problèmes en France : la tweetosphère indignée, le NPA et le Front de gauche seraient ainsi satisfaits qu’on ne parle plus de Tel-Aviv.

On répondrait aussi définitivement à la question du financement de Paris plage en privatisant tout le périmètre de la manifestation, de l’hôtel de ville au centre Pompidou, sans oublier le bassin de la Villette. On éviterait les nuisances sonores et l’abus de tenues vestimentaires indécentes en faisant interdire les DJs et toute forme de production musicale dans le secteur concerné, tandis que le seul vêtement de bain autorisé autour du bassin flottant serait le burkini. Les risques de débordements seraient aussi considérablement réduits grâce à l’interdiction absolue de l’alcool et l’on pourrait par ailleurs faciliter la compréhension de l’islam saoudien en organisant des randonnées-découvertes de Paris emmenées par des prêcheurs salafistes montés sur Segway, tandis que des ateliers décapitations et des soirées « Charia pour tous » mettraient une ambiance du tonnerre de 16h à 19h.

On rouvrirait aussi les rives de la Seine à la circulation automobile pour organiser un défilé en continu de belles bagnoles face à la foule en liesse des plagistes et puisque Salmane a l’air de s’y connaître un peu en ascenseurs, il pourrait en profiter pour installer un nouveau funiculaire flambant neuf et plaqué or à Montmartre. Pour finir, on pourrait proposer au pétromonarque de faire couler une belle dalle de béton place de l’Hôtel de Ville sur laquelle les commerçants parisiens éperdus de gratitude et rendus tous millionnaires viendraient déposer des gerbes de fleur et des montres plaqué or. Voilà. Problème réglé, la République islamique de Paris plage est née.

Sinon à part ça, il se passe quoi dans le monde?

Julien Coupat, terroriste malgré lui?

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tarnac julien coupat terrorisme

tarnac julien coupat terrorisme

Une décision de justice du 7 août a enfin requalifié les actes perpétrés il y a trois ans par le révolutionnaire Julien Coupat. D’« entreprise terroriste », le sabotage du train est devenu le fruit d’une « association de malfaiteurs ». Après sept ans d’une procédure largement critiquée pour son iniquité, la presse se réjouit unanimement du camouflet imposé au pouvoir. En gagnant sa lutte contre l’Etat, M. Coupat, lui, a enfin obtenu qu’on lui enlève l’étiquette sulfureuse de « terroriste ». Pourtant, à la vue des actions présumées et de la pensée du philosophe, il est étonnant de le voir aujourd’hui si heureux d’en être débarrassé.

Depuis son arrestation par la police anti-terroriste il y a sept ans, Julien Coupat symbolisait la lutte contre un Etat liberticide mais aussi les espoirs de révolution d’une gauche farouchement anticapitaliste ralliant bon nombre de jeunes intellectuels. L’accusation de terrorisme à l’encontre d’un groupe dont M. Coupat était le représentant le plus âgé et le plus connu avait donc provoqué l’ire d’une grande partie de la presse.

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, en Seine-et-Marne, les rails d’un train sautent, sans provoquer d’autre dommage que 550 000 euros de dégâts matériels. Présent à proximité des rails au moment de l’incident, Julien Coupat, connu jusqu’à ce jour pour quelques écrits universitaires, devient, selon Michèle Alliot-Marie, le parangon d’une « ultragauche »anarcho-autonome. Selon le juge Thierry Fragnoli, il est même le chef d’une « structure à vocation terroriste ». Pris très au sérieux, M. Coupat gagne alors le droit d’être traité en ennemi crédible par l’Etat.

Au fil de la constitution du dossier juridique concernant le philosophe et ses potentiels complices, on apprend que le « terroriste » et ses amis étaient déjà suivis par les Renseignements Généraux plusieurs mois avant les faits leur étant reprochés. Vivant depuis 2005 à Tarnac, où ils avaient repris une épicerie, M. Coupat et ses camarades étaient espionnés et étudiés sous toutes les coutures par la DCRI. Cette défiance à l’égard d’une bande d’épiciers ne semblait pourtant justifiée que par les soupçons qui pesaient sur eux d’avoir coécrit un livre : L’Insurrection qui vient.

Philosophe mystérieux, fils d’un improbable mariage entre Guy Debord et Michel  Foucault, Julien Coupat peut être facilement rapproché d’un groupe : le « Comité Invisible », réunion  des auteurs anonymes de plusieurs livres parus aux éditions la Fabrique. Le premier est donc L’insurrection qui vient, texte poétique et lyrique de 2007 au titre très évocateur. Le second se nomme A Nos Amis est paru en 2014. Dans ces essais, le Comité démonte pièce par pièce la société actuelle et fait des réseaux la clé de la déréalisation du monde contemporain. Dans chacun des deux textes, on nous explique que le sabotage est l’action révolutionnaire par excellence puisque les infrastructures sont aujourd’hui la manifestation et l’incarnation matérielles du pouvoir. A cette lecture, Nicolas Sarkozy, pris de peur, dut s’imaginer que M. Coupat était un homme dangereux et capable d’amener la France à se soulever.

D’ailleurs M. Coupat, autrefois, ne cachait pas ses velléités révolutionnaires. Un texte plus ancien, La théorie du Bloom, publié aux mêmes éditions et signée Tiqqun (une revue cofondée par Coupat à la fin des années 90) contient une description pseudo-prophétique du fameux Comité Invisible : « Conjuration anonyme qui, de sabotages en soulèvements, finit par liquider la domination marchande dans le premier quart du XXIe siècle ». Vaste programme à même de mettre des étoiles dans les yeux des nouveaux révolutionnaires. Une autre phrase énigmatique suit de près cette description : « Les spectateurs se figent quand le train passe. »

Or le 8 novembre 2008, le train n’est pas passé. Sans preuve tangible, sur la seule foi des quelques mots écrits par M. Coupat, la justice se permet de bâcler le dossier (sur ce sujet, mes confrères en ont déjà dit suffisamment). L’occasion est trop belle de faire de ce jeune épicier un exemple. Nicolas Sarkozy, héraut de la sécurité,  missionne Michèle Alliot-Marie, son ministre de l’Intérieur, pour être la plus sévère possible. Et au lieu de mettre à Coupat la bonne fessée qu’il mérite pour avoir fait joujou avec des rails, MAM en fait un dangereux terroriste.

Dépassé par l’ampleur des évènements, M. Coupat se liquéfie. L’homme à la prose révolutionnaire nie les faits, critique la procédure de justice et fait tout pour refuser la qualification qu’on lui accole. Dans sa lutte avec la justice, Il n’a de cesse de mettre en avant le ridicule de l’affaire. Il nie notamment être l’auteur de L’Insurrection qui vient mais déclare l’avoir lu et en partager les idées. Il tient tout de même à prouver son incapacité de nuire, en rappelant à Léa Salamé sur France Inter le 12 mai, que « ce livre est en vente à la Fnac ». Pour se dédouaner, M. Coupat discrédite une œuvre qui nourrit chez beaucoup de ses lecteurs des rêves révolutionnaires. Lui qui nous promettait des sabotages et des soulèvements se rétracte très vite. Il ne veut surtout pas être pris pour un terroriste, pour une personne voulant infliger des dommages à l’Etat.

Heureusement pour lui, l’Etat le croit sur parole. Les juges Jeanne Duyé et Christophe Teissier, en charge de l’instruction du dossier, ont en effet pris la décision suivante : « Si, à l’évidence, les actions (…) ont été commises dans le dessein patent de désorganiser le fonctionnement d’un rouage considéré comme étatique, la SNCF (…), en revanche, il convient de considérer qu’au-delà du préjudice évident occasionné, ces actions ne peuvent être considérées, malgré la rhétorique guerrière employée, comme étant des actions ayant intimidé ou terrorisé. »

Malgré le fait que M. Coupat ait des idées révolutionnaires et donc potentiellement propices à ce que l’on appelle le terrorisme dans notre beau pays, il n’a pas terrorisé la population. Qui oserait prétendre le contraire puisqu’en l’espace de sept ans, lui et ses camarades épiciers n’ont pas réussi à produire autre chose qu’une hypothétique attaque de train ? Si bien qu’alors que le siège reste convaincu que le philosophe est à l’origine du sabotage, il a été forcé de requalifier l’affaire. Cela, avant tout, pour préserver le crédit de la police et de la justice française qui se sont couverts de ridicule en multipliant les procédures illégales et en persistant à vouloir faire un terroriste de celui que Mediapart décrit si bien comme « un garçon de bonne famille ».

Dans cette affaire, on a beaucoup critiqué la manière dont a été traité M. Coupat par la police et la justice. Il est vrai que l’on a su, de manière exemplaire, conjuguer le zèle le plus inquiétant et l’incompétence la plus crasse. Mais ce qu’il y a de fascinant, c’est la manière dont M. Coupat et ses défenseurs n’ont cessé de clamer qu’il n’avait jamais eu l’intention de nuire. Pourtant, qualifier les faits poursuivis comme ayant été « en lien avec une entreprise terroriste » était juridiquement possible. C’est une circonstance aggravante qui a non seulement des conséquences sur les peines encourues, mais également sur les procédures utilisées. La gravité de l’infraction n’entre pas en ligne de compte. Nul  besoin d’attenter à la vie humaine pour être terroriste. Mais si l’on peut rattacher un acte délictueux à la mise en œuvre d’un corpus d’idées politiques antiétatiques, on peut considérer que l’on se trouve face à une « entreprise terroriste ». Or qu’il le veuille ou non, M. Coupat, en disant à Léa Salamé que faire la révolution « serait la moindre des choses », se déclare ennemi du pouvoir. Qu’un Etat se montre particulièrement violent quand il affronte ses rares ennemis, il faut s’y attendre. Ce qui est plus inattendu, c’est l’empressement du philosophe à rappeler sa parfaite innocuité en déclarant  se voir « comme un bibliothécaire ».

En son temps, Mao Zedong, révolutionnaire ne craignant pas d’être appelé terroriste puisqu’il l’était, déclarait ceci : « Si l’ennemi nous attaque, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c’est bien, car cela prouve non seulement que nous avons établi une ligne de démarcation nette entre l’ennemi et nous, mais encore que nous avons remporté des succès remarquables dans notre travail. »

Force est de constater que M. Coupat n’a guère remporté de succès dans son travail. Et ses appels lyriques à la révolte font plutôt de lui un poète de plus qu’un véritable révolutionnaire. Après sept années de lutte acharnée avec la justice, il a enfin obtenu ce qu’il désirait : être inoffensif. « Les spectateurs se figent quand le train passe ».

*Photo: Sipa. N° de reportage: 00606265_000001.

Ukraine : Censure contre Propagande

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L’Ukraine sort une nouvelle arme de guerre face aux séparatistes pro-russes : la désinformation. Le comité d’Etat pour la télévision et la radio ukrainienne, une forme de comité de censure, a publié il y a deux jours sur son site une liste de 38 livres russes interdits à la publication et à l’importation. « Ces mesures s’imposent  par la nécessité de lutter contre les méthodes de guerre d’information et de désinformation, de dissémination de haine , de l’idéologie fasciste, xénophobe et séparatiste promue par la fédération de Russie contre l’Ukraine. », se justifie le CSA ukrainien.

Parmi les livres interdits, des séparatistes bien connus tels que Théodore Berezin, membre du gouvernement de la République Populaire du Donetsk. Mais aussi l’écrivain national-bolchévique Edouard Limonov, pour son livre Kiev Kaput! L’ouvrage, comme son titre l’indique, n’était certes pas fait pour plaire au gouvernement de Kiev.

En haut de la page de l’inventaire des condamnés,  on peut admirer une main noire et un panneau rouge : STOP PROPAGANDA ! Désinformation ukrainienne contre propagande pro-russe ?  La guerre continue!

Brigitte Lahaie: «Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull»

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Brigitte Lahaie féminisme

Brigitte Lahaie féminisme

Causeur. Brigitte Lahaie, en tant qu’ancienne actrice X et animatrice de votre propre émission sur RMC, dans laquelle vous répondez aux questions des auditeurs sur « l’amour, la sexualité, la fidélité et le plaisir », vous sentez-vous féministe ?

Brigitte Lahaie. J’ai beaucoup œuvré pour que les femmes soient libres de leur corps, de leur jouissance. Mais au début des années 1980, dans ma carrière X, j’étais très mal jugée par les féministes parce que j’étais une sorte d’objet sexuel pour les hommes. Dans une conférence à laquelle on m’avait invitée, à Lyon, je me suis fait siffler. Par la suite, j’ai sympathisé avec certaines d’entre elles, mais on n’était absolument pas d’accord sur de très nombreux points.

Encore aujourd’hui, des groupes comme Osez le féminisme ! voient d’un assez mauvais œil la pornographie, sans même parler de la prostitution…

Ah, Osez le féminisme !… Oui, pour elles, si je me prostitue ou si je suis actrice X, c’est forcément que je suis une victime. Je ne peux pas être libre et responsable de m’envoyer en l’air, ou avoir envie de toucher du fric avec mon sexe. C’est impossible pour elles ![access capability= »lire_inedits »]

Elles considèrent que prostitution et pornographie oppriment la femme en faisant primer le désir de l’homme sur le sien…

Elles ne comprennent pas la pulsion sexuelle masculine, cette chose qui se manifeste entre les jambes d’un homme dès l’âge de 12-13 ans… On ne fonctionne pas tout à fait pareil. Et à vouloir que les hommes deviennent des femmes, on va à la cata ! Moi, je les entends, les mecs qui n’ont pas baisé depuis un an, deux ans, et qui me demandent presque la permission d’aller voir ailleurs, timidement. Non mais qu’est-ce que ça veut dire ? Elles épousent un homme parce qu’il a un bon profil pour être le père de leurs enfants, et ensuite ceinture ? Je veux bien qu’on abolisse la prostitution, mais alors qu’on demande aux épouses d’accomplir le devoir conjugal.

Il y a heureusement des féministes moins puritaines, comme Ovidie, actrice et réalisatrice X trentenaire…

Bien sûr, mais quand Ovidie dit que se faire siffler dans la rue est une forme de harcèlement, je ne comprends pas. Affirmer que « 100 % des femmes ont été harcelées », c’est très grave ! J’en parlais avec une amie et sa fille, qui a 14 ans. Elle nous a demandé : « Alors on va forcément être harcelées ? » En entendant ça, les gamines s’imaginent qu’elles vont être des victimes. Personnellement, si j’ai cette position pro-hommes et antiféministe, c’est parce que j’ai au contraire rencontré des hommes extraordinaires, à qui je dois beaucoup.

A priori, les féministes n’ont pourtant pas pour objectif revendiqué de traumatiser les fillettes. Qu’est-ce qui cloche, selon vous ?

Elles tiennent exactement le même discours que les machos du début du xxe siècle. Par exemple : si une femme, parce qu’elle a bu, fait l’amour un soir avec un homme alors qu’elle n’en avait pas envie, elle pourra ensuite porter plainte pour viol. Ce qui signifie qu’une femme un petit peu soûle n’aurait plus son libre arbitre, il faudrait que ce soit l’homme qui décide à sa place. On marche sur la tête ! Et le pire, c’est qu’elle a toutes les chances que le mec soit condamné.

En contestant le discours victimaire en vigueur sur la question, vous ne craignez pas d’être épinglée par les Chiennes de garde et leurs amies ?

Accuser l’homme d’être trop bestial aujourd’hui, en France, est totalement absurde. Le féminisme a encore sa raison d’être à l’échelle mondiale. En France, il n’en a plus aucune, et il fait plus de tort aux femmes que de bien. Par exemple, beaucoup de féministes militent contre la pilule et les traitements hormonaux substitutifs. Sous prétexte que ces produits artificiels auraient des effets secondaires négatifs – ce qui n’est absolument pas prouvé –, elles veulent remettre les femmes dans la situation qui était la leur au siècle dernier. Mais certaines sont pour les mères porteuses. C’est invraisemblable !

Actuellement, il semble extrêmement difficile de s’opposer aux discours féministes, sur lesquels s’appuie le gouvernement pour légiférer.

Moi, j’ai une tribune médiatique. Je peux prendre la défense des clients de prostituées, par exemple… Mais ce qui est dramatique, c’est que plus aucun homme ne peut se permettre de dire ce que je dis sans être immédiatement traité de machiste. Najat Vallaud-Belkacem me fait penser à un pitbull, et les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça.

Cette remarque me fait penser au nouveau principe indiscutable de parité en politique. Comme si les femmes étaient, par nature, trop nulles pour s’imposer sans qu’on leur réserve la moitié des sièges…

Je trouve ces questions de parité stupides. À ce train-là, on va bientôt inventer la parité catholiques-musulmans… Je rappelle souvent que ce sont des hommes qui ont inventé la pilule et trouvé le point G. Et les femmes sont capables d’atteindre les plus hautes sphères : Ségolène Royal est arrivée au second tour de la présidentielle. Simplement, il y a moins de femmes qui ont envie de devenir politiques. Et elles ont raison, ce sont des métiers de fous.

À propos de travail, on nous rebat les oreilles avec les écarts de salaires entre hommes et femmes… Mais on peine de plus en plus à imaginer un patron qui paierait volontairement moins une femme qu’un homme, parce qu’il trouverait cela normal.

On prend seulement la partie émergée de l’iceberg et on en déduit quelque chose de faux. À mon entretien d’embauche pour RMC, j’ai exprimé des exigences concernant mes conditions de travail plutôt que le montant de mon salaire. Les femmes négocient leur temps libre, leur qualité de travail. Les mecs négocient en fonction de leur porte-monnaie. Forcément, à travail égal, les hommes gagnent donc plus que les femmes.

Ça tombe bien, votre livre nous apprend que trois femmes sur quatre ont pour premier critère de sélection d’un homme sa situation financière et son ambition professionnelle…

Oui, bien sûr, c’est dans nos gènes.

Attention, vous allez bientôt nous dire qu’il faudrait que les femmes restent à la maison… La presse féminine vous lyncherait pour moins que ça !

Il y a un mépris terrible pour les femmes qui décident de rester au foyer. Je suis désolée, mais si une femme a envie d’élever ses trois gosses sans bosser, j’applaudis des deux mains. Je ne vois pas où est le problème. J’ai un ami gynéco-endocrinologue qui n’en peut plus de donner des interviews aux magazines féminins, parce qu’il me dit qu’ils ne veulent pas entendre ce qu’il dit. Quant à moi, je n’ai jamais eu le moindre article dans un magazine féminin, à l’exception de Femme actuelle. Ça montre bien que je suis Satan.

Impossible, vous êtes une femme !

Alors Lilith, plus exactement ! Par ailleurs, les amazones tuaient les petits garçons à la naissance. Et dans tous les pays du monde où l’excision – cette horreur – est pratiquée, ce sont des femmes qui mutilent les petites filles, et pas leurs pères. Ça montre bien que les femmes ne sont pas meilleures que les hommes.[/access]

feminisme fourest lahaie

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*Photo : Hannah Assouline

Et vive l’Europe allemande!

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merkel grece varoufakis

merkel grece varoufakis

Qui se souvient de L’Homme de fer ? La série, diffusée sur NBC de mars 1967 à janvier 1975 (et en France à partir de 1969) mettait en scène un certain Robert Ironside (Robert Dacier en VF), un policier immobilisé dans une chaise roulante après avoir reçu une balle dans la colonne vertébrale.

Wolfgang Schäuble, l’impitoyable ministre de l’Economie allemand, est désormais pour les médias « l’homme de fer de l’Europe » — cela donne une idée de l’âge des journalistes qui utilisent la comparaison. Les connotations ne s’arrêtent pas au feuilleton, bien sûr, même si le fait que Schäuble est immobilisé dans une chaise roulante depuis un attentat qui l’a paralysé en 1990 a certainement été l’élément déclencheur de la comparaison. En arrière-plan, il y a la très vieille métaphore du « chancelier de fer », Bismarck. Il serait d’ailleurs amusant de répertorier toutes les métaphorisations politiques de l’industrie allemande de l’acier, particulièrement de l’acier utilisé à des fins militaires. Après tout une nation qui a fait depuis 1813 de la « croix de fer » sa décoration militaire la plus recherchée (voir le sublime film homonyme de Sam Peckinpah) a une relation singulière au métal des épées / fusils / canons / grosse Bertha et autres brimborions de la civilisation avancée.
Schäuble, outre une rivalité de fond avec Merkel, sans doute un peu trop Ossie pour lui (on ne parle pas assez du mépris abyssal des ex-bourgeois de RFA vis-à-vis des ex-prolos de RDA) pose en parfait Européen. Encore faut-il s’entendre sur le terme. Et savoir ce qu’il recouvre dans la conscience du redoutable ministre allemand.
Schäuble est né en octobre 1942 à Fribourg. Il venait d’avoir deux ans quand, le 27 novembre 1944, l’aviation anglaise a lancé sur la ville l’Opération Tigerfish (le vice-maréchal anglais Robert Saundby était un pêcheur fanatique, qui donna un nom de poisson à chacune des opérations d’anéantissement des villes allemandes, voir Dresde ou Hambourg, décidées par le commandant en chef Arthur « Bomber » Harris — un saint homme qui aurait été jugé pour crimes de guerre, s’il n’avait pas été du côté des vainqueurs). Ce jour-là 14 725 bombes incendiaires ont été déversées sur la ville (qui par parenthèse ne présentait aucun caractère stratégique : c’était une politique de terreur dont on sut très vite qu’elle resserrait les Allemands autour d’Hitler — mais on n’en continua pas moins : les militaires sont comme les pédagos, quand ils se trompent, ils vont de l’avant). Elles ont tué environ 3000 personnes, et réduit en cendres et poussière un joyau de l’architecture médiévale. Quand De Gaulle s’y rendit en octobre 1945 — Schäuble venait d’avoir trois ans —, il ne restait rigoureusement rien de la ville.

Je ne voudrais pas m’aventurer dans la psyché de Wolgang Schäuble, mais toute cette génération qui a vu son pays dévasté par la guerre aurait bien du mérite à développer des sentiments pro-européens sans cultiver quelque arrière-pensée revancharde. La Bundeswehr étant une force aujourd’hui essentiellement symbolique, l’action s’est située ailleurs : sur le terrain de la vertu.

À commencer par la vertu économique. L’Allemagne a plié l’Europe à ses objectifs nationaux, elle a obtenu avec l’euro une parité qui l’arrangeait diablement, juste après la réunification (un euro = deux deutschmarks, le seul pays pour lequel la transition monétaire opérait en compte rond), et elle veut manifestement imposer à toute l’Europe sa conception de l’économie. Ein Reich, ein Euro.

C’est ce que raconte Yannis Varoufakis dans une longue interview à El Pais qu’il a reproduite en anglais sur son blog. En substance, le « plan » imposé à la Grèce est destiné à faire long feu, le refus du « plan B » concocté par le ministre grec, tout bien pensé qu’il fût (c’est Jacques Sapir, qui en sait plus que moi en économie, qui le prétend sur son blog de Marianne), est la preuve par neuf qu’il ne s’agissait pas d’arriver à un accord viable de remboursement. Il fallait imposer aux Grecs des conditions aberrantes probablement dénoncées à très court terme, puisqu’elles ne sont pas viables, l’objectif n’étant pas Athènes (Athènes, combien de divisions ? aurait dit Staline) mais Madrid et Paris — entre autres. Dommage, l’Angleterre n’a pas joué le jeu de l’euro, on conquerra Londres une autre fois.

Varoufakis le dit très nettement :  » Le plan de Schäuble est d’imposer la troïka partout — et particulièrement à Paris. Paris est le gros lot. C’est la destination finale de la troïka. Le Grexit a pour objet de créer un climat de peur pour forcer Paris, Rome et Madrid à acquiescer. » Et d’expliquer que l’asphyxie programmée de la Grèce n’est qu’un coup en longueur, comme on dit au bridge : voilà ce qui vous arrivera si vous ne passez pas sous les fourches caudines de la vertu allemande. Vous aurez chez vous les experts de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du FMI. Vous allez voir : Paris sera réinstallée à Bruxelles, qui d’ailleurs sera délocalisée à Berlin.

Sans compter que l’Allemagne a tout à y gagner : ce pays à natalité faible fait payer les retraites de ses enfants du baby boom à tous les retraités européens. Bien joué. Et au passage les banques allemandes domineront à terme le système, ce qui dans une Europe qui a plus joué la financiarisaion à outrance que l’industrie — ou a fortiori la politique — n’est pas rien. Tant pis si les retraités grecs se suicident — et les autres suivront. Schäuble soigne sa cote de popularité, et Merkel, qui n’est pas tombée de la dernière pluie — elle, elle a sucé le lait de l’Allemagne de l’Est, elle sait ce que totalitarisme veut dire — va probablement utiliser la popularité de Schäuble pour se présenter à nouveau.

Tant que nous ne remettons pas l’Europe sur des rails politiques, tant que nous laissons un quarteron de banquiers et de politichiens vendus décider à notre place, nous aurons Schäuble et ses comparses à la tête de l’UE. Et avec un président français qui dit « la chancelière » sans préciser « allemande », comme s’il avait fait allégeance, en bon caniche de sa maîtresse, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Schäuble appelle la France « la Grande Nation » : c’est ainsi que les révolutionnaires appelaient la République conquérante après 1793, mais dans la bouche d’un Allemand vertueux, ça sonne avec une note de dérision évidente.

Les décisions à prendre dépassent d’ailleurs largement le seul point de vue économique. L’Allemagne nous a imposé l’entrée dans l’UE de la Pologne, qui fait partie de sa zone d’influence. Elle nous impose vis-à-vis de la Russie une politique suicidaire, simplement parce qu’elle a des liens forts avec l’Ukraine (qui a une minuscule minorité d’origine allemande), qui dans certains cas remontent à la dernière guerre, comme le prouvent chaque jour les partis ukrainiens d’extrême-droite. Nous allons tout droit vers un affrontement Chine / USA (des analystes prévoient une revendication prochaine de l’Empire du Milieu pour glisser le yuan à la place du dollar dans l’économie mondialisée que ces imbéciles ont appelée de leurs vœux, sans voir que les successeurs de Deng Xiaoping œuvraient à dominer le monde), et il faudrait une fois pour toutes se rendre compte que nous sommes géographiquement beaucoup plus proches de Moscou, qui marche en ce moment main dans la main avec Pékin, que de Washington. Il est plus que temps de renverser les alliances — même si cela devait faire beaucoup de peine à Wolfgang Schäuble. Plus que temps de penser à nouveau de façon politique, sans se soucier de vertu économique. Les pro-européens, comme dit Varoufakis, trompent tout le monde depuis un certain temps — mais ils ne tromperont pas tout le monde tout le temps.

*Photo: Sipa. Reportage n°00718556_000071.

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