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Conférence présidentielle: du flou et de l’enfumage

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Vous rappelez-vous David Hamilton ? Il photographiait des nymphettes nimbées de flou, dans les années 60-70. À son exemple nous déposions pieusement un peu de vapeur fugace sur nos objectifs pour auréoler nos photos d’un brouillard qui gommait les aspérités et les éventuelles vergetures…
François Hollande, qui a peu ou prou mon âge, a-t-il rêvé lui aussi, dans sa chambre d’adolescent, à ces créatures improbables (Hamilton prétendait qu’il les lui fallait vierges, sinon l’aura naturelle disparaissait) punaisées contre son mur ? En tout cas il est passé maître dans le flou et l’enfumage. Et quand des journalistes se la jouent à l’américaine et ne se satisfont pas de ce gommage des contours, de cette absence radicale de précision, ça l’agace — ça l’énerve même. Du coup, même en raccourcissant l’exercice, il n’évite pas l’ennui. Le nôtre, et, visiblement, le sien.

La dernière conférence de presse de Moi-Président a été une très jolie démonstration d’art hamiltonien. Des imprécisions partout, du non-dit en filigrane. Des réductions d’impôts financées par des « économies » — sur quoi ? Et pour qui — apparemment, pour ceux qui déjà ne paient pas d’impôt sur le revenu, les classes moyennes attendront la semaine des quatre jeudis… En attendant, on ne touche pas à la TVA, le plus injuste de tous les impôts — mais celui qui fait rentrer le plus de pépettes — ni à la CSG/CRDS : bricolage et racolage sont les deux mamelles de la politique hollandiste. Une réforme du code du travail mais sans toucher à l’essentiel — pourquoi diable l’engager ? Peut-être une réforme du mode de scrutin — mais ce n’est pas sûr. Quant au chômage… Le jour même paraissait un sondage qui était dans toutes les têtes (et forcément dans la sienne) qui l’éliminait du second tour des présidentielles dans tous les cas de figures. Alors, Lui-candidat ? «La baisse du chômage est « une exigence morale » — pour les réalisations pratiques, on verra plus tard. Et pour le pacte de responsabilité, dont on attend toujours les mirifiques résultats, on verra plus tard s’il faut le réviser. Gouverner, c’est lanterner.

Ah, mais quand même, on essaiera de ratifier la charte européenne sur les langues régionales. Ça, c’est présidentiel. Et on engagera la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, dont tout le monde se fiche.
Restait les questions internationales. Nos avions vont survoler la Syrie : sûr que ça dissuadera Daech de dynamiter d’autres temples à Palmyre, et de décapiter d’autres populations antagonistes. Parce qu’il n’est pas question d’aider Bachar, toujours qualifié de nœud du problème — hier encore sur i-télé par cet immense stratège qu’est Bernard-Henri Lévy, l’homme grâce à qui la Libye a été rendue à la paix et à l’harmonie : à ceci près que si Bachar saute, l’Etat islamique se fera un plaisir de massacrer deux à trois millions d’alaouites, et deux millions de chrétiens. On survole — c’est tout un symbole. On accueille 24 000 réfugiés sur deux ans (quantitativement, ce n’est rien, juste de quoi faire pousser des cris d’orfraie à une opposition pas bien droite dans ses bottes), on adhère aux quotas sans le dire, on reste fidèle à son état de marionnette de Merkel, et surtout, surtout, on n’ira pas suggérer aux monarchies arabes d’accueillir des réfugiés chassés par un Etat islamique qu’elles financent. Faudrait pas les dissuader de nous acheter de coûteux joujoux.

Et on organisera des conférences internationales — ça, on adore. Sur le climat, encore qu’il y ait « des risques d’échec ». Enfumons, il en restera toujours quelque chose — sur la photo. Sur l’Ukraine, où tout se passe bien, comme chacun sait, ce qui devrait permettre de lever les sanctions contre la Russie et à Poutine d’acheter à nouveau du cochon français, ou sur les migrants. Ça laissera à Jean Raspail (avez-vous lu Le Camp des saints ?) le temps d’avoir totalement raison. Ça me rappelle les débats sur le sexe des anges pendant que les Turcs assiégeaient Constantinople.
Et pour finir on donne rendez-vous avec un petit ton narquois : « Je vous dis à la prochaine conférence pour d’autres questions qui peuvent ressembler à celles qui ont été posées aujourd’hui. » Mais dis-moi, coco, si ça ne te plaît pas, rien ne t’empêche de démissionner — ou en tout cas de ne pas tenter de revenir en 2017.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21789104_000014 .

Nucléaire iranien: the game is over

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(Avec AFP) – La bataille a beau être perdue d’avance pour les Républicains, les adversaires de Barack Obama ont engagé au Congrès américain leur ultime assaut contre l’accord sur le nucléaire iranien, qui restera comme la grande réalisation du président démocrate. « L’Iran émergera plus fort de cet accord sur chaque aspect de sa puissance nationale, et mieux positionné pour étendre sa sphère d’influence », craint Mitch McConnell, le chef des républicains du Sénat.

Tout en mesure, Dick Cheney, ancien vice-président de George W. Bush et l’un des artisans de l’invasion américaine en Irak en 2003, a prétendu que l’accord faciliterait la fabrication d’une bombe nucléaire iranienne, permettant aux Iraniens de tuer autant de juifs en « un jour » que les nazis l’avaient fait en sept ans. Avec un aussi bon bilan diplomatique à son actif, Cheney peut faire valoir ses talents prophétiques : l’Irak et l’Afghanistan pacifiés sous l’ère Bush, son successeur se devait de régler la question iranienne. C’est chose faite depuis l’accord de Vienne, sans qu’un seul F-16 ou B-52 n’ait été mobilisé.

Après un été de lobbying intensif par l’exécutif, Barack Obama peut se prévaloir d’avoir fait quasiment le plein au sein de son camp démocrate: seules quatre défections sur 46 membres du groupe sont à déplorer au Sénat. À la Chambre des Représentants, 17 des 188 démocrates sont contre à ce jour, selon le journal The Hill. Paradoxalement, alors que Donald Trump approuve le compromis historique avec Téhéran, Hillary Clinton et son entourage de faucons libéraux critiquent en sous-main la mansuétude d’Obama, laissant présager une campagne présidentielle à front renversé.

L’accord sera probablement ratifié par les Etats-Unis sans que le président ne doive opposer son veto à un vote hostile du Congrès. Comme pour conforter ses meilleurs ennemis, le Guide iranien Ali Khamenei a aujourd’hui réaffirmé que Washington restait le « Grand satan » et qu’aucune autre négociation ne serait engagée avec l’Oncle Sam sur des dossiers aussi épineux que le Yémen ou la Syrie. Ouf, Cheney va (presque) dormir tranquille !

Le califat, une idée neuve en Europe

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Boualem Sansal 2084 islamisme

Boualem Sansal, écrivain algérien de langue française, a fait un cauchemar : la mondialisation qui va gagner dans le futur n’est pas celle du capitalisme mais celle de l’islamisme le plus radical. Quand un écrivain fait un cauchemar, il l’exorcise par un roman. À défaut d’empêcher la catastrophe, nommer ce qui peut ou va nous tuer a le mérite de nous en consoler.

Chez Boualem Sansal, cela donne 2084, qui paraît cette rentrée littéraire et tranche par son ambition épique et picaresque, alors que triomphe cette année encore un peu plus le nombrilisme effréné de l’autofiction féminine.[access capability= »lire_inedits »] 2084 est évidemment une référence directe à Orwell, qui lui aussi avait fait un cauchemar : celui de la puissance irréversible des idéologies totalitaires si celles-ci disposent d’une technologie suffisante pour falsifier le réel et réécrire l’Histoire en permanence. Mais on pourra penser aussi, en lisant Sansal, aux grands romans symboliques et politiques que sont Sur les falaises de marbre de Jünger ou Le Jeu des perles de verre de Hermann Hesse. Il faudra ainsi que le lecteur fasse un certain effort sur les soixante premières pages pour s’immerger dans cet univers total, entièrement recréé jusque dans les moindres détails, y compris les mesures de superficie ou la monnaie.

S’il semble hélas évident que nous vivons déjà dans le monde de 1984 qui est ainsi passé, pour qui sait lire, du statut d’œuvre d’anticipation à celui de documentaire, Boualem Sansal, lui, nous laisse encore un peu de marge. 2084 serait la date probable de la victoire de l’Abistan, un empire planétaire dont le Dieu unique est Yölah et Abi le « fidèle Délégué ». L’histoire qu’il nous raconte, celle d’un Winston Smith tuberculeux appelé Ati, se déroule, elle, dans un futur encore plus lointain. Il n’empêche, c’est cet éloignement dans le temps, ce dépaysement constant dans les noms, la géographie, les mœurs, les structures politiques, qui rend ce califat universel assisté par ordinateur infiniment plus crédible que le Soumission de Houellebecq, paradoxalement trop proche de nous pour faire vraiment peur.

2084 n’en est pas moins parsemé d’allusions qui font écho à notre actualité hantée par l’État islamique. Même barbarie féodale, même désir d’effacer les civilisations antérieures, même besoin d’un fanatisme soigneusement entretenu, même contrôle total de tous les aspects de l’existence à l’aide d’une bureaucratie kafkaïenne et même mélange d’archaïsme et de technologie. Sansal, à travers le personnage d’Ati, déjà un vieillard à 34 ans, et ses tribulations, démarque aussi assez habilement le roman d’Orwell. Il y a une « abilang » en Abistan comme il y avait une novlangue dans 1984 afin d’empêcher de penser autre chose que ce qu’il convient de penser.

La remise en question du monde par Ati fait écho à celle de Winston Smith, et comme Winston Smith, qui espérait trouver la solution chez les prolétaires qui vivaient loin des yeux de Big Brother, Ati va aller rôder et enquêter dans les marges des ghettos de « Quodsabad la sainte » pour savoir si certains vivent encore sans les lumières de la Religion, loin des commandements des dirigeants de la « Juste Fraternité ». Mais aussi pour savoir s’il existe d’autres pays que l’Abistan et s’il est vrai que des archéologues auraient exhumé des ruines préabistanaises.

L’erreur serait malgré tout, en lisant 2084, de le réduire à une critique de l’islamisme comme de réduire 1984 à celle du stalinisme, c’est-à-dire à un roman à thèse alors qu’il est d’abord la très fine compréhension du totalitarisme comme assassinat prémédité de la réalité et comme prophétie autoréalisatrice : « Il s’agissait plutôt de faire oublier tout ça et de traquer les nostalgiques, ils sont dangereux, ils pourraient avoir envie de ressusciter les morts. »[/access]

2084, la fin du monde de Boualem Sansal (Gallimard, 2015)

Hollande, le nouveau Jospin

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lionel jospin hollande

Il voulut être Mitterrand, il ne fut que Jospin. La formule pourrait résumer la conférence de presse de François Hollande. Ce dernier a en effet peiné à se hisser au rang d’un chef d’Etat. Les sujets ne manquaient pourtant pas en cette rentrée 2015. François Hollande les a esquivés en s’accrochant lourdement aux questions internationales.

Surfant sur la vague des migrants (sans mauvais jeu de mots), Hollande a annoncé l’accueil par la France de « 24 000 réfugiés » en deux ans. Le chiffre prête à sourire. On imagine en effet les conseillers du président se creusant les méninges afin de trouver le nombre pouvant contenter les partisans de l’accueil sans fâcher ceux qui craignent un appel d’air. Après l’affaire Leonarda qui avait mécontenté tout le monde, il n’était pas question de récidiver. À lire les réactions au lendemain de la conférence, les conseillers du président ont visé juste. La plupart des commentateurs ont salué cette décision qui ne règle pourtant rien à l’affaire. Si le flux ne se tarit pas, que fera le président ? Qu’importe ! Dans deux ans, soit il ne sera plus président, soit il ne sera plus tenu par les promesses de son premier mandat.

Hollande a également annoncé des vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie dans le but d’étendre à ce pays les frappes aériennes contre les positions de Daech. Hormis son volte-face sur ce sujet relevé par quelques-uns, les commentateurs ont pour la plupart salué cette décision. Pourtant, ces frappes, si elles ont lieu, n’auront probablement pas d’effet sur le cours du conflit. Il n’est en effet pas question d’engager des forces supplémentaires dans la bataille. Les frappes seront donc réalisées par le contingent français engagé en Irak, contre le même ennemi, ce qui revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul. En outre, en Syrie, le travail est déjà largement effectué par les Etats-Unis. Il y a fort à parier que le rôle de la France sera réduit à la portion congrue : quelques frappes en échange d’un certificat de lutte contre le djihadisme. Avant Hollande, la Turquie avait déjà exploité le filon : quatre frappes visant des entrepôts désaffectés contre un certificat de lutte contre le terrorisme. Décidément, le niveau baisse.

Et concrètement, sur le plan intérieur ? Rien. Les terroristes peuvent dormir tranquille. Manuel Valls ne rate d’ailleurs pas une occasion de le rappeler : il faudra s’habituer au terrorisme. On se rappelle qu’en réponse à la tentative d’attentat dans le Thalys, Bernard Cazeneuve proposait de généraliser les billets nominatifs pour l’accès aux trains. Une simple mesure de lutte contre la fraude face à la menace terroriste.

Finalement, ce qu’on retiendra de cette conférence, c’est  la jospinisation de François Hollande. Plus encore qu’en 2002, les Français sont sensibles aux problématiques de la sécurité et de l’immigration. Mais Hollande ne voit et n’entend rien. À ce sujet, on avait parlé de la « naïveté » de Jospin, on pourrait parler de l’irresponsabilité de Hollande.

François Hollande marche désormais sur les pas de Lionel Jospin. En 1999, celui-ci avait profité d’une conjoncture exceptionnellement favorable grâce à l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Au lieu de réduire la dette publique gonflée par des années de traitement social du chômage, le Premier ministre avait diminué les impôts contre toute logique économique[1. Pour la théorie économique, la dépense publique joue un rôle contra-cyclique. Elle augmente en période de récession et baisse en période de croissance.] : baisse de la TVA et des deux premières tranches de l’impôt sur le revenu en 2000, création de la prime pour l’emploi en 2001. En 2002, la claque sera terrible : en dépit des cadeaux fiscaux, Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour des élections présidentielles. On lui reprochera d’avoir négligé les dossiers sécuritaires.

En 2015, pour la première fois depuis longtemps, de nombreux indicateurs économiques sont au vert : cours exceptionnellement bas du pétrole, taux de change de l’euro favorable, spirale déflationniste maîtrisée. Tous les prévisionnistes s’accordent sur ce point : on entre dans un cycle de croissance en raison d’une conjoncture internationale favorable, à moins que la crise chinoise ne vienne doucher les espoirs. Lors de la conférence, Hollande s’est voulu rassurant en affirmant que « la croissance chinoise, même si elle continue de ralentir, reste à un niveau particulièrement enviable ». Si la conjoncture s’inverse et que le chômage baisse, il pourra mettre les bons résultats économiques au crédit de sa politique. Du coup, le président se met à rêver d’une réélection en 2017. Et pour préparer les échéances, rien de mieux qu’un petit cadeau fiscal en cette rentrée 2015: une baisse d’impôt pour « plus de 8 millions de foyers ». Une baisse des impôts contre le suffrage des électeurs, Jospin avait tenté le coup en 2002 avec le succès qu’on connaît. On peut acheter les électeurs, mais il est plus difficile de se payer leur tête.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21674718_000002.

Marseille : supplément et voyage à Bougainville

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marseille bougainville gaudin

Je viens de recevoir d’une amie, institutrice remplaçante à Marseille, le message suivant :

« Dis, je reviens sur la question que tu posais il y a quelques temps… Sans aller jusqu’à quitter Marseille, je crois que les Marseillais pourraient se révolter une fois de temps en temps. Vendredi, je suis allée travailler dans une école à côté du métro Bougainville. Je réceptionne le matériel apporté par les parents et, parmi le lot de fournitures habituelles, je vois des rouleaux de papier toilette… Du coup, je demande à l’ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles) pourquoi c’est sur la liste des fournitures. En maternelle, il y a toujours des instits qui arrivent à faire des projets en arts visuels avec du PQ ou des clous rouillés. Je croyais naïvement que c’était ce genre de truc. Eh bien non, c’était bel et bien pour que les gamins puissent se torcher. La mairie de Marseille fournit le papier toilette en quantité insuffisante. Si on me demandait, à moi, d’amener ça à l’école de mes gamines, je pense que je râlerais un peu. Faut pas déconner quand même. Je veux bien entendre que Marseille n’est pas une ville aussi riche que Bordeaux mais y a quand même bien quelques impôts locaux qui rentrent, non ? Y’a pas que des fraudeurs dans cette ville, quand même. Je m’étonne une fois de plus, comme avec le bordel de l’organisation du périscolaire l’année dernière, que les gens ne bronchent pas. Ça me dépasse. »

Bougainville, c’est au bout de la ligne de métro — vers le début de la rue Saint-Antoine, à l’orée des Quartiers Nord. Allez, parions que les écoles du VIIIème arrondissement, entre Paradis, Prado et Pointe-Rouge, sont mieux achalandés en objets de première nécessité.
Rogner sur le PQ, voilà une économie louable. Je voulais saluer ici l’édile qui en a eu l’idée. Et le recommander à Emmanuel Macron. Au prix du double épaisseur (et je gagerais que le papier fourni est de qualité primitive, en papier pelure, le genre qui vous colle aux ongles, si je puis dire), demander aux parents des presque 7 millions d’élèves français de fournir le papier toilette ferait gagner à l’Etat des millions d’euros qui partent chaque année dans les égouts.
Déjà qu’on leur fait acheter d’impressionnantes quantités de matériels divers — six tubes de colle par exemple dès la rentrée ! Je ne sais pas ce qu’ils vont coller, en CP ? mais ça va coller. Des crayons, des feutres, des gommes — comme s’il en pleuvait. Les supermarchés ont des centaines de mètres linéaires de fournitures — rayons dévastés dès le 5 septembre.

Vous allez me dire, mais il y a la prime de rentrée… Oui : autant savoir qu’elle sert à acheter du PQ. Quand vous avez deux ou trois enfants scolarisés — là où les mères tentent de conquérir Marseille avec leurs ventres —, la quantité de papier à fournir est impressionnante.
Pendant ce temps, je parierais presque que les toilettes de Jean-Claude Gaudin sont largement équipées en papier de triple épaisseur, doux à l’anus délicat du maire. Allez, un bon geste, Jean-Claude : détourne un pourcentage de ton PQ personnel vers les écoles de la ville — sinon, bien que les Marseillais soient effectivement très patients, comme tous les Français d’ailleurs, ils risquent de t’emmerder. Et de t’envoyer chier.

*Photo : GorillaSushi.

Du gaz dans l’eau en Méditerranée

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gaz egypte israel

Emmanuel Navon enseigne les relations internationales à l’université de Tel Aviv et au Centre Interdisciplinaire de Herzliya.  

Daoud Boughezala. Découverts au large de Haïfa en 2009 et 2010, les gisements gaziers de Tamar et Léviathan devaient permettre à Israël de devenir un acteur énergétique incontournable. Or, des travaux d’exploration ont récemment révélé l’existence du plus grand gisement méditerranéen au large de l’Egypte. Cette situation inédite menace-t-elle la vocation d’exportateur de gaz  de l’Etat hébreu ?

Emmanuel Navon. Israël deviendra à terme un exportateur de gaz naturel en dépit de la découverte du champ gazifière égyptien « Zohr, » mais il est clair qu’Israël ne sera qu’un exportateur méditerranéen parmi d’autres et pas l’acteur pivot qu’il eût pu être avant l’entrée de l’Égypte dans ce marché stratégique.  Par ailleurs, les besoins en gaz naturel de l’Europe et de la Turquie sont tels que les pays méditerranéens qui disposent de ressources gazifières ne manqueront jamais de clients.  La question n’est donc pas de savoir si Israël a une vocation d’exportateur (il l’a), mais dans quel cadre.  On sait en effet que la Russie essaie de constituer un cartel de gaz naturel similaire au cartel pétrolier de l’OPEP.  Dans ce cartel potentiel, la Russie, l’Iran et le Qatar détiennent à eux trois 57% des réserves mondiales de gaz naturel.  L’Égypte est déjà membre du Forum des pays exportateurs de gaz naturel (FPEG), une organisation qui comprend également l’Algérie, la Bolivie, la Guinée équatoriale, l’Iran, la Libye, le Nigéria, le Qatar, la Russie, et le Venezuela.  Israël sera exclu de ce club pour des raisons politiques, mais il pourrait en revanche développer une relation stratégique avec Chypre, qui détient également d’importantes ressources de gaz naturel.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou craindrait également la concurrence du gaz naturel iranien, qui pourrait notamment inonder les marchés égyptien et jordanien. Est-ce une raison supplémentaire de sa détermination à entraver la ratification de l’accord de Vienne et la levée des sanctions contre l’Iran ?

Avant la découverte du champ gazifière égyptien « Zohr, » le Premier ministre israélien arguait que l’Égypte était à court de gaz naturel et donc que l’Iran risquait de combler le vide en doublant sa production de gaz et en la vendant à la Jordanie, et même à l’Egypte. Maintenant que l’Égypte est sur le point de devenir un important producteur de gaz naturel, cet argument n’a plus de sens.  Quant à l’accord de Vienne, il n’y a pas de majorité de deux-tiers au Congrès américain pour empêcher sa ratification.  Et même si une telle majorité existait, le retrait des États-Unis de l’accord ne l’annulerait pas puisqu’il ne s’agit pas d’un accord bilatéral entre les États-Unis et l’Iran mais d’un accord multilatéral entre l’Iran, les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Allemagne et l’Union européenne.  L’accord est une réalité et les sanctions contre l’Iran seront progressivement levées, avec ou sans les États-Unis.

Sur un autre front diplomatique, le gouvernement israélien aurait mené des négociations secrètes avec le Hamas cet été, avec la Turquie comme possible intermédiaire. Si le Président Erdogan a dernièrement reçu le chef du Hamas Khaled Mechaal comme un chef d’Etat tout en essayant de se réconcilier avec l’Etat juif, est-ce pour négocier la fourniture de gaz israélien à Ankara ?

La Turquie dépend du gaz naturel pour la production de 50% de son électricité, et sa consommation de gaz naturel devrait doubler au cours des vingt prochaines années. La Turquie, cependant, n’a pas de ressources en gaz naturel et dépend de fournisseurs coûteux tels que la Russie, l’Iran et l’Azerbaïdjan. La société d’énergie turque Turcas serait en train de négocier l’achat de 7 Gm3 (gigamètres cube) de gaz naturel par an provenant du champ israélien Leviathan pour les 20 prochaines années. Un tel accord permettrait à la Turquie de réduire le coût de ses importations gazières car le gaz israélien serait livré via un gazoduc reliant la Turquie à Leviathan (acheter du gaz naturel liquéfié de la Russie est beaucoup plus coûteux). Yasin Aktay, conseiller du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, a récemment révélé que la Turquie est en pourparlers avec le gouvernement de la partie grecque de Chypre pour la création d’un port maritime qui livrerait des marchandises à la bande de Gaza sous contrôle international (éventuellement par des forces de l’OTAN). Mais, sous la direction de Recep Erdogan, la Turquie aurait du mal à signer un contrat de plusieurs milliards de dollars avec Israël sans honorer son engagement d’alléger le blocus naval de la bande de Gaza.  L’émergence de l’Égypte comme exportateur de gaz naturel met fin à ce dilemme turc puisque la Turquie peut importer de l’Égypte et s’épargner ce qu’Erdogan considère être le « coût politique » d’un contrat avec Israël.

Qui de l’Iran chiite ou d’Israël, la Turquie d’Erdogan préfère-t-elle privilégier comme pourvoyeur de gaz ?

Historiquement, l’Iran et la Turquie ont rivalisé et rivalisent pour être des puissances régionales.  Avant l’ère Erdogan, lorsque la Turquie était encore une république laïque encadrée par l’armée, la Turquie se considérait comme un bouclier contre l’expansionnisme chiite iranien (depuis la révolution de 1979), en particulier dans les républiques musulmanes et turcophones d’Asie centrale.  La politique étrangère panislamique d’Erdogan a changé la donne sans pour autant mettre fin à la rivalité régionale entre les deux pays.  Mais au-delà de cette rivalité régionale, les deux pays ont également un intérêt commun : empêcher à tout prix l’émergence d’un Kurdistan indépendant dans le nord de l’Iraq, de peur que les revendications indépendantistes ne s’étendent aux régions kurdes de l’Iran et de la Turquie.

On a appris que le Kurdistan irakien avait fourni 77% de la consommation israélienne de pétrole ces derniers mois. Quelles sont les conséquences géopolitiques d’un tel choix ?

Les liens étroits entre Israël et les Kurdes ne sont pas nouveaux.  Ils faisaient partie intégrante de la « stratégie de la périphérie » développée par David Ben Gourion à la fin des années 1950.  Les Kurdes et les Juifs sont deux minorités non-Arabes dans un Proche-Orient qui l’est en majorité.  Leur droit à l’autodétermination est contesté par leurs voisins.  Dans le Kurdistan irakien, il existe une indépendance de facto et, pour les Kurdes, Israël est un allié naturel pour maintenir cette semi-indépendance contestée.  Les ressources pétrolières kurdes en Irak sont les seules du Proche-Orient auxquelles Israël ait accès.  D’où la synergie entre Israël et le Kurdistan irakien –une synergie qui n’est pas compatible avec un retour à la normalisation entre Israël et la Turquie.

Avant le début du conflit syrien, l’Iran et le Qatar partageaient l’exploitation du gisement gazier de Northdome. Qu’en est-il aujourd’hui que ces deux Etats du golfe s’opposent sur la plupart des fronts régionaux (Syrie, Yémen, Irak…) ?

Il y a à la fois des intérêts économiques communs et des différends géopolitiques et religieux entre l’Iran chiite et le Qatar sunnite.  Ces différends constituent un obstacle indéniable à la tentative de la Russie de constituer un cartel du gaz naturel.  L’accord nucléaire avec l’Iran réduit les chances d’un modus vivendi entre le Qatar et l’Iran autour du gaz naturel car les monarchies du Golfe se sentent trop vulnérables et menacées à ce stade.

*Photo: wikipedia.

Le gloussement unique

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guignols petit journal canal

Devant le pénible spectacle d’une classe politique volant unanimement au secours des marionnettes en danger, j’ai pensé à cette réflexion mélancolique de Michel Rocard : « La profession politique ne bénéficie plus du respect qu’on avait pour elle du temps où elle passait pour efficace, c’est-à-dire du temps du plein-emploi. Aujourd’hui, on nous insulte, on nous veut pauvres et on nous moque. Nos rois avaient leurs bouffons. Mais le bouffon du roi n’entrait pas dans la cathédrale. Aujourd’hui, les bouffons occupent la cathédrale et les hommes politiques doivent leur demander pardon. Ce qui fait que ne viendront plus à la politique que les ratés de leur profession. »

Nous y sommes. Le bouffon du roi est devenu le roi. Sa Majesté le Pitre occupe à la fois l’Autel et le Trône et, de Florian Philippot à Claude Bartolone, en passant par Alain Juppé, tous nos représentants lui font obséquieusement allégeance : non seulement ils ne sont plus respectés, mais ils ne se respectent plus eux-mêmes. [access capability= »lire_inedits »]Le chef de l’État ne déroge pas à la règle : lui aussi, il y va de son dithyrambe. Dans l’espace public désormais hilare, la caricature remplace le visage, la dérision vampirise l’information.

Et gare à ceux qui, après Michel Rocard, s’inquiètent au lieu de s’agenouiller comme tout le monde. Ils sont aussitôt suspectés d’être des ennemis de la démocratie. « Une société démocratique, leur explique doctement le grand journaliste Jean-Michel Aphatie, doit toujours avoir une place pour la restitution satirique de la scène publique. Il faut impérativement qu’il y ait des gens qui soient là pour repérer la tartufferie, les artifices de communication, l’hypocrisie. Les Guignols ont cette fonction-là. » Le journaliste se trompe : Les Guignols de l’info ne dénudent pas les puissants, ils incarnent le pouvoir social. Ils rient de ce dont il faut rire pour être dans le coup. Ils sont les coussins péteurs de l’idéologie dominante.

Avec leur scénarisation quotidienne du dictionnaire des nouvelles idées reçues, Les Guignols ont inventé le conformisme impertinent. À ce titre, ils méritent, en effet, d’entrer dans le patrimoine national comme le réclament à cor et à cri leurs victimes-thuriféraires.

Nous vivons à l’ère du gloussement unique et d’immenses territoires du risible sont laissés en déshérence. Risible est l’interdisciplinarité à l’école dont le journal de France 2 vient de donner cet édifiant exemple : un professeur de français et un professeur de gymnastique unissant leurs compétences pour faire réaliser à leurs élèves une vidéo sur le thème « Comment convaincre vos camarades de jouer au handball ». Plus comique et plus terrifiant est le recours judiciaire déposé par trois jeunes interdits de sortie du territoire. Il y avait, parmi eux, une convertie de la région de Mulhouse. Elle disait vouloir se rendre en Arabie saoudite dans une faculté de théologie réservée aux femmes. La décision de ne pas la laisser partir a été prise sur la base de deux éléments : d’abord, un signalement de sa mère pour radicalisation, puis une note des services de renseignements qui faisait état de cette déclaration de la jeune Alsacienne : « Mourir en martyr permet d’engranger des points supplémentaires pour rejoindre le paradis. » Et le plus drôle est encore à venir. Le rapporteur du ministère public, nous apprend Le Monde, a demandé que l’État verse 1 500 euros de dédommagement à la pauvre Émeline car ce type de propos, figurant dans le Coran, pouvait être repris par beaucoup de musulmans, sans que cela tire à conséquence !

Il n’y a aucune chance de voir figurer cet invraisemblable sketch judiciaire au programme des Guignols de l’info, ni du Petit Journal, ni d’aucun amuseur des ondes, car leur rire est sur les rails. Il ne dénonce rien de ce qui mérite d’être dénoncé. Il est l’ami indéfectible du désastre. Il enseigne la soumission. Il accompagne docilement tous les processus en cours.[/access]

guignols couverture causeur

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Najat Vallaud-Belkacem, migrante politique

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najat vallaud lyon villeurbanne

Migrante ou réfugiée ? Le débat sémantique  qui agite actuellement les rédactions à propos des déplacements massifs de populations en direction de l’Europe pourrait s’appliquer à la translation, géographiquement minuscule, mais politiquement significative, que Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, vient d’effectuer ce week-end. Elle s’est rendue, en effet,  vendredi 3 septembre, au pot de rentrée de la section de Villeurbanne du Parti socialiste, pour y officialiser sa mutation de la section du quartier de Montchat, dans le 3ème arrondissement de Lyon, vers celle de la deuxième ville de la Métropole. Villeurbanne, 148 000 habitants qui jouxte la capitale régionale, est un bastion socialiste depuis le début du siècle dernier, et  cette commune est farouchement attachée à son autonomie malgré son étroite imbrication dans le tissu urbain de la capitale des Gaules.

Villeurbanne l’ouvrière contre Lyon la bourgeoise, c’était l’éternel affrontement social et politique qui animait les controverses locales. Le fait qu’aujourd’hui les deux villes soient dirigées par des municipalités dominées par le PS, avec Gérard Collomb à Lyon et Jean-Paul Bret à Villeurbanne ne change rien à l’affaire : Lyon c’est Lyon, et Villeurbanne c’est Villeurbanne. Au point que lors de la constitution, le 1er janvier 2015, de l’assemblée de la Métropole du Grand Lyon, remplaçant le Conseil général dans l’aire métropolitaine, les élus socialistes villeurbannais ont formé un groupe autonome, membre de la majorité de Gérard Collomb, mais bien décidé à peser sur les décisions de l’exécutif. En passant d’une ville à l’autre, Najat Vallaud-Belkacem rompt les derniers liens l’unissant à son Pygmalion politique, Gérard Collomb, et se pose en prétendante à la succession de son ex-patron à la primature de la gauche dans la deuxième agglomération urbaine de France.

C’est donc bien un asile politique que la ministre de l’Education nationale est venue solliciter, car il était évident pour  tous les observateurs de la vie politique locale que le sénateur-maire de Lyon n’était pas prêt à dérouler le tapis rouge à son ex-protégée pour les élections législatives de 2017. Voir une jeune femme que l’on a formée comme collaboratrice à son cabinet,  puis fait élire au Conseil départemental, enfin donné un poste d’adjoint à l’Hôtel de Ville, monter au sommet de l’Etat en s’émancipant de son patron n’est jamais agréable pour un vieux crocodile de la politique. Surtout lorsque la jeune femme en question vient se poser en rivale de l’héritière pressentie, qui n’est autre que la jeune épouse du septuagénaire Gérard Collomb, Caroline, de trente ans sa cadette…

C’est ce contexte qui a donné une ampleur nationale à un micro-événement, le pot de rentrée d’une section socialiste d’une ville française moyenne. Il faut dire que le teasing avait habilement été géré par Najat-Vallaud Belkacem : cela fait maintenant plus de trois ans qu’elle profite de ses fonctions ministérielles, comme ministre du Droit des femmes, puis comme ministre de l’Education nationale, pour se faire voir à Villeurbanne. Elle promeut, par exemple, ses si controversés «  ABCD de l’égalité » dans une classe d’un quartier difficile  de la ville. Elle distribue des Légions d’honneur à des personnalités politiquement signifiantes : Gilbert Chabroux, ancien maire de la ville, très populaire parmi les anciens, et Zohra Bonnet présidente de l’Association France-Algérie locale, dans une commune où les immigrés maghrébins représentent à peu près 25% de la population… Il ne lui reste plus qu’à obtenir de Nicole Bornstein, la présidente du CRIF Rhône-Alpes, d’être l’invitée d’honneur au dîner annuel, en janvier prochain, de cette institution juive pour tenter de rallier les suffrages de la plus importante communauté juive de l’agglomération lyonnaise. Elle mouille le maillot, la Najat, au sens propre de l’expression, en venant, en juillet 2014, participer à un match de basket opposant, pour le fun, les légendaires basketteurs de l’ASVEL emmenés par Tony Parker, le repreneur du club de la ville, aux élus locaux.

Au début de cette année, elle fait savoir qu’elle vient d’acquérir un appartement dans un quartier de Villeurbanne, qui jouxte l’arrondissement de Lyon dont elle fut, naguère, la conseillère générale. Que ne faut-il pas faire pour séduire les militants socialistes d’une des rares circonscriptions françaises considérée comme «  sûre », même en cas de débâcle socialiste à l’élection présidentielle de 2017 ! Restait à obtenir de la députée locale, Pascale Crozon, qu’elle lui laisse sa place au Palais Bourbon, ce qu’elle avait rechigné à faire en 2012, alors que l’espoir, pour Najat de remporter  la circonscription qui lui avait été attribuée à Lyon, acquise à la droite depuis la nuit des temps, était nul[1. Najat Vallaud-Belkacem avait alors renoncé à se présenter, en raison de la règle édictée par François Hollande, indiquant que tout ministre battu  aux législatives devait quitter le gouvernement.]. Âgée de 70 ans, ayant effectué deux mandats et mettant un terme à sa carrière parlementaire, Pascale Crozon sert aujourd’hui de marraine à Najat dans la procédure d’adoption engagée depuis trois ans.

La petite sauterie au local du PS de la rue Michel-Servet, dans le quartier historique des Gratte-Ciel, perle architecturale des années trente du siècle dernier, s’est déroulée parfaitement dans le cadre du plan com’ bien troussé d’un parachutage en douceur : Najat la joue modeste, arrive à pied en compagnie du minimum d’équipage : un agent de sécurité, et deux collaborateurs de son cabinet. On a déplacé de quelques dizaines de mètres les deux militaires affectés à la surveillance permanente de la synagogue voisine, pour le cas où… On  a même laissé approcher une poignée de jeunes contestataires de l’organisation étudiante de droite UNI qui braillent, pendant trente secondes «  Najat, démission ! », avant d’aller, à la bonne franquette, partager la pizza distribuée à l’assistance sur le trottoir devant le local, trop petit pour accueillir militants et journalistes venus en nombre…

D’une petite voix fluette, Najat minaude que sa candidature au législatives n’est pas à l’ordre du jour, que la procédure de désignation n’est pas encore lancée, et que d’autre tâches plus urgentes sollicitent son énergie, notamment soutenir son ami Jean-Jack Queyranne, président sortant de la région Rhône-Alpes, bien mal parti dans ce combat avec une gauche éclatée façon puzzle, face à une droite et un centre rassemblé sous la houlette de Laurent Wauquiez. «  La section de Villeurbanne, cœur battant du PS régional, fera toute sa part et même plus que sa part dans cette campagne », affirme-t-elle. Encore une pierre dans le jardin de Gérard Collomb et de ses ex-camarades lyonnais, dont la mobilisation pour ce combat électoral, jugé perdu d’avance, est à la mesure des sentiments que le maire de Lyon éprouve pour le président de la région : tièdes, et c’est un euphémisme.

Le pari de Najat-Vallaud Belkacem, celui d’assurer sa survie politique quelles que soient les conséquences du scrutin présidentiel, est-il gagné d’avance ? Un peu de mémoire historique devrait la rendre circonspecte. A deux reprises, au siècle dernier, la droite avait remporté, contre des sortants bien implantés, cette circonscription ancrée à gauche : en 1958, avec la vague gaulliste, et en 1993, dans la débâcle  aux législatives du mitterrandisme finissant.

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00722243_000002.

 

Ecologie: Libé de plus en plus limite

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limite liberation ecologie

Certes, le buffet n’avait rien du faste des soirées germanopratines. Tout juste quelques rillettes  à côté de cacahuètes pour le moins farineuses, deux ou trois salades composées servies dans des assiettes en carton et des bouteilles de vin pour lesquelles on ne se serait pas damné. On aurait volontiers suggéré un rencard de copains trentenaire et fauchés ou d’étudiants attardés si le flair acéré d’une vieille renarde de journaliste n’avait pas décelé le rendez-vous d’une « jeune garde ultraconservatrice catholique » venus soutenir la soirée de lancement de Limite, une revue écologiste, antilibérale et bioconservatrice.

Et quelle bande de jeunes chiens fous ! En plus de porter haut et fort une décroissance assumée mettant au cœur de son principe la place de l’être humain, en sus de dénoncer un libéralisme économique et sociétal asservissant, voilà qu’ils s’étaient autorisés à ouvrir leurs portes à tous les curieux qui s’inviteraient, fussent-ils curés en col romain, compagnons de la Manif pour tous, hippies des années 1970, philosophes en tout genre ou simples chalands désireux d’entendre de nouvelles voix se distinguant de la monotonie ambiante.

Il n’en fallait pas plus pour que Libération s’empare du sujet et révèle au monde cette inquiétante généalogie, quitte à abuser d’épithètes renvoyant systématiquement aux heures les plus sombres de notre histoire. Mais tenez-vous bien, voilà que ces jeunes avaient eu l’outrecuidance d’inviter Elisabeth Lévy, comme on s’acoquine avec un noir ou un homosexuel pour parer toute accusation de racisme ou d’homophobie. Y’avait-il d’ailleurs des gays ou des représentants de la diversité ? L’enquête ne le dit pas mais tout laisse à penser le contraire. N’est-ce pas Eugénie Bastié, journaliste au Figaro et à Causeur qui s’est laissé dire, précisément à cette soirée, que «Mgr Rey est quelqu’un d’intéressant» ?  Voilà pourquoi votre fille est muette.

Mais cessons de rire un instant des raccourcis à rallonge de Libé qui a en réalité toutes les raisons de s’inquiéter. Car il est vrai qu’une nouvelle génération est entrée dans la carrière et qu’elle n’en sortira plus. Hier enfants de bourgeois, ces jeunes sont devenus l’armée de réserve d’un combat culturel qui ne dit pas encore son nom. Ils ne veulent plus jouir sans entraves ; ils ne veulent plus de ce marketing agressif, de ce déracinement identitaire, de ce décérébrage médiatique, de ce relativisme moral, de cette misère spirituelle,  de ce fantasme de l’homme autoconstruit. Face à ce système déshumanisant, l’écologie intégrale qu’ils proposent offre une alternative radicale: moins mais mieux! Indissolublement humaine et environnementale, éthique et politique, elle considère la personne non pas comme un consommateur ou une machine, mais comme un être relationnel qui ne saurait trouver son épanouissement hors-sol, c’est-à-dire sans vivre harmonieusement avec son milieu, social et naturel. Dans la conception de leur principe, l’écologie intégrale ne sacralise pas l’humain au détriment de la nature, ni la nature au détriment de l’humain, mais pense leur interaction féconde.

Alors oui, encore une fois Libération a toutes les raisons de s’inquiéter. Car ces brillants insurgés sont peut-être jeunes et beaux mais ils ne veulent en tout état de cause pas sentir le bon sable chaud. Et les pavés, ils ne s’en serviront pas pour mettre à jour une utopique plage mais pour jeter dans la mare soixante ans de désillusions et de progrès mythifié. Courez camarades, un nouveau monde s’annonce !

Conférence de presse: Hollande carrément à l’Est

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(Avec AFP) – Lors de sa sixième conférence de presse à l’Elysée, François Hollande a semblé plus conciliant qu’à l’accoutumée avec la Russie, acteur clé du conflit syrien, se disant prêt à plaider pour la levée des sanctions frappant Moscou en cas de progrès significatifs dans le dossier ukrainien. Il s’est félicité du respect du cessez-le-feu en Ukraine et de l’adoption par la Rada locale d’une loi reconnaissant l’autonomie des régions de l’Est, glissant au passage une petite pique contre « l’extrême droite ukrainienne », qui joua pourtant un rôle prépondérant dans la révolution de Maïdan. Grande nouvelle : une réunion entre la France, la Russie et l’Allemagne pourrait avoir lieu avant l’Assemblée générale des Nations Unies, fin septembre, et l’on parle même de fin des sanctions antirusses.

Lors de son propos liminaire de 18 minutes avant de répondre aux questions des quelque 200 journalistes réunis dans la salle des fêtes de l’Elysée, le Président  a consacré de longues minutes à l’accueil des réfugiés. Parlant d’une crise « dramatique », il a indiqué que la France était prête à accueillir 24.000 réfugiés, sur les 120.000 que la Commission européenne a proposé d’accueillir dans les Etats membres. Une paille aux yeux du Front de gauche et des écologistes, que le flux hebdomadaire de migrants en Europe ne devrait pas décevoir…

Affichant à plusieurs reprises sa solidarité avec Angela Merkel, Hollande a rappelé que c’est avec la chancelière allemande qu’il avait proposé « un mécanisme permanent et obligatoire d’accueil des réfugiés ». Une manière habile de faire passer la pilule de l’Europe allemande à la gauche de la gauche, subitement charmée par la solidarité de Merkel… et du patronat allemand.

Le Président a enfin critiqué mezzo voce la Hongrie pour la construction d’une clôture à sa frontière avec la Serbie, dressant un parallèle avec l’attitude ouverte de l’Europe occidentale vis-à-vis des pays de l’est lors de la chute du mur de Berlin. C’est bien le scoop de la journée : après le 9 novembre 1989, des millions d’immigrants est-européens auraient fui les régimes post-communistes naissants pour s’installer à l’Ouest. Et ce, sans que nul Français, Britannique ou Allemand ne s’en aperçoive. Honecker en rêvait, Hollande l’a déclaré !

Conférence présidentielle: du flou et de l’enfumage

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hollande conference syrie migrants

hollande conference syrie migrants

Vous rappelez-vous David Hamilton ? Il photographiait des nymphettes nimbées de flou, dans les années 60-70. À son exemple nous déposions pieusement un peu de vapeur fugace sur nos objectifs pour auréoler nos photos d’un brouillard qui gommait les aspérités et les éventuelles vergetures…
François Hollande, qui a peu ou prou mon âge, a-t-il rêvé lui aussi, dans sa chambre d’adolescent, à ces créatures improbables (Hamilton prétendait qu’il les lui fallait vierges, sinon l’aura naturelle disparaissait) punaisées contre son mur ? En tout cas il est passé maître dans le flou et l’enfumage. Et quand des journalistes se la jouent à l’américaine et ne se satisfont pas de ce gommage des contours, de cette absence radicale de précision, ça l’agace — ça l’énerve même. Du coup, même en raccourcissant l’exercice, il n’évite pas l’ennui. Le nôtre, et, visiblement, le sien.

La dernière conférence de presse de Moi-Président a été une très jolie démonstration d’art hamiltonien. Des imprécisions partout, du non-dit en filigrane. Des réductions d’impôts financées par des « économies » — sur quoi ? Et pour qui — apparemment, pour ceux qui déjà ne paient pas d’impôt sur le revenu, les classes moyennes attendront la semaine des quatre jeudis… En attendant, on ne touche pas à la TVA, le plus injuste de tous les impôts — mais celui qui fait rentrer le plus de pépettes — ni à la CSG/CRDS : bricolage et racolage sont les deux mamelles de la politique hollandiste. Une réforme du code du travail mais sans toucher à l’essentiel — pourquoi diable l’engager ? Peut-être une réforme du mode de scrutin — mais ce n’est pas sûr. Quant au chômage… Le jour même paraissait un sondage qui était dans toutes les têtes (et forcément dans la sienne) qui l’éliminait du second tour des présidentielles dans tous les cas de figures. Alors, Lui-candidat ? «La baisse du chômage est « une exigence morale » — pour les réalisations pratiques, on verra plus tard. Et pour le pacte de responsabilité, dont on attend toujours les mirifiques résultats, on verra plus tard s’il faut le réviser. Gouverner, c’est lanterner.

Ah, mais quand même, on essaiera de ratifier la charte européenne sur les langues régionales. Ça, c’est présidentiel. Et on engagera la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, dont tout le monde se fiche.
Restait les questions internationales. Nos avions vont survoler la Syrie : sûr que ça dissuadera Daech de dynamiter d’autres temples à Palmyre, et de décapiter d’autres populations antagonistes. Parce qu’il n’est pas question d’aider Bachar, toujours qualifié de nœud du problème — hier encore sur i-télé par cet immense stratège qu’est Bernard-Henri Lévy, l’homme grâce à qui la Libye a été rendue à la paix et à l’harmonie : à ceci près que si Bachar saute, l’Etat islamique se fera un plaisir de massacrer deux à trois millions d’alaouites, et deux millions de chrétiens. On survole — c’est tout un symbole. On accueille 24 000 réfugiés sur deux ans (quantitativement, ce n’est rien, juste de quoi faire pousser des cris d’orfraie à une opposition pas bien droite dans ses bottes), on adhère aux quotas sans le dire, on reste fidèle à son état de marionnette de Merkel, et surtout, surtout, on n’ira pas suggérer aux monarchies arabes d’accueillir des réfugiés chassés par un Etat islamique qu’elles financent. Faudrait pas les dissuader de nous acheter de coûteux joujoux.

Et on organisera des conférences internationales — ça, on adore. Sur le climat, encore qu’il y ait « des risques d’échec ». Enfumons, il en restera toujours quelque chose — sur la photo. Sur l’Ukraine, où tout se passe bien, comme chacun sait, ce qui devrait permettre de lever les sanctions contre la Russie et à Poutine d’acheter à nouveau du cochon français, ou sur les migrants. Ça laissera à Jean Raspail (avez-vous lu Le Camp des saints ?) le temps d’avoir totalement raison. Ça me rappelle les débats sur le sexe des anges pendant que les Turcs assiégeaient Constantinople.
Et pour finir on donne rendez-vous avec un petit ton narquois : « Je vous dis à la prochaine conférence pour d’autres questions qui peuvent ressembler à celles qui ont été posées aujourd’hui. » Mais dis-moi, coco, si ça ne te plaît pas, rien ne t’empêche de démissionner — ou en tout cas de ne pas tenter de revenir en 2017.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21789104_000014 .

Nucléaire iranien: the game is over

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(Avec AFP) – La bataille a beau être perdue d’avance pour les Républicains, les adversaires de Barack Obama ont engagé au Congrès américain leur ultime assaut contre l’accord sur le nucléaire iranien, qui restera comme la grande réalisation du président démocrate. « L’Iran émergera plus fort de cet accord sur chaque aspect de sa puissance nationale, et mieux positionné pour étendre sa sphère d’influence », craint Mitch McConnell, le chef des républicains du Sénat.

Tout en mesure, Dick Cheney, ancien vice-président de George W. Bush et l’un des artisans de l’invasion américaine en Irak en 2003, a prétendu que l’accord faciliterait la fabrication d’une bombe nucléaire iranienne, permettant aux Iraniens de tuer autant de juifs en « un jour » que les nazis l’avaient fait en sept ans. Avec un aussi bon bilan diplomatique à son actif, Cheney peut faire valoir ses talents prophétiques : l’Irak et l’Afghanistan pacifiés sous l’ère Bush, son successeur se devait de régler la question iranienne. C’est chose faite depuis l’accord de Vienne, sans qu’un seul F-16 ou B-52 n’ait été mobilisé.

Après un été de lobbying intensif par l’exécutif, Barack Obama peut se prévaloir d’avoir fait quasiment le plein au sein de son camp démocrate: seules quatre défections sur 46 membres du groupe sont à déplorer au Sénat. À la Chambre des Représentants, 17 des 188 démocrates sont contre à ce jour, selon le journal The Hill. Paradoxalement, alors que Donald Trump approuve le compromis historique avec Téhéran, Hillary Clinton et son entourage de faucons libéraux critiquent en sous-main la mansuétude d’Obama, laissant présager une campagne présidentielle à front renversé.

L’accord sera probablement ratifié par les Etats-Unis sans que le président ne doive opposer son veto à un vote hostile du Congrès. Comme pour conforter ses meilleurs ennemis, le Guide iranien Ali Khamenei a aujourd’hui réaffirmé que Washington restait le « Grand satan » et qu’aucune autre négociation ne serait engagée avec l’Oncle Sam sur des dossiers aussi épineux que le Yémen ou la Syrie. Ouf, Cheney va (presque) dormir tranquille !

Le califat, une idée neuve en Europe

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Boualem Sansal 2084 islamisme

Boualem Sansal 2084 islamisme

Boualem Sansal, écrivain algérien de langue française, a fait un cauchemar : la mondialisation qui va gagner dans le futur n’est pas celle du capitalisme mais celle de l’islamisme le plus radical. Quand un écrivain fait un cauchemar, il l’exorcise par un roman. À défaut d’empêcher la catastrophe, nommer ce qui peut ou va nous tuer a le mérite de nous en consoler.

Chez Boualem Sansal, cela donne 2084, qui paraît cette rentrée littéraire et tranche par son ambition épique et picaresque, alors que triomphe cette année encore un peu plus le nombrilisme effréné de l’autofiction féminine.[access capability= »lire_inedits »] 2084 est évidemment une référence directe à Orwell, qui lui aussi avait fait un cauchemar : celui de la puissance irréversible des idéologies totalitaires si celles-ci disposent d’une technologie suffisante pour falsifier le réel et réécrire l’Histoire en permanence. Mais on pourra penser aussi, en lisant Sansal, aux grands romans symboliques et politiques que sont Sur les falaises de marbre de Jünger ou Le Jeu des perles de verre de Hermann Hesse. Il faudra ainsi que le lecteur fasse un certain effort sur les soixante premières pages pour s’immerger dans cet univers total, entièrement recréé jusque dans les moindres détails, y compris les mesures de superficie ou la monnaie.

S’il semble hélas évident que nous vivons déjà dans le monde de 1984 qui est ainsi passé, pour qui sait lire, du statut d’œuvre d’anticipation à celui de documentaire, Boualem Sansal, lui, nous laisse encore un peu de marge. 2084 serait la date probable de la victoire de l’Abistan, un empire planétaire dont le Dieu unique est Yölah et Abi le « fidèle Délégué ». L’histoire qu’il nous raconte, celle d’un Winston Smith tuberculeux appelé Ati, se déroule, elle, dans un futur encore plus lointain. Il n’empêche, c’est cet éloignement dans le temps, ce dépaysement constant dans les noms, la géographie, les mœurs, les structures politiques, qui rend ce califat universel assisté par ordinateur infiniment plus crédible que le Soumission de Houellebecq, paradoxalement trop proche de nous pour faire vraiment peur.

2084 n’en est pas moins parsemé d’allusions qui font écho à notre actualité hantée par l’État islamique. Même barbarie féodale, même désir d’effacer les civilisations antérieures, même besoin d’un fanatisme soigneusement entretenu, même contrôle total de tous les aspects de l’existence à l’aide d’une bureaucratie kafkaïenne et même mélange d’archaïsme et de technologie. Sansal, à travers le personnage d’Ati, déjà un vieillard à 34 ans, et ses tribulations, démarque aussi assez habilement le roman d’Orwell. Il y a une « abilang » en Abistan comme il y avait une novlangue dans 1984 afin d’empêcher de penser autre chose que ce qu’il convient de penser.

La remise en question du monde par Ati fait écho à celle de Winston Smith, et comme Winston Smith, qui espérait trouver la solution chez les prolétaires qui vivaient loin des yeux de Big Brother, Ati va aller rôder et enquêter dans les marges des ghettos de « Quodsabad la sainte » pour savoir si certains vivent encore sans les lumières de la Religion, loin des commandements des dirigeants de la « Juste Fraternité ». Mais aussi pour savoir s’il existe d’autres pays que l’Abistan et s’il est vrai que des archéologues auraient exhumé des ruines préabistanaises.

L’erreur serait malgré tout, en lisant 2084, de le réduire à une critique de l’islamisme comme de réduire 1984 à celle du stalinisme, c’est-à-dire à un roman à thèse alors qu’il est d’abord la très fine compréhension du totalitarisme comme assassinat prémédité de la réalité et comme prophétie autoréalisatrice : « Il s’agissait plutôt de faire oublier tout ça et de traquer les nostalgiques, ils sont dangereux, ils pourraient avoir envie de ressusciter les morts. »[/access]

2084, la fin du monde de Boualem Sansal (Gallimard, 2015)

Hollande, le nouveau Jospin

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lionel jospin hollande

lionel jospin hollande

Il voulut être Mitterrand, il ne fut que Jospin. La formule pourrait résumer la conférence de presse de François Hollande. Ce dernier a en effet peiné à se hisser au rang d’un chef d’Etat. Les sujets ne manquaient pourtant pas en cette rentrée 2015. François Hollande les a esquivés en s’accrochant lourdement aux questions internationales.

Surfant sur la vague des migrants (sans mauvais jeu de mots), Hollande a annoncé l’accueil par la France de « 24 000 réfugiés » en deux ans. Le chiffre prête à sourire. On imagine en effet les conseillers du président se creusant les méninges afin de trouver le nombre pouvant contenter les partisans de l’accueil sans fâcher ceux qui craignent un appel d’air. Après l’affaire Leonarda qui avait mécontenté tout le monde, il n’était pas question de récidiver. À lire les réactions au lendemain de la conférence, les conseillers du président ont visé juste. La plupart des commentateurs ont salué cette décision qui ne règle pourtant rien à l’affaire. Si le flux ne se tarit pas, que fera le président ? Qu’importe ! Dans deux ans, soit il ne sera plus président, soit il ne sera plus tenu par les promesses de son premier mandat.

Hollande a également annoncé des vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie dans le but d’étendre à ce pays les frappes aériennes contre les positions de Daech. Hormis son volte-face sur ce sujet relevé par quelques-uns, les commentateurs ont pour la plupart salué cette décision. Pourtant, ces frappes, si elles ont lieu, n’auront probablement pas d’effet sur le cours du conflit. Il n’est en effet pas question d’engager des forces supplémentaires dans la bataille. Les frappes seront donc réalisées par le contingent français engagé en Irak, contre le même ennemi, ce qui revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul. En outre, en Syrie, le travail est déjà largement effectué par les Etats-Unis. Il y a fort à parier que le rôle de la France sera réduit à la portion congrue : quelques frappes en échange d’un certificat de lutte contre le djihadisme. Avant Hollande, la Turquie avait déjà exploité le filon : quatre frappes visant des entrepôts désaffectés contre un certificat de lutte contre le terrorisme. Décidément, le niveau baisse.

Et concrètement, sur le plan intérieur ? Rien. Les terroristes peuvent dormir tranquille. Manuel Valls ne rate d’ailleurs pas une occasion de le rappeler : il faudra s’habituer au terrorisme. On se rappelle qu’en réponse à la tentative d’attentat dans le Thalys, Bernard Cazeneuve proposait de généraliser les billets nominatifs pour l’accès aux trains. Une simple mesure de lutte contre la fraude face à la menace terroriste.

Finalement, ce qu’on retiendra de cette conférence, c’est  la jospinisation de François Hollande. Plus encore qu’en 2002, les Français sont sensibles aux problématiques de la sécurité et de l’immigration. Mais Hollande ne voit et n’entend rien. À ce sujet, on avait parlé de la « naïveté » de Jospin, on pourrait parler de l’irresponsabilité de Hollande.

François Hollande marche désormais sur les pas de Lionel Jospin. En 1999, celui-ci avait profité d’une conjoncture exceptionnellement favorable grâce à l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Au lieu de réduire la dette publique gonflée par des années de traitement social du chômage, le Premier ministre avait diminué les impôts contre toute logique économique[1. Pour la théorie économique, la dépense publique joue un rôle contra-cyclique. Elle augmente en période de récession et baisse en période de croissance.] : baisse de la TVA et des deux premières tranches de l’impôt sur le revenu en 2000, création de la prime pour l’emploi en 2001. En 2002, la claque sera terrible : en dépit des cadeaux fiscaux, Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour des élections présidentielles. On lui reprochera d’avoir négligé les dossiers sécuritaires.

En 2015, pour la première fois depuis longtemps, de nombreux indicateurs économiques sont au vert : cours exceptionnellement bas du pétrole, taux de change de l’euro favorable, spirale déflationniste maîtrisée. Tous les prévisionnistes s’accordent sur ce point : on entre dans un cycle de croissance en raison d’une conjoncture internationale favorable, à moins que la crise chinoise ne vienne doucher les espoirs. Lors de la conférence, Hollande s’est voulu rassurant en affirmant que « la croissance chinoise, même si elle continue de ralentir, reste à un niveau particulièrement enviable ». Si la conjoncture s’inverse et que le chômage baisse, il pourra mettre les bons résultats économiques au crédit de sa politique. Du coup, le président se met à rêver d’une réélection en 2017. Et pour préparer les échéances, rien de mieux qu’un petit cadeau fiscal en cette rentrée 2015: une baisse d’impôt pour « plus de 8 millions de foyers ». Une baisse des impôts contre le suffrage des électeurs, Jospin avait tenté le coup en 2002 avec le succès qu’on connaît. On peut acheter les électeurs, mais il est plus difficile de se payer leur tête.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21674718_000002.

Marseille : supplément et voyage à Bougainville

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marseille bougainville gaudin

marseille bougainville gaudin

Je viens de recevoir d’une amie, institutrice remplaçante à Marseille, le message suivant :

« Dis, je reviens sur la question que tu posais il y a quelques temps… Sans aller jusqu’à quitter Marseille, je crois que les Marseillais pourraient se révolter une fois de temps en temps. Vendredi, je suis allée travailler dans une école à côté du métro Bougainville. Je réceptionne le matériel apporté par les parents et, parmi le lot de fournitures habituelles, je vois des rouleaux de papier toilette… Du coup, je demande à l’ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles) pourquoi c’est sur la liste des fournitures. En maternelle, il y a toujours des instits qui arrivent à faire des projets en arts visuels avec du PQ ou des clous rouillés. Je croyais naïvement que c’était ce genre de truc. Eh bien non, c’était bel et bien pour que les gamins puissent se torcher. La mairie de Marseille fournit le papier toilette en quantité insuffisante. Si on me demandait, à moi, d’amener ça à l’école de mes gamines, je pense que je râlerais un peu. Faut pas déconner quand même. Je veux bien entendre que Marseille n’est pas une ville aussi riche que Bordeaux mais y a quand même bien quelques impôts locaux qui rentrent, non ? Y’a pas que des fraudeurs dans cette ville, quand même. Je m’étonne une fois de plus, comme avec le bordel de l’organisation du périscolaire l’année dernière, que les gens ne bronchent pas. Ça me dépasse. »

Bougainville, c’est au bout de la ligne de métro — vers le début de la rue Saint-Antoine, à l’orée des Quartiers Nord. Allez, parions que les écoles du VIIIème arrondissement, entre Paradis, Prado et Pointe-Rouge, sont mieux achalandés en objets de première nécessité.
Rogner sur le PQ, voilà une économie louable. Je voulais saluer ici l’édile qui en a eu l’idée. Et le recommander à Emmanuel Macron. Au prix du double épaisseur (et je gagerais que le papier fourni est de qualité primitive, en papier pelure, le genre qui vous colle aux ongles, si je puis dire), demander aux parents des presque 7 millions d’élèves français de fournir le papier toilette ferait gagner à l’Etat des millions d’euros qui partent chaque année dans les égouts.
Déjà qu’on leur fait acheter d’impressionnantes quantités de matériels divers — six tubes de colle par exemple dès la rentrée ! Je ne sais pas ce qu’ils vont coller, en CP ? mais ça va coller. Des crayons, des feutres, des gommes — comme s’il en pleuvait. Les supermarchés ont des centaines de mètres linéaires de fournitures — rayons dévastés dès le 5 septembre.

Vous allez me dire, mais il y a la prime de rentrée… Oui : autant savoir qu’elle sert à acheter du PQ. Quand vous avez deux ou trois enfants scolarisés — là où les mères tentent de conquérir Marseille avec leurs ventres —, la quantité de papier à fournir est impressionnante.
Pendant ce temps, je parierais presque que les toilettes de Jean-Claude Gaudin sont largement équipées en papier de triple épaisseur, doux à l’anus délicat du maire. Allez, un bon geste, Jean-Claude : détourne un pourcentage de ton PQ personnel vers les écoles de la ville — sinon, bien que les Marseillais soient effectivement très patients, comme tous les Français d’ailleurs, ils risquent de t’emmerder. Et de t’envoyer chier.

*Photo : GorillaSushi.

Du gaz dans l’eau en Méditerranée

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gaz egypte israel

gaz egypte israel

Emmanuel Navon enseigne les relations internationales à l’université de Tel Aviv et au Centre Interdisciplinaire de Herzliya.  

Daoud Boughezala. Découverts au large de Haïfa en 2009 et 2010, les gisements gaziers de Tamar et Léviathan devaient permettre à Israël de devenir un acteur énergétique incontournable. Or, des travaux d’exploration ont récemment révélé l’existence du plus grand gisement méditerranéen au large de l’Egypte. Cette situation inédite menace-t-elle la vocation d’exportateur de gaz  de l’Etat hébreu ?

Emmanuel Navon. Israël deviendra à terme un exportateur de gaz naturel en dépit de la découverte du champ gazifière égyptien « Zohr, » mais il est clair qu’Israël ne sera qu’un exportateur méditerranéen parmi d’autres et pas l’acteur pivot qu’il eût pu être avant l’entrée de l’Égypte dans ce marché stratégique.  Par ailleurs, les besoins en gaz naturel de l’Europe et de la Turquie sont tels que les pays méditerranéens qui disposent de ressources gazifières ne manqueront jamais de clients.  La question n’est donc pas de savoir si Israël a une vocation d’exportateur (il l’a), mais dans quel cadre.  On sait en effet que la Russie essaie de constituer un cartel de gaz naturel similaire au cartel pétrolier de l’OPEP.  Dans ce cartel potentiel, la Russie, l’Iran et le Qatar détiennent à eux trois 57% des réserves mondiales de gaz naturel.  L’Égypte est déjà membre du Forum des pays exportateurs de gaz naturel (FPEG), une organisation qui comprend également l’Algérie, la Bolivie, la Guinée équatoriale, l’Iran, la Libye, le Nigéria, le Qatar, la Russie, et le Venezuela.  Israël sera exclu de ce club pour des raisons politiques, mais il pourrait en revanche développer une relation stratégique avec Chypre, qui détient également d’importantes ressources de gaz naturel.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou craindrait également la concurrence du gaz naturel iranien, qui pourrait notamment inonder les marchés égyptien et jordanien. Est-ce une raison supplémentaire de sa détermination à entraver la ratification de l’accord de Vienne et la levée des sanctions contre l’Iran ?

Avant la découverte du champ gazifière égyptien « Zohr, » le Premier ministre israélien arguait que l’Égypte était à court de gaz naturel et donc que l’Iran risquait de combler le vide en doublant sa production de gaz et en la vendant à la Jordanie, et même à l’Egypte. Maintenant que l’Égypte est sur le point de devenir un important producteur de gaz naturel, cet argument n’a plus de sens.  Quant à l’accord de Vienne, il n’y a pas de majorité de deux-tiers au Congrès américain pour empêcher sa ratification.  Et même si une telle majorité existait, le retrait des États-Unis de l’accord ne l’annulerait pas puisqu’il ne s’agit pas d’un accord bilatéral entre les États-Unis et l’Iran mais d’un accord multilatéral entre l’Iran, les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Allemagne et l’Union européenne.  L’accord est une réalité et les sanctions contre l’Iran seront progressivement levées, avec ou sans les États-Unis.

Sur un autre front diplomatique, le gouvernement israélien aurait mené des négociations secrètes avec le Hamas cet été, avec la Turquie comme possible intermédiaire. Si le Président Erdogan a dernièrement reçu le chef du Hamas Khaled Mechaal comme un chef d’Etat tout en essayant de se réconcilier avec l’Etat juif, est-ce pour négocier la fourniture de gaz israélien à Ankara ?

La Turquie dépend du gaz naturel pour la production de 50% de son électricité, et sa consommation de gaz naturel devrait doubler au cours des vingt prochaines années. La Turquie, cependant, n’a pas de ressources en gaz naturel et dépend de fournisseurs coûteux tels que la Russie, l’Iran et l’Azerbaïdjan. La société d’énergie turque Turcas serait en train de négocier l’achat de 7 Gm3 (gigamètres cube) de gaz naturel par an provenant du champ israélien Leviathan pour les 20 prochaines années. Un tel accord permettrait à la Turquie de réduire le coût de ses importations gazières car le gaz israélien serait livré via un gazoduc reliant la Turquie à Leviathan (acheter du gaz naturel liquéfié de la Russie est beaucoup plus coûteux). Yasin Aktay, conseiller du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, a récemment révélé que la Turquie est en pourparlers avec le gouvernement de la partie grecque de Chypre pour la création d’un port maritime qui livrerait des marchandises à la bande de Gaza sous contrôle international (éventuellement par des forces de l’OTAN). Mais, sous la direction de Recep Erdogan, la Turquie aurait du mal à signer un contrat de plusieurs milliards de dollars avec Israël sans honorer son engagement d’alléger le blocus naval de la bande de Gaza.  L’émergence de l’Égypte comme exportateur de gaz naturel met fin à ce dilemme turc puisque la Turquie peut importer de l’Égypte et s’épargner ce qu’Erdogan considère être le « coût politique » d’un contrat avec Israël.

Qui de l’Iran chiite ou d’Israël, la Turquie d’Erdogan préfère-t-elle privilégier comme pourvoyeur de gaz ?

Historiquement, l’Iran et la Turquie ont rivalisé et rivalisent pour être des puissances régionales.  Avant l’ère Erdogan, lorsque la Turquie était encore une république laïque encadrée par l’armée, la Turquie se considérait comme un bouclier contre l’expansionnisme chiite iranien (depuis la révolution de 1979), en particulier dans les républiques musulmanes et turcophones d’Asie centrale.  La politique étrangère panislamique d’Erdogan a changé la donne sans pour autant mettre fin à la rivalité régionale entre les deux pays.  Mais au-delà de cette rivalité régionale, les deux pays ont également un intérêt commun : empêcher à tout prix l’émergence d’un Kurdistan indépendant dans le nord de l’Iraq, de peur que les revendications indépendantistes ne s’étendent aux régions kurdes de l’Iran et de la Turquie.

On a appris que le Kurdistan irakien avait fourni 77% de la consommation israélienne de pétrole ces derniers mois. Quelles sont les conséquences géopolitiques d’un tel choix ?

Les liens étroits entre Israël et les Kurdes ne sont pas nouveaux.  Ils faisaient partie intégrante de la « stratégie de la périphérie » développée par David Ben Gourion à la fin des années 1950.  Les Kurdes et les Juifs sont deux minorités non-Arabes dans un Proche-Orient qui l’est en majorité.  Leur droit à l’autodétermination est contesté par leurs voisins.  Dans le Kurdistan irakien, il existe une indépendance de facto et, pour les Kurdes, Israël est un allié naturel pour maintenir cette semi-indépendance contestée.  Les ressources pétrolières kurdes en Irak sont les seules du Proche-Orient auxquelles Israël ait accès.  D’où la synergie entre Israël et le Kurdistan irakien –une synergie qui n’est pas compatible avec un retour à la normalisation entre Israël et la Turquie.

Avant le début du conflit syrien, l’Iran et le Qatar partageaient l’exploitation du gisement gazier de Northdome. Qu’en est-il aujourd’hui que ces deux Etats du golfe s’opposent sur la plupart des fronts régionaux (Syrie, Yémen, Irak…) ?

Il y a à la fois des intérêts économiques communs et des différends géopolitiques et religieux entre l’Iran chiite et le Qatar sunnite.  Ces différends constituent un obstacle indéniable à la tentative de la Russie de constituer un cartel du gaz naturel.  L’accord nucléaire avec l’Iran réduit les chances d’un modus vivendi entre le Qatar et l’Iran autour du gaz naturel car les monarchies du Golfe se sentent trop vulnérables et menacées à ce stade.

*Photo: wikipedia.

Le gloussement unique

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guignols petit journal canal

guignols petit journal canal

Devant le pénible spectacle d’une classe politique volant unanimement au secours des marionnettes en danger, j’ai pensé à cette réflexion mélancolique de Michel Rocard : « La profession politique ne bénéficie plus du respect qu’on avait pour elle du temps où elle passait pour efficace, c’est-à-dire du temps du plein-emploi. Aujourd’hui, on nous insulte, on nous veut pauvres et on nous moque. Nos rois avaient leurs bouffons. Mais le bouffon du roi n’entrait pas dans la cathédrale. Aujourd’hui, les bouffons occupent la cathédrale et les hommes politiques doivent leur demander pardon. Ce qui fait que ne viendront plus à la politique que les ratés de leur profession. »

Nous y sommes. Le bouffon du roi est devenu le roi. Sa Majesté le Pitre occupe à la fois l’Autel et le Trône et, de Florian Philippot à Claude Bartolone, en passant par Alain Juppé, tous nos représentants lui font obséquieusement allégeance : non seulement ils ne sont plus respectés, mais ils ne se respectent plus eux-mêmes. [access capability= »lire_inedits »]Le chef de l’État ne déroge pas à la règle : lui aussi, il y va de son dithyrambe. Dans l’espace public désormais hilare, la caricature remplace le visage, la dérision vampirise l’information.

Et gare à ceux qui, après Michel Rocard, s’inquiètent au lieu de s’agenouiller comme tout le monde. Ils sont aussitôt suspectés d’être des ennemis de la démocratie. « Une société démocratique, leur explique doctement le grand journaliste Jean-Michel Aphatie, doit toujours avoir une place pour la restitution satirique de la scène publique. Il faut impérativement qu’il y ait des gens qui soient là pour repérer la tartufferie, les artifices de communication, l’hypocrisie. Les Guignols ont cette fonction-là. » Le journaliste se trompe : Les Guignols de l’info ne dénudent pas les puissants, ils incarnent le pouvoir social. Ils rient de ce dont il faut rire pour être dans le coup. Ils sont les coussins péteurs de l’idéologie dominante.

Avec leur scénarisation quotidienne du dictionnaire des nouvelles idées reçues, Les Guignols ont inventé le conformisme impertinent. À ce titre, ils méritent, en effet, d’entrer dans le patrimoine national comme le réclament à cor et à cri leurs victimes-thuriféraires.

Nous vivons à l’ère du gloussement unique et d’immenses territoires du risible sont laissés en déshérence. Risible est l’interdisciplinarité à l’école dont le journal de France 2 vient de donner cet édifiant exemple : un professeur de français et un professeur de gymnastique unissant leurs compétences pour faire réaliser à leurs élèves une vidéo sur le thème « Comment convaincre vos camarades de jouer au handball ». Plus comique et plus terrifiant est le recours judiciaire déposé par trois jeunes interdits de sortie du territoire. Il y avait, parmi eux, une convertie de la région de Mulhouse. Elle disait vouloir se rendre en Arabie saoudite dans une faculté de théologie réservée aux femmes. La décision de ne pas la laisser partir a été prise sur la base de deux éléments : d’abord, un signalement de sa mère pour radicalisation, puis une note des services de renseignements qui faisait état de cette déclaration de la jeune Alsacienne : « Mourir en martyr permet d’engranger des points supplémentaires pour rejoindre le paradis. » Et le plus drôle est encore à venir. Le rapporteur du ministère public, nous apprend Le Monde, a demandé que l’État verse 1 500 euros de dédommagement à la pauvre Émeline car ce type de propos, figurant dans le Coran, pouvait être repris par beaucoup de musulmans, sans que cela tire à conséquence !

Il n’y a aucune chance de voir figurer cet invraisemblable sketch judiciaire au programme des Guignols de l’info, ni du Petit Journal, ni d’aucun amuseur des ondes, car leur rire est sur les rails. Il ne dénonce rien de ce qui mérite d’être dénoncé. Il est l’ami indéfectible du désastre. Il enseigne la soumission. Il accompagne docilement tous les processus en cours.[/access]

guignols couverture causeur

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Najat Vallaud-Belkacem, migrante politique

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najat vallaud lyon villeurbanne

Migrante ou réfugiée ? Le débat sémantique  qui agite actuellement les rédactions à propos des déplacements massifs de populations en direction de l’Europe pourrait s’appliquer à la translation, géographiquement minuscule, mais politiquement significative, que Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, vient d’effectuer ce week-end. Elle s’est rendue, en effet,  vendredi 3 septembre, au pot de rentrée de la section de Villeurbanne du Parti socialiste, pour y officialiser sa mutation de la section du quartier de Montchat, dans le 3ème arrondissement de Lyon, vers celle de la deuxième ville de la Métropole. Villeurbanne, 148 000 habitants qui jouxte la capitale régionale, est un bastion socialiste depuis le début du siècle dernier, et  cette commune est farouchement attachée à son autonomie malgré son étroite imbrication dans le tissu urbain de la capitale des Gaules.

Villeurbanne l’ouvrière contre Lyon la bourgeoise, c’était l’éternel affrontement social et politique qui animait les controverses locales. Le fait qu’aujourd’hui les deux villes soient dirigées par des municipalités dominées par le PS, avec Gérard Collomb à Lyon et Jean-Paul Bret à Villeurbanne ne change rien à l’affaire : Lyon c’est Lyon, et Villeurbanne c’est Villeurbanne. Au point que lors de la constitution, le 1er janvier 2015, de l’assemblée de la Métropole du Grand Lyon, remplaçant le Conseil général dans l’aire métropolitaine, les élus socialistes villeurbannais ont formé un groupe autonome, membre de la majorité de Gérard Collomb, mais bien décidé à peser sur les décisions de l’exécutif. En passant d’une ville à l’autre, Najat Vallaud-Belkacem rompt les derniers liens l’unissant à son Pygmalion politique, Gérard Collomb, et se pose en prétendante à la succession de son ex-patron à la primature de la gauche dans la deuxième agglomération urbaine de France.

C’est donc bien un asile politique que la ministre de l’Education nationale est venue solliciter, car il était évident pour  tous les observateurs de la vie politique locale que le sénateur-maire de Lyon n’était pas prêt à dérouler le tapis rouge à son ex-protégée pour les élections législatives de 2017. Voir une jeune femme que l’on a formée comme collaboratrice à son cabinet,  puis fait élire au Conseil départemental, enfin donné un poste d’adjoint à l’Hôtel de Ville, monter au sommet de l’Etat en s’émancipant de son patron n’est jamais agréable pour un vieux crocodile de la politique. Surtout lorsque la jeune femme en question vient se poser en rivale de l’héritière pressentie, qui n’est autre que la jeune épouse du septuagénaire Gérard Collomb, Caroline, de trente ans sa cadette…

C’est ce contexte qui a donné une ampleur nationale à un micro-événement, le pot de rentrée d’une section socialiste d’une ville française moyenne. Il faut dire que le teasing avait habilement été géré par Najat-Vallaud Belkacem : cela fait maintenant plus de trois ans qu’elle profite de ses fonctions ministérielles, comme ministre du Droit des femmes, puis comme ministre de l’Education nationale, pour se faire voir à Villeurbanne. Elle promeut, par exemple, ses si controversés «  ABCD de l’égalité » dans une classe d’un quartier difficile  de la ville. Elle distribue des Légions d’honneur à des personnalités politiquement signifiantes : Gilbert Chabroux, ancien maire de la ville, très populaire parmi les anciens, et Zohra Bonnet présidente de l’Association France-Algérie locale, dans une commune où les immigrés maghrébins représentent à peu près 25% de la population… Il ne lui reste plus qu’à obtenir de Nicole Bornstein, la présidente du CRIF Rhône-Alpes, d’être l’invitée d’honneur au dîner annuel, en janvier prochain, de cette institution juive pour tenter de rallier les suffrages de la plus importante communauté juive de l’agglomération lyonnaise. Elle mouille le maillot, la Najat, au sens propre de l’expression, en venant, en juillet 2014, participer à un match de basket opposant, pour le fun, les légendaires basketteurs de l’ASVEL emmenés par Tony Parker, le repreneur du club de la ville, aux élus locaux.

Au début de cette année, elle fait savoir qu’elle vient d’acquérir un appartement dans un quartier de Villeurbanne, qui jouxte l’arrondissement de Lyon dont elle fut, naguère, la conseillère générale. Que ne faut-il pas faire pour séduire les militants socialistes d’une des rares circonscriptions françaises considérée comme «  sûre », même en cas de débâcle socialiste à l’élection présidentielle de 2017 ! Restait à obtenir de la députée locale, Pascale Crozon, qu’elle lui laisse sa place au Palais Bourbon, ce qu’elle avait rechigné à faire en 2012, alors que l’espoir, pour Najat de remporter  la circonscription qui lui avait été attribuée à Lyon, acquise à la droite depuis la nuit des temps, était nul[1. Najat Vallaud-Belkacem avait alors renoncé à se présenter, en raison de la règle édictée par François Hollande, indiquant que tout ministre battu  aux législatives devait quitter le gouvernement.]. Âgée de 70 ans, ayant effectué deux mandats et mettant un terme à sa carrière parlementaire, Pascale Crozon sert aujourd’hui de marraine à Najat dans la procédure d’adoption engagée depuis trois ans.

La petite sauterie au local du PS de la rue Michel-Servet, dans le quartier historique des Gratte-Ciel, perle architecturale des années trente du siècle dernier, s’est déroulée parfaitement dans le cadre du plan com’ bien troussé d’un parachutage en douceur : Najat la joue modeste, arrive à pied en compagnie du minimum d’équipage : un agent de sécurité, et deux collaborateurs de son cabinet. On a déplacé de quelques dizaines de mètres les deux militaires affectés à la surveillance permanente de la synagogue voisine, pour le cas où… On  a même laissé approcher une poignée de jeunes contestataires de l’organisation étudiante de droite UNI qui braillent, pendant trente secondes «  Najat, démission ! », avant d’aller, à la bonne franquette, partager la pizza distribuée à l’assistance sur le trottoir devant le local, trop petit pour accueillir militants et journalistes venus en nombre…

D’une petite voix fluette, Najat minaude que sa candidature au législatives n’est pas à l’ordre du jour, que la procédure de désignation n’est pas encore lancée, et que d’autre tâches plus urgentes sollicitent son énergie, notamment soutenir son ami Jean-Jack Queyranne, président sortant de la région Rhône-Alpes, bien mal parti dans ce combat avec une gauche éclatée façon puzzle, face à une droite et un centre rassemblé sous la houlette de Laurent Wauquiez. «  La section de Villeurbanne, cœur battant du PS régional, fera toute sa part et même plus que sa part dans cette campagne », affirme-t-elle. Encore une pierre dans le jardin de Gérard Collomb et de ses ex-camarades lyonnais, dont la mobilisation pour ce combat électoral, jugé perdu d’avance, est à la mesure des sentiments que le maire de Lyon éprouve pour le président de la région : tièdes, et c’est un euphémisme.

Le pari de Najat-Vallaud Belkacem, celui d’assurer sa survie politique quelles que soient les conséquences du scrutin présidentiel, est-il gagné d’avance ? Un peu de mémoire historique devrait la rendre circonspecte. A deux reprises, au siècle dernier, la droite avait remporté, contre des sortants bien implantés, cette circonscription ancrée à gauche : en 1958, avec la vague gaulliste, et en 1993, dans la débâcle  aux législatives du mitterrandisme finissant.

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00722243_000002.

 

Ecologie: Libé de plus en plus limite

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limite liberation ecologie

limite liberation ecologie

Certes, le buffet n’avait rien du faste des soirées germanopratines. Tout juste quelques rillettes  à côté de cacahuètes pour le moins farineuses, deux ou trois salades composées servies dans des assiettes en carton et des bouteilles de vin pour lesquelles on ne se serait pas damné. On aurait volontiers suggéré un rencard de copains trentenaire et fauchés ou d’étudiants attardés si le flair acéré d’une vieille renarde de journaliste n’avait pas décelé le rendez-vous d’une « jeune garde ultraconservatrice catholique » venus soutenir la soirée de lancement de Limite, une revue écologiste, antilibérale et bioconservatrice.

Et quelle bande de jeunes chiens fous ! En plus de porter haut et fort une décroissance assumée mettant au cœur de son principe la place de l’être humain, en sus de dénoncer un libéralisme économique et sociétal asservissant, voilà qu’ils s’étaient autorisés à ouvrir leurs portes à tous les curieux qui s’inviteraient, fussent-ils curés en col romain, compagnons de la Manif pour tous, hippies des années 1970, philosophes en tout genre ou simples chalands désireux d’entendre de nouvelles voix se distinguant de la monotonie ambiante.

Il n’en fallait pas plus pour que Libération s’empare du sujet et révèle au monde cette inquiétante généalogie, quitte à abuser d’épithètes renvoyant systématiquement aux heures les plus sombres de notre histoire. Mais tenez-vous bien, voilà que ces jeunes avaient eu l’outrecuidance d’inviter Elisabeth Lévy, comme on s’acoquine avec un noir ou un homosexuel pour parer toute accusation de racisme ou d’homophobie. Y’avait-il d’ailleurs des gays ou des représentants de la diversité ? L’enquête ne le dit pas mais tout laisse à penser le contraire. N’est-ce pas Eugénie Bastié, journaliste au Figaro et à Causeur qui s’est laissé dire, précisément à cette soirée, que «Mgr Rey est quelqu’un d’intéressant» ?  Voilà pourquoi votre fille est muette.

Mais cessons de rire un instant des raccourcis à rallonge de Libé qui a en réalité toutes les raisons de s’inquiéter. Car il est vrai qu’une nouvelle génération est entrée dans la carrière et qu’elle n’en sortira plus. Hier enfants de bourgeois, ces jeunes sont devenus l’armée de réserve d’un combat culturel qui ne dit pas encore son nom. Ils ne veulent plus jouir sans entraves ; ils ne veulent plus de ce marketing agressif, de ce déracinement identitaire, de ce décérébrage médiatique, de ce relativisme moral, de cette misère spirituelle,  de ce fantasme de l’homme autoconstruit. Face à ce système déshumanisant, l’écologie intégrale qu’ils proposent offre une alternative radicale: moins mais mieux! Indissolublement humaine et environnementale, éthique et politique, elle considère la personne non pas comme un consommateur ou une machine, mais comme un être relationnel qui ne saurait trouver son épanouissement hors-sol, c’est-à-dire sans vivre harmonieusement avec son milieu, social et naturel. Dans la conception de leur principe, l’écologie intégrale ne sacralise pas l’humain au détriment de la nature, ni la nature au détriment de l’humain, mais pense leur interaction féconde.

Alors oui, encore une fois Libération a toutes les raisons de s’inquiéter. Car ces brillants insurgés sont peut-être jeunes et beaux mais ils ne veulent en tout état de cause pas sentir le bon sable chaud. Et les pavés, ils ne s’en serviront pas pour mettre à jour une utopique plage mais pour jeter dans la mare soixante ans de désillusions et de progrès mythifié. Courez camarades, un nouveau monde s’annonce !

Conférence de presse: Hollande carrément à l’Est

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(Avec AFP) – Lors de sa sixième conférence de presse à l’Elysée, François Hollande a semblé plus conciliant qu’à l’accoutumée avec la Russie, acteur clé du conflit syrien, se disant prêt à plaider pour la levée des sanctions frappant Moscou en cas de progrès significatifs dans le dossier ukrainien. Il s’est félicité du respect du cessez-le-feu en Ukraine et de l’adoption par la Rada locale d’une loi reconnaissant l’autonomie des régions de l’Est, glissant au passage une petite pique contre « l’extrême droite ukrainienne », qui joua pourtant un rôle prépondérant dans la révolution de Maïdan. Grande nouvelle : une réunion entre la France, la Russie et l’Allemagne pourrait avoir lieu avant l’Assemblée générale des Nations Unies, fin septembre, et l’on parle même de fin des sanctions antirusses.

Lors de son propos liminaire de 18 minutes avant de répondre aux questions des quelque 200 journalistes réunis dans la salle des fêtes de l’Elysée, le Président  a consacré de longues minutes à l’accueil des réfugiés. Parlant d’une crise « dramatique », il a indiqué que la France était prête à accueillir 24.000 réfugiés, sur les 120.000 que la Commission européenne a proposé d’accueillir dans les Etats membres. Une paille aux yeux du Front de gauche et des écologistes, que le flux hebdomadaire de migrants en Europe ne devrait pas décevoir…

Affichant à plusieurs reprises sa solidarité avec Angela Merkel, Hollande a rappelé que c’est avec la chancelière allemande qu’il avait proposé « un mécanisme permanent et obligatoire d’accueil des réfugiés ». Une manière habile de faire passer la pilule de l’Europe allemande à la gauche de la gauche, subitement charmée par la solidarité de Merkel… et du patronat allemand.

Le Président a enfin critiqué mezzo voce la Hongrie pour la construction d’une clôture à sa frontière avec la Serbie, dressant un parallèle avec l’attitude ouverte de l’Europe occidentale vis-à-vis des pays de l’est lors de la chute du mur de Berlin. C’est bien le scoop de la journée : après le 9 novembre 1989, des millions d’immigrants est-européens auraient fui les régimes post-communistes naissants pour s’installer à l’Ouest. Et ce, sans que nul Français, Britannique ou Allemand ne s’en aperçoive. Honecker en rêvait, Hollande l’a déclaré !