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De Paris à Copenhague, l’antiracisme aveugle

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Hallo, Olivier. Hvordan går du idag ? Comment ça va ce matin ?

– Hej Kai. C’est dur. Mais on tient. Hier, on était pris dans l’évènement. Les sirènes, les gens qui courent dans ta rue. Les tirs que tu entends de ta fenêtre… Ce matin, on réalise. On commence à réaliser. Le quartier est encore entièrement bouclé. Je ne sais même pas si je vais pouvoir sortir de chez moi acheter du pain.

– On pense à vous à Copenhague. Très fort même. Si après tu veux venir passer quelques jours chez nous, tu es le bienvenu.

– Ça ira, c’est gentil. Je ne veux pas quitter Paris, pas maintenant, pas après ça. Je ne veux pas déserter. Ils vont reprendre leurs « Pas d’amalgame ! »

Hvad mener du ? « Pas d’amalgame ! » c’est quoi ?

– C’est un slogan, une intimidation, ils la reprennent en boucle à chaque attentat.

– Oui, mais ça veut dire quoi ?

– Ça veut dire qu’il ne faut pas désigner l’ensemble des immigrés et des musulmans, ou l’Islam en général comme responsables des attentats.

– Hvorfor det ? Il y a des gens qui font cela ?

– Non, justement, personne ne fait ça, ce serait ridicule. C’est justement parce que personne ne pratique l’amalgame, qu’ils surenchérissent avec leurs « Pas d’amalgame ! ». C’est une sorte d’injonction paradoxale, comme quand on dit à une personne qui reste calme de ne pas s’énerver… et qu’on obtient qu’elle s’énerve. C’est une supplique de l’antiraciste au supposé raciste : deviens ce que je veux que tu sois…

Jeg forstår ikke, hvad du mener. Je ne comprends pas bien ce que tu veux me dire..

– Le truc, c’est que des gens, traqués par la violence islamiste et agacés par ce sautillement antiraciste perdent les pédales et prononcent des énormités. Dans ce cas, la culpabilité change de camp.

Det er klart. Je vois maintenant.

– Le slogan « pas d’amalgame » permet d’instiller le soupçon selon lequel, en notre for intérieur, nous pratiquerions l’amalgame. Il s’agit de dénoncer non pas des actes ou des propos, mais des pensées cachées. De victimes évidentes, nous devenons alors des coupables potentiels. Des coupables de racisme.

– Alors, le terroriste que l’on fait mine de condamner bien sûr, aurait malgré tout quelques bonnes raisons de…

– Exactement.

Utrolig. De er utrolig. Vous êtes incroyables vous autres Français.

– Oui. Ils le font systématiquement. Ils recommenceront : « Pas d’amalgame ! ». Même cette fois. Ce travestissement sournois du réel, c’est comme un deuxième assassinat.

– Tu exagères, c’est l’émotion.

– Peut-être. Mais c’est insupportable. Comme quand on dit « Dash » (même pas « Daèche ») pour ne pas dire Etat Islamique… Comme quand on nous répète à l’envi que tel ou tel personne recherchée serait « un Français », sans préciser son itinéraire. C’est du billard à deux ou trois bandes : le but est que nous disions, par réaction, qu’il n’est pas vraiment français, pas un etnisk fransk comme on dit au Danemark. Alors, bingo, nous serions racistes, donc, re-bingo, forcément coupables. Il s’agit toujours de renverser, de subvertir le réel. De faire de la victime, un coupable. Sournoisement. Par l’ellipse, l’euphémisme ou des alternatives soigneusement choisies, et obligatoires, comme cet « amalgame ou pas ».

– Au Danemark, nous disons les choses. Trop brutalement même.

– Peut-être, mais c’est ce que j’aime chez vous.

– Mais vous avez une pensée plus sophistiquée.

– Non, justement. Le but du « Pas d’amalgame ! » c’est d’interdire de penser. Il ne faut surtout établir aucun lien partiel, aucune circulation conditionnelle, aucune modulation de fonctionnement entre immigration, islam, islamisme, délinquance et terrorisme. L’injonction « Pas d’amalgame ! » suppose que tout lien que l’on chercherait à établir entre tel ou tel événement ou situation serait justement de l’amalgame. On poserait un signe « égale » entre différentes réalités, comme immigration et terrorisme, ou Islam et islamisme. C’est « Pas d’amalgame ! » ou amalgame. Soit on dit que les choses n’ont rien à voir entre elles, soit on dit qu’elles ont tout à voir. Entre les deux, rien.

– (rires) Comme dans vos menus : Ost eller kagene. Fromage ou dessert.

– Oui, prononcer d’emblée « Pas d’amalgame ! » interdit à tout adversaire de penser les modalités d’un lien entre l’inimitié du quotidien, l’incivilité, la délinquance et le passage à l’acte terroriste. Par la brutalité de son alternative, amalgame ou pas, le slogan antiraciste entend réduire à néant toutes les nuances et les prudences que l’établissement de ces liens rendrait intellectuellement et moralement nécessaires. Encore une fois : « Pas d’amalgame ! » n’est rien d’autre qu’une injonction paradoxale. Il s’agit d’interdire toute nuance afin que, justement, certains fléchissent et produisent de l’amalgame. L’antiraciste tient à son « mauvais objet ». Il le provoque et le réinvente si nécessaire.

Ja

– Que les événements de vendredi aient un lien avec notre passé colonial et l’immigration, avec une guerre d’Algérie qui se poursuit alors même que nous avons rendu les armes (et sans doute parce que nous les avons indéfiniment rendues), tout cela est proprement impensable dans la plupart des médias. Sauf bien sûr, dans l’hypothèse inverse qui, elle, a droit de cité : les terroristes et leurs soutiens seraient victimes de notre colonialisme persistant… Dans ce sens-là, on a le droit de penser.

– Mais enfin, vos Merah, Fofana, Nemmouche et consorts ils ne sortent pas de n’importe où… Ils ne sortent pas du néant. Vous ne pouvez pas faire l’économie de cela. Toi-même, tu m’expliquais la différence fondamentale entre la pensée germanique du mal, comme figure isolée sortie des ténèbres, et la pensée latine du mal comme production sociale qui engage la cité… Les Kouachi, les Coulibaly, les Salah Abdelslam, ils ne surgissent pas de nulle part !

– Pas d’amalgame, Kai !

– Mais enfin ! Vous êtes le pays de la pensée ! De Foucault, de Lacan, de Camus, d’Aron…

– On est aussi le pays de Laurent Joffrin… Ta francophilie danoise t’aveugle… Dis-moi, tu viens quand à Paris ? On a besoin de vous ! On mangera dans le onzième.

Attentats de Paris: assaut terminé à Saint-Denis

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assaut Saint-Denis

Saint-Denis (AFP) – Des policiers lourdement armés ont mené un assaut mercredi sur un appartement de Saint-Denis, aux portes de Paris, ciblant l’organisateur présumé des attentats du 13 novembre, une opération qui a fait deux morts, dont une femme kamikaze.

Sept personnes ont été interpellées et placées en garde à vue lors de cette intervention au cours de laquelle les forces de l’ordre ont essuyé des tirs nourris et qui a vu une femme déclencher son gilet explosif, une première en France.

S’exprimant après l’assaut, François Hollande a appelé les Français à « ne pas céder aux tentations de repli », « à la peur », « aux excès », après les attentats commis par le groupe Etat islamique (EI), « qui veut instiller le poison de la suspicion », « de la stigmatisation » et de la « division ».

Des vérifications sont en cours pour savoir si le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, qui serait l’inspirateur des attentats, se trouvait dans l’appartement ciblé.

Pendant toute la durée de l’opération entamée avant l’aube et achevée en fin de matinée, le centre-ville de Saint-Denis a été bouclé et survolé par un hélicoptère, les 15.000 à 20.000 habitants de la zone priés de rester chez eux.

Alexia a entendu « des tirs à partir de 04H25, des +boum+ comme des grenades puis des rafales intermittentes », a-t-elle raconté à l’AFP.

L’intervention avait pour but de dénicher Abaaoud, surnommé Abou Omar al-Baljiki (le Belge), membre de l’EI qui a revendiqué les attentats meurtriers qui ont fait 129 morts vendredi à Paris et Saint-Denis.

Grâce à « la téléphonie », aux « surveillances » et aux « témoignages », les policiers disposaient d’éléments laissant penser qu’il était « susceptible de se trouver » dans l’appartement visé, a expliqué le procureur de la République de Paris, François Molins.

Peu avant l’aube, les policiers d’élite du Raid ont donc investi cet appartement, à quelques encablures du Stade de France où trois kamikazes se sont fait exploser vendredi.

En plus de la femme kamikaze, un homme a été retrouvé mort à l’issue de l’opération, atteint par des projectiles et des grenades.

Trois personnes ont été arrêtées dans l’appartement et placées en garde à vue. Deux autres personnes ont été interpellées « alors qu’elles étaient en train de se cacher dans les gravats », a précisé le procureur.

Enfin, deux personnes ont été arrêtées à proximité de l’appartement. Il s’agit d’un homme qui a dit à l’AFP avoir hébergé dans l’appartement ciblé deux personnes « qui venaient de Belgique », à la demande d’un ami, et d’une jeune femme.

Les personnes tuées et arrêtées dans l’appartement sont en cours d’identification.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a félicité les forces de l’ordre, qui ont « essuyé le feu pendant de nombreuses heures dans des conditions qu’ils n’avaient jusqu’à présent jamais rencontrées ». Six policiers ont été légèrement blessés.

En plus d’Abdelhamid Abaaoud, les enquêteurs traquent Salah Abdeslam, 26 ans, soupçonné d’être l’un des tireurs qui ont mitraillé vendredi soir les terrasses de cafés et restaurants parisiens, avec son frère Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser. L’homme est activement recherché, notamment en Belgique, où les attaques ont été organisées selon les autorités françaises.

Le parquet fédéral belge a révélé mercredi que la police belge avait interrogé avant les attentats les deux frères Abdeslam, mais qu’ils « ne montraient pas de signe d’une possible menace ».

Une vidéo accrédite par ailleurs l’existence d’un neuvième assaillant, qui pourrait être lui aussi en fuite à moins qu’il ne s’agisse d’un des deux complices présumés arrêtés samedi à Bruxelles et inculpés par la justice belge pour « attentat terroriste ». Ces deux hommes, Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 20 ans, sont aussi soupçonnés d’avoir exfiltré Salah Abdeslam en Belgique après les tueries.

Les trois équipes coordonnées, qui ont fait 129 morts, désormais tous identifiés, et 352 blessés (221 encore hospitalisés, dont 57 en réanimation), auraient été composées au total de neuf hommes: trois kamikazes aux abords du Stade de France à Saint-Denis, trois autres au Bataclan et trois assaillants pour les terrasses de bars et restaurants.

Plusieurs ont déjà été identifiés, tous Français: Brahim Abdeslam (31 ans), Samy Amimour (28 ans), Bilal Hadfi (20 ans) et Omar Ismaïl Mostefaï (29 ans).

Les policiers ont aussi diffusé la photo d’un des kamikazes du Stade de France, pour obtenir des informations sur cet homme passé par la Grèce cet automne. On a retrouvé près de son cadavre un passeport syrien dont l’identité correspond à celle d’un soldat de Bachar al-Assad tué il y a plusieurs mois.

Autre individu dans le collimateur des enquêteurs: Fabien Clain, Français converti à l’islam et vétéran du jihadisme, qui a revendiqué au nom de l’EI dans un enregistrement les attaques parisiennes.

Sur le plan politique, Nicolas Sarkozy a sévèrement mis en cause François Hollande et le gouvernement, déplorant « trop de temps perdu » depuis les attentats de janvier.

« Face à la menace terroriste (…), il n’y a plus de clivages partisans qui tiennent », a répondu à la mi-journée le chef de l’Etat devant les maires de France réunis à Paris.

« Aucun acte antisémite, anti-musulman ne doit être toléré », a aussi lancé le président, promettant la dissolution « immédiate » des lieux et groupes faisant « l’apologie du terrorisme ».

La prolongation de l’état d’urgence jusqu’à fin février sera examinée jeudi à l’Assemblée nationale et vendredi au Sénat.

Du côté de la riposte militaire, Paris a de nouveau bombardé Raqa, fief de l’EI, dans la nuit de mardi à mercredi. Au cours des dernières 72 heures, les frappes aériennes menées par la France et la Russie dans le nord de la Syrie ont tué 33 jihadistes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Mercredi, le porte-avions Charles-de-Gaulle a appareillé de Toulon pour se rendre en Méditerranée orientale.

En France, l’ambiance restait lourde. Le Conseil français du culte musulman, organe représentatif de l’islam, diffusera auprès des quelque 2.500 mosquées du pays un « texte solennel » condamnant « sans ambiguïté » toute « forme de violence ou de terrorisme », en vue du prêche de vendredi prochain.

*Photo : © AFP KENZO TRIBOUILLARD

Face à Daech, la riposte aérienne ne suffit pas

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daech michel goya attentats

Historien, le Colonel Michel Goya, est professeur associé à Sciences Po et à l’IRIS.

Daoud Boughezala. Le chef d’état-major Pierre de Villiers estime que l’armée a les moyens d’assurer sa mission de sécurité sur tout le territoire. Mais les attentats du 13 novembre n’ont-ils pas révélé les failles de notre dispositif de protection et de renseignement (recueil et analyse des données) ?

Colonel Michel Goya. L’opération Sentinelle, consiste à protéger un certain nombre de sites et de zones sensibles avec un effectif déployé d’au maximum 10 000 soldats. Les armées, l’armée de terre en particulier qui en assure la plus grande part, sont effectivement capables d’assurer cette mission. Le but de cette opération est essentiellement psychologique, il s’agit de rassurer les Français par la présence visible de soldats et de montrer que l’on « fait quelque chose ». Dans les faits, cela est relativement peu efficace. Outre que, bien sûr, ces hommes ne sont pas déployés en permanence, ils ne peuvent assurer la sécurité de tous les lieux publics. Les soldats de l’opération Sentinelle ne protègent donc qu’une très faible partie de l’ensemble des zones susceptibles d’être attaquées. Ils le font d’ailleurs, par obligation de visibilité, plutôt en position de vulnérabilité par rapport à une attaque surprise.

Surtout, ce déploiement, à la fois forcément insuffisant et très important en volume pour une armée de terre dont on n’a cessé de réduire les effectifs, perturbe considérablement le fonctionnement des unités opérationnelles. On utilise des soldats couteux à former et à équiper pour effectuer des missions de vigiles alors même que leur mission première est de mener des opérations offensives contre l’ennemi hors des frontières. Vu de l’Etat islamique ou des autres groupes djihadistes ennemis, l’opération Sentinelle c’est des milliers de soldats « fixés » en France où il est relativement facile de les éviter au lieu de les avoir en face de soi.

L’opération Sentinelle ne pouvait donc empêcher les attaques du 13 novembre. On ne peut pas lui demander plus que ce qu’elle peut offrir en termes de sécurité. La véritable sentinelle c’est évidemment le système de renseignement, et, par principe, si les attaques ont pu avoir lieu c’est qu’il a échoué quelque part. L’enquête systématique menée après chaque attaque permettra de déterminer quelles ont été ses failles et quelles adaptations sont nécessaires.

La multiplication des fonctionnaires armés (policiers, militaires, voire une future Garde nationale ?) limitera-t-elle vraiment le risque terroriste ?

Il y a un lien direct entre la densité d’hommes armés (et compétents dans l’usage des armes) au sein d’une population et la rapidité d’intervention. Ce n’est évidemment pas une garantie, ces hommes et ces femmes, comme celui qui était affecté à la sécurité de l’équipe de Charlie Hebdo, peuvent être aussi surpris que les autres par une attaque soudaine. Ils peuvent cependant ensuite intervenir plus vite et peut-être arrêter une agression ou au moins la freiner et la limiter en attendant l’arrivée des unités d’intervention. L’expérience des villes d’Israël où la première intervention armée, même limitée, contre une attaque est toujours très rapide doit nous inspirer.

S’il n’est pas question de libéraliser l’usage des armes, à la manière américaine (par ailleurs peu efficace pour empêcher les tueries), il est possible d’augmenter cette densité en augmentant bien sûr le nombre de policiers et de gendarmes dans les rues, ce qui supposera peut-être une réorganisation interne et en tout cas des recrutements internes. Une mesure simple, proposée depuis longtemps, consisterait déjà à accorder à ces fonctionnaires la possibilité de conserver leurs armes hors service. On peut imaginer aussi l’emploi, dans un cadre très précis, de sociétés privées ou bien sûr, celui de réservistes, le tout à la place notamment de militaires bien plus utiles ailleurs.

Une dizaine de milliers de citoyens français seraient fichés S. Comme le préconise Nicolas Sarkozy, serait-il efficace de les assigner à résidence afin de prévenir de futures attaques terroristes ? Plus globalement, comment gérer les poudrières que sont certaines banlieues belges ou françaises ?

Il faut rappeler d’abord que les fiches S, comme « sureté », sont de simples notes d’information qui ne visent pas seulement les radicaux islamistes. Sinon, un des principes d’un Etat de droit est qu’on n’incarcère pas sans preuves. L’arsenal juridique français est sans doute suffisant mais il faut améliorer et notamment accélérer son fonctionnement. Cela passe avant tout par des moyens.

Pour le reste, il y a évidemment une reconquête à mener des « territoires perdus de la République » à la manière de la contre-insurrection. Cela ne peut passer que par une sécurisation forte et permanente de ces espaces, préalable indispensable au retour de l’Etat de droit.

Tout cela ne peut s’extraire d’un effort important sur les moyens des ministères régaliens, intérieur-défense-justice et diplomatie- ceux-là même qui assurent la sécurité des Français. La France ne leur consacre plus que 2,8 % de la richesse qu’elle produit chaque année contre 4,5 % à la fin de la guerre froide et 6,5% en 1960.

Ces derniers jours, la France a intensifié ses frappes aériennes sur Raqqa, le fief syrien de l’Etat islamique. Sans appui au sol, cette stratégie n’est-elle pas de la poudre aux yeux destinée à rassurer l’opinion ?

Les campagnes aériennes seules n’ont jamais détruit aucun ennemi. L’armée de l’air israélienne a réalisé plusieurs campagnes à plusieurs milliers de frappes contre le Hamas ou le Hezbollah sans que ces deux groupes soient anéantis, loin de là. La coalition contre l’Etat islamique en a réalisé plus de 7 000 en quinze mois, ce qui, comme c’était évident dès le départ, n’a eu aucun effet décisif. Il est, réalité, relativement simple, de se protéger de frappes aériennes par la dispersion, le camouflage, l’enfouissement, l’emploi de moyens civils ou l’imbrication dans les populations. On peut cependant améliorer la capacité de frappes et de raids en combinant des moyens variés comme les hélicoptères ou même des forces d’infanterie légère. Pour autant, vaincre impose nécessairement d’occuper le terrain mais même cela ne suffit pas. Détruire l’Etat islamique impose, au moins autant qu’occuper Raqqa ou Mossoul, de répondre au ressentiment et aux attentes des arabes sunnites.

L’un des kamikazes de vendredi dernier serait un migrant syrien. Comment éviter l’afflux de terroristes parmi les migrants, sinon en fermant définitivement nos frontières, ce qui est inconcevable au sein de l’espace Schengen ?

Il est logique que les groupes djihadistes utilisent les flots de migrants pour pénétrer sur les territoires européens mais il existe aussi d’autres possibilités d’infiltration terroriste.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00693296_000005.

Attentats de Paris: ni amalgame ni déni

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Edwy Plenel islam terrorisme attentats

« L’horreur de l’inhumanité s’est exprimée et rien d’autre. Ils n’étaient ni musulmans, ni catholiques, ni arabes, ni occidentaux » a déclaré samedi, sur le site de Mediapart, Pierre-Adrien Marciset, dans un article intitulé « Ne laissons pas s’installer l’esprit de guerre ». Vraiment ? Qui nous a attaqués, alors ? Des fantômes ? Non, « la barbarie terroriste » explique de son côté Laurent Joffrin.

Soit, mais d’où vient-elle ? « Des discours politiques de courte vue et de faible hauteur (sur l’islam, notamment, avec ce refoulé colonial de « l’assimilation ») » explique quant à lui Edwy Plenel, avant d’ajouter qu’il faut « défendre notre France, notre France arc-en-ciel, forte de sa diversité et de sa pluralité, cette France capable de faire cause commune dans le refus des amalgames et des boucs émissaires ». Pourquoi pas ? Mais contre qui ? On ne le saura pas.

Il est sidérant de constater à quel point, près d’un an après les attentats de janvier, les réactions sont toujours les mêmes. D’un côté ceux qui accusent les étrangers, les musulmans dans leur ensemble, et de l’autre ceux qui refusent de nommer l’ennemi, au prix de circonvolutions parfois grotesques.

C’est ainsi que le même Pierre-Adrien Marciset assène : « Si vous avez applaudi aux discours islamophobes, encourageant l’ostracisation des musulmans sans distinction des individus, vous êtes coupable. » Certes, ostraciser les musulmans est répréhensible, mais les terroristes auraient donc été uniquement encouragés par une prétendue « islamophobie » française ?

Puis ce même individu d’expliquer : « Ce qui nous a frappé hier n’arrive pas de nulle part : nous l’avons invité dans notre monde. Notre pays est une république imbue d’elle-même, saturée de son bon droit à tout exercer, brutale et insolente qui roule politiquement sur l’exacerbation des différences, la France est un pays de guerre civile sans armes à feux, de clivages, de haines et de division. » Intéressant de constater que les mêmes qui accusent les autres de déclinisme sont souvent les plus grands pourfendeurs de la France.

« Protégeons les musulmans de France comme nous n’avons pas su protéger les juifs de france, jadis » conclut-il. Certes, les musulmans de France ne sont pas moins français que les autres et il faut les protéger. Mais le parallèle avec les juifs avant la seconde guerre mondiale, outre qu’il semble hautement contestable, ne nous renseigne toujours pas sur l’identité de notre ennemi.

Comment faire bloc contre l’ennemi, si celui-ci n’est pas le même pour chacun d’entre nous ? Si certains continuent à penser, pendant que des civils se font abattre par dizaines par des islamistes, que l’ennemi numéro 1 c’est l’islamophobie. A ce rythme, on va de nouveau essayer de nous faire croire, comme lors des manifestations du 11 janvier, que nous marchons contre le front national. Le FN est évidemment un danger, mais ne faisons pas croire qu’il s’agit actuellement du danger numéro 1. Il faut au moins être un disciple d’Edwy Plenel pour pratiquer un tel déni de réel.

Non, tout cela n’aurait rien à voir avec la religion, paraît-il, car la majorité des musulmans seraient modérés. Certes, c’est heureux, mais en quoi cet argument permettrait-il d’enlever la dimension religieuse au problème ? Depuis quand la religion n’aurait rien à voir avec la politique ? Qui oserait prétendre que l’Inquisition n’aurait rien à voir avec le catholicisme ? Hélas, les journalistes continuent de confondre foi et religion.

Oui, les terroristes sont des fanatiques, mais qui agissent bien au nom de la religion. Oui, l’interprétation que font les islamistes du Coran est littérale, archaïque et inhumaine, mais elle n’est pas un fait totalement isolé. Non, l’islam qu’ils prônent n’est pas l’islam authentique mais il existe bel et bien cet islam capable de tuer les gens soupçonnés d’apostasie, de lapider les femmes adultères voire les femmes violées. Celui qui autorise à tuer les mécréants, dans la foule venue assister à un concert soi-disant idolâtre comme dans celle entassée à la terrasse des cafés parisiens. Celui qui met en place la charia la plus rigoriste en Arabie Saoudite, au Yemen, en Indonésie ou au Pakistan.

Cela a au contraire beaucoup à voir avec la religion. Les terroristes font ce qu’ont fait beaucoup d’autres avant eux : ils utilisent les croyances de toute une frange de la population pour légitimer leurs actes et pour asseoir leur pouvoir. Ils utilisent d’ailleurs le fait qu’on n’ose pas trop critiquer la religion en question pour obtenir notre silence.

Notre ennemi a donc un nom : l’islamisme. Et il y a des valeurs à lui opposer, notamment l’humanisme, les Lumières, l’école républicaine. Tout comme la laïcité et le courage de l’appliquer. La liberté en fait aussi partie. Mais pas une liberté qui ne servirait aux uns qu’à assouvir leurs pulsions consommatrices et aux autres à les regarder faire. On ne fait pas la guerre pour garder son smartphone intact.

Pour faire la guerre, il faut être mu par des aspirations qui nous dépassent : la patrie, notre patrimoine culturel, la laïcité sont de celles-là. Et même si certains voudraient nous faire croire que ce sont de vilains mots, la vitesse à laquelle les drapeaux bleu-blanc-rouge se sont répandus sur la toile montre qu’il est bien difficile de renier totalement son sentiment d’appartenance à une nation. Et ce, bien que l’Europe et la globalisation tentent depuis de nombreuses années de le dissoudre dans l’expression « citoyen du monde », qui fait sans doute se retourner Montesquieu dans sa tombe.

N’en déplaise à Edwy Plenel, « la pluralité et la diversité de notre France », cette « société de libertés individuelles et de droits collectifs » comme il le dit si bien, ne suffira pas à faire la guerre à l’islamisme. Nous pensons au contraire, avec Boualem Sansal, que seule la France laïque peut combattre l’islamisme.

Tant qu’on ne nommera pas notre ennemi, tant qu’on répondra à sa cruauté par le silence, nous ne le vaincrons pas. Tant que nous nous tairons, tant que ceux qui oseront parler ne feront que critiquer l’islam dans son ensemble ou dire que la religion n’a rien à voir avec tout ça, deux camps continueront à s’opposer, deux camps qui se trompent de combat.

*Photo : SIPA.00729157_000011.

Hollande au Congrès: paroles, paroles?

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francois hollande congres sarkozy terrorisme

Il est des moments dans la vie d’une nation où la vie politicienne doit être mise entre parenthèses. C’était tout le sens de la convocation du Congrès et du discours historique prononcé le 16 novembre par le Président de la République. Et disons-le franchement, pour l’essentiel, notre Président s’est montré à la hauteur. L’opposition aussi. Les mots, comme les mesures annoncées, sont destinés à entrer dans l‘histoire. Nous verrons bien, dans l’avenir, si ces dernières suffiront à permettre de gagner la « guerre », désignée dès le début du discours. Mais force est de constater que le Président de la République a souhaité revêtir les habits d’un homme d’Etat, apparaître comme faisant de la Politique au sens noble du terme et laisser, le temps d’un grand moment d’unité nationale, le jeu politicien de côté.

Il s’en est fallu de très peu que l’on en reste là. Annonçant d’importantes créations d’emplois dans le cadre du « pacte de sécurité » – faisant au passage du quinquennat Hollande définitivement celui des « pactes » –  le Président a souligné, ce qui est passé presque inaperçu, que « cet effort (…) permettra simplement de restaurer le potentiel des forces de sécurité intérieure au niveau qu’elles connaissaient en 2007 ». 2007… date de l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République. Une autre date aurait pu être choisie : on pense notamment que les chiffres de 2005, 2006, 2008 ou encore 2009 ne doivent pas être sensiblement différents. Mais c’est bien 2007 qui a été choisie comme date de référence, implicitement présentée comme le point de départ de la chute des effectifs policiers.  Autrement dit, il incombe au gouvernement actuel de réparer les dégâts causés par le quinquennat précédent, et lui seul, sans lesquels l’effectif des forces de l’ordre aurait été au niveau des besoins qu’appelle la situation d’insécurité actuelle.

La question de la destruction des emplois de policiers par l’ancienne majorité avait déjà provoqué, on s’en souvient, de vigoureuses passes d’armes entre Manuel Valls et l’opposition dans l’arène de l’Assemblée nationale, le premier imputant à l’ancienne majorité les défaillances auxquelles le Président Hollande propose aujourd’hui de remédier. Nous sommes ici bien incapables de trancher cette querelle de chiffres, mais nous constatons qu’elle a donc été au cœur d’une des annonces les plus importantes de François Hollande. Et pas n’importe laquelle : on peut en effet penser que les français sont plus sensibles à la question du nombre de policiers, au-delà même des questions de lutte contre le terrorisme, qu’aux aménagements constitutionnels, peut-être importants, mais moins tangibles. Il est par ailleurs acquis que l’on en rediscutera lors des prochaines élections régionales et présidentielles. C’était sans doute irrésistible pour François Hollande, il ne pouvait se retenir. La pilule ne passe pas. Il reste que cette précision purement politicienne, et donc totalement inutile n’avait pas sa place devant le Congrès. Ou encore, comme on dit, n’était pas au niveau du discours prononcé.

Ce n’est peut-être pas tout à fait une remarque de même nature qu’il faut formuler à propos de la saisine annoncée du Conseil d’Etat sur ces « autres propositions » dont tout le monde aura compris qu’elles sont celles de Nicolas Sarkozy. En l’occurrence, ce n’est pas de querelle politicienne dont il faut parler, mais de tactique. Le gouvernement, « dans un esprit d’unité nationale », nous dit le Président, « va saisir pour avis le Conseil d’Etat pour vérifier la conformité de ces propositions à nos règles fondamentales et à nos engagements internationaux. Cet avis sera rendu public et j’en tirerai toutes les conséquences ». C’est en effet en apparence un gage d’unité nationale : voilà que le Président actuel, adversaire ancien et peut-être futur de l’ancien Président, qui entretient avec lui des relations empreintes d’une certaine détestation, que le respect épisodique de certains usages protocolaires républicains peine à masquer, reprend ses propositions, ou plutôt ne les rejette pas en bloc. Ce faisant, il sait que le peuple lui en saura gré. On ne fera pas au Président Hollande un procès d’intention, toute sincérité n’est pas a priori à exclure. Mais il n’est pas interdit de penser que des calculs politiciens l’ont incité à prendre cette décision. L’histoire a montré que la saisine du Conseil d’Etat, pour avis, est déjà en soi un moyen de ne pas décider. On se souviendra de la saisine du Conseil d’Etat par Lionel Jospin en  1989 à la suite de l’affaire de Creil et du voile islamique à l’école.

Si l’on part du principe que les propositions formulées par Nicolas Sarkozy posent des questions juridiques aussi nombreuses que complexes, touchant aux fondements du droit pénal et du droit constitutionnel et qu’elles posent en outre d’évidents problèmes, probablement insurmontables, de compatibilité avec le droit de l’Union européenne et la Convention européenne des droits de l’homme, il n’est pas exclu que l’ancien Président ait tendu un piège au gouvernement actuel. Il n’est ainsi pas totalement impossible de penser que la saisine du Conseil d’Etat a été décidée, moins pour permettre de sérieusement envisager ces mesures, que pour mieux les enterrer. Il y a en effet fort à parier que la Haute instance administrative, peu habituée aux raisonnement tranchés et abrupts, prenne acte de la complexité de l’état du droit, et désavoue les propositions de Nicolas Sarkozy, ou, tout au moins annonce leur trop délicate applicabilité.

Le Président Hollande a indiqué qu’il tirerait toutes les conséquences de cet avis. Pour peu que le Conseil d’Etat se montre sévère, il y en aura d’évidentes : écarter les propositions de l’ancien Président. Et la boucle politicienne sera bouclée.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00730914_000015.

Hollande, un fonctionnaire à Versailles

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Hollande à Versailles. Le concept est intéressant. Il est même proprement historique. Mais un fonctionnaire reste un fonctionnaire, et un fonctionnaire ne rentre pas dans la cuirasse d’un chef de guerre. Hollande va donc faire la guerre avec les armes d’un fonctionnaire : il va guerroyer avec des articles de loi et des alinéas annulant les alinéas précédents, des formulaires CERFA, des ratiocinations légalistes, des mots démocratiques qui font joli dans le barnum de la Vème finissante, des procédures votées de réunions en réunions, des allégeances à la souveraineté administrative, de la conformité avec un tas de lois internationales comme on traite des conflits sociaux à coups de Droit du Travail. Il va tamponner du « République » sur tous ses ordres, et il va oublier que c’est la France qu’il faut sauver. Il va gérer un dossier. Aux armes citoyens.

Villiers: «Les souverainistes sont les derniers républicains»

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philippe villiers zemmour immigration europe

Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Vous pouvez désapprouver Jean Monnet et les pères de l’Europe, cela ne signifiait pas qu’ils étaient des salauds cyniques. Ils étaient réellement habités par l’obsession de ne pas revoir la guerre en Europe. On peut être d’accord avec ça, non ? 

Ce sont les Américains qui menaient la danse et ils savaient très bien ce qu’ils voulaient faire : une Europe sans limites géographiques, un espace sans frontières, sans gouvernement et sans démocratie, l’euroland dans le worldland. Il fallait que les firmes a-nationales trouvent de nouveaux marchés, de nouvelles clientèles, de nouveaux appétits. Il fallait l’alliance du libéral et du libertaire, du no limit et du no frontier. C’est le cahier des charges qu’ils ont donné à Jean Monnet, salarié de la banque Lazard. Je ne crois pas que Giscard, du haut de sa brillante intelligence et du fait de sa proximité avec Jean Monnet, ait ignoré ce projet d’anéantissement du politique. Pour tous ces Jefferson en Playmobil, l’idée était simple : on ne pourrait obtenir la paix que par la prospérité mondiale, qui ferait tomber toutes les dictatures, ravalerait les pulsions humaines et les mythologies dangereuses. Ces gens-là ne croyaient plus à l’autonomie du politique. Ils croyaient que l’administration des choses allait remplacer le gouvernement des hommes2. Plus de politique, plus de débat. Grâce à la fusion de l’économique et du politique, Google, Apple et Microsoft sont plus puissantes que n’importe quel Etat souverain.[access capability= »lire_inedits »]

En tout cas, l’aspiration de l’Europe à devenir une grande salle de gym, à sortir de l’Histoire si vous préférez, n’est pas un choix venu d’en haut. Une partie des peuples d’Europe la partage, pas seulement une oligarchie… Tout le monde veut acheter un iPhone au prix du travail chinois !

On peut acheter un iPhone et faire de la gym tout en souhaitant conserver ses attachements vitaux. Un des travers de nos politiques, depuis la mort de Pompidou, ce n’est pas seulement leur ignorance, c’est leur mépris de l’Histoire. Par exemple Giscard me disait : « L’Histoire, je me méfie de ce qu’elle charrie de passions, à travers les épopées mythiques qui ont fait couler tant de sang. Je veux sortir la France de l’Histoire pour la sortir du tragique. »

Eh bien, répétons-le, beaucoup de gens pensent comme Giscard. Le monde politique que vous avez quitté est-il bien pire que celui dans lequel vous étiez entré ?

Les nouveaux politiciens font du consumérisme politique. Ils veulent être en tête de gondole. Ce sont des produits : on les sonde et on les consomme. Ils ont une date de péremption : bientôt un seul mandat. Je me souviens d’un training télévisuel où se trouvaient Michel Noir, Alain Juppé et François Léotard. L’entraîneur s’égosillait : « Que vous le vouliez ou non, vous êtes des produits. Il faut être achetable. La politique n’échappe pas au marché du désir. Vous êtes comme les yaourts des grandes surfaces, le fond près du couvercle, il faut être crémeux à cœur ». Les temps ont bien changé. Je me souviens d’un monde infiniment plus libre et plus riche d’expression, de fantaisie, que celui dans lequel nous sommes. D’abord, la politique, c’était une vocation au bien commun et un milieu recherchés par les élites. Quand je suis entré à l’Assemblée, la moitié des élus de gauche et de droite étaient membres de l’Académie française. François Mitterrand me parlait des monophysites du Liban, Peyrefitte de la Chine, Mazeaud de l’Everest et Jean-François Deniau de littérature afghane. Aujourd’hui, les nouveaux élus sont les anciens attachés parlementaires. Or la marche du monde est compliquée. Lorsque vous êtes inculte, vous n’avez pas accès à la hiérarchie distinctive des choses.

Dans votre livre, vous parlez beaucoup de souverainisme, mais jamais de Jean-Marie Le Pen ou de sa fille. Il y a pourtant au moins un grand parti souverainiste en France, qui commence à prendre une importance incontournable : le FN…

Dans ce livre, je ne parle que des gens dont j’ai croisé la route. Lui, je ne l’ai jamais rencontré. Quant à sa fille, une chose peut troubler, c’est la pratique du parricide, même provoqué. Elle tue celui qui est à l’origine de la marque qu’elle prolonge. Le FN est d’abord une marque. Aujourd’hui, s’il y a un problème avec les Roms, les gens vont voter Marine Le Pen. Elle est un révélateur, non sans talent, elle représente le canal de la colère, la traduction politique de la souffrance identitaire. Elle est le plombier polonais dont se servent les gens pour purger les tuyaux du système. Mais elle a découplé libéralisme économique et libéralisme politique, donc elle a une vision incomplète de ce que sont la souveraineté et l’identité, nos ancrages et héritages. Son père assiste depuis son balcon d’amertume à la victoire de ses idées, sans lui. C’est pathétique, parce qu’à quelques années près, c’était son triomphe. Mais, chez lui, je n’ai jamais compris cette espèce de nécessité instinctive de faire comme la mouffette : lâcher des pets pour se rendre incomestible. Il s’y est toujours complu, avec son obsession du « détail », etc. Est-ce que c’est par un vieux fond d’antisémitisme cultivé ? Je n’en suis même pas sûr. Jean-Marie Le Pen, c’est sans doute un étudiant de la corpo qui préfère les chahuts de l’amphi aux diplômes.

Vous avez pourtant été allègrement « lepénisé » par les médias, et même, comme vous le racontez, pétainisé, lors de votre première « Heure de vérité », en 1992. Et cette image dépourvue de toute accroche dans le réel vous a collé à la peau.

Lors de ma première « Heure de vérité », je suis arrivé comme un provincial, une sorte de huron au Palais royal, avec toutes les candeurs du « rural profond », comme disait la Datar. Ivan Levaï me regarde avec un mélange de crispation et d’ironie. Puis il décoche : « Qu’est-ce qui vous différencie du maréchal Pétain ? » À cet instant, je sais que c’est fini parce que ma réponse ne va pas être écoutée. Ce qui compte dans le système médiatique, comme dans le système nucléaire, c’est la première frappe. Le public entend la première frappe et n’écoute pas la réponse : vous êtes un collabo, un « crypto-nazi ». Or dans mon cas, il y a erreur sur la personne car je suis fils d’un héros de la Résistance, de quelqu’un qui a sauvé un officier juif et qui, à cause de ça, s’est retrouvé avec les Juifs au camp de représailles de Lübeck. Mon père ne voulait pas qu’on en parle. Un soldat appartient à la Grande Muette. Il paie l’impôt du sang et ne se vante pas. Il tait ses gloires, ses services et ses épreuves. Mais ce jour-là, je n’en pouvais plus. Alors j’ai raconté l’histoire de mon père. Et Levaï, avec superbe, m’a piétiné: « Ce n’est pas la question. Le problème, c’est la DÉRIVE. » La dérive ! Et il prononce ce mot dix fois.

Il faut dire que vous cumulez : vous êtes catho, noble, chouan, un peu royco sur les bords… Vous cochez toutes les cases !

Vous oubliez aussi : hétérosexuel, rural, fils et frère de militaires… J’ai quitté la vie publique parce qu’il n’est pas possible de faire de la politique dans la France d’aujourd’hui quand on est ce que je suis, sauf en cas de guerre où on fait volontiers appel aux vieilles familles : De Gaulle, De Lattre, De Hautecloque. Sinon, on a vocation à être guillotiné en place publique. Donc je suis parti faire mon Puy du Fou, qui est un acte d’amour et un creuset de civilisation française, que deux millions de compatriotes viennent apprécier chaque année.

D’accord, mais la France est aussi révolutionnaire, pas seulement chouanne, plus exclusivement blanche et plus exclusivement catholique. Est-ce que vous n’avez pas d’elle une image trop statique et fermée ?

Pendant trente ans, je me suis laissé enfoncer par des phrases comme celle-là. Mais depuis six ans que je suis parti, je me dis que c’est dégueulasse ! Je suis le fils d’un officier français et mes deux grands-pères sont morts enveloppés dans le drapeau tricolore au son de la Marseillaise. Ma famille a accompagné tous les régimes, pas dans les palais de la République mais au champ d’honneur. Elle a servi la monarchie, l’Empire et la République. D’une manière particulière : en versant son sang. Mon frère, chef d’état-major des armées, a même une mèche de Napoléon. Quelqu’un comme moi a quand même le droit d’être réintégré dans la communauté nationale, non ? Et d’ailleurs, qui a sabordé la République ? Qui l’a vendue à Bruxelles ? Qui a interdit de séjour à l’école les hussards noirs de la République et le roman national ? Ce sont mes censeurs et les vôtres. Ce sont eux, les fossoyeurs de la République. Ce sont eux qui, dans la pénombre, ont remis les pouvoirs du peuple à messieurs les commissaires en cette zone grise où s’épanouit la corruption. Là où commande l’Europe, cet être des abysses qui ne craint que la lumière. Les derniers républicains, les seuls défenseurs de la respublica, sont les souverainistes de tous bords.

Vous semblez avoir réellement souffert de cette détestation des médias…

Ils m’ont tout fait. Vraiment tout. Ils pensaient me tuer. J’ai été bombardé de boules puantes. La presse française est une presse de moines copistes. L’un commence, les autres recopient. Ils abîment consciencieusement votre image. Ils la salissent. J’ai eu à subir des vilenies, des calomnies… J’ai fait des procès en diffamation pendant trente ans. Je ne laissais rien passer.

Et vous les avez gagnés ?

Tous. Mais ce n’est pas une vie, c’est pour ça que je suis parti. J’ai retrouvé ma vie d’entrepreneur-créateur au Puy du Fou, qui aujourd’hui fait l’admiration du monde entier et a été récompensé à Las Vegas et à Hollywood, avec l’Oscar du plus beau parc du monde, et j’en suis très heureux. Nous exportons le concept dans le monde entier, en Russie, en Angleterre, etc… En trente ans, il n’y a eu qu’un seul article dans la presse sur Philippe de Villiers le créateur d’entreprise à succès, dans Le Point. C’est Canal + qui donnait le ton avec la punition des Deschiens : « Toi, si tu continues à nous faire chier jusqu’au bac, on va t’emmener au Puy du Fou, avec un sandwich à la rillette du Mans. »

À vous entendre, vous avez toujours la « gnaque » contre vos ennemis et l’envie d’agir pour votre pays. Au fond, c’est en écrivant dans les journaux et en faisant des livres qu’on fait de la politique aujourd’hui ?

J’ai renoncé à la politique électorale mais la passion de la France ne m’a pas quitté. J’ai choisi de ne plus être entendu par mes électeurs pour être compris par mes lecteurs. D’ailleurs, je constate que quand je faisais des livres comme homme politique, j’étais beaucoup moins lu qu’aujourd’hui, quand je fais des livres métapolitiques ! J’invite à méditer la confidence de Soljenitsyne : « Aujourd’hui les dissidents sont à l’Est, ils vont passer à l’Ouest. » Les lucioles seront souverainistes ou ne seront pas. Un pouvoir qui ne possède ni la durée ni la sacralité est voué à disparaître et le peuple avec lui. Debout les Dissidents, sortez de la grande catacombe ![/access]

*Photo: Hannah.

Les banlieues françaises de Daech

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fabius ecole daech attentats

Après ce vendredi noir, je ne vois pas comment le gouvernement français va pouvoir continuer à dire « ni Daech ni Bachar » et rester aligné sur les puissances sunnites du Moyen-Orient. Les terroristes ont été formatés par l’idéologie salafiste sponsorisée par l’Arabie Saoudite, indirectement financés par le Qatar et autres « donateurs privés », soutenus militairement par la Turquie, pays par lequel ils transitent sans problème. Les intellectuels islamo-gauchistes nous expliqueront que c’est la faute à Bachar Al-Assad car s’il avait quitté le pouvoir en 2011, la Syrie serait aujourd’hui une démocratie laïque (bien sûr, on les croit sur parole). Si Bachar Al-Assad n’existait pas, il faudrait l’inventer car il résume pour toute une classe intellectuelle française l’origine du mal.

Ironie du calendrier, le G20 a eu lieu en Turquie, chez Erdogan le sponsor de Daech, celui qui après deux attentats meurtriers commis par l’Etat islamique cette année en Turquie, sans doute avec l’assentiment de ses services de sécurité, frappent les Kurdes, ceux-là même qui combattent Daech. Nul doute que Laurent Fabius a été très à l’aise dans cette réunion où l’hypocrisie fut de rigueur, Fabius qui est responsable de l’impasse totale dans laquelle la France se trouve au Moyen-Orient. Heureusement que sa maladie va l’obliger à quitter ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, après le désastre des régionales qui s’annonce. Son départ pour raison de santé tombe à pic pour changer de politique au Moyen-Orient.

Malheureusement, je doute que la politique de complaisance à l’égard de l’Islam radical ne change vraiment sur le plan intérieur. On peut arrêter quelques imams, mais on ne touchera pas aux fondamentaux. Tant qu’il existera en banlieue des zones de non-droit où les trafiquants de drogue, les gangs et les fondamentalistes pourront prospérer en toute liberté, nous ne réglerons pas le problème principal : ce sont les territoires français de Daech, tout comme Raqqa, Al-Anbar ou le Sinaï. La France possède elle aussi des zones grises où s’implante le terrorisme islamique.

Il faut commencer par réhabiliter l’école dans tous ces quartiers, cesser de dispenser un enseignement au rabais, cesser de faire passer les élèves dans les classes supérieures pour s’en débarrasser plus vite, cesser de réduire l’autorité au minimum pour éviter l’émeute. Dans les collèges de ZEP, les enseignants cumulent les congés maladie avec l’aval du rectorat qui ne veut pas de vague. C’est à ce prix que nous maintenons du personnel dans les ZEP, parce que le ministère de l’Education Nationale ne veut pas faire preuve d’autorité. Parce que la gauche caviar méprise les classes populaires en leur offrant un enseignement au rabais pendant que ses enfants fréquentent Henri IV. Najat Vallaud Belkacem, avec sa réforme du collège, est à l’Education Nationale ce que Laurent Fabius est à la politique étrangère.

*Photo: wikicommons.

Terrorisme: Prendre (enfin) conscience et se battre

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terrorisme daech democratie

132 morts et 99 blessés en urgence absolue. Autant dire que le décompte morbide post-attentats n’est pas terminé. Au-delà du choc et de l’émotion immense qui submerge tout un chacun, il convient de prendre la mesure de la situation.

La France est en guerre. De nombreux commentateurs semblent le découvrir, ahuris par la violence des attaques de vendredi soir. Ce n’est pourtant pas nouveau. Merah, Nemmouche, Kouachi, Coulibaly, Salhi à Saint-Quentin-Fallavier, Sid Ahmed Glam à Villejuif, El Khazzani dans le Thalys, la menace terroriste est de plus en plus prégnante en France et ce n’est pas parce qu’on ferme les yeux que le danger disparaît.

Vendredi, les terroristes ont frappé plus fort encore, de façon coordonnée et avec un nouveau mode d’action sur le sol français  : l’attentat suicide. Des rescapés ont entendu les terroristes justifier leurs actes par l’intervention de la France en Syrie. Le lendemain matin, les islamo-fascistes de Daesh ont revendiqué les attentats. Ça a le mérite d’être clair. Exit les loups solitaires et autres déséquilibrés chers aux idiots utiles de l’islamisme radical. Fini cette jeunesse perdue, sans horizon, exclue et humiliée. Quand on exécute de sang-froid plusieurs dizaines de « mécréants » puis qu’on se fait exploser dans l’objectif de trouver « la mort dans le sentier d’Allah » et 70 vierges au paradis, ce n’est pas par dépit ou à cause du chômage. Et ce n’est pas non plus une surprise.

Cela fait plus de vingt ans que les salafistes se sont installés dans ces banlieues que la police a désertées petit à petit, qu’on les a laissé faire pour acheter la paix sociale dans les « quartiers », qu’on ferme les yeux sur leurs prêches de haine et qu’on ignore volontairement la réalité de peur de se faire taxer d’islamophobe. Cela fait deux ans et demi que l’EI viole, égorge, décapite, crucifie, esclavagise en Irak et en Syrie à grand renfort, entre autres, de citoyens français subjugués par cette violence, en bénéficiant du cynisme turc et de la veulerie occidentale.

La constitution d’une coalition aérienne anti-EI en septembre 2014 allait permettre de soulager les Kurdes mais ne suffirait pas à gagner cette guerre. On le savait. Mais ce n’était pas l’objectif. Le manque de courage politique des dirigeants occidentaux, le manque d’anticipation, la lâcheté de croire qu’en regardant ailleurs, nos ennemis feraient de même, tous ces facteurs ont fragilisé et décrédibilisé les démocraties occidentales. Ce syndrome munichois qui rattrape toujours les faibles.

Pris par l’émotion de ces attaques ignobles, François Hollande a immédiatement déclaré que des mesures de sûreté exceptionnelles seraient prises. L’état d’urgence décrété sur l’ensemble du territoire, le contrôle rétabli aux frontières, les contrôles d’identité étendus, la possibilité d’un couvre-feu, l’interdiction de toute manifestation publique, le déploiement de l’armée dans Paris, tout cela est très bien. C’est d’autant mieux qu’un des terroristes de vendredi soir serait passé par la Grèce le 3 octobre dernier parmi les nombreux réfugiés qui tentent, eux, de survivre.

Sauf que.

Sauf que les forces de police et les renforts de l’armée sont déjà placés sous « Vigipirate Alerte Attentats » depuis janvier 2015, qu’ils sont en sous-effectif constant en raison des coupes initiées de façon incompréhensible en 2007 et continuées en 2012, et qu’à force de sollicitations de cette intensité et sur une telle durée, les forces de sécurité sont exsangues.

Sauf qu’augmenter plus encore les mesures de sécurité en France ne tarira pas la source de ces attaques terroristes. La solution est bien sûr connue de nos dirigeants : c’est au sol, en Syrie et en Irak, qu’il faut intervenir. L’utilisation des drones et des avions de chasse, si elle est utile, n’est pas suffisante. La stratégie militaire doit être modifiée en profondeur et la politique du « no boots on the ground » doit être abandonnée. Ce n’est que par une victoire sur le terrain que nous aurons une chance de mettre un terme à ce flot de terreur. Cela nécessite du courage, ce qui n’est jamais une évidence surtout en période électorale.

Sauf qu’il ne s’agit pas seulement de multiplier les patrouilles de militaires dans les rues de Paris mais aussi de remettre le renseignement humain au centre de la stratégie antiterroriste. Le travail difficile accompli par la SDAT et la DGSI doit être renforcé par un recrutement significatif et par une infiltration physique de ces réseaux djihadistes. Les écoutes téléphoniques et la lecture des mails ne suffisent pas. C’est un travail sur le temps long préconisé depuis plusieurs années déjà, notamment par Marc Trevidic, juge antiterroriste pendant dix ans. C’est un travail désormais indispensable suite à l’abandon catastrophique de ces méthodes comme le reconnaissent les professionnels du renseignement.

Les chantiers sont très importants et nous n’en sommes malheureusement qu’au début.

La France est en guerre. Elle n’est pas seule. Cette peste verte et brune frappe partout où les valeurs ne sont pas les siennes. La liberté et la laïcité lui font horreur. La musique, la mixité homme-femme sont interdites. Les cultures différentes n’existent pas. Les impies n’ont pas le droit de vivre.

Il serait temps de comprendre que toutes les démocraties occidentales – et celle du Moyen-Orient – ont les mêmes valeurs et assez logiquement le même ennemi : l’islamisme radical (mais en existe-t-il un autre ?) qu’il soit sunnite ou chiite. Qu’importe les noms qu’ils se donnent – Daech, Al-Qaïda, le Djihad Islamique – qu’ils se trouvent au Pakistan, en Syrie ou à Gaza, ces extrémistes ont le même objectif : imposer la Charia à l’échelle planétaire. Croire que les islamistes abandonneront ce projet est une erreur grossière aux conséquences tragiques que la France commence à comprendre dans la douleur et la peine.

La France est en guerre parce que ses ennemis la lui ont déclarée. Celle-ci ne se terminera que par la victoire d’une des deux parties. Mais désormais, cette guerre se joue à domicile. Les renoncements et les arrangements ne seront considérés par nos ennemis  que pour ce qu’ils sont : lâcheté et faiblesse. Passé la douleur et l’émotion, il faudra surtout éviter de retomber dans la torpeur et l’aveuglement comme après janvier dernier. Le Premier ministre a déclaré qu’il allait combattre cet ennemi pour le détruire. Enfin !

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00730879_000001.

De Paris à Copenhague, l’antiracisme aveugle

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danemark attentats paris daech

danemark attentats paris daech

Hallo, Olivier. Hvordan går du idag ? Comment ça va ce matin ?

– Hej Kai. C’est dur. Mais on tient. Hier, on était pris dans l’évènement. Les sirènes, les gens qui courent dans ta rue. Les tirs que tu entends de ta fenêtre… Ce matin, on réalise. On commence à réaliser. Le quartier est encore entièrement bouclé. Je ne sais même pas si je vais pouvoir sortir de chez moi acheter du pain.

– On pense à vous à Copenhague. Très fort même. Si après tu veux venir passer quelques jours chez nous, tu es le bienvenu.

– Ça ira, c’est gentil. Je ne veux pas quitter Paris, pas maintenant, pas après ça. Je ne veux pas déserter. Ils vont reprendre leurs « Pas d’amalgame ! »

Hvad mener du ? « Pas d’amalgame ! » c’est quoi ?

– C’est un slogan, une intimidation, ils la reprennent en boucle à chaque attentat.

– Oui, mais ça veut dire quoi ?

– Ça veut dire qu’il ne faut pas désigner l’ensemble des immigrés et des musulmans, ou l’Islam en général comme responsables des attentats.

– Hvorfor det ? Il y a des gens qui font cela ?

– Non, justement, personne ne fait ça, ce serait ridicule. C’est justement parce que personne ne pratique l’amalgame, qu’ils surenchérissent avec leurs « Pas d’amalgame ! ». C’est une sorte d’injonction paradoxale, comme quand on dit à une personne qui reste calme de ne pas s’énerver… et qu’on obtient qu’elle s’énerve. C’est une supplique de l’antiraciste au supposé raciste : deviens ce que je veux que tu sois…

Jeg forstår ikke, hvad du mener. Je ne comprends pas bien ce que tu veux me dire..

– Le truc, c’est que des gens, traqués par la violence islamiste et agacés par ce sautillement antiraciste perdent les pédales et prononcent des énormités. Dans ce cas, la culpabilité change de camp.

Det er klart. Je vois maintenant.

– Le slogan « pas d’amalgame » permet d’instiller le soupçon selon lequel, en notre for intérieur, nous pratiquerions l’amalgame. Il s’agit de dénoncer non pas des actes ou des propos, mais des pensées cachées. De victimes évidentes, nous devenons alors des coupables potentiels. Des coupables de racisme.

– Alors, le terroriste que l’on fait mine de condamner bien sûr, aurait malgré tout quelques bonnes raisons de…

– Exactement.

Utrolig. De er utrolig. Vous êtes incroyables vous autres Français.

– Oui. Ils le font systématiquement. Ils recommenceront : « Pas d’amalgame ! ». Même cette fois. Ce travestissement sournois du réel, c’est comme un deuxième assassinat.

– Tu exagères, c’est l’émotion.

– Peut-être. Mais c’est insupportable. Comme quand on dit « Dash » (même pas « Daèche ») pour ne pas dire Etat Islamique… Comme quand on nous répète à l’envi que tel ou tel personne recherchée serait « un Français », sans préciser son itinéraire. C’est du billard à deux ou trois bandes : le but est que nous disions, par réaction, qu’il n’est pas vraiment français, pas un etnisk fransk comme on dit au Danemark. Alors, bingo, nous serions racistes, donc, re-bingo, forcément coupables. Il s’agit toujours de renverser, de subvertir le réel. De faire de la victime, un coupable. Sournoisement. Par l’ellipse, l’euphémisme ou des alternatives soigneusement choisies, et obligatoires, comme cet « amalgame ou pas ».

– Au Danemark, nous disons les choses. Trop brutalement même.

– Peut-être, mais c’est ce que j’aime chez vous.

– Mais vous avez une pensée plus sophistiquée.

– Non, justement. Le but du « Pas d’amalgame ! » c’est d’interdire de penser. Il ne faut surtout établir aucun lien partiel, aucune circulation conditionnelle, aucune modulation de fonctionnement entre immigration, islam, islamisme, délinquance et terrorisme. L’injonction « Pas d’amalgame ! » suppose que tout lien que l’on chercherait à établir entre tel ou tel événement ou situation serait justement de l’amalgame. On poserait un signe « égale » entre différentes réalités, comme immigration et terrorisme, ou Islam et islamisme. C’est « Pas d’amalgame ! » ou amalgame. Soit on dit que les choses n’ont rien à voir entre elles, soit on dit qu’elles ont tout à voir. Entre les deux, rien.

– (rires) Comme dans vos menus : Ost eller kagene. Fromage ou dessert.

– Oui, prononcer d’emblée « Pas d’amalgame ! » interdit à tout adversaire de penser les modalités d’un lien entre l’inimitié du quotidien, l’incivilité, la délinquance et le passage à l’acte terroriste. Par la brutalité de son alternative, amalgame ou pas, le slogan antiraciste entend réduire à néant toutes les nuances et les prudences que l’établissement de ces liens rendrait intellectuellement et moralement nécessaires. Encore une fois : « Pas d’amalgame ! » n’est rien d’autre qu’une injonction paradoxale. Il s’agit d’interdire toute nuance afin que, justement, certains fléchissent et produisent de l’amalgame. L’antiraciste tient à son « mauvais objet ». Il le provoque et le réinvente si nécessaire.

Ja

– Que les événements de vendredi aient un lien avec notre passé colonial et l’immigration, avec une guerre d’Algérie qui se poursuit alors même que nous avons rendu les armes (et sans doute parce que nous les avons indéfiniment rendues), tout cela est proprement impensable dans la plupart des médias. Sauf bien sûr, dans l’hypothèse inverse qui, elle, a droit de cité : les terroristes et leurs soutiens seraient victimes de notre colonialisme persistant… Dans ce sens-là, on a le droit de penser.

– Mais enfin, vos Merah, Fofana, Nemmouche et consorts ils ne sortent pas de n’importe où… Ils ne sortent pas du néant. Vous ne pouvez pas faire l’économie de cela. Toi-même, tu m’expliquais la différence fondamentale entre la pensée germanique du mal, comme figure isolée sortie des ténèbres, et la pensée latine du mal comme production sociale qui engage la cité… Les Kouachi, les Coulibaly, les Salah Abdelslam, ils ne surgissent pas de nulle part !

– Pas d’amalgame, Kai !

– Mais enfin ! Vous êtes le pays de la pensée ! De Foucault, de Lacan, de Camus, d’Aron…

– On est aussi le pays de Laurent Joffrin… Ta francophilie danoise t’aveugle… Dis-moi, tu viens quand à Paris ? On a besoin de vous ! On mangera dans le onzième.

Attentats de Paris: assaut terminé à Saint-Denis

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assaut Saint-Denis

assaut Saint-Denis

Saint-Denis (AFP) – Des policiers lourdement armés ont mené un assaut mercredi sur un appartement de Saint-Denis, aux portes de Paris, ciblant l’organisateur présumé des attentats du 13 novembre, une opération qui a fait deux morts, dont une femme kamikaze.

Sept personnes ont été interpellées et placées en garde à vue lors de cette intervention au cours de laquelle les forces de l’ordre ont essuyé des tirs nourris et qui a vu une femme déclencher son gilet explosif, une première en France.

S’exprimant après l’assaut, François Hollande a appelé les Français à « ne pas céder aux tentations de repli », « à la peur », « aux excès », après les attentats commis par le groupe Etat islamique (EI), « qui veut instiller le poison de la suspicion », « de la stigmatisation » et de la « division ».

Des vérifications sont en cours pour savoir si le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, qui serait l’inspirateur des attentats, se trouvait dans l’appartement ciblé.

Pendant toute la durée de l’opération entamée avant l’aube et achevée en fin de matinée, le centre-ville de Saint-Denis a été bouclé et survolé par un hélicoptère, les 15.000 à 20.000 habitants de la zone priés de rester chez eux.

Alexia a entendu « des tirs à partir de 04H25, des +boum+ comme des grenades puis des rafales intermittentes », a-t-elle raconté à l’AFP.

L’intervention avait pour but de dénicher Abaaoud, surnommé Abou Omar al-Baljiki (le Belge), membre de l’EI qui a revendiqué les attentats meurtriers qui ont fait 129 morts vendredi à Paris et Saint-Denis.

Grâce à « la téléphonie », aux « surveillances » et aux « témoignages », les policiers disposaient d’éléments laissant penser qu’il était « susceptible de se trouver » dans l’appartement visé, a expliqué le procureur de la République de Paris, François Molins.

Peu avant l’aube, les policiers d’élite du Raid ont donc investi cet appartement, à quelques encablures du Stade de France où trois kamikazes se sont fait exploser vendredi.

En plus de la femme kamikaze, un homme a été retrouvé mort à l’issue de l’opération, atteint par des projectiles et des grenades.

Trois personnes ont été arrêtées dans l’appartement et placées en garde à vue. Deux autres personnes ont été interpellées « alors qu’elles étaient en train de se cacher dans les gravats », a précisé le procureur.

Enfin, deux personnes ont été arrêtées à proximité de l’appartement. Il s’agit d’un homme qui a dit à l’AFP avoir hébergé dans l’appartement ciblé deux personnes « qui venaient de Belgique », à la demande d’un ami, et d’une jeune femme.

Les personnes tuées et arrêtées dans l’appartement sont en cours d’identification.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a félicité les forces de l’ordre, qui ont « essuyé le feu pendant de nombreuses heures dans des conditions qu’ils n’avaient jusqu’à présent jamais rencontrées ». Six policiers ont été légèrement blessés.

En plus d’Abdelhamid Abaaoud, les enquêteurs traquent Salah Abdeslam, 26 ans, soupçonné d’être l’un des tireurs qui ont mitraillé vendredi soir les terrasses de cafés et restaurants parisiens, avec son frère Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser. L’homme est activement recherché, notamment en Belgique, où les attaques ont été organisées selon les autorités françaises.

Le parquet fédéral belge a révélé mercredi que la police belge avait interrogé avant les attentats les deux frères Abdeslam, mais qu’ils « ne montraient pas de signe d’une possible menace ».

Une vidéo accrédite par ailleurs l’existence d’un neuvième assaillant, qui pourrait être lui aussi en fuite à moins qu’il ne s’agisse d’un des deux complices présumés arrêtés samedi à Bruxelles et inculpés par la justice belge pour « attentat terroriste ». Ces deux hommes, Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 20 ans, sont aussi soupçonnés d’avoir exfiltré Salah Abdeslam en Belgique après les tueries.

Les trois équipes coordonnées, qui ont fait 129 morts, désormais tous identifiés, et 352 blessés (221 encore hospitalisés, dont 57 en réanimation), auraient été composées au total de neuf hommes: trois kamikazes aux abords du Stade de France à Saint-Denis, trois autres au Bataclan et trois assaillants pour les terrasses de bars et restaurants.

Plusieurs ont déjà été identifiés, tous Français: Brahim Abdeslam (31 ans), Samy Amimour (28 ans), Bilal Hadfi (20 ans) et Omar Ismaïl Mostefaï (29 ans).

Les policiers ont aussi diffusé la photo d’un des kamikazes du Stade de France, pour obtenir des informations sur cet homme passé par la Grèce cet automne. On a retrouvé près de son cadavre un passeport syrien dont l’identité correspond à celle d’un soldat de Bachar al-Assad tué il y a plusieurs mois.

Autre individu dans le collimateur des enquêteurs: Fabien Clain, Français converti à l’islam et vétéran du jihadisme, qui a revendiqué au nom de l’EI dans un enregistrement les attaques parisiennes.

Sur le plan politique, Nicolas Sarkozy a sévèrement mis en cause François Hollande et le gouvernement, déplorant « trop de temps perdu » depuis les attentats de janvier.

« Face à la menace terroriste (…), il n’y a plus de clivages partisans qui tiennent », a répondu à la mi-journée le chef de l’Etat devant les maires de France réunis à Paris.

« Aucun acte antisémite, anti-musulman ne doit être toléré », a aussi lancé le président, promettant la dissolution « immédiate » des lieux et groupes faisant « l’apologie du terrorisme ».

La prolongation de l’état d’urgence jusqu’à fin février sera examinée jeudi à l’Assemblée nationale et vendredi au Sénat.

Du côté de la riposte militaire, Paris a de nouveau bombardé Raqa, fief de l’EI, dans la nuit de mardi à mercredi. Au cours des dernières 72 heures, les frappes aériennes menées par la France et la Russie dans le nord de la Syrie ont tué 33 jihadistes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Mercredi, le porte-avions Charles-de-Gaulle a appareillé de Toulon pour se rendre en Méditerranée orientale.

En France, l’ambiance restait lourde. Le Conseil français du culte musulman, organe représentatif de l’islam, diffusera auprès des quelque 2.500 mosquées du pays un « texte solennel » condamnant « sans ambiguïté » toute « forme de violence ou de terrorisme », en vue du prêche de vendredi prochain.

*Photo : © AFP KENZO TRIBOUILLARD

Face à Daech, la riposte aérienne ne suffit pas

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daech michel goya attentats

daech michel goya attentats

Historien, le Colonel Michel Goya, est professeur associé à Sciences Po et à l’IRIS.

Daoud Boughezala. Le chef d’état-major Pierre de Villiers estime que l’armée a les moyens d’assurer sa mission de sécurité sur tout le territoire. Mais les attentats du 13 novembre n’ont-ils pas révélé les failles de notre dispositif de protection et de renseignement (recueil et analyse des données) ?

Colonel Michel Goya. L’opération Sentinelle, consiste à protéger un certain nombre de sites et de zones sensibles avec un effectif déployé d’au maximum 10 000 soldats. Les armées, l’armée de terre en particulier qui en assure la plus grande part, sont effectivement capables d’assurer cette mission. Le but de cette opération est essentiellement psychologique, il s’agit de rassurer les Français par la présence visible de soldats et de montrer que l’on « fait quelque chose ». Dans les faits, cela est relativement peu efficace. Outre que, bien sûr, ces hommes ne sont pas déployés en permanence, ils ne peuvent assurer la sécurité de tous les lieux publics. Les soldats de l’opération Sentinelle ne protègent donc qu’une très faible partie de l’ensemble des zones susceptibles d’être attaquées. Ils le font d’ailleurs, par obligation de visibilité, plutôt en position de vulnérabilité par rapport à une attaque surprise.

Surtout, ce déploiement, à la fois forcément insuffisant et très important en volume pour une armée de terre dont on n’a cessé de réduire les effectifs, perturbe considérablement le fonctionnement des unités opérationnelles. On utilise des soldats couteux à former et à équiper pour effectuer des missions de vigiles alors même que leur mission première est de mener des opérations offensives contre l’ennemi hors des frontières. Vu de l’Etat islamique ou des autres groupes djihadistes ennemis, l’opération Sentinelle c’est des milliers de soldats « fixés » en France où il est relativement facile de les éviter au lieu de les avoir en face de soi.

L’opération Sentinelle ne pouvait donc empêcher les attaques du 13 novembre. On ne peut pas lui demander plus que ce qu’elle peut offrir en termes de sécurité. La véritable sentinelle c’est évidemment le système de renseignement, et, par principe, si les attaques ont pu avoir lieu c’est qu’il a échoué quelque part. L’enquête systématique menée après chaque attaque permettra de déterminer quelles ont été ses failles et quelles adaptations sont nécessaires.

La multiplication des fonctionnaires armés (policiers, militaires, voire une future Garde nationale ?) limitera-t-elle vraiment le risque terroriste ?

Il y a un lien direct entre la densité d’hommes armés (et compétents dans l’usage des armes) au sein d’une population et la rapidité d’intervention. Ce n’est évidemment pas une garantie, ces hommes et ces femmes, comme celui qui était affecté à la sécurité de l’équipe de Charlie Hebdo, peuvent être aussi surpris que les autres par une attaque soudaine. Ils peuvent cependant ensuite intervenir plus vite et peut-être arrêter une agression ou au moins la freiner et la limiter en attendant l’arrivée des unités d’intervention. L’expérience des villes d’Israël où la première intervention armée, même limitée, contre une attaque est toujours très rapide doit nous inspirer.

S’il n’est pas question de libéraliser l’usage des armes, à la manière américaine (par ailleurs peu efficace pour empêcher les tueries), il est possible d’augmenter cette densité en augmentant bien sûr le nombre de policiers et de gendarmes dans les rues, ce qui supposera peut-être une réorganisation interne et en tout cas des recrutements internes. Une mesure simple, proposée depuis longtemps, consisterait déjà à accorder à ces fonctionnaires la possibilité de conserver leurs armes hors service. On peut imaginer aussi l’emploi, dans un cadre très précis, de sociétés privées ou bien sûr, celui de réservistes, le tout à la place notamment de militaires bien plus utiles ailleurs.

Une dizaine de milliers de citoyens français seraient fichés S. Comme le préconise Nicolas Sarkozy, serait-il efficace de les assigner à résidence afin de prévenir de futures attaques terroristes ? Plus globalement, comment gérer les poudrières que sont certaines banlieues belges ou françaises ?

Il faut rappeler d’abord que les fiches S, comme « sureté », sont de simples notes d’information qui ne visent pas seulement les radicaux islamistes. Sinon, un des principes d’un Etat de droit est qu’on n’incarcère pas sans preuves. L’arsenal juridique français est sans doute suffisant mais il faut améliorer et notamment accélérer son fonctionnement. Cela passe avant tout par des moyens.

Pour le reste, il y a évidemment une reconquête à mener des « territoires perdus de la République » à la manière de la contre-insurrection. Cela ne peut passer que par une sécurisation forte et permanente de ces espaces, préalable indispensable au retour de l’Etat de droit.

Tout cela ne peut s’extraire d’un effort important sur les moyens des ministères régaliens, intérieur-défense-justice et diplomatie- ceux-là même qui assurent la sécurité des Français. La France ne leur consacre plus que 2,8 % de la richesse qu’elle produit chaque année contre 4,5 % à la fin de la guerre froide et 6,5% en 1960.

Ces derniers jours, la France a intensifié ses frappes aériennes sur Raqqa, le fief syrien de l’Etat islamique. Sans appui au sol, cette stratégie n’est-elle pas de la poudre aux yeux destinée à rassurer l’opinion ?

Les campagnes aériennes seules n’ont jamais détruit aucun ennemi. L’armée de l’air israélienne a réalisé plusieurs campagnes à plusieurs milliers de frappes contre le Hamas ou le Hezbollah sans que ces deux groupes soient anéantis, loin de là. La coalition contre l’Etat islamique en a réalisé plus de 7 000 en quinze mois, ce qui, comme c’était évident dès le départ, n’a eu aucun effet décisif. Il est, réalité, relativement simple, de se protéger de frappes aériennes par la dispersion, le camouflage, l’enfouissement, l’emploi de moyens civils ou l’imbrication dans les populations. On peut cependant améliorer la capacité de frappes et de raids en combinant des moyens variés comme les hélicoptères ou même des forces d’infanterie légère. Pour autant, vaincre impose nécessairement d’occuper le terrain mais même cela ne suffit pas. Détruire l’Etat islamique impose, au moins autant qu’occuper Raqqa ou Mossoul, de répondre au ressentiment et aux attentes des arabes sunnites.

L’un des kamikazes de vendredi dernier serait un migrant syrien. Comment éviter l’afflux de terroristes parmi les migrants, sinon en fermant définitivement nos frontières, ce qui est inconcevable au sein de l’espace Schengen ?

Il est logique que les groupes djihadistes utilisent les flots de migrants pour pénétrer sur les territoires européens mais il existe aussi d’autres possibilités d’infiltration terroriste.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00693296_000005.

Attentats de Paris: ni amalgame ni déni

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Edwy Plenel islam terrorisme attentats

Edwy Plenel islam terrorisme attentats

« L’horreur de l’inhumanité s’est exprimée et rien d’autre. Ils n’étaient ni musulmans, ni catholiques, ni arabes, ni occidentaux » a déclaré samedi, sur le site de Mediapart, Pierre-Adrien Marciset, dans un article intitulé « Ne laissons pas s’installer l’esprit de guerre ». Vraiment ? Qui nous a attaqués, alors ? Des fantômes ? Non, « la barbarie terroriste » explique de son côté Laurent Joffrin.

Soit, mais d’où vient-elle ? « Des discours politiques de courte vue et de faible hauteur (sur l’islam, notamment, avec ce refoulé colonial de « l’assimilation ») » explique quant à lui Edwy Plenel, avant d’ajouter qu’il faut « défendre notre France, notre France arc-en-ciel, forte de sa diversité et de sa pluralité, cette France capable de faire cause commune dans le refus des amalgames et des boucs émissaires ». Pourquoi pas ? Mais contre qui ? On ne le saura pas.

Il est sidérant de constater à quel point, près d’un an après les attentats de janvier, les réactions sont toujours les mêmes. D’un côté ceux qui accusent les étrangers, les musulmans dans leur ensemble, et de l’autre ceux qui refusent de nommer l’ennemi, au prix de circonvolutions parfois grotesques.

C’est ainsi que le même Pierre-Adrien Marciset assène : « Si vous avez applaudi aux discours islamophobes, encourageant l’ostracisation des musulmans sans distinction des individus, vous êtes coupable. » Certes, ostraciser les musulmans est répréhensible, mais les terroristes auraient donc été uniquement encouragés par une prétendue « islamophobie » française ?

Puis ce même individu d’expliquer : « Ce qui nous a frappé hier n’arrive pas de nulle part : nous l’avons invité dans notre monde. Notre pays est une république imbue d’elle-même, saturée de son bon droit à tout exercer, brutale et insolente qui roule politiquement sur l’exacerbation des différences, la France est un pays de guerre civile sans armes à feux, de clivages, de haines et de division. » Intéressant de constater que les mêmes qui accusent les autres de déclinisme sont souvent les plus grands pourfendeurs de la France.

« Protégeons les musulmans de France comme nous n’avons pas su protéger les juifs de france, jadis » conclut-il. Certes, les musulmans de France ne sont pas moins français que les autres et il faut les protéger. Mais le parallèle avec les juifs avant la seconde guerre mondiale, outre qu’il semble hautement contestable, ne nous renseigne toujours pas sur l’identité de notre ennemi.

Comment faire bloc contre l’ennemi, si celui-ci n’est pas le même pour chacun d’entre nous ? Si certains continuent à penser, pendant que des civils se font abattre par dizaines par des islamistes, que l’ennemi numéro 1 c’est l’islamophobie. A ce rythme, on va de nouveau essayer de nous faire croire, comme lors des manifestations du 11 janvier, que nous marchons contre le front national. Le FN est évidemment un danger, mais ne faisons pas croire qu’il s’agit actuellement du danger numéro 1. Il faut au moins être un disciple d’Edwy Plenel pour pratiquer un tel déni de réel.

Non, tout cela n’aurait rien à voir avec la religion, paraît-il, car la majorité des musulmans seraient modérés. Certes, c’est heureux, mais en quoi cet argument permettrait-il d’enlever la dimension religieuse au problème ? Depuis quand la religion n’aurait rien à voir avec la politique ? Qui oserait prétendre que l’Inquisition n’aurait rien à voir avec le catholicisme ? Hélas, les journalistes continuent de confondre foi et religion.

Oui, les terroristes sont des fanatiques, mais qui agissent bien au nom de la religion. Oui, l’interprétation que font les islamistes du Coran est littérale, archaïque et inhumaine, mais elle n’est pas un fait totalement isolé. Non, l’islam qu’ils prônent n’est pas l’islam authentique mais il existe bel et bien cet islam capable de tuer les gens soupçonnés d’apostasie, de lapider les femmes adultères voire les femmes violées. Celui qui autorise à tuer les mécréants, dans la foule venue assister à un concert soi-disant idolâtre comme dans celle entassée à la terrasse des cafés parisiens. Celui qui met en place la charia la plus rigoriste en Arabie Saoudite, au Yemen, en Indonésie ou au Pakistan.

Cela a au contraire beaucoup à voir avec la religion. Les terroristes font ce qu’ont fait beaucoup d’autres avant eux : ils utilisent les croyances de toute une frange de la population pour légitimer leurs actes et pour asseoir leur pouvoir. Ils utilisent d’ailleurs le fait qu’on n’ose pas trop critiquer la religion en question pour obtenir notre silence.

Notre ennemi a donc un nom : l’islamisme. Et il y a des valeurs à lui opposer, notamment l’humanisme, les Lumières, l’école républicaine. Tout comme la laïcité et le courage de l’appliquer. La liberté en fait aussi partie. Mais pas une liberté qui ne servirait aux uns qu’à assouvir leurs pulsions consommatrices et aux autres à les regarder faire. On ne fait pas la guerre pour garder son smartphone intact.

Pour faire la guerre, il faut être mu par des aspirations qui nous dépassent : la patrie, notre patrimoine culturel, la laïcité sont de celles-là. Et même si certains voudraient nous faire croire que ce sont de vilains mots, la vitesse à laquelle les drapeaux bleu-blanc-rouge se sont répandus sur la toile montre qu’il est bien difficile de renier totalement son sentiment d’appartenance à une nation. Et ce, bien que l’Europe et la globalisation tentent depuis de nombreuses années de le dissoudre dans l’expression « citoyen du monde », qui fait sans doute se retourner Montesquieu dans sa tombe.

N’en déplaise à Edwy Plenel, « la pluralité et la diversité de notre France », cette « société de libertés individuelles et de droits collectifs » comme il le dit si bien, ne suffira pas à faire la guerre à l’islamisme. Nous pensons au contraire, avec Boualem Sansal, que seule la France laïque peut combattre l’islamisme.

Tant qu’on ne nommera pas notre ennemi, tant qu’on répondra à sa cruauté par le silence, nous ne le vaincrons pas. Tant que nous nous tairons, tant que ceux qui oseront parler ne feront que critiquer l’islam dans son ensemble ou dire que la religion n’a rien à voir avec tout ça, deux camps continueront à s’opposer, deux camps qui se trompent de combat.

*Photo : SIPA.00729157_000011.

Hollande au Congrès: paroles, paroles?

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francois hollande congres sarkozy terrorisme

francois hollande congres sarkozy terrorisme

Il est des moments dans la vie d’une nation où la vie politicienne doit être mise entre parenthèses. C’était tout le sens de la convocation du Congrès et du discours historique prononcé le 16 novembre par le Président de la République. Et disons-le franchement, pour l’essentiel, notre Président s’est montré à la hauteur. L’opposition aussi. Les mots, comme les mesures annoncées, sont destinés à entrer dans l‘histoire. Nous verrons bien, dans l’avenir, si ces dernières suffiront à permettre de gagner la « guerre », désignée dès le début du discours. Mais force est de constater que le Président de la République a souhaité revêtir les habits d’un homme d’Etat, apparaître comme faisant de la Politique au sens noble du terme et laisser, le temps d’un grand moment d’unité nationale, le jeu politicien de côté.

Il s’en est fallu de très peu que l’on en reste là. Annonçant d’importantes créations d’emplois dans le cadre du « pacte de sécurité » – faisant au passage du quinquennat Hollande définitivement celui des « pactes » –  le Président a souligné, ce qui est passé presque inaperçu, que « cet effort (…) permettra simplement de restaurer le potentiel des forces de sécurité intérieure au niveau qu’elles connaissaient en 2007 ». 2007… date de l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République. Une autre date aurait pu être choisie : on pense notamment que les chiffres de 2005, 2006, 2008 ou encore 2009 ne doivent pas être sensiblement différents. Mais c’est bien 2007 qui a été choisie comme date de référence, implicitement présentée comme le point de départ de la chute des effectifs policiers.  Autrement dit, il incombe au gouvernement actuel de réparer les dégâts causés par le quinquennat précédent, et lui seul, sans lesquels l’effectif des forces de l’ordre aurait été au niveau des besoins qu’appelle la situation d’insécurité actuelle.

La question de la destruction des emplois de policiers par l’ancienne majorité avait déjà provoqué, on s’en souvient, de vigoureuses passes d’armes entre Manuel Valls et l’opposition dans l’arène de l’Assemblée nationale, le premier imputant à l’ancienne majorité les défaillances auxquelles le Président Hollande propose aujourd’hui de remédier. Nous sommes ici bien incapables de trancher cette querelle de chiffres, mais nous constatons qu’elle a donc été au cœur d’une des annonces les plus importantes de François Hollande. Et pas n’importe laquelle : on peut en effet penser que les français sont plus sensibles à la question du nombre de policiers, au-delà même des questions de lutte contre le terrorisme, qu’aux aménagements constitutionnels, peut-être importants, mais moins tangibles. Il est par ailleurs acquis que l’on en rediscutera lors des prochaines élections régionales et présidentielles. C’était sans doute irrésistible pour François Hollande, il ne pouvait se retenir. La pilule ne passe pas. Il reste que cette précision purement politicienne, et donc totalement inutile n’avait pas sa place devant le Congrès. Ou encore, comme on dit, n’était pas au niveau du discours prononcé.

Ce n’est peut-être pas tout à fait une remarque de même nature qu’il faut formuler à propos de la saisine annoncée du Conseil d’Etat sur ces « autres propositions » dont tout le monde aura compris qu’elles sont celles de Nicolas Sarkozy. En l’occurrence, ce n’est pas de querelle politicienne dont il faut parler, mais de tactique. Le gouvernement, « dans un esprit d’unité nationale », nous dit le Président, « va saisir pour avis le Conseil d’Etat pour vérifier la conformité de ces propositions à nos règles fondamentales et à nos engagements internationaux. Cet avis sera rendu public et j’en tirerai toutes les conséquences ». C’est en effet en apparence un gage d’unité nationale : voilà que le Président actuel, adversaire ancien et peut-être futur de l’ancien Président, qui entretient avec lui des relations empreintes d’une certaine détestation, que le respect épisodique de certains usages protocolaires républicains peine à masquer, reprend ses propositions, ou plutôt ne les rejette pas en bloc. Ce faisant, il sait que le peuple lui en saura gré. On ne fera pas au Président Hollande un procès d’intention, toute sincérité n’est pas a priori à exclure. Mais il n’est pas interdit de penser que des calculs politiciens l’ont incité à prendre cette décision. L’histoire a montré que la saisine du Conseil d’Etat, pour avis, est déjà en soi un moyen de ne pas décider. On se souviendra de la saisine du Conseil d’Etat par Lionel Jospin en  1989 à la suite de l’affaire de Creil et du voile islamique à l’école.

Si l’on part du principe que les propositions formulées par Nicolas Sarkozy posent des questions juridiques aussi nombreuses que complexes, touchant aux fondements du droit pénal et du droit constitutionnel et qu’elles posent en outre d’évidents problèmes, probablement insurmontables, de compatibilité avec le droit de l’Union européenne et la Convention européenne des droits de l’homme, il n’est pas exclu que l’ancien Président ait tendu un piège au gouvernement actuel. Il n’est ainsi pas totalement impossible de penser que la saisine du Conseil d’Etat a été décidée, moins pour permettre de sérieusement envisager ces mesures, que pour mieux les enterrer. Il y a en effet fort à parier que la Haute instance administrative, peu habituée aux raisonnement tranchés et abrupts, prenne acte de la complexité de l’état du droit, et désavoue les propositions de Nicolas Sarkozy, ou, tout au moins annonce leur trop délicate applicabilité.

Le Président Hollande a indiqué qu’il tirerait toutes les conséquences de cet avis. Pour peu que le Conseil d’Etat se montre sévère, il y en aura d’évidentes : écarter les propositions de l’ancien Président. Et la boucle politicienne sera bouclée.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00730914_000015.

Hollande, un fonctionnaire à Versailles

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Hollande à Versailles. Le concept est intéressant. Il est même proprement historique. Mais un fonctionnaire reste un fonctionnaire, et un fonctionnaire ne rentre pas dans la cuirasse d’un chef de guerre. Hollande va donc faire la guerre avec les armes d’un fonctionnaire : il va guerroyer avec des articles de loi et des alinéas annulant les alinéas précédents, des formulaires CERFA, des ratiocinations légalistes, des mots démocratiques qui font joli dans le barnum de la Vème finissante, des procédures votées de réunions en réunions, des allégeances à la souveraineté administrative, de la conformité avec un tas de lois internationales comme on traite des conflits sociaux à coups de Droit du Travail. Il va tamponner du « République » sur tous ses ordres, et il va oublier que c’est la France qu’il faut sauver. Il va gérer un dossier. Aux armes citoyens.

Villiers: «Les souverainistes sont les derniers républicains»

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philippe villiers zemmour immigration europe

philippe villiers zemmour immigration europe

Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Vous pouvez désapprouver Jean Monnet et les pères de l’Europe, cela ne signifiait pas qu’ils étaient des salauds cyniques. Ils étaient réellement habités par l’obsession de ne pas revoir la guerre en Europe. On peut être d’accord avec ça, non ? 

Ce sont les Américains qui menaient la danse et ils savaient très bien ce qu’ils voulaient faire : une Europe sans limites géographiques, un espace sans frontières, sans gouvernement et sans démocratie, l’euroland dans le worldland. Il fallait que les firmes a-nationales trouvent de nouveaux marchés, de nouvelles clientèles, de nouveaux appétits. Il fallait l’alliance du libéral et du libertaire, du no limit et du no frontier. C’est le cahier des charges qu’ils ont donné à Jean Monnet, salarié de la banque Lazard. Je ne crois pas que Giscard, du haut de sa brillante intelligence et du fait de sa proximité avec Jean Monnet, ait ignoré ce projet d’anéantissement du politique. Pour tous ces Jefferson en Playmobil, l’idée était simple : on ne pourrait obtenir la paix que par la prospérité mondiale, qui ferait tomber toutes les dictatures, ravalerait les pulsions humaines et les mythologies dangereuses. Ces gens-là ne croyaient plus à l’autonomie du politique. Ils croyaient que l’administration des choses allait remplacer le gouvernement des hommes2. Plus de politique, plus de débat. Grâce à la fusion de l’économique et du politique, Google, Apple et Microsoft sont plus puissantes que n’importe quel Etat souverain.[access capability= »lire_inedits »]

En tout cas, l’aspiration de l’Europe à devenir une grande salle de gym, à sortir de l’Histoire si vous préférez, n’est pas un choix venu d’en haut. Une partie des peuples d’Europe la partage, pas seulement une oligarchie… Tout le monde veut acheter un iPhone au prix du travail chinois !

On peut acheter un iPhone et faire de la gym tout en souhaitant conserver ses attachements vitaux. Un des travers de nos politiques, depuis la mort de Pompidou, ce n’est pas seulement leur ignorance, c’est leur mépris de l’Histoire. Par exemple Giscard me disait : « L’Histoire, je me méfie de ce qu’elle charrie de passions, à travers les épopées mythiques qui ont fait couler tant de sang. Je veux sortir la France de l’Histoire pour la sortir du tragique. »

Eh bien, répétons-le, beaucoup de gens pensent comme Giscard. Le monde politique que vous avez quitté est-il bien pire que celui dans lequel vous étiez entré ?

Les nouveaux politiciens font du consumérisme politique. Ils veulent être en tête de gondole. Ce sont des produits : on les sonde et on les consomme. Ils ont une date de péremption : bientôt un seul mandat. Je me souviens d’un training télévisuel où se trouvaient Michel Noir, Alain Juppé et François Léotard. L’entraîneur s’égosillait : « Que vous le vouliez ou non, vous êtes des produits. Il faut être achetable. La politique n’échappe pas au marché du désir. Vous êtes comme les yaourts des grandes surfaces, le fond près du couvercle, il faut être crémeux à cœur ». Les temps ont bien changé. Je me souviens d’un monde infiniment plus libre et plus riche d’expression, de fantaisie, que celui dans lequel nous sommes. D’abord, la politique, c’était une vocation au bien commun et un milieu recherchés par les élites. Quand je suis entré à l’Assemblée, la moitié des élus de gauche et de droite étaient membres de l’Académie française. François Mitterrand me parlait des monophysites du Liban, Peyrefitte de la Chine, Mazeaud de l’Everest et Jean-François Deniau de littérature afghane. Aujourd’hui, les nouveaux élus sont les anciens attachés parlementaires. Or la marche du monde est compliquée. Lorsque vous êtes inculte, vous n’avez pas accès à la hiérarchie distinctive des choses.

Dans votre livre, vous parlez beaucoup de souverainisme, mais jamais de Jean-Marie Le Pen ou de sa fille. Il y a pourtant au moins un grand parti souverainiste en France, qui commence à prendre une importance incontournable : le FN…

Dans ce livre, je ne parle que des gens dont j’ai croisé la route. Lui, je ne l’ai jamais rencontré. Quant à sa fille, une chose peut troubler, c’est la pratique du parricide, même provoqué. Elle tue celui qui est à l’origine de la marque qu’elle prolonge. Le FN est d’abord une marque. Aujourd’hui, s’il y a un problème avec les Roms, les gens vont voter Marine Le Pen. Elle est un révélateur, non sans talent, elle représente le canal de la colère, la traduction politique de la souffrance identitaire. Elle est le plombier polonais dont se servent les gens pour purger les tuyaux du système. Mais elle a découplé libéralisme économique et libéralisme politique, donc elle a une vision incomplète de ce que sont la souveraineté et l’identité, nos ancrages et héritages. Son père assiste depuis son balcon d’amertume à la victoire de ses idées, sans lui. C’est pathétique, parce qu’à quelques années près, c’était son triomphe. Mais, chez lui, je n’ai jamais compris cette espèce de nécessité instinctive de faire comme la mouffette : lâcher des pets pour se rendre incomestible. Il s’y est toujours complu, avec son obsession du « détail », etc. Est-ce que c’est par un vieux fond d’antisémitisme cultivé ? Je n’en suis même pas sûr. Jean-Marie Le Pen, c’est sans doute un étudiant de la corpo qui préfère les chahuts de l’amphi aux diplômes.

Vous avez pourtant été allègrement « lepénisé » par les médias, et même, comme vous le racontez, pétainisé, lors de votre première « Heure de vérité », en 1992. Et cette image dépourvue de toute accroche dans le réel vous a collé à la peau.

Lors de ma première « Heure de vérité », je suis arrivé comme un provincial, une sorte de huron au Palais royal, avec toutes les candeurs du « rural profond », comme disait la Datar. Ivan Levaï me regarde avec un mélange de crispation et d’ironie. Puis il décoche : « Qu’est-ce qui vous différencie du maréchal Pétain ? » À cet instant, je sais que c’est fini parce que ma réponse ne va pas être écoutée. Ce qui compte dans le système médiatique, comme dans le système nucléaire, c’est la première frappe. Le public entend la première frappe et n’écoute pas la réponse : vous êtes un collabo, un « crypto-nazi ». Or dans mon cas, il y a erreur sur la personne car je suis fils d’un héros de la Résistance, de quelqu’un qui a sauvé un officier juif et qui, à cause de ça, s’est retrouvé avec les Juifs au camp de représailles de Lübeck. Mon père ne voulait pas qu’on en parle. Un soldat appartient à la Grande Muette. Il paie l’impôt du sang et ne se vante pas. Il tait ses gloires, ses services et ses épreuves. Mais ce jour-là, je n’en pouvais plus. Alors j’ai raconté l’histoire de mon père. Et Levaï, avec superbe, m’a piétiné: « Ce n’est pas la question. Le problème, c’est la DÉRIVE. » La dérive ! Et il prononce ce mot dix fois.

Il faut dire que vous cumulez : vous êtes catho, noble, chouan, un peu royco sur les bords… Vous cochez toutes les cases !

Vous oubliez aussi : hétérosexuel, rural, fils et frère de militaires… J’ai quitté la vie publique parce qu’il n’est pas possible de faire de la politique dans la France d’aujourd’hui quand on est ce que je suis, sauf en cas de guerre où on fait volontiers appel aux vieilles familles : De Gaulle, De Lattre, De Hautecloque. Sinon, on a vocation à être guillotiné en place publique. Donc je suis parti faire mon Puy du Fou, qui est un acte d’amour et un creuset de civilisation française, que deux millions de compatriotes viennent apprécier chaque année.

D’accord, mais la France est aussi révolutionnaire, pas seulement chouanne, plus exclusivement blanche et plus exclusivement catholique. Est-ce que vous n’avez pas d’elle une image trop statique et fermée ?

Pendant trente ans, je me suis laissé enfoncer par des phrases comme celle-là. Mais depuis six ans que je suis parti, je me dis que c’est dégueulasse ! Je suis le fils d’un officier français et mes deux grands-pères sont morts enveloppés dans le drapeau tricolore au son de la Marseillaise. Ma famille a accompagné tous les régimes, pas dans les palais de la République mais au champ d’honneur. Elle a servi la monarchie, l’Empire et la République. D’une manière particulière : en versant son sang. Mon frère, chef d’état-major des armées, a même une mèche de Napoléon. Quelqu’un comme moi a quand même le droit d’être réintégré dans la communauté nationale, non ? Et d’ailleurs, qui a sabordé la République ? Qui l’a vendue à Bruxelles ? Qui a interdit de séjour à l’école les hussards noirs de la République et le roman national ? Ce sont mes censeurs et les vôtres. Ce sont eux, les fossoyeurs de la République. Ce sont eux qui, dans la pénombre, ont remis les pouvoirs du peuple à messieurs les commissaires en cette zone grise où s’épanouit la corruption. Là où commande l’Europe, cet être des abysses qui ne craint que la lumière. Les derniers républicains, les seuls défenseurs de la respublica, sont les souverainistes de tous bords.

Vous semblez avoir réellement souffert de cette détestation des médias…

Ils m’ont tout fait. Vraiment tout. Ils pensaient me tuer. J’ai été bombardé de boules puantes. La presse française est une presse de moines copistes. L’un commence, les autres recopient. Ils abîment consciencieusement votre image. Ils la salissent. J’ai eu à subir des vilenies, des calomnies… J’ai fait des procès en diffamation pendant trente ans. Je ne laissais rien passer.

Et vous les avez gagnés ?

Tous. Mais ce n’est pas une vie, c’est pour ça que je suis parti. J’ai retrouvé ma vie d’entrepreneur-créateur au Puy du Fou, qui aujourd’hui fait l’admiration du monde entier et a été récompensé à Las Vegas et à Hollywood, avec l’Oscar du plus beau parc du monde, et j’en suis très heureux. Nous exportons le concept dans le monde entier, en Russie, en Angleterre, etc… En trente ans, il n’y a eu qu’un seul article dans la presse sur Philippe de Villiers le créateur d’entreprise à succès, dans Le Point. C’est Canal + qui donnait le ton avec la punition des Deschiens : « Toi, si tu continues à nous faire chier jusqu’au bac, on va t’emmener au Puy du Fou, avec un sandwich à la rillette du Mans. »

À vous entendre, vous avez toujours la « gnaque » contre vos ennemis et l’envie d’agir pour votre pays. Au fond, c’est en écrivant dans les journaux et en faisant des livres qu’on fait de la politique aujourd’hui ?

J’ai renoncé à la politique électorale mais la passion de la France ne m’a pas quitté. J’ai choisi de ne plus être entendu par mes électeurs pour être compris par mes lecteurs. D’ailleurs, je constate que quand je faisais des livres comme homme politique, j’étais beaucoup moins lu qu’aujourd’hui, quand je fais des livres métapolitiques ! J’invite à méditer la confidence de Soljenitsyne : « Aujourd’hui les dissidents sont à l’Est, ils vont passer à l’Ouest. » Les lucioles seront souverainistes ou ne seront pas. Un pouvoir qui ne possède ni la durée ni la sacralité est voué à disparaître et le peuple avec lui. Debout les Dissidents, sortez de la grande catacombe ![/access]

*Photo: Hannah.

Les banlieues françaises de Daech

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Après ce vendredi noir, je ne vois pas comment le gouvernement français va pouvoir continuer à dire « ni Daech ni Bachar » et rester aligné sur les puissances sunnites du Moyen-Orient. Les terroristes ont été formatés par l’idéologie salafiste sponsorisée par l’Arabie Saoudite, indirectement financés par le Qatar et autres « donateurs privés », soutenus militairement par la Turquie, pays par lequel ils transitent sans problème. Les intellectuels islamo-gauchistes nous expliqueront que c’est la faute à Bachar Al-Assad car s’il avait quitté le pouvoir en 2011, la Syrie serait aujourd’hui une démocratie laïque (bien sûr, on les croit sur parole). Si Bachar Al-Assad n’existait pas, il faudrait l’inventer car il résume pour toute une classe intellectuelle française l’origine du mal.

Ironie du calendrier, le G20 a eu lieu en Turquie, chez Erdogan le sponsor de Daech, celui qui après deux attentats meurtriers commis par l’Etat islamique cette année en Turquie, sans doute avec l’assentiment de ses services de sécurité, frappent les Kurdes, ceux-là même qui combattent Daech. Nul doute que Laurent Fabius a été très à l’aise dans cette réunion où l’hypocrisie fut de rigueur, Fabius qui est responsable de l’impasse totale dans laquelle la France se trouve au Moyen-Orient. Heureusement que sa maladie va l’obliger à quitter ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, après le désastre des régionales qui s’annonce. Son départ pour raison de santé tombe à pic pour changer de politique au Moyen-Orient.

Malheureusement, je doute que la politique de complaisance à l’égard de l’Islam radical ne change vraiment sur le plan intérieur. On peut arrêter quelques imams, mais on ne touchera pas aux fondamentaux. Tant qu’il existera en banlieue des zones de non-droit où les trafiquants de drogue, les gangs et les fondamentalistes pourront prospérer en toute liberté, nous ne réglerons pas le problème principal : ce sont les territoires français de Daech, tout comme Raqqa, Al-Anbar ou le Sinaï. La France possède elle aussi des zones grises où s’implante le terrorisme islamique.

Il faut commencer par réhabiliter l’école dans tous ces quartiers, cesser de dispenser un enseignement au rabais, cesser de faire passer les élèves dans les classes supérieures pour s’en débarrasser plus vite, cesser de réduire l’autorité au minimum pour éviter l’émeute. Dans les collèges de ZEP, les enseignants cumulent les congés maladie avec l’aval du rectorat qui ne veut pas de vague. C’est à ce prix que nous maintenons du personnel dans les ZEP, parce que le ministère de l’Education Nationale ne veut pas faire preuve d’autorité. Parce que la gauche caviar méprise les classes populaires en leur offrant un enseignement au rabais pendant que ses enfants fréquentent Henri IV. Najat Vallaud Belkacem, avec sa réforme du collège, est à l’Education Nationale ce que Laurent Fabius est à la politique étrangère.

*Photo: wikicommons.

Terrorisme: Prendre (enfin) conscience et se battre

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132 morts et 99 blessés en urgence absolue. Autant dire que le décompte morbide post-attentats n’est pas terminé. Au-delà du choc et de l’émotion immense qui submerge tout un chacun, il convient de prendre la mesure de la situation.

La France est en guerre. De nombreux commentateurs semblent le découvrir, ahuris par la violence des attaques de vendredi soir. Ce n’est pourtant pas nouveau. Merah, Nemmouche, Kouachi, Coulibaly, Salhi à Saint-Quentin-Fallavier, Sid Ahmed Glam à Villejuif, El Khazzani dans le Thalys, la menace terroriste est de plus en plus prégnante en France et ce n’est pas parce qu’on ferme les yeux que le danger disparaît.

Vendredi, les terroristes ont frappé plus fort encore, de façon coordonnée et avec un nouveau mode d’action sur le sol français  : l’attentat suicide. Des rescapés ont entendu les terroristes justifier leurs actes par l’intervention de la France en Syrie. Le lendemain matin, les islamo-fascistes de Daesh ont revendiqué les attentats. Ça a le mérite d’être clair. Exit les loups solitaires et autres déséquilibrés chers aux idiots utiles de l’islamisme radical. Fini cette jeunesse perdue, sans horizon, exclue et humiliée. Quand on exécute de sang-froid plusieurs dizaines de « mécréants » puis qu’on se fait exploser dans l’objectif de trouver « la mort dans le sentier d’Allah » et 70 vierges au paradis, ce n’est pas par dépit ou à cause du chômage. Et ce n’est pas non plus une surprise.

Cela fait plus de vingt ans que les salafistes se sont installés dans ces banlieues que la police a désertées petit à petit, qu’on les a laissé faire pour acheter la paix sociale dans les « quartiers », qu’on ferme les yeux sur leurs prêches de haine et qu’on ignore volontairement la réalité de peur de se faire taxer d’islamophobe. Cela fait deux ans et demi que l’EI viole, égorge, décapite, crucifie, esclavagise en Irak et en Syrie à grand renfort, entre autres, de citoyens français subjugués par cette violence, en bénéficiant du cynisme turc et de la veulerie occidentale.

La constitution d’une coalition aérienne anti-EI en septembre 2014 allait permettre de soulager les Kurdes mais ne suffirait pas à gagner cette guerre. On le savait. Mais ce n’était pas l’objectif. Le manque de courage politique des dirigeants occidentaux, le manque d’anticipation, la lâcheté de croire qu’en regardant ailleurs, nos ennemis feraient de même, tous ces facteurs ont fragilisé et décrédibilisé les démocraties occidentales. Ce syndrome munichois qui rattrape toujours les faibles.

Pris par l’émotion de ces attaques ignobles, François Hollande a immédiatement déclaré que des mesures de sûreté exceptionnelles seraient prises. L’état d’urgence décrété sur l’ensemble du territoire, le contrôle rétabli aux frontières, les contrôles d’identité étendus, la possibilité d’un couvre-feu, l’interdiction de toute manifestation publique, le déploiement de l’armée dans Paris, tout cela est très bien. C’est d’autant mieux qu’un des terroristes de vendredi soir serait passé par la Grèce le 3 octobre dernier parmi les nombreux réfugiés qui tentent, eux, de survivre.

Sauf que.

Sauf que les forces de police et les renforts de l’armée sont déjà placés sous « Vigipirate Alerte Attentats » depuis janvier 2015, qu’ils sont en sous-effectif constant en raison des coupes initiées de façon incompréhensible en 2007 et continuées en 2012, et qu’à force de sollicitations de cette intensité et sur une telle durée, les forces de sécurité sont exsangues.

Sauf qu’augmenter plus encore les mesures de sécurité en France ne tarira pas la source de ces attaques terroristes. La solution est bien sûr connue de nos dirigeants : c’est au sol, en Syrie et en Irak, qu’il faut intervenir. L’utilisation des drones et des avions de chasse, si elle est utile, n’est pas suffisante. La stratégie militaire doit être modifiée en profondeur et la politique du « no boots on the ground » doit être abandonnée. Ce n’est que par une victoire sur le terrain que nous aurons une chance de mettre un terme à ce flot de terreur. Cela nécessite du courage, ce qui n’est jamais une évidence surtout en période électorale.

Sauf qu’il ne s’agit pas seulement de multiplier les patrouilles de militaires dans les rues de Paris mais aussi de remettre le renseignement humain au centre de la stratégie antiterroriste. Le travail difficile accompli par la SDAT et la DGSI doit être renforcé par un recrutement significatif et par une infiltration physique de ces réseaux djihadistes. Les écoutes téléphoniques et la lecture des mails ne suffisent pas. C’est un travail sur le temps long préconisé depuis plusieurs années déjà, notamment par Marc Trevidic, juge antiterroriste pendant dix ans. C’est un travail désormais indispensable suite à l’abandon catastrophique de ces méthodes comme le reconnaissent les professionnels du renseignement.

Les chantiers sont très importants et nous n’en sommes malheureusement qu’au début.

La France est en guerre. Elle n’est pas seule. Cette peste verte et brune frappe partout où les valeurs ne sont pas les siennes. La liberté et la laïcité lui font horreur. La musique, la mixité homme-femme sont interdites. Les cultures différentes n’existent pas. Les impies n’ont pas le droit de vivre.

Il serait temps de comprendre que toutes les démocraties occidentales – et celle du Moyen-Orient – ont les mêmes valeurs et assez logiquement le même ennemi : l’islamisme radical (mais en existe-t-il un autre ?) qu’il soit sunnite ou chiite. Qu’importe les noms qu’ils se donnent – Daech, Al-Qaïda, le Djihad Islamique – qu’ils se trouvent au Pakistan, en Syrie ou à Gaza, ces extrémistes ont le même objectif : imposer la Charia à l’échelle planétaire. Croire que les islamistes abandonneront ce projet est une erreur grossière aux conséquences tragiques que la France commence à comprendre dans la douleur et la peine.

La France est en guerre parce que ses ennemis la lui ont déclarée. Celle-ci ne se terminera que par la victoire d’une des deux parties. Mais désormais, cette guerre se joue à domicile. Les renoncements et les arrangements ne seront considérés par nos ennemis  que pour ce qu’ils sont : lâcheté et faiblesse. Passé la douleur et l’émotion, il faudra surtout éviter de retomber dans la torpeur et l’aveuglement comme après janvier dernier. Le Premier ministre a déclaré qu’il allait combattre cet ennemi pour le détruire. Enfin !

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00730879_000001.