Quand « La Parisienne » peut se transformer en « Niçoise »
Worakls est un jeune compositeur de musique électronique avec une solide formation classique. Son émotion après les attentats du 13 novembre dernier à Paris, il l’a transcrite dans une talentueuse et poignante variation sur le thème de La Marseillaise, à laquelle il a donné le nom de Parisienne. Libre de droits elle a, en quelque sorte, été offerte aux Français en hommage aux victimes du terrorisme de ce jour-là.
Marseillaise revisitée, épurée, et comme effleurée, Worakls lui a donné le rythme d’une marche funèbre, le rythme d’un battement cardiaque, le rythme de son émotion. Mise en ligne sur Youtube à peine quelques jours après les attentats, elle mérite d’être plus connue, surtout dans les circonstances présentes. Ecoutons, en hommage aux victimes de Nice.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Combattre le terrorisme ou se forger l’esprit de résistance

L’attentat de Nice confirme que nous devons nous habituer à vivre dans ce que les spécialistes de la gestion de crise appellent une situation dégradée. C’est-à-dire un environnement global marqué par la conflictualité, l’incertitude et l’instabilité sur une période de moyen/long terme. Il n’existe pas de recette miracle pour anticiper ce type d’actes barbares. On peut sans doute améliorer nos capacités d’analyse, mieux cerner les processus de radicalisation. Il importe toutefois de saisir qu’il faut impérativement apprendre à vivre dans des sociétés vulnérables. Retrouver le sens du tragique n’a certes rien d’agréable, mais c’est une nécessité pour transcender l’épreuve et vaincre au finish les criminels qui tentent aujourd’hui de nous déstabiliser (en utilisant en priorité toutes les ressources de la société médiatique, tant il est vrai que le terrorisme se définit en partie comme une guerre de l’information spécialement vicieuse).
Briser nos schémas mentaux,
penser le terrorisme à l’heure du réseau
Le plus complexe à intégrer opérationnellement et conceptuellement, afin de combattre efficacement le phénomène djihadiste, consiste à assimiler l’idée que Daech fournit une source d’inspiration pour les terroristes, et non forcément un commanditaire direct, une cellule dormante ou des moyens logistiques. Elle repose sur une machinerie propagandiste visant à déclencher le passage à l’acte chez les individus les plus instables ou les plus fanatisés, sans savoir précisément qui réagira aux stimuli constitués par les différents messages fleurissant dans des vidéos, des revues ou des prêches enflammés. Mathieu Guidère a dit l’essentiel sur ce sujet[1. Terreur. La nouvelle ère. Des Twin Towers à Charlie, Mathieu Guidère, (Autrement, 2015).] : « La disponibilité accrue de technologies sophistiquées mais bon marché et simples d’utilisation a rendu le partage d’informations et de séquences vidéo plus facile, plus rapide et plus ouvert. Ces technologies permettent l’enregistrement vidéo de séquences par les détenteurs de caméras numériques et de téléphones mobiles […]. Le phénomène a connu un essor fulgurant à partir de la guerre en Irak de 2003, sur le modèle des groupes de l’insurrection irakienne et, en particulier, de la branche irakienne d’Al-Qaïda en Mésopotamie (Irak). Son dirigeant de l’époque, le jordanien Abou Moussab Al-Zarqawi, tué dans un raid américain en juin 2006, avait réalisé le film de ses exploits dans le désert irakien entouré de ses principaux lieutenants. Depuis, cette vidéo est devenue “culte” parmi les djihadistes, faisant partie des modèles du genre en termes de propagande et d’effet. »
Or, il n’est guère facile de briser nos schémas mentaux, de penser le terrorisme à l’heure du réseau, sur un mode décentralisé. Cependant, la base intellectuelle pour réaliser un diagnostic correct de la violence djihadiste réside dans la pulvérisation de notre raisonnement traditionnel qui exige, lui, de lire l’ennemi à travers une pyramide hiérarchique bureaucratisée. La « révolution du nihilisme » islamiste passe par la fragmentation de l’action hostile. Nous faisons face à une multitude d’acteurs malveillants susceptibles de choisir un objectif et d’exécuter de manière relativement autonome une opération allant du massacre de masse à l’assassinat ciblé.
Quelles sont donc les urgences ? Accentuer la pression sur l’Etat islamique en Syrie, car il importe de venir à bout du centre conjoncturel névralgique de l’influence idéologique et culturelle du djihadisme salafiste. On ne viendra certainement pas à bout de Daech en se limitant à des raids aériens.
Faire de la défense de la République
et du territoire national l’affaire de tous
Il s’agit ensuite de défendre les piliers intellectuels, culturels et sociaux qui soutiennent l’édifice démocratique, libéral et laïc que nous appelons le régime républicain. Ce qui impose par exemple de ne pas accepter qu’il puisse exister des « territoires perdus », où l’Etat de droit ne s’applique déjà plus, et de s’opposer énergiquement à tout communautarisme fragilisant la cohésion nationale. Enfin, nous avons à fortifier l’aptitude à la résilience, car c’est bien de cela dont nous avons sans doute le plus besoin.
A cet égard, l’idée de faire appel à la réserve opérationnelle (gendarmerie, Armée de terre, Armée de l’air et Marine) se révèle tout à fait pertinente. Non seulement parce qu’elle permettrait à terme de soulager une partie des tensions sur les effectifs des forces publiques ; mais aussi parce qu’elle symbolise la « nation en armes ». Certes, ce vocabulaire est passé de mode ; il signifie pourtant quelque chose d’essentiel : il souligne l’implication des citoyens dans leur propre défense. Il rappelle que dans une république démocratique, chacun doit bénéficier d’une culture élémentaire de sécurité nationale et participer d’une manière ou d’une autre à la préservation des valeurs et du patrimoine matériel et moral dont il bénéficie.
Les services de renseignement et de sécurité ne peuvent rien contre la radicalisation. Leur rôle est d’en prévenir si possible les effets criminels et de savoir débusquer et stopper les auteurs d’actes terroristes. En revanche, enrayer la dynamique fondamentaliste à la racine du djihadisme salafiste planétaire est un combat politique dont nous n’avons toujours pas élaboré la stratégie.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Idéologie sécuritaire et société de surveillance: Le storytelling du XXIe siècle
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Pour Erdogan, le coup d’Etat vire au coup de pouce

Ce n’est pas son anniversaire – il est né le 26 février – mais Recep Tayyip Erdogan, le président de la Turquie vient de recevoir le plus beau cadeau de sa vie – et de la main de son meilleur ennemi, l’armée. Car avec le coup d’Etat désastreux qu’il vient de connaître, Erdogan entre dans la grande Histoire, celle faite de grands et rares moments capables de donner au cours des choses un nouveau cap. Et il y entre même plus « légitime » qu’il ne l’était.
Car en voulant sauver la République kémaliste, les putschistes viennent de lui porter le coup de grâce. Pis encore, ils viennent de sauver Erdogan qui, malgré ses indiscutables talents politiques et son charisme, n’arrivait pas à atteindre son ultime objectif : devenir le nouvel Atatürk, non plus un homme politique, mais un géant tutoyant les héros du passé.
L’ambition d’Erdogan — et ce n’est pas un secret — n’a pas de limites. Le palais présidentiel « à la mode Ceausescu » qu’il a fait construire en tant que Premier ministre et qu’il habite depuis son élection à la présidence de la République en août 2014, a été pensé pour abriter cette ambition. Et depuis quelques années toute la politique d’Erdogan est tendue vers un seul objectif : adapter la constitution turque à l’architecture du palais présidentiel, c’est-à-dire créer un régime sultano-présidentiel taillé sur mesure pour lui.
Or, la tâche n’est pas facile. Personne ne sait mieux qu’Erdogan à quel point il est difficile de faire du passé table rase. La vie, la carrière politique et le secret du charisme de cet homme né à Istanbul en 1954 sont la démonstration même de l’impossibilité et de l’échec du projet kémaliste : c’était en effet une folie de penser que la Turquie puisse devenir une sorte de France ou d’Allemagne sur les rives du Bosphore. La sociologie, l’anthropologie, la religion et l’histoire allaient contre ce projet fou et dont seul le XXe siècle connaît le secret.
Mustapha Kemal, devenu Atatürk, a pu grâce à un concours exceptionnel de circonstances et une personnalité hors du commun, forcer la nature de son peuple. Ça n’a même pas duré trente ans. Quand Erdogan naît en 1954, l’utopie kémaliste prend l’eau partout et reste à flot seulement grâce à des coups d’Etat périodiques qui passent de plus en plus mal. L’avant dernier, celui de 1997, n’a fait que retarder l’inévitable montée de la nouvelle Turquie : conservatrice, musulmane, économiquement libérale et technologiquement au point. Autrement dit, l’occidentalisation de la Turquie n’a pas tellement métamorphosé son être profond mais l’a dotée en revanche d’outils performants.
Erdogan incarne cette nouvelle Turquie mieux que personne. Par son parcours, ses manières, son imaginaire, ses goûts et son langage. De nombreux Turcs s’identifient naturellement à ce « fier à bras » (« kabadai ») qui sent le terrain et aime déclamer des poèmes.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, Erdogan a systématiquement éliminé les forces capables de lui faire échec en déployant une stratégie redoutable : affronter chaque fois un seul adversaire et s’allier contre lui avec toutes les autres forces en présence.
Ainsi, pour neutraliser l’armée gardien de l’héritage kémaliste, Erdogan, fraîchement élu, a su mobiliser l’Union européenne, les médias turcs, la gauche de son pays et ses intellectuels et ses forces démocratiques, bref tous ceux qui voulaient sortir l’armée de la politique turque. Une fois l’armée écartée, Erdogan s’est tourné contre ses anciens camarades de lutte pour la démocratie et contre l’interventionnisme des militaires : le mouvement Gülen, la police et la justice, la presse et l’opposition politique.
Or, cette stratégie a commencé à montrer ses limites. Erdogan a certes gagné tous ses combats politiques, mais n’a cessé de cumuler des ennemis. Son caractère et surtout sa mégalomanie exacerbée par la paranoïa lui ont créé des adversaires au sein même de son camp. Même Ahmet Davutoglu, le fidèle parmi les fidèles, a été brutalement viré, sans parler d’Abdullah Gul, longtemps son binôme, forcé à une retraité très anticipée.
En 2016, en Turquie, le nombre de personnes assises sur le bord de la rivière et attendant, comme dit le proverbe africain, de voir charrier son corps était considérable. Et Erdogan semblait, lui, privé de stratégie pour accomplir les derniers pas le séparant du pouvoir absolu et de son rêve de sultanat moderne.
C’est à ce moment qu’un quarteron de généraux l’a sauvé. Désormais, il est victime. Ses délires paranoïaques ont l’air de prévisions lucides et les complots imaginaires peuvent être démontrés urbi et orbi. L’homme dont le problème principal était jusqu’à vendredi soir de s’être aliéné tous ses alliés, a trouvé en quelques heures le moyen de les obliger à le soutenir comme le sauveur de la République ! Qui osera, qui aura la légitimité de résister maintenant aux purges et aux exigences de celui qui, en une nuit, est devenu homme providentiel ? La boucle est donc bouclée : il y a un peu moins d’un siècle, l’armée a porté la République turque sur les fonts baptismaux. Dans la nuit de vendredi à samedi, elle l’a enterrée.
Comment faire partie du camp du Bien
Après un attentat, le plus urgent semble être d’écarter les faits. Pour cela, on se focalisera sur un élément dont on ne nie pas vainement la réalité, mais qui permet d’écarter celle-ci au nom du « respect des victimes ». Quatre-vingt quatre morts, mais la photo d’un enfant tué, à côté duquel repose une poupée, semble trop. L’image n’apporterait « aucune info ».
Elle en donne pourtant sur la quantité de gens qui ont une répulsion pour la réalité. L’allergie à la réalité devient, après le gluten, la nouvelle allergie à la mode.
La plupart des commentaires sur les réseaux sociaux parlent de « voyeurisme ». Voire serait du voyeurisme… Mieux vaut s’enfoncer la tête dans le sable ou se crever les yeux. Ces belles âmes reprennent, sans s’en rendre compte, l’argument de Dieudonné sur la « pornographie » (qui serait dans le regard plutôt que dans le réel). Ils se plaignent d’être forcés de voir, tout en voulant restreindre la liberté de ceux qui le souhaitent.
Ce pseudo-sentimentalisme — qui a obtenu la censure de l’image sur Facebbook — est suspect, car il ne s’exerce pas pour les bonnes causes. Pour ceux qui le pratiquent, l’œuvre macabre d’un terroriste ne devrait être dénoncé que pudiquement car nous serions les vrais coupables…
Le débat sur le « voyeurisme » et les « charognards » médiatiques, permet donc d’absorber la première vague de réalité. Accusations qui vont de pair avec le déni des faits : le terrorisme musulman.
Dans un deuxième temps, après avoir évité le plus longtemps possible de relever l’identité de l’auteur de l’attentat, on évoquera un homme « normal », sans signe religieux particulier, condamné certes, mais pour de simples violences, inconnu des services de renseignement. Sa citoyenneté passera également par toutes les couleurs : Français, d’origine tunisienne, possédant la double nationalité, puis simple résident, ayant obtenu une carte de séjour en dépit de son passé délinquant. On évitera soigneusement de relever les acclamations de soutien de personnes de son milieu sur les réseaux sociaux, et on dénoncera les menaces de dérives d’extrême droite et d’islamophobie.
Car le camp du Bien est celui du déni…
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Magnanville: la déchéance des bien-pensants

Qu’on ne se méprenne pas, moi qui caresse l’espoir de voir assignés un jour à résidence aux Mureaux ou à La Courneuve le sociologue relativiste avec l’avocat droit-de-l’hommiste en colocation avec tous ceux qui prennent les racailles sauvages pour des enfants du bon Dieu, je ne viens pas ici diluer la culpabilité du dernier islamiste de l’actualité, musulman impatient et criminel, dans la misère sociale ou dans le racisme français. Derrière le crime, il n’y a qu’un criminel, un seul coupable du meurtre de ce couple de policiers de Magnanville. Mais au-delà, il y a des responsables.
Faut-il encore rappeler que celui-ci comme tous les autres n’était pas témoin de Jéhovah et qu’il n’est pas surprenant qu’un prophète assassin de masse laisse derrière lui pour les siècles des siècles une religion sanguinaire ? Mais ce ne sont pas ces islamistes intolérants et prosélytes à mort, ni bien sûr les 80 % de musulmans français qui observent sans réserve le ramadan que je suis venu ici stigmatiser, ce sont les autres responsables de ce crime. Je veux nommer, accuser, montrer du doigt et clouer au pilori tous ceux qui ont empêché d’empêcher ces meurtres, tous ceux qui sont venus régulièrement, jusque dans ce journal et dans ma radio, mais en se tenant hors de portée de mandales perdues, dénoncer la déchéance de la nationalité comme étant une mesure tantôt « inutile », tantôt « indigne ».[access capability= »lire_inedits »]
On se demande aujourd’hui qui est le plus inutile et qui est le plus indigne : les badernes enrobées et pointilleuses, emphatiques et tatillonnes, suffisantes et orientées du barreau, les Jean-Pierre Mignard, les Henri Leclerc et autres baveux du même tonneau qui dénonçaient l’illégalité voire l’inhumanité de la mesure ? Les élus de la droite molle et de la gauche la plus « Finkielkraut », tous aujourd’hui à l’extrême gauche du bon sens, qui plaisantaient hier jusque dans ma télé sur l’idée jugée « absurde » de déchoir de sa nationalité un islamiste suicidaire ? Les dirigeants qui hésitent encore et malgré tout ce qui menace à manier le glaive qui sépare durablement le bon grain de l’ivraie salafiste et de la racaille islamisée ? Mais que ne se sont-ils contentés d’être, les uns et les autres, inutiles et indignes ! Aujourd’hui, à la lumière de ce nouvel assassinat, ceux que nous nous résignons à nommer nos élites se révèlent surtout incapables et nuisibles.
Je revois comme si c’était hier, parce que c’était hier, toutes ces baudruches politiques, du frondeur gouailleur au centriste BCBG, venir à toutes les tribunes s’indigner qu’on songe à déchoir, invoquer les valeurs, opposer le droit international, la Révolution française ou le passé vichyste et leurs parents déchus, faire la fine bouche quand le coup de balai s’imposait à leur devoir, et s’opposer par principe au renvoi de nos ennemis intérieurs où on voudra, en étalant, droits dans leurs bottes et la main sur le cœur, leurs scrupules. Aujourd’hui, après le meurtre de ces deux policiers, il y a des scrupules qui déshonorent, et quand de « grandes voix » s’élèvent pour défendre des principes, des gens simples tombent. Toutes ces belles âmes aux mains propres se demandent-elles à présent où est la justice ? Le ministre de la Répression modérée et ses chefs pensent-ils le soir que si Abballa s’en était retourné d’où il était venu, ou même en apatridie, ou encore s’était supprimé dans une cellule sans surveillance, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider seraient encore en vie ? Je reste hanté par l’agonie de cet homme, mort avant d’avoir pu protéger les siens (s’est-il souvenu des ordres donnés par l’État Islamique à ses agents dispersés, de tuer les mécréants avec leur famille ?), et de cette mère, torturée moins par l’assurance de sa mort imminente que par l’idée de laisser avec l’ordure barbue, son enfant (savait-elle qu’en Russie, une nounou avait récemment décapité le bébé qu’on lui avait confié en criant « Allah ouakbar » ?).
Le plus impardonnable est que ces crimes-là auraient pu être évités. Le simple profil Facebook de notre criminel aurait permis à un pouvoir exécutif juste assez courageux pour exécuter, de déchoir Abballa de sa nationalité par simple décret, sans être entravé par un tribunal juridiquement pointilleux. Un article du Code civil et un ordre simple du ministre vers ses préfets après l’aval du Conseil d’État et son trop rare coup de tampon « à dégager » nous auraient débarrassés de celui-ci comme de tous ses clones, par perte de sa nationalité pour, dit la loi, tout Français qui « se comporte en fait comme le national d’un pays étranger », ou par déchéance « s’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou s’il s’est livré au profit d’un État étranger à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France ». Pour avoir la paix, nous avons l’embarras du choix et l’arsenal qu’il faut. Mais nous avons aussi des décideurs hésitants et embarrassés. Ce n’est pas une fatalité. Des mandales se perdent mais des élections aussi. Et les élections pourraient servir à les déchoir de leur majorité. Pensent-ils au moins à ça, les chefs du ministre de la Répression manquée ?[/access]
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Turquie: derrière le coup d’Etat avorté, une société fracturée

La Turquie est habituée aux coups d’Etat militaires. Depuis la fondation de la république en 1924 par Mustapha Kemal, l’armée, garante d’une laïcité stricte, n’hésite pas à s’immiscer dans les affaires civiles. Elle a ainsi renversé les gouvernements en 1960, 1971 et en 1980 avant de rendre le pouvoir aux civils et ce, après avoir rédigé une nouvelle constitution et purgé le pouvoir des éléments supposés hostiles au régime.
Tous ces efforts n’empêchent pas la victoire d’un parti islamiste en 1996 et la constitution d’un gouvernement islamiste sous la houlette de Necmettin Erbakan, ami et mentor de l’actuel président Erdogan. Fidèle à sa tradition, l’armée intervient à nouveau en 1997 et, par une simple déclaration publiée par la presse, parvient à évincer le gouvernement de Necemettin Erbakan. Forcé de démissionner, ce dernier est jugé et condamné à un an de prison pour « incitation à la haine et à l’hostilité religieuses ». Erdogan, alors maire d’Istanbul et proche du Premier ministre déchu, est également condamné à dix mois de prison en 1999. Sans sortir des casernes, l’armée rappelle qu’elle est toujours présente dans la vie politique turque.
Premier échec de l’armée
La tentative de coup d’Etat de ce 15 juillet 2016 brille donc par son échec. C’est la première fois, en un peu plus d’un demi siècle, que l’armée échoue à renverser un gouvernement. Il faut dire que l’actuel président, Recep Tayyip Erdogan, a tiré les leçons du passé. Arrivé au pouvoir en 2002 avec un nouveau parti (le Parti de la justice et du développement ou AKP), il joue à fond la carte de la démocratisation. Tout en s’appuyant sur la candidature à l’Union européenne, Erdogan mène une véritable purge au sein de l’armée, de la justice et de l’administration. Dans le même temps, il s’abstient de références trop nombreuses à la religion et évite les réformes susceptibles de braquer la frange la plus laïque de la société turque. Devenu champion de la démocratie et soutenu par l’Union européenne, Erdogan parvient à marginaliser les forces kémalistes au sein de l’armée. De nombreux généraux, dont un ancien chef d’Etat major, sont arrêtés et mis en prison dans les années 2000[1. Notamment dans le cadre de l’enquête sur le réseau Ergenekon. Actif dans les années 2000, le réseau planifiait des attentats en Turquie. Les attentats devaient être attribués au PKK afin d’amplifier la guerre, de replacer l’armée au centre du jeu politique et d’évincer l’AKP au pouvoir. Le réseau sera finalement démantelé par le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayip Erdogan conduisant à l’arrestation de nombreux hauts gradés de l’armée dont un ancien chef d’Etat-major.]. Dans ces conditions, la dernière tentative de coup d’Etat ressemble à un acte désespéré d’une frange kémaliste consciente de perdre la partie.
Erdogan et la stratégie du chaos
Pour vaincre les putschistes, Erdogan a appelé ses partisans à s’opposer aux « traitres ». Alors que la majorité de l’armée semble être restée loyale au gouvernement, des milliers de partisans d’Erdogan sont descendus dans la rue pour s’opposer aux putschistes et déjouer leur projet. L’échec du coup d’Etat ne doit cependant pas masquer les tensions au sein de la société qu’Erdogan a lui-même contribué à exacerber. La Turquie est plus que jamais fragmentée entre plusieurs composantes dont les projets politiques semblent de moins en moins conciliables : kémalistes laïques contre islamistes, alévis contre sunnites, Turcs contre Kurdes. A ces tensions internes s’ajoutent un contexte régional explosif et le dangereux soutien qu’a longtemps apporté Erdogan à l’Etat islamique.
Il est difficile de se risquer à des prévisions dans une région où les événements surprennent les commentateurs les plus avisés. Il est cependant certain qu’Erdogan exploitera la situation afin d’accroître son pouvoir. Depuis plusieurs années, ce dernier plaide pour une modification de la constitution afin d’entériner légalement le pouvoir personnel qu’il s’est lui-même octroyé. Le champion de la démocratie, autrefois loué par les Européens, s’est en effet transformé en un dangereux tyran n’hésitant pas à jouer la stratégie du chaos pour assoir son pouvoir. On peut s’attendre, dans les prochaines semaines, à une vaste campagne d’arrestation visant l’opposition. Tout opposant à Erdogan pourra être accusé d’entretenir des liens avec les « traitres ». Il est probable que les putschistes aient donné à Erdogan l’occasion d’accélérer sa réforme et de faire reconnaître constitutionnellement la dérive autocratique de son pouvoir.
Dépasser les bassesses d’après l’attentat de Nice

C’est la même macabre routine qui recommence. La discussion soudain interrompue et la petite musique de l’existence désaccordée par l’annonce. Les rires qui se figent, les visages incrédules. L’angoisse s’invite à nouveau partout. On s’inquiète de ceux qu’on aime et qui ne sont pas là. On ressent au plus profond de soi la colère et l’impuissance, désormais familière, l’horreur vécue par les victimes. Combien sont-elles ? 60 ? 70 ? Plus de 80 ? Qui a fait cela ? Que s’est-il passé ? Un camion fou responsable de tous ces morts ? Comment ? Qui au volant ? Encore un soldat « autoradicalisé » de l’islam… Viennent encore beaucoup de questions sans réponses et de théories inutiles, déjà relayées dans les heures qui suivent par l’accélérateur de particules et le grand mélangeur d’opinions des réseaux sociaux.
On ne voudrait pas, dès le lendemain, consulter les fils d’actualités, regarder les vidéos, les images ou lire les statuts d’untel ou untel pour découvrir les discours va-t-en-guerre aussi ridicules que les inutiles et répétitifs appels à la fraternité ou les larmoyantes confessions des pèlerins de la paix de l’ère numérique. L’un veut déjà prendre les armes. On le devine derrière son écran, se « mettant en position » comme le Crevel de Balzac qui fait l’avantageux en imitant Napoléon. L’autre appelle à l’amour, à l’amour et encore à l’amour, comme si ce mot pouvait avoir le moindre sens ailleurs que dans l’espace ténu qui sépare la bouche qui chuchote de l’oreille de l’être aimé, de celui ou celle pour qui l’on tremble soudain à nouveau. On ne voudrait pas non plus assister à cet instant terrible où la télévision publique française déraille et furète parmi les corps ensanglantés et les cris, à la recherche d’un témoin à interviewer à côté d’un cadavre.
Opportunisme cynique
On ne voudrait pas non plus être tombé sur ce communiqué dans lequel le Collectif contre l’islamophobie en France concède sept petites lignes à la compassion et aux condoléances adressées aux familles des victimes avant d’en revenir à ce qui préoccupe bien plus le CCIF, c’est-à-dire la préservation des intérêts communautaires et l’appel au flicage, du moins celui qui va dans le bon sens. L’officine énonce après l’attentat « trois points d’action prioritaires » :
1) « Renforcer les dispositifs de protection des lieux de culte, notamment dans la région de Nice ». On trouverait que la suggestion est aussi incongrue qu’inutile si les deux recommandations qui suivent ne venaient pas l’éclairer un peu plus.
2) « Accentuer la surveillance de mouvements racistes et identitaires qui multiplient les appels à la haine et incitent explicitement à des représailles à l’encontre de nos concitoyens musulmans. »
3) « Ré-évaluer la politique anti-terroriste, sur la base des rapports rendus récemment et comprendre que les dérives de l’état d’urgence ou le ciblage abusif des musulmans amoindrissent la capacité de nos services de renseignement et, en définitive, ne garantissent pas notre sécurité. »
Voilà. Le communiqué en question a été publié quelques heures après un attentat atroce qui a coûté la vie à au moins 84 personnes et en a mutilé ou gravement blessé dieu sait combien d’autres. Alors que le sang n’a pas encore séché sur la Promenade des Anglais, le CCIF fait les gros yeux, lève un sourcil menaçant et prévient : attention, attention bonnes gens, que le massacre de 84 victimes innocentes ne risque pas de donner lieu à d’insupportables amalgames et à d’intolérables discriminations.
Oh bien sûr, il serait peut-être trop attendre du CCIF qu’il se comporte autrement que comme une association clientéliste et ne fasse pas étalage d’un opportunisme bien cynique à l’occasion d’une nouvelle tragédie. Mais quand les auteurs du communiqué, après avoir si manifestement pris prétexte du carnage pour jouer les épiciers du désastre, se permettent en plus d’appeler enfin « à la responsabilité des commentateurs politiques et médiatiques, afin de rassembler nos concitoyens plutôt que de les diviser », on ne peut s’empêcher d’avoir un peu la nausée.
Communautarisme prédateur et narcissisme déboussolé
Le CCIF n’est pas seul à vouloir se servir sordidement du massacre et à substituer avec autant de subtilité la défense de ses propres intérêts à la douleur des victimes. Sur les réseaux sociaux se sont multipliés, de l’extrême gauche à l’extrême droite, les annonces ronflantes et déclarations fracassantes des infatigables militants dénonçant l’inefficacité de l’état d’urgence et soulignant l’injustice de leur propre sort, pauvres opposants constamment réprimés par le totalitarisme qui vient. Pendant la tuerie les affaires continuent et la valse des égos se poursuit de plus belle… L’Etat islamique qui, d’une manière ou d’une autre, est sans nul doute derrière l’attentat de Nice aura encore une fois pu montrer de manière connexe, en semant la mort et la désolation, à quel point notre société n’est plus qu’un assemblage hétéroclite de communautarisme prédateur et de narcissismes déboussolés. Une fois de plus, on aura vu après le drame de Nice qu’il convient de ne pas nommer et accabler les tueurs mais que l’on peut mépriser la souffrance des victimes. Epargnons nos ennemis et accablons nos morts, après tout, la récente commémoration du centenaire de Verdun n’a-t-elle pas une fois de plus démontré quel grand cas nous faisons désormais de ceux qui ont été frappés ou ont versé leur sang au nom de la France ?
Tout n’est pas perdu cependant car le pays ne se résume pas encore uniquement à ces étranges bassesses. Laissons s’abîmer dans l’oubli le communiqué du CCIF, oublions l’affligeant reportage pour lequel la direction de France 2 a déjà, penaude, présenté ses excuses, laissons-là les statuts, les fils d’actualité et les réseaux sociaux, rendons hommage aux morts et souhaitons que les responsables paient un jour pour leurs crimes.
Le gouvernement répète, et à raison, que nous sommes en guerre, sans oser nommer ceux qui, derrière l’Etat islamique, derrière les terroristes « autoradicalisés » en France, derrière le salafisme de maison de quartier, tirent les ficelles et font tourner les rouages de la terreur à coups de pétrodollars : l’Arabie saoudite plus que tout autre, le Qatar et la Turquie, où l’on subit encore les conséquences du jeu trouble de Recep Tayyip Erdogan. Il ne nous appartient pas cependant, pauvres citoyens et chair à canon du terrorisme islamiste, de jouer à notre modeste niveau, les justiciers des relations internationales.
Changer d’âme
A notre pauvre niveau de Français lambda, il ne nous appartient que de conserver une pensée pour ceux qui sont morts, d’aimer et de protéger ceux qui nous sont proches et de nous habituer à apprivoiser ce que nous n’avons plus l’habitude d’appeler ni la guerre, ni l’histoire parce que nous ne les connaissions plus, et que nous avons même cru naïvement ne plus les connaître. Sans posture et sans atermoiements, il faudra bien que nous changions un peu d’âme pour apprendre à mieux comprendre cette réalité nouvelle. Comme le disait Jean Paulhan : « Peut-être nous faudra-t-il du temps pour réapprendre la France. Je prie seulement que l’on nous donne ce temps, que l’on ne nous prive d’aucune raison. Que l’on ne nous cache, comme en 1914, ni le nom des héros, ni le détail des victoires. Que l’on ne nous empêche pas de penser la guerre, si l’on nous a mal appris à la prévoir. »
Paulhan écrivait ces lignes en 1939. Espérons que les choses tournent mieux pour nous que pour lui, mais il n’est pas encore trop tard. « Réapprendre la France », ce n’est pas, comme les imbéciles prophètes du retour-des-années-sombres voudraient nous le faire croire, s’adonner à un nationalisme idiot et sectaire qui n’est que l’expression de l’amour inconditionnel de l’entre-soi. C’est vouloir seulement défendre et préserver le sol sur lequel vivent et grandissent ceux que nous aimons, ceux-là qui sont devenus les cibles d’un djihad qui voudrait nous soumettre ou nous tuer. Que les méprisables lâches qui se disent soldats de dieu et les vautours qui se hissent sur les cadavres pour mieux diffuser leur méprisable propagande ne se réjouissent pas trop vite : avec leur aide, nous aurons peut-être réappris la France plus tôt qu’ils ne le croient.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
L’Etat ne peut pas tout, la société doit se mobiliser!

Qui mène la danse ? l’Etat français, l’une des principales puissances économique et militaire de la planète, ou bien une bande de fanatiques islamistes capable de semer la terreur et la mort dans l’Hexagone avec des « armes par destination » obtenues par les terroristes sans la moindre difficulté : un couteau de cuisine pour ôter la vie à deux policiers, et un camion poids lourd de location pour foncer dans une foule de spectateurs d’un feu d’artifice de fête nationale ?
La réponse est évidente, et a été formulée dans la nuit du 14 au 15 juillet par François Hollande lui même : si l’on veut faire changer d’avis le président de la République (état d’urgence, plan Sentinelle) un bon attentat bien sanglant vaut mieux que cent manifs de la CGT.
Le 14 juillet à 13 heures, François Hollande nous explique qu’il n’est pas nécessaire de prolonger l’état d’urgence au delà du 26 juillet, puisque désormais nous disposons d’un arsenal législatif permettant de répondre au défi terroriste. Le dispositif Sentinelle, les gardes statiques de militaires devant les cibles potentielles devait être allégé de 10 000 à 7 000 hommes, il sera maintenu en l’état. Ce sont donc les membres, émules, séides de Daech qui définissent l’ordre du jour de l’Elysée, et non l’inverse.
Le message est passé : nul n’est plus, en France, à l’abri
Avec une habileté tactique éprouvée, ils ont laissé passer l’Euro de foot, populaire dans leur vivier de soutiens potentiels, pour frapper pendant le soupir de soulagement des responsables de la sécurité publique, en un lieu symbolique d’une civilisation et d’un mode de vie qu’ils exècrent, la Promenade des Anglais, haut lieu du tourisme international et de la dolce vita méditerranéenne;
Le message est passé : nul n’est plus, en France, à l’abri d’un acte meurtrier de ce genre, possiblement bricolé sans réseau ni logistique compliquée (l’enquête le dira), comme celui du Bataclan, mais simplement conçu et réalisé par un petit délinquant radicalisé en douce, même pas fiché S !
Face à cela, la capacité de protection des citoyens par les dépositaires de la violence légitimes (police, armée, justice, services de renseignement) n’est pas illimitée. Il semblerait même, à entendre tous les bons connaisseurs de ces institutions, qu’elles soient « au taquet », malgré les renforts, en hommes et en matériel qu’elles ont reçu depuis les attentats de 2015.
Le discours de François Hollande et du gouvernement s’est, jusque-là, limité à montrer au peuple qu’ils sont déterminés à mettre tous les rouages de l’Etat en mouvement pour combattre la barbarie, à l’extérieur, comme sur le territoire national. Mais comme disait jadis (maladroitement) Lionel Jospin confronté à des fermetures d’usines : « L’Etat ne peut pas tout ! » C’est encore plus vrai dans le domaine de la sécurité que dans celui de l’économie.
La tentation des accommodements et de la soumission…
Deux voies s’offrent alors aux gouvernants pour cesser d’être le jouet de nos ennemis.
La première consiste à renoncer à combattre frontalement le djihadisme sur ses terres (Syrie, Irak, Mali, etc.), et à procéder, à l’intérieur, à quelques « accommodements raisonnables » avec une pratique de l’islam heurtant, à ce jour, les sensibilités laïques (acceptation du port du voile intégral, non mixité des piscines, examens des femmes pratiqués seulement par des médecins femmes…). Ainsi, on serait à l’abri de la rage islamiste radicale. Cette tentation est déjà bien présente dans une partie de l’opinion. Elle a déjà son slogan (« Vos guerres, nos morts ! »), son barde (Edwy Plenel), son « sage » institutionnel (Jean-Louis Bianco), président d’un Observatoire de la laïcité qu’il a privatisé au service de sa conception quiétiste de l’affrontement avec l’islam radical de toutes obédiences ! L’itinéraire de la soumission est pavé de bonnes intentions, et séduira d’autant plus de gens que les chemins de la résistance étatique se révéleront des impasses.
Le courage, aujourd’hui, exige que nos gouvernants, et l’ensemble de ceux qui aspirent à nous diriger, s’appuie sur une société capable de se mobiliser, voire de sacrifier une partie de son hédonisme individualiste (ils sont plus nombreux qu’on ne le pense en haut lieu). Un appel doit être lancé à chacun, quelque soit son origine ou ses croyances, pour s’engager dans un combat de civilisation, en ayant conscience que le djihadisme ne sera pas éradiqué avant 2017, qu’il persistera même si Mossoul est reprise à Daech, ou que tel ou tel chef est tué par une frappe ciblée. La détection précoce de la dérive islamiste ne sera efficace que si elle n’est pas polluée par les balivernes bêlantes du « vivre ensemble » faisant la part belle à l’indulgence croissante face à la multiplication des incivilités de tous ordres, dont les auteurs sont connus et repérés, et qu’on laisse faire, par peur d’être taxé de racisme.
On ne laisse rien passer, ni en classe, ni dans les hôpitaux, ni dans les piscines, et l’on accueille à bras ouverts tous ceux qui s’engagent résolument dans la lutte contre les barbares, même si l’un d’entre eux habite la porte à côté. Sinon, attendez-vous à voir Marine Le Pen en tête, non seulement du premier tour de l’élection présidentielle, mais aussi victorieuse au second.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
La responsabilité de l’islamisme reste totale

Après l’attentat de Nice, toutes les questions concernant les motivations et le profil de l’homme au camion bélier, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, doivent être abordées. Les réponses à ces questions fourniront des indications précieuses sur les causes de ce massacre, et sur les auteurs de possibles prochains attentats.
De prime abord, deux pistes seulement semblent s’offrir à la réflexion.
Ou bien il s’agit tout simplement d’un homme ayant traversé une crise grave pour des motifs personnels, et qui, au moment de péter les plombs, a trouvé que cette forme de passage à l’acte, dont il a entendu parler à la télé était à la mesure de sa pathologie. Dans ce cas, la société doit se protéger de tous les individus qui sont en crise individuelle.
Ou bien cet homme s’est radicalisé secrètement, et cette islamisation est la seule cause et la seule responsable de son crime. Dans ce cas, il faudra s’efforcer de mettre hors d’état de nuire les islamistes radicalisés, y compris ceux qui se cachent. Ce serait une bonne nouvelle car, aussi nombreux qu’ils puissent être, ces islamistes radicalisés sont infiniment moins nombreux que des gens qui vont mal pour quelque raison que ce soit.
Mais c’est en réalité une troisième piste qui semble s’imposer au bon sens. Cette troisième explication est que c’est l’idéologie terroriste de Daech qui pousse au crime barbare les musulmans qui présentent, comment dire, des fragilités ou des troubles psychologiques.
Selon les cas, on pourra donc distinguer parmi les criminels barbares ceux qui sont par ailleurs « banals » et que l’islamisme seul a poussé au crime, et ceux qui étaient déjà gravement atteints et qui n’ont trouvé dans l’islamisation radicale du passage à l’acte qu’une issue à leur pathologie.
Mais dans les deux cas, qu’il s’agisse de cas pathologiques qui s’islamisent ou de musulmans « banals » qui se radicalisent jusqu’à la rage, la responsabilité de l’islamisme est totale. Même si l’enquête n’en est qu’à ses prémices, le procureur de Paris a d’ailleurs pris soin de relever que le mode opératoire de cet attentat « correspond très exactement aux appels permanents au meurtres » lancés par ces groupes djihadistes. La société doit donc combattre l’idéologie djihadiste qui pousse à commettre les crimes qu’elle exalte. Comme elle doit se garder d’exonérer cette idéologie barbare en mettant les crimes sur le compte des pathologies individuelles de loups solitaires, forcément victimes de nos sociétés.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Quand « La Parisienne » peut se transformer en « Niçoise »
Worakls est un jeune compositeur de musique électronique avec une solide formation classique. Son émotion après les attentats du 13 novembre dernier à Paris, il l’a transcrite dans une talentueuse et poignante variation sur le thème de La Marseillaise, à laquelle il a donné le nom de Parisienne. Libre de droits elle a, en quelque sorte, été offerte aux Français en hommage aux victimes du terrorisme de ce jour-là.
Marseillaise revisitée, épurée, et comme effleurée, Worakls lui a donné le rythme d’une marche funèbre, le rythme d’un battement cardiaque, le rythme de son émotion. Mise en ligne sur Youtube à peine quelques jours après les attentats, elle mérite d’être plus connue, surtout dans les circonstances présentes. Ecoutons, en hommage aux victimes de Nice.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Combattre le terrorisme ou se forger l’esprit de résistance

L’attentat de Nice confirme que nous devons nous habituer à vivre dans ce que les spécialistes de la gestion de crise appellent une situation dégradée. C’est-à-dire un environnement global marqué par la conflictualité, l’incertitude et l’instabilité sur une période de moyen/long terme. Il n’existe pas de recette miracle pour anticiper ce type d’actes barbares. On peut sans doute améliorer nos capacités d’analyse, mieux cerner les processus de radicalisation. Il importe toutefois de saisir qu’il faut impérativement apprendre à vivre dans des sociétés vulnérables. Retrouver le sens du tragique n’a certes rien d’agréable, mais c’est une nécessité pour transcender l’épreuve et vaincre au finish les criminels qui tentent aujourd’hui de nous déstabiliser (en utilisant en priorité toutes les ressources de la société médiatique, tant il est vrai que le terrorisme se définit en partie comme une guerre de l’information spécialement vicieuse).
Briser nos schémas mentaux,
penser le terrorisme à l’heure du réseau
Le plus complexe à intégrer opérationnellement et conceptuellement, afin de combattre efficacement le phénomène djihadiste, consiste à assimiler l’idée que Daech fournit une source d’inspiration pour les terroristes, et non forcément un commanditaire direct, une cellule dormante ou des moyens logistiques. Elle repose sur une machinerie propagandiste visant à déclencher le passage à l’acte chez les individus les plus instables ou les plus fanatisés, sans savoir précisément qui réagira aux stimuli constitués par les différents messages fleurissant dans des vidéos, des revues ou des prêches enflammés. Mathieu Guidère a dit l’essentiel sur ce sujet[1. Terreur. La nouvelle ère. Des Twin Towers à Charlie, Mathieu Guidère, (Autrement, 2015).] : « La disponibilité accrue de technologies sophistiquées mais bon marché et simples d’utilisation a rendu le partage d’informations et de séquences vidéo plus facile, plus rapide et plus ouvert. Ces technologies permettent l’enregistrement vidéo de séquences par les détenteurs de caméras numériques et de téléphones mobiles […]. Le phénomène a connu un essor fulgurant à partir de la guerre en Irak de 2003, sur le modèle des groupes de l’insurrection irakienne et, en particulier, de la branche irakienne d’Al-Qaïda en Mésopotamie (Irak). Son dirigeant de l’époque, le jordanien Abou Moussab Al-Zarqawi, tué dans un raid américain en juin 2006, avait réalisé le film de ses exploits dans le désert irakien entouré de ses principaux lieutenants. Depuis, cette vidéo est devenue “culte” parmi les djihadistes, faisant partie des modèles du genre en termes de propagande et d’effet. »
Or, il n’est guère facile de briser nos schémas mentaux, de penser le terrorisme à l’heure du réseau, sur un mode décentralisé. Cependant, la base intellectuelle pour réaliser un diagnostic correct de la violence djihadiste réside dans la pulvérisation de notre raisonnement traditionnel qui exige, lui, de lire l’ennemi à travers une pyramide hiérarchique bureaucratisée. La « révolution du nihilisme » islamiste passe par la fragmentation de l’action hostile. Nous faisons face à une multitude d’acteurs malveillants susceptibles de choisir un objectif et d’exécuter de manière relativement autonome une opération allant du massacre de masse à l’assassinat ciblé.
Quelles sont donc les urgences ? Accentuer la pression sur l’Etat islamique en Syrie, car il importe de venir à bout du centre conjoncturel névralgique de l’influence idéologique et culturelle du djihadisme salafiste. On ne viendra certainement pas à bout de Daech en se limitant à des raids aériens.
Faire de la défense de la République
et du territoire national l’affaire de tous
Il s’agit ensuite de défendre les piliers intellectuels, culturels et sociaux qui soutiennent l’édifice démocratique, libéral et laïc que nous appelons le régime républicain. Ce qui impose par exemple de ne pas accepter qu’il puisse exister des « territoires perdus », où l’Etat de droit ne s’applique déjà plus, et de s’opposer énergiquement à tout communautarisme fragilisant la cohésion nationale. Enfin, nous avons à fortifier l’aptitude à la résilience, car c’est bien de cela dont nous avons sans doute le plus besoin.
A cet égard, l’idée de faire appel à la réserve opérationnelle (gendarmerie, Armée de terre, Armée de l’air et Marine) se révèle tout à fait pertinente. Non seulement parce qu’elle permettrait à terme de soulager une partie des tensions sur les effectifs des forces publiques ; mais aussi parce qu’elle symbolise la « nation en armes ». Certes, ce vocabulaire est passé de mode ; il signifie pourtant quelque chose d’essentiel : il souligne l’implication des citoyens dans leur propre défense. Il rappelle que dans une république démocratique, chacun doit bénéficier d’une culture élémentaire de sécurité nationale et participer d’une manière ou d’une autre à la préservation des valeurs et du patrimoine matériel et moral dont il bénéficie.
Les services de renseignement et de sécurité ne peuvent rien contre la radicalisation. Leur rôle est d’en prévenir si possible les effets criminels et de savoir débusquer et stopper les auteurs d’actes terroristes. En revanche, enrayer la dynamique fondamentaliste à la racine du djihadisme salafiste planétaire est un combat politique dont nous n’avons toujours pas élaboré la stratégie.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Idéologie sécuritaire et société de surveillance: Le storytelling du XXIe siècle
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Pour Erdogan, le coup d’Etat vire au coup de pouce


Ce n’est pas son anniversaire – il est né le 26 février – mais Recep Tayyip Erdogan, le président de la Turquie vient de recevoir le plus beau cadeau de sa vie – et de la main de son meilleur ennemi, l’armée. Car avec le coup d’Etat désastreux qu’il vient de connaître, Erdogan entre dans la grande Histoire, celle faite de grands et rares moments capables de donner au cours des choses un nouveau cap. Et il y entre même plus « légitime » qu’il ne l’était.
Car en voulant sauver la République kémaliste, les putschistes viennent de lui porter le coup de grâce. Pis encore, ils viennent de sauver Erdogan qui, malgré ses indiscutables talents politiques et son charisme, n’arrivait pas à atteindre son ultime objectif : devenir le nouvel Atatürk, non plus un homme politique, mais un géant tutoyant les héros du passé.
L’ambition d’Erdogan — et ce n’est pas un secret — n’a pas de limites. Le palais présidentiel « à la mode Ceausescu » qu’il a fait construire en tant que Premier ministre et qu’il habite depuis son élection à la présidence de la République en août 2014, a été pensé pour abriter cette ambition. Et depuis quelques années toute la politique d’Erdogan est tendue vers un seul objectif : adapter la constitution turque à l’architecture du palais présidentiel, c’est-à-dire créer un régime sultano-présidentiel taillé sur mesure pour lui.
Or, la tâche n’est pas facile. Personne ne sait mieux qu’Erdogan à quel point il est difficile de faire du passé table rase. La vie, la carrière politique et le secret du charisme de cet homme né à Istanbul en 1954 sont la démonstration même de l’impossibilité et de l’échec du projet kémaliste : c’était en effet une folie de penser que la Turquie puisse devenir une sorte de France ou d’Allemagne sur les rives du Bosphore. La sociologie, l’anthropologie, la religion et l’histoire allaient contre ce projet fou et dont seul le XXe siècle connaît le secret.
Mustapha Kemal, devenu Atatürk, a pu grâce à un concours exceptionnel de circonstances et une personnalité hors du commun, forcer la nature de son peuple. Ça n’a même pas duré trente ans. Quand Erdogan naît en 1954, l’utopie kémaliste prend l’eau partout et reste à flot seulement grâce à des coups d’Etat périodiques qui passent de plus en plus mal. L’avant dernier, celui de 1997, n’a fait que retarder l’inévitable montée de la nouvelle Turquie : conservatrice, musulmane, économiquement libérale et technologiquement au point. Autrement dit, l’occidentalisation de la Turquie n’a pas tellement métamorphosé son être profond mais l’a dotée en revanche d’outils performants.
Erdogan incarne cette nouvelle Turquie mieux que personne. Par son parcours, ses manières, son imaginaire, ses goûts et son langage. De nombreux Turcs s’identifient naturellement à ce « fier à bras » (« kabadai ») qui sent le terrain et aime déclamer des poèmes.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, Erdogan a systématiquement éliminé les forces capables de lui faire échec en déployant une stratégie redoutable : affronter chaque fois un seul adversaire et s’allier contre lui avec toutes les autres forces en présence.
Ainsi, pour neutraliser l’armée gardien de l’héritage kémaliste, Erdogan, fraîchement élu, a su mobiliser l’Union européenne, les médias turcs, la gauche de son pays et ses intellectuels et ses forces démocratiques, bref tous ceux qui voulaient sortir l’armée de la politique turque. Une fois l’armée écartée, Erdogan s’est tourné contre ses anciens camarades de lutte pour la démocratie et contre l’interventionnisme des militaires : le mouvement Gülen, la police et la justice, la presse et l’opposition politique.
Or, cette stratégie a commencé à montrer ses limites. Erdogan a certes gagné tous ses combats politiques, mais n’a cessé de cumuler des ennemis. Son caractère et surtout sa mégalomanie exacerbée par la paranoïa lui ont créé des adversaires au sein même de son camp. Même Ahmet Davutoglu, le fidèle parmi les fidèles, a été brutalement viré, sans parler d’Abdullah Gul, longtemps son binôme, forcé à une retraité très anticipée.
En 2016, en Turquie, le nombre de personnes assises sur le bord de la rivière et attendant, comme dit le proverbe africain, de voir charrier son corps était considérable. Et Erdogan semblait, lui, privé de stratégie pour accomplir les derniers pas le séparant du pouvoir absolu et de son rêve de sultanat moderne.
C’est à ce moment qu’un quarteron de généraux l’a sauvé. Désormais, il est victime. Ses délires paranoïaques ont l’air de prévisions lucides et les complots imaginaires peuvent être démontrés urbi et orbi. L’homme dont le problème principal était jusqu’à vendredi soir de s’être aliéné tous ses alliés, a trouvé en quelques heures le moyen de les obliger à le soutenir comme le sauveur de la République ! Qui osera, qui aura la légitimité de résister maintenant aux purges et aux exigences de celui qui, en une nuit, est devenu homme providentiel ? La boucle est donc bouclée : il y a un peu moins d’un siècle, l’armée a porté la République turque sur les fonts baptismaux. Dans la nuit de vendredi à samedi, elle l’a enterrée.
Comment faire partie du camp du Bien
Après un attentat, le plus urgent semble être d’écarter les faits. Pour cela, on se focalisera sur un élément dont on ne nie pas vainement la réalité, mais qui permet d’écarter celle-ci au nom du « respect des victimes ». Quatre-vingt quatre morts, mais la photo d’un enfant tué, à côté duquel repose une poupée, semble trop. L’image n’apporterait « aucune info ».
Elle en donne pourtant sur la quantité de gens qui ont une répulsion pour la réalité. L’allergie à la réalité devient, après le gluten, la nouvelle allergie à la mode.
La plupart des commentaires sur les réseaux sociaux parlent de « voyeurisme ». Voire serait du voyeurisme… Mieux vaut s’enfoncer la tête dans le sable ou se crever les yeux. Ces belles âmes reprennent, sans s’en rendre compte, l’argument de Dieudonné sur la « pornographie » (qui serait dans le regard plutôt que dans le réel). Ils se plaignent d’être forcés de voir, tout en voulant restreindre la liberté de ceux qui le souhaitent.
Ce pseudo-sentimentalisme — qui a obtenu la censure de l’image sur Facebbook — est suspect, car il ne s’exerce pas pour les bonnes causes. Pour ceux qui le pratiquent, l’œuvre macabre d’un terroriste ne devrait être dénoncé que pudiquement car nous serions les vrais coupables…
Le débat sur le « voyeurisme » et les « charognards » médiatiques, permet donc d’absorber la première vague de réalité. Accusations qui vont de pair avec le déni des faits : le terrorisme musulman.
Dans un deuxième temps, après avoir évité le plus longtemps possible de relever l’identité de l’auteur de l’attentat, on évoquera un homme « normal », sans signe religieux particulier, condamné certes, mais pour de simples violences, inconnu des services de renseignement. Sa citoyenneté passera également par toutes les couleurs : Français, d’origine tunisienne, possédant la double nationalité, puis simple résident, ayant obtenu une carte de séjour en dépit de son passé délinquant. On évitera soigneusement de relever les acclamations de soutien de personnes de son milieu sur les réseaux sociaux, et on dénoncera les menaces de dérives d’extrême droite et d’islamophobie.
Car le camp du Bien est celui du déni…
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Magnanville: la déchéance des bien-pensants

Qu’on ne se méprenne pas, moi qui caresse l’espoir de voir assignés un jour à résidence aux Mureaux ou à La Courneuve le sociologue relativiste avec l’avocat droit-de-l’hommiste en colocation avec tous ceux qui prennent les racailles sauvages pour des enfants du bon Dieu, je ne viens pas ici diluer la culpabilité du dernier islamiste de l’actualité, musulman impatient et criminel, dans la misère sociale ou dans le racisme français. Derrière le crime, il n’y a qu’un criminel, un seul coupable du meurtre de ce couple de policiers de Magnanville. Mais au-delà, il y a des responsables.
Faut-il encore rappeler que celui-ci comme tous les autres n’était pas témoin de Jéhovah et qu’il n’est pas surprenant qu’un prophète assassin de masse laisse derrière lui pour les siècles des siècles une religion sanguinaire ? Mais ce ne sont pas ces islamistes intolérants et prosélytes à mort, ni bien sûr les 80 % de musulmans français qui observent sans réserve le ramadan que je suis venu ici stigmatiser, ce sont les autres responsables de ce crime. Je veux nommer, accuser, montrer du doigt et clouer au pilori tous ceux qui ont empêché d’empêcher ces meurtres, tous ceux qui sont venus régulièrement, jusque dans ce journal et dans ma radio, mais en se tenant hors de portée de mandales perdues, dénoncer la déchéance de la nationalité comme étant une mesure tantôt « inutile », tantôt « indigne ».[access capability= »lire_inedits »]
On se demande aujourd’hui qui est le plus inutile et qui est le plus indigne : les badernes enrobées et pointilleuses, emphatiques et tatillonnes, suffisantes et orientées du barreau, les Jean-Pierre Mignard, les Henri Leclerc et autres baveux du même tonneau qui dénonçaient l’illégalité voire l’inhumanité de la mesure ? Les élus de la droite molle et de la gauche la plus « Finkielkraut », tous aujourd’hui à l’extrême gauche du bon sens, qui plaisantaient hier jusque dans ma télé sur l’idée jugée « absurde » de déchoir de sa nationalité un islamiste suicidaire ? Les dirigeants qui hésitent encore et malgré tout ce qui menace à manier le glaive qui sépare durablement le bon grain de l’ivraie salafiste et de la racaille islamisée ? Mais que ne se sont-ils contentés d’être, les uns et les autres, inutiles et indignes ! Aujourd’hui, à la lumière de ce nouvel assassinat, ceux que nous nous résignons à nommer nos élites se révèlent surtout incapables et nuisibles.
Je revois comme si c’était hier, parce que c’était hier, toutes ces baudruches politiques, du frondeur gouailleur au centriste BCBG, venir à toutes les tribunes s’indigner qu’on songe à déchoir, invoquer les valeurs, opposer le droit international, la Révolution française ou le passé vichyste et leurs parents déchus, faire la fine bouche quand le coup de balai s’imposait à leur devoir, et s’opposer par principe au renvoi de nos ennemis intérieurs où on voudra, en étalant, droits dans leurs bottes et la main sur le cœur, leurs scrupules. Aujourd’hui, après le meurtre de ces deux policiers, il y a des scrupules qui déshonorent, et quand de « grandes voix » s’élèvent pour défendre des principes, des gens simples tombent. Toutes ces belles âmes aux mains propres se demandent-elles à présent où est la justice ? Le ministre de la Répression modérée et ses chefs pensent-ils le soir que si Abballa s’en était retourné d’où il était venu, ou même en apatridie, ou encore s’était supprimé dans une cellule sans surveillance, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider seraient encore en vie ? Je reste hanté par l’agonie de cet homme, mort avant d’avoir pu protéger les siens (s’est-il souvenu des ordres donnés par l’État Islamique à ses agents dispersés, de tuer les mécréants avec leur famille ?), et de cette mère, torturée moins par l’assurance de sa mort imminente que par l’idée de laisser avec l’ordure barbue, son enfant (savait-elle qu’en Russie, une nounou avait récemment décapité le bébé qu’on lui avait confié en criant « Allah ouakbar » ?).
Le plus impardonnable est que ces crimes-là auraient pu être évités. Le simple profil Facebook de notre criminel aurait permis à un pouvoir exécutif juste assez courageux pour exécuter, de déchoir Abballa de sa nationalité par simple décret, sans être entravé par un tribunal juridiquement pointilleux. Un article du Code civil et un ordre simple du ministre vers ses préfets après l’aval du Conseil d’État et son trop rare coup de tampon « à dégager » nous auraient débarrassés de celui-ci comme de tous ses clones, par perte de sa nationalité pour, dit la loi, tout Français qui « se comporte en fait comme le national d’un pays étranger », ou par déchéance « s’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou s’il s’est livré au profit d’un État étranger à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France ». Pour avoir la paix, nous avons l’embarras du choix et l’arsenal qu’il faut. Mais nous avons aussi des décideurs hésitants et embarrassés. Ce n’est pas une fatalité. Des mandales se perdent mais des élections aussi. Et les élections pourraient servir à les déchoir de leur majorité. Pensent-ils au moins à ça, les chefs du ministre de la Répression manquée ?[/access]
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
Turquie: derrière le coup d’Etat avorté, une société fracturée

La Turquie est habituée aux coups d’Etat militaires. Depuis la fondation de la république en 1924 par Mustapha Kemal, l’armée, garante d’une laïcité stricte, n’hésite pas à s’immiscer dans les affaires civiles. Elle a ainsi renversé les gouvernements en 1960, 1971 et en 1980 avant de rendre le pouvoir aux civils et ce, après avoir rédigé une nouvelle constitution et purgé le pouvoir des éléments supposés hostiles au régime.
Tous ces efforts n’empêchent pas la victoire d’un parti islamiste en 1996 et la constitution d’un gouvernement islamiste sous la houlette de Necmettin Erbakan, ami et mentor de l’actuel président Erdogan. Fidèle à sa tradition, l’armée intervient à nouveau en 1997 et, par une simple déclaration publiée par la presse, parvient à évincer le gouvernement de Necemettin Erbakan. Forcé de démissionner, ce dernier est jugé et condamné à un an de prison pour « incitation à la haine et à l’hostilité religieuses ». Erdogan, alors maire d’Istanbul et proche du Premier ministre déchu, est également condamné à dix mois de prison en 1999. Sans sortir des casernes, l’armée rappelle qu’elle est toujours présente dans la vie politique turque.
Premier échec de l’armée
La tentative de coup d’Etat de ce 15 juillet 2016 brille donc par son échec. C’est la première fois, en un peu plus d’un demi siècle, que l’armée échoue à renverser un gouvernement. Il faut dire que l’actuel président, Recep Tayyip Erdogan, a tiré les leçons du passé. Arrivé au pouvoir en 2002 avec un nouveau parti (le Parti de la justice et du développement ou AKP), il joue à fond la carte de la démocratisation. Tout en s’appuyant sur la candidature à l’Union européenne, Erdogan mène une véritable purge au sein de l’armée, de la justice et de l’administration. Dans le même temps, il s’abstient de références trop nombreuses à la religion et évite les réformes susceptibles de braquer la frange la plus laïque de la société turque. Devenu champion de la démocratie et soutenu par l’Union européenne, Erdogan parvient à marginaliser les forces kémalistes au sein de l’armée. De nombreux généraux, dont un ancien chef d’Etat major, sont arrêtés et mis en prison dans les années 2000[1. Notamment dans le cadre de l’enquête sur le réseau Ergenekon. Actif dans les années 2000, le réseau planifiait des attentats en Turquie. Les attentats devaient être attribués au PKK afin d’amplifier la guerre, de replacer l’armée au centre du jeu politique et d’évincer l’AKP au pouvoir. Le réseau sera finalement démantelé par le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayip Erdogan conduisant à l’arrestation de nombreux hauts gradés de l’armée dont un ancien chef d’Etat-major.]. Dans ces conditions, la dernière tentative de coup d’Etat ressemble à un acte désespéré d’une frange kémaliste consciente de perdre la partie.
Erdogan et la stratégie du chaos
Pour vaincre les putschistes, Erdogan a appelé ses partisans à s’opposer aux « traitres ». Alors que la majorité de l’armée semble être restée loyale au gouvernement, des milliers de partisans d’Erdogan sont descendus dans la rue pour s’opposer aux putschistes et déjouer leur projet. L’échec du coup d’Etat ne doit cependant pas masquer les tensions au sein de la société qu’Erdogan a lui-même contribué à exacerber. La Turquie est plus que jamais fragmentée entre plusieurs composantes dont les projets politiques semblent de moins en moins conciliables : kémalistes laïques contre islamistes, alévis contre sunnites, Turcs contre Kurdes. A ces tensions internes s’ajoutent un contexte régional explosif et le dangereux soutien qu’a longtemps apporté Erdogan à l’Etat islamique.
Il est difficile de se risquer à des prévisions dans une région où les événements surprennent les commentateurs les plus avisés. Il est cependant certain qu’Erdogan exploitera la situation afin d’accroître son pouvoir. Depuis plusieurs années, ce dernier plaide pour une modification de la constitution afin d’entériner légalement le pouvoir personnel qu’il s’est lui-même octroyé. Le champion de la démocratie, autrefois loué par les Européens, s’est en effet transformé en un dangereux tyran n’hésitant pas à jouer la stratégie du chaos pour assoir son pouvoir. On peut s’attendre, dans les prochaines semaines, à une vaste campagne d’arrestation visant l’opposition. Tout opposant à Erdogan pourra être accusé d’entretenir des liens avec les « traitres ». Il est probable que les putschistes aient donné à Erdogan l’occasion d’accélérer sa réforme et de faire reconnaître constitutionnellement la dérive autocratique de son pouvoir.
Dépasser les bassesses d’après l’attentat de Nice

C’est la même macabre routine qui recommence. La discussion soudain interrompue et la petite musique de l’existence désaccordée par l’annonce. Les rires qui se figent, les visages incrédules. L’angoisse s’invite à nouveau partout. On s’inquiète de ceux qu’on aime et qui ne sont pas là. On ressent au plus profond de soi la colère et l’impuissance, désormais familière, l’horreur vécue par les victimes. Combien sont-elles ? 60 ? 70 ? Plus de 80 ? Qui a fait cela ? Que s’est-il passé ? Un camion fou responsable de tous ces morts ? Comment ? Qui au volant ? Encore un soldat « autoradicalisé » de l’islam… Viennent encore beaucoup de questions sans réponses et de théories inutiles, déjà relayées dans les heures qui suivent par l’accélérateur de particules et le grand mélangeur d’opinions des réseaux sociaux.
On ne voudrait pas, dès le lendemain, consulter les fils d’actualités, regarder les vidéos, les images ou lire les statuts d’untel ou untel pour découvrir les discours va-t-en-guerre aussi ridicules que les inutiles et répétitifs appels à la fraternité ou les larmoyantes confessions des pèlerins de la paix de l’ère numérique. L’un veut déjà prendre les armes. On le devine derrière son écran, se « mettant en position » comme le Crevel de Balzac qui fait l’avantageux en imitant Napoléon. L’autre appelle à l’amour, à l’amour et encore à l’amour, comme si ce mot pouvait avoir le moindre sens ailleurs que dans l’espace ténu qui sépare la bouche qui chuchote de l’oreille de l’être aimé, de celui ou celle pour qui l’on tremble soudain à nouveau. On ne voudrait pas non plus assister à cet instant terrible où la télévision publique française déraille et furète parmi les corps ensanglantés et les cris, à la recherche d’un témoin à interviewer à côté d’un cadavre.
Opportunisme cynique
On ne voudrait pas non plus être tombé sur ce communiqué dans lequel le Collectif contre l’islamophobie en France concède sept petites lignes à la compassion et aux condoléances adressées aux familles des victimes avant d’en revenir à ce qui préoccupe bien plus le CCIF, c’est-à-dire la préservation des intérêts communautaires et l’appel au flicage, du moins celui qui va dans le bon sens. L’officine énonce après l’attentat « trois points d’action prioritaires » :
1) « Renforcer les dispositifs de protection des lieux de culte, notamment dans la région de Nice ». On trouverait que la suggestion est aussi incongrue qu’inutile si les deux recommandations qui suivent ne venaient pas l’éclairer un peu plus.
2) « Accentuer la surveillance de mouvements racistes et identitaires qui multiplient les appels à la haine et incitent explicitement à des représailles à l’encontre de nos concitoyens musulmans. »
3) « Ré-évaluer la politique anti-terroriste, sur la base des rapports rendus récemment et comprendre que les dérives de l’état d’urgence ou le ciblage abusif des musulmans amoindrissent la capacité de nos services de renseignement et, en définitive, ne garantissent pas notre sécurité. »
Voilà. Le communiqué en question a été publié quelques heures après un attentat atroce qui a coûté la vie à au moins 84 personnes et en a mutilé ou gravement blessé dieu sait combien d’autres. Alors que le sang n’a pas encore séché sur la Promenade des Anglais, le CCIF fait les gros yeux, lève un sourcil menaçant et prévient : attention, attention bonnes gens, que le massacre de 84 victimes innocentes ne risque pas de donner lieu à d’insupportables amalgames et à d’intolérables discriminations.
Oh bien sûr, il serait peut-être trop attendre du CCIF qu’il se comporte autrement que comme une association clientéliste et ne fasse pas étalage d’un opportunisme bien cynique à l’occasion d’une nouvelle tragédie. Mais quand les auteurs du communiqué, après avoir si manifestement pris prétexte du carnage pour jouer les épiciers du désastre, se permettent en plus d’appeler enfin « à la responsabilité des commentateurs politiques et médiatiques, afin de rassembler nos concitoyens plutôt que de les diviser », on ne peut s’empêcher d’avoir un peu la nausée.
Communautarisme prédateur et narcissisme déboussolé
Le CCIF n’est pas seul à vouloir se servir sordidement du massacre et à substituer avec autant de subtilité la défense de ses propres intérêts à la douleur des victimes. Sur les réseaux sociaux se sont multipliés, de l’extrême gauche à l’extrême droite, les annonces ronflantes et déclarations fracassantes des infatigables militants dénonçant l’inefficacité de l’état d’urgence et soulignant l’injustice de leur propre sort, pauvres opposants constamment réprimés par le totalitarisme qui vient. Pendant la tuerie les affaires continuent et la valse des égos se poursuit de plus belle… L’Etat islamique qui, d’une manière ou d’une autre, est sans nul doute derrière l’attentat de Nice aura encore une fois pu montrer de manière connexe, en semant la mort et la désolation, à quel point notre société n’est plus qu’un assemblage hétéroclite de communautarisme prédateur et de narcissismes déboussolés. Une fois de plus, on aura vu après le drame de Nice qu’il convient de ne pas nommer et accabler les tueurs mais que l’on peut mépriser la souffrance des victimes. Epargnons nos ennemis et accablons nos morts, après tout, la récente commémoration du centenaire de Verdun n’a-t-elle pas une fois de plus démontré quel grand cas nous faisons désormais de ceux qui ont été frappés ou ont versé leur sang au nom de la France ?
Tout n’est pas perdu cependant car le pays ne se résume pas encore uniquement à ces étranges bassesses. Laissons s’abîmer dans l’oubli le communiqué du CCIF, oublions l’affligeant reportage pour lequel la direction de France 2 a déjà, penaude, présenté ses excuses, laissons-là les statuts, les fils d’actualité et les réseaux sociaux, rendons hommage aux morts et souhaitons que les responsables paient un jour pour leurs crimes.
Le gouvernement répète, et à raison, que nous sommes en guerre, sans oser nommer ceux qui, derrière l’Etat islamique, derrière les terroristes « autoradicalisés » en France, derrière le salafisme de maison de quartier, tirent les ficelles et font tourner les rouages de la terreur à coups de pétrodollars : l’Arabie saoudite plus que tout autre, le Qatar et la Turquie, où l’on subit encore les conséquences du jeu trouble de Recep Tayyip Erdogan. Il ne nous appartient pas cependant, pauvres citoyens et chair à canon du terrorisme islamiste, de jouer à notre modeste niveau, les justiciers des relations internationales.
Changer d’âme
A notre pauvre niveau de Français lambda, il ne nous appartient que de conserver une pensée pour ceux qui sont morts, d’aimer et de protéger ceux qui nous sont proches et de nous habituer à apprivoiser ce que nous n’avons plus l’habitude d’appeler ni la guerre, ni l’histoire parce que nous ne les connaissions plus, et que nous avons même cru naïvement ne plus les connaître. Sans posture et sans atermoiements, il faudra bien que nous changions un peu d’âme pour apprendre à mieux comprendre cette réalité nouvelle. Comme le disait Jean Paulhan : « Peut-être nous faudra-t-il du temps pour réapprendre la France. Je prie seulement que l’on nous donne ce temps, que l’on ne nous prive d’aucune raison. Que l’on ne nous cache, comme en 1914, ni le nom des héros, ni le détail des victoires. Que l’on ne nous empêche pas de penser la guerre, si l’on nous a mal appris à la prévoir. »
Paulhan écrivait ces lignes en 1939. Espérons que les choses tournent mieux pour nous que pour lui, mais il n’est pas encore trop tard. « Réapprendre la France », ce n’est pas, comme les imbéciles prophètes du retour-des-années-sombres voudraient nous le faire croire, s’adonner à un nationalisme idiot et sectaire qui n’est que l’expression de l’amour inconditionnel de l’entre-soi. C’est vouloir seulement défendre et préserver le sol sur lequel vivent et grandissent ceux que nous aimons, ceux-là qui sont devenus les cibles d’un djihad qui voudrait nous soumettre ou nous tuer. Que les méprisables lâches qui se disent soldats de dieu et les vautours qui se hissent sur les cadavres pour mieux diffuser leur méprisable propagande ne se réjouissent pas trop vite : avec leur aide, nous aurons peut-être réappris la France plus tôt qu’ils ne le croient.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
L’Etat ne peut pas tout, la société doit se mobiliser!

Qui mène la danse ? l’Etat français, l’une des principales puissances économique et militaire de la planète, ou bien une bande de fanatiques islamistes capable de semer la terreur et la mort dans l’Hexagone avec des « armes par destination » obtenues par les terroristes sans la moindre difficulté : un couteau de cuisine pour ôter la vie à deux policiers, et un camion poids lourd de location pour foncer dans une foule de spectateurs d’un feu d’artifice de fête nationale ?
La réponse est évidente, et a été formulée dans la nuit du 14 au 15 juillet par François Hollande lui même : si l’on veut faire changer d’avis le président de la République (état d’urgence, plan Sentinelle) un bon attentat bien sanglant vaut mieux que cent manifs de la CGT.
Le 14 juillet à 13 heures, François Hollande nous explique qu’il n’est pas nécessaire de prolonger l’état d’urgence au delà du 26 juillet, puisque désormais nous disposons d’un arsenal législatif permettant de répondre au défi terroriste. Le dispositif Sentinelle, les gardes statiques de militaires devant les cibles potentielles devait être allégé de 10 000 à 7 000 hommes, il sera maintenu en l’état. Ce sont donc les membres, émules, séides de Daech qui définissent l’ordre du jour de l’Elysée, et non l’inverse.
Le message est passé : nul n’est plus, en France, à l’abri
Avec une habileté tactique éprouvée, ils ont laissé passer l’Euro de foot, populaire dans leur vivier de soutiens potentiels, pour frapper pendant le soupir de soulagement des responsables de la sécurité publique, en un lieu symbolique d’une civilisation et d’un mode de vie qu’ils exècrent, la Promenade des Anglais, haut lieu du tourisme international et de la dolce vita méditerranéenne;
Le message est passé : nul n’est plus, en France, à l’abri d’un acte meurtrier de ce genre, possiblement bricolé sans réseau ni logistique compliquée (l’enquête le dira), comme celui du Bataclan, mais simplement conçu et réalisé par un petit délinquant radicalisé en douce, même pas fiché S !
Face à cela, la capacité de protection des citoyens par les dépositaires de la violence légitimes (police, armée, justice, services de renseignement) n’est pas illimitée. Il semblerait même, à entendre tous les bons connaisseurs de ces institutions, qu’elles soient « au taquet », malgré les renforts, en hommes et en matériel qu’elles ont reçu depuis les attentats de 2015.
Le discours de François Hollande et du gouvernement s’est, jusque-là, limité à montrer au peuple qu’ils sont déterminés à mettre tous les rouages de l’Etat en mouvement pour combattre la barbarie, à l’extérieur, comme sur le territoire national. Mais comme disait jadis (maladroitement) Lionel Jospin confronté à des fermetures d’usines : « L’Etat ne peut pas tout ! » C’est encore plus vrai dans le domaine de la sécurité que dans celui de l’économie.
La tentation des accommodements et de la soumission…
Deux voies s’offrent alors aux gouvernants pour cesser d’être le jouet de nos ennemis.
La première consiste à renoncer à combattre frontalement le djihadisme sur ses terres (Syrie, Irak, Mali, etc.), et à procéder, à l’intérieur, à quelques « accommodements raisonnables » avec une pratique de l’islam heurtant, à ce jour, les sensibilités laïques (acceptation du port du voile intégral, non mixité des piscines, examens des femmes pratiqués seulement par des médecins femmes…). Ainsi, on serait à l’abri de la rage islamiste radicale. Cette tentation est déjà bien présente dans une partie de l’opinion. Elle a déjà son slogan (« Vos guerres, nos morts ! »), son barde (Edwy Plenel), son « sage » institutionnel (Jean-Louis Bianco), président d’un Observatoire de la laïcité qu’il a privatisé au service de sa conception quiétiste de l’affrontement avec l’islam radical de toutes obédiences ! L’itinéraire de la soumission est pavé de bonnes intentions, et séduira d’autant plus de gens que les chemins de la résistance étatique se révéleront des impasses.
Le courage, aujourd’hui, exige que nos gouvernants, et l’ensemble de ceux qui aspirent à nous diriger, s’appuie sur une société capable de se mobiliser, voire de sacrifier une partie de son hédonisme individualiste (ils sont plus nombreux qu’on ne le pense en haut lieu). Un appel doit être lancé à chacun, quelque soit son origine ou ses croyances, pour s’engager dans un combat de civilisation, en ayant conscience que le djihadisme ne sera pas éradiqué avant 2017, qu’il persistera même si Mossoul est reprise à Daech, ou que tel ou tel chef est tué par une frappe ciblée. La détection précoce de la dérive islamiste ne sera efficace que si elle n’est pas polluée par les balivernes bêlantes du « vivre ensemble » faisant la part belle à l’indulgence croissante face à la multiplication des incivilités de tous ordres, dont les auteurs sont connus et repérés, et qu’on laisse faire, par peur d’être taxé de racisme.
On ne laisse rien passer, ni en classe, ni dans les hôpitaux, ni dans les piscines, et l’on accueille à bras ouverts tous ceux qui s’engagent résolument dans la lutte contre les barbares, même si l’un d’entre eux habite la porte à côté. Sinon, attendez-vous à voir Marine Le Pen en tête, non seulement du premier tour de l’élection présidentielle, mais aussi victorieuse au second.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur
La responsabilité de l’islamisme reste totale

Après l’attentat de Nice, toutes les questions concernant les motivations et le profil de l’homme au camion bélier, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, doivent être abordées. Les réponses à ces questions fourniront des indications précieuses sur les causes de ce massacre, et sur les auteurs de possibles prochains attentats.
De prime abord, deux pistes seulement semblent s’offrir à la réflexion.
Ou bien il s’agit tout simplement d’un homme ayant traversé une crise grave pour des motifs personnels, et qui, au moment de péter les plombs, a trouvé que cette forme de passage à l’acte, dont il a entendu parler à la télé était à la mesure de sa pathologie. Dans ce cas, la société doit se protéger de tous les individus qui sont en crise individuelle.
Ou bien cet homme s’est radicalisé secrètement, et cette islamisation est la seule cause et la seule responsable de son crime. Dans ce cas, il faudra s’efforcer de mettre hors d’état de nuire les islamistes radicalisés, y compris ceux qui se cachent. Ce serait une bonne nouvelle car, aussi nombreux qu’ils puissent être, ces islamistes radicalisés sont infiniment moins nombreux que des gens qui vont mal pour quelque raison que ce soit.
Mais c’est en réalité une troisième piste qui semble s’imposer au bon sens. Cette troisième explication est que c’est l’idéologie terroriste de Daech qui pousse au crime barbare les musulmans qui présentent, comment dire, des fragilités ou des troubles psychologiques.
Selon les cas, on pourra donc distinguer parmi les criminels barbares ceux qui sont par ailleurs « banals » et que l’islamisme seul a poussé au crime, et ceux qui étaient déjà gravement atteints et qui n’ont trouvé dans l’islamisation radicale du passage à l’acte qu’une issue à leur pathologie.
Mais dans les deux cas, qu’il s’agisse de cas pathologiques qui s’islamisent ou de musulmans « banals » qui se radicalisent jusqu’à la rage, la responsabilité de l’islamisme est totale. Même si l’enquête n’en est qu’à ses prémices, le procureur de Paris a d’ailleurs pris soin de relever que le mode opératoire de cet attentat « correspond très exactement aux appels permanents au meurtres » lancés par ces groupes djihadistes. La société doit donc combattre l’idéologie djihadiste qui pousse à commettre les crimes qu’elle exalte. Comme elle doit se garder d’exonérer cette idéologie barbare en mettant les crimes sur le compte des pathologies individuelles de loups solitaires, forcément victimes de nos sociétés.
Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

