Accueil Site Page 2023

Terrorisme, mouvement social: comment la réforme de l’Etat a désarmé l’Etat

Des officiers de police sur la place Masséna à Nice, à quelques encablures de la Promenade des Anglais où s'est déroulé l'attentat au camion (Photo : SIPA.AP21922349_000007)

Parmi les nombreux facteurs de tension qui pèsent aujourd’hui sur l’opinion française, il faut faire un sort à part aux actes terroristes de 2015 et 2016 et au désordre qui a entouré les manifestations contre la loi travail.

Même si les menaces terroristes ont aussi d’autres causes, il n’est pas inutile de les mettre en relation avec la réforme des services de renseignement qui a été opérée en 2008.

Il y avait jusque-là deux services de renseignement intérieur  (outre la gendarmerie qui a toujours fait du renseignement sans avoir de service dédié) : la Direction de la surveillance du territoire  (contre-espionnage) et les Renseignements généraux (renseignement politique et social pour le compte du gouvernement). Tous les deux dépendaient de la Direction générale de la police nationale.

Ils ont été fusionnés pour ne plus former qu’un seul service, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), laquelle a été en 2014 séparée de la Direction de la police nationale, prenant le nom de Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). L’antiterrorisme lui est rattaché.

Une fusion contestable

La fusion de 2008 s’est avérée catastrophique pour chacun des services, comme d’ailleurs presque toutes les fusions de services  administratifs.

La DST fonctionnait bien : grâce à elle, les attentats terroristes avaient été prévenus et déjoués sur le territoire métropolitain entre 1996 et 2012. Corps de fonctionnaires de qualité, suffisamment réduit pour que ses agents se connaissent et coopèrent efficacement, ils n’avait pas besoin d’être réformé, sinon à la marge, si le génie national ne s’attachait presque systématiquement à réformer ce qui marche bien tout en délaissant le reste. Les intéressés ont mal pris la fusion avec le corps des Renseignements généraux dont ils n’avaient que faire et dont la culture était différente.

Sans doute la menace terroriste s’est elle aggravée au cours des années 2010 : le nombre de suspects à suivre ne se compte plus en centaines mais en milliers. Mais beaucoup pensent que les attentats de janvier et de novembre 2015 auraient été prévenus si la DST n’avait été mise sens dessus-dessous par la réforme, aggravée par une réduction d’effectifs.

Les Renseignements généraux ne faisaient pas que du renseignement politique. Ils n’en faisaient même parfois qu’accessoirement, les préfets étant généralement mieux informés qu’eux grâce à leurs contacts politiques et mondains ; ils faisaient en revanche du renseignement social, se rendant dans les usines, connaissant les dirigeants syndicaux, servant non seulement d’informateurs mais de relais, voire de médiateurs ; ils pouvaient voir venir la montée du mécontentement, en informer l’autorité, faire passer des messages, négocier des compromis sur le déroulé d’une  manifestation, prévenir les débordements. Réorientés vers la lutte  antiterroriste qui n’était pas dans leur culture, ils n’assurent plus guère  cette fonction éminemment utile d’huilage social.

On peut légitimement penser que les incidents d’Air France auraient été évités si les Renseignements généraux avaient été présents dans le conflit. Il est aussi vraisemblable qu’avec l’ancien système, les luttes sociales ne se seraient pas envenimées autant qu’elles l’ont fait ces dernières semaines. Est-ce la CGT qui a changé ou les relais de l’Etat sur le terrain social qui se sont  affaiblis ? On peut en débattre.

L’application de schémas mécaniques

Il ne faut pas jeter la pierre à Nicolas Sarkozy qui a opéré la réforme de 2011. Il n’a fait qu’appliquer le schéma a priori prescrit par la loi organique sur les lois des  finances du 1er août 2001 qui prévoyait  pour l’ensemble de l’Etat la fusion de tous les services ayant à peu près les mêmes fonctions. A peu près, pour l’œil distant des financiers de Bercy ou pour les journalistes, mais pas exactement pour les agents concernés. Ces schémas technocratiques n’intégraient ni les différences subtiles  de méthode, ni les chocs de culture prévisibles ; dans bien des  domaines (Pôle emploi, services locaux de l’Etat), les fusions ont désorganisé de manière durable des services qui marchaient. Des   réformes mal acceptées et mal comprises entraînent une démoralisation du personnel et donc une baisse d’efficacité qui n’est pas le moindre de leurs effets fâcheux.

Mais, dira-t-on, ne faut-il pas faire économies ? Certes, mais la fusion n’est pas nécessairement la meilleure voie pour cela : des fonctions communes peuvent été mutualisées sans aller jusqu’à la fusion ; il est possible de réduire les effectifs d’un service sans qu’il soit  nécessaire de le fusionner avec un autre. Surtout si on s’évertue en parallèle à simplifier les procédures, ce qui n’a guère été le cas depuis 2000.

Il est probable que lorsqu’on fera le bilan des réformes administratives des années 2000, supposées introduire les « méthodes managériales » dans l’administration, particulièrement en matière de sécurité, on prendra la mesure du désastre.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

Attentat de Nice: le risque zéro est un mensonge

(Photo : SIPA.AP21922349_000066)

Dans un conflit asymétrique, il suffit d’un camion et d’un seul conducteur pour répandre la mort, la terreur et la désolation. Comme à Nice, ce 14 juillet.

Il faut comprendre que, quelle que soit le degré de compétence, d’organisation et de mobilisation des forces d’un Etat, dans une société de 67 millions d’habitants, le contrôle absolu de toutes les personnes est impossible, en imaginant même qu’il puisse être considéré comme souhaitable, ce qui ne me semble pas le cas.

Si, contrairement à il y a 100 ans, où nos pertes dépassaient 800 morts par jour, notre société n’est pas en guerre, nous avons un ennemi qui, lui est en guerre contre nous.

C’est parce qu’il subit sur place, des pertes irréversibles qu’il tente de porter des faits de guerre sur notre territoire.

Il est vain de penser que des autorités, quels que soient leurs moyens, puissent les prévenir et les empêcher à 100%. Une telle perspective n’existe pas à l’échelle humaine. Ceux qui le promettraient, mentiraient.

Il faut comprendre que le but de ces attaques mortifères est de dresser la population, à la fois contre les autorités, et contre une partie de la population.

C’est pourquoi pour y répondre, à l’inverse du climat facilement engendré par le goût pour l’émotion de certains organes d’information, la seule réponse réside dans le calme, le sang-froid et la confiance dans nos forces et nos autorités, comme le firent, dans des conditions bien plus difficiles, les Britanniques pendant le Blitz. C’est cette attitude qui apporta à ce peuple fier, la victoire.

L’agitation, le procès permanent qui serait fait aux autorités, ou la recherche de vengeance sur certains de nos concitoyens, seraient l’exact contraire de la bonne attitude, dans cette situation.

 

PS : La nuit n’est pas terminée et on lit déjà toutes sortes de sottises sur les réseaux sociaux Ne les reproduisez pas, même pour les condamner. N’hésitez pas à retirer de vos amis les excités ou les inconscients qui les répandent. Tout cela n’est pas un jeu vidéo.

Texte posté ce matin à 5h sur la page Facebook de Gilles Casanova, et publié ici avec son aimable autorisation.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

Terrorisme: « Il nous faut affronter un phénomène durable »

Thibault de Montbrial (Photo : BALTEL/SIPA)

Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Causeur[1. Cet entretien a été réalisé avant l’attentat de Nice]. Depuis mars 2012 et l’équipée meurtrière de Merah, le terrorisme islamiste a transformé beaucoup de nos concitoyens en ennemis impitoyables. Vous avez déclaré en janvier 2015 que la France était en guerre. Comment la mener quand l’ennemi peut être mon livreur de pizza, mon voisin de palier ou mon collègue de bureau ? 

Thibault de Montbrial[2. Avocat au barreau de Paris, président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure. Dernier ouvrage paru : Le sursaut ou le chaos, Plon, 2016.]. À mon sens, c’est dans le changement d’état d’esprit que réside la clé. Péguy disait : « Il faut toujours dire ce que l’on voit, mais surtout, il faut voir ce que l’on voit. » Si la classe politique commence à comprendre, l’ensemble du corps social doit réaliser que les formidables décennies de paix que nous venons de connaître sont terminées. Les attentats de 2015 et de 2016 constituent non pas une vague terroriste ponctuelle, comme cela a pu être le cas en 1985-1986 ou au milieu des années 1990, mais un phénomène durable. Nous sommes désormais confrontés à un islam sunnite de conquête, plus ou moins structuré à l’étranger, mais qui recrute des dizaines de milliers de combattants et de sympathisants parmi des jeunes Français qui vouent à leur pays une haine tenace. C’est à cette réalité qu’il nous faut nous adapter sur le long terme. Ce qui pose un double défi : il nous faut, d’une part, trouver le ressort politique permettant de recréer un projet commun et, d’autre part, mettre en place une politique de sécurité à la hauteur des épreuves qui nous attendent sans faire exploser notre société.

En tant qu’avocat, où placez-vous le curseur entre liberté et sécurité ?

Contrairement à la caricature répandue, les concepts de liberté et de sécurité ne sont pas antagonistes mais complémentaires, dès lors qu’il n’y a pas de liberté sans sécurité pour l’exercer – quel en serait le sens ? L’enjeu, c’est de trouver le juste équilibre pour qu’un niveau satisfaisant de sécurité permette le plein exercice des libertés. Mais si nous relâchions trop la garde au plan sécuritaire, nous pourrions assister à une succession d’actes de violence conduisant, in fine, à l’effondrement de notre société.

Vous n’en rajoutez pas un peu ? 

Non ! Mais beaucoup d’observateurs, comme vous, ou de décideurs, n’ont pas pris pleinement conscience de la réalité de ce risque.[access capability= »lire_inedits »]

Cependant, le traitement policier et judiciaire du terrorisme s’inscrit dans le droit pénal classique applicable aux crimes graves. Pensez-vous qu’il faille prendre plus de libertés que celles qu’autorise l’état d’urgence avec les droits des terroristes présumés ? Faut-il autoriser l’incarcération préventive des personnes « fichées S » ? 

Il faut être extrêmement attentif à ce que le remède ne soit pas pire que le mal. La création de centres de rétention, où seraient internés des gens sur le seul fondement de soupçons résultant de notes administratives, me paraît susceptible de créer plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait : quels critères adopter ? Quelles limites poser ? En revanche, sans doute faut-il prévoir des mesures d’assignation à résidence, afin de faciliter la surveillance d’individus pendant les enquêtes les concernant. Pour nos services de renseignements la multiplication du nombre d’islamistes constitue une difficulté de taille. En dépit des efforts récents, les ressources humaines et matérielles de nos administrations n’ont évidemment pas crû dans des proportions identiques. Par ailleurs, il est urgent de réfléchir aux formalités de détention des islamistes incarcérés dans un cadre judiciaire. À choisir entre deux maux, il me semble désormais préférable de créer une ou deux prisons dédiées et extrêmement surveillées, plutôt que de laisser les islamistes au contact de la population pénale générale au risque, avéré, d’un prosélytisme catastrophique.

Vous êtes par ailleurs l’avocat et l’ami de nombre de policiers. Quel est leur état d’esprit ?

Je ne peux naturellement pas parler au nom de l’institution dans son ensemble. Mais la grande majorité des policiers que je connais, qu’ils soient gardiens de la paix ou très hauts fonctionnaires, ressentent un mélange d’inquiétude et de lassitude. Depuis l’instauration de l’état d’urgence en novembre 2015, les missions s’enchaînent : surveillance liée au terrorisme, organisation de la COP21 sous haute tension, manifestations violentes dans tout le pays, sans oublier la sécurité des stades et des fan-zones… ça fait beaucoup ! Dans tous les services, c’est la même chose : plus d’astreintes, moins de temps de récupération et d’entraînement, et surtout une augmentation considérable de l’exposition aux risques physiques. Le ciblage direct de à leur domicile à Magnanville constitue à cet égard une sorte de point d’orgue. Mais au risque terroriste il faut ajouter une délinquance toujours plus désinhibée dans les violences envers le « bleu », et les sidérants dérapages orchestrés par l’extrême gauche pendant les manifestations contre la loi travail.

À ce sujet, la mission de la police, c’est de garantir la sécurité des citoyens mais aussi leurs droits. Les forces de l’ordre reçoivent-elles les ordres adéquats pour mener à bien cette mission ? Est-il concevable que, dans la bataille de la loi travail, le gouvernement ait cherché à profiter du pourrissement de la situation ?

C’est une question complexe. J’ai reçu différents témoignages directs de cadres chargés de missions de maintien de l’ordre. Tous m’ont fait part de leur perplexité devant certaines instructions. Ainsi, un commandant de CRS a vainement demandé l’autorisation de faire procéder à un « bond offensif » pour neutraliser des individus qui cassaient la chaussée pour récupérer des pavés, manifestement destinés à être projetés sur ses hommes. L’autorité publique a refusé de donner cet ordre, afin de ne pas « faire de provocation ». Une demi-heure plus tard, ces pavés faisaient plusieurs blessés dans les rangs de l’unité de CRS. Pour autant, il est difficile de dire si de tels errements résultent d’une froide stratégie ou bien s’ils n’expriment que l’angoisse de l’exécutif devant le risque qu’un manifestant soit tué. Quoi qu’il en soit, ces atermoiements exposent considérablement les forces de l’ordre. Tous mes interlocuteurs jugent miraculeux qu’aucun policier ou gendarme n’ait été tué en maintenant l’ordre, même si plusieurs ont été très grièvement blessés.

D’après un sondage, une majorité de Français seraient favorables à la torture pour faire parler un terroriste. Que vous inspire-t-il ? 

Il me fait penser qu’il est essentiel que la population puisse constater que le gouvernement – quel qu’il soit – prend des mesures à la hauteur de la gravité de la situation. À défaut, la classe politique sera confrontée à une déferlante de propositions de cette nature, soutenues par une majorité populaire. Il est impératif que la société en général, et la classe politique et médiatique en particulier, change de logiciel. Sinon, la pression des événements pourrait rendre la situation incontrôlable.[/access]

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

Le sursaut ou le chaos

Price: ---

0 used & new available from

Attentat de Nice: 84 morts dont 10 enfants et adolescents

623
(Photo : SIPA.AP21922349_000048)

Article publié initialement dans la nuit du 14 au 15 juillet. Il a été réactualisé en continu en fonction des dernières informations. Sa mise à jour a été arrêtée vendredi 15 juillet à 20h00.

Selon un bilan encore provisoire dressé par le procureur de Paris, François Molins, au moins 84 personnes ont été tuées, dont 10 enfants et adolescents, jeudi soir dans un attentat à Nice, lorsqu’un camion a foncé sur la foule qui assistait au feu d’artifice sur le bord de mer.

Il y aurait par ailleurs un plus de 200 blessés, dont 52 « en état d’urgence absolue ». Une cinquantaine d’enfants ont notamment été hospitalisés à l’hôpital Lenval situé à proximité du lieu de l’attentat.

Selon les premières informations de Nice-Matin, l’homme aux commandes du véhicule est un Tunisien de 31 ans. Tout en conduisant, il aurait tiré sur la foule avec un pistolet de calibre 7.65 mm.

Depuis, son identité a été confirmée. Il s’agit de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, chauffeur-livreur, père de trois enfants. Il était connu des forces de police pour des faits de violence mais n’avait jamais été ni signalé ni fiché. Le 24 mars dernier, il était condamné à six mois de prison avec sursis « pour des faits de violence lors d’une altercation à la suite d’un accident de la circulation, commis avec une arme par destination, en l’occurrence une palette », selon les mots du ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas.

Son ancien domicile (dont il a été exclu en 2012 après des violences conjugales et où vit toujours son ex-compagne), situé à Nice Nord, près du stade du Ray, a été perquisitionné ce vendredi matin.

Le camion a parcouru 2 km, entre les numéros 11 et 147 de la Promenade des Anglais. Trois policiers ont tenté de l’intercepter à hauteur de l’Hôtel Négresco et ont fini par le neutraliser 300 m plus loin à proximité d’un autre hôtel, le Palais de la Méditerranée (voir le trajet en cliquant sur cette infographie interactive du New York Times).

D’après l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, le véhicule était « chargé d’armes et de grenades ». Ce vendredi en fin de journée, François Molins a précisé que Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait avec lui un deuxième pistolet, mais factice celui-là, des répliques de fusils d’assaut (kalachnikov et M16) et une grenade « percée ».

Moins d’une heure après les faits, la préfecture des Alpes-Maritimes a évoqué un attentat et demandé à la population de rester cloîtrée chez elle. Avant d’être démentie par le porte-parole du ministère de l’Intérieur, la rumeur avait couru qu’une prise d’otages avait eu lieu à la suite de l’attaque au camion.

En déplacement à Avignon dans la soirée, le président de la République François Hollande annonçait à minuit qu’il rentrait à Paris et se rendait directement à la cellule de crise activée place Beauvau. A près de 4h00 du matin, il s’exprimait depuis l’Elysée et annonçait une prolongation de trois mois de l’état d’urgence qui devait s’achever à la fin juillet.

Ce nouvel attentat est a priori le plus important commis en Europe depuis les attentats qui ont fait 130 morts le 13 novembre 2015 à Paris et 32 morts le 22 mars 2016 à Bruxelles, commis par le même réseau du groupe Etat islamique, dont une quinzaine de djihadistes sont morts, la plupart en kamikazes.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

La « francité » n’est pas un communautarisme

(Photo : SIPA.00760140_000002)

« Je pense que nous gagnerons contre le terrorisme », a prédit en mai dernier Patrick Calvar devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015. Nous gagnerons, mais comment ? On ne sait pas vraiment. Certainement parce qu’encore une fois, nous sommes les plus forts. Mais le patron de la DGSI de troubler ensuite les esprits : « Je suis en revanche beaucoup plus inquiet de la radicalisation de la société et du mouvement de fond qui l’entraîne, poursuit-il. (…) Encore un ou deux attentats et cette confrontation adviendra. Il nous appartient donc d’anticiper et de bloquer tous ces groupes qui voudraient, à un moment ou à un autre, déclencher des affrontements intercommunautaires. »

Quels groupes ? Le chef des renseignements français évoque « une confrontation entre l’ultra droite et le monde musulman – pas les islamistes mais bien le monde musulman ». C’est bon, chef, on tient nos méchants. Ils sont fachos et ils veulent manger du bon musulman. L’invocation d’une menace imaginaire est un grand classique de tout Etat, policier ou non, totalitaire ou non, pour asseoir sa domination et se poser en protecteur de l’honnête citoyen. Sans remonter à la Révolution culturelle du président Mao, on pourra songer aux « lois scélérates » qui à la fin du XIXe siècle français prétendaient lutter contre la menace anarchiste. Que la droite soit aux affaires et elle brandit le spectre de l’ultragauche – ainsi du fameux « groupe de Tarnac » sous Sarkozy ; que la gauche prenne les manettes, et elle secoue l’épouvantail de l’ultra droite. C’est le jeu, un peu nul mais admissible, des institutions républicaines.

Ce n’est pas ici ce qui choque. Non, le vrai scandale dans ces propos provient de l’évocation de « communautés » présentes et recensées sur le territoire français, comme si c’était naturel dans une République qui fait profession depuis deux cents ans de ne reconnaître que des citoyens et des individus. Et encore ne s’agit-il pas dans ce fatras pas si innocent qu’il en a l’air, ni de communautés locales, comme l’on parlerait de Corses ou de Picards, ni de communautés religieuses, comme l’on opposerait catholiques et protestants. Non, il s’agit d’opposer aux musulmans, pris en bloc, des « groupes » qui constitueraient eux-mêmes une communauté, seulement réunie si l’on comprend bien par l’exaspération et « l’ultradroitisme ».

Qu’en déduire ? Qu’ils sont blancs, racistes, suprémacistes, nazis ? L’explication manque. On dirait que nos gouvernants se croient aux Etats-Unis ou sous les grandes heures de l’apartheid sud-africain. L’identification au modèle anglo-saxon n’a jamais été aussi claire. Pourtant, que l’on sache, la France n’a jamais été, jusque là, le théâtre d’affrontements ethniques ou raciaux, sans doute parce que son modèle glorieux a toujours été celui de l’universalisme. Des guerres religieuses, il y en eut, mais elles se sont éteintes au XVIIe siècle, et de la pire des manières, avec le centralisme destructeur de Louis XIV. Les catholiques se souviennent aussi des persécutions et humiliations que leur fit subir la République. On croyait pourtant que c’était enterré et dépassé.

L’universalisme serait donc devenu un particularisme ?

Mais non, nous dit-on, il existe encore ou à nouveau des « communautés » qui risquent de s’affronter. Essayons de trouver lesquelles, puisqu’on ne nous le dit pas. Il se peut en effet qu’il existe, dans certains lieux, une communauté musulmane, ou plus précisément salafiste ou relevant des Frères musulmans, qui impose sa loi, ses rites, ce qui ne manque pas de logique puisqu’il s’agit d’une religion fondamentalement ritualiste. Remarquons que cette communauté religieuse est à 99% d’importation, et l’on n’aura pas la cruauté de demander encore une fois qui l’a établie ici sans rien exiger d’elle.

Mais en face ? Des Français qui aiment leur pays, sa liberté de conscience et de religion, sa libération des femmes, son soin des pauvres et des faibles, sa langue, ses arts, son architecture et sa littérature, sa mode vestimentaire, constituent-ils soudainement une communauté autre que nationale ? Alors qu’eux-mêmes n’ont pas l’impression d’avoir changé ? A moins que dans ce monde complètement renversé, notre universalisme soit par concurrence mimétique devenu un particularisme communautariste, sans que nous nous en soyons rendu compte ?

Au-delà du fantasme de ces petits maîtres au pouvoir qui ont besoin plus que jamais de brandir une menace fasciste pour justifier leur incurie, ce discours est insupportable : la « francité » n’est pas une particularité, sa défense et son illustration ne constituent pas un communautarisme. Refusons, encore une fois, cette insulte.

A nos cousins français

27
Un rassemblement à Montréal le 14 novembre 2015 (Photo : SIPA.AP21822402_000003)

C’est le 14 juillet. La fête nationale de la France. Un pays magnifique, qui a marqué pour le mieux l’histoire de l’humanité.

Un pays éprouvé, depuis quelques années, par une violence sauvage à son endroit. On pense au terrorisme. On pense aussi à la violence intérieure dans certains quartiers. Le pays traverse une crise majeure.

Aujourd’hui, la France souffre. Ses enfants sont tentés par l’exil. Plusieurs traversent l’Atlantique.

Mère patrie

Si la France est attaquée, c’est qu’elle demeure aussi un symbole : elle incarne la meilleure part de l’Occident. Elle conjugue liberté et enracinement, elle a le charme de l’urbanité la plus sophistiquée et des terroirs les plus féconds. Elle est chrétienne et laïque.

Mais aujourd’hui, j’aimerais parler de notre rapport à la France. J’aimerais dire : de notre rapport à la mère patrie, mais nous avons perdu l’habitude de parler ainsi.

Pendant longtemps, les Québécois aimaient rappeler leurs racines françaises. Alors qu’ils étaient méprisés par les Canadiens anglais, ils leur disaient ainsi : nous aussi venons d’une grande civilisation. C’était aussi une époque où on vénérait nos ancêtres. On ne les regardait pas avec condescendance.

Mais notre rapport à la France s’est relâché. Aujourd’hui, on aime se faire croire que c’est un pays comme un autre. On le snobe même un peu.

Par exemple, on se fait une fierté de mieux parler anglais que les Français, comme si la maîtrise de la langue de l’empire américain était un signe indéniable de modernité. Quand les Québécois répètent agressivement qu’ils sont nord-américains, ce n’est pas seulement pour rappeler une évidence géographique. C’est aussi pour se détacher une fois pour toutes du vieux pays.

On regarde la France comme un gigantesque musée gastronomique dont les grandes heures sont révolues. Sauf que nous nous trompons. Aujourd’hui, en 2016, nous avons encore besoin de la France.

D’abord et avant tout parce que la France demeure et demeurera toujours le cœur vivant de la langue française. Si les Québécois ont survécu comme peuple, c’est en bonne partie parce qu’ils parlaient une grande langue internationale qui leur donne accès au monde.

Trésors littéraires 

Je me demande souvent comment nous pouvons volontairement nous priver des trésors de la littérature française. Si nous lui donnions toute la place qu’elle mérite, peut-être pourrions-nous réapprendre à parler notre langue. Et si, comme on le croit, la langue française est une patrie intime, celle de nos âmes, celle de nos cœurs, il faudrait cesser de considérer qu’il s’agit d’une littérature étrangère.

Nous aurions beaucoup à apprendre de la France. Son sens de la controverse, notamment. Là-bas, un débat n’est pas nécessairement une chicane. On admirera aussi la place de la culture générale dans la vie publique. Au Québec, dès qu’on quitte le registre du vocabulaire de base, on est accusé d’élitisme.

Osons la formule suivante : pour les Québécois, la France n’est pas un pays comme les autres. C’est encore un peu le nôtre.

Bonne fête nationale, cousins français !

Cet article a été initialement publié dans Le Journal de Montréal.

Le multiculturalisme comme religion politique

Price: ---

0 used & new available from


Dénationnalisation tranquille

Price: ---

0 used & new available from


Fin de cycle, aux origines du malaise politique Qu

Price: ---

0 used & new available from

Quels citoyens voulons-nous former? (13/3)

00749347_000028

>>> Lire ici le deuxième volet de ce texte.

Réformer le baccalauréat

Il est nécessaire de réformer le bac. Cet examen est devenu sans objet sous sa forme actuelle, dans la mesure où pour une somme exorbitante (près d’un milliard d’euros par an, compte tenu des échecs et du coût des redoublements) et des contraintes matérielles importantes il qualifie près de 90% des candidats, au terme d’un rite de passage cher payé.

Il faut imaginer un bac en deux temps :
– l’obtention systématique, sauf grave souci de santé, d’un diplôme de fin d’études, obtenu pour l’essentiel via un contrôle continu, ce qui redonnera aux enseignants un pouvoir considérable sur le suivi du travail et permettra de « reconquérir » définitivement le mois de juin ;
– une sélection automatique sur dossier à l’entrée du supérieur, ce qui est déjà le cas de 45% des formations (BTS, IUT, classes préparatoires, facs à dérogation type Paris-Dauphine — ou, avec un an de décalage, l’entrée en Médecine). Cela obligera les enseignants du supérieur à déterminer à la fois un nombre de places raisonnable dans chaque cursus, ce qui éliminera les tirages au sort et autres courses à l’échalote au moment des inscriptions, et à examiner dans le cadre de la procédure APB les dossiers que leur enverront les candidats au mois de mai — une tâche que l’informatique a grandement facilitée. Au final, l’offre globale est suffisante pour que chacun trouve une formation adaptée à ses capacités, ce qui devrait à terme diminuer notablement le taux d’échec dans le supérieur, aujourd’hui égal ou supérieur à 50% selon les filières. Ce qui devrait également inciter les élèves de lycée à travailler tout au long de l’année, voire des trois années de lycée si l’on imagine que les dossiers scolaires peuvent rassembler les appréciations de la Seconde à la Terminale, et qu’ils seront le sésame des inscriptions futures.

Formation des maîtres

Quels maîtres pour les élèves ?

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un problème massif de recrutement. Salaires insuffisants, conditions d’exercice parfois catastrophiques, mutations douloureuses, manque de respect généralisé, rien n’incite réellement les bons étudiants à s’orienter vers les métiers du professorat.

Il faut reprendre le système à la base :

– Proposer sur concours à Bac + 1 ou Bac +2 une bourse mensuelle égale au SMIC, et l’obtention a priori de l’écrit du concours de recrutement (CAPES), en échange d’un engagement décennal à servir l’Education nationale : c’étaient les conditions des IPES (Instituts de Préparation aux Enseignements du Second degré), créés en 1957 et mis en œuvre sous De Gaulle (et supprimés en 1979) et qui ont permis le recrutement rapide des enseignants nécessaires aux enfants du baby-boom ;

– Augmenter notablement les salaires de départ : l’Europe, qui sert de référence à tant de discours creux, devrait nous inciter pour une fois à égaliser les traitements, étant entendu que les salaires des enseignants français sont au plus bas de l’échelle européenne, et que ceux des enseignants luxembourgeois ou allemands, par exemple, représentent plus du double. Sans un effort très significatif (au moins 35% de plus en commençant, pour arriver à un salaire tournant au départ autour de 2000 € nets), nous n’attirerons pas dans ce métier les étudiants capables et motivés dont nous avons besoin — libre au privé d’augmenter cette base s’il veut être réellement concurrentiel ;

– Réinventer la formation des maîtres, en limitant la formation théorique des « sciences de l’éducation » et en plaçant les nouveaux maîtres sous la tutelle amicale de praticiens confirmés. C’est dans un esprit de compagnonnage que doit être repensée la formation pratique.

– Insister sur l’acquisition de savoirs complexes : c’est en sachant à fond ce que l’on enseigne que l’on peut répondre aux questions des élèves, qui sont souvent plus complexes que leur niveau le laisserait penser. Qui sait le superflu peut donner le nécessaire.

– Les professeurs des écoles (encore que nous préférions le beau mot d’instituteur) bénéficieront d’une formation spécifique polyvalente, au sein d’instituts pensés sur le modèle de ce que furent autrefois les Ecoles Normales. Il y seront recrutés à Bac +2, le temps pour eux de déterminer s’ils ont ou non la vocation — étant entendu que ce n’est pas un métier que l’on fait « par défaut », mais par goût.

– Enfin, il est temps que les concours de recrutement portent essentiellement sur la maîtrise des disciplines à enseigner, et non sur des simulations vaines et artificielles de « mises en situation ». Ce n’est que dans un second temps que se décideront les capacités pédagogiques.

Le Supérieur

Si collège et lycée ont pour mission essentielle d’amener chacun au plus haut de ses capacités, les formations supérieures ne peuvent se donner pour objectif de faire réussir tout le monde : elles appartiennent à un niveau différent, dont l’excellence doit être le mot-clé. On ne va pas à l’université pour être médiocre, mais pour posséder à fond telle ou telle matière, telle ou telle spécialisation. Il ne s’agit pas cependant de limiter les universités à une formation à la recherche : tous les étudiants n’ont pas vocation à devenir chercheurs, à moins de s’exposer à ne jamais rien trouver. L’enseignement supérieur tout à la fois conforte la culture, initie à la recherche et forme à des métiers.

Dans un premier temps, sans doute faudra-t-il inventer une propédeutique, un sas entre le lycée et la première année, afin de mettre à niveau des élèves très malmenés par des politiques peu soucieuses de vraie formation. De telles « année zéro » existent déjà sous diverses formes. Il suffit de les généraliser. Une remontée des exigences au collège et en lycée les rendra, à terme, inutiles. Mais aujourd’hui, il est essentiel, si l’on ne veut pas envoyer 50% des étudiants dans un mur dès la première année, de mettre en place de telles remédiations.

Une rivalité — qui n’est pas même une émulation — existe en France entre les grandes écoles (et les classes préparatoires qui y amènent) et les universités. Il est temps d’y mettre fin, en généralisant les synergies qui commencent tout juste à se mettre en place, et en incitant les universités à doubler le nombre d’heures de cours sur les deux premières années, avec une obligation de présence effective, afin que chaque étudiant soit confronté à son niveau réel et ajuste ses exigences ultérieures. Des moyens doivent être consacrés particulièrement à ce niveau, et des enseignants nommés en fonction de leur polyvalence plus qu’en raison de leurs recherches. Il s’agit d’établir un sas qui sera à la fois une reprise d’élan et un niveau requis pour continuer des études supérieures — un peu sur le modèle de ce qui se fait aux Etats-Unis dans la distinction entre « college » et « university ».

Laisser les universités libres de sélectionner à l’entrée n’implique pas une valse à la hausse des droits d’inscription. L’Etat doit veiller à une égalité de traitement des établissements d’enseignement supérieur, tout en les incitant à se gérer avec rigueur. Là encore, des bourses sur concours, dès la première année, remplaceront pour l’essentiel les bourses sur critères sociaux.

Le recrutement des universitaires, actuellement mis sous la coupe de décideurs locaux ou de syndicats qui se partagent des sphères d’influence, doit absolument être repensé — peut-être via une commission permanente neutre recrutant sur une évaluation exacte des travaux et des titres, et non sur petits arrangements entre amis.

Financement

Il faut bien comprendre que les réformes que nous proposons peuvent très bien se faire à moyens constants. Il faut tout à la fois couper dans les dépenses inutiles (la réforme du Bac que nous proposons ferait par exemple économiser près d’un milliard d’euros, qui seront utilement redistribués ailleurs), supprimer les enseignements ou les occupations ludiques (les sommes engagées par les mairies dans les activités péri-scolaires de la réforme des rythmes seront utilisées autrement), et rationaliser le temps de travail des élèves et des enseignants : là encore, il faut cesser de vouloir à toute force un même traitement pour tous, alors même que l’on fait un travail différent. Enseigner dans des établissements difficiles à des élèves en perdition demande une charge intellectuelle et nerveuse qu’il faut prendre en considération, et quinze heures de cours auprès d’élèves turbulents est autrement épuisant que vingt heures auprès d’élèves moins difficiles. C’est dans cette fourchette qu’il faudra calculer les charges horaires des enseignants. L’idée du « corps unique de la maternelle à l’université » inventée à la Libération (Plan Langevin-Wallon) et régulièrement reprise par certains syndicats (SGEN et SE-UNSA) est purement idéologique, et ne correspond pas aux réalités du métier. De même, la charge de certaines formations d’excellence, visant à préparer des concours difficiles, qu’il s’agisse d’universités ou de classes préparatoires, doit être prise en compte. Enfin, il est temps d’évaluer exactement la qualité des recherches, afin de ventiler les crédits de façon rationnelle. Quel que soit son domaine d’application, la recherche pure ne peut être financée que par l’Etat, quitte à laisser l’industrie privée financer la recherche appliquée. Les universités doivent à moyen terme devenir des sociétés mixtes, avec des incitations fiscales conséquentes pour les entreprises afin qu’elles investissent dans tous les champs de la recherche et de la formation.

Conclusion

Il faut avant tout convoquer des Assises de l’Education où interviendraient enfin des enseignants, des parents, indépendants de toute structure — les vrais praticiens et usagers, ceux que l’on n’entend pas.
Tout comme il serait tout à fait fondé de lancer une commission d’enquête parlementaire qui s’interrogerait sur les conditions d’attribution par l’Education nationale d’un certain nombre de marchés publics — par exemple dans le domaine informatique.

Nos armées ont du talent

Des soldats français patrouillant au Nord du Mali en 2013 (Photo : 00654899_000018)

Le 14 juillet, jour de la fête nationale, est marqué, traditionnellement, par le grand rendez-vous des Français avec leur armée. Un rendez-vous attendu des deux côtés : un sondage[1. Ifop DICoD, mai 2016] montre que 87 % des Français ont une bonne image de l’armée qui est l’organisation dans laquelle ils ont le plus confiance (à 81%) derrière les hôpitaux ; pour les militaires, malgré la surcharge de travail que représente la préparation longue et minutieuse du défilé, c’est une reconnaissance qu’ils apprécient tout particulièrement parce qu’ils la savent sincère et sans calcul.

Depuis bientôt trois décennies, les armées françaises ont en effet été soumises à rude épreuve, prises en étau entre l’utopie politique de « toucher les dividendes de la paix » et la réalité d’un monde instable dans lequel la France voulait tenir son rang de membre permanent du Conseil de sécurité et contribuer à la stabilité et à la défense des droits de l’homme.

L’utopie politique a conduit à une érosion drastique des effectifs, à tel point que l’armée professionnelle actuelle compte moins de soldats de métier qu’en avait l’armée de la conscription avant 2002. Une baisse concomitante — non corrélée et supérieure — des budgets a eu des répercussions sur le renouvellement et l’entretien des matériels. Et enfin, un empilement de réformes technocratiques donnent aux armées un mode de fonctionnement inspiré de l’administration civile, manifestement inadapté à la spécificité militaire et dont les effets se font progressivement sentir au quotidien.

Après les attentats islamistes sur le territoire national et avec l’effort de guerre à conduire dans la « bande sahélo-saharienne[2. Désignation utilisée pour définir le théâtre d’action des opérations Serval puis Barkhane au Mali, Niger, Burkina Faso.] » et en Irak-Syrie, quelques mesures de faible portée ont donné le change (18 750 postes « non supprimés », rallonge budgétaire de 3,8 milliards d’euros à répartir entre 2015 et 2019 ! ). Mais le format de l’armée de 2019 en fin de loi de programmation restera aux alentours de 200 000 militaires avec un budget de 32 milliards soit 4,3 % des effectifs totaux de la fonction publique et 3,1 % de la dépense publique totale[3. Il s’agit de la fonction publique « tous versants » (Etat, collectivités territoriales et hospitalières) et de la dépense publique totale (financée par la totalité des impôts et taxes et les emprunts).], des chiffres bien faibles pour une fonction régalienne, pourtant premier article du contrat démocratique par lequel le peuple donne pouvoir à l’Etat pour assurer sa sécurité.

Mais l’utopie s’est, pendant toute cette période, colletée avec la réalité. A partir de 1990, les « opérations extérieures », jusqu’alors cantonnées à des opérations coup de poing en Afrique, se sont multipliées : guerre du Golfe, Balkans, Cambodge, Timor, mer Rouge et océan Indien, côtes ouest-africaines, Antilles et Guyane, Haïti, Pakistan, Asie du Sud-Est, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Sierra Leone, Tchad, Afghanistan, Mali, Niger, Irak, Syrie, etc. Opérations extérieures aux multiples formats : armée de terre, marine, armée de l’air, forces spéciales, service de santé des armées, service des essences des armées ; pour de multiples missions : guerre, imposition de la paix, maintien de la paix, interposition, opérations de secours, évacuation de ressortissants ; sous divers statuts : mandats du Conseil de sécurité des Nations unies, devoir de protéger[4. Déclaration de l’Assemblée générale des Nations unies de 2005.], demande d’assistance d’un Etat tiers, légitime défense de ressortissants. Il s’y rajoute la participation à la sécurité des Français sur le territoire national même avec les opérations Vigipirate et Sentinelle.

Le savoir-faire du soldat français est reconnu par les armées alliées

Cet aguerrissement fait de l’armée française une des rares armées à maîtriser tout le spectre de compétences et les modèles stratégiques et juridiques de l’action militaire. Il a développé un modèle de soldat français dont le savoir-faire et les capacités tactiques sont reconnus et appréciés par les armées alliées.

Si toutes les opérations mériteraient d’être citées, l’on peut cependant souligner quelques performances. Le déploiement en quelques jours de la force aéroterrestre Serval par les mers et les airs (au Mali, en janvier 2013) qui a stoppé net un raid islamiste vers Bamako sauvant ainsi les Maliens et les Européens résidants d’une prise massive d’otages voire d’exécutions sommaires (pensez à la situation à Mossoul quelques mois après). Une réussite qui tient à quatre compétences clés d’une armée opérationnelle : la conception d’état-major, la planification logistique, l’intelligence tactique et le mordant de tous du concepteur de l’action aux exécutants de première ligne. La campagne aérienne et maritime en Libye (Harmattan, en 2011) puis l’engagement décisif des hélicoptères de l’armée de terre et leur extraordinaire bilan qui a confondu le commandement de l’OTAN et montré la supériorité tactique du concept d’aérocombat de l’armée de terre.

Ces capacités humaines et militaires sont détectées, mûries et développées par une politique exigeante de formation et d’entraînement en constante innovation. Le contrôle des compétences et des aptitudes est permanent, l’avancement est au choix. L’ascenseur social fonctionne mais sans complaisance (dans l’armée de terre par exemple, 70 % des officiers sont issus du corps des sous-officiers et 70 % des sous-officiers sont issus du corps des militaires du rang) et sans aucun « droit acquis » de carrière (environ 63 % des militaires tous grades confondus sont sous-contrats courts). Les taux d’encadrement sont faibles (environ 14 % d’officiers, contre 46 % de catégorie A, niveau équivalent, dans la fonction publique d’Etat).

Formation et entraînement combinent exercices réels et usage de la simulation et de l’informatique, exigent rigueur dans l’exécution des gestes et dans l’application des procédures et font une large part à la formation « morale et éthique » et au développement de la dynamique d’équipe.

Résultat : une organisation humaine dévouée au bien commun, soudée et fiable dont la compétence dépasse largement le cadre de la coercition militaire stricto sensu. Que la Nation doute, que la cohésion sociale s’érode, que l’illettrisme et le chômage s’installent et l’on se tourne vers les armées : service militaire obligatoire ou volontaire, service militaire adapté, opérations de sécurisation Vigipirate ou Sentinelle. De l’« ultima ratio regis[5. L’ultime argument des rois : devise que Louis XIV a fait inscrire sur les canons de son armée.] », les armées françaises sont devenues le dernier recours de la République et des peuples opprimés dans le monde, elles occupent un espace politique (au sens premier du terme de service public) et social, tout en gardant une efficacité opérationnelle indiscutée unique dans le monde. Un outil qui craint plus les coupes sombres budgétaires, les errements politiques et la désaffection de la Nation, que les défis du monde à venir.

Hollande: un coiffeur payé 10 000 euros, et alors?

84
François Hollande, place de la Concorde à Paris, lors du défilé du 14-Juillet (Photo : SIPA.00764363_000071)

C´est l’affaire de ce milieu de semaine, la révélation fracassante, la polémique qui viendra enfoncer encore un peu plus un président déjà bien loin d’être en forme, François Hollande se paie un coiffeur à 10 000 euros. Avant même de paraître dans le Canard enchaîné, la nouvelle s’est propagée non seulement en France ou en Europe, mais aussi Outre-Atlantique, c’est dire son importance.

Parce que c’est dans le Nouveau monde de Christophe Colomb, loin du Beaujolais nouveau, de l’accordéon et même du Brexit que j’ai appris ce scandale, par la presse nationale d’un pays qui a pourtant d’autres chats à fouetter. Un coiffeur se fait payer très au-delà du smic, les réseaux sociaux s’enflamment, et tandis que certains internautes invitent poliment Hollande à « dégager », les autres l´attaquent, c´était prévisible, sur son physique.

Pourquoi tant de haine camarades ? Ce coiffeur est très bien rémunéré certes, mais comparé aux mensualités d’un Pinault ou du PDG de Renault et ses 7 millions, c´est de la petite bière, c’est misérable. Oui, mais c´est un coiffeur, rétorquera-t-on, y compris Richard Roze, le secrétaire général de Force Ouvrière Coiffure, qui a confié au Figaro que « c’était  indécent ». Rien que ça.

Si je suis Monsieur Roze, un artisan ne pourrait donc pas être généreusement rémunéré ? Le traitement de faveur de ce coiffeur devrait donc être réservé aux cardiologues, dentistes, avocats ou autres professions réputées plus lucratives ? Drôle de conception de la lutte des classes. Dans un pays où on manifeste régulièrement pour faire valoir ses droits ou préserver ses acquis sociaux, on devrait, Monsieur Roze en tête, sourire qu’un artisan, un ouvrier, un manuel, puisse prétendre concurrencer un petit trader de la Défense, on devrait se réjouir que pour une fois l’égalité ne consiste pas à baisser le salaire des chers travailleurs mais se fasse vers le haut, que pour ce cas-là au moins, exploitation rime avec grasse rémunération.

Un employé modèle pour un président très « normal »

Oui mais c’est avec nos impôts qu’on le paie, se plaint-on. Que l’on se rassure, 10 000 euros répartis sur l’ensemble de la population active, c’est loin d’être un grand sacrifice pour chacun. Pas de quoi  blâmer ce  travailleur qui a tout lâché pour Flamby, ce travailleur disponible « très tôt dans la journée » selon le Canard enchaîné, et qui n´a jamais fait grève lui, au contraire de certains footballeurs capricieux qui touchent des millions

Car depuis qu’il a dû fermer son salon du XVIIème arrondissement de Paris, et abandonner les confessions des dames pour s’occuper du président Normal Ier, le coiffeur bosse à la sueur de ses mains (et de ses ciseaux), le suit dans ses déplacements, s’occupe de le coiffer avant chaque discours — et de lui teindre les cheveux — ne se fait jamais remplacer, et aurait même, engagement professionnel oblige, « raté la naissance de ses enfants », révèle son avocate dans le Canard. Et sans doute travaille-t-il le dimanche. Sincèrement, vous en connaissez beaucoup des comme ça ? Si Hollande ne doit pas être le type le plus antipathique au monde, et est sans doute bien plus buvable que son prédécesseur, pas sûr que tout le monde soit prêt à sacrifier sa petite vie de famille et ses dimanches à la campagne pour tant de contraintes, même en échange de 10 000 euros.

Au service du président normal il y a un coiffeur au traitement anormal, c’est vrai ; mais que sont 10 000 euros pour les patrons de Renault, L’Oréal ou autre Alcatel qui n’en ont sûrement rien à cirer d’une si misérable somme, et qui sacrifient leur vie pour bien plus, mais vraiment bien plus que ça ? S’il y a indécence de salaires, elle est évidemment à fouiner du côté de ces derniers bien plus que chez ce coiffeur. À propos, qu’est-ce que devient Monsieur Tapie ?

Les couvertures de « Causeur » auxquelles vous avez échappé

7

 

Chapeau melon et vote de fuir…
Proposé par Aegidius Rivulus

 


 

 

Brexit : un homme souverain est un homme serein
Proposé par Murielle Briand Von Hoffman

 


 

 

Brexit : l’Europe a un pépin
Proposé par Pierre Lacau St Guily

 


 

 

Que l’Europe est jolie… de loin !
Proposé par Eber Addad

 

Brexit : l’appel du large
Proposé par Yves Liverset, Lucas Derode et Bayard

 

Brexit : le continent isolé
Proposé par Laurent Gaudon

 

 Brexact
Proposé par Sully

 

L’Europe que nous aimons est celle de Magritte, pas celle de Bruxelles
Proposé par David l’Epée 

 

Bonnes vacances ma(l)gritte tout
Proposé par Ze joss 

 

Ceci n’est pas un Brexit
Proposé par Christian Aubrée 

 


 

 

Ceci n’est pas François Hollande
Proposé par De lestrade

 

Les vacances de Monsieur Hollande
Proposé par Lydie Villemard et Cole Kurtz 

 

Si vous voulez aller au-delà de la couverture, la vraie, présente ci-dessous, et si le sommaire de ce numéro vous a convaincu, c’est dans les kiosques ou bien ici que ça se passe. Bonne lecture !

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de notre dossier « Brexit, l’étrange victoire »

Terrorisme, mouvement social: comment la réforme de l’Etat a désarmé l’Etat

20
Des officiers de police sur la place Masséna à Nice, à quelques encablures de la Promenade des Anglais où s'est déroulé l'attentat au camion (Photo : SIPA.AP21922349_000007)

Parmi les nombreux facteurs de tension qui pèsent aujourd’hui sur l’opinion française, il faut faire un sort à part aux actes terroristes de 2015 et 2016 et au désordre qui a entouré les manifestations contre la loi travail.

Même si les menaces terroristes ont aussi d’autres causes, il n’est pas inutile de les mettre en relation avec la réforme des services de renseignement qui a été opérée en 2008.

Il y avait jusque-là deux services de renseignement intérieur  (outre la gendarmerie qui a toujours fait du renseignement sans avoir de service dédié) : la Direction de la surveillance du territoire  (contre-espionnage) et les Renseignements généraux (renseignement politique et social pour le compte du gouvernement). Tous les deux dépendaient de la Direction générale de la police nationale.

Ils ont été fusionnés pour ne plus former qu’un seul service, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), laquelle a été en 2014 séparée de la Direction de la police nationale, prenant le nom de Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). L’antiterrorisme lui est rattaché.

Une fusion contestable

La fusion de 2008 s’est avérée catastrophique pour chacun des services, comme d’ailleurs presque toutes les fusions de services  administratifs.

La DST fonctionnait bien : grâce à elle, les attentats terroristes avaient été prévenus et déjoués sur le territoire métropolitain entre 1996 et 2012. Corps de fonctionnaires de qualité, suffisamment réduit pour que ses agents se connaissent et coopèrent efficacement, ils n’avait pas besoin d’être réformé, sinon à la marge, si le génie national ne s’attachait presque systématiquement à réformer ce qui marche bien tout en délaissant le reste. Les intéressés ont mal pris la fusion avec le corps des Renseignements généraux dont ils n’avaient que faire et dont la culture était différente.

Sans doute la menace terroriste s’est elle aggravée au cours des années 2010 : le nombre de suspects à suivre ne se compte plus en centaines mais en milliers. Mais beaucoup pensent que les attentats de janvier et de novembre 2015 auraient été prévenus si la DST n’avait été mise sens dessus-dessous par la réforme, aggravée par une réduction d’effectifs.

Les Renseignements généraux ne faisaient pas que du renseignement politique. Ils n’en faisaient même parfois qu’accessoirement, les préfets étant généralement mieux informés qu’eux grâce à leurs contacts politiques et mondains ; ils faisaient en revanche du renseignement social, se rendant dans les usines, connaissant les dirigeants syndicaux, servant non seulement d’informateurs mais de relais, voire de médiateurs ; ils pouvaient voir venir la montée du mécontentement, en informer l’autorité, faire passer des messages, négocier des compromis sur le déroulé d’une  manifestation, prévenir les débordements. Réorientés vers la lutte  antiterroriste qui n’était pas dans leur culture, ils n’assurent plus guère  cette fonction éminemment utile d’huilage social.

On peut légitimement penser que les incidents d’Air France auraient été évités si les Renseignements généraux avaient été présents dans le conflit. Il est aussi vraisemblable qu’avec l’ancien système, les luttes sociales ne se seraient pas envenimées autant qu’elles l’ont fait ces dernières semaines. Est-ce la CGT qui a changé ou les relais de l’Etat sur le terrain social qui se sont  affaiblis ? On peut en débattre.

L’application de schémas mécaniques

Il ne faut pas jeter la pierre à Nicolas Sarkozy qui a opéré la réforme de 2011. Il n’a fait qu’appliquer le schéma a priori prescrit par la loi organique sur les lois des  finances du 1er août 2001 qui prévoyait  pour l’ensemble de l’Etat la fusion de tous les services ayant à peu près les mêmes fonctions. A peu près, pour l’œil distant des financiers de Bercy ou pour les journalistes, mais pas exactement pour les agents concernés. Ces schémas technocratiques n’intégraient ni les différences subtiles  de méthode, ni les chocs de culture prévisibles ; dans bien des  domaines (Pôle emploi, services locaux de l’Etat), les fusions ont désorganisé de manière durable des services qui marchaient. Des   réformes mal acceptées et mal comprises entraînent une démoralisation du personnel et donc une baisse d’efficacité qui n’est pas le moindre de leurs effets fâcheux.

Mais, dira-t-on, ne faut-il pas faire économies ? Certes, mais la fusion n’est pas nécessairement la meilleure voie pour cela : des fonctions communes peuvent été mutualisées sans aller jusqu’à la fusion ; il est possible de réduire les effectifs d’un service sans qu’il soit  nécessaire de le fusionner avec un autre. Surtout si on s’évertue en parallèle à simplifier les procédures, ce qui n’a guère été le cas depuis 2000.

Il est probable que lorsqu’on fera le bilan des réformes administratives des années 2000, supposées introduire les « méthodes managériales » dans l’administration, particulièrement en matière de sécurité, on prendra la mesure du désastre.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

Attentat de Nice: le risque zéro est un mensonge

82
(Photo : SIPA.AP21922349_000066)

Dans un conflit asymétrique, il suffit d’un camion et d’un seul conducteur pour répandre la mort, la terreur et la désolation. Comme à Nice, ce 14 juillet.

Il faut comprendre que, quelle que soit le degré de compétence, d’organisation et de mobilisation des forces d’un Etat, dans une société de 67 millions d’habitants, le contrôle absolu de toutes les personnes est impossible, en imaginant même qu’il puisse être considéré comme souhaitable, ce qui ne me semble pas le cas.

Si, contrairement à il y a 100 ans, où nos pertes dépassaient 800 morts par jour, notre société n’est pas en guerre, nous avons un ennemi qui, lui est en guerre contre nous.

C’est parce qu’il subit sur place, des pertes irréversibles qu’il tente de porter des faits de guerre sur notre territoire.

Il est vain de penser que des autorités, quels que soient leurs moyens, puissent les prévenir et les empêcher à 100%. Une telle perspective n’existe pas à l’échelle humaine. Ceux qui le promettraient, mentiraient.

Il faut comprendre que le but de ces attaques mortifères est de dresser la population, à la fois contre les autorités, et contre une partie de la population.

C’est pourquoi pour y répondre, à l’inverse du climat facilement engendré par le goût pour l’émotion de certains organes d’information, la seule réponse réside dans le calme, le sang-froid et la confiance dans nos forces et nos autorités, comme le firent, dans des conditions bien plus difficiles, les Britanniques pendant le Blitz. C’est cette attitude qui apporta à ce peuple fier, la victoire.

L’agitation, le procès permanent qui serait fait aux autorités, ou la recherche de vengeance sur certains de nos concitoyens, seraient l’exact contraire de la bonne attitude, dans cette situation.

 

PS : La nuit n’est pas terminée et on lit déjà toutes sortes de sottises sur les réseaux sociaux Ne les reproduisez pas, même pour les condamner. N’hésitez pas à retirer de vos amis les excités ou les inconscients qui les répandent. Tout cela n’est pas un jeu vidéo.

Texte posté ce matin à 5h sur la page Facebook de Gilles Casanova, et publié ici avec son aimable autorisation.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

Terrorisme: « Il nous faut affronter un phénomène durable »

36
Thibault de Montbrial (Photo : BALTEL/SIPA)

Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Causeur[1. Cet entretien a été réalisé avant l’attentat de Nice]. Depuis mars 2012 et l’équipée meurtrière de Merah, le terrorisme islamiste a transformé beaucoup de nos concitoyens en ennemis impitoyables. Vous avez déclaré en janvier 2015 que la France était en guerre. Comment la mener quand l’ennemi peut être mon livreur de pizza, mon voisin de palier ou mon collègue de bureau ? 

Thibault de Montbrial[2. Avocat au barreau de Paris, président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure. Dernier ouvrage paru : Le sursaut ou le chaos, Plon, 2016.]. À mon sens, c’est dans le changement d’état d’esprit que réside la clé. Péguy disait : « Il faut toujours dire ce que l’on voit, mais surtout, il faut voir ce que l’on voit. » Si la classe politique commence à comprendre, l’ensemble du corps social doit réaliser que les formidables décennies de paix que nous venons de connaître sont terminées. Les attentats de 2015 et de 2016 constituent non pas une vague terroriste ponctuelle, comme cela a pu être le cas en 1985-1986 ou au milieu des années 1990, mais un phénomène durable. Nous sommes désormais confrontés à un islam sunnite de conquête, plus ou moins structuré à l’étranger, mais qui recrute des dizaines de milliers de combattants et de sympathisants parmi des jeunes Français qui vouent à leur pays une haine tenace. C’est à cette réalité qu’il nous faut nous adapter sur le long terme. Ce qui pose un double défi : il nous faut, d’une part, trouver le ressort politique permettant de recréer un projet commun et, d’autre part, mettre en place une politique de sécurité à la hauteur des épreuves qui nous attendent sans faire exploser notre société.

En tant qu’avocat, où placez-vous le curseur entre liberté et sécurité ?

Contrairement à la caricature répandue, les concepts de liberté et de sécurité ne sont pas antagonistes mais complémentaires, dès lors qu’il n’y a pas de liberté sans sécurité pour l’exercer – quel en serait le sens ? L’enjeu, c’est de trouver le juste équilibre pour qu’un niveau satisfaisant de sécurité permette le plein exercice des libertés. Mais si nous relâchions trop la garde au plan sécuritaire, nous pourrions assister à une succession d’actes de violence conduisant, in fine, à l’effondrement de notre société.

Vous n’en rajoutez pas un peu ? 

Non ! Mais beaucoup d’observateurs, comme vous, ou de décideurs, n’ont pas pris pleinement conscience de la réalité de ce risque.[access capability= »lire_inedits »]

Cependant, le traitement policier et judiciaire du terrorisme s’inscrit dans le droit pénal classique applicable aux crimes graves. Pensez-vous qu’il faille prendre plus de libertés que celles qu’autorise l’état d’urgence avec les droits des terroristes présumés ? Faut-il autoriser l’incarcération préventive des personnes « fichées S » ? 

Il faut être extrêmement attentif à ce que le remède ne soit pas pire que le mal. La création de centres de rétention, où seraient internés des gens sur le seul fondement de soupçons résultant de notes administratives, me paraît susceptible de créer plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait : quels critères adopter ? Quelles limites poser ? En revanche, sans doute faut-il prévoir des mesures d’assignation à résidence, afin de faciliter la surveillance d’individus pendant les enquêtes les concernant. Pour nos services de renseignements la multiplication du nombre d’islamistes constitue une difficulté de taille. En dépit des efforts récents, les ressources humaines et matérielles de nos administrations n’ont évidemment pas crû dans des proportions identiques. Par ailleurs, il est urgent de réfléchir aux formalités de détention des islamistes incarcérés dans un cadre judiciaire. À choisir entre deux maux, il me semble désormais préférable de créer une ou deux prisons dédiées et extrêmement surveillées, plutôt que de laisser les islamistes au contact de la population pénale générale au risque, avéré, d’un prosélytisme catastrophique.

Vous êtes par ailleurs l’avocat et l’ami de nombre de policiers. Quel est leur état d’esprit ?

Je ne peux naturellement pas parler au nom de l’institution dans son ensemble. Mais la grande majorité des policiers que je connais, qu’ils soient gardiens de la paix ou très hauts fonctionnaires, ressentent un mélange d’inquiétude et de lassitude. Depuis l’instauration de l’état d’urgence en novembre 2015, les missions s’enchaînent : surveillance liée au terrorisme, organisation de la COP21 sous haute tension, manifestations violentes dans tout le pays, sans oublier la sécurité des stades et des fan-zones… ça fait beaucoup ! Dans tous les services, c’est la même chose : plus d’astreintes, moins de temps de récupération et d’entraînement, et surtout une augmentation considérable de l’exposition aux risques physiques. Le ciblage direct de à leur domicile à Magnanville constitue à cet égard une sorte de point d’orgue. Mais au risque terroriste il faut ajouter une délinquance toujours plus désinhibée dans les violences envers le « bleu », et les sidérants dérapages orchestrés par l’extrême gauche pendant les manifestations contre la loi travail.

À ce sujet, la mission de la police, c’est de garantir la sécurité des citoyens mais aussi leurs droits. Les forces de l’ordre reçoivent-elles les ordres adéquats pour mener à bien cette mission ? Est-il concevable que, dans la bataille de la loi travail, le gouvernement ait cherché à profiter du pourrissement de la situation ?

C’est une question complexe. J’ai reçu différents témoignages directs de cadres chargés de missions de maintien de l’ordre. Tous m’ont fait part de leur perplexité devant certaines instructions. Ainsi, un commandant de CRS a vainement demandé l’autorisation de faire procéder à un « bond offensif » pour neutraliser des individus qui cassaient la chaussée pour récupérer des pavés, manifestement destinés à être projetés sur ses hommes. L’autorité publique a refusé de donner cet ordre, afin de ne pas « faire de provocation ». Une demi-heure plus tard, ces pavés faisaient plusieurs blessés dans les rangs de l’unité de CRS. Pour autant, il est difficile de dire si de tels errements résultent d’une froide stratégie ou bien s’ils n’expriment que l’angoisse de l’exécutif devant le risque qu’un manifestant soit tué. Quoi qu’il en soit, ces atermoiements exposent considérablement les forces de l’ordre. Tous mes interlocuteurs jugent miraculeux qu’aucun policier ou gendarme n’ait été tué en maintenant l’ordre, même si plusieurs ont été très grièvement blessés.

D’après un sondage, une majorité de Français seraient favorables à la torture pour faire parler un terroriste. Que vous inspire-t-il ? 

Il me fait penser qu’il est essentiel que la population puisse constater que le gouvernement – quel qu’il soit – prend des mesures à la hauteur de la gravité de la situation. À défaut, la classe politique sera confrontée à une déferlante de propositions de cette nature, soutenues par une majorité populaire. Il est impératif que la société en général, et la classe politique et médiatique en particulier, change de logiciel. Sinon, la pression des événements pourrait rendre la situation incontrôlable.[/access]

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

Le sursaut ou le chaos

Price: ---

0 used & new available from

Attentat de Nice: 84 morts dont 10 enfants et adolescents

623
(Photo : SIPA.AP21922349_000048)
(Photo : SIPA.AP21922349_000048)

Article publié initialement dans la nuit du 14 au 15 juillet. Il a été réactualisé en continu en fonction des dernières informations. Sa mise à jour a été arrêtée vendredi 15 juillet à 20h00.

Selon un bilan encore provisoire dressé par le procureur de Paris, François Molins, au moins 84 personnes ont été tuées, dont 10 enfants et adolescents, jeudi soir dans un attentat à Nice, lorsqu’un camion a foncé sur la foule qui assistait au feu d’artifice sur le bord de mer.

Il y aurait par ailleurs un plus de 200 blessés, dont 52 « en état d’urgence absolue ». Une cinquantaine d’enfants ont notamment été hospitalisés à l’hôpital Lenval situé à proximité du lieu de l’attentat.

Selon les premières informations de Nice-Matin, l’homme aux commandes du véhicule est un Tunisien de 31 ans. Tout en conduisant, il aurait tiré sur la foule avec un pistolet de calibre 7.65 mm.

Depuis, son identité a été confirmée. Il s’agit de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, chauffeur-livreur, père de trois enfants. Il était connu des forces de police pour des faits de violence mais n’avait jamais été ni signalé ni fiché. Le 24 mars dernier, il était condamné à six mois de prison avec sursis « pour des faits de violence lors d’une altercation à la suite d’un accident de la circulation, commis avec une arme par destination, en l’occurrence une palette », selon les mots du ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas.

Son ancien domicile (dont il a été exclu en 2012 après des violences conjugales et où vit toujours son ex-compagne), situé à Nice Nord, près du stade du Ray, a été perquisitionné ce vendredi matin.

Le camion a parcouru 2 km, entre les numéros 11 et 147 de la Promenade des Anglais. Trois policiers ont tenté de l’intercepter à hauteur de l’Hôtel Négresco et ont fini par le neutraliser 300 m plus loin à proximité d’un autre hôtel, le Palais de la Méditerranée (voir le trajet en cliquant sur cette infographie interactive du New York Times).

D’après l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, le véhicule était « chargé d’armes et de grenades ». Ce vendredi en fin de journée, François Molins a précisé que Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait avec lui un deuxième pistolet, mais factice celui-là, des répliques de fusils d’assaut (kalachnikov et M16) et une grenade « percée ».

Moins d’une heure après les faits, la préfecture des Alpes-Maritimes a évoqué un attentat et demandé à la population de rester cloîtrée chez elle. Avant d’être démentie par le porte-parole du ministère de l’Intérieur, la rumeur avait couru qu’une prise d’otages avait eu lieu à la suite de l’attaque au camion.

En déplacement à Avignon dans la soirée, le président de la République François Hollande annonçait à minuit qu’il rentrait à Paris et se rendait directement à la cellule de crise activée place Beauvau. A près de 4h00 du matin, il s’exprimait depuis l’Elysée et annonçait une prolongation de trois mois de l’état d’urgence qui devait s’achever à la fin juillet.

Ce nouvel attentat est a priori le plus important commis en Europe depuis les attentats qui ont fait 130 morts le 13 novembre 2015 à Paris et 32 morts le 22 mars 2016 à Bruxelles, commis par le même réseau du groupe Etat islamique, dont une quinzaine de djihadistes sont morts, la plupart en kamikazes.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

La « francité » n’est pas un communautarisme

77
(Photo : SIPA.00760140_000002)
(Photo : SIPA.00760140_000002)

« Je pense que nous gagnerons contre le terrorisme », a prédit en mai dernier Patrick Calvar devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015. Nous gagnerons, mais comment ? On ne sait pas vraiment. Certainement parce qu’encore une fois, nous sommes les plus forts. Mais le patron de la DGSI de troubler ensuite les esprits : « Je suis en revanche beaucoup plus inquiet de la radicalisation de la société et du mouvement de fond qui l’entraîne, poursuit-il. (…) Encore un ou deux attentats et cette confrontation adviendra. Il nous appartient donc d’anticiper et de bloquer tous ces groupes qui voudraient, à un moment ou à un autre, déclencher des affrontements intercommunautaires. »

Quels groupes ? Le chef des renseignements français évoque « une confrontation entre l’ultra droite et le monde musulman – pas les islamistes mais bien le monde musulman ». C’est bon, chef, on tient nos méchants. Ils sont fachos et ils veulent manger du bon musulman. L’invocation d’une menace imaginaire est un grand classique de tout Etat, policier ou non, totalitaire ou non, pour asseoir sa domination et se poser en protecteur de l’honnête citoyen. Sans remonter à la Révolution culturelle du président Mao, on pourra songer aux « lois scélérates » qui à la fin du XIXe siècle français prétendaient lutter contre la menace anarchiste. Que la droite soit aux affaires et elle brandit le spectre de l’ultragauche – ainsi du fameux « groupe de Tarnac » sous Sarkozy ; que la gauche prenne les manettes, et elle secoue l’épouvantail de l’ultra droite. C’est le jeu, un peu nul mais admissible, des institutions républicaines.

Ce n’est pas ici ce qui choque. Non, le vrai scandale dans ces propos provient de l’évocation de « communautés » présentes et recensées sur le territoire français, comme si c’était naturel dans une République qui fait profession depuis deux cents ans de ne reconnaître que des citoyens et des individus. Et encore ne s’agit-il pas dans ce fatras pas si innocent qu’il en a l’air, ni de communautés locales, comme l’on parlerait de Corses ou de Picards, ni de communautés religieuses, comme l’on opposerait catholiques et protestants. Non, il s’agit d’opposer aux musulmans, pris en bloc, des « groupes » qui constitueraient eux-mêmes une communauté, seulement réunie si l’on comprend bien par l’exaspération et « l’ultradroitisme ».

Qu’en déduire ? Qu’ils sont blancs, racistes, suprémacistes, nazis ? L’explication manque. On dirait que nos gouvernants se croient aux Etats-Unis ou sous les grandes heures de l’apartheid sud-africain. L’identification au modèle anglo-saxon n’a jamais été aussi claire. Pourtant, que l’on sache, la France n’a jamais été, jusque là, le théâtre d’affrontements ethniques ou raciaux, sans doute parce que son modèle glorieux a toujours été celui de l’universalisme. Des guerres religieuses, il y en eut, mais elles se sont éteintes au XVIIe siècle, et de la pire des manières, avec le centralisme destructeur de Louis XIV. Les catholiques se souviennent aussi des persécutions et humiliations que leur fit subir la République. On croyait pourtant que c’était enterré et dépassé.

L’universalisme serait donc devenu un particularisme ?

Mais non, nous dit-on, il existe encore ou à nouveau des « communautés » qui risquent de s’affronter. Essayons de trouver lesquelles, puisqu’on ne nous le dit pas. Il se peut en effet qu’il existe, dans certains lieux, une communauté musulmane, ou plus précisément salafiste ou relevant des Frères musulmans, qui impose sa loi, ses rites, ce qui ne manque pas de logique puisqu’il s’agit d’une religion fondamentalement ritualiste. Remarquons que cette communauté religieuse est à 99% d’importation, et l’on n’aura pas la cruauté de demander encore une fois qui l’a établie ici sans rien exiger d’elle.

Mais en face ? Des Français qui aiment leur pays, sa liberté de conscience et de religion, sa libération des femmes, son soin des pauvres et des faibles, sa langue, ses arts, son architecture et sa littérature, sa mode vestimentaire, constituent-ils soudainement une communauté autre que nationale ? Alors qu’eux-mêmes n’ont pas l’impression d’avoir changé ? A moins que dans ce monde complètement renversé, notre universalisme soit par concurrence mimétique devenu un particularisme communautariste, sans que nous nous en soyons rendu compte ?

Au-delà du fantasme de ces petits maîtres au pouvoir qui ont besoin plus que jamais de brandir une menace fasciste pour justifier leur incurie, ce discours est insupportable : la « francité » n’est pas une particularité, sa défense et son illustration ne constituent pas un communautarisme. Refusons, encore une fois, cette insulte.

A nos cousins français

27
Un rassemblement à Montréal le 14 novembre 2015 (Photo : SIPA.AP21822402_000003)
Un rassemblement à Montréal le 14 novembre 2015 (Photo : SIPA.AP21822402_000003)

C’est le 14 juillet. La fête nationale de la France. Un pays magnifique, qui a marqué pour le mieux l’histoire de l’humanité.

Un pays éprouvé, depuis quelques années, par une violence sauvage à son endroit. On pense au terrorisme. On pense aussi à la violence intérieure dans certains quartiers. Le pays traverse une crise majeure.

Aujourd’hui, la France souffre. Ses enfants sont tentés par l’exil. Plusieurs traversent l’Atlantique.

Mère patrie

Si la France est attaquée, c’est qu’elle demeure aussi un symbole : elle incarne la meilleure part de l’Occident. Elle conjugue liberté et enracinement, elle a le charme de l’urbanité la plus sophistiquée et des terroirs les plus féconds. Elle est chrétienne et laïque.

Mais aujourd’hui, j’aimerais parler de notre rapport à la France. J’aimerais dire : de notre rapport à la mère patrie, mais nous avons perdu l’habitude de parler ainsi.

Pendant longtemps, les Québécois aimaient rappeler leurs racines françaises. Alors qu’ils étaient méprisés par les Canadiens anglais, ils leur disaient ainsi : nous aussi venons d’une grande civilisation. C’était aussi une époque où on vénérait nos ancêtres. On ne les regardait pas avec condescendance.

Mais notre rapport à la France s’est relâché. Aujourd’hui, on aime se faire croire que c’est un pays comme un autre. On le snobe même un peu.

Par exemple, on se fait une fierté de mieux parler anglais que les Français, comme si la maîtrise de la langue de l’empire américain était un signe indéniable de modernité. Quand les Québécois répètent agressivement qu’ils sont nord-américains, ce n’est pas seulement pour rappeler une évidence géographique. C’est aussi pour se détacher une fois pour toutes du vieux pays.

On regarde la France comme un gigantesque musée gastronomique dont les grandes heures sont révolues. Sauf que nous nous trompons. Aujourd’hui, en 2016, nous avons encore besoin de la France.

D’abord et avant tout parce que la France demeure et demeurera toujours le cœur vivant de la langue française. Si les Québécois ont survécu comme peuple, c’est en bonne partie parce qu’ils parlaient une grande langue internationale qui leur donne accès au monde.

Trésors littéraires 

Je me demande souvent comment nous pouvons volontairement nous priver des trésors de la littérature française. Si nous lui donnions toute la place qu’elle mérite, peut-être pourrions-nous réapprendre à parler notre langue. Et si, comme on le croit, la langue française est une patrie intime, celle de nos âmes, celle de nos cœurs, il faudrait cesser de considérer qu’il s’agit d’une littérature étrangère.

Nous aurions beaucoup à apprendre de la France. Son sens de la controverse, notamment. Là-bas, un débat n’est pas nécessairement une chicane. On admirera aussi la place de la culture générale dans la vie publique. Au Québec, dès qu’on quitte le registre du vocabulaire de base, on est accusé d’élitisme.

Osons la formule suivante : pour les Québécois, la France n’est pas un pays comme les autres. C’est encore un peu le nôtre.

Bonne fête nationale, cousins français !

Cet article a été initialement publié dans Le Journal de Montréal.

Le multiculturalisme comme religion politique

Price: ---

0 used & new available from


Dénationnalisation tranquille

Price: ---

0 used & new available from


Fin de cycle, aux origines du malaise politique Qu

Price: ---

0 used & new available from

Quels citoyens voulons-nous former? (13/3)

24
00749347_000028
00749347_000028

>>> Lire ici le deuxième volet de ce texte.

Réformer le baccalauréat

Il est nécessaire de réformer le bac. Cet examen est devenu sans objet sous sa forme actuelle, dans la mesure où pour une somme exorbitante (près d’un milliard d’euros par an, compte tenu des échecs et du coût des redoublements) et des contraintes matérielles importantes il qualifie près de 90% des candidats, au terme d’un rite de passage cher payé.

Il faut imaginer un bac en deux temps :
– l’obtention systématique, sauf grave souci de santé, d’un diplôme de fin d’études, obtenu pour l’essentiel via un contrôle continu, ce qui redonnera aux enseignants un pouvoir considérable sur le suivi du travail et permettra de « reconquérir » définitivement le mois de juin ;
– une sélection automatique sur dossier à l’entrée du supérieur, ce qui est déjà le cas de 45% des formations (BTS, IUT, classes préparatoires, facs à dérogation type Paris-Dauphine — ou, avec un an de décalage, l’entrée en Médecine). Cela obligera les enseignants du supérieur à déterminer à la fois un nombre de places raisonnable dans chaque cursus, ce qui éliminera les tirages au sort et autres courses à l’échalote au moment des inscriptions, et à examiner dans le cadre de la procédure APB les dossiers que leur enverront les candidats au mois de mai — une tâche que l’informatique a grandement facilitée. Au final, l’offre globale est suffisante pour que chacun trouve une formation adaptée à ses capacités, ce qui devrait à terme diminuer notablement le taux d’échec dans le supérieur, aujourd’hui égal ou supérieur à 50% selon les filières. Ce qui devrait également inciter les élèves de lycée à travailler tout au long de l’année, voire des trois années de lycée si l’on imagine que les dossiers scolaires peuvent rassembler les appréciations de la Seconde à la Terminale, et qu’ils seront le sésame des inscriptions futures.

Formation des maîtres

Quels maîtres pour les élèves ?

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un problème massif de recrutement. Salaires insuffisants, conditions d’exercice parfois catastrophiques, mutations douloureuses, manque de respect généralisé, rien n’incite réellement les bons étudiants à s’orienter vers les métiers du professorat.

Il faut reprendre le système à la base :

– Proposer sur concours à Bac + 1 ou Bac +2 une bourse mensuelle égale au SMIC, et l’obtention a priori de l’écrit du concours de recrutement (CAPES), en échange d’un engagement décennal à servir l’Education nationale : c’étaient les conditions des IPES (Instituts de Préparation aux Enseignements du Second degré), créés en 1957 et mis en œuvre sous De Gaulle (et supprimés en 1979) et qui ont permis le recrutement rapide des enseignants nécessaires aux enfants du baby-boom ;

– Augmenter notablement les salaires de départ : l’Europe, qui sert de référence à tant de discours creux, devrait nous inciter pour une fois à égaliser les traitements, étant entendu que les salaires des enseignants français sont au plus bas de l’échelle européenne, et que ceux des enseignants luxembourgeois ou allemands, par exemple, représentent plus du double. Sans un effort très significatif (au moins 35% de plus en commençant, pour arriver à un salaire tournant au départ autour de 2000 € nets), nous n’attirerons pas dans ce métier les étudiants capables et motivés dont nous avons besoin — libre au privé d’augmenter cette base s’il veut être réellement concurrentiel ;

– Réinventer la formation des maîtres, en limitant la formation théorique des « sciences de l’éducation » et en plaçant les nouveaux maîtres sous la tutelle amicale de praticiens confirmés. C’est dans un esprit de compagnonnage que doit être repensée la formation pratique.

– Insister sur l’acquisition de savoirs complexes : c’est en sachant à fond ce que l’on enseigne que l’on peut répondre aux questions des élèves, qui sont souvent plus complexes que leur niveau le laisserait penser. Qui sait le superflu peut donner le nécessaire.

– Les professeurs des écoles (encore que nous préférions le beau mot d’instituteur) bénéficieront d’une formation spécifique polyvalente, au sein d’instituts pensés sur le modèle de ce que furent autrefois les Ecoles Normales. Il y seront recrutés à Bac +2, le temps pour eux de déterminer s’ils ont ou non la vocation — étant entendu que ce n’est pas un métier que l’on fait « par défaut », mais par goût.

– Enfin, il est temps que les concours de recrutement portent essentiellement sur la maîtrise des disciplines à enseigner, et non sur des simulations vaines et artificielles de « mises en situation ». Ce n’est que dans un second temps que se décideront les capacités pédagogiques.

Le Supérieur

Si collège et lycée ont pour mission essentielle d’amener chacun au plus haut de ses capacités, les formations supérieures ne peuvent se donner pour objectif de faire réussir tout le monde : elles appartiennent à un niveau différent, dont l’excellence doit être le mot-clé. On ne va pas à l’université pour être médiocre, mais pour posséder à fond telle ou telle matière, telle ou telle spécialisation. Il ne s’agit pas cependant de limiter les universités à une formation à la recherche : tous les étudiants n’ont pas vocation à devenir chercheurs, à moins de s’exposer à ne jamais rien trouver. L’enseignement supérieur tout à la fois conforte la culture, initie à la recherche et forme à des métiers.

Dans un premier temps, sans doute faudra-t-il inventer une propédeutique, un sas entre le lycée et la première année, afin de mettre à niveau des élèves très malmenés par des politiques peu soucieuses de vraie formation. De telles « année zéro » existent déjà sous diverses formes. Il suffit de les généraliser. Une remontée des exigences au collège et en lycée les rendra, à terme, inutiles. Mais aujourd’hui, il est essentiel, si l’on ne veut pas envoyer 50% des étudiants dans un mur dès la première année, de mettre en place de telles remédiations.

Une rivalité — qui n’est pas même une émulation — existe en France entre les grandes écoles (et les classes préparatoires qui y amènent) et les universités. Il est temps d’y mettre fin, en généralisant les synergies qui commencent tout juste à se mettre en place, et en incitant les universités à doubler le nombre d’heures de cours sur les deux premières années, avec une obligation de présence effective, afin que chaque étudiant soit confronté à son niveau réel et ajuste ses exigences ultérieures. Des moyens doivent être consacrés particulièrement à ce niveau, et des enseignants nommés en fonction de leur polyvalence plus qu’en raison de leurs recherches. Il s’agit d’établir un sas qui sera à la fois une reprise d’élan et un niveau requis pour continuer des études supérieures — un peu sur le modèle de ce qui se fait aux Etats-Unis dans la distinction entre « college » et « university ».

Laisser les universités libres de sélectionner à l’entrée n’implique pas une valse à la hausse des droits d’inscription. L’Etat doit veiller à une égalité de traitement des établissements d’enseignement supérieur, tout en les incitant à se gérer avec rigueur. Là encore, des bourses sur concours, dès la première année, remplaceront pour l’essentiel les bourses sur critères sociaux.

Le recrutement des universitaires, actuellement mis sous la coupe de décideurs locaux ou de syndicats qui se partagent des sphères d’influence, doit absolument être repensé — peut-être via une commission permanente neutre recrutant sur une évaluation exacte des travaux et des titres, et non sur petits arrangements entre amis.

Financement

Il faut bien comprendre que les réformes que nous proposons peuvent très bien se faire à moyens constants. Il faut tout à la fois couper dans les dépenses inutiles (la réforme du Bac que nous proposons ferait par exemple économiser près d’un milliard d’euros, qui seront utilement redistribués ailleurs), supprimer les enseignements ou les occupations ludiques (les sommes engagées par les mairies dans les activités péri-scolaires de la réforme des rythmes seront utilisées autrement), et rationaliser le temps de travail des élèves et des enseignants : là encore, il faut cesser de vouloir à toute force un même traitement pour tous, alors même que l’on fait un travail différent. Enseigner dans des établissements difficiles à des élèves en perdition demande une charge intellectuelle et nerveuse qu’il faut prendre en considération, et quinze heures de cours auprès d’élèves turbulents est autrement épuisant que vingt heures auprès d’élèves moins difficiles. C’est dans cette fourchette qu’il faudra calculer les charges horaires des enseignants. L’idée du « corps unique de la maternelle à l’université » inventée à la Libération (Plan Langevin-Wallon) et régulièrement reprise par certains syndicats (SGEN et SE-UNSA) est purement idéologique, et ne correspond pas aux réalités du métier. De même, la charge de certaines formations d’excellence, visant à préparer des concours difficiles, qu’il s’agisse d’universités ou de classes préparatoires, doit être prise en compte. Enfin, il est temps d’évaluer exactement la qualité des recherches, afin de ventiler les crédits de façon rationnelle. Quel que soit son domaine d’application, la recherche pure ne peut être financée que par l’Etat, quitte à laisser l’industrie privée financer la recherche appliquée. Les universités doivent à moyen terme devenir des sociétés mixtes, avec des incitations fiscales conséquentes pour les entreprises afin qu’elles investissent dans tous les champs de la recherche et de la formation.

Conclusion

Il faut avant tout convoquer des Assises de l’Education où interviendraient enfin des enseignants, des parents, indépendants de toute structure — les vrais praticiens et usagers, ceux que l’on n’entend pas.
Tout comme il serait tout à fait fondé de lancer une commission d’enquête parlementaire qui s’interrogerait sur les conditions d’attribution par l’Education nationale d’un certain nombre de marchés publics — par exemple dans le domaine informatique.

Nos armées ont du talent

23
Des soldats français patrouillant au Nord du Mali en 2013 (Photo : 00654899_000018)
Des soldats français patrouillant au Nord du Mali en 2013 (Photo : 00654899_000018)

Le 14 juillet, jour de la fête nationale, est marqué, traditionnellement, par le grand rendez-vous des Français avec leur armée. Un rendez-vous attendu des deux côtés : un sondage[1. Ifop DICoD, mai 2016] montre que 87 % des Français ont une bonne image de l’armée qui est l’organisation dans laquelle ils ont le plus confiance (à 81%) derrière les hôpitaux ; pour les militaires, malgré la surcharge de travail que représente la préparation longue et minutieuse du défilé, c’est une reconnaissance qu’ils apprécient tout particulièrement parce qu’ils la savent sincère et sans calcul.

Depuis bientôt trois décennies, les armées françaises ont en effet été soumises à rude épreuve, prises en étau entre l’utopie politique de « toucher les dividendes de la paix » et la réalité d’un monde instable dans lequel la France voulait tenir son rang de membre permanent du Conseil de sécurité et contribuer à la stabilité et à la défense des droits de l’homme.

L’utopie politique a conduit à une érosion drastique des effectifs, à tel point que l’armée professionnelle actuelle compte moins de soldats de métier qu’en avait l’armée de la conscription avant 2002. Une baisse concomitante — non corrélée et supérieure — des budgets a eu des répercussions sur le renouvellement et l’entretien des matériels. Et enfin, un empilement de réformes technocratiques donnent aux armées un mode de fonctionnement inspiré de l’administration civile, manifestement inadapté à la spécificité militaire et dont les effets se font progressivement sentir au quotidien.

Après les attentats islamistes sur le territoire national et avec l’effort de guerre à conduire dans la « bande sahélo-saharienne[2. Désignation utilisée pour définir le théâtre d’action des opérations Serval puis Barkhane au Mali, Niger, Burkina Faso.] » et en Irak-Syrie, quelques mesures de faible portée ont donné le change (18 750 postes « non supprimés », rallonge budgétaire de 3,8 milliards d’euros à répartir entre 2015 et 2019 ! ). Mais le format de l’armée de 2019 en fin de loi de programmation restera aux alentours de 200 000 militaires avec un budget de 32 milliards soit 4,3 % des effectifs totaux de la fonction publique et 3,1 % de la dépense publique totale[3. Il s’agit de la fonction publique « tous versants » (Etat, collectivités territoriales et hospitalières) et de la dépense publique totale (financée par la totalité des impôts et taxes et les emprunts).], des chiffres bien faibles pour une fonction régalienne, pourtant premier article du contrat démocratique par lequel le peuple donne pouvoir à l’Etat pour assurer sa sécurité.

Mais l’utopie s’est, pendant toute cette période, colletée avec la réalité. A partir de 1990, les « opérations extérieures », jusqu’alors cantonnées à des opérations coup de poing en Afrique, se sont multipliées : guerre du Golfe, Balkans, Cambodge, Timor, mer Rouge et océan Indien, côtes ouest-africaines, Antilles et Guyane, Haïti, Pakistan, Asie du Sud-Est, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Sierra Leone, Tchad, Afghanistan, Mali, Niger, Irak, Syrie, etc. Opérations extérieures aux multiples formats : armée de terre, marine, armée de l’air, forces spéciales, service de santé des armées, service des essences des armées ; pour de multiples missions : guerre, imposition de la paix, maintien de la paix, interposition, opérations de secours, évacuation de ressortissants ; sous divers statuts : mandats du Conseil de sécurité des Nations unies, devoir de protéger[4. Déclaration de l’Assemblée générale des Nations unies de 2005.], demande d’assistance d’un Etat tiers, légitime défense de ressortissants. Il s’y rajoute la participation à la sécurité des Français sur le territoire national même avec les opérations Vigipirate et Sentinelle.

Le savoir-faire du soldat français est reconnu par les armées alliées

Cet aguerrissement fait de l’armée française une des rares armées à maîtriser tout le spectre de compétences et les modèles stratégiques et juridiques de l’action militaire. Il a développé un modèle de soldat français dont le savoir-faire et les capacités tactiques sont reconnus et appréciés par les armées alliées.

Si toutes les opérations mériteraient d’être citées, l’on peut cependant souligner quelques performances. Le déploiement en quelques jours de la force aéroterrestre Serval par les mers et les airs (au Mali, en janvier 2013) qui a stoppé net un raid islamiste vers Bamako sauvant ainsi les Maliens et les Européens résidants d’une prise massive d’otages voire d’exécutions sommaires (pensez à la situation à Mossoul quelques mois après). Une réussite qui tient à quatre compétences clés d’une armée opérationnelle : la conception d’état-major, la planification logistique, l’intelligence tactique et le mordant de tous du concepteur de l’action aux exécutants de première ligne. La campagne aérienne et maritime en Libye (Harmattan, en 2011) puis l’engagement décisif des hélicoptères de l’armée de terre et leur extraordinaire bilan qui a confondu le commandement de l’OTAN et montré la supériorité tactique du concept d’aérocombat de l’armée de terre.

Ces capacités humaines et militaires sont détectées, mûries et développées par une politique exigeante de formation et d’entraînement en constante innovation. Le contrôle des compétences et des aptitudes est permanent, l’avancement est au choix. L’ascenseur social fonctionne mais sans complaisance (dans l’armée de terre par exemple, 70 % des officiers sont issus du corps des sous-officiers et 70 % des sous-officiers sont issus du corps des militaires du rang) et sans aucun « droit acquis » de carrière (environ 63 % des militaires tous grades confondus sont sous-contrats courts). Les taux d’encadrement sont faibles (environ 14 % d’officiers, contre 46 % de catégorie A, niveau équivalent, dans la fonction publique d’Etat).

Formation et entraînement combinent exercices réels et usage de la simulation et de l’informatique, exigent rigueur dans l’exécution des gestes et dans l’application des procédures et font une large part à la formation « morale et éthique » et au développement de la dynamique d’équipe.

Résultat : une organisation humaine dévouée au bien commun, soudée et fiable dont la compétence dépasse largement le cadre de la coercition militaire stricto sensu. Que la Nation doute, que la cohésion sociale s’érode, que l’illettrisme et le chômage s’installent et l’on se tourne vers les armées : service militaire obligatoire ou volontaire, service militaire adapté, opérations de sécurisation Vigipirate ou Sentinelle. De l’« ultima ratio regis[5. L’ultime argument des rois : devise que Louis XIV a fait inscrire sur les canons de son armée.] », les armées françaises sont devenues le dernier recours de la République et des peuples opprimés dans le monde, elles occupent un espace politique (au sens premier du terme de service public) et social, tout en gardant une efficacité opérationnelle indiscutée unique dans le monde. Un outil qui craint plus les coupes sombres budgétaires, les errements politiques et la désaffection de la Nation, que les défis du monde à venir.

Hollande: un coiffeur payé 10 000 euros, et alors?

84
François Hollande, place de la Concorde à Paris, lors du défilé du 14-Juillet (Photo : SIPA.00764363_000071)
François Hollande, place de la Concorde à Paris, lors du défilé du 14-Juillet (Photo : SIPA.00764363_000071)

C´est l’affaire de ce milieu de semaine, la révélation fracassante, la polémique qui viendra enfoncer encore un peu plus un président déjà bien loin d’être en forme, François Hollande se paie un coiffeur à 10 000 euros. Avant même de paraître dans le Canard enchaîné, la nouvelle s’est propagée non seulement en France ou en Europe, mais aussi Outre-Atlantique, c’est dire son importance.

Parce que c’est dans le Nouveau monde de Christophe Colomb, loin du Beaujolais nouveau, de l’accordéon et même du Brexit que j’ai appris ce scandale, par la presse nationale d’un pays qui a pourtant d’autres chats à fouetter. Un coiffeur se fait payer très au-delà du smic, les réseaux sociaux s’enflamment, et tandis que certains internautes invitent poliment Hollande à « dégager », les autres l´attaquent, c´était prévisible, sur son physique.

Pourquoi tant de haine camarades ? Ce coiffeur est très bien rémunéré certes, mais comparé aux mensualités d’un Pinault ou du PDG de Renault et ses 7 millions, c´est de la petite bière, c’est misérable. Oui, mais c´est un coiffeur, rétorquera-t-on, y compris Richard Roze, le secrétaire général de Force Ouvrière Coiffure, qui a confié au Figaro que « c’était  indécent ». Rien que ça.

Si je suis Monsieur Roze, un artisan ne pourrait donc pas être généreusement rémunéré ? Le traitement de faveur de ce coiffeur devrait donc être réservé aux cardiologues, dentistes, avocats ou autres professions réputées plus lucratives ? Drôle de conception de la lutte des classes. Dans un pays où on manifeste régulièrement pour faire valoir ses droits ou préserver ses acquis sociaux, on devrait, Monsieur Roze en tête, sourire qu’un artisan, un ouvrier, un manuel, puisse prétendre concurrencer un petit trader de la Défense, on devrait se réjouir que pour une fois l’égalité ne consiste pas à baisser le salaire des chers travailleurs mais se fasse vers le haut, que pour ce cas-là au moins, exploitation rime avec grasse rémunération.

Un employé modèle pour un président très « normal »

Oui mais c’est avec nos impôts qu’on le paie, se plaint-on. Que l’on se rassure, 10 000 euros répartis sur l’ensemble de la population active, c’est loin d’être un grand sacrifice pour chacun. Pas de quoi  blâmer ce  travailleur qui a tout lâché pour Flamby, ce travailleur disponible « très tôt dans la journée » selon le Canard enchaîné, et qui n´a jamais fait grève lui, au contraire de certains footballeurs capricieux qui touchent des millions

Car depuis qu’il a dû fermer son salon du XVIIème arrondissement de Paris, et abandonner les confessions des dames pour s’occuper du président Normal Ier, le coiffeur bosse à la sueur de ses mains (et de ses ciseaux), le suit dans ses déplacements, s’occupe de le coiffer avant chaque discours — et de lui teindre les cheveux — ne se fait jamais remplacer, et aurait même, engagement professionnel oblige, « raté la naissance de ses enfants », révèle son avocate dans le Canard. Et sans doute travaille-t-il le dimanche. Sincèrement, vous en connaissez beaucoup des comme ça ? Si Hollande ne doit pas être le type le plus antipathique au monde, et est sans doute bien plus buvable que son prédécesseur, pas sûr que tout le monde soit prêt à sacrifier sa petite vie de famille et ses dimanches à la campagne pour tant de contraintes, même en échange de 10 000 euros.

Au service du président normal il y a un coiffeur au traitement anormal, c’est vrai ; mais que sont 10 000 euros pour les patrons de Renault, L’Oréal ou autre Alcatel qui n’en ont sûrement rien à cirer d’une si misérable somme, et qui sacrifient leur vie pour bien plus, mais vraiment bien plus que ça ? S’il y a indécence de salaires, elle est évidemment à fouiner du côté de ces derniers bien plus que chez ce coiffeur. À propos, qu’est-ce que devient Monsieur Tapie ?

Les couvertures de « Causeur » auxquelles vous avez échappé

7

 

Chapeau melon et vote de fuir…
Proposé par Aegidius Rivulus

 


 

 

Brexit : un homme souverain est un homme serein
Proposé par Murielle Briand Von Hoffman

 


 

 

Brexit : l’Europe a un pépin
Proposé par Pierre Lacau St Guily

 


 

 

Que l’Europe est jolie… de loin !
Proposé par Eber Addad

 

Brexit : l’appel du large
Proposé par Yves Liverset, Lucas Derode et Bayard

 

Brexit : le continent isolé
Proposé par Laurent Gaudon

 

 Brexact
Proposé par Sully

 

L’Europe que nous aimons est celle de Magritte, pas celle de Bruxelles
Proposé par David l’Epée 

 

Bonnes vacances ma(l)gritte tout
Proposé par Ze joss 

 

Ceci n’est pas un Brexit
Proposé par Christian Aubrée 

 


 

 

Ceci n’est pas François Hollande
Proposé par De lestrade

 

Les vacances de Monsieur Hollande
Proposé par Lydie Villemard et Cole Kurtz 

 

Si vous voulez aller au-delà de la couverture, la vraie, présente ci-dessous, et si le sommaire de ce numéro vous a convaincu, c’est dans les kiosques ou bien ici que ça se passe. Bonne lecture !

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de notre dossier « Brexit, l’étrange victoire »