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« La droite méprise le combat idéologique »

Rédacteur en chef adjoint d’Éléments, François Bousquet vient de publier « La Droite buissonnière » aux éditions du Rocher. Crédit photo : Hannah Assouline

Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Dès les premières pages de La Droite buissonnière, vous attaquez durement Ariane Chemin et Vanessa Schneider, les journalistes du Monde biographes de Patrick Buisson. Pourquoi ?

François Bousquet. Je leur reproche d’avoir présenté leur livre Le Mauvais Génie (Fayard, 2015) comme une enquête journalistique alors que c’est un réquisitoire à charge qui omet d’administrer la preuve et empile les erreurs factuelles. Chemin et Schneider font à Buisson un double procès, en sorcellerie et en escroquerie, puisqu’elles l’accusent non seulement d’appartenir aux droites extrêmes, mais en plus de se montrer déloyal et cupide. Autrement dit, la délégitimation politique doit se redoubler d’une disqualification morale. La boucle est ainsi bouclée, et Buisson renvoyé à son assignation première : le quartier des lépreux.

La lèpre buissonnière s’appelle idéologie. Du Monde à NKM, beaucoup font de Buisson un maurrassien impénitent rêvant secrètement de renverser la République. Qu’en est-il réellement ?

Dans l’éducation politique de Buisson, Maurras n’a joué un rôle déterminant qu’à travers son père, Georges Buisson, qui était camelot du roi. Mais d’un point de vue idéologique, il a été beaucoup plus influencé par la lecture de Barrès, les grands auteurs chrétiens, Bloy, Péguy, Bernanos, et l’école du catholicisme social. Au XIXe siècle, cette école a nourri, parallèlement au socialisme, une critique féconde et prémonitoire des sociétés libérales naissantes qui érodent le lien social. Le référent initial, si on veut, c’est le légitimisme, mais Buisson va rapidement l’ouvrir à des horizons intellectuels nouveaux, sans jamais se laisser enfermer dans le piège d’un ultracisme suranné. Malgré sa nostalgie pour le monde ancien, il ne compte pas le ressusciter et laisse le mythe du retour du roi à Tolkien. Il ne veut pas se venger de « la gueuse », mais venger les gueux !

Vaste programme ! En termes de projet politique, qu’est-ce que cela signifie ?

La ligne Buisson est un dispositif à deux coups : politique et métapolitique. Le second point est le plus intéressant. Buisson a emprunté la notion de gramscisme de droite à Alain de Benoist et à la Nouvelle Droite, qui l’ont théorisée à la fin des années 1970 : la bataille pour l’hégémonie culturelle comme prélude aux victoires politiques. La guerre des mots et des symboles, les grands mythes mobilisateurs, etc.

Et sur un plan plus politique, voire électoral, que cherche-t-il ?

Buisson a voulu reproduire avec Sarkozy ce que de Gaulle avait fait en 1947, avec le RPF, et en 1958 avec la Ve : désenclaver la droite conservatrice. Cette droite est trop marginale, elle peut gagner une primaire, pas une présidentielle. Il s’agit donc de lui adjoindre les catégories populaires afin de fusionner les électorats conservateurs et populistes, quitte à occulter la question sociale, le grand impensé de la ligne Buisson. Nonobstant ce point, Buisson a saisi l’opportunité du sarkozysme sans nourrir d’illusions sur le personnage. Une fois élu grâce au logiciel Buisson, Sarkozy l’a du reste aussitôt désinstallé pour revenir au « cercle de la raison » : Alain Minc à Bercy, Kouchner au Quai d’Orsay, Frédéric Mitterrand rue de Valois, Bernard-Henry Lévy en Libye… De ce point de vue, la ligne Buisson est un échec, et le bilan désenchanté que dresse La Cause du peuple l’atteste. Je suis quant à moi moins sévère, l’essentiel étant d’avoir contribué à lever les tabous qui tétanisaient les droites et à battre en brèche l’avantage moral de la gauche.

Quels tabous ?

L’identité nationale, le refus du front républicain, qui s’est[access capability= »lire_inedits »] traduit par le « ni-ni » entre un candidat PS et FN au second tour des élections partielles sous le quinquennat Sarkozy, pour ne citer que deux exemples.

Malgré ces deux victoires symboliques, son alliance avec Sarkozy tenait de l’alliance de la carpe et du lapin. Comment « Sarko l’Américain » est-il tombé sous le charme de l’austère réac Buisson ?

Il s’est produit un alignement des planètes, du « non » au TCE, en 2005, au Brexit. Le centre de gravité de la demande électorale s’est déplacé à droite, identité, souveraineté, sécurité. Sarkozy s’en est avisé très tôt sous l’influence de son conseiller et a ajusté l’offre politique à la demande du corps électoral. Rien ne le prédisposait idéologiquement à faire ce choix si l’on veut bien admettre qu’il ne se situe pas tant à droite qu’à l’ouest, au sens où Guy Mollet disait des communistes qu’ils n’étaient pas à gauche mais à l’est. Il l’a fait néanmoins, par tempérament et par calcul. C’est sa force, il a plus d’audace que ses rivaux. Assez vierge politiquement, dépourvu de surmoi politique, il s’est prêté aux transgressions buissonnières et abandonné à une parole étonnamment désinhibée.

Comme le prouve son pas de deux avec Sarkozy, Buisson fantasme toujours l’union des droites…

Il n’y a plus d’union des droites dans l’esprit de Buisson. C’est dans les années 1980, quand il dirigeait Minute, qu’il se faisait le chantre d’une union RPR-UDF-Front national. À l’époque, il côtoyait des gens comme Villiers, Séguin ou Mégret et conseillait aussi bien Jean-Claude Gaudin que Jean-Marie Le Pen… Aujourd’hui, alors que leurs électorats se révèlent de plus en plus perméables, la rivalité entre les appareils LR et FN est à son comble. Dès lors, la question qui se pose est celle de l’attractivité électorale, pas de l’union des droites. Depuis plus de vingt-cinq ans, Buisson est convaincu que le Front national ne peut pas gagner la présidentielle. Même si la stratégie mariniste de dédiabolisation a fait gagner cinq à dix points au FN, cette vérité reste d’actualité. Sans stratégie d’alliance, pas d’espérance de conquête du pouvoir. Or ni les LR ni le FN ne veulent d’alliance.

C’est tout le paradoxe de l’époque : là où Jean-Marie Le Pen concurrençait le RPR et l’UDF sur la droite, Marine Le Pen et Florian Philippot se sont engagés dans une stratégie « ni droite ni gauche ». Son virage transcourants pourrait-il conduire le FN à l’Élysée ?

Tactiquement, le FN a tout intérêt à dire qu’il n’est ni de droite ni de gauche, d’abord pour se libérer de la prison mentale et du piège rhétorique qu’est l’extrême droite. Mais, de Guaino à Dupont-Aignan, les personnalités qu’il invite à le rejoindre sont… des gens de droite. À certains égards, le Front national a remplacé le RPR. Dans son dernier livre, Le Moment populiste, Alain de Benoist révoque en effet le clivage horizontal droite-gauche à la lumière de la poussée populiste. Le clivage, désormais, est vertical, les élites, en haut, contre le peuple, en bas. Il y a du vrai. C’est néanmoins oublier que, du boulangisme au lepénisme, en passant par le poujadisme, les droites radicales ont toujours recyclé des thèmes que les gauches radicales n’ont pas su porter – notamment la question de l’égalité. C’est ce que Marc Crapez a démontré de manière plus que convaincante dans La Gauche réactionnaire (Berg International, 1996). De fait, Marine Le Pen mène une campagne populiste, mais est-ce suffisant ? Pour gagner, il faut réussir la synthèse buissonnière : fusionner les électorats conservateur et populaire.

Justement, alors que dans les années 1980 des pontes comme Jules Monnerot, Julien Freund et Gustave Thibon gravitaient plus ou moins dans l’orbite du Front national, on aurait peine à trouver un seul intellectuel s’y risquant aujourd’hui …

Depuis, la glaciation mitterrandienne est passée par là. Fondamentalement, la droite française peine à comprendre la nécessité du combat culturel. Le divorce entre la Nouvelle Droite et Le Figaro magazine au début des années 1980 en témoigne. La droite conçoit généralement le combat des idées comme un luxe surnuméraire qui relève en dernière analyse du « jus de crâne ». Jusqu’à il y a peu (les polémiques autour des « néo-réacs »), la possibilité d’être un intellectuel de droite relevait de la gageure.

Un autre facteur pèse dans la balance : le surmoi de gauche de la classe intellectuelle, qui condamne les pensées dissidentes au silence ou à la marginalité…

La gauche est devenue la gardienne intransigeante d’un ordre moral d’autant plus intraitable qu’il ne repose plus sur aucune production intellectuelle significative. Comme l’Église en son temps, la gauche pallie son déclin historique par la multiplication d’interdits aussi envahissants qu’intimidants, à telle enseigne que des intellectuels dits de gauche, je pense à Marcel Gauchet ou Jacques Julliard, aujourd’hui en dissidence, n’en continuent pas moins de se présenter comme des hommes de gauche. Quant à Régis Debray, qui avait tout pour être notre Barrès – la langue, l’ampleur du mémorialiste, la profondeur de champ, le recul de l’historien –, il a préféré n’être et demeurer que Régis Debray. Comme disait Bernanos, il faudrait des reins pour pousser tout cela !

En quoi ces qualités humaines, fort appréciables au demeurant, contribuent-elles au combat culturel ?

« Ideas matter », disent les Américains. Les idées comptent. La droite française serait bien inspirée de s’intéresser à ce qui s’est fait outre-Atlantique il y a un demi-siècle, en amont de la révolution conservatrice reaganienne. Je ne suis pas reaganien, loin de là, mais l’offensive culturelle des Républicains force le respect. Après la défaite de leur candidat en 1964, Barry Goldwater, les Républicains ont pris la mesure de leur défaite idéologique. Ils ont alors mis en place, via un réseau de médias et de think tanks, via la publication d’études et de rapports, les outils d’une reconquête du pouvoir… jusqu’à dicter l’agenda politique des États-Unis pour un demi-siècle ! Trump n’en est jamais qu’un des avatars.

Dans l’Hexagone, si le camp progressiste a perdu le monopole des idées, la prétendue droitisation du champ intellectuel ne se traduit pas dans les médias. France Inter reste le pré carré de la gauche morale, France Télévisions boycotte Zemmour et les chaînes privées se pâment devant le phénomène Macron…

La gauche conserve une rente de monopole dans les champs médiatique, culturel et universitaire, où elle est institutionnellement hégémonique. Dans le service public, il n’y a pratiquement aucun espace laissé à la droite : il a été privatisé par la gauche. La droite a donc investi les médias alternatifs sur le net et réinvesti la presse d’opinion, libérale ou conservatrice. Je ne sais si Causeur s’y retrouve, mais du Figaro Vox au Postillon du Point, en passant par L’incorrect de Valeurs actuelles, c’est le retour en force du débat d’idées et d’une presse engagée.

Causeur est un journal d’opinions, au pluriel. Toutes les idées comptent, pourvu qu’elles soient argumentées. Je suis plus pessimiste que vous sur l’avenir de la presse d’opinion. Il y a quelques années, j’avais été attristé par la disparition du Choc du mois que vous dirigiez. J’appréciais la qualité des articles et la diversité des opinions qui y cohabitaient avec un noyau national-populiste. Comment expliquez-vous ce naufrage ?

J’étais un jeune journaliste, sans guère d’expérience, lorsque je me suis retrouvé directeur de la rédaction de la seconde formule du Choc du mois, réapparu en kiosque après plusieurs années d’interruption. Notre première erreur a été de croire que la mode du vintage fonctionnait aussi pour le journalisme ! Mais dans les faits, le magazine ressemblait assez peu à sa première version, ne serait-ce que parce qu’y faisaient défaut de grandes plumes reconnues comme Limonov. Le Choc avait fait son temps. Notre seconde erreur a été d’avoir fait le choix d’un journal transversal à une époque qui ne supportait pas la transversalité en politique. Plutôt que de donner des coups de coude à droite et cultiver l’entre-soi, nous voulions nous aventurer sur des terres devenues inconnues pour les droites, comme l’écologie ou les sciences humaines.

Si je ne m’abuse, Éléments tente aujourd’hui ce grand écart. Sans renoncer à son ADN localiste et identitaire, votre magazine dispute à la gauche des thèmes comme la critique du libéralisme, la décroissance ou la postmodernité, et convie des intellectuels comme Onfray, Julliard ou Gauchet…

On le doit beaucoup à l’autorité intellectuelle, pour ne pas dire l’aura, d’Alain de Benoist. Lui est clairement au-delà de la droite et de la gauche. Éléments aussi. En tout cas, on réunit désormais des sensibilités et de droite et de gauche, en sympathie les unes avec les autres. Cela me rappelle le rôle que jouaient au xxe siècle des revues, des journaux ou des maisons d’édition comme L’Action française, Esprit, les éditions de Minuit ou La Table Ronde.[/access]


Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy

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Droite-gauche, c'est fini ! : Le moment populiste

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Les militants du FN sont-ils une peuplade de sauvages?

Des amateurs de Marine Le Pen à Brachay, septembre 2016. SIPA. 00770211_000048

L’anthropologie est une science qui a pour objet d’étudier les êtres humains. Elle connut ses heures de gloire au XIXème siècle, et au début du XXème. Des anthropologues, courageux explorateurs des peuples et tribus inconnus, partaient vers des contrés lointaines. Ils voulaient étudier, répertorier, classifier des hommes et des femmes d’origines diverses. A l’époque, on les appelait des sauvages.

On allait en Nouvelle Guinée examiner les comportements des Papous. On bravait les dangers de l’Amazonie pour connaitre les rites des indiens Jivaros. On se déplaçait au fin fond de l’Afrique dans une chaise à porteurs afin de déchiffrer les onomatopées des Pygmées. Et on n’hésitait pas à franchir les cols de l’Himalaya pour mesurer les crânes des Tibétains, derniers et purs descendants des tribus aryennes du temps jadis.

Le Monde chez les Papous

Cette anthropologie là a vécu. Le Papou, le Jivaro, les Pygmées sont maintenant entourés du respect qu’on doit à des êtres humains comme les autres. Car il y avait dans ces expéditions, fidèles compagnes de la colonisation, un relent évident de supériorité, de mépris et de condescendance. L’anthropologie de la belle époque n’était pas, en effet, sans rapport avec la zoologie.

Il y a maintenant de nouveaux anthropologues. C’est Le Monde qui nous l’apprenait dès jeudi avec une double page titrée : « Des chercheurs se sont infiltrés au sein du Front national ». Et là, c’est Tintin au Congo ou, plus récent, On a marché sur la lune

Les scientifiques (un chercheur et une chercheuse) ont voulu, bravant tous les dangers, aller au plus près des spécimens à examiner.

Infiltré chez les sauvages, ils ont vu la bête. Ils l’ont touchée. Ils l’ont palpée. Et même qu’ils lui ont parlé. Car les sujets étudiés parlent curieusement la même langue que nous. Ils ont découvert des choses étranges. Ils nourriront sans aucun doute un rapport d’enquête destiné au CNRS.

Pas des mangeurs d’hommes

Les individus FN ne sont, à première vue, pas anthropophages. Mais, pour autant, leurs rites et rituels sont très étranges. Ils vénèrent une divinité nommée Marine. Ils affectionnent la couleur bleu. La rumeur veut – mais les chercheurs n’ont pu le vérifier – que dans un temple secret ils entreposent des poupées représentant des gens colorés. Toutes percées d’aiguilles, une coutume qu’ils ont empruntée au Vaudou.

Ils sont néanmoins plutôt pacifiques. Le chercheur et la chercheuse n’ont pas été percés de flèches ni troués par des javelots. Quand ils ont demandé une statuette à l’effigie de la divinité, Marine, ils se sont toutefois heurtés à un refus. Espérons que la prochaine expédition sera plus fructueuse…

Présidentielle: la France est sociologiquement de gauche

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carte macron le pen gauche
© AFP Laurence SAUBADU, Simon MALFATTO

C’est devenu une antienne de considérer que la droite est devenue sociologiquement majoritaire en France. Suivant cette logique, ce ne sont que des circonstances ou l’accident judiciaire de Fillon qui la privent de la victoire qui lui était due.  L’analyse des résultats comparés des élections de 2012 et de 2017 vient pourtant infirmer catégoriquement ces analyses. Nous considérerons pour cela que François Bayrou fait partie du camp gauche/centre-gauche. Tout simplement parce qu’il avait appelé à voter contre la droite en 2012 et que Macron capte en 2017 les voix de la gauche et se voit soutenu par le même Bayrou en 2017.

carte macron le pen
© AFP Laurence SAUBADU, Simon MALFATTO

Regardons les résultats du camp gauche/centre-gauche :

En 2012 :  Hollande = 28,6%    – Melenchon = 11,1%    – Bayrou = 9,1%  , soit au total = 48,8%

En 2017 :  Hamon = 6,4%    – Melenchon = 19,6%    – Macron = 23,4% , soit au total = 49,4%

Le camp gauche/centre gauche est en progrès de 0,6 points.

Regardons ce qu’il en est du camp de la droite :

En 2012 : Sarkozy = 27 %    – Dupont Aignan = 1,8 % , soit au total = 28,8 %

En 2017 : Fillon = 19,4 %    – Dupont Aignan = 4,9 % , soit au total = 24,3 %

Le camp de la droite est en baisse de 4,5 points. Où sont partis ces électeurs ?

Pour le comprendre, il suffit de regarder la progression de l’extrême droite :

En 2012: Marine Le Pen = 17,9 %

En 2017: Marine Le Pen = 21,4 %

L’extrême-droite a progressé de 3,5 points. Le Front national apparaît donc comme un boulet qui empêchera durablement la droite de revenir au pouvoir. C’est pour cette raison que certains à droite rêvent d’un rapprochement de la droite et du Front national. Ce rapprochement n’est pourtant pas d’actualité au vu des appels unanimes à voter Macron au second tour lancé par tous les hiérarques de LR. Et s’il l’était, le nouveau rapport de force permettrait-il au bloc de droite/extrême droite de dominer le camp de la gauche et du centre ?

L’impasse à droite

En 2012, la droite et l’extrême-droite représentaient ensemble 46,7 % des voix ; en 2017, ce bloc hypothétique baisse à 46,1%. Les 0,6% d’écart correspondent d’ailleurs précisément au gain du camp de la gauche et du centre-gauche. En considérant donc que la droite et l’extrême-droite pourraient s’allier, ils étaient 2 points en retrait par rapport à la gauche et au centre gauche en 2012, et cet écart s’accroît encore en 2017. La droite est donc dans une impasse stratégique.

Cette impasse stratégique tient à la montée en puissance du clan souverainiste et anti-mondialisation au sein de chaque camp. Il représente aujourd’hui 19,5 % avec Jean-Luc Mélenchon dans le camp de la gauche, en progrès de 8 points par rapport à 2012. Mais il représente 26,3% avec Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan au sein du camp hypothétique de la droite et de l’extrême droite, en progrès de 6,6% par rapport à 2012. Ce clivage sur le rejet de la mondialisation entrave donc beaucoup plus la droite que la gauche dans sa capacité à proposer une perspective gouvernementale à ses électeurs.

Loin d’être un accident de l’histoire dû aux déboires judiciaires de François Fillon, le recul de la droite au profit de la gauche et du centre-gauche s’inscrit donc dans une perspective durable : ce dernier camp est majoritaire en France et en progression car moins divisé que la droite sur l’Europe et la mondialisation.

Macron-Le Pen: les sans-dents n’ont pas encore perdu

marine lepen macron
Soirée électorale du FN, Hénin-Beaumont, 23 avril 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00803592_000020.

Le premier tour de l’élection présidentielle ressemble fort à un tour de passe-passe. Pour ne pas dire à un hold-up. À en croire les réactions des mandarins de la politique et des maîtres censeurs télévisuels, les élections présidentielles françaises se joueraient en un seul tour. Et ce tour unique répondrait obligatoirement à un scénario écrit par avance : la mise en scène d’un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen conduisant forcément à la victoire du premier contre la seconde. Du camp du Bien contre le camp du Mal. L’élection du 23 avril 2017 n’a pas été une élection démocratique mais une élection construite. Son résultat est un résultat voulu. Macron est l’outil libéral-libertaire pour maintenir la situation politique actuelle et développer un programme économique de sueur et de sang pour nous, les sans-dents. Nous, le peuple. Et si ce scénario était erroné ?

La démocratie confisquée

L’homme politique Emmanuel Macron existe-t-il ? À l’évidence, non. Macron sort tout juste de la musette de Garcimore. Macron ? L’homme des mots creux. La star des cabinets de communicants. Que la classe politique, économique et médiatique se rallie à cette figure creuse ne surprend pas. Macron est l’homme de la synthèse des « élites mondialisées », expression forgée autrefois et à juste titre par Zygmunt Bauman.

>> A lire aussi : l’entretien d’Emmanuel Macron avec Causeur

Il ne fait plus aucun doute qu’une oligarchie de privilégiés occupe le pouvoir. Et qu’elle n’a pas l’intention de jouer le jeu de la démocratie. Pas au point de perdre ses privilèges. Ce n’est pas une révélation. Plutôt une confirmation : le référendum de 2005 avait déjà montré combien la démocratie est confisquée en France. Faire le total des voix de tous les candidats opposés au libéral-libertarisme suffit à s’en apercevoir. Pourtant, maîtres censeurs, mandarins et prophètes des sondages l’annoncent : leur candidat  sera président de la République le 7 mai. Qui représentera-t-il ? Vendu aux électeurs comme l’homme d’un renouveau de la politique, Macron n’est que la continuation de la même politique politicienne par d’autres moyens. Tout l’ancien monde est « macroniste ». Sa majorité législative, si majorité il y a, sera composée de députés issus de la même classe politique. Avec le soutien des maîtres censeurs du journalisme officiel.

Macron élu le 7 mai, la France sera dans la même situation que depuis quarante ans. Le pari Macron repose sur une « certitude » : tout candidat non populiste présent au second tour contre Marine Le Pen gagnerait les élections. Les apparences sont en faveur de ce pari. Mais nombre d’électeurs se réveillent avec la gueule de bois. L’amer sentiment que l’élection présidentielle est confisquée par une minorité. On parle d’un big bang électoral ? Le résultat est précisément celui qui était attendu. On explique que les vieux partis politiques sont morts ? Ils sont provisoirement regroupés derrière Macron. Macron, la synthèse ou le chaos ?

Souverainistes des deux rives, unissez-vous

La situation rappelle la défaite d’Hillary Clinton aux États-Unis. Semblant valider la stratégie électorale des élites mondialisées, il est possible que le premier tour de la présidentielle valide plutôt celle de Marine Le Pen et de Florian Philippot. Les tenants d’un Macron président parient depuis le début sur l’automaticité d’un front républicain anti-FN. Il est possible que ce pari soit erroné. Qui pense sérieusement que tous les électeurs de Fillon, à qui l’élection a été volée par une manipulation médiatique sans précédent, ou que tous les électeurs de Mélenchon, qui n’en peuvent plus de l’oligarchie au pouvoir et qui souffrent au quotidien de la politique que les amis de Macron promeuvent, vont aller voter pour Macron comme un seul homme ? Dans le pays réel, les choses vont autrement. Une grande partie des 54 % de votants qui n’ont soutenu ni Marine Le Pen ni Macron s’abstiendra le 7 mai. Ou bien se rendra aux urnes et votera pour Marine Le Pen. C’est le pari fait par Marine Le Pen et Philippot, la raison d’être de la stratégie d’ouverture du FN vers la gauche.

>> A lire aussi : l’entretien de Marine Le Pen avec Causeur

Le pari de Marine Le Pen ? Que les sans-dents en aient vraiment assez de l’horreur économique et de l’insécurité culturelle. Et que ce ras-le-bol s’exprime dans les urnes le 7 mai. Par l’abstention. Mais aussi par un vote en faveur de Marine Le Pen. Florian Philippot et Marine Le Pen sont peut-être en passe de réussir là où Jean-Pierre Chevènement a échoué : réunir les deux rives du souverainisme. Si cela se produit, le pari de l’ouverture du FN sur sa gauche, pari fait par Marine Le Pen et Florian Philippot provoquera le seul véritable big bang de la vie politique française. Si cela ne se produit pas, la présidence Macron ne sera que la continuation de la même politique par d’autres moyens. À Machiavel, Machiavel et demi ? Réponse dans quinze jours.

 

 

Macron: un « winner » de circonstance

Emmanuel Macron fête son accession au second tour de la présidentielle, Paris, 23 avril 2017. SIPA. 00803585_000027

Personne, parmi les commentateurs patentés (y compris l’auteur de ces lignes) n’avait osé analyser, avant le scrutin, une issue pourtant annoncée par les sondages dans la dernière ligne droite de la campagne. Ils étaient tétanisés par l’idée fixe qu’une surprise était inéluctable, à l’image de ce qui s’était produit aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, avec l’élection de Donald Trump et la victoire du Brexit. La vraie surprise fut donc qu’il n’y en eut point, et s’est avéré que les augures modernes avaient tout à fait correctement lu dans les entrailles d’un corps électoral scruté avec pertinence et précision.

Cette élection a révélé que le clivage déterminant (mais non le seul) était sociologique et géographique, validant, s’il était encore besoin, les analyses du géographe Christophe Guilluy et du politologue Laurent Bouvet : il sépare les populations en phase avec la marche actuelle du monde, optimistes quant à leur avenir, rassemblées pour l’essentiel dans les grandes métropoles, sans patrie idéologique pré-assignée, porteuses d’un fort désir de relève politique générationnelle, de celles qui sont reléguées dans des zones en déclin, frappées par la vague sans précédent de désindustrialistation, exposées à l’insécurité sociale et culturelle.

La confirmation du clivage de 2005

Ce premier tour de la présidentielle n’est pas la réponse à l’élection de 2012, ni une réplique de celle de 2002. Il est la confirmation du referendum de 2005 sur le projet de constitution européenne, qui avait déjà mis en lumière ces fractures. A la différence – énorme – près que le camp du « non » allait à la bataille en ordre dispersé avec deux candidats majeurs, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, et des auxiliaires mineurs, Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau. François Fillon et Benoît Hamon, européistes plutôt tièdes, étaient en porte à faux dans ce débat majeur, leur position mi-chèvre mi-chou, fruit d’un compromis interne à leurs appareils politiques respectifs, n’a pas été comprise par des électeurs imperméables à ces  subtilités politiciennes.

>> A lire aussi: Macron – Le Pen: deux France s’opposent

Pour l’heure, les « européo-mondialistes » peuvent pavoiser : en étant parvenu à faire incarner le souverainisme par Marine Le Pen lors du second tour, ils assurent presque à leur candidat préféré l’accession à la magistrature suprême, clé de tous les pouvoirs dans cette Cinquième République en fin de course, mais pas encore morte, loin de là…

Vers une France confédérale?

Il serait hasardeux de spéculer sur un « troisième tour » législatif, qui verrait les défaits d’aujourd’hui (Les Républicains ou le PS) corriger les résultats de la présidentielle. Le traumatisme qu’ils viennent de subir laisse augurer des déchirements internes peu propices à se remettre en quelques semaines en ordre de bataille. S’il ne fait pas d’erreur majeure, et le passé récent a montré qu’il avait un certain flair politique, un sens du placement digne d’un Lionel Messi, et la chance insolente qui sourit aux audacieux, Emmanuel Macron disposera d’une majorité parlementaire faite de ralliés de gauche, de droite et du centre, et de figures nouvelles répondant au désir des électeurs de changement de têtes (le fameux « dégagisme »).

C’est après ces élections que les choses vont se corser, comme l’a judicieusement remarqué, dès hier soir, Dany Cohn Bendit : Emmanuel Macron dispose d’une base de soutien positif représentant un quart des Français, et devra tenir compte d’un autre quart, peut-être plus d’électeurs qui ne l’auront élu que pour faire barrage à Marine Le Pen, venus de la gauche et de la droite castor, comme dirait Laurent Bouvet. Le réel, ce fameux réel qui empêche de régner comme on le souhaiterait, l’attend au tournant dès le 8 mai : le processus de délitement de l’UE ne sera pas stoppé par l’accession au pouvoir en France d’un fervent européiste. La jubilation manifestée dimanche soir à Berlin, à la CDU comme au SPD, est à double tranchant.

Elle ne peut cacher que les fondamentaux de la relation franco-allemande sont porteurs d’orages à venir, quelles que soient les relations personnelles des dirigeants de Paris et de Berlin. L’union franco-allemande est un sport de combat, le premier et le plus important qu’Emmanuel Macron aura à pratiquer dans l’exercice de ses fonctions. Et il ne faudra pas compter sur nos amis allemands pour sortir de leurs dogmes ordo-libéraux pour les beaux yeux bleus du président de la France.


La gauche zombie: Chroniques d'une malédiction politique

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Macron – Le Pen: deux France s’opposent

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Marine Le Pen et Emmanuel Macron sortent de l'isoloir, 23 avril 2017. SIPA.

En permettant à Emmanuel Macron et Marine Le Pen de se qualifier pour le second tour, les Français ont décidé de tourner une page. Ils ont tout d’abord sanctionné les deux grands partis de gouvernement. Benoît Hamon a perdu trois semaines dans des négociations avec Europe-Ecologie et en a récolté le résultat en adoptant le score qui va avec. Aujourd’hui, le PS est en état de mort clinique. Les Républicains ne se portent pas beaucoup mieux : ils se retrouvent aujourd’hui sans tête.

Pendant toute la soirée, les déclarations d’intentions de vote en faveur d’Emmanuel Macron de la part des dignitaires LR se sont succédé.


Seul Laurent Wauquiez a souhaité passer par-dessus le second tour de la présidentielle pour ne voir que les élections législatives, unique moyen pour son parti de survivre, voire même de prendre une revanche rapide. Dans cette optique, il manque un chef. Je m’étais amusé il y a quelques jours à imaginer le retour de Nicolas Sarkozy pour cette occasion dans une politique-fiction. Et si j’avais vu juste ?


François Fillon : « Il n’y a pas d’autres choix… par BFMTV

L’échec du PS et de LR dès ce premier tour est aussi celui des primaires. Leurs vainqueurs parviennent à peine à eux deux à réunir un quart des électeurs. Il y a cinq ans, ce système nous avait donné un très mauvais président, nous savons maintenant qu’il peut aussi sélectionner de très mauvais candidats. Echaudée par l’expérience, cette classe politique abandonnera peut-être ce système aussi délétère qu’inefficace et reviendra à une lecture gaullienne de cette élection, celle de la rencontre d’un homme et d’un peuple, au-delà des structures partisanes. Jean-Luc Mélenchon, qui a pratiquement doublé son score de 2012, Emmanuel Macron, qui n’avait même pas de parti politique à son service, et Marine Le Pen, qui avait éliminé le sigle de son parti de tous ses documents de campagne, l’ont compris.

« On est gentils » vs. « On est chez nous »

Ce second tour matérialise-t-il la recomposition attendue depuis des années autour du clivage sur la mondialisation ? C’est en tout cas ce que souhaitent les deux qualifiés du jour. C’est sur cette base qu’ils se sont choisis comme adversaires. Personnellement, je regrette que cette recomposition ne soit pas intervenue plus tôt avec des personnalités moins caricaturales. Après Maastricht, par exemple, ou en 2002 au moment où une candidature avait tenté de faire « turbuler le système ». On a toujours tort d’avoir raison trop tôt disait Edgar Faure. Cette recomposition se produit dans un contexte où la société française est plus que jamais radicalisée. Comme l’a expliqué Henri Guaino pendant des semaines, il n’y a pas de droitisation mais de la radicalisation, dans tous les partis politiques, dans la rue, dans les banlieues et même dans les stades.

Même la candidature d’Emmanuel Macron comporte une forme de radicalisation: j’avançais, il y a quelques jours, qu’il incarnait un « bisounoursisme radicalisé ». Car si les smartphones des « helpers » d’En Marche ! le lui avaient ordonné, l’assistance aurait bien scandé « on est gentils ! ». « On est gentils » versus « on est chez nous », tel est donc le combat radicalisé auquel nous allons assister maintenant. Ceux qui pensent que l’affaire est déjà pliée devraient être prudents. Le scientifique Serge Galam qui avait vu venir les victoires du Brexit et de Trump les a mis en garde récemment. Florian Philippot draguait, hier soir, les électeurs de Mélenchon sur France 2, pendant que Marion Maréchal-Le Pen faisait de même avec ceux de François Fillon sur TF1. Le rêve de Marine Le Pen, reconstituer derrière la France du Non au TCE n’est pas inaccessible. Nicolas Dupont-Aignan lui annoncera peut-être dans quelques jours son soutien, et Jean-Luc Mélenchon refuse, pour l’heure, de donner une consigne de vote. Quant aux électeurs des Républicains, comment pourraient-ils suivre aveuglément les consignes de leur candidat pour le second tour alors qu’on les a conviés à choisir leur candidat pour le premier ? N’assistera-t-on pas à l’occasion à une nouvelle manifestation de la déconnexion des leaders de la droite avec leur électorat, radicalisé lui aussi ? Marine Le Pen en est fort consciente, elle qui a fustigé le candidat de « l’Argent-roi ». Cette bataille n’est pas jouée et pourrait réserver des surprises : la campagne la plus incroyable de la Ve République n’a pas encore livré toutes ses vérités.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Délicieuses chroniques d’une gauche en décomposition

laurent bouvet gauche zombie printemps
Laurent Bouvet. Sipa. Numéro de reportage : 00643439_000028.

Politologue, enseignant en sciences politiques, membre de la Fondation Jean Jaurès, cofondateur et cheville ouvrière du Printemps républicain, Laurent Bouvet est devenu depuis 2012 l’un de nos analystes de la vie politique française parmi les plus lus. Son premier ouvrage, le Sens du peuple (Gallimard, 2012) et plus encore le suivant, L’insécurité culturelle (Fayard, 2015) ont suscité débats et disputes souvent initiés par des chroniques parues dans divers médias (Huffington Post, Le Monde, Figarovox, Slate…). D’autant que Bouvet est fort actif et suivi sur les réseaux sociaux, sa page Facebook en particulier. Normal, il fait partie de ces analystes qui ont le sens de la formule.

Retour sur le futur

Les chroniques publiées de 2012 à 2016 sont réunies sous le titre La Gauche zombie. Chroniques d’une malédiction politique (Lemieux éditeur, 2017). Lire ou relire ces chroniques écrites « à chaud » est très intéressant : l’observateur parcourt de nouveau les « années Hollande » et cette remémoration d’un passé récent (qui passe fort mal) alimente la réflexion sur le présent immédiat, à commencer par cette ubuesque campagne électorale. Car Hollande n’est pas « flanby », c’est Ubu faisant son coup d’État en sortant un Macron de la « merditude des choses ». Coup d’État/coup d’éclat à la Ubu produisant une créature sortie de nulle part. Un possible futur président de la République qui échappera à son Ubu/Hollande créateur. Vue de cette gauche-là, la vie politique a de quoi effrayer. Bouvet observe et dissèque la gauche des morts vivants.

Les questions qui fâchent font le printemps

L’analyste pose les questions qui fâchent. Avec « l’insécurité culturelle » en particulier. Sentiment traversant la France plus que concept, inquiétude du peuple Français, toutes origines confondues, repéré par Bouvet dès les premiers mois de ce que l’on est bien obligé d’appeler « la présidence Hollande ». La dispute a été forte autour de ce concept/sentiment, Laurent Bouvet et par ricochets le Printemps républicain ayant été accusés de faire le jeu du populisme. Ce dont parle Laurent Bouvet est pourtant bien réel, en France comme ailleurs : dans une mondialisation qui est tout sauf « heureuse », le peuple vit dans l’insécurité économique et physique. Il vit aussi dans une « insécurité culturelle ». Pour Bouvet, « C’est à cette préoccupation-là que la stratégie « Buisson » devait s’adresser autour du ciblage des musulmans et de leur mode de vie comme menace pour l’identité nationale (viande halal, prières de rue, burqa etc). L’original en a, comme attendu, davantage bénéficié que la copie ». Et Bouvet de prévoir : « la gauche ne pourra pas pour autant négliger cet aspect auquel elle est généralement rétive » (2012). Avertissement sans effets du politologue : 5 ans après, la gauche zombie n’a pas bougé d’un iota. Son rapport à la place de l’islam en France est inaudible. Une gauche qui ne voit pas le concret : Poor white trash en France pour reprendre le titre de Sylvie Laurent ? Aucun doute. Que l’on pense au candidat Hamon comparant les cafés dans lesquels les femmes ne sont pas les bienvenues avec l’ancienne condition ouvrière décrite par Zola. Pendant que Hollande évoque le possible d’une « partition » de ce qu’il est censé défendre, la République « Une et Indivisible ».

La guerre civile des stylos de gauche

Vu de gauche, ce type d’analyse déclenche la guerre civile des stylos. Cachez ce réel qu’Ubu/Hollande/Macron ne sauraient voir : mondialisation malheureuse, chômage de masse, précarité, peur du déclassement, crise identitaire de la France des « petits blancs », rupture du pacte scolaire républicain, islamisation de pans entiers de la société, abandon de la souveraineté, rupture entre des « élites » hors sol et le peuple… Les zombies voient des « islamophobes » partout mais point de problème républicain fondamental lié aux spécificités de l’Islam. « La gauche zombie » parle de tout cela mais ses mots sont creux. Son logiciel la rendant incapable de saisir les causes identitaires des tensions liées au modèle sociétal multiculturel. Elle ne s’est pas remise de la « stratégie Terra Nova », fixée en 2011, dont l’objet était de se fabriquer un électorat de communautés en remplacement de l’électorat populaire perdu. Incapable d’affronter les questions sociétales, comme celles réapparues sur le devant de la scène avec la Manif Pour Tous, cette gauche est devenue gauches éclatées sans repères, arc-boutées sur des positions du siècle passé. Les chroniques de Laurent Bouvet racontent cela au jour le jour : la rapide descente aux enfers d’un cadavre qui bouge encore. Une gauche dont le seul projet politique semble celui d’individus atteints d’une étrange maladie : la cordonite aiguë. Autrement dit, l’art de conserver son fauteuil de reniements en reniements. Lire ou relire les chroniques de Laurent Bouvet permet de refaire ce voyage, la walking dead de la gauche du parti socialiste. Et comme souvent, revivre les épreuves d’un voyage permet d’en mieux saisir le sens.

La gauche zombie: Chroniques d'une malédiction politique

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Présidentielle: un duel Macron – Le Pen

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Emmanuel Macron et Marine Le Pen (Photo: AFP)

Avec AFP – Emmanuel Macron (23,49%) et Marine Le Pen (22,09%) s’affronteront au second tour de l’élection présidentielle, selon les dernières estimations du premier tour publiées dimanche soir qui placent le candidat d’En Marche! en tête, devant la candidate FN, puis, au coude-à-coude, François Fillon (19,75%) et Jean-Luc Mélenchon (19,45%). Très loin derrière vient le candidat socialiste Benoît Hamon (6,2%).

Source: AFP

Ce scénario Macron-Le Pen rebat les cartes de la politique française: c’est la première fois sous la Ve République que la droite est absente du second tour, et la première fois qu’aucun des deux grands partis qui ont dominé la vie électorale depuis près d’un demi-siècle, Les Républicains (LR) et le Parti socialiste, n’y est présent.

>> Les résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle 

François Fillon a reconnu sa défaite: il votera « contre l’extrême-droite » et « en faveur d’Emmanuel Macron ».


François Fillon : « Il n’y a pas d’autres choix… par BFMTV

Marine Le Pen entend quant à elle représenter la « grande alternance » pour « libérer le peuple français ». L’alternance, la « vraie », « pas celle qui a vu des gouvernements se succéder sans que rien ne change ». Emmanuel Macron lui a répondu: il se veut « le président des patriotes face aux nationalistes ».


Déclaration de Marine Le Pen par CNEWS

Jean-Luc Mélenchon n’a donné aucune consigne de vote.

 

A Genève, c’est gauchistes contre migrants!

À Genève, le squat situé 154, route de Malagnou est à l’origine d’une polémique comme on en voit peu sous nos latitudes. À première vue, rien que de très banal : des étudiants antifas occupent depuis des années des locaux désaffectés de l’université de Genève. Ils y ont installé 14 lits, un potager collectif, des ruches (et peut-être même des toilettes sèches…) Las ! comme de vulgaires zadistes, nos amis sont menacés d’expulsion. À l’automne dernier, le canton de Genève leur a donné jusqu’au 31 décembre pour décamper. Là encore, on croit être en terrain connu : méchants capitalistes contre gentils zadistes. Sauf qu’en lieu et place du squat, les autorités veulent construire… un foyer d’accueil pour migrants ! Pour un altermondialiste normalement constitué, vous voyez le dilemme. Les intéressés, eux, ne le voient pas. Pour eux, la seule[access capability= »lire_inedits »] ligne juste, c’est la défense des avantages acquis.

Une solidarité avec les migrants toute relative

Cité par la version helvète du quotidien 20 minutes, le collectif Xénope constitué contre l’expulsion juge « scandaleux d’utiliser une population précaire contre une autre », et se dit « solidaire avec les migrants » tout en refusant d’évacuer les lieux car les occupants n’ont pas à « payer les pots cassés d’une politique ratée ». À moins d’une évacuation par la force, les migrants seront priés d’aller coucher ailleurs. Et les squatters n’auront plus qu’à proclamer sur leurs banderoles : « On est chez nous ! » [/access]

« La droite méprise le combat idéologique »

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François Bousquet, écrivain, éditeur et journaliste. DR.
Rédacteur en chef adjoint d’Éléments, François Bousquet vient de publier « La Droite buissonnière » aux éditions du Rocher. Crédit photo : Hannah Assouline

Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Dès les premières pages de La Droite buissonnière, vous attaquez durement Ariane Chemin et Vanessa Schneider, les journalistes du Monde biographes de Patrick Buisson. Pourquoi ?

François Bousquet. Je leur reproche d’avoir présenté leur livre Le Mauvais Génie (Fayard, 2015) comme une enquête journalistique alors que c’est un réquisitoire à charge qui omet d’administrer la preuve et empile les erreurs factuelles. Chemin et Schneider font à Buisson un double procès, en sorcellerie et en escroquerie, puisqu’elles l’accusent non seulement d’appartenir aux droites extrêmes, mais en plus de se montrer déloyal et cupide. Autrement dit, la délégitimation politique doit se redoubler d’une disqualification morale. La boucle est ainsi bouclée, et Buisson renvoyé à son assignation première : le quartier des lépreux.

La lèpre buissonnière s’appelle idéologie. Du Monde à NKM, beaucoup font de Buisson un maurrassien impénitent rêvant secrètement de renverser la République. Qu’en est-il réellement ?

Dans l’éducation politique de Buisson, Maurras n’a joué un rôle déterminant qu’à travers son père, Georges Buisson, qui était camelot du roi. Mais d’un point de vue idéologique, il a été beaucoup plus influencé par la lecture de Barrès, les grands auteurs chrétiens, Bloy, Péguy, Bernanos, et l’école du catholicisme social. Au XIXe siècle, cette école a nourri, parallèlement au socialisme, une critique féconde et prémonitoire des sociétés libérales naissantes qui érodent le lien social. Le référent initial, si on veut, c’est le légitimisme, mais Buisson va rapidement l’ouvrir à des horizons intellectuels nouveaux, sans jamais se laisser enfermer dans le piège d’un ultracisme suranné. Malgré sa nostalgie pour le monde ancien, il ne compte pas le ressusciter et laisse le mythe du retour du roi à Tolkien. Il ne veut pas se venger de « la gueuse », mais venger les gueux !

Vaste programme ! En termes de projet politique, qu’est-ce que cela signifie ?

La ligne Buisson est un dispositif à deux coups : politique et métapolitique. Le second point est le plus intéressant. Buisson a emprunté la notion de gramscisme de droite à Alain de Benoist et à la Nouvelle Droite, qui l’ont théorisée à la fin des années 1970 : la bataille pour l’hégémonie culturelle comme prélude aux victoires politiques. La guerre des mots et des symboles, les grands mythes mobilisateurs, etc.

Et sur un plan plus politique, voire électoral, que cherche-t-il ?

Buisson a voulu reproduire avec Sarkozy ce que de Gaulle avait fait en 1947, avec le RPF, et en 1958 avec la Ve : désenclaver la droite conservatrice. Cette droite est trop marginale, elle peut gagner une primaire, pas une présidentielle. Il s’agit donc de lui adjoindre les catégories populaires afin de fusionner les électorats conservateurs et populistes, quitte à occulter la question sociale, le grand impensé de la ligne Buisson. Nonobstant ce point, Buisson a saisi l’opportunité du sarkozysme sans nourrir d’illusions sur le personnage. Une fois élu grâce au logiciel Buisson, Sarkozy l’a du reste aussitôt désinstallé pour revenir au « cercle de la raison » : Alain Minc à Bercy, Kouchner au Quai d’Orsay, Frédéric Mitterrand rue de Valois, Bernard-Henry Lévy en Libye… De ce point de vue, la ligne Buisson est un échec, et le bilan désenchanté que dresse La Cause du peuple l’atteste. Je suis quant à moi moins sévère, l’essentiel étant d’avoir contribué à lever les tabous qui tétanisaient les droites et à battre en brèche l’avantage moral de la gauche.

Quels tabous ?

L’identité nationale, le refus du front républicain, qui s’est[access capability= »lire_inedits »] traduit par le « ni-ni » entre un candidat PS et FN au second tour des élections partielles sous le quinquennat Sarkozy, pour ne citer que deux exemples.

Malgré ces deux victoires symboliques, son alliance avec Sarkozy tenait de l’alliance de la carpe et du lapin. Comment « Sarko l’Américain » est-il tombé sous le charme de l’austère réac Buisson ?

Il s’est produit un alignement des planètes, du « non » au TCE, en 2005, au Brexit. Le centre de gravité de la demande électorale s’est déplacé à droite, identité, souveraineté, sécurité. Sarkozy s’en est avisé très tôt sous l’influence de son conseiller et a ajusté l’offre politique à la demande du corps électoral. Rien ne le prédisposait idéologiquement à faire ce choix si l’on veut bien admettre qu’il ne se situe pas tant à droite qu’à l’ouest, au sens où Guy Mollet disait des communistes qu’ils n’étaient pas à gauche mais à l’est. Il l’a fait néanmoins, par tempérament et par calcul. C’est sa force, il a plus d’audace que ses rivaux. Assez vierge politiquement, dépourvu de surmoi politique, il s’est prêté aux transgressions buissonnières et abandonné à une parole étonnamment désinhibée.

Comme le prouve son pas de deux avec Sarkozy, Buisson fantasme toujours l’union des droites…

Il n’y a plus d’union des droites dans l’esprit de Buisson. C’est dans les années 1980, quand il dirigeait Minute, qu’il se faisait le chantre d’une union RPR-UDF-Front national. À l’époque, il côtoyait des gens comme Villiers, Séguin ou Mégret et conseillait aussi bien Jean-Claude Gaudin que Jean-Marie Le Pen… Aujourd’hui, alors que leurs électorats se révèlent de plus en plus perméables, la rivalité entre les appareils LR et FN est à son comble. Dès lors, la question qui se pose est celle de l’attractivité électorale, pas de l’union des droites. Depuis plus de vingt-cinq ans, Buisson est convaincu que le Front national ne peut pas gagner la présidentielle. Même si la stratégie mariniste de dédiabolisation a fait gagner cinq à dix points au FN, cette vérité reste d’actualité. Sans stratégie d’alliance, pas d’espérance de conquête du pouvoir. Or ni les LR ni le FN ne veulent d’alliance.

C’est tout le paradoxe de l’époque : là où Jean-Marie Le Pen concurrençait le RPR et l’UDF sur la droite, Marine Le Pen et Florian Philippot se sont engagés dans une stratégie « ni droite ni gauche ». Son virage transcourants pourrait-il conduire le FN à l’Élysée ?

Tactiquement, le FN a tout intérêt à dire qu’il n’est ni de droite ni de gauche, d’abord pour se libérer de la prison mentale et du piège rhétorique qu’est l’extrême droite. Mais, de Guaino à Dupont-Aignan, les personnalités qu’il invite à le rejoindre sont… des gens de droite. À certains égards, le Front national a remplacé le RPR. Dans son dernier livre, Le Moment populiste, Alain de Benoist révoque en effet le clivage horizontal droite-gauche à la lumière de la poussée populiste. Le clivage, désormais, est vertical, les élites, en haut, contre le peuple, en bas. Il y a du vrai. C’est néanmoins oublier que, du boulangisme au lepénisme, en passant par le poujadisme, les droites radicales ont toujours recyclé des thèmes que les gauches radicales n’ont pas su porter – notamment la question de l’égalité. C’est ce que Marc Crapez a démontré de manière plus que convaincante dans La Gauche réactionnaire (Berg International, 1996). De fait, Marine Le Pen mène une campagne populiste, mais est-ce suffisant ? Pour gagner, il faut réussir la synthèse buissonnière : fusionner les électorats conservateur et populaire.

Justement, alors que dans les années 1980 des pontes comme Jules Monnerot, Julien Freund et Gustave Thibon gravitaient plus ou moins dans l’orbite du Front national, on aurait peine à trouver un seul intellectuel s’y risquant aujourd’hui …

Depuis, la glaciation mitterrandienne est passée par là. Fondamentalement, la droite française peine à comprendre la nécessité du combat culturel. Le divorce entre la Nouvelle Droite et Le Figaro magazine au début des années 1980 en témoigne. La droite conçoit généralement le combat des idées comme un luxe surnuméraire qui relève en dernière analyse du « jus de crâne ». Jusqu’à il y a peu (les polémiques autour des « néo-réacs »), la possibilité d’être un intellectuel de droite relevait de la gageure.

Un autre facteur pèse dans la balance : le surmoi de gauche de la classe intellectuelle, qui condamne les pensées dissidentes au silence ou à la marginalité…

La gauche est devenue la gardienne intransigeante d’un ordre moral d’autant plus intraitable qu’il ne repose plus sur aucune production intellectuelle significative. Comme l’Église en son temps, la gauche pallie son déclin historique par la multiplication d’interdits aussi envahissants qu’intimidants, à telle enseigne que des intellectuels dits de gauche, je pense à Marcel Gauchet ou Jacques Julliard, aujourd’hui en dissidence, n’en continuent pas moins de se présenter comme des hommes de gauche. Quant à Régis Debray, qui avait tout pour être notre Barrès – la langue, l’ampleur du mémorialiste, la profondeur de champ, le recul de l’historien –, il a préféré n’être et demeurer que Régis Debray. Comme disait Bernanos, il faudrait des reins pour pousser tout cela !

En quoi ces qualités humaines, fort appréciables au demeurant, contribuent-elles au combat culturel ?

« Ideas matter », disent les Américains. Les idées comptent. La droite française serait bien inspirée de s’intéresser à ce qui s’est fait outre-Atlantique il y a un demi-siècle, en amont de la révolution conservatrice reaganienne. Je ne suis pas reaganien, loin de là, mais l’offensive culturelle des Républicains force le respect. Après la défaite de leur candidat en 1964, Barry Goldwater, les Républicains ont pris la mesure de leur défaite idéologique. Ils ont alors mis en place, via un réseau de médias et de think tanks, via la publication d’études et de rapports, les outils d’une reconquête du pouvoir… jusqu’à dicter l’agenda politique des États-Unis pour un demi-siècle ! Trump n’en est jamais qu’un des avatars.

Dans l’Hexagone, si le camp progressiste a perdu le monopole des idées, la prétendue droitisation du champ intellectuel ne se traduit pas dans les médias. France Inter reste le pré carré de la gauche morale, France Télévisions boycotte Zemmour et les chaînes privées se pâment devant le phénomène Macron…

La gauche conserve une rente de monopole dans les champs médiatique, culturel et universitaire, où elle est institutionnellement hégémonique. Dans le service public, il n’y a pratiquement aucun espace laissé à la droite : il a été privatisé par la gauche. La droite a donc investi les médias alternatifs sur le net et réinvesti la presse d’opinion, libérale ou conservatrice. Je ne sais si Causeur s’y retrouve, mais du Figaro Vox au Postillon du Point, en passant par L’incorrect de Valeurs actuelles, c’est le retour en force du débat d’idées et d’une presse engagée.

Causeur est un journal d’opinions, au pluriel. Toutes les idées comptent, pourvu qu’elles soient argumentées. Je suis plus pessimiste que vous sur l’avenir de la presse d’opinion. Il y a quelques années, j’avais été attristé par la disparition du Choc du mois que vous dirigiez. J’appréciais la qualité des articles et la diversité des opinions qui y cohabitaient avec un noyau national-populiste. Comment expliquez-vous ce naufrage ?

J’étais un jeune journaliste, sans guère d’expérience, lorsque je me suis retrouvé directeur de la rédaction de la seconde formule du Choc du mois, réapparu en kiosque après plusieurs années d’interruption. Notre première erreur a été de croire que la mode du vintage fonctionnait aussi pour le journalisme ! Mais dans les faits, le magazine ressemblait assez peu à sa première version, ne serait-ce que parce qu’y faisaient défaut de grandes plumes reconnues comme Limonov. Le Choc avait fait son temps. Notre seconde erreur a été d’avoir fait le choix d’un journal transversal à une époque qui ne supportait pas la transversalité en politique. Plutôt que de donner des coups de coude à droite et cultiver l’entre-soi, nous voulions nous aventurer sur des terres devenues inconnues pour les droites, comme l’écologie ou les sciences humaines.

Si je ne m’abuse, Éléments tente aujourd’hui ce grand écart. Sans renoncer à son ADN localiste et identitaire, votre magazine dispute à la gauche des thèmes comme la critique du libéralisme, la décroissance ou la postmodernité, et convie des intellectuels comme Onfray, Julliard ou Gauchet…

On le doit beaucoup à l’autorité intellectuelle, pour ne pas dire l’aura, d’Alain de Benoist. Lui est clairement au-delà de la droite et de la gauche. Éléments aussi. En tout cas, on réunit désormais des sensibilités et de droite et de gauche, en sympathie les unes avec les autres. Cela me rappelle le rôle que jouaient au xxe siècle des revues, des journaux ou des maisons d’édition comme L’Action française, Esprit, les éditions de Minuit ou La Table Ronde.[/access]


Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy

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La cause du peuple

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Droite-gauche, c'est fini ! : Le moment populiste

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Les militants du FN sont-ils une peuplade de sauvages?

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Des amateurs de Marine Le Pen à Brachay, septembre 2016. SIPA. 00770211_000048
Des amateurs de Marine Le Pen à Brachay, septembre 2016. SIPA. 00770211_000048

L’anthropologie est une science qui a pour objet d’étudier les êtres humains. Elle connut ses heures de gloire au XIXème siècle, et au début du XXème. Des anthropologues, courageux explorateurs des peuples et tribus inconnus, partaient vers des contrés lointaines. Ils voulaient étudier, répertorier, classifier des hommes et des femmes d’origines diverses. A l’époque, on les appelait des sauvages.

On allait en Nouvelle Guinée examiner les comportements des Papous. On bravait les dangers de l’Amazonie pour connaitre les rites des indiens Jivaros. On se déplaçait au fin fond de l’Afrique dans une chaise à porteurs afin de déchiffrer les onomatopées des Pygmées. Et on n’hésitait pas à franchir les cols de l’Himalaya pour mesurer les crânes des Tibétains, derniers et purs descendants des tribus aryennes du temps jadis.

Le Monde chez les Papous

Cette anthropologie là a vécu. Le Papou, le Jivaro, les Pygmées sont maintenant entourés du respect qu’on doit à des êtres humains comme les autres. Car il y avait dans ces expéditions, fidèles compagnes de la colonisation, un relent évident de supériorité, de mépris et de condescendance. L’anthropologie de la belle époque n’était pas, en effet, sans rapport avec la zoologie.

Il y a maintenant de nouveaux anthropologues. C’est Le Monde qui nous l’apprenait dès jeudi avec une double page titrée : « Des chercheurs se sont infiltrés au sein du Front national ». Et là, c’est Tintin au Congo ou, plus récent, On a marché sur la lune

Les scientifiques (un chercheur et une chercheuse) ont voulu, bravant tous les dangers, aller au plus près des spécimens à examiner.

Infiltré chez les sauvages, ils ont vu la bête. Ils l’ont touchée. Ils l’ont palpée. Et même qu’ils lui ont parlé. Car les sujets étudiés parlent curieusement la même langue que nous. Ils ont découvert des choses étranges. Ils nourriront sans aucun doute un rapport d’enquête destiné au CNRS.

Pas des mangeurs d’hommes

Les individus FN ne sont, à première vue, pas anthropophages. Mais, pour autant, leurs rites et rituels sont très étranges. Ils vénèrent une divinité nommée Marine. Ils affectionnent la couleur bleu. La rumeur veut – mais les chercheurs n’ont pu le vérifier – que dans un temple secret ils entreposent des poupées représentant des gens colorés. Toutes percées d’aiguilles, une coutume qu’ils ont empruntée au Vaudou.

Ils sont néanmoins plutôt pacifiques. Le chercheur et la chercheuse n’ont pas été percés de flèches ni troués par des javelots. Quand ils ont demandé une statuette à l’effigie de la divinité, Marine, ils se sont toutefois heurtés à un refus. Espérons que la prochaine expédition sera plus fructueuse…

Présidentielle: la France est sociologiquement de gauche

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carte macron le pen gauche
© AFP Laurence SAUBADU, Simon MALFATTO
carte macron le pen gauche
© AFP Laurence SAUBADU, Simon MALFATTO

C’est devenu une antienne de considérer que la droite est devenue sociologiquement majoritaire en France. Suivant cette logique, ce ne sont que des circonstances ou l’accident judiciaire de Fillon qui la privent de la victoire qui lui était due.  L’analyse des résultats comparés des élections de 2012 et de 2017 vient pourtant infirmer catégoriquement ces analyses. Nous considérerons pour cela que François Bayrou fait partie du camp gauche/centre-gauche. Tout simplement parce qu’il avait appelé à voter contre la droite en 2012 et que Macron capte en 2017 les voix de la gauche et se voit soutenu par le même Bayrou en 2017.

carte macron le pen
© AFP Laurence SAUBADU, Simon MALFATTO

Regardons les résultats du camp gauche/centre-gauche :

En 2012 :  Hollande = 28,6%    – Melenchon = 11,1%    – Bayrou = 9,1%  , soit au total = 48,8%

En 2017 :  Hamon = 6,4%    – Melenchon = 19,6%    – Macron = 23,4% , soit au total = 49,4%

Le camp gauche/centre gauche est en progrès de 0,6 points.

Regardons ce qu’il en est du camp de la droite :

En 2012 : Sarkozy = 27 %    – Dupont Aignan = 1,8 % , soit au total = 28,8 %

En 2017 : Fillon = 19,4 %    – Dupont Aignan = 4,9 % , soit au total = 24,3 %

Le camp de la droite est en baisse de 4,5 points. Où sont partis ces électeurs ?

Pour le comprendre, il suffit de regarder la progression de l’extrême droite :

En 2012: Marine Le Pen = 17,9 %

En 2017: Marine Le Pen = 21,4 %

L’extrême-droite a progressé de 3,5 points. Le Front national apparaît donc comme un boulet qui empêchera durablement la droite de revenir au pouvoir. C’est pour cette raison que certains à droite rêvent d’un rapprochement de la droite et du Front national. Ce rapprochement n’est pourtant pas d’actualité au vu des appels unanimes à voter Macron au second tour lancé par tous les hiérarques de LR. Et s’il l’était, le nouveau rapport de force permettrait-il au bloc de droite/extrême droite de dominer le camp de la gauche et du centre ?

L’impasse à droite

En 2012, la droite et l’extrême-droite représentaient ensemble 46,7 % des voix ; en 2017, ce bloc hypothétique baisse à 46,1%. Les 0,6% d’écart correspondent d’ailleurs précisément au gain du camp de la gauche et du centre-gauche. En considérant donc que la droite et l’extrême-droite pourraient s’allier, ils étaient 2 points en retrait par rapport à la gauche et au centre gauche en 2012, et cet écart s’accroît encore en 2017. La droite est donc dans une impasse stratégique.

Cette impasse stratégique tient à la montée en puissance du clan souverainiste et anti-mondialisation au sein de chaque camp. Il représente aujourd’hui 19,5 % avec Jean-Luc Mélenchon dans le camp de la gauche, en progrès de 8 points par rapport à 2012. Mais il représente 26,3% avec Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan au sein du camp hypothétique de la droite et de l’extrême droite, en progrès de 6,6% par rapport à 2012. Ce clivage sur le rejet de la mondialisation entrave donc beaucoup plus la droite que la gauche dans sa capacité à proposer une perspective gouvernementale à ses électeurs.

Loin d’être un accident de l’histoire dû aux déboires judiciaires de François Fillon, le recul de la droite au profit de la gauche et du centre-gauche s’inscrit donc dans une perspective durable : ce dernier camp est majoritaire en France et en progression car moins divisé que la droite sur l’Europe et la mondialisation.

Macron-Le Pen: les sans-dents n’ont pas encore perdu

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marine lepen macron
Soirée électorale du FN, Hénin-Beaumont, 23 avril 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00803592_000020.
marine lepen macron
Soirée électorale du FN, Hénin-Beaumont, 23 avril 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00803592_000020.

Le premier tour de l’élection présidentielle ressemble fort à un tour de passe-passe. Pour ne pas dire à un hold-up. À en croire les réactions des mandarins de la politique et des maîtres censeurs télévisuels, les élections présidentielles françaises se joueraient en un seul tour. Et ce tour unique répondrait obligatoirement à un scénario écrit par avance : la mise en scène d’un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen conduisant forcément à la victoire du premier contre la seconde. Du camp du Bien contre le camp du Mal. L’élection du 23 avril 2017 n’a pas été une élection démocratique mais une élection construite. Son résultat est un résultat voulu. Macron est l’outil libéral-libertaire pour maintenir la situation politique actuelle et développer un programme économique de sueur et de sang pour nous, les sans-dents. Nous, le peuple. Et si ce scénario était erroné ?

La démocratie confisquée

L’homme politique Emmanuel Macron existe-t-il ? À l’évidence, non. Macron sort tout juste de la musette de Garcimore. Macron ? L’homme des mots creux. La star des cabinets de communicants. Que la classe politique, économique et médiatique se rallie à cette figure creuse ne surprend pas. Macron est l’homme de la synthèse des « élites mondialisées », expression forgée autrefois et à juste titre par Zygmunt Bauman.

>> A lire aussi : l’entretien d’Emmanuel Macron avec Causeur

Il ne fait plus aucun doute qu’une oligarchie de privilégiés occupe le pouvoir. Et qu’elle n’a pas l’intention de jouer le jeu de la démocratie. Pas au point de perdre ses privilèges. Ce n’est pas une révélation. Plutôt une confirmation : le référendum de 2005 avait déjà montré combien la démocratie est confisquée en France. Faire le total des voix de tous les candidats opposés au libéral-libertarisme suffit à s’en apercevoir. Pourtant, maîtres censeurs, mandarins et prophètes des sondages l’annoncent : leur candidat  sera président de la République le 7 mai. Qui représentera-t-il ? Vendu aux électeurs comme l’homme d’un renouveau de la politique, Macron n’est que la continuation de la même politique politicienne par d’autres moyens. Tout l’ancien monde est « macroniste ». Sa majorité législative, si majorité il y a, sera composée de députés issus de la même classe politique. Avec le soutien des maîtres censeurs du journalisme officiel.

Macron élu le 7 mai, la France sera dans la même situation que depuis quarante ans. Le pari Macron repose sur une « certitude » : tout candidat non populiste présent au second tour contre Marine Le Pen gagnerait les élections. Les apparences sont en faveur de ce pari. Mais nombre d’électeurs se réveillent avec la gueule de bois. L’amer sentiment que l’élection présidentielle est confisquée par une minorité. On parle d’un big bang électoral ? Le résultat est précisément celui qui était attendu. On explique que les vieux partis politiques sont morts ? Ils sont provisoirement regroupés derrière Macron. Macron, la synthèse ou le chaos ?

Souverainistes des deux rives, unissez-vous

La situation rappelle la défaite d’Hillary Clinton aux États-Unis. Semblant valider la stratégie électorale des élites mondialisées, il est possible que le premier tour de la présidentielle valide plutôt celle de Marine Le Pen et de Florian Philippot. Les tenants d’un Macron président parient depuis le début sur l’automaticité d’un front républicain anti-FN. Il est possible que ce pari soit erroné. Qui pense sérieusement que tous les électeurs de Fillon, à qui l’élection a été volée par une manipulation médiatique sans précédent, ou que tous les électeurs de Mélenchon, qui n’en peuvent plus de l’oligarchie au pouvoir et qui souffrent au quotidien de la politique que les amis de Macron promeuvent, vont aller voter pour Macron comme un seul homme ? Dans le pays réel, les choses vont autrement. Une grande partie des 54 % de votants qui n’ont soutenu ni Marine Le Pen ni Macron s’abstiendra le 7 mai. Ou bien se rendra aux urnes et votera pour Marine Le Pen. C’est le pari fait par Marine Le Pen et Philippot, la raison d’être de la stratégie d’ouverture du FN vers la gauche.

>> A lire aussi : l’entretien de Marine Le Pen avec Causeur

Le pari de Marine Le Pen ? Que les sans-dents en aient vraiment assez de l’horreur économique et de l’insécurité culturelle. Et que ce ras-le-bol s’exprime dans les urnes le 7 mai. Par l’abstention. Mais aussi par un vote en faveur de Marine Le Pen. Florian Philippot et Marine Le Pen sont peut-être en passe de réussir là où Jean-Pierre Chevènement a échoué : réunir les deux rives du souverainisme. Si cela se produit, le pari de l’ouverture du FN sur sa gauche, pari fait par Marine Le Pen et Florian Philippot provoquera le seul véritable big bang de la vie politique française. Si cela ne se produit pas, la présidence Macron ne sera que la continuation de la même politique par d’autres moyens. À Machiavel, Machiavel et demi ? Réponse dans quinze jours.

 

 

Macron: un « winner » de circonstance

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Emmanuel Macron fête son accession au second tour de la présidentielle, Paris, 23 avril 2017. SIPA. 00803585_000027
Emmanuel Macron fête son accession au second tour de la présidentielle, Paris, 23 avril 2017. SIPA. 00803585_000027

Personne, parmi les commentateurs patentés (y compris l’auteur de ces lignes) n’avait osé analyser, avant le scrutin, une issue pourtant annoncée par les sondages dans la dernière ligne droite de la campagne. Ils étaient tétanisés par l’idée fixe qu’une surprise était inéluctable, à l’image de ce qui s’était produit aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, avec l’élection de Donald Trump et la victoire du Brexit. La vraie surprise fut donc qu’il n’y en eut point, et s’est avéré que les augures modernes avaient tout à fait correctement lu dans les entrailles d’un corps électoral scruté avec pertinence et précision.

Cette élection a révélé que le clivage déterminant (mais non le seul) était sociologique et géographique, validant, s’il était encore besoin, les analyses du géographe Christophe Guilluy et du politologue Laurent Bouvet : il sépare les populations en phase avec la marche actuelle du monde, optimistes quant à leur avenir, rassemblées pour l’essentiel dans les grandes métropoles, sans patrie idéologique pré-assignée, porteuses d’un fort désir de relève politique générationnelle, de celles qui sont reléguées dans des zones en déclin, frappées par la vague sans précédent de désindustrialistation, exposées à l’insécurité sociale et culturelle.

La confirmation du clivage de 2005

Ce premier tour de la présidentielle n’est pas la réponse à l’élection de 2012, ni une réplique de celle de 2002. Il est la confirmation du referendum de 2005 sur le projet de constitution européenne, qui avait déjà mis en lumière ces fractures. A la différence – énorme – près que le camp du « non » allait à la bataille en ordre dispersé avec deux candidats majeurs, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, et des auxiliaires mineurs, Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau. François Fillon et Benoît Hamon, européistes plutôt tièdes, étaient en porte à faux dans ce débat majeur, leur position mi-chèvre mi-chou, fruit d’un compromis interne à leurs appareils politiques respectifs, n’a pas été comprise par des électeurs imperméables à ces  subtilités politiciennes.

>> A lire aussi: Macron – Le Pen: deux France s’opposent

Pour l’heure, les « européo-mondialistes » peuvent pavoiser : en étant parvenu à faire incarner le souverainisme par Marine Le Pen lors du second tour, ils assurent presque à leur candidat préféré l’accession à la magistrature suprême, clé de tous les pouvoirs dans cette Cinquième République en fin de course, mais pas encore morte, loin de là…

Vers une France confédérale?

Il serait hasardeux de spéculer sur un « troisième tour » législatif, qui verrait les défaits d’aujourd’hui (Les Républicains ou le PS) corriger les résultats de la présidentielle. Le traumatisme qu’ils viennent de subir laisse augurer des déchirements internes peu propices à se remettre en quelques semaines en ordre de bataille. S’il ne fait pas d’erreur majeure, et le passé récent a montré qu’il avait un certain flair politique, un sens du placement digne d’un Lionel Messi, et la chance insolente qui sourit aux audacieux, Emmanuel Macron disposera d’une majorité parlementaire faite de ralliés de gauche, de droite et du centre, et de figures nouvelles répondant au désir des électeurs de changement de têtes (le fameux « dégagisme »).

C’est après ces élections que les choses vont se corser, comme l’a judicieusement remarqué, dès hier soir, Dany Cohn Bendit : Emmanuel Macron dispose d’une base de soutien positif représentant un quart des Français, et devra tenir compte d’un autre quart, peut-être plus d’électeurs qui ne l’auront élu que pour faire barrage à Marine Le Pen, venus de la gauche et de la droite castor, comme dirait Laurent Bouvet. Le réel, ce fameux réel qui empêche de régner comme on le souhaiterait, l’attend au tournant dès le 8 mai : le processus de délitement de l’UE ne sera pas stoppé par l’accession au pouvoir en France d’un fervent européiste. La jubilation manifestée dimanche soir à Berlin, à la CDU comme au SPD, est à double tranchant.

Elle ne peut cacher que les fondamentaux de la relation franco-allemande sont porteurs d’orages à venir, quelles que soient les relations personnelles des dirigeants de Paris et de Berlin. L’union franco-allemande est un sport de combat, le premier et le plus important qu’Emmanuel Macron aura à pratiquer dans l’exercice de ses fonctions. Et il ne faudra pas compter sur nos amis allemands pour sortir de leurs dogmes ordo-libéraux pour les beaux yeux bleus du président de la France.


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Macron – Le Pen: deux France s’opposent

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Marine Le Pen et Emmanuel Macron sortent de l'isoloir, 23 avril 2017. SIPA.
Marine Le Pen et Emmanuel Macron sortent de l'isoloir, 23 avril 2017. SIPA.

En permettant à Emmanuel Macron et Marine Le Pen de se qualifier pour le second tour, les Français ont décidé de tourner une page. Ils ont tout d’abord sanctionné les deux grands partis de gouvernement. Benoît Hamon a perdu trois semaines dans des négociations avec Europe-Ecologie et en a récolté le résultat en adoptant le score qui va avec. Aujourd’hui, le PS est en état de mort clinique. Les Républicains ne se portent pas beaucoup mieux : ils se retrouvent aujourd’hui sans tête.

Pendant toute la soirée, les déclarations d’intentions de vote en faveur d’Emmanuel Macron de la part des dignitaires LR se sont succédé.


Seul Laurent Wauquiez a souhaité passer par-dessus le second tour de la présidentielle pour ne voir que les élections législatives, unique moyen pour son parti de survivre, voire même de prendre une revanche rapide. Dans cette optique, il manque un chef. Je m’étais amusé il y a quelques jours à imaginer le retour de Nicolas Sarkozy pour cette occasion dans une politique-fiction. Et si j’avais vu juste ?


François Fillon : « Il n’y a pas d’autres choix… par BFMTV

L’échec du PS et de LR dès ce premier tour est aussi celui des primaires. Leurs vainqueurs parviennent à peine à eux deux à réunir un quart des électeurs. Il y a cinq ans, ce système nous avait donné un très mauvais président, nous savons maintenant qu’il peut aussi sélectionner de très mauvais candidats. Echaudée par l’expérience, cette classe politique abandonnera peut-être ce système aussi délétère qu’inefficace et reviendra à une lecture gaullienne de cette élection, celle de la rencontre d’un homme et d’un peuple, au-delà des structures partisanes. Jean-Luc Mélenchon, qui a pratiquement doublé son score de 2012, Emmanuel Macron, qui n’avait même pas de parti politique à son service, et Marine Le Pen, qui avait éliminé le sigle de son parti de tous ses documents de campagne, l’ont compris.

« On est gentils » vs. « On est chez nous »

Ce second tour matérialise-t-il la recomposition attendue depuis des années autour du clivage sur la mondialisation ? C’est en tout cas ce que souhaitent les deux qualifiés du jour. C’est sur cette base qu’ils se sont choisis comme adversaires. Personnellement, je regrette que cette recomposition ne soit pas intervenue plus tôt avec des personnalités moins caricaturales. Après Maastricht, par exemple, ou en 2002 au moment où une candidature avait tenté de faire « turbuler le système ». On a toujours tort d’avoir raison trop tôt disait Edgar Faure. Cette recomposition se produit dans un contexte où la société française est plus que jamais radicalisée. Comme l’a expliqué Henri Guaino pendant des semaines, il n’y a pas de droitisation mais de la radicalisation, dans tous les partis politiques, dans la rue, dans les banlieues et même dans les stades.

Même la candidature d’Emmanuel Macron comporte une forme de radicalisation: j’avançais, il y a quelques jours, qu’il incarnait un « bisounoursisme radicalisé ». Car si les smartphones des « helpers » d’En Marche ! le lui avaient ordonné, l’assistance aurait bien scandé « on est gentils ! ». « On est gentils » versus « on est chez nous », tel est donc le combat radicalisé auquel nous allons assister maintenant. Ceux qui pensent que l’affaire est déjà pliée devraient être prudents. Le scientifique Serge Galam qui avait vu venir les victoires du Brexit et de Trump les a mis en garde récemment. Florian Philippot draguait, hier soir, les électeurs de Mélenchon sur France 2, pendant que Marion Maréchal-Le Pen faisait de même avec ceux de François Fillon sur TF1. Le rêve de Marine Le Pen, reconstituer derrière la France du Non au TCE n’est pas inaccessible. Nicolas Dupont-Aignan lui annoncera peut-être dans quelques jours son soutien, et Jean-Luc Mélenchon refuse, pour l’heure, de donner une consigne de vote. Quant aux électeurs des Républicains, comment pourraient-ils suivre aveuglément les consignes de leur candidat pour le second tour alors qu’on les a conviés à choisir leur candidat pour le premier ? N’assistera-t-on pas à l’occasion à une nouvelle manifestation de la déconnexion des leaders de la droite avec leur électorat, radicalisé lui aussi ? Marine Le Pen en est fort consciente, elle qui a fustigé le candidat de « l’Argent-roi ». Cette bataille n’est pas jouée et pourrait réserver des surprises : la campagne la plus incroyable de la Ve République n’a pas encore livré toutes ses vérités.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Délicieuses chroniques d’une gauche en décomposition

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laurent bouvet gauche zombie printemps
Laurent Bouvet. Sipa. Numéro de reportage : 00643439_000028.
laurent bouvet gauche zombie printemps
Laurent Bouvet. Sipa. Numéro de reportage : 00643439_000028.

Politologue, enseignant en sciences politiques, membre de la Fondation Jean Jaurès, cofondateur et cheville ouvrière du Printemps républicain, Laurent Bouvet est devenu depuis 2012 l’un de nos analystes de la vie politique française parmi les plus lus. Son premier ouvrage, le Sens du peuple (Gallimard, 2012) et plus encore le suivant, L’insécurité culturelle (Fayard, 2015) ont suscité débats et disputes souvent initiés par des chroniques parues dans divers médias (Huffington Post, Le Monde, Figarovox, Slate…). D’autant que Bouvet est fort actif et suivi sur les réseaux sociaux, sa page Facebook en particulier. Normal, il fait partie de ces analystes qui ont le sens de la formule.

Retour sur le futur

Les chroniques publiées de 2012 à 2016 sont réunies sous le titre La Gauche zombie. Chroniques d’une malédiction politique (Lemieux éditeur, 2017). Lire ou relire ces chroniques écrites « à chaud » est très intéressant : l’observateur parcourt de nouveau les « années Hollande » et cette remémoration d’un passé récent (qui passe fort mal) alimente la réflexion sur le présent immédiat, à commencer par cette ubuesque campagne électorale. Car Hollande n’est pas « flanby », c’est Ubu faisant son coup d’État en sortant un Macron de la « merditude des choses ». Coup d’État/coup d’éclat à la Ubu produisant une créature sortie de nulle part. Un possible futur président de la République qui échappera à son Ubu/Hollande créateur. Vue de cette gauche-là, la vie politique a de quoi effrayer. Bouvet observe et dissèque la gauche des morts vivants.

Les questions qui fâchent font le printemps

L’analyste pose les questions qui fâchent. Avec « l’insécurité culturelle » en particulier. Sentiment traversant la France plus que concept, inquiétude du peuple Français, toutes origines confondues, repéré par Bouvet dès les premiers mois de ce que l’on est bien obligé d’appeler « la présidence Hollande ». La dispute a été forte autour de ce concept/sentiment, Laurent Bouvet et par ricochets le Printemps républicain ayant été accusés de faire le jeu du populisme. Ce dont parle Laurent Bouvet est pourtant bien réel, en France comme ailleurs : dans une mondialisation qui est tout sauf « heureuse », le peuple vit dans l’insécurité économique et physique. Il vit aussi dans une « insécurité culturelle ». Pour Bouvet, « C’est à cette préoccupation-là que la stratégie « Buisson » devait s’adresser autour du ciblage des musulmans et de leur mode de vie comme menace pour l’identité nationale (viande halal, prières de rue, burqa etc). L’original en a, comme attendu, davantage bénéficié que la copie ». Et Bouvet de prévoir : « la gauche ne pourra pas pour autant négliger cet aspect auquel elle est généralement rétive » (2012). Avertissement sans effets du politologue : 5 ans après, la gauche zombie n’a pas bougé d’un iota. Son rapport à la place de l’islam en France est inaudible. Une gauche qui ne voit pas le concret : Poor white trash en France pour reprendre le titre de Sylvie Laurent ? Aucun doute. Que l’on pense au candidat Hamon comparant les cafés dans lesquels les femmes ne sont pas les bienvenues avec l’ancienne condition ouvrière décrite par Zola. Pendant que Hollande évoque le possible d’une « partition » de ce qu’il est censé défendre, la République « Une et Indivisible ».

La guerre civile des stylos de gauche

Vu de gauche, ce type d’analyse déclenche la guerre civile des stylos. Cachez ce réel qu’Ubu/Hollande/Macron ne sauraient voir : mondialisation malheureuse, chômage de masse, précarité, peur du déclassement, crise identitaire de la France des « petits blancs », rupture du pacte scolaire républicain, islamisation de pans entiers de la société, abandon de la souveraineté, rupture entre des « élites » hors sol et le peuple… Les zombies voient des « islamophobes » partout mais point de problème républicain fondamental lié aux spécificités de l’Islam. « La gauche zombie » parle de tout cela mais ses mots sont creux. Son logiciel la rendant incapable de saisir les causes identitaires des tensions liées au modèle sociétal multiculturel. Elle ne s’est pas remise de la « stratégie Terra Nova », fixée en 2011, dont l’objet était de se fabriquer un électorat de communautés en remplacement de l’électorat populaire perdu. Incapable d’affronter les questions sociétales, comme celles réapparues sur le devant de la scène avec la Manif Pour Tous, cette gauche est devenue gauches éclatées sans repères, arc-boutées sur des positions du siècle passé. Les chroniques de Laurent Bouvet racontent cela au jour le jour : la rapide descente aux enfers d’un cadavre qui bouge encore. Une gauche dont le seul projet politique semble celui d’individus atteints d’une étrange maladie : la cordonite aiguë. Autrement dit, l’art de conserver son fauteuil de reniements en reniements. Lire ou relire les chroniques de Laurent Bouvet permet de refaire ce voyage, la walking dead de la gauche du parti socialiste. Et comme souvent, revivre les épreuves d’un voyage permet d’en mieux saisir le sens.

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Présidentielle: un duel Macron – Le Pen

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Emmanuel Macron et Marine Le Pen (Photo: AFP)

Avec AFP – Emmanuel Macron (23,49%) et Marine Le Pen (22,09%) s’affronteront au second tour de l’élection présidentielle, selon les dernières estimations du premier tour publiées dimanche soir qui placent le candidat d’En Marche! en tête, devant la candidate FN, puis, au coude-à-coude, François Fillon (19,75%) et Jean-Luc Mélenchon (19,45%). Très loin derrière vient le candidat socialiste Benoît Hamon (6,2%).

Source: AFP

Ce scénario Macron-Le Pen rebat les cartes de la politique française: c’est la première fois sous la Ve République que la droite est absente du second tour, et la première fois qu’aucun des deux grands partis qui ont dominé la vie électorale depuis près d’un demi-siècle, Les Républicains (LR) et le Parti socialiste, n’y est présent.

>> Les résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle 

François Fillon a reconnu sa défaite: il votera « contre l’extrême-droite » et « en faveur d’Emmanuel Macron ».


François Fillon : « Il n’y a pas d’autres choix… par BFMTV

Marine Le Pen entend quant à elle représenter la « grande alternance » pour « libérer le peuple français ». L’alternance, la « vraie », « pas celle qui a vu des gouvernements se succéder sans que rien ne change ». Emmanuel Macron lui a répondu: il se veut « le président des patriotes face aux nationalistes ».


Déclaration de Marine Le Pen par CNEWS

Jean-Luc Mélenchon n’a donné aucune consigne de vote.

 

A Genève, c’est gauchistes contre migrants!

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Crédit photo : Ranson

À Genève, le squat situé 154, route de Malagnou est à l’origine d’une polémique comme on en voit peu sous nos latitudes. À première vue, rien que de très banal : des étudiants antifas occupent depuis des années des locaux désaffectés de l’université de Genève. Ils y ont installé 14 lits, un potager collectif, des ruches (et peut-être même des toilettes sèches…) Las ! comme de vulgaires zadistes, nos amis sont menacés d’expulsion. À l’automne dernier, le canton de Genève leur a donné jusqu’au 31 décembre pour décamper. Là encore, on croit être en terrain connu : méchants capitalistes contre gentils zadistes. Sauf qu’en lieu et place du squat, les autorités veulent construire… un foyer d’accueil pour migrants ! Pour un altermondialiste normalement constitué, vous voyez le dilemme. Les intéressés, eux, ne le voient pas. Pour eux, la seule[access capability= »lire_inedits »] ligne juste, c’est la défense des avantages acquis.

Une solidarité avec les migrants toute relative

Cité par la version helvète du quotidien 20 minutes, le collectif Xénope constitué contre l’expulsion juge « scandaleux d’utiliser une population précaire contre une autre », et se dit « solidaire avec les migrants » tout en refusant d’évacuer les lieux car les occupants n’ont pas à « payer les pots cassés d’une politique ratée ». À moins d’une évacuation par la force, les migrants seront priés d’aller coucher ailleurs. Et les squatters n’auront plus qu’à proclamer sur leurs banderoles : « On est chez nous ! » [/access]