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Le dangereux programme du candidat Macron

Matériel de campagne d'Emmanuel Macron à Marseille, avril 2017. SIPA. AP22035107_000017

L’annonce en fanfare du programme d’Emmanuel Macron avait tout pour impressionner:  500 experts, 3000 ateliers avec, paraît-il, la participation de 30 000 Françaises et Français. Fallait-il tant de monde pour aboutir à un résultat aussi creux ?

Il suffit d’écouter les Français pour connaitre leurs principales préoccupations, finalement assez simples : chômage et baisse des revenus, immigration, éducation, justice et sécurité, lourdeur de la pression fiscale et donc des dépenses publiques, système social pléthorique et désordonné.

Le pédagogisme toujours roi

Sur tous ces sujets majeurs, peu ou pas de propositions sérieuses.  Rien sur la justice, rien sur l’immigration (et comment cela intéresserait-il Macron qui a félicité Merkel d’avoir ouvert largement ses frontières ?), aucune réponse aux attentes des « travailleurs pauvres », immigrés compris, qui ont le sentiment frustrant d’être moins bien traités que les assistés. Rien par ailleurs sur la famille et la politique familiale –  et donc aucune perspective de revenir sur sa destruction par les socialistes.[1. Sauf les familles immigrées principales bénéficiaires des allocations « ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin », les natifs pauvres n’ayant plus guère d’enfants.] Et il n’est guère question de politique étrangère : pour quoi faire ? Macron compte poursuivre la politique d’alignement servile sur l’OTAN qui a valu à Hollande le mépris universel. Est seulement proposé un « quartier général européen »: pour faire la guerre à qui?

Sur la sécurité, les rares propositions sont d’une pauvreté affligeante : retour à la police de proximité (dite « police de sécurité quotidienne »), « ne plus tolérer les incivilités », plus vite dit que fait. « Toute peine prononcée sera exécutée », mais encore faut-il que ces peines soient prononcées, ce qui n’est pas évident aujourd’hui vu les dérives de la justice, dont Macron ne s’émeut pas.

Sur l’éducation, à quoi sert de proclamer que l’on donnera « la priorité à l’école primaire » si on n’en change pas les méthodes, ce dont il n’est nullement question ? Ou de donner plus d’autonomie à des chefs d’établissement habitués à ne pas faire de vagues ? Ne sont remis en cause ni les méthodes pédagogiques aberrantes, ni le tronc commun, ni la réforme désastreuse du collège par Najat Vallaud-Belkacem, ni celle des rythmes scolaires, réformes que même Jean-Luc Mélenchon veut abroger.

Pas question non plus de « la France périphérique », provinciale et rurale, qui souffre et dépérit : on peut imaginer que le quart des départements qu’il projette de supprimer sont de cette France-là.

L’affaiblissement de l’Etat

Les Français croulent sous les impôts : le programme prévoit de supprimer la taxe d’habitation, la seule que tous, Français et étrangers, payent. Il prévoit aussi la baisse de l’impôt sur les sociétés de 33 % à 20 % et, comme Fillon, l’abrogation de l’ISF. Quoique cela ne soit pas dit, Macron envisage de compenser ces baisses par un super-impôt foncier. Moins d’impôts pour le haut et le bas de l’échelle, encore plus pour les classes moyennes, soit les 58 % de Français ayant un bien foncier, qui seront un peu plus laminés.

Sur les 96 propositions, 27 annoncent une augmentation des dépenses, presque aucune ne tend à les réduire; il est seulement question de « lutter davantage contre la fraude fiscale ou sociale », ce qui laisse supposer que le ministre Macron ne le faisait pas assez. Propositions dépensières : augmenter le minimum  vieillesse de 100 € par mois, augmentation de  l’allocation adulte handicapé de 100 €  aussi, extension du  bénéfice de l’assurance chômage à ceux qui démissionnent, remboursement à 100 % des lunettes et des prothèses dentaires,  plan de 5 milliards pour la santé, de 5 milliards pour l’agriculture,   grand plan d’investissement de 50 milliards, 2% du PIB pour la défense nationale (précisément l’objectif fixé par l’OTAN), soit au moins 20 milliards de plus. Ajoutons : « Nous augmenterons les salaires de tous les travailleurs, des ouvriers, des employés » d’un 13ème mois. Le Fonds pour l’industrie et l’innovation, prévu en sus, sera financé par la vente des participations  de l’Etat dans les industries stratégiques, ce qui va encore affaiblir sa capacité de manœuvre. De politique industrielle, il est à peine question chez celui qui a autorisé la cession d’Alstom à General Electric.

Comme Marine Le Pen et à la différence de François Fillon, Emmanuel Macron maintient la retraite à 60 ans, sans même exiger, comme elle, 40 ans de cotisation.

L’Europe, l’Europe…

Macron a beau promettre de « construire une Europe qui développe nos emplois et nos économies », qui « protège nos industries stratégiques », on sait bien qu’elle a fait le contraire jusqu’ici. Il ne servira donc à rien de réunir « des conventions citoyennes pour redonner un sens au projet européen » (toujours le peuple ignare à qui on a mal expliqué les choses !) si le logiciel de l’Europe de Bruxelles n’est pas revu en profondeur.

François Fillon est pour le maintien de l’euro mais il intègre à son programme les disciplines que cela implique (abrogation des 35 heures, retraite à 65 ans, réduction de la fonction publique). Emmanuel Macron est pour l’euro mais sans les disciplines qu’implique son maintien. Marine Le Pen les refuse aussi mais se propose de mettre fin à l’euro. François Fillon et Marine Le Pen, chacun à leur manière, sont cohérents. Emmanuel Macron, lui, ne l’est pas. Si son programme était appliqué, il ne lui resterait qu’à faire comme François Hollande : attendre le retour de la croissance pendant cinq ans en regardant d’un air désolé grimper chômage et déficits, ce qu’il faisait comme principal conseiller économique de l’actuel président.

Autres contradictions sur l’Europe : il propose que les agriculteurs « soient payés au prix juste » et ne vivent plus de subventions, alors même que c’est Bruxelles qui a imposé en 1992 la réforme de la PAC laquelle a remplacé la rémunération par les prix par une rémunération par les primes. Comment d’ailleurs concilier ces intentions avec la volonté d’étendre le libre-échange à travers l’accord économique et commercial global (CETA), traité euro-canadien qu’il est le seul candidat à soutenir et qui fera encore baisser les prix ?

Hollande en pire

Loin de laisser espérer plus de liberté, le programme d’Emmanuel Macron annonce en outre, entre les lignes, le resserrement de toutes les contraintes bureaucratiques et idéologiques liées à la pense dominante: environnement (150 % de produits bios dans les cantines ou mise à la casse des vieilles voitures), parité à tous les étages, non-discrimination à tout va : « Nous ferons de la lutte contre la discrimination une priorité nationale » ; et même discrimination positive sous la forme d’ « emplois francs » pour les ressortissants de certaines banlieues. Le nom des entreprises ne respectant pas la parité homme/femmes sera rendu publique.  Evaluation systématique des services publics dont on sait le  caractère arbitraire des critères. En perspective, une société orwellienne où la pression du politiquement correct se fera encore plus étouffante. Bonjour le candidat jeune et libéral !

Tout cela est assorti, ficelle un peu grosse, de quelques propositions ponctuelles clinquantes: interdiction de téléphones portables à l’école primaire et au collège (et au lycée ?), ouverture des bibliothèques le soir et les week-ends, un pass culturel (ce que font déjà beaucoup de maires), remboursement des lunettes et des prothèses dentaires à 100%. L’enseignement du fait religieux à l’école, vieille lune là aussi, fait craindre des abus.

Rares propositions positives : le rétablissement de classes bilingues, promis aussi par François Fillon, et la limitation des sessions parlementaires.

En résumé, ce programme, souvent flou et toujours démagogique laisse apparaître le prolongement et même l’aggravation des tendances majeures du quinquennat Hollande : immigration non contrôlée, déclin du système éducatif, explosion de la délinquance, sacrifice des familles et dénatalité, alourdissement des dépenses publiques et de la fiscalité, persistance d’un volant de chômage, système social injuste, police de la pensée. C’est ce qui explique sa pauvreté, mal masquée par le « bling bling » : la société du spectacle, chère à Guy Debord, est plus que jamais « en marche ».

La philosophie générale de son programme est claire : davantage d’Europe et d’ouverture des frontières (aux hommes, aux marchandises, à la finance), pour une société mondialisée où la France, coupable de crimes contre l’humanité et qui, dit-il, n’a pas de culture propre, ne pèsera guère. Tout ce que demande le peuple…

Week-end à Rome…

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nanni moretti rome
Nanni Moretti à l'aéroport romain Fumicho. Sipa. Numéro de reportage : 00637962_000008.

Retourner à Rome chaque année, au printemps ou à l’été, lave l’esprit de toutes les scories. Ce voyage s’impose comme une ultime tentative un peu désespérée et dérisoire de se dépouiller enfin de notre République fantoche. Déjà fatigué par une campagne en capilotade, une épreuve présidentielle digne d’une télénovela berlusconienne, le Français aspire à la rêverie et au silence.

« Un splendide quadragénaire »

Un quart d’heure de quiétude seulement, messieurs les bourreaux, implore-t-il, face caméra ! Les débats à cinq ou à onze l’indifférent. Les programmes l’indisposent. Les affaires le souillent. Et puis toutes ces gueules satisfaites de candidats en file indienne le plongent dans un état d’errance, voire de démence. Il demande juste un peu de répit, un peu de fantaisie. Il serait le plus heureux des hommes s’il pouvait sentir l’air chaud de la mélancolie souffler derrière sa nuque et respirer le parfum d’une ville à la géographie intime. Il suffit d’atterrir à Fiumicino pour que cette transformation charnelle s’opère. Depuis 1993 et la sortie dans les salles de Journal intime, le nostalgique compulsif s’imagine au guidon d’une Vespa dans les rues de la capitale italienne.

Il se récite intérieurement cette saillie Morettienne en guise de mantra : « Je suis un splendide quadragénaire ». Au son de Leonard Cohen et de Khaled, il zigzague sur sa guêpe à deux temps, se perd dans les quartiers de Gianicolo, Parioli, Garbatella, Prati, Spinaceto, Casal Palocco ou Flaminio, apostrophe Jennifer Beals dans une scène irréelle et repère des maisons dans l’espoir de tourner une improbable comédie musicale sur un pâtissier trotskiste dans l’Italie des années 50. En clair, il est sous l’influence de Nanni Moretti. Ses films buissonniers, tantôt bavards, tantôt mutiques, son narcissisme comique, son sens de la parabole, sa mauvaise foi militante et surtout son attachement éternel à Roma, l’accompagneront désormais tout au long de sa vie.

Cinéaste prophète

Pour suivre au plus près ses déambulations et divagations, il lui manquait un carnet de bord, un « road book » où tous les lieux de tournage de Je suis un autarcique (1976)


Nanni Moretti – Je suis un autarcique par bande-annonce-film

… jusqu’à Mia madre (2015) seraient répertoriés et commentés. C’est le cas aujourd’hui grâce au travail de deux jeunes écrivains, Paolo di Paolo et Giorgio Biferali, qui publient  À Rome avec Nanni Moretti aux éditions Quai Voltaire, traduction de Karine Degliame-O’Keeffe. Nos deux fringants intellectuels, nés en pleine crise des années 80, ont mis en exergue cette phrase d’Alberto Moravia : « Je n’ai jamais quitté Rome, mais à l’intérieur de la ville on peut dire que j’ai fait du chemin » pour amorcer leur long périple romain. Chaque film est précédé d’une carte et agrémenté de quelques photos en noir et blanc ce qui donne à l’ensemble une belle patine, un objet élégant à mettre impérativement dans son sac de voyage. A tour de rôle, Paolo et Giorgio servent de passeurs érudits au lecteur pour explorer toute l’œuvre de Moretti en analysant son indélébile trace sentimentale. « De ces années 1990, Journal intime a su capturer des détails bien plus précieux qu’une étude historiographique ou sociologique […] Plus encore : son rapport au paysage, à la ville (l’intuition poétique d’un film fait uniquement de panoramiques sur des maisons quelconques) » analysent-ils.

La filmographie désinvolte et personnelle du réalisateur donne des clés de compréhension de l’Italie contemporaine. Plus d’une fois, Moretti a même imaginé, devancé la réalité comme la démission du pape dans Habemus papam  en 2011, deux ans avant la renonciation de Benoit XVI.

Ce précieux livre à la couverture bleue, plus instructif qu’un guide de la même couleur, s’achève par une conversation avec Moretti intitulée « Rome, ma mère ». Les auteurs l’interrogent sur son tropisme urbain qui confine à l’obsession. « Ce que j’aime à Rome, c’est la possibilité que me donne la ville de me promener à Vespa, et pas seulement l’été. Je peux errer dans la ville, sans but. Et puis il y a la lumière, celle de journées merveilleuses comme aujourd’hui, une lumière comme il en existe à mon avis peu dans le monde » leur répond-il.

À Rome avec Nanni Moretti

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Itinéraire d’une « pied rouge » dans le siècle

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Illustration d'une femme soviétique, 1927. SIPA. 51132084_000001

Le nouveau roman d’Anne-Sophie Stefanini, Nos années rouges, résume un peu ce que fut le XXème siècle. L’engagement, la folle envie d’y croire, les rêves les plus audacieux, la foi qui bouscule les certitudes ; les idéologies qui devaient changer le monde, offrir un avenir meilleur à tous les opprimés de la terre. De secrètes germinations se préparaient. Il fallait se battre, fusils, phrases, bras levés, poings serrés. Le maître mot, c’était l’espoir. Comme le roman de Malraux. Gaullistes, communistes, il n’y a rien entre eux, avait justement dit le ministre de la Culture du général de Gaulle. Il y eut des assassinats de masse, des fusillés, des brisés, des figures célèbres écrivant le monde de demain, des anonymes poussant des wagonnets au fond des mines, se mettant en grève pour sauver leurs enfants, massacrés sur l’autel des bourses mondiales et des marchands de canons. Il y eut tout ça, et pire encore.

En rouge et noir

Anne-Sophie Stefanini signe un très beau roman où il est question de l’élan politique qui se brise sur le mur des réalités. Catherine, le personnage principal, est née en 1938 d’un père communiste et d’une mère anarchiste. Ils se sont rencontrés place de l’opéra, le 31 janvier 1934, une sale année pour la République. Il est chauffeur de taxi, possède les œuvres complètes du camarade Aragon. Il est intraitable : le communisme, c’est l’avenir. Elle, elle finit par rejoindre un maquis dans l’Yonne, durant l’Occupation, laissant la petite Catherine seule avec son père. Pourquoi ce prénom ? Parce que c’est l’héroïne des Cloches de Bâle, le roman d’Aragon que le père préfère. On n’en sort pas. Catherine grandit et finit par devenir prof de français, à Alger, en 1962. L’Algérie a gagné son indépendance dans le sang. Catherine habite la villa Rouge, sur les hauteurs de la ville, face à la mer. Elle est communiste, comme son père. Elle y croit dur comme fer. C’est elle qui raconte son histoire à la première personne. On la suit, on partage ses émotions, son goût de la liberté. Puis sa progressive désillusion. Elle aime Vincent, qui finit par s’éloigner. Il a monté des mitraillettes dans une usine d’armement au Maroc, usine clandestine pour le FLN. Ça a fini par le flinguer. Il lance un jour : « Ça n’a pas de sens pour moi. »

La ville d’Alger devient la ville de la jeune femme ; elle s’y sent bien. Elle croit que le gouvernement de Ben Bella va changer la vie. Il y a le portrait de Bachir, un ami du père de Catherine. Il est émouvant le vieil homme qui finira par refuser la compagnie de la jeunesse, trop « insultante », note Stefanini. Quand on est vieux, on se retranche dans la solitude. Il y a tant de choses bien senties, exprimées avec élégance, dans ce roman… Le portrait d’Ali, la présence d’Assia, le parfum des rues, la profondeur du ciel. Et puis Catherine est arrêtée. Nous sommes en 1965, au moment du coup d’État de Boumediene. En prison, elle comprend que son idéal est en train de crever. Il est même déjà mort. On va l’exécuter ? Pire : la renvoyer en France. Elle fera partie des « pieds-rouges ». La terre qu’elle aime charnellement, c’est celle qui se soulève quand le vent chaud d’Afrique souffle. Elle va devenir une exilée, un peu comme Camus qui ne se remit jamais de ses promenades parmi les héliotropes de Tipasa. Stefanini dresse un bilan sans concession, lucide et poignant. Elle conclut : « L’âge bleu, celui des certitudes, passe : nous vieillissons, nous perdons tout, nous allons nus. » L’essentiel, c’est de ne pas se compromettre. Et il y a tant d’hommes qui acceptent la compromission.

Anne-Sophie Stefanini,  Nos années rouges, Gallimard (2017).

Programmes économiques: le jeu des 5 erreurs

François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon lors du premier débat télévisé de la campagne présidentielle. Photo: Patrick Kovarik

Il existe deux façons légitimes de traiter les programmes présidentiels des candidats qui pourraient se qualifier au second tour – Fillon, Macron, Le Pen et Mélenchon, voire Hamon si les sondeurs se trompaient massivement. La première consiste à évaluer la cohérence des propositions au regard d’un monde transformé par la crise américaine, la crise de l’euro et de l’Europe, le péril terroriste, la vague migratoire et les votes anglais et américain de 2016 : les candidats ont-ils intégré dans leurs logiciels programmatiques tous ces changements qui ne figuraient pas à l’agenda de la mondialisation heureuse ?

La seconde se propose de confronter les propositions essentielles à l’état d’une France amoindrie et désarmée par les erreurs qui ont marqué les étapes du « suicide français ». C’est celle que nous avons choisie. Après tout, ce sont encore la France et les Français, c’est encore notre Histoire que nous connaissons le moins mal. Mais cela suppose que soient d’abord traitées les deux impostures qui ont dominé notre Histoire récente : l’imposture mitterrandienne et l’imposture chiraquienne, dont Éric Zemmour a analysé les ressorts.

L’imposture mitterrandienne et l’imposture chiraquienne

L’imposture mitterrandienne, c’est le socialisme à la française, cette mixture de marxisme et de redistribution sociale inscrite dans les 110 propositions de 1981, elles-mêmes largement inspirées par le programme communiste : nationalisation des plus grandes entreprises industrielles, nationalisation intégrale des banques, augmentation massive des prestations sociales et du Smic. Toutefois, ce n’est pas l’échec du programme, reconnu en 1983 une fois pour toutes, qui révèle une mystification, mais le fait qu’il a marqué une bifurcation majeure vers la libéralisation des marchés financiers, la mise en œuvre du marché unique puis le lancement de la monnaie unique, toutes opérations orchestrées depuis Bruxelles par le mauvais génie de l’expérience, Jacques Delors, avec la bénédiction de François Mitterrand. On pourrait parler de trahison. Ce serait manquer l’essentiel : le socialisme à la française était un faux-semblant dont l’échec était programmé. Un véritable coup de bonneteau : les électeurs benêts qui avaient tiré la carte « socialisme à la française » se sont vu présenter la carte « Europe néolibérale » par les deux arnaqueurs Mitterrand et Delors. Et cette Europe a poursuivi sa course en imposant sans cesse de nouvelles contraintes, aux États au nom des équilibres comptables, et au monde du travail par un libre-échangisme sans limites à ce jour, comme le montre le vote récent du Ceta, traité de libre-échange avec le Canada[1. Le vote récent du Ceta, traité de libre-échange avec le Canada, en est la dernière manifestation.].

>> Retrouvez tous les articles de Causeur.fr sur la présidentielle

L’imposture chiraquienne. Quand Jacques Chirac a rompu avec Giscard en 1976, c’était au nom d’un gaullisme trahi par ce dernier. Son nouveau parti conjuguait le retour aux valeurs gaullistes et un « travaillisme à la française » – au moment d’ailleurs où le travaillisme anglais connaissait la faillite qui devait conduire à l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher. Faut-il énumérer les zigzags de Jacques Chirac, converti au thatchérisme en 1980, puis à la social-démocratie à nouveau en 1995, avant de s’enliser dans une impuissance avouée durant son dernier mandat présidentiel ? Nous manquerions encore l’essentiel qui est que Chirac a été le liquidateur du gaullisme avec la complicité active de Balladur et de Juppé : quand il a organisé la cohabitation (1986), première brèche majeure dans la Constitution de 1958, quand il a approuvé la monnaie unique (1992), quand il a souscrit aux élargissements successifs de l’Europe, quand il a accepté le retour dans l’Otan.

Mais c’est avec sa conversion à l’Europe bureaucratique en plein essor depuis 1984, date de l’installation de Jacques Delors à la tête de la Commission, que Chirac, après son élection de 1995 qui coïncide avec la mort de celui qu’on avait surnommé Dieu, réalise la fusion des deux impostures. Ni les Jospin, Royal et Hollande, à gauche, ni les Juppé et Sarkozy, à droite, n’ont tenté de se délivrer de ce lourd héritage pour refonder une légitimité personnelle. Ne cherchons pas ailleurs la désorientation de tant de Français qui s’apprêtent à voter. Privés des repères essentiels, ils cherchent encore l’individu providentiel qui va les tirer d’affaire, comme s’il ne s’agissait que d’une question de personne.

Nous avons besoin d’un diagnostic sans faiblesse sur l’état de la France dans un monde largement hostile, et d’idées neuves. Or le programme de trois des candidats révèle plutôt la tentation du retour au passé : retour de la planification chez Mélenchon, retour du partage du temps de travail chez Hamon, retour du thatchérisme pour Fillon. À l’autre bout du spectre idéologique et politique, Macron et Le Pen incarnent les deux projets les plus antinomiques et les plus idéologiques, une France du tiers-monde subordonnée à l’Allemagne d’un côté, une France nationaliste qui échapperait au joug de l’Allemagne de l’autre.

Jean-Luc Mélenchon : le retour de la planification

L’originalité du programme de Jean-Luc Mélenchon réside dans sa réhabilitation verbale de la planification. Pourquoi pas s’agissant d’un philosophe connaisseur du Capital et d’un politique qui nourrit toujours une admiration pour l’expérience cubaine ? Attention, il s’agit d’une planification écologique. Jean-Luc Mélenchon entend sauver la planète menacée par l’homme, l’écologie doit donc prendre le pas sur l’économie qui renvoie à un monde bientôt révolu. Qu’envisage notre trotskiste converti à l’écologie ?

>> A lire aussi: Mélenchon, zéro pointé en économie – Pourquoi son idéologie est dangereuse

Rien. Nous disons bien rien. La planification écologique relève du pur[access capability= »lire_inedits »] boniment. Alain Lipietz, député européen écolo, a rappelé que la planification exigeait un organisme dédié, des moyens et une action collective de tous les ministères concernés menée sous l’autorité du Premier ministre en liaison avec les collectivités territoriales. Mélenchon évoque des projets émanant du terrain, portés par des individus ou des groupes. Rien à voir avec une planification véritable qui serait indicative, prescriptive ou les deux ! Comme le disent ses collègues de gauche, Mélenchon aspire à battre les estrades, pas à prendre le pouvoir.

Benoît Hamon : le retour du partage du travail

Les médias de gauche, qui militent en fait pour Macron, font mine de prendre au sérieux le candidat de la « rupture » en la personne de Benoît Hamon. Ils mettent en avant son projet de revenu universel et sa volonté de faire advenir une autre Europe. N’insistons pas sur ces deux leurres. Le revenu universel, d’un coût de 400 milliards d’euros, ferait bondir le déficit public annuel de 3 à 23 % du PIB et ferait exploser par ailleurs notre déficit commercial : la première émission du Trésor public après son instauration ne trouverait pas preneur ! L’autre Europe évoquée par Hamon consisterait à organiser le subventionnement de l’Europe du Sud par l’Europe du Nord, le candidat du PS laissant entendre que la France serait alors la bénéficiaire des largesses de l’Europe du Nord : nous serions désormais dans la position de mendiant de l’Allemagne. Benoît Hamon se trompe de public. C’est de l’autre côté du Rhin qu’il devrait faire campagne afin de convaincre les travailleurs et les épargnants allemands échaudés par les sacrifices déjà consentis pour sauver les éclopés de la zone euro.

Reste la promesse d’une nouvelle réduction du temps de travail, immensément populaire chez les fonctionnaires et les gens du spectacle fidèles aux partis de gauche, aussi irréaliste soit-elle. C’est la véritable « nouvelle donne »[2. Nom du groupuscule politique de Larrouturou.] qui mobilise encore les espoirs. Si Lionel Jospin, qui a privatisé et conduit maintes réformes néolibérales avec DSK, est allé jusqu’au bout des 35 heures en dépit de ses doutes, c’est que cela répondait au vœu le plus cher de son électorat. Benoît Hamon est ainsi fidèle à une grande spécificité de la gauche française qui la distingue de toutes les autres gauches en Europe et dans le monde. L’irréalisme de son discours est en phase avec l’imaginaire de son électorat de référence. La chose est essentielle pour un candidat qui vise à hériter de la rue de Solférino. Mais n’y a-t-il pas d’autres urgences pour la France que de donner un successeur à Cambadélis ? Oublions Benoît Hamon, candidat au premier secrétariat du PS.

François Fillon : le retour du « thatchérisme »

On ne déniera pas à François Fillon qu’il représente la bourgeoisie d’argent qui forme le socle de l’électorat « républicain ». Chefs d’entreprises, cadres supérieurs, professions libérales et par-dessus tout possesseurs de richesses touchés par l’ISF. Il la représente cependant jusqu’à la caricature au risque de suggérer qu’il a, comme Giscard, un problème avec le peuple.

Son programme n’est ni plus ni moins qu’un programme « thatchérien » dans l’esprit sinon dans la lettre : sortie des 35 heures, report du départ en retraite et suppression de 500 000 fonctionnaires. Son électorat a reconnu sa bonne volonté en votant massivement en sa faveur aux élections primaires.

Reste à savoir si les réformes « courageuses »[3. Dans la littérature néolibérale, les réformes sont courageuses, sinon ce ne sont pas des réformes.] qu’il met en avant sont cohérentes et appropriées au moment historique. Sortie des 35 heures soit, mais sans contrepartie pour les personnes au travail qui vont accroître leur effort ? N’aurait-il pas été judicieux de consentir une consolidation du contrat de travail à durée indéterminée, nonobstant les exigences d’un patronat qui veut le beurre et l’argent du beurre ? Reporter l’âge du départ en retraite au risque d’ajouter des chômeurs et de reperdre en indemnisation chômage le gain comptable sur les retraites[4. À l’exception de Xavier Bertrand, toutes les augmentations de la durée de cotisation ont été proposées par des fonctionnaires : Simone Veil, François Fillon, Marisol Touraine.] ? Supprimer 500 000 fonctionnaires mais où sapristi, sachant que la masse des fonctionnaires surnuméraires se situe dans les collectivités territoriales et que l’État régalien a déjà subi des coupes claires dans l’armée, la police, la diplomatie ?

Proposition aggravante, Fillon envisage de confier aux assurances la couverture des dépenses de santé. La proposition ne tient pas debout. On ne peut réclamer des smicards ou des demi-smicards qu’ils s’assurent pour leur compte. Dès lors, ou bien il faudrait relever les rémunérations pour aider les cotisants individuels, ou bien on demandera aux classes moyennes de payer, outre leur propre assurance, l’impôt qui permettra de couvrir celle des pauvres[5. Et comment fera-t-on pour contrôler les tarifs médicaux et pharmaceutiques dans le nouveau régime ?]. François Filllon, qui a cédé aux chants des sirènes des assurances, met en danger, par un projet de réforme irréfléchi, son propre électorat. Pour l’instant, celui-ci n’y voit que du feu.

Emmanuel Macron : la collaboration réhabilitée

Causeur a présenté Macron comme l’homme qui doit permettre de prolonger l’expérience de Hollande cinq années de plus. Ce que confirme le battage quotidien en sa faveur de la part des médias qui ont soutenu le président normal jusqu’à son renoncement. C’est à désespérer.

Ce qu’on lui reproche par-dessus tout est son inféodation à la finance. François Bayrou, aujourd’hui rallié à Macron, l’a dit : « Emmanuel Macron est le candidat des forces de l’argent. » Ses premiers soutiens sont les banques anglaises et américaines installées à la City. Macron ne s’en cache pas, il ne se donnera pas le ridicule de dire : « La finance, c’est mon ennemie. » Mais ne risque-t-on pas là aussi de manquer l’essentiel ? Car Hamon et Fillon se gardent de rompre des lances avec les banques. Hamon a souscrit à la réforme bancaire qu’elles ont inspirée, et le programme de Fillon aurait pu être rédigé à l’Association française des banques.

>> A lire aussi: Macron: un bilan plein de bonnes intentions… et de lobbies satisfaits

En réalité, Macron n’est pas le candidat de la finance, il est le candidat de Berlin. Quel dommage que les électeurs ne lisent pas le Financial Times, The Wall Street Journal ou The Economist qui font sa louange constante. Non seulement du fait de son néolibéralisme affiché. Mais aussi parce qu’il est pro-Europe et pro-Allemagne. Après le Brexit, l’élection de Trump, le surgissement des mouvements populistes un peu partout en Europe, son élection serait un soulagement pour Angela Merkel et la Bündesrepublik. Les dirigeants de Berlin qui ont pris le pouvoir à la faveur de la crise de l’euro ont compris que l’Europe était menacée d’éclatement. Ils ne veulent pas se retrouver au milieu des ruines du système. Macron, providence des médias de gauche, des médias néolibéraux, est aussi leur providence.

C’est un autre Emmanuel, Todd, qui nous a livré le fin fond de l’affaire quand il a rebaptisé Hollande « vice-chancelier d’Allemagne chargé de la province France ». Nul besoin que notre territoire soit occupé par l’armée allemande pour que nos dirigeants politiques et nos médias se mettent au service de la puissance allemande[6. À entendre ou à lire certains d’entre eux, on se prend à dire : « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand. »]. La trahison des clercs est de retour, bien aidée par la politique xénophile de la chancelière. Angela Merkel incarne les valeurs d’ouverture du système néolibéral. Dans ce nouveau contexte, la collaboration tant honnie se trouve réhabilitée à demi-mot.

C’est le point essentiel pour qui veut comprendre ce qui peut séparer dans le fond un Fillon et un Macron. Fillon ne donne pas les mêmes assurances de subordination à l’Allemagne. Son projet de lever les sanctions économiques contre la Russie a dérangé tout en révélant qu’il ne serait pas forcément aux ordres de la chancellerie de Berlin.

Marine Le Pen : la nation fétichisée

Les médias ont fini par remplacer les vocables politiques ou idéologiques par des vocables géographiques. Fillon est le candidat du centre droit, Macron celui du centre gauche. Et Marine Le Pen la candidate de l’extrême droite – far right en anglais. Il serait plus éclairant de dire qu’elle est la candidate nationaliste. Mais elle serait alors rangée non pas dans la sphère sulfureuse du fascisme plus ou moins avoué, mais dans celle des dirigeants de la Chine, communistes nationalistes, du Premier ministre indien qui gouverne à la tête du parti nationaliste, du président russe, du nouveau président américain et, avec un peu d’audace, de la chancelière de Berlin qui défend bec et ongles les intérêts de l’Allemagne en toutes circonstances. Son incrimination deviendrait problématique.

Quant à son programme, on devrait se réjouir qu’elle ait identifié dans la fraude sociale et la gabegie territoriale les principaux gisements de dépenses parasitaires[7. Généralisation de la carte Vitale biométrique, suppression de l’aide médicale d’État et suppression des régions reconnues comme inutiles.], qu’elle envisage la sortie des 35 heures par la voie de la négociation, et par-dessus tout qu’elle ait compris les enjeux de la sortie de l’euro. Premier enjeu : le rétablissement de la compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne qui, sinon, exigerait des allègements de charges massifs qui ne sont possibles que dans l’imaginaire patronal. Second enjeu : la faculté de créer de la monnaie pour financer les investissements prioritaires de nature économique, militaire ou écologique à fort retour sur la dépense (dans la limite de 20 milliards d’euros). Et si l’on devait critiquer sa présentation, ce serait pour dire qu’elle n’a aucune chance d’obtenir un démantèlement concerté de la prison monétaire, comme elle le prétend : le geôlier allemand ne lui donnera pas le bon de sortie. Il lui faudra, si elle est sincère, sauter le pas en bravant le système.

Reste un point crucial de son projet qui heurte l’intelligence. Elle veut introduire une priorité nationale pour l’emploi, arbitraire et absurde à la fois. Certes, les employeurs français usent et abusent du recours aux sans-papiers qui sont aussi et surtout des sans-métier. L’État offre une prime à l’emploi des personnes non qualifiées par un allègement de charges sur les bas salaires qui coûte plus de 20 milliards d’euros par an. Mais on voit mal comment entraver l’embauche de personnes qualifiées et de talent dans différents secteurs. Le grand vendeur d’Airbus est américain, Airbus Helicopters emploie des ingénieurs de 47 nationalités, Linda Jackson, la patronne de Citroën, est anglaise. Et nos restaurateurs italiens emploient tant de compatriotes transalpins. Comment comprendre une telle bévue ?

Marine Le Pen fétichise la nation. Elle suit ainsi un processus intellectuel symétrique et inverse de tous ceux qui ont fétichisé l’Europe et la mondialisation. Mais prendre le contre-pied de la propagande mensongère du système ne donne pas forcément les clés de l’avenir. Sans parler de l’accusation de xénophobie qui va refleurir dans les médias et dans les propos de ses concurrents politiques. Il y a tant d’autres façons convaincantes d’incarner le changement. Espérons qu’elle se rétractera sur ce point et consacrera ses efforts à expliquer l’impératif catégorique de la sortie de l’euro et des mesures d’accompagnement de la sortie.

La France à contre-courant ?

Ne demandez pas à votre serviteur un pronostic pour le scrutin. Mais il est tenaillé par une hypothèse. En 1981, la France avait choisi un programme à demi marxiste incarné momentanément par Mitterrand, à contre-courant de l’Angleterre et des États-Unis qui avaient porté Margaret Thatcher et Ronald Reagan au pouvoir. De même, on peut craindre que la France vienne au secours du néolibéralisme ébranlé par l’arrivée au pouvoir de Theresa May et de Donald Trump. Rendez-vous après l’oracle du 7 mai prochain.[/access]

Matzneff en roue libre

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Gabriel Matzneff. Sipa. Numéro de reportage : 00701933_000008.

Sacré Matzneff. Même quand il se conduit comme un ange, il trouve le moyen de se faire enquiquiner. Voyez ce qui lui est arrivé avec Un diable dans le bénitier, son nouveau recueil de chroniques. Comme il l’explique dans la préface, ce livre devait paraître chez un éditeur catholique, avec le soutien enthousiaste du PDG. Las ! Echaudé peut-être par la réputation de l’auteur, l’actionnaire principal de la maison a mis son veto, empêchant la publication. « Un ami avocat me dit qu’on n’a rien vu de semblable en France depuis l’occupation nazie », s’émeut Matzneff, jamais à court d’emphase quand il s’agit de défendre sa liberté de s’exprimer. Le manuscrit atterrit finalement chez Stock, sorte de retour aux sources puisque c’est là que Matzneff avait publié Les Passions schismatiques, en 1977.

Orthodoxe et libre

Cette mésaventure éditoriale résonne assez bien avec le contenu du livre, éloge tous azimuts de la liberté – la liberté en général, et celle de l’auteur en particulier. Liberté de parler de tout, notamment, qu’il s’agisse de l’actualité anecdotique (les déboires du président Hollande, son cher « Pingouin », qu’il asticote volontiers) ou des sujets décisifs (Dieu, le suicide, le péché). Liberté de juger sans système, aussi, d’approuver ou blâmer sans égard pour les camps, les religions, les partis. Liberté de se contredire, le cas échéant. Pourquoi pas ? Un écrivain n’est pas tenu à la cohérence. Matzneff s’enorgueillit de n’être sectateur de rien du tout, sauf de la langue française, « la seule maîtresse à laquelle je sois, depuis mon adolescence, resté rigoureusement fidèle ».

Il est beaucoup question de religion dans ces textes écrits de 2013 à 2016, d’où le titre. Matzneff a souvent évoqué son appartenance à l’Eglise orthodoxe et son intérêt pour la théologie. L’irreligiosité d’autrui l’indiffère, en bon libertin ; mais rien ne lui hérisse plus le poil que le matérialisme, son horreur du mystère, son indifférence au sacré. « L’athéisme, c’est très bien, l’anticléricalisme, pourquoi pas, mais il y a des limites au manque de savoir-vivre ». Sa culture puisant au monde gréco-romain autant qu’au judéo-christianisme, il n’oublie pas de citer souvent Epicure et Sénèque, en lançant chaque fois une pique au passage à Najat Vallaud-Belkacem, fossoyeuse du latin-grec au collège.

Exercices d’admiration

On croise aussi dans ces pages ses maîtres, Cioran, Montherlant, Byron et Casanova, ainsi que diverses figures du petit théâtre contemporain comme Manuel Valls ou BHL. Contre toute attente, il défend ce dernier mordicus, à cause de ce qu’il juge être leur point commun : le fait qu’ils irritent (pour des raisons différentes, cela va sans dire). S’il le dit ! Ces chroniques forment un autoportrait fantasque, humoristique et gai, plein de professions de foi épicuriennes : « Nous avons le devoir esthétique et moral de mordre dans les fruits du jardin des Hespérides, d’en savourer avec une infinie reconnaissance la beauté et la bonté ». Un reproche, quand même : deux vilaines coquilles, qui salissent les pages 63 et 196. Un comble pour cet artisan si soigneux. Mettons que ce sera corrigé dans la réédition, qui donnera l’occasion de le relire.

Un diable dans le bénitier, Gabriel Matzneff (Stock, 2017).

Un diable dans le bénitier

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Présidentielle: une soirée avec Michel Onfray

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Michel Onfray, juin 2015. SIPA. 00715073_000015

Si vous voulez voir la tête que fera Michel Onfray à l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle, rendez-vous au théâtre Antoine de Paris ce dimanche 23 avril à 19h30. Le philosophe « convie » qui veut à « échanger librement avec lui » pendant la soirée électorale. Réactions aux principales déclarations et analyse de la façon dont les médias rendent compte de l’évènement sont, notamment, au programme. L’idée de cette rencontre est de remettre l’intellectuel au cœur de la cité. L’idée est de rassembler toutes les familles de citoyens, bien au-delà des coteries et des fans clubs. À dimanche soir !

Réservations sur le site du théâtre Antoine. Les places sont aux tarifs de 11, 18 et 23 euros.

La parole au peuple

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Décadence: Vie et mort du judéo-christianisme

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Benoît Hamon, le multiculturalisme bien de chez nous

Benoit Hamon à Lyon, avril 2017. SIPA. 00801984_000031

« Bilal Hamon. ». Deux mots, un surnom suffisent à résumer la perception qu’ont de Benoît Hamon ses plus farouches adversaires. Mais c’est peut-être aussi la sienne, celle qu’il a de lui ou dont il rêve. « Ali Juppé », l’intéressé avait trouvé ça « dégueulasse ». « Bilal Hamon », Benoît Hamon trouve ça charmant : « Ils m’ont rebaptisé d’un très joli prénom. Je suis fier qu’ils m’appellent Bilal et serais fier aussi qu’ils m’appellent Élie, David », s’est réjoui le candidat devant une salle déchaînée qui scandait : « Bilal, Bilal, Bilal ! » C’était à Montreuil, capitale du multiculturalisme à la française.

Pour Hamon, on n’appartient pas à la France, c’est elle qui nous appartient

Celui qu’il aime, celui de son fief. Trappes. Ville de Jamel et d’Anelka. 40 à 50 nationalités, 70% de musulmans. Et un intérêt évident à les flatter. « Il victimise et essentialise les musulmans, les entretenant dans l’idée que la France ne fait pas tout ce qu’il faut pour les intégrer », assure son ancien suppléant, Jean-Philippe Mallé. « C’est insupportable que l’on continue à faire de la foi de millions de nos compatriotes un problème dans la société française, répond pendant la primaire Benoît Hamon. Arrêtons de faire de l’islam un problème pour la République. » De là à dire que c’est la République qui est un problème pour l’islam ? Le candidat ne va pas (encore ?) jusque-là. Mais en bon orientaliste, Benoît Hamon sait recevoir ses invités. Alors, c’est plutôt à elle de s’adapter : « Elle doit, comme dans le passé, chercher et trouver un compromis entre la reconnaissance du fait religieux et les limites posées à l’extension du domaine religieux. » En clair : des « accommodements raisonnables » à la Justin Trudeau. Pour Benoît Hamon, « la matrice des valeurs communes existe bien ». Parler voile ou burkini, c’est déjà « stigmatiser ». L’absence des femmes dans les bars – au-delà d’être une tradition ouvrière « historique » – ne relève pas du religieux mais du « social ». Et la proposition de Marine Le Pen d’interdire l’enseignement des « langues d’origine » à l’école, c’est « nauséabond ». Comme l’assimilation ? Un Français, selon Hamon, c’est quelqu’un qui vit en France. L’identité n’existe qu’au pluriel et les identités ne sont pas un critère d’appartenance à la France. De toute façon, pour Hamon, on n’appartient pas à la France, c’est elle qui nous appartient.

La France de Benoît Hamon ne cesse de demander pardon : aux peuples colonisés, à Benzema non sélectionné en équipe de France. Forcément, ça ne laisse pas beaucoup de temps pour[access capability= »lire_inedits »]  parler des autres Français. Heureusement, ses porte-parole sont là pour ça. Sa responsable « égalité femmes-hommes », Laura Slimani, vient de traiter le maire de Montpellier de « vieux mâle blanc libéral ». Jusqu’ici, Hamon n’a pas bronché.

 

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« Contre le terrorisme, l’Etat n’a pas de pensée stratégique »

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Champs Elysées. Sipa. Numéro de reportage : 00803153_000022.

Daoud Boughezala. L’assaillant des Champs-Elysées abattu hier soir après avoir assassiné un policier était connu de la justice. Le dénommé Karim C. avait en effet écopé de vingt ans de prison en 2003 pour tentative de meurtre contre des forces de police. Est-ce une faillite de la magistrature?

Eric Delbecque[1. Journaliste spécialiste de la sécurité et de l’intelligence économique, Eric Delbecque est l’auteur du Bluff sécuritaire (Editions du Cerf, 2017)]. En tout cas, cela pose question. Tant qu’on ne connaît pas le détail des dossiers, on ne peut pas se substituer aux magistrats mais on peut se demander ce qu’il faisait dehors en liberté. Il y a quelque chose qui vraisemblablement ne fonctionne pas dans la chaîne pénale. Reste à savoir si on a affaire à un individu qui, vus ses antécédents, voulait se venger du monde de la police et se couvre de la marque djihadiste Daech parce que c’est plus valorisant. Nous le saurons dans les jours à venir. Ce qu’on redoutait depuis un certain moment s’est produit : Daech pousse des gens plus ou moins équilibrés à commettre des actes criminels pour les revendiquer ensuite. C’est un processus parfaitement décentralisé qui permet de choisir une cible dans la rue et de l’attaquer avec les moyens du bord.

Face à cette menace, les patrouilles de militaires armés dans Paris sont-elles une arme antiterroriste efficace ou de la poudre aux yeux ?

Ce dispositif est avant tout de nature à rassurer nos concitoyens. Mais ce n’est pas véritablement dissuasif et efficace contre nos ennemis. La preuve, cela n’empêche pas les djihadistes d’attaquer. Sans être totalement inutile, cette mesure ne peut pas constituer le cœur de la réponse au terrorisme. Comme on l’a vu au Louvre, à Orly et hier aux Champs-Elysées, les forces de l’ordre sont placées en première ligne du front antiterroriste en tant que symboles de l’Etat et cibles faciles à atteindre parce qu’ils sont dans la rue. Pour le terrorisme low-cost, cela ne demande pas une grande réflexion de sortir s’attaquer à des militaires en uniforme pour provoquer un coup d’éclat.

Une fois n’est pas coutume, cette énième attaque terroriste n’a pas été suivie d’annonces tonitruantes du ministère de l’Intérieur. Pourquoi critiquez-vous l’octroi de moyens supplémentaires aux forces de sécurité ?

Donner des moyens supplémentaires aux forces de l’ordre est bien évidemment positif mais c’est un élément tactique qui ne règle pas la question de la stratégie : quel objectif veut-on atteindre ? Nos gouvernants n’ont pas d’objectif stratégique à atteindre. Ils gèrent la situation en priant très fort pour qu’il n’y ait pas de problème puis en léguant la patate chaude à leur successeur. L’Etat est dans une déshérence stratégique totale. Il ne pense pas au-delà des quelques mois à venir, ce qui est quand même fou car son rôle est de se projeter dans l’avenir ! Certes, cela n’a rien d’étonnant avec François Hollande, qui est l’antithèse de la pensée stratégique. Le drame, c’est que sans stratégie d’ensemble, notre politique sécuritaire ne peut pas marcher.

Vous vous opposez aussi à l’inflation législative contre le terrorisme. Mais face à une menace réticulaire en perpétuel mouvement, ne faut-il pas adapter notre arsenal législatif ?

Plutôt que de les empiler, il faudrait déjà appliquer les lois qui existent, ce qui pose la question des moyens de les appliquer, notamment en termes de places de prison. Des lois contre le terrorisme, on en a votées, y compris quand Bernard Cazeneuve était ministre de l’Intérieur. Prenons un exemple très concret : l’interdiction des sites Internet djihadistes. C’est bien joli, mais dans un monde où on peut ouvrir un site Internet à l’autre bout de la planète en quelques minutes pour diffuser de la propagande, la loi Cazeneuve est un cautère sur une jambe de bois.

Qu’aurait-il fallu faire pour être à la hauteur de l’enjeu ?

Depuis trente ans, il aurait fallu régler les problèmes de fond, reprendre les fameux « territoires perdus de la République ». Il faudra bien régler la question un jour une bonne fois pour toutes, ce qui ne signifie pas qu’il faut s’y atteler avec brutalité ou n’importe comment, sans modèles de développement et de prospérité économique. Ces zones vivent souvent du trafic de stupéfiants, aussi doit-on leur proposer des alternatives socio-économiques. Quoi qu’il en soit, on ne peut plus négocier l’autorité de la République sur ces territoires. Autre problème de fond, plus abstrait mais essentiel, on a désarmé depuis des décennies l’Education nationale, mis à bas le récit national, diffusé la haine de soi et insinué que la France était toujours coupable. Cela n’a pas été sans conséquences. Idem pour notre politique étrangère, qui va d’errements en oscillations depuis des années, qu’il s’agisse de la Syrie, ou de nos relations avec la Russie.

Ces sujets n’ont que très peu été abordés dans la campagne présidentielle, qui s’est concentrée sur les « affaires » et des débats qui relèvent davantage de l’éthique personnelle que de la politique…

Pour faire des propositions dans ce domaine, encore eût-il fallu mener de longues réflexions et délibérations. Aujourd’hui, une mesure révolutionnaire consisterait à s’arrêter cinq minutes, de rassembler des gens compétents, pas seulement dans le domaine étatique, mais aussi des sociologues, des théologiens, des psychiatres, de la sécurité privée pour accoucher de préconisations qu’on appliquera enfin. Il faudrait peut-être créer une administration de mission sur la lutte contre le terrorisme. Parce que les rapports d’information parlementaires ont parfois de très bonnes idées mais s’empilent sans déboucher sur quoi que ce soit. Répondre au péril terroriste demande bien sûr un volet sécuritaire mais aussi des propositions éducatives, sociales, économiques, sans quoi on n’y arrivera pas. Sans oublier la gestion des frontières et de l’arrivée de migrants, autant de questions à traiter subtilement. Au fond, là est le seul enjeu de l’élection présidentielle : retrouvera-t-on une pensée stratégique ?

Le bluff sécuritaire

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Une France soumise - Les voix du refus

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France Inter, radio de sévices publics

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Nagui, Charline Vanhoenacker et Patrick Cohen, août 2014. SIPA. 00691083_000014

Il me faut commencer ce coup de gueule par une confidence personnelle. Là où j’habite, l’île de La Réunion, aucune radio nationale (ni France Musique, ni France Culture, ni aucune des grandes « radios commerciales ») autre que France Inter, n’est diffusée. Voilà pourquoi, si je veux échapper aux radios locales, lesquelles ne volent pas toujours très haut, je dois me résigner à me brancher de temps à autre sur la radio de « service public ».

Je dois donc accepter d’endurer – mais j’y suis par avance bien préparé – des bulletins d’information, trop souvent biaisés et tendancieux dans leur façon de sélectionner ou de présenter les événements dont ils choisissent de parler, des bulletins toujours orientés dans la même direction idéologique et dont on ne peut pas dire qu’ils soient caractérisés par un quelconque souci d’impartialité et par le plus petit effort d’ouverture en direction des diverses orientations présentes dans le champ politique.

>> A lire aussi: A 8h30, sur France Inter, vous êtes présumé coupable

J’évite généralement les émissions du matin, où règnent, sûrs d’eux, impérieux et souverains, M. Cohen et sa bande, lesquels, dans les différents domaines qu’ils abordent, pontifient et, sans vergogne, imposent leur propre vision des choses. Ceux-là, quand ils reçoivent des représentants du Front national (pendant longtemps ils s’en sont farouchement gardés mais il a bien fallu à la fin que, de temps en temps, ils s’y résignassent !), c’est pour les soumettre à un bombardement acharné de questions venimeuses, toujours les mêmes, inlassablement répétées, afin de leur couper systématiquement la parole et les empêcher de développer clairement et posément leurs positions devant les auditeurs, comme devrait normalement pouvoir le faire tout responsable politique reçu dans une radio. J’évite aussi les émissions se voulant de détente et affichant des prétentions comiques, celle de Nagui, en fin de matinée, et celle de Charline Vanhoenacker, en début de soirée, émissions honteusement colonisées par des humoristes gauchistes plus ou moins abjectes, voire franchement obscènes.

Sur France Inter, l’immigration n’a pas augmenté

Alors que reste-t-il d’audible, de décemment écoutable par un citoyen dans mon genre, un citoyen – je l’avoue humblement – de tendance plutôt réac ? Eh bien, les émissions de l’après-midi. Ainsi chaque fois que je le puis, j’écoute l’admirable « Marche de l’Histoire » de Jean Lebrun, une émission exemplaire pour le respect qu’y manifeste l’animateur envers l’auditeur et envers la personne invitée à échanger avec lui ; j’écoute aussi souvent « La tête au carré », une émission qui propose habituellement des aperçus très intéressants et forts instructifs sur divers aspects de l’actualité scientifique ; j’écoute parfois « Affaires sensibles », quand il advient que le sujet retenu m’intéresse, et j’écoute aussi bien sûr, quand j’en ai l’occasion, l’émission consacrée à la musique classique…

Ce long préambule un peu trop abstrait et général achevé, il est temps de nous tourner vers les faits concrets et précis qui me poussent aujourd’hui à prendre la plume, des faits qui me paraissent tout-à-fait « emblématiques » (comme on aime aujourd’hui à dire) et parfaitement révélateurs du problème. Lundi 27 mars, j’écoute « La tête au carré ». L’invité de ce jour-là, c’est Hervé Le Bras, un démographe immigrationniste, qui avec la complicité de l’animateur et à l’aide d’un discours d’allure scientifique, entreprend de nous persuader que non, il n’y a pas plus d’immigrés venant aujourd’hui s’installer en France qu’il n’y en eut par le passé, par exemple dans les années 30, et que toutes les inquiétudes qu’à ce sujet l’on entend ici ou là s’exprimer ne reposent sur rien de consistant et d’objectivement vérifiable. A écouter notre fier savant, ce ne seraient là que purs fantasmes dont les victimes ne peuvent être que des individus abusés, des personnes mal informées, intellectuellement déficientes et psychologiquement perturbées. Allons donc !

Cet ahurissant numéro d’acrobatie au cours duquel la réalité se voit allègrement escamotée (une réalité dont quiconque visite aujourd’hui les yeux ouverts nos villes et nos banlieues peut aisément faire par lui-même le constat), vise explicitement le FN et sa candidate. L’animateur, lui, laisse l’invité débiter tranquillement ses arguties les plus spécieuses et ses contrevérités les plus flagrantes sans jamais rien lui objecter. Pourquoi n’a-t-il pas songé à inviter une démographe plus sérieuse et plus honnête comme Michèle Tribalat afin que celle-ci puisse donner à son invité la réplique et contrebalancer ainsi un point-de-vue aussi scandaleusement partial et déséquilibré ? Choqué par ce que j’entends, je me dis que je m’en vais écrire au CSA pour lui faire connaître mon indignation et pour lui demander si, au nom de l’équité, des émissions aussi franchement partisanes ne devraient pas être comptabilisées au crédit ou au débit des divers candidats actuellement en compétition électorale…

Guy Bedos, invité donneur (de leçons)

Mercredi 29 mars, après le bulletin d’information de 11h, c’est l’émission de Nagui qui commence. Machinalement, dans un sain réflexe, je m’apprête à tourner le bouton mais, suspendant mon geste pour un instant, j’attends cependant d’apprendre quel va être son invité du jour. Ah, c’est l’abominable Guy Bedos ! Beurk… Alors là, d’un doigt décidé, un peu rageusement, j’éteins mon poste… Pourtant, quelques secondes plus tard, j’en viens à me raviser et me dis : « Tiens, après tout, pourquoi pour une fois ne pas l’écouter ? Cela ne pourrait-il pas être pour toi instructif d’observer jusqu’où une telle émission se permet d’aller ? » et, dans un élan d’abnégation aussi héroïque qu’exceptionnel, je décide alors de rallumer, afin de me permettre d’apprécier, « de auditu », l’étendue du désastre.

Comme prévu, ce fut affreusement éprouvant. Il y a d’abord la personnalité de Bedos, sa prévisibilité, sa phénoménale fatuité, son égocentrisme démesuré, son manque total d’humour, son incapacité à se mettre un seul instant lui-même en question. Sans cesse, il la ramène et se met en avant. Avec son très cher ami Rocard, un « frère » dont la disparition le laisse inconsolable, avec Mélenchon auquel (malgré le caractère quelque peu ombrageux du personnage), chaque fois qu’il est sollicité, il consent à accorder très généreusement son précieux appui, avec ses camarades Belmondo, Rochefort et Marielle qu’il a intimement côtoyés pendant ses études au Conservatoire, avec Brassens, Brel et Barbara qui ont tout de suite reconnu son talent naissant et ont couvé ses premiers pas sur la scène, avec Desproges dont il a su, immédiatement et le premier, détecter l’immense génie et qu’il a ensuite chaudement encouragé à poursuivre dans la voie où plus tard il s’illustrera…

Un homme insupportable, mais que tous, sur le plateau, s’ingénient à flatter d’une façon totalement indécente. Et c’est à qui se montrera à son égard le plus bassement flagorneur… On le loue et le félicite notamment pour avoir arraché à un tribunal ce que l’on devra désormais appeler « la jurisprudence Bedos », une conquête obtenue sur le front juridique dont il est particulièrement fier et pour laquelle il ne se prive pas d’afficher beaucoup de gloriole. Non, désormais, traiter publiquement sur scène comme il l’a fait Mme Morano de « grosse conne », ne constitue pas pour le juge une injure caractérisée. C’est là assurément – accordons-le lui volontiers – pour l’humanité en marche vers toujours plus de lumière et toujours plus de progrès, une avancée décisive ouvrant des voies très prometteuses !

Mais il y a aussi d’autres intervenants, des habitués apparemment, que Nagui, flanqué de sa bande pas si « originale » qu’il veut bien le proclamer, écoute avec gourmandise, en gloussant aux meilleurs moments. Un certain Daniel Morin, donne une imitation bête et méchante de Radio-Courtoisie (rebaptisée sans complexe Radio-facho). On commence par entendre la musique de « Maréchal nous voilà », puis un speaker doté d’une ridicule voix de pimbêche prend la parole et fait l’éloge de « Marie-Françoise, élue patriote frontiste qui, à 67 ans, dans un incroyable élan de chrétienté, se tire encore le lait pour le distribuer gratis aux femmes de sa commune qui, pour leur plus grand malheur, ont la mamelle sèche » avant de s’en prendre à « M. Guy Bédos, fantaisiste pamphlétaire léniniste qui depuis 50 ans salit la France de ses saillies bobos-gauchistes qui n’amusent que les traitres à la nation et les rastaquouères qui l’assiègent… » Il y en a aussi pour Ménard, pour Zemmour, pour Valeurs actuelles… et pour les pastilles Vichy (association particulièrement désopilante !) et, bien sûr, pour« Dame Marine qui bientôt sera présidente de la France »… L’humoriste, ayant fini son numéro parodique plein de finesse, reprend alors sa voix naturelle et conclut d’un ton grave : « Oui, je sais, ça fait peur… Mais, attention les amis, je vous rappelle que la menace frappe à notre porte. »

« Valeurs actuelles, le journal qu’on emporte quand on va aux chiottes »

Puis, c’est au tour d’un dénommé Pierre-Emmanuel Barré de nous livrer le résultat de ses « spirituelles » élucubrations. Qu’on en juge par cet extrait qui devrait séduire nos braves féministes : « Si ma meuf ne veut plus me sucer depuis trois semaines, je ne l’attrape pas par les cheveux pour la forcer. Hein, je me dis, c’est peut-être parce que depuis trois semaines je ne me suis pas lavé la bite. » Ou cet autre : « Nom de Dieu, on a retrouvé 10 ADN différents dans le cul de cet électeur ! Pourtant ils sont 11 candidats ? Oui, mais Mélenchon s’aimait tellement qu’il a préféré s’auto-enculer ! » Je ne me sens pas particulièrement bégueule mais je me pose sérieusement la question : peut-on considérer que ce genre de considérations parfaitement obscènes soit bien à sa place à la radio, surtout dans la journée, à une heure de grande écoute ? Qu’en pense là encore le CSA ?

Un exemple de l’impudence, mais aussi de l’inconscience de ces gens-là. On demande à M. Bedos si, afin d’éviter de se trouver contraint de côtoyer quelqu’un qui lui déplairait, il choisit soigneusement les émissions dont il décide d’accepter l’invitation. Il répond affirmativement mais ajoute aussitôt que, pour ce qui est de l’émission de Nagui, il est bien tranquille car il sait pertinemment ne pas risquer d’y rencontrer Robert Ménard. Si d’ailleurs, ajoute-t-il, une telle chose devait jamais lui arriver, il se retirerait illico. Et Nagui de le rassurer aussitôt : « Mais, mon cher, nous serions alors deux à quitter le studio ! » Qu’est-ce que trahit une telle connivence ? Quel est le postulat implicite, l’évidence sous-jacente, partagée aussi bien par l’inviteur que par l’invité, qui se révèle ainsi à nous ? Cela peut aisément se déduire : nous, c’est-à-dire Nagui, Bedos et les autres personnalités bien-pensantes, nous sommes ici chez nous, pas un Ménard ! Lui et ses semblables, on ne veut pas les voir. D’ailleurs, de fait, les voit-on ? France Inter, pour eux, c’est donc : « Les gauchistes reçoivent les gauchistes » et « Les gauchistes parlent aux gauchistes » ! L’antenne publique que l’Etat leur a confiée, ils l’ont privatisée et, sans vergogne, se la sont appropriée…

Et les auditeurs là-dedans, les citoyens ordinaires, ceux qui paient la taxe et financent la radio de leurs impôts, y sont-ils chez eux, dans cette radio publique ? Ça dépend… S’ils communient avec les valeurs généreuses, progressistes, tolérantes, fraternelles, « antifascistes », que nous prônons, oui, ils sont les bienvenus. Sinon, qu’ils aillent se faire voir ailleurs. Et s’ils se risquent malgré tout à laisser traîner ici leurs sales oreilles mal-pensantes et réactionnaires, tant pis pour eux ! Qu’ils acceptent alors docilement de se voir par nous moqués, piétinés, crachés dessus, traités de tous les noms : abrutis, étroits du bulbe, rétrogrades, coincés, grenouilles de bénitier ou fachos ! C’est tout ce qu’ils méritent.

Je n’écoute jamais l’émission de Mme Vanhoenacker« Si tu écoutes j’annule tout », mais, à deux reprises, en voiture, j’en ai capté un bout au vol et, les deux fois, j’ai pu entendre cette dame mentionner en gloussant,« Valeurs actuelles, le journal qu’on emporte quand on va aux chiottes ». De sa part, ça a donc l’air d’être une plaisanterie récurrente, une pique jugée par elle tellement percutante, tellement spirituelle, tellement irrésistible, qu’elle la ressert à son public le plus souvent possible. Mais, moi, je regrette ; moi, je ne vois pas pourquoi je devrais tolérer que, sur la radio « nationale », l’on traite de cette façon le journal que, chaque semaine, je lis, moi, avec intérêt. Et pourquoi pas à la place, de temps en temps et pour changer, par exemple Libération, L’Obs ou Télérama ?

L’intolérance de ces gens-là, convaincus au plus profond d’eux-mêmes de leur indiscutable supériorité de droit divin sur les citoyens qui n’ont pas l’heur de penser comme eux, d’adhérer docilement à leurs détestations, de se rallier sans discuter à leurs goûts et préférences, de souscrire aveuglément à toutes leurs admirations, est vraiment sidérante. Pour eux, en effet, tous ceux-là ne sont que de vrais demeurés, d’indécrottables crétins, à qui on devrait même ôter le droit de voter, comme Bedos, ce grand démocrate, n’a pas craint de le suggérer chez Nagui !

CSA, te voilà?

Mais tout cela va plus loin que l’intolérance, plus loin que la suffisance béate et l’arrogance tranquille. Ce que bien souvent l’on perçoit à travers leurs propos, c’est plus que du simple mépris, véritablement de la haine. Une haine profonde et bien mal dissimulée. De la part de gens qui font si volontiers étalage de leur antiracisme, qui se réclament d’un humanisme sans frontières et proclament fièrement leur idéal de fraternité universelle, ce qu’ainsi ils manifestent à l’égard de ceux qu’ils appellent les « petits blancs », les « franchouillards », les « beaufs », ceux qui, excédés de voir leur cadre de vie envahi et détruit par la submersion migratoire, donnent leurs voix au Front national, c’est bien une sorte de racisme qui ne dit pas son nom !

Alors, n’y aurait-il pas, se demandera-t-on peut-être, un CSA pour contrôler tout cela, un CSA pour rappeler opportunément à l’ordre une radio qui, loin de respecter tous les Français, choisit d’en flatter certains et d’insulter les autres, un CSA pour dire de temps en temps : « Ça suffit, les gars, décidément vous allez trop loin » ? Il semble que non.

C’est pourquoi le vil mouchard, que je suis, le sycophante sans état d’âme, ne craint pas de demander poliment au CSA quelles sanctions celui-ci entend prendre à l’encontre de tous ces gens qui squattent impunément les ondes et s’y comportent comme s’ils en étaient les légitimes propriétaires. A l’encontre de tous ces gens qui, à l’aube du premier tour de la présidentielle violent aussi allègrement l’équité de traitement dont, sur les ondes nationales, devraient bénéficier tous les candidats.

Quelles sanctions, quels rappels à l’ordre sont envisagés pour ces gens débordant de mépris et de haine qui, au nom de la promotion de la fraternité et du « vivre-ensemble », n’hésitent pas à « discriminer » et « stigmatiser » gravement une part si considérable de leurs concitoyens, des concitoyens qu’à longueur d’antenne ils traitent comme des parias et des moins que rien. Obtiendrai-je une réponse ? Provoquerai-je une réaction ? Je n’en suis, hélas, pas du tout persuadé…

On peut réformer l’Ecole en 3 mois

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Fini de rire. Il faut se décider.

Et je me suis personnellement décidé en fonction des politiques éducatives envisagées par les différents candidats.

« Mais vous êtes donc aveugle aux questions économiques ? Au chômage de masse ? À la dissolution de la nation dans l’européanisation, la mondialisation, le Marché divinisé ? »
« Et les questions de sécurité, alors ? L’immigration sauvage ? Et… »

J’adore la valse des milliards que nous promettent la plupart des candidats. Ils iront les pêcher où, leurs milliards ? Depuis 1973, depuis que Pompidou — un autre ex-employé de la banque Rothschild — a accepté que la France ne puisse faire fonctionner sa planche à billets et s’auto-financer, depuis que nous sommes pieds et poings liés devant les diktats des banques privées, nous n’avons d’argent que si les grands financiers internationaux le décident. « Il suffira d’emprunter ! Nous sommes solvables, à long terme ! »

L’école, sous un certain angle, ça ne coûte rien de la réformer

Pas du tout. Si vous voulez savoir ce qui nous pend au nez, jetez un œil sur ce que Wolfgang Schaüble a fait à la Grèce — le piège dont les mâchoires se referment, ces jours-ci. Ces salopards veulent une Europe à deux vitesses — et nous ne serons pas en tête. Tout comme ils ont fait une école à deux vitesses. L’Ecole du Protocole de Lisbonne avait pour fonction de réduire la nation. Les programmes des européanistes ont pour fonction de l’éliminer.

L’argent, le nerf de la guerre… Ben oui : Hollande a trébuché là-dessus dès son entrée en fonction. C’est pour ça — et uniquement pour ça — que les socialistes se sont lancés dans des réformes sociétales sans impact financier. Parce qu’ils ne pouvaient pas se lancer dans quoi que ce soit d’autre. Le « mariage pour tous », les « rythmes scolaires », la réforme du collège, la loi Travail… Du vent — avec de petites économies en perspective.

Et un bénéfice électoral conforme aux plans de Terra Nova. Faire plaisir aux bobos gays du Marais. Accabler le prolétariat — parce qu’il y a toujours un prolétariat, et même de plus en plus. Faire semblant de s’occuper des pauvres, et des pauvres en esprit — et les accabler dans les faits. Et avec ça ils comptent sur le vote immigré !

Aucun candidat ne pourra opérer d’autres réformes que celles qui ne coûteront rien, ou pas grand-chose.

Par exemple, l’école. L’école, sous un certain angle, ça ne coûte rien de la réformer. Autant en profiter.

Revenir, au moins dans un premier temps, aux programmes de 2008 serait indolore. Les manuels existent, il en est même de bons.

Décider de…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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Le dangereux programme du candidat Macron

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Matériel de campagne d'Emmanuel Macron à Marseille, avril 2017. SIPA. AP22035107_000017

L’annonce en fanfare du programme d’Emmanuel Macron avait tout pour impressionner:  500 experts, 3000 ateliers avec, paraît-il, la participation de 30 000 Françaises et Français. Fallait-il tant de monde pour aboutir à un résultat aussi creux ?

Il suffit d’écouter les Français pour connaitre leurs principales préoccupations, finalement assez simples : chômage et baisse des revenus, immigration, éducation, justice et sécurité, lourdeur de la pression fiscale et donc des dépenses publiques, système social pléthorique et désordonné.

Le pédagogisme toujours roi

Sur tous ces sujets majeurs, peu ou pas de propositions sérieuses.  Rien sur la justice, rien sur l’immigration (et comment cela intéresserait-il Macron qui a félicité Merkel d’avoir ouvert largement ses frontières ?), aucune réponse aux attentes des « travailleurs pauvres », immigrés compris, qui ont le sentiment frustrant d’être moins bien traités que les assistés. Rien par ailleurs sur la famille et la politique familiale –  et donc aucune perspective de revenir sur sa destruction par les socialistes.[1. Sauf les familles immigrées principales bénéficiaires des allocations « ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin », les natifs pauvres n’ayant plus guère d’enfants.] Et il n’est guère question de politique étrangère : pour quoi faire ? Macron compte poursuivre la politique d’alignement servile sur l’OTAN qui a valu à Hollande le mépris universel. Est seulement proposé un « quartier général européen »: pour faire la guerre à qui?

Sur la sécurité, les rares propositions sont d’une pauvreté affligeante : retour à la police de proximité (dite « police de sécurité quotidienne »), « ne plus tolérer les incivilités », plus vite dit que fait. « Toute peine prononcée sera exécutée », mais encore faut-il que ces peines soient prononcées, ce qui n’est pas évident aujourd’hui vu les dérives de la justice, dont Macron ne s’émeut pas.

Sur l’éducation, à quoi sert de proclamer que l’on donnera « la priorité à l’école primaire » si on n’en change pas les méthodes, ce dont il n’est nullement question ? Ou de donner plus d’autonomie à des chefs d’établissement habitués à ne pas faire de vagues ? Ne sont remis en cause ni les méthodes pédagogiques aberrantes, ni le tronc commun, ni la réforme désastreuse du collège par Najat Vallaud-Belkacem, ni celle des rythmes scolaires, réformes que même Jean-Luc Mélenchon veut abroger.

Pas question non plus de « la France périphérique », provinciale et rurale, qui souffre et dépérit : on peut imaginer que le quart des départements qu’il projette de supprimer sont de cette France-là.

L’affaiblissement de l’Etat

Les Français croulent sous les impôts : le programme prévoit de supprimer la taxe d’habitation, la seule que tous, Français et étrangers, payent. Il prévoit aussi la baisse de l’impôt sur les sociétés de 33 % à 20 % et, comme Fillon, l’abrogation de l’ISF. Quoique cela ne soit pas dit, Macron envisage de compenser ces baisses par un super-impôt foncier. Moins d’impôts pour le haut et le bas de l’échelle, encore plus pour les classes moyennes, soit les 58 % de Français ayant un bien foncier, qui seront un peu plus laminés.

Sur les 96 propositions, 27 annoncent une augmentation des dépenses, presque aucune ne tend à les réduire; il est seulement question de « lutter davantage contre la fraude fiscale ou sociale », ce qui laisse supposer que le ministre Macron ne le faisait pas assez. Propositions dépensières : augmenter le minimum  vieillesse de 100 € par mois, augmentation de  l’allocation adulte handicapé de 100 €  aussi, extension du  bénéfice de l’assurance chômage à ceux qui démissionnent, remboursement à 100 % des lunettes et des prothèses dentaires,  plan de 5 milliards pour la santé, de 5 milliards pour l’agriculture,   grand plan d’investissement de 50 milliards, 2% du PIB pour la défense nationale (précisément l’objectif fixé par l’OTAN), soit au moins 20 milliards de plus. Ajoutons : « Nous augmenterons les salaires de tous les travailleurs, des ouvriers, des employés » d’un 13ème mois. Le Fonds pour l’industrie et l’innovation, prévu en sus, sera financé par la vente des participations  de l’Etat dans les industries stratégiques, ce qui va encore affaiblir sa capacité de manœuvre. De politique industrielle, il est à peine question chez celui qui a autorisé la cession d’Alstom à General Electric.

Comme Marine Le Pen et à la différence de François Fillon, Emmanuel Macron maintient la retraite à 60 ans, sans même exiger, comme elle, 40 ans de cotisation.

L’Europe, l’Europe…

Macron a beau promettre de « construire une Europe qui développe nos emplois et nos économies », qui « protège nos industries stratégiques », on sait bien qu’elle a fait le contraire jusqu’ici. Il ne servira donc à rien de réunir « des conventions citoyennes pour redonner un sens au projet européen » (toujours le peuple ignare à qui on a mal expliqué les choses !) si le logiciel de l’Europe de Bruxelles n’est pas revu en profondeur.

François Fillon est pour le maintien de l’euro mais il intègre à son programme les disciplines que cela implique (abrogation des 35 heures, retraite à 65 ans, réduction de la fonction publique). Emmanuel Macron est pour l’euro mais sans les disciplines qu’implique son maintien. Marine Le Pen les refuse aussi mais se propose de mettre fin à l’euro. François Fillon et Marine Le Pen, chacun à leur manière, sont cohérents. Emmanuel Macron, lui, ne l’est pas. Si son programme était appliqué, il ne lui resterait qu’à faire comme François Hollande : attendre le retour de la croissance pendant cinq ans en regardant d’un air désolé grimper chômage et déficits, ce qu’il faisait comme principal conseiller économique de l’actuel président.

Autres contradictions sur l’Europe : il propose que les agriculteurs « soient payés au prix juste » et ne vivent plus de subventions, alors même que c’est Bruxelles qui a imposé en 1992 la réforme de la PAC laquelle a remplacé la rémunération par les prix par une rémunération par les primes. Comment d’ailleurs concilier ces intentions avec la volonté d’étendre le libre-échange à travers l’accord économique et commercial global (CETA), traité euro-canadien qu’il est le seul candidat à soutenir et qui fera encore baisser les prix ?

Hollande en pire

Loin de laisser espérer plus de liberté, le programme d’Emmanuel Macron annonce en outre, entre les lignes, le resserrement de toutes les contraintes bureaucratiques et idéologiques liées à la pense dominante: environnement (150 % de produits bios dans les cantines ou mise à la casse des vieilles voitures), parité à tous les étages, non-discrimination à tout va : « Nous ferons de la lutte contre la discrimination une priorité nationale » ; et même discrimination positive sous la forme d’ « emplois francs » pour les ressortissants de certaines banlieues. Le nom des entreprises ne respectant pas la parité homme/femmes sera rendu publique.  Evaluation systématique des services publics dont on sait le  caractère arbitraire des critères. En perspective, une société orwellienne où la pression du politiquement correct se fera encore plus étouffante. Bonjour le candidat jeune et libéral !

Tout cela est assorti, ficelle un peu grosse, de quelques propositions ponctuelles clinquantes: interdiction de téléphones portables à l’école primaire et au collège (et au lycée ?), ouverture des bibliothèques le soir et les week-ends, un pass culturel (ce que font déjà beaucoup de maires), remboursement des lunettes et des prothèses dentaires à 100%. L’enseignement du fait religieux à l’école, vieille lune là aussi, fait craindre des abus.

Rares propositions positives : le rétablissement de classes bilingues, promis aussi par François Fillon, et la limitation des sessions parlementaires.

En résumé, ce programme, souvent flou et toujours démagogique laisse apparaître le prolongement et même l’aggravation des tendances majeures du quinquennat Hollande : immigration non contrôlée, déclin du système éducatif, explosion de la délinquance, sacrifice des familles et dénatalité, alourdissement des dépenses publiques et de la fiscalité, persistance d’un volant de chômage, système social injuste, police de la pensée. C’est ce qui explique sa pauvreté, mal masquée par le « bling bling » : la société du spectacle, chère à Guy Debord, est plus que jamais « en marche ».

La philosophie générale de son programme est claire : davantage d’Europe et d’ouverture des frontières (aux hommes, aux marchandises, à la finance), pour une société mondialisée où la France, coupable de crimes contre l’humanité et qui, dit-il, n’a pas de culture propre, ne pèsera guère. Tout ce que demande le peuple…

Week-end à Rome…

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Nanni Moretti à l'aéroport romain Fumicho. Sipa. Numéro de reportage : 00637962_000008.
nanni moretti rome
Nanni Moretti à l'aéroport romain Fumicho. Sipa. Numéro de reportage : 00637962_000008.

Retourner à Rome chaque année, au printemps ou à l’été, lave l’esprit de toutes les scories. Ce voyage s’impose comme une ultime tentative un peu désespérée et dérisoire de se dépouiller enfin de notre République fantoche. Déjà fatigué par une campagne en capilotade, une épreuve présidentielle digne d’une télénovela berlusconienne, le Français aspire à la rêverie et au silence.

« Un splendide quadragénaire »

Un quart d’heure de quiétude seulement, messieurs les bourreaux, implore-t-il, face caméra ! Les débats à cinq ou à onze l’indifférent. Les programmes l’indisposent. Les affaires le souillent. Et puis toutes ces gueules satisfaites de candidats en file indienne le plongent dans un état d’errance, voire de démence. Il demande juste un peu de répit, un peu de fantaisie. Il serait le plus heureux des hommes s’il pouvait sentir l’air chaud de la mélancolie souffler derrière sa nuque et respirer le parfum d’une ville à la géographie intime. Il suffit d’atterrir à Fiumicino pour que cette transformation charnelle s’opère. Depuis 1993 et la sortie dans les salles de Journal intime, le nostalgique compulsif s’imagine au guidon d’une Vespa dans les rues de la capitale italienne.

Il se récite intérieurement cette saillie Morettienne en guise de mantra : « Je suis un splendide quadragénaire ». Au son de Leonard Cohen et de Khaled, il zigzague sur sa guêpe à deux temps, se perd dans les quartiers de Gianicolo, Parioli, Garbatella, Prati, Spinaceto, Casal Palocco ou Flaminio, apostrophe Jennifer Beals dans une scène irréelle et repère des maisons dans l’espoir de tourner une improbable comédie musicale sur un pâtissier trotskiste dans l’Italie des années 50. En clair, il est sous l’influence de Nanni Moretti. Ses films buissonniers, tantôt bavards, tantôt mutiques, son narcissisme comique, son sens de la parabole, sa mauvaise foi militante et surtout son attachement éternel à Roma, l’accompagneront désormais tout au long de sa vie.

Cinéaste prophète

Pour suivre au plus près ses déambulations et divagations, il lui manquait un carnet de bord, un « road book » où tous les lieux de tournage de Je suis un autarcique (1976)


Nanni Moretti – Je suis un autarcique par bande-annonce-film

… jusqu’à Mia madre (2015) seraient répertoriés et commentés. C’est le cas aujourd’hui grâce au travail de deux jeunes écrivains, Paolo di Paolo et Giorgio Biferali, qui publient  À Rome avec Nanni Moretti aux éditions Quai Voltaire, traduction de Karine Degliame-O’Keeffe. Nos deux fringants intellectuels, nés en pleine crise des années 80, ont mis en exergue cette phrase d’Alberto Moravia : « Je n’ai jamais quitté Rome, mais à l’intérieur de la ville on peut dire que j’ai fait du chemin » pour amorcer leur long périple romain. Chaque film est précédé d’une carte et agrémenté de quelques photos en noir et blanc ce qui donne à l’ensemble une belle patine, un objet élégant à mettre impérativement dans son sac de voyage. A tour de rôle, Paolo et Giorgio servent de passeurs érudits au lecteur pour explorer toute l’œuvre de Moretti en analysant son indélébile trace sentimentale. « De ces années 1990, Journal intime a su capturer des détails bien plus précieux qu’une étude historiographique ou sociologique […] Plus encore : son rapport au paysage, à la ville (l’intuition poétique d’un film fait uniquement de panoramiques sur des maisons quelconques) » analysent-ils.

La filmographie désinvolte et personnelle du réalisateur donne des clés de compréhension de l’Italie contemporaine. Plus d’une fois, Moretti a même imaginé, devancé la réalité comme la démission du pape dans Habemus papam  en 2011, deux ans avant la renonciation de Benoit XVI.

Ce précieux livre à la couverture bleue, plus instructif qu’un guide de la même couleur, s’achève par une conversation avec Moretti intitulée « Rome, ma mère ». Les auteurs l’interrogent sur son tropisme urbain qui confine à l’obsession. « Ce que j’aime à Rome, c’est la possibilité que me donne la ville de me promener à Vespa, et pas seulement l’été. Je peux errer dans la ville, sans but. Et puis il y a la lumière, celle de journées merveilleuses comme aujourd’hui, une lumière comme il en existe à mon avis peu dans le monde » leur répond-il.

À Rome avec Nanni Moretti

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Itinéraire d’une « pied rouge » dans le siècle

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Illustration d'une femme soviétique, 1927. SIPA. 51132084_000001
Illustration d'une femme soviétique, 1927. SIPA. 51132084_000001

Le nouveau roman d’Anne-Sophie Stefanini, Nos années rouges, résume un peu ce que fut le XXème siècle. L’engagement, la folle envie d’y croire, les rêves les plus audacieux, la foi qui bouscule les certitudes ; les idéologies qui devaient changer le monde, offrir un avenir meilleur à tous les opprimés de la terre. De secrètes germinations se préparaient. Il fallait se battre, fusils, phrases, bras levés, poings serrés. Le maître mot, c’était l’espoir. Comme le roman de Malraux. Gaullistes, communistes, il n’y a rien entre eux, avait justement dit le ministre de la Culture du général de Gaulle. Il y eut des assassinats de masse, des fusillés, des brisés, des figures célèbres écrivant le monde de demain, des anonymes poussant des wagonnets au fond des mines, se mettant en grève pour sauver leurs enfants, massacrés sur l’autel des bourses mondiales et des marchands de canons. Il y eut tout ça, et pire encore.

En rouge et noir

Anne-Sophie Stefanini signe un très beau roman où il est question de l’élan politique qui se brise sur le mur des réalités. Catherine, le personnage principal, est née en 1938 d’un père communiste et d’une mère anarchiste. Ils se sont rencontrés place de l’opéra, le 31 janvier 1934, une sale année pour la République. Il est chauffeur de taxi, possède les œuvres complètes du camarade Aragon. Il est intraitable : le communisme, c’est l’avenir. Elle, elle finit par rejoindre un maquis dans l’Yonne, durant l’Occupation, laissant la petite Catherine seule avec son père. Pourquoi ce prénom ? Parce que c’est l’héroïne des Cloches de Bâle, le roman d’Aragon que le père préfère. On n’en sort pas. Catherine grandit et finit par devenir prof de français, à Alger, en 1962. L’Algérie a gagné son indépendance dans le sang. Catherine habite la villa Rouge, sur les hauteurs de la ville, face à la mer. Elle est communiste, comme son père. Elle y croit dur comme fer. C’est elle qui raconte son histoire à la première personne. On la suit, on partage ses émotions, son goût de la liberté. Puis sa progressive désillusion. Elle aime Vincent, qui finit par s’éloigner. Il a monté des mitraillettes dans une usine d’armement au Maroc, usine clandestine pour le FLN. Ça a fini par le flinguer. Il lance un jour : « Ça n’a pas de sens pour moi. »

La ville d’Alger devient la ville de la jeune femme ; elle s’y sent bien. Elle croit que le gouvernement de Ben Bella va changer la vie. Il y a le portrait de Bachir, un ami du père de Catherine. Il est émouvant le vieil homme qui finira par refuser la compagnie de la jeunesse, trop « insultante », note Stefanini. Quand on est vieux, on se retranche dans la solitude. Il y a tant de choses bien senties, exprimées avec élégance, dans ce roman… Le portrait d’Ali, la présence d’Assia, le parfum des rues, la profondeur du ciel. Et puis Catherine est arrêtée. Nous sommes en 1965, au moment du coup d’État de Boumediene. En prison, elle comprend que son idéal est en train de crever. Il est même déjà mort. On va l’exécuter ? Pire : la renvoyer en France. Elle fera partie des « pieds-rouges ». La terre qu’elle aime charnellement, c’est celle qui se soulève quand le vent chaud d’Afrique souffle. Elle va devenir une exilée, un peu comme Camus qui ne se remit jamais de ses promenades parmi les héliotropes de Tipasa. Stefanini dresse un bilan sans concession, lucide et poignant. Elle conclut : « L’âge bleu, celui des certitudes, passe : nous vieillissons, nous perdons tout, nous allons nus. » L’essentiel, c’est de ne pas se compromettre. Et il y a tant d’hommes qui acceptent la compromission.

Anne-Sophie Stefanini,  Nos années rouges, Gallimard (2017).

Programmes économiques: le jeu des 5 erreurs

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François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon lors du premier débat télévisé de la campagne présidentielle. Photo: Patrick Kovarik
François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon lors du premier débat télévisé de la campagne présidentielle. Photo: Patrick Kovarik

Il existe deux façons légitimes de traiter les programmes présidentiels des candidats qui pourraient se qualifier au second tour – Fillon, Macron, Le Pen et Mélenchon, voire Hamon si les sondeurs se trompaient massivement. La première consiste à évaluer la cohérence des propositions au regard d’un monde transformé par la crise américaine, la crise de l’euro et de l’Europe, le péril terroriste, la vague migratoire et les votes anglais et américain de 2016 : les candidats ont-ils intégré dans leurs logiciels programmatiques tous ces changements qui ne figuraient pas à l’agenda de la mondialisation heureuse ?

La seconde se propose de confronter les propositions essentielles à l’état d’une France amoindrie et désarmée par les erreurs qui ont marqué les étapes du « suicide français ». C’est celle que nous avons choisie. Après tout, ce sont encore la France et les Français, c’est encore notre Histoire que nous connaissons le moins mal. Mais cela suppose que soient d’abord traitées les deux impostures qui ont dominé notre Histoire récente : l’imposture mitterrandienne et l’imposture chiraquienne, dont Éric Zemmour a analysé les ressorts.

L’imposture mitterrandienne et l’imposture chiraquienne

L’imposture mitterrandienne, c’est le socialisme à la française, cette mixture de marxisme et de redistribution sociale inscrite dans les 110 propositions de 1981, elles-mêmes largement inspirées par le programme communiste : nationalisation des plus grandes entreprises industrielles, nationalisation intégrale des banques, augmentation massive des prestations sociales et du Smic. Toutefois, ce n’est pas l’échec du programme, reconnu en 1983 une fois pour toutes, qui révèle une mystification, mais le fait qu’il a marqué une bifurcation majeure vers la libéralisation des marchés financiers, la mise en œuvre du marché unique puis le lancement de la monnaie unique, toutes opérations orchestrées depuis Bruxelles par le mauvais génie de l’expérience, Jacques Delors, avec la bénédiction de François Mitterrand. On pourrait parler de trahison. Ce serait manquer l’essentiel : le socialisme à la française était un faux-semblant dont l’échec était programmé. Un véritable coup de bonneteau : les électeurs benêts qui avaient tiré la carte « socialisme à la française » se sont vu présenter la carte « Europe néolibérale » par les deux arnaqueurs Mitterrand et Delors. Et cette Europe a poursuivi sa course en imposant sans cesse de nouvelles contraintes, aux États au nom des équilibres comptables, et au monde du travail par un libre-échangisme sans limites à ce jour, comme le montre le vote récent du Ceta, traité de libre-échange avec le Canada[1. Le vote récent du Ceta, traité de libre-échange avec le Canada, en est la dernière manifestation.].

>> Retrouvez tous les articles de Causeur.fr sur la présidentielle

L’imposture chiraquienne. Quand Jacques Chirac a rompu avec Giscard en 1976, c’était au nom d’un gaullisme trahi par ce dernier. Son nouveau parti conjuguait le retour aux valeurs gaullistes et un « travaillisme à la française » – au moment d’ailleurs où le travaillisme anglais connaissait la faillite qui devait conduire à l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher. Faut-il énumérer les zigzags de Jacques Chirac, converti au thatchérisme en 1980, puis à la social-démocratie à nouveau en 1995, avant de s’enliser dans une impuissance avouée durant son dernier mandat présidentiel ? Nous manquerions encore l’essentiel qui est que Chirac a été le liquidateur du gaullisme avec la complicité active de Balladur et de Juppé : quand il a organisé la cohabitation (1986), première brèche majeure dans la Constitution de 1958, quand il a approuvé la monnaie unique (1992), quand il a souscrit aux élargissements successifs de l’Europe, quand il a accepté le retour dans l’Otan.

Mais c’est avec sa conversion à l’Europe bureaucratique en plein essor depuis 1984, date de l’installation de Jacques Delors à la tête de la Commission, que Chirac, après son élection de 1995 qui coïncide avec la mort de celui qu’on avait surnommé Dieu, réalise la fusion des deux impostures. Ni les Jospin, Royal et Hollande, à gauche, ni les Juppé et Sarkozy, à droite, n’ont tenté de se délivrer de ce lourd héritage pour refonder une légitimité personnelle. Ne cherchons pas ailleurs la désorientation de tant de Français qui s’apprêtent à voter. Privés des repères essentiels, ils cherchent encore l’individu providentiel qui va les tirer d’affaire, comme s’il ne s’agissait que d’une question de personne.

Nous avons besoin d’un diagnostic sans faiblesse sur l’état de la France dans un monde largement hostile, et d’idées neuves. Or le programme de trois des candidats révèle plutôt la tentation du retour au passé : retour de la planification chez Mélenchon, retour du partage du temps de travail chez Hamon, retour du thatchérisme pour Fillon. À l’autre bout du spectre idéologique et politique, Macron et Le Pen incarnent les deux projets les plus antinomiques et les plus idéologiques, une France du tiers-monde subordonnée à l’Allemagne d’un côté, une France nationaliste qui échapperait au joug de l’Allemagne de l’autre.

Jean-Luc Mélenchon : le retour de la planification

L’originalité du programme de Jean-Luc Mélenchon réside dans sa réhabilitation verbale de la planification. Pourquoi pas s’agissant d’un philosophe connaisseur du Capital et d’un politique qui nourrit toujours une admiration pour l’expérience cubaine ? Attention, il s’agit d’une planification écologique. Jean-Luc Mélenchon entend sauver la planète menacée par l’homme, l’écologie doit donc prendre le pas sur l’économie qui renvoie à un monde bientôt révolu. Qu’envisage notre trotskiste converti à l’écologie ?

>> A lire aussi: Mélenchon, zéro pointé en économie – Pourquoi son idéologie est dangereuse

Rien. Nous disons bien rien. La planification écologique relève du pur[access capability= »lire_inedits »] boniment. Alain Lipietz, député européen écolo, a rappelé que la planification exigeait un organisme dédié, des moyens et une action collective de tous les ministères concernés menée sous l’autorité du Premier ministre en liaison avec les collectivités territoriales. Mélenchon évoque des projets émanant du terrain, portés par des individus ou des groupes. Rien à voir avec une planification véritable qui serait indicative, prescriptive ou les deux ! Comme le disent ses collègues de gauche, Mélenchon aspire à battre les estrades, pas à prendre le pouvoir.

Benoît Hamon : le retour du partage du travail

Les médias de gauche, qui militent en fait pour Macron, font mine de prendre au sérieux le candidat de la « rupture » en la personne de Benoît Hamon. Ils mettent en avant son projet de revenu universel et sa volonté de faire advenir une autre Europe. N’insistons pas sur ces deux leurres. Le revenu universel, d’un coût de 400 milliards d’euros, ferait bondir le déficit public annuel de 3 à 23 % du PIB et ferait exploser par ailleurs notre déficit commercial : la première émission du Trésor public après son instauration ne trouverait pas preneur ! L’autre Europe évoquée par Hamon consisterait à organiser le subventionnement de l’Europe du Sud par l’Europe du Nord, le candidat du PS laissant entendre que la France serait alors la bénéficiaire des largesses de l’Europe du Nord : nous serions désormais dans la position de mendiant de l’Allemagne. Benoît Hamon se trompe de public. C’est de l’autre côté du Rhin qu’il devrait faire campagne afin de convaincre les travailleurs et les épargnants allemands échaudés par les sacrifices déjà consentis pour sauver les éclopés de la zone euro.

Reste la promesse d’une nouvelle réduction du temps de travail, immensément populaire chez les fonctionnaires et les gens du spectacle fidèles aux partis de gauche, aussi irréaliste soit-elle. C’est la véritable « nouvelle donne »[2. Nom du groupuscule politique de Larrouturou.] qui mobilise encore les espoirs. Si Lionel Jospin, qui a privatisé et conduit maintes réformes néolibérales avec DSK, est allé jusqu’au bout des 35 heures en dépit de ses doutes, c’est que cela répondait au vœu le plus cher de son électorat. Benoît Hamon est ainsi fidèle à une grande spécificité de la gauche française qui la distingue de toutes les autres gauches en Europe et dans le monde. L’irréalisme de son discours est en phase avec l’imaginaire de son électorat de référence. La chose est essentielle pour un candidat qui vise à hériter de la rue de Solférino. Mais n’y a-t-il pas d’autres urgences pour la France que de donner un successeur à Cambadélis ? Oublions Benoît Hamon, candidat au premier secrétariat du PS.

François Fillon : le retour du « thatchérisme »

On ne déniera pas à François Fillon qu’il représente la bourgeoisie d’argent qui forme le socle de l’électorat « républicain ». Chefs d’entreprises, cadres supérieurs, professions libérales et par-dessus tout possesseurs de richesses touchés par l’ISF. Il la représente cependant jusqu’à la caricature au risque de suggérer qu’il a, comme Giscard, un problème avec le peuple.

Son programme n’est ni plus ni moins qu’un programme « thatchérien » dans l’esprit sinon dans la lettre : sortie des 35 heures, report du départ en retraite et suppression de 500 000 fonctionnaires. Son électorat a reconnu sa bonne volonté en votant massivement en sa faveur aux élections primaires.

Reste à savoir si les réformes « courageuses »[3. Dans la littérature néolibérale, les réformes sont courageuses, sinon ce ne sont pas des réformes.] qu’il met en avant sont cohérentes et appropriées au moment historique. Sortie des 35 heures soit, mais sans contrepartie pour les personnes au travail qui vont accroître leur effort ? N’aurait-il pas été judicieux de consentir une consolidation du contrat de travail à durée indéterminée, nonobstant les exigences d’un patronat qui veut le beurre et l’argent du beurre ? Reporter l’âge du départ en retraite au risque d’ajouter des chômeurs et de reperdre en indemnisation chômage le gain comptable sur les retraites[4. À l’exception de Xavier Bertrand, toutes les augmentations de la durée de cotisation ont été proposées par des fonctionnaires : Simone Veil, François Fillon, Marisol Touraine.] ? Supprimer 500 000 fonctionnaires mais où sapristi, sachant que la masse des fonctionnaires surnuméraires se situe dans les collectivités territoriales et que l’État régalien a déjà subi des coupes claires dans l’armée, la police, la diplomatie ?

Proposition aggravante, Fillon envisage de confier aux assurances la couverture des dépenses de santé. La proposition ne tient pas debout. On ne peut réclamer des smicards ou des demi-smicards qu’ils s’assurent pour leur compte. Dès lors, ou bien il faudrait relever les rémunérations pour aider les cotisants individuels, ou bien on demandera aux classes moyennes de payer, outre leur propre assurance, l’impôt qui permettra de couvrir celle des pauvres[5. Et comment fera-t-on pour contrôler les tarifs médicaux et pharmaceutiques dans le nouveau régime ?]. François Filllon, qui a cédé aux chants des sirènes des assurances, met en danger, par un projet de réforme irréfléchi, son propre électorat. Pour l’instant, celui-ci n’y voit que du feu.

Emmanuel Macron : la collaboration réhabilitée

Causeur a présenté Macron comme l’homme qui doit permettre de prolonger l’expérience de Hollande cinq années de plus. Ce que confirme le battage quotidien en sa faveur de la part des médias qui ont soutenu le président normal jusqu’à son renoncement. C’est à désespérer.

Ce qu’on lui reproche par-dessus tout est son inféodation à la finance. François Bayrou, aujourd’hui rallié à Macron, l’a dit : « Emmanuel Macron est le candidat des forces de l’argent. » Ses premiers soutiens sont les banques anglaises et américaines installées à la City. Macron ne s’en cache pas, il ne se donnera pas le ridicule de dire : « La finance, c’est mon ennemie. » Mais ne risque-t-on pas là aussi de manquer l’essentiel ? Car Hamon et Fillon se gardent de rompre des lances avec les banques. Hamon a souscrit à la réforme bancaire qu’elles ont inspirée, et le programme de Fillon aurait pu être rédigé à l’Association française des banques.

>> A lire aussi: Macron: un bilan plein de bonnes intentions… et de lobbies satisfaits

En réalité, Macron n’est pas le candidat de la finance, il est le candidat de Berlin. Quel dommage que les électeurs ne lisent pas le Financial Times, The Wall Street Journal ou The Economist qui font sa louange constante. Non seulement du fait de son néolibéralisme affiché. Mais aussi parce qu’il est pro-Europe et pro-Allemagne. Après le Brexit, l’élection de Trump, le surgissement des mouvements populistes un peu partout en Europe, son élection serait un soulagement pour Angela Merkel et la Bündesrepublik. Les dirigeants de Berlin qui ont pris le pouvoir à la faveur de la crise de l’euro ont compris que l’Europe était menacée d’éclatement. Ils ne veulent pas se retrouver au milieu des ruines du système. Macron, providence des médias de gauche, des médias néolibéraux, est aussi leur providence.

C’est un autre Emmanuel, Todd, qui nous a livré le fin fond de l’affaire quand il a rebaptisé Hollande « vice-chancelier d’Allemagne chargé de la province France ». Nul besoin que notre territoire soit occupé par l’armée allemande pour que nos dirigeants politiques et nos médias se mettent au service de la puissance allemande[6. À entendre ou à lire certains d’entre eux, on se prend à dire : « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand. »]. La trahison des clercs est de retour, bien aidée par la politique xénophile de la chancelière. Angela Merkel incarne les valeurs d’ouverture du système néolibéral. Dans ce nouveau contexte, la collaboration tant honnie se trouve réhabilitée à demi-mot.

C’est le point essentiel pour qui veut comprendre ce qui peut séparer dans le fond un Fillon et un Macron. Fillon ne donne pas les mêmes assurances de subordination à l’Allemagne. Son projet de lever les sanctions économiques contre la Russie a dérangé tout en révélant qu’il ne serait pas forcément aux ordres de la chancellerie de Berlin.

Marine Le Pen : la nation fétichisée

Les médias ont fini par remplacer les vocables politiques ou idéologiques par des vocables géographiques. Fillon est le candidat du centre droit, Macron celui du centre gauche. Et Marine Le Pen la candidate de l’extrême droite – far right en anglais. Il serait plus éclairant de dire qu’elle est la candidate nationaliste. Mais elle serait alors rangée non pas dans la sphère sulfureuse du fascisme plus ou moins avoué, mais dans celle des dirigeants de la Chine, communistes nationalistes, du Premier ministre indien qui gouverne à la tête du parti nationaliste, du président russe, du nouveau président américain et, avec un peu d’audace, de la chancelière de Berlin qui défend bec et ongles les intérêts de l’Allemagne en toutes circonstances. Son incrimination deviendrait problématique.

Quant à son programme, on devrait se réjouir qu’elle ait identifié dans la fraude sociale et la gabegie territoriale les principaux gisements de dépenses parasitaires[7. Généralisation de la carte Vitale biométrique, suppression de l’aide médicale d’État et suppression des régions reconnues comme inutiles.], qu’elle envisage la sortie des 35 heures par la voie de la négociation, et par-dessus tout qu’elle ait compris les enjeux de la sortie de l’euro. Premier enjeu : le rétablissement de la compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne qui, sinon, exigerait des allègements de charges massifs qui ne sont possibles que dans l’imaginaire patronal. Second enjeu : la faculté de créer de la monnaie pour financer les investissements prioritaires de nature économique, militaire ou écologique à fort retour sur la dépense (dans la limite de 20 milliards d’euros). Et si l’on devait critiquer sa présentation, ce serait pour dire qu’elle n’a aucune chance d’obtenir un démantèlement concerté de la prison monétaire, comme elle le prétend : le geôlier allemand ne lui donnera pas le bon de sortie. Il lui faudra, si elle est sincère, sauter le pas en bravant le système.

Reste un point crucial de son projet qui heurte l’intelligence. Elle veut introduire une priorité nationale pour l’emploi, arbitraire et absurde à la fois. Certes, les employeurs français usent et abusent du recours aux sans-papiers qui sont aussi et surtout des sans-métier. L’État offre une prime à l’emploi des personnes non qualifiées par un allègement de charges sur les bas salaires qui coûte plus de 20 milliards d’euros par an. Mais on voit mal comment entraver l’embauche de personnes qualifiées et de talent dans différents secteurs. Le grand vendeur d’Airbus est américain, Airbus Helicopters emploie des ingénieurs de 47 nationalités, Linda Jackson, la patronne de Citroën, est anglaise. Et nos restaurateurs italiens emploient tant de compatriotes transalpins. Comment comprendre une telle bévue ?

Marine Le Pen fétichise la nation. Elle suit ainsi un processus intellectuel symétrique et inverse de tous ceux qui ont fétichisé l’Europe et la mondialisation. Mais prendre le contre-pied de la propagande mensongère du système ne donne pas forcément les clés de l’avenir. Sans parler de l’accusation de xénophobie qui va refleurir dans les médias et dans les propos de ses concurrents politiques. Il y a tant d’autres façons convaincantes d’incarner le changement. Espérons qu’elle se rétractera sur ce point et consacrera ses efforts à expliquer l’impératif catégorique de la sortie de l’euro et des mesures d’accompagnement de la sortie.

La France à contre-courant ?

Ne demandez pas à votre serviteur un pronostic pour le scrutin. Mais il est tenaillé par une hypothèse. En 1981, la France avait choisi un programme à demi marxiste incarné momentanément par Mitterrand, à contre-courant de l’Angleterre et des États-Unis qui avaient porté Margaret Thatcher et Ronald Reagan au pouvoir. De même, on peut craindre que la France vienne au secours du néolibéralisme ébranlé par l’arrivée au pouvoir de Theresa May et de Donald Trump. Rendez-vous après l’oracle du 7 mai prochain.[/access]

Matzneff en roue libre

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gabriel matzneff diable benitier
Gabriel Matzneff. Sipa. Numéro de reportage : 00701933_000008.
gabriel matzneff diable benitier
Gabriel Matzneff. Sipa. Numéro de reportage : 00701933_000008.

Sacré Matzneff. Même quand il se conduit comme un ange, il trouve le moyen de se faire enquiquiner. Voyez ce qui lui est arrivé avec Un diable dans le bénitier, son nouveau recueil de chroniques. Comme il l’explique dans la préface, ce livre devait paraître chez un éditeur catholique, avec le soutien enthousiaste du PDG. Las ! Echaudé peut-être par la réputation de l’auteur, l’actionnaire principal de la maison a mis son veto, empêchant la publication. « Un ami avocat me dit qu’on n’a rien vu de semblable en France depuis l’occupation nazie », s’émeut Matzneff, jamais à court d’emphase quand il s’agit de défendre sa liberté de s’exprimer. Le manuscrit atterrit finalement chez Stock, sorte de retour aux sources puisque c’est là que Matzneff avait publié Les Passions schismatiques, en 1977.

Orthodoxe et libre

Cette mésaventure éditoriale résonne assez bien avec le contenu du livre, éloge tous azimuts de la liberté – la liberté en général, et celle de l’auteur en particulier. Liberté de parler de tout, notamment, qu’il s’agisse de l’actualité anecdotique (les déboires du président Hollande, son cher « Pingouin », qu’il asticote volontiers) ou des sujets décisifs (Dieu, le suicide, le péché). Liberté de juger sans système, aussi, d’approuver ou blâmer sans égard pour les camps, les religions, les partis. Liberté de se contredire, le cas échéant. Pourquoi pas ? Un écrivain n’est pas tenu à la cohérence. Matzneff s’enorgueillit de n’être sectateur de rien du tout, sauf de la langue française, « la seule maîtresse à laquelle je sois, depuis mon adolescence, resté rigoureusement fidèle ».

Il est beaucoup question de religion dans ces textes écrits de 2013 à 2016, d’où le titre. Matzneff a souvent évoqué son appartenance à l’Eglise orthodoxe et son intérêt pour la théologie. L’irreligiosité d’autrui l’indiffère, en bon libertin ; mais rien ne lui hérisse plus le poil que le matérialisme, son horreur du mystère, son indifférence au sacré. « L’athéisme, c’est très bien, l’anticléricalisme, pourquoi pas, mais il y a des limites au manque de savoir-vivre ». Sa culture puisant au monde gréco-romain autant qu’au judéo-christianisme, il n’oublie pas de citer souvent Epicure et Sénèque, en lançant chaque fois une pique au passage à Najat Vallaud-Belkacem, fossoyeuse du latin-grec au collège.

Exercices d’admiration

On croise aussi dans ces pages ses maîtres, Cioran, Montherlant, Byron et Casanova, ainsi que diverses figures du petit théâtre contemporain comme Manuel Valls ou BHL. Contre toute attente, il défend ce dernier mordicus, à cause de ce qu’il juge être leur point commun : le fait qu’ils irritent (pour des raisons différentes, cela va sans dire). S’il le dit ! Ces chroniques forment un autoportrait fantasque, humoristique et gai, plein de professions de foi épicuriennes : « Nous avons le devoir esthétique et moral de mordre dans les fruits du jardin des Hespérides, d’en savourer avec une infinie reconnaissance la beauté et la bonté ». Un reproche, quand même : deux vilaines coquilles, qui salissent les pages 63 et 196. Un comble pour cet artisan si soigneux. Mettons que ce sera corrigé dans la réédition, qui donnera l’occasion de le relire.

Un diable dans le bénitier, Gabriel Matzneff (Stock, 2017).

Un diable dans le bénitier

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Présidentielle: une soirée avec Michel Onfray

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Michel Onfray, juin 2015. SIPA. 00715073_000015
Michel Onfray, juin 2015. SIPA. 00715073_000015

Si vous voulez voir la tête que fera Michel Onfray à l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle, rendez-vous au théâtre Antoine de Paris ce dimanche 23 avril à 19h30. Le philosophe « convie » qui veut à « échanger librement avec lui » pendant la soirée électorale. Réactions aux principales déclarations et analyse de la façon dont les médias rendent compte de l’évènement sont, notamment, au programme. L’idée de cette rencontre est de remettre l’intellectuel au cœur de la cité. L’idée est de rassembler toutes les familles de citoyens, bien au-delà des coteries et des fans clubs. À dimanche soir !

Réservations sur le site du théâtre Antoine. Les places sont aux tarifs de 11, 18 et 23 euros.

La parole au peuple

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Décadence: Vie et mort du judéo-christianisme

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Benoît Hamon, le multiculturalisme bien de chez nous

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Benoit Hamon à Lyon, avril 2017. SIPA. 00801984_000031
Benoit Hamon à Lyon, avril 2017. SIPA. 00801984_000031

« Bilal Hamon. ». Deux mots, un surnom suffisent à résumer la perception qu’ont de Benoît Hamon ses plus farouches adversaires. Mais c’est peut-être aussi la sienne, celle qu’il a de lui ou dont il rêve. « Ali Juppé », l’intéressé avait trouvé ça « dégueulasse ». « Bilal Hamon », Benoît Hamon trouve ça charmant : « Ils m’ont rebaptisé d’un très joli prénom. Je suis fier qu’ils m’appellent Bilal et serais fier aussi qu’ils m’appellent Élie, David », s’est réjoui le candidat devant une salle déchaînée qui scandait : « Bilal, Bilal, Bilal ! » C’était à Montreuil, capitale du multiculturalisme à la française.

Pour Hamon, on n’appartient pas à la France, c’est elle qui nous appartient

Celui qu’il aime, celui de son fief. Trappes. Ville de Jamel et d’Anelka. 40 à 50 nationalités, 70% de musulmans. Et un intérêt évident à les flatter. « Il victimise et essentialise les musulmans, les entretenant dans l’idée que la France ne fait pas tout ce qu’il faut pour les intégrer », assure son ancien suppléant, Jean-Philippe Mallé. « C’est insupportable que l’on continue à faire de la foi de millions de nos compatriotes un problème dans la société française, répond pendant la primaire Benoît Hamon. Arrêtons de faire de l’islam un problème pour la République. » De là à dire que c’est la République qui est un problème pour l’islam ? Le candidat ne va pas (encore ?) jusque-là. Mais en bon orientaliste, Benoît Hamon sait recevoir ses invités. Alors, c’est plutôt à elle de s’adapter : « Elle doit, comme dans le passé, chercher et trouver un compromis entre la reconnaissance du fait religieux et les limites posées à l’extension du domaine religieux. » En clair : des « accommodements raisonnables » à la Justin Trudeau. Pour Benoît Hamon, « la matrice des valeurs communes existe bien ». Parler voile ou burkini, c’est déjà « stigmatiser ». L’absence des femmes dans les bars – au-delà d’être une tradition ouvrière « historique » – ne relève pas du religieux mais du « social ». Et la proposition de Marine Le Pen d’interdire l’enseignement des « langues d’origine » à l’école, c’est « nauséabond ». Comme l’assimilation ? Un Français, selon Hamon, c’est quelqu’un qui vit en France. L’identité n’existe qu’au pluriel et les identités ne sont pas un critère d’appartenance à la France. De toute façon, pour Hamon, on n’appartient pas à la France, c’est elle qui nous appartient.

La France de Benoît Hamon ne cesse de demander pardon : aux peuples colonisés, à Benzema non sélectionné en équipe de France. Forcément, ça ne laisse pas beaucoup de temps pour[access capability= »lire_inedits »]  parler des autres Français. Heureusement, ses porte-parole sont là pour ça. Sa responsable « égalité femmes-hommes », Laura Slimani, vient de traiter le maire de Montpellier de « vieux mâle blanc libéral ». Jusqu’ici, Hamon n’a pas bronché.

 

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« Contre le terrorisme, l’Etat n’a pas de pensée stratégique »

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eric delbecque daech terrorisme
Champs Elysées. Sipa. Numéro de reportage : 00803153_000022.
eric delbecque daech terrorisme
Champs Elysées. Sipa. Numéro de reportage : 00803153_000022.

Daoud Boughezala. L’assaillant des Champs-Elysées abattu hier soir après avoir assassiné un policier était connu de la justice. Le dénommé Karim C. avait en effet écopé de vingt ans de prison en 2003 pour tentative de meurtre contre des forces de police. Est-ce une faillite de la magistrature?

Eric Delbecque[1. Journaliste spécialiste de la sécurité et de l’intelligence économique, Eric Delbecque est l’auteur du Bluff sécuritaire (Editions du Cerf, 2017)]. En tout cas, cela pose question. Tant qu’on ne connaît pas le détail des dossiers, on ne peut pas se substituer aux magistrats mais on peut se demander ce qu’il faisait dehors en liberté. Il y a quelque chose qui vraisemblablement ne fonctionne pas dans la chaîne pénale. Reste à savoir si on a affaire à un individu qui, vus ses antécédents, voulait se venger du monde de la police et se couvre de la marque djihadiste Daech parce que c’est plus valorisant. Nous le saurons dans les jours à venir. Ce qu’on redoutait depuis un certain moment s’est produit : Daech pousse des gens plus ou moins équilibrés à commettre des actes criminels pour les revendiquer ensuite. C’est un processus parfaitement décentralisé qui permet de choisir une cible dans la rue et de l’attaquer avec les moyens du bord.

Face à cette menace, les patrouilles de militaires armés dans Paris sont-elles une arme antiterroriste efficace ou de la poudre aux yeux ?

Ce dispositif est avant tout de nature à rassurer nos concitoyens. Mais ce n’est pas véritablement dissuasif et efficace contre nos ennemis. La preuve, cela n’empêche pas les djihadistes d’attaquer. Sans être totalement inutile, cette mesure ne peut pas constituer le cœur de la réponse au terrorisme. Comme on l’a vu au Louvre, à Orly et hier aux Champs-Elysées, les forces de l’ordre sont placées en première ligne du front antiterroriste en tant que symboles de l’Etat et cibles faciles à atteindre parce qu’ils sont dans la rue. Pour le terrorisme low-cost, cela ne demande pas une grande réflexion de sortir s’attaquer à des militaires en uniforme pour provoquer un coup d’éclat.

Une fois n’est pas coutume, cette énième attaque terroriste n’a pas été suivie d’annonces tonitruantes du ministère de l’Intérieur. Pourquoi critiquez-vous l’octroi de moyens supplémentaires aux forces de sécurité ?

Donner des moyens supplémentaires aux forces de l’ordre est bien évidemment positif mais c’est un élément tactique qui ne règle pas la question de la stratégie : quel objectif veut-on atteindre ? Nos gouvernants n’ont pas d’objectif stratégique à atteindre. Ils gèrent la situation en priant très fort pour qu’il n’y ait pas de problème puis en léguant la patate chaude à leur successeur. L’Etat est dans une déshérence stratégique totale. Il ne pense pas au-delà des quelques mois à venir, ce qui est quand même fou car son rôle est de se projeter dans l’avenir ! Certes, cela n’a rien d’étonnant avec François Hollande, qui est l’antithèse de la pensée stratégique. Le drame, c’est que sans stratégie d’ensemble, notre politique sécuritaire ne peut pas marcher.

Vous vous opposez aussi à l’inflation législative contre le terrorisme. Mais face à une menace réticulaire en perpétuel mouvement, ne faut-il pas adapter notre arsenal législatif ?

Plutôt que de les empiler, il faudrait déjà appliquer les lois qui existent, ce qui pose la question des moyens de les appliquer, notamment en termes de places de prison. Des lois contre le terrorisme, on en a votées, y compris quand Bernard Cazeneuve était ministre de l’Intérieur. Prenons un exemple très concret : l’interdiction des sites Internet djihadistes. C’est bien joli, mais dans un monde où on peut ouvrir un site Internet à l’autre bout de la planète en quelques minutes pour diffuser de la propagande, la loi Cazeneuve est un cautère sur une jambe de bois.

Qu’aurait-il fallu faire pour être à la hauteur de l’enjeu ?

Depuis trente ans, il aurait fallu régler les problèmes de fond, reprendre les fameux « territoires perdus de la République ». Il faudra bien régler la question un jour une bonne fois pour toutes, ce qui ne signifie pas qu’il faut s’y atteler avec brutalité ou n’importe comment, sans modèles de développement et de prospérité économique. Ces zones vivent souvent du trafic de stupéfiants, aussi doit-on leur proposer des alternatives socio-économiques. Quoi qu’il en soit, on ne peut plus négocier l’autorité de la République sur ces territoires. Autre problème de fond, plus abstrait mais essentiel, on a désarmé depuis des décennies l’Education nationale, mis à bas le récit national, diffusé la haine de soi et insinué que la France était toujours coupable. Cela n’a pas été sans conséquences. Idem pour notre politique étrangère, qui va d’errements en oscillations depuis des années, qu’il s’agisse de la Syrie, ou de nos relations avec la Russie.

Ces sujets n’ont que très peu été abordés dans la campagne présidentielle, qui s’est concentrée sur les « affaires » et des débats qui relèvent davantage de l’éthique personnelle que de la politique…

Pour faire des propositions dans ce domaine, encore eût-il fallu mener de longues réflexions et délibérations. Aujourd’hui, une mesure révolutionnaire consisterait à s’arrêter cinq minutes, de rassembler des gens compétents, pas seulement dans le domaine étatique, mais aussi des sociologues, des théologiens, des psychiatres, de la sécurité privée pour accoucher de préconisations qu’on appliquera enfin. Il faudrait peut-être créer une administration de mission sur la lutte contre le terrorisme. Parce que les rapports d’information parlementaires ont parfois de très bonnes idées mais s’empilent sans déboucher sur quoi que ce soit. Répondre au péril terroriste demande bien sûr un volet sécuritaire mais aussi des propositions éducatives, sociales, économiques, sans quoi on n’y arrivera pas. Sans oublier la gestion des frontières et de l’arrivée de migrants, autant de questions à traiter subtilement. Au fond, là est le seul enjeu de l’élection présidentielle : retrouvera-t-on une pensée stratégique ?

Le bluff sécuritaire

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Une France soumise - Les voix du refus

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France Inter, radio de sévices publics

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Nagui, Charline Vanhoenacker et Patrick Cohen, août 2014. SIPA. 00691083_000014
Nagui, Charline Vanhoenacker et Patrick Cohen, août 2014. SIPA. 00691083_000014

Il me faut commencer ce coup de gueule par une confidence personnelle. Là où j’habite, l’île de La Réunion, aucune radio nationale (ni France Musique, ni France Culture, ni aucune des grandes « radios commerciales ») autre que France Inter, n’est diffusée. Voilà pourquoi, si je veux échapper aux radios locales, lesquelles ne volent pas toujours très haut, je dois me résigner à me brancher de temps à autre sur la radio de « service public ».

Je dois donc accepter d’endurer – mais j’y suis par avance bien préparé – des bulletins d’information, trop souvent biaisés et tendancieux dans leur façon de sélectionner ou de présenter les événements dont ils choisissent de parler, des bulletins toujours orientés dans la même direction idéologique et dont on ne peut pas dire qu’ils soient caractérisés par un quelconque souci d’impartialité et par le plus petit effort d’ouverture en direction des diverses orientations présentes dans le champ politique.

>> A lire aussi: A 8h30, sur France Inter, vous êtes présumé coupable

J’évite généralement les émissions du matin, où règnent, sûrs d’eux, impérieux et souverains, M. Cohen et sa bande, lesquels, dans les différents domaines qu’ils abordent, pontifient et, sans vergogne, imposent leur propre vision des choses. Ceux-là, quand ils reçoivent des représentants du Front national (pendant longtemps ils s’en sont farouchement gardés mais il a bien fallu à la fin que, de temps en temps, ils s’y résignassent !), c’est pour les soumettre à un bombardement acharné de questions venimeuses, toujours les mêmes, inlassablement répétées, afin de leur couper systématiquement la parole et les empêcher de développer clairement et posément leurs positions devant les auditeurs, comme devrait normalement pouvoir le faire tout responsable politique reçu dans une radio. J’évite aussi les émissions se voulant de détente et affichant des prétentions comiques, celle de Nagui, en fin de matinée, et celle de Charline Vanhoenacker, en début de soirée, émissions honteusement colonisées par des humoristes gauchistes plus ou moins abjectes, voire franchement obscènes.

Sur France Inter, l’immigration n’a pas augmenté

Alors que reste-t-il d’audible, de décemment écoutable par un citoyen dans mon genre, un citoyen – je l’avoue humblement – de tendance plutôt réac ? Eh bien, les émissions de l’après-midi. Ainsi chaque fois que je le puis, j’écoute l’admirable « Marche de l’Histoire » de Jean Lebrun, une émission exemplaire pour le respect qu’y manifeste l’animateur envers l’auditeur et envers la personne invitée à échanger avec lui ; j’écoute aussi souvent « La tête au carré », une émission qui propose habituellement des aperçus très intéressants et forts instructifs sur divers aspects de l’actualité scientifique ; j’écoute parfois « Affaires sensibles », quand il advient que le sujet retenu m’intéresse, et j’écoute aussi bien sûr, quand j’en ai l’occasion, l’émission consacrée à la musique classique…

Ce long préambule un peu trop abstrait et général achevé, il est temps de nous tourner vers les faits concrets et précis qui me poussent aujourd’hui à prendre la plume, des faits qui me paraissent tout-à-fait « emblématiques » (comme on aime aujourd’hui à dire) et parfaitement révélateurs du problème. Lundi 27 mars, j’écoute « La tête au carré ». L’invité de ce jour-là, c’est Hervé Le Bras, un démographe immigrationniste, qui avec la complicité de l’animateur et à l’aide d’un discours d’allure scientifique, entreprend de nous persuader que non, il n’y a pas plus d’immigrés venant aujourd’hui s’installer en France qu’il n’y en eut par le passé, par exemple dans les années 30, et que toutes les inquiétudes qu’à ce sujet l’on entend ici ou là s’exprimer ne reposent sur rien de consistant et d’objectivement vérifiable. A écouter notre fier savant, ce ne seraient là que purs fantasmes dont les victimes ne peuvent être que des individus abusés, des personnes mal informées, intellectuellement déficientes et psychologiquement perturbées. Allons donc !

Cet ahurissant numéro d’acrobatie au cours duquel la réalité se voit allègrement escamotée (une réalité dont quiconque visite aujourd’hui les yeux ouverts nos villes et nos banlieues peut aisément faire par lui-même le constat), vise explicitement le FN et sa candidate. L’animateur, lui, laisse l’invité débiter tranquillement ses arguties les plus spécieuses et ses contrevérités les plus flagrantes sans jamais rien lui objecter. Pourquoi n’a-t-il pas songé à inviter une démographe plus sérieuse et plus honnête comme Michèle Tribalat afin que celle-ci puisse donner à son invité la réplique et contrebalancer ainsi un point-de-vue aussi scandaleusement partial et déséquilibré ? Choqué par ce que j’entends, je me dis que je m’en vais écrire au CSA pour lui faire connaître mon indignation et pour lui demander si, au nom de l’équité, des émissions aussi franchement partisanes ne devraient pas être comptabilisées au crédit ou au débit des divers candidats actuellement en compétition électorale…

Guy Bedos, invité donneur (de leçons)

Mercredi 29 mars, après le bulletin d’information de 11h, c’est l’émission de Nagui qui commence. Machinalement, dans un sain réflexe, je m’apprête à tourner le bouton mais, suspendant mon geste pour un instant, j’attends cependant d’apprendre quel va être son invité du jour. Ah, c’est l’abominable Guy Bedos ! Beurk… Alors là, d’un doigt décidé, un peu rageusement, j’éteins mon poste… Pourtant, quelques secondes plus tard, j’en viens à me raviser et me dis : « Tiens, après tout, pourquoi pour une fois ne pas l’écouter ? Cela ne pourrait-il pas être pour toi instructif d’observer jusqu’où une telle émission se permet d’aller ? » et, dans un élan d’abnégation aussi héroïque qu’exceptionnel, je décide alors de rallumer, afin de me permettre d’apprécier, « de auditu », l’étendue du désastre.

Comme prévu, ce fut affreusement éprouvant. Il y a d’abord la personnalité de Bedos, sa prévisibilité, sa phénoménale fatuité, son égocentrisme démesuré, son manque total d’humour, son incapacité à se mettre un seul instant lui-même en question. Sans cesse, il la ramène et se met en avant. Avec son très cher ami Rocard, un « frère » dont la disparition le laisse inconsolable, avec Mélenchon auquel (malgré le caractère quelque peu ombrageux du personnage), chaque fois qu’il est sollicité, il consent à accorder très généreusement son précieux appui, avec ses camarades Belmondo, Rochefort et Marielle qu’il a intimement côtoyés pendant ses études au Conservatoire, avec Brassens, Brel et Barbara qui ont tout de suite reconnu son talent naissant et ont couvé ses premiers pas sur la scène, avec Desproges dont il a su, immédiatement et le premier, détecter l’immense génie et qu’il a ensuite chaudement encouragé à poursuivre dans la voie où plus tard il s’illustrera…

Un homme insupportable, mais que tous, sur le plateau, s’ingénient à flatter d’une façon totalement indécente. Et c’est à qui se montrera à son égard le plus bassement flagorneur… On le loue et le félicite notamment pour avoir arraché à un tribunal ce que l’on devra désormais appeler « la jurisprudence Bedos », une conquête obtenue sur le front juridique dont il est particulièrement fier et pour laquelle il ne se prive pas d’afficher beaucoup de gloriole. Non, désormais, traiter publiquement sur scène comme il l’a fait Mme Morano de « grosse conne », ne constitue pas pour le juge une injure caractérisée. C’est là assurément – accordons-le lui volontiers – pour l’humanité en marche vers toujours plus de lumière et toujours plus de progrès, une avancée décisive ouvrant des voies très prometteuses !

Mais il y a aussi d’autres intervenants, des habitués apparemment, que Nagui, flanqué de sa bande pas si « originale » qu’il veut bien le proclamer, écoute avec gourmandise, en gloussant aux meilleurs moments. Un certain Daniel Morin, donne une imitation bête et méchante de Radio-Courtoisie (rebaptisée sans complexe Radio-facho). On commence par entendre la musique de « Maréchal nous voilà », puis un speaker doté d’une ridicule voix de pimbêche prend la parole et fait l’éloge de « Marie-Françoise, élue patriote frontiste qui, à 67 ans, dans un incroyable élan de chrétienté, se tire encore le lait pour le distribuer gratis aux femmes de sa commune qui, pour leur plus grand malheur, ont la mamelle sèche » avant de s’en prendre à « M. Guy Bédos, fantaisiste pamphlétaire léniniste qui depuis 50 ans salit la France de ses saillies bobos-gauchistes qui n’amusent que les traitres à la nation et les rastaquouères qui l’assiègent… » Il y en a aussi pour Ménard, pour Zemmour, pour Valeurs actuelles… et pour les pastilles Vichy (association particulièrement désopilante !) et, bien sûr, pour« Dame Marine qui bientôt sera présidente de la France »… L’humoriste, ayant fini son numéro parodique plein de finesse, reprend alors sa voix naturelle et conclut d’un ton grave : « Oui, je sais, ça fait peur… Mais, attention les amis, je vous rappelle que la menace frappe à notre porte. »

« Valeurs actuelles, le journal qu’on emporte quand on va aux chiottes »

Puis, c’est au tour d’un dénommé Pierre-Emmanuel Barré de nous livrer le résultat de ses « spirituelles » élucubrations. Qu’on en juge par cet extrait qui devrait séduire nos braves féministes : « Si ma meuf ne veut plus me sucer depuis trois semaines, je ne l’attrape pas par les cheveux pour la forcer. Hein, je me dis, c’est peut-être parce que depuis trois semaines je ne me suis pas lavé la bite. » Ou cet autre : « Nom de Dieu, on a retrouvé 10 ADN différents dans le cul de cet électeur ! Pourtant ils sont 11 candidats ? Oui, mais Mélenchon s’aimait tellement qu’il a préféré s’auto-enculer ! » Je ne me sens pas particulièrement bégueule mais je me pose sérieusement la question : peut-on considérer que ce genre de considérations parfaitement obscènes soit bien à sa place à la radio, surtout dans la journée, à une heure de grande écoute ? Qu’en pense là encore le CSA ?

Un exemple de l’impudence, mais aussi de l’inconscience de ces gens-là. On demande à M. Bedos si, afin d’éviter de se trouver contraint de côtoyer quelqu’un qui lui déplairait, il choisit soigneusement les émissions dont il décide d’accepter l’invitation. Il répond affirmativement mais ajoute aussitôt que, pour ce qui est de l’émission de Nagui, il est bien tranquille car il sait pertinemment ne pas risquer d’y rencontrer Robert Ménard. Si d’ailleurs, ajoute-t-il, une telle chose devait jamais lui arriver, il se retirerait illico. Et Nagui de le rassurer aussitôt : « Mais, mon cher, nous serions alors deux à quitter le studio ! » Qu’est-ce que trahit une telle connivence ? Quel est le postulat implicite, l’évidence sous-jacente, partagée aussi bien par l’inviteur que par l’invité, qui se révèle ainsi à nous ? Cela peut aisément se déduire : nous, c’est-à-dire Nagui, Bedos et les autres personnalités bien-pensantes, nous sommes ici chez nous, pas un Ménard ! Lui et ses semblables, on ne veut pas les voir. D’ailleurs, de fait, les voit-on ? France Inter, pour eux, c’est donc : « Les gauchistes reçoivent les gauchistes » et « Les gauchistes parlent aux gauchistes » ! L’antenne publique que l’Etat leur a confiée, ils l’ont privatisée et, sans vergogne, se la sont appropriée…

Et les auditeurs là-dedans, les citoyens ordinaires, ceux qui paient la taxe et financent la radio de leurs impôts, y sont-ils chez eux, dans cette radio publique ? Ça dépend… S’ils communient avec les valeurs généreuses, progressistes, tolérantes, fraternelles, « antifascistes », que nous prônons, oui, ils sont les bienvenus. Sinon, qu’ils aillent se faire voir ailleurs. Et s’ils se risquent malgré tout à laisser traîner ici leurs sales oreilles mal-pensantes et réactionnaires, tant pis pour eux ! Qu’ils acceptent alors docilement de se voir par nous moqués, piétinés, crachés dessus, traités de tous les noms : abrutis, étroits du bulbe, rétrogrades, coincés, grenouilles de bénitier ou fachos ! C’est tout ce qu’ils méritent.

Je n’écoute jamais l’émission de Mme Vanhoenacker« Si tu écoutes j’annule tout », mais, à deux reprises, en voiture, j’en ai capté un bout au vol et, les deux fois, j’ai pu entendre cette dame mentionner en gloussant,« Valeurs actuelles, le journal qu’on emporte quand on va aux chiottes ». De sa part, ça a donc l’air d’être une plaisanterie récurrente, une pique jugée par elle tellement percutante, tellement spirituelle, tellement irrésistible, qu’elle la ressert à son public le plus souvent possible. Mais, moi, je regrette ; moi, je ne vois pas pourquoi je devrais tolérer que, sur la radio « nationale », l’on traite de cette façon le journal que, chaque semaine, je lis, moi, avec intérêt. Et pourquoi pas à la place, de temps en temps et pour changer, par exemple Libération, L’Obs ou Télérama ?

L’intolérance de ces gens-là, convaincus au plus profond d’eux-mêmes de leur indiscutable supériorité de droit divin sur les citoyens qui n’ont pas l’heur de penser comme eux, d’adhérer docilement à leurs détestations, de se rallier sans discuter à leurs goûts et préférences, de souscrire aveuglément à toutes leurs admirations, est vraiment sidérante. Pour eux, en effet, tous ceux-là ne sont que de vrais demeurés, d’indécrottables crétins, à qui on devrait même ôter le droit de voter, comme Bedos, ce grand démocrate, n’a pas craint de le suggérer chez Nagui !

CSA, te voilà?

Mais tout cela va plus loin que l’intolérance, plus loin que la suffisance béate et l’arrogance tranquille. Ce que bien souvent l’on perçoit à travers leurs propos, c’est plus que du simple mépris, véritablement de la haine. Une haine profonde et bien mal dissimulée. De la part de gens qui font si volontiers étalage de leur antiracisme, qui se réclament d’un humanisme sans frontières et proclament fièrement leur idéal de fraternité universelle, ce qu’ainsi ils manifestent à l’égard de ceux qu’ils appellent les « petits blancs », les « franchouillards », les « beaufs », ceux qui, excédés de voir leur cadre de vie envahi et détruit par la submersion migratoire, donnent leurs voix au Front national, c’est bien une sorte de racisme qui ne dit pas son nom !

Alors, n’y aurait-il pas, se demandera-t-on peut-être, un CSA pour contrôler tout cela, un CSA pour rappeler opportunément à l’ordre une radio qui, loin de respecter tous les Français, choisit d’en flatter certains et d’insulter les autres, un CSA pour dire de temps en temps : « Ça suffit, les gars, décidément vous allez trop loin » ? Il semble que non.

C’est pourquoi le vil mouchard, que je suis, le sycophante sans état d’âme, ne craint pas de demander poliment au CSA quelles sanctions celui-ci entend prendre à l’encontre de tous ces gens qui squattent impunément les ondes et s’y comportent comme s’ils en étaient les légitimes propriétaires. A l’encontre de tous ces gens qui, à l’aube du premier tour de la présidentielle violent aussi allègrement l’équité de traitement dont, sur les ondes nationales, devraient bénéficier tous les candidats.

Quelles sanctions, quels rappels à l’ordre sont envisagés pour ces gens débordant de mépris et de haine qui, au nom de la promotion de la fraternité et du « vivre-ensemble », n’hésitent pas à « discriminer » et « stigmatiser » gravement une part si considérable de leurs concitoyens, des concitoyens qu’à longueur d’antenne ils traitent comme des parias et des moins que rien. Obtiendrai-je une réponse ? Provoquerai-je une réaction ? Je n’en suis, hélas, pas du tout persuadé…

On peut réformer l’Ecole en 3 mois

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SIPA. 00735640_000004
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Fini de rire. Il faut se décider.

Et je me suis personnellement décidé en fonction des politiques éducatives envisagées par les différents candidats.

« Mais vous êtes donc aveugle aux questions économiques ? Au chômage de masse ? À la dissolution de la nation dans l’européanisation, la mondialisation, le Marché divinisé ? »
« Et les questions de sécurité, alors ? L’immigration sauvage ? Et… »

J’adore la valse des milliards que nous promettent la plupart des candidats. Ils iront les pêcher où, leurs milliards ? Depuis 1973, depuis que Pompidou — un autre ex-employé de la banque Rothschild — a accepté que la France ne puisse faire fonctionner sa planche à billets et s’auto-financer, depuis que nous sommes pieds et poings liés devant les diktats des banques privées, nous n’avons d’argent que si les grands financiers internationaux le décident. « Il suffira d’emprunter ! Nous sommes solvables, à long terme ! »

L’école, sous un certain angle, ça ne coûte rien de la réformer

Pas du tout. Si vous voulez savoir ce qui nous pend au nez, jetez un œil sur ce que Wolfgang Schaüble a fait à la Grèce — le piège dont les mâchoires se referment, ces jours-ci. Ces salopards veulent une Europe à deux vitesses — et nous ne serons pas en tête. Tout comme ils ont fait une école à deux vitesses. L’Ecole du Protocole de Lisbonne avait pour fonction de réduire la nation. Les programmes des européanistes ont pour fonction de l’éliminer.

L’argent, le nerf de la guerre… Ben oui : Hollande a trébuché là-dessus dès son entrée en fonction. C’est pour ça — et uniquement pour ça — que les socialistes se sont lancés dans des réformes sociétales sans impact financier. Parce qu’ils ne pouvaient pas se lancer dans quoi que ce soit d’autre. Le « mariage pour tous », les « rythmes scolaires », la réforme du collège, la loi Travail… Du vent — avec de petites économies en perspective.

Et un bénéfice électoral conforme aux plans de Terra Nova. Faire plaisir aux bobos gays du Marais. Accabler le prolétariat — parce qu’il y a toujours un prolétariat, et même de plus en plus. Faire semblant de s’occuper des pauvres, et des pauvres en esprit — et les accabler dans les faits. Et avec ça ils comptent sur le vote immigré !

Aucun candidat ne pourra opérer d’autres réformes que celles qui ne coûteront rien, ou pas grand-chose.

Par exemple, l’école. L’école, sous un certain angle, ça ne coûte rien de la réformer. Autant en profiter.

Revenir, au moins dans un premier temps, aux programmes de 2008 serait indolore. Les manuels existent, il en est même de bons.

Décider de…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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