Politologue, enseignant en sciences politiques, membre de la Fondation Jean Jaurès, cofondateur et cheville ouvrière du Printemps républicain, Laurent Bouvet est devenu depuis 2012 l’un de nos analystes de la vie politique française parmi les plus lus. Son premier ouvrage, le Sens du peuple (Gallimard, 2012) et plus encore le suivant, L’insécurité culturelle (Fayard, 2015) ont suscité débats et disputes souvent initiés par des chroniques parues dans divers médias (Huffington Post, Le Monde, Figarovox, Slate…). D’autant que Bouvet est fort actif et suivi sur les réseaux sociaux, sa page Facebook en particulier. Normal, il fait partie de ces analystes qui ont le sens de la formule.

Retour sur le futur

Les chroniques publiées de 2012 à 2016 sont réunies sous le titre La Gauche zombie. Chroniques d’une malédiction politique (Lemieux éditeur, 2017). Lire ou relire ces chroniques écrites « à chaud » est très intéressant : l’observateur parcourt de nouveau les « années Hollande » et cette remémoration d’un passé récent (qui passe fort mal) alimente la réflexion sur le présent immédiat, à commencer par cette ubuesque campagne électorale. Car Hollande n’est pas « flanby », c’est Ubu faisant son coup d’État en sortant un Macron de la « merditude des choses ». Coup d’État/coup d’éclat à la Ubu produisant une créature sortie de nulle part. Un possible futur président de la République qui échappera à son Ubu/Hollande créateur. Vue de cette gauche-là, la vie politique a de quoi effrayer. Bouvet observe et dissèque la gauche des morts vivants.

Les questions qui fâchent font le printemps

L’analyste pose les questions qui fâchent. Avec « l’insécurité culturelle » en particulier. Sentiment traversant la France plus que concept, inquiétude du peuple Français, toutes origines confondues, repéré par Bouvet dès les premiers mois de ce que l’on est bien obligé d’appeler « la présidence Hollande ». La dispute a été forte autour de ce concept/sentiment, Laurent Bouvet et par ricochets le Printemps républicain ayant été accusés de faire le jeu du populisme. Ce dont parle Laurent Bouvet est pourtant bien réel, en France comme ailleurs : dans une mondialisation qui est tout sauf « heureuse », le peuple vit dans l’insécurité économique et physique. Il vit aussi dans une « insécurité culturelle ». Pour Bouvet, « C’est à cette préoccupation-là que la stratégie « Buisson » devait s’adresser autour du ciblage des musulmans et de leur mode de vie comme menace pour l’identité nationale (viande halal, prières de rue, burqa etc). L’original en a, comme attendu, davantage bénéficié que la copie ». Et Bouvet de prévoir : « la gauche ne pourra pas pour autant négliger cet aspect auquel elle est généralement rétive » (2012). Avertissement sans effets du politologue : 5 ans après, la gauche zombie n’a pas bougé d’un iota. Son rapport à la place de l’islam en France est inaudible. Une gauche qui ne voit pas le concret : Poor white trash en France pour reprendre le titre de Sylvie Laurent ? Aucun doute. Que l’on pense au candidat Hamon comparant les cafés dans lesquels les femmes ne sont pas les bienvenues avec l’ancienne condition ouvrière décrite par Zola. Pendant que Hollande évoque le possible d’une « partition » de ce qu’il est censé défendre, la République « Une et Indivisible ».

La guerre civile des stylos de gauche

Vu de gauche, ce type d’analyse déclenche la guerre civile des stylos. Cachez ce réel qu’Ubu/Hollande/Macron ne sauraient voir : mondialisation malheureuse, chômage de masse, précarité, peur du déclassement, crise identitaire de la France des « petits blancs », rupture du pacte scolaire républicain, islamisation de pans entiers de la société, abandon de la souveraineté, rupture entre des « élites » hors sol et le peuple… Les zombies voient des « islamophobes » partout mais point de problème républicain fondamental lié aux spécificités de l’Islam. « La gauche zombie » parle de tout cela mais ses mots sont creux. Son logiciel la rendant incapable de saisir les causes identitaires des tensions liées au modèle sociétal multiculturel. Elle ne s’est pas remise de la « stratégie Terra Nova », fixée en 2011, dont l’objet était de se fabriquer un électorat de communautés en remplacement de l’électorat populaire perdu. Incapable d’affronter les questions sociétales, comme celles réapparues sur le devant de la scène avec la Manif Pour Tous, cette gauche est devenue gauches éclatées sans repères, arc-boutées sur des positions du siècle passé. Les chroniques de Laurent Bouvet racontent cela au jour le jour : la rapide descente aux enfers d’un cadavre qui bouge encore. Une gauche dont le seul projet politique semble celui d’individus atteints d’une étrange maladie : la cordonite aiguë. Autrement dit, l’art de conserver son fauteuil de reniements en reniements. Lire ou relire les chroniques de Laurent Bouvet permet de refaire ce voyage, la walking dead de la gauche du parti socialiste. Et comme souvent, revivre les épreuves d’un voyage permet d’en mieux saisir le sens.

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Matthieu Baumier
est essayiste et romancier.