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L’écriture inclusive pour les malcomprenant·e·s sexistes comme vous et moi

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L’écriture inclusive, c’est l’écriture pour tous. D’après un sondage, 75% des Français seraient pour. Mais seulement 12% seraient capables de dire ce que c’est… Tentative d’explication.


L’écriture inclusive est à la mode. J’essaie de m’y mettre, avec bien du mal. Il faut dire que je traîne un lourd handicap, séduite que j’étais par les raisonnements de l’Académie française. Elle prétend que genre grammatical et genre naturel sont disjoints, et qu’il existe en français un genre marqué et un genre non marqué ayant valeur extensive[tooltips content=’Voir http://www.academie-francaise.fr/actualites/feminisation-des-titres-et-des-fonctions On peut souligner que l’Académie ne parle pas de « neutre », mais de « genre non marqué » ou « extensif ». Comme on le verra plus loin, l’Académie ne précise pas dans ce bref texte que le genre marqué peut, plus rarement il est vrai, avoir valeur extensive.’]1[/tooltips]. J’en étais encore là lorsque j’ai publié mon affreux poisson d’avril 2017 imprégné de malveillance et nourri par ces arguments ringards. Maintenant que j’ai pris de bonnes résolutions pour la rentrée, je fais des exercices de rééducation. Mais il y a encore des choses que je n’arrive pas à faire ou que je ne comprends pas. Voici, par exemple, deux difficultés.

1. Je ne sais pas expliquer à un petit garçon qui vient d’entrer en CE1 comment on doit prononcer une séquence écrite ainsi :

« Les instituteur·rice·s conseillent à leurs nouveau·elle·x·s élèves d’être travailleur·euse·s »

J’espère que c’est correct : je tente d’appliquer les recommandations du manuel qui fournit la formule de composition des mots avec le « point milieu » et où on trouve également des listes de transcriptions[tooltips content=’Manuel d’écriture inclusive de l’agence Mots clés, dont la promotion figure sur le site officiel du Secrétariat d’Etat en chargede l’égalité entre les femmes et les hommes : http://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/initiative/manuel-decriture-inclusive/‘]2[/tooltips]. C’est ainsi que, tentée d’abord d’écrire « nouveaux·elles », j’ai renoncé et observé plus scrupuleusement la règle indiquée page 7 du Manuel, ce qui donne dans mon application de malcomprenante : «  nouveau·elle·x·s ». Inutile de préciser que, d’ordinaire excellente dactylo en écriture « normale » (oops, pardon, en écriture macho), j’ai mis pas mal de temps à taper la séquence. J’excepte bien sûr le temps passé à trouver le code pour obtenir le « point milieu » : on nous rassure, les claviers vont bientôt remédier à ce défaut. N’empêche que même avec cette touche supplémentaire, il va falloir acquérir d’autres automatismes de frappe.

A lire aussi: L’écriture inclusive, la nouvelle fabrique des crétin·e·s

Revenons à notre séquence. Une partie se déchiffre en lecture alphabétique (en voyant ce qui est écrit, on sait quels sons on doit émettre) mais une autre partie ne peut pas se lire ainsi. En effet, dès qu’un terme contient un ou plusieurs « points milieu », il faut repérer les lettres à déplacer pour les coller à un radical commun qu’il faut isoler mentalement, puis ajouter les éventuelles marques du pluriel qui sont à coller aux mots déjà obtenus, toutes opérations d’autant plus difficiles qu’elles ne se présentent pas séquentiellement. Il n’y a plus de principe homogène de lecture.

A certains moments il faut dire ce qu’on voit, à d’autres il faut dire ce qui n’est pas écrit et recourir à une interprétation qui transcende la littéralité. Mais quelle interprétation ? Faut-il dire « les instituteurs et les institutrices » ou mettre en facteur l’article et se lancer dans un shortcharabia du genre « les instituteurs-trices » ou « les instituteurs-institutrices » ? Fort heureusement, je trouve en ligne un charitable article de Slate qui suggère des solutions pour me sortir de la « crétinerie » :

Qui s’habitue pendant quelques (sic)[tooltips content=’

On voit ici que les signataires – j’écris « signataires », stratégie d’évitement, parce que je ne sais pas s’il faut écrire « l’auteur et l’auteure » ou « l’auteur et l’autrice » ou « les auteur·e·s » ou « les auteur·rice·s » – ont aussi des problèmes avec le nombre et pas seulement avec le genre.

‘]3[/tooltips] temps à la lecture de tweets et d’articles en écriture inclusive en arrive tout naturellement à deux types de comportement. Premièrement, le cerveau transforme cette notation en un terme neutre: si nous lisons « les chanteur·euse·s», nous comprenons immédiatement qu’il s’agit des hommes et des femmes qui chantent. Et hop, passage au mot suivant, comme dans la méthode globale. Deuxièmement, s’il nous faut désormais lire un texte inclusif à voix haute, on prendra la peine de développer en disant «les chanteurs et les chanteuses», ce qui est moins lourd à l’écrit.

Sortir de la crétinerie, c’est une gymnastique : « hop » passer au mot suivant « comme dans la méthode globale », autrement dit zapper. Au diable la mécanique, vive la « compréhension » immédiate ! Ou alors à haute voix, c’est « développer » une séquence qui n’est pas écrite et qu’on va chercher où ?… mais dans sa « culture », dans ses « prérequis » ! Que voilà une bonne idée pour une école « inclusive » qui ne recourt à aucun présupposé, et qui pourfend les « implicites » générateurs de discrimination !

2. Comment fait-on dans l’autre sens ?

Je veux dire : comment fait-on avec les mots de genre marqué (dit improprement féminin) qui peuvent désigner des personnes de sexe masculin ? J’ai beau scruter les listes du Manuel, je ne les y trouve pas[tooltips content=’Je ne les trouve pas dans les listes. Car pour le nom personne, il est utilisé par le Manuel sans état d’âme au genre marqué (dit féminin) pour désigner aussi bien des femmes que des hommes. On y donne même en exemple la dénomination québecoise des Droits de la personne humaine : à moins d’être « malcomprenant·e » ou androphobe maniaque, on n’en déduit pas que seules les femmes ont des droits. Mais on en conclut que les signataires du Manuel, malgré leurs déclarations, souscrivent bien au concept degenre extensif proposé par l’Académie. Ils le réservent au seul genre marqué, mais ça ce n’est pas du sexisme, c’est seulement un juste retour des choses.’]4[/tooltips].

Je complique ma vie de malcomprenante en imaginant ce petit exercice pervers : transposer en écriture inclusive et gender-correcte le texte suivant.

« Les nouvelles recrues (de nombreuses personnes ont été admises), se sont bien vite adaptées. Celles qui ont été postées comme sentinelles n’ont rencontré aucune difficulté, même si les estafettes ont eu un peu de mal à remplir leur fonction. Mais une vigie prénommée Victor a été la dupe d’une mauvaise plaisanterie faite par une fripouille. L’enquête a réussi à identifier cette dernière – un garçon peu recommandable – et la victime a été réconfortée : Victor est à présent la vedette du régiment, décidément c’est une star. »

Faut-il opter pour la manière forte en inventant une forme « masculine » à affubler aux substantifs « recrue », « personne »[tooltips content=’Il faut distinguer le substantif et le pronom « personne ». Au sujet du pronom, le Dictionnaire d’orthographe de Jouette précise que, « étant indéterminé, il est accordé au masculin (je préfère dire : genre non marqué) singulier mais que « si le mot ne peut désigner qu’une femme, l’accord se fait au féminin ». Ainsi on écrira « Personne n’est assez prudent » et « Personne n’était plus belle que Cléopâtre ». Et le Dictionnaired’ajouter : « Alors qu’une reine dira : Personne n’est plus puissant que moi (les rois étant englobés dans la comparaison). »’]5[/tooltips], « sentinelle », « vigie », « estafette », « dupe », « fripouille », « victime », « vedette », « star » ? Ou bien faut-il les laisser tels quels en admettant qu’ils deviennent épicènes et ne faire varier que l’article ? En tout état de cause, on peut craindre que leur enlever la marque dite (improprement) du féminin, et dire « le victime », « le personne », etc., serait une « invisibilisation ».

Retrouvez Catherine Kintzler sur son blog Mezetulle

C'est le français qu'on assassine

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Les JO sont le contraire des droits de l’homme

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Le Comité international olympique (CIO), par le biais de la Charte olympique, est capable d’introduire, sinon d’incruster, la terrible idéologie de la compétition, au nom du bonheur d’être ensemble, de la citoyenneté partagée, de la santé, de l’éducation, de la culture, etc. Le « but de l’olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique soucieuse de préserver la dignité humaine » ; et encore : « l’esprit olympique exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». « La pratique du sport, nous dit la Charte olympique, est un droit de l’homme ». Rien que cela !

Le mythe du surhomme à l’état pur

Une compétition sportive, les JO, qui passe pour naturelle et à laquelle personne ne s’oppose. Une compétition sportive dont même les opposants parmi les plus sincères ne cessent de louer les vertus. « Ce qui est magnifique dans les JO, estime par exemple la conseillère de Paris France insoumise Danielle Simonnet, c’est que vous découvrez plein de femmes et d’hommes qui sont extrêmement impressionnants dans leur grand courage, leurs prouesses et leur dépassement de soi ». Or, c’est précisément cette idéologie du « dépassement de soi » située au cœur du sport de compétition et de l’Olympisme qui ne va pas de soi. Des sportifs « impressionnants », des « prouesses »… Il faut avoir un peu de recul face au sport-spectacle qui, aujourd’hui, dépend tout d’abord d’un dopage massif et permanent de ses pratiquants (y compris dans le sport dit amateur). Mais surtout, il faut l’affirmer et le redire, le sport de compétition ne ressortit en rien du jeu ou de l’activité ludique qui font appel à la liberté de se mouvoir quand on veut et où l’on veut, à la gratuité, à la non-discrimination entre les sexes, à l’accueil de corps différents, à l’indifférence quant aux résultats, au refus de la performance, du record et de la prouesse, au rapport libre, organique et plastique avec une nature non artificialisée.

A lire aussi: Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

Le sport de compétition est, à l’inverse, la perversion systématique, l’inversion efficace et pratique du jeu et de l’esprit ludique, leur dégénérescence, leur métamorphose par le biais d’un temps mesuré (le chronomètre) et dans un espace toujours circonscrit (la piste, le stade, la piscine…). Avec la compétition, il s’agit de la transformation radicale de la fluidité essentielle du temps et de l’infinité finie de l’espace à travers la mesure des corps réduits à une série de chiffres dont l’apothéose est le record. Autrement dit, le sport de compétition renvoie à une abstraction qui n’en est pas moins – pour beaucoup d’individus encore – fascinante. Elle correspond en effet au mythe jamais assouvi du surhomme lui-même – le champion – lié à l’immense problème de surmonter l’angoisse actuelle vis-à-vis du corps occidental : l’amour-haine du corps au croisement de l’exaltation du travail et de la faiblesse de la chair, un objet de désir et la part inférieure de l’homme, le lieu de la cruauté voire de la morbidité et celui de la jouissance.

L’impérialisme, stade suprême de l’olympisme

Pour en revenir aux JO et contrairement à ce que leur nom indique, ils n’appartiennent pas au domaine du jeu puisqu’ils ne font jamais appel à une quelconque liberté d’organisation entre les individus (y compris celle d’arrêter de jouer), ne mélangent ni les sexes ni les âges et ne s’intéressent qu’aux vainqueurs. Le jeu, a contrario, méconnaît le dopage, l’entraînement démentiel, la professionnalisation, la victoire à n’importe quel prix (triche comprise). En outre, les JO ont fait disparaître les jeux traditionnels (les très nombreux jeux, par exemple, inventés par les Indiens aux États-Unis) au seul profit de sports dits modernes dont la compétition entre individus et l’implacable rivalité entre les nations est le seul moteur.

Il n’y a pas une seule épreuve des JO qui ne soit une compétition entre athlètes ou entre équipes. La compétition est le seul cadre organisationnel et le seul dispositif à partir duquel les JO, et plus généralement toute organisation sportive se mettent matériellement en œuvre et se déroulent selon leur propre logique. La compétition sportive signifie l’organisation maîtrisée, institutionnalisée et ritualisée de la confrontation par le biais de l’aménagement spatial et temporel de la lutte entre les individus ou entre les équipes. Dans cette logique compétitive universelle, seuls comptent les résultats à travers leur comparaison universalisée. La compétition elle-même induit ainsi une logique irréversible : s’entraîner durant des années pour pouvoir y participer après une succession d’épreuves de sélection, s’y maintenir coûte que coûte et quel qu’en soit le prix, et surtout en sortir le vainqueur.

L’essentiel c’est d’éliminer

Le sport de compétition, celui des JO, est à l’exact opposé des droits de l’homme. Derrière les sourires, de moins en moins flagrants ou purs, ce sont surtout les rictus de douleur qui apparaissent sur des visages grimaçants, des corps tordus par la souffrance, exténués par l’effort prolongé. On sait que les entraînements en Chine sont de longues séances de mise aux normes des corps d’enfants placés dans de véritables camps sportifs. Derrière les embrassades de fin de course, ce n’est de fait que la compétition la plus sauvage entre les individus qui s’exprime. Une compétition qui n’admet aucune empathie, aucune solidarité, aucun apitoiement vis-à-vis de l’autre. Malgré les sourires et la « bonne humeur » générale, l’amitié n’existe dans aucune course, aucune épreuve sportive, aucune discipline ; elle y est même proscrite. Le fair-play est lui aussi une pure illusion dès lors que la compétition n’engage qu’à tromper le concurrent (et le public) par le biais du dopage et de toutes sortes de tricheries.

Où est la courtoisie, la loyauté, la droiture dans l’acte sportif compétitif ? Que peut être l’« amitié entre les peuples » dont on nous rebat les oreilles pendant les brefs quinze jours d’une compétition olympique ? Franchement, il y a de quoi sourire. À l’intérieur du Village olympique, parqués dans leurs chambres (filles et garçons séparés, cela va de soi), les sportifs passent le plus clair de leur temps à consulter leurs mails ou à jouer à des jeux-vidéos. Hors de leurs chambres, ils s’entraînent…

Le sport barbare: Critique d'un fléau mondial

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Smart stadium: Le stade numérique du spectacle sportif

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Le livre noir des JO de Pékin

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Eric Zemmour vs Omar Sy : la défaite de la pensée

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Eric Zemmour, Omar Sy et Harvey Weinstein sont dans un bateau. Devinez qui tombe à l’eau… Autopsie d’une polémique nulle et non avenue.


En 2014, le réalisateur Abel Ferrara sortait Welcome To New York, film ambitieux et polémique censé narrer la déchéance de Dominique Strauss-Kahn, projetant les néons rouges des clubs de strip-tease sur ces quelques jours qui ont transformé un président de la République en puissance, ivre de sa position de directeur général du Fonds monétaire international, en satyre habitué des soirées échangistes les plus glauques, sinon en criminel accusé du viol d’une femme de ménage devenue le symbole des violences faites aux femmes.

Joué par Depardieu, le personnage de Dominique Strauss-Kahn, rebaptisé Devereaux pour éviter les procès, montrait un homme dévoré par ses turpitudes, accro à la luxure, libidineux, boulimique de stupre, avide d’argent, grognant comme un goret affamé réclamant le sein maternel, sorte de pornocrate pipi-caca dont les jours heureux s’écoulaient à la manière du Salo ou les 120 journées de Sodome.

Les scandales sexuels révèlent les tensions identitaires

Dans un monde de dominants, les relations adultérines se limitent parfois au simple échange de liquide séminal, consommation rapide de femmes interchangeables pour se décharger d’un trop plein de testostérone. Qui, d’ailleurs, pourrait se refuser à ces grands enfants-rois habitués à être servis, révérés et admirés ? Néanmoins, la boulimie sexuelle des Dominique Strauss-Kahn et des Harvey Weinstein ne sauraient en faire des coupables, sans qu’ils n’aient le droit de se défendre. Car nous sommes passés d’un excès à un autre. Autrefois, les femmes étaient forcément tentatrices, jamais victimes d’agressions. Aujourd’hui, il suffit de « balancer un porc » anonymement sur les réseaux sociaux pour qu’une vie soit brisée.

Ces scandales sexuels agissent comme de puissants révélateurs des tensions à l’œuvre au sein de nos sociétés. Ainsi, les révélations multiples qui ont visé Harvey Weinstein ont eu des répercussions beaucoup plus larges, générant des débats et des commentaires, souvent outranciers. D’un Didier Lestrade dénonçant d’hypothétiques solidarités communautaires « sionistes » (avant d’effacer son tweet), à d’autres fustigeant la cabale antisémite que subirait Harvey Weinstein, les réactions n’ont pas toujours fait preuve de mesure, se déportant sur un terrain ethno-culturel tristement habituel.

L’image contient peut-être : 2 personnes, texte

Pourtant, rien de bien mystérieux dans une affaire au schéma très classique, vieux comme le monde, opposant celles qui couchent pour réussir à ceux qui réussissent pour coucher. Si les agressions sexuelles sont prouvées, Harvey Weinstein sera condamné. Fin de l’histoire ? Non, le « porc » doit être montré en place publique, exhibé pour l’exemple, et, avec lui, le système patriarcal qui l’a engendré.

Sy criminalise Zemmour

Les habitués des polémiques se sont donc baignés avec entrain dans ce capharnaüm médiatique. Eric Zemmour a notamment profité de l’occasion pour répondre à l’acteur Omar Sy, qui vient d’annuler sa tournée de promotion pour le remake de Knock : « Ici-même Omar Sy a demandé qu’on ne m’invite plus et m’a traité de criminel. Je veux simplement lui signaler qu’un criminel, c’est quelqu’un qui a commis un crime. Je sais bien que de Trappes à Hollywood il n’a pas eu le temps de maîtriser la langue française. Je pourrais l’attaquer en justice pour diffamation. Entre parenthèse, des criminels, il en a côtoyé si j’en crois les médias puisqu’il était très ami avec Monsieur Weinstein. »

De quoi transformer un sujet minuscule qui n’intéresse personne, la pensée de « la personnalité préférée des Français » étant aussi indigente qu’attendu, en un débat de société tenant en haleine le cercle de la raison déraisonnante, toutes tendances confondues.

…qui le nazifie

Il est dommage qu’Eric Zemmour, qui avait bien commencé en remettant à sa place Omar Sy et son épouse hystérique sur les réseaux sociaux, n’ait pas su se retenir d’en rajouter une couche. Soucieux de ne pas être assimilée aux lyncheurs de « porcs », il a ainsi affirmé « Moi, vous savez, dès que je vois une meute, je me méfie. Et là, c’est vraiment des méthodes étonnantes de délation. C’est-à-dire, pendant la guerre, on aurait dit de libérer la parole aussi. ‘Dénonce ton juif’, ça aurait été parfait. […] C’est de la délation, point barre, c’est tout ce que c’est. » Pourquoi atteindre si promptement le point Godwin quand on en subit aussi régulièrement les conséquences ? Oui, le hashtag « Balance ton porc » est une idiotie, une de plus dans un monde où l’hystérie est la norme. Hystérie d’une société du spectacle où Eric Zemmour joue le rôle d’épouvantail avec bonheur.

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Balance ton humoriste (raciste) : lettre anonyme au CSA

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Homophobes, islamophobes, racistes, sexistes, poujadistes,…  balancez les Inconnus![tooltips content=’Note pour le CSA: ce qui suit est bien sûr ironique’]1[/tooltips] 


Très cher Conseil supérieur de l’Audiovisuel,

C’est un parent indigné qui vous écrit. Ma grande fille a eu la mauvaise idée de faire découvrir à sa petite sœur de 9 ans, via YouTube, l’intégrale des Inconnus. Ce groupe de fantaisistes, dont j’avais vaguement entendu parlé, a semble-t-il sévi avec beaucoup de succès dans les années 1990.

Mes enfants s’esclaffant de bon cœur, j’ai par curiosité et sans entrain regardé quelques-unes de ces vidéos aujourd’hui « collectors », paraît-il. Funeste visionnage. Mon sang n’a fait qu’un tour.

Je suis ainsi tombé sur ce sketch, aux relents particulièrement nauséabonds vous en conviendrez :

Les autres vidéos sont hélas à l’avenant. Tous les clichés les plus rétrogrades sont ainsi assénés par ce groupe de comique qui porte mal son nom, à mon grand désarroi. Homophobie, islamophobie, racisme ordinaire, sexisme, poujadisme, apologie de l’extrême-droite, vulgarité… tout y est. Et, pire que tout, cela fait rire notre jeunesse !

Que font les Indigènes de la République?

Je sais que votre haute autorité ne cesse de traquer les nombreux dérapages qui salissent trop souvent notre télévision nationale. Comme vous l’avez encore démontré récemment avec Laurent Baffie, ce bouffon macho et grossier, vous ne laissez plus rien passer. Pour combattre le politiquement abject, la moisissure, la beaufitude et le fascisme rampant d’un nombre croissant de nos concitoyens, vous avez fort judicieusement déplacé le curseur à l’extrémité opposée. Dans le pays de Robespierre et Jean-Marc Thibault, votre vigilance extrême vous honore. On ne transige pas avec la dignité humaine, fut-ce sous le fallacieux prétexte de faire rire.

Je sais qu’un nombre sans cesse croissant de nos téléspectateurs vous avertit quotidiennement de la moindre faute de goût cathodique. C’est la raison pour laquelle je remplis à mon tour mon devoir de veille sanitaire en dénonçant ci-joint certains sketchs, librement accessibles sur YouTube (et régulièrement rediffusés sur nos chaînes), qui devraient au plus vite être censurés par vos soins. J’avoue d’ailleurs ne pas comprendre pourquoi le Mrap, les Indigènes de la République et d’autres honorables mouvements du même acabit n’ont pas encore poursuivi en justice ces trois sinistres sires.

Que dire par exemple de cet autre sketch violemment islamophobe, censé représenter une speakerine de la télé française en… 2035 : une femme voilée (et moustachue!) au fort accent maghrébin.

Même Michel Houellebecq n’aurait pas osé. Cette parodie existe depuis près d’un quart de siècle, suis-je la seule personne dans le pays des droits de l’homme à m’en offusquer ?

Dans la même veine, ce pastiche de l’émission « Ushuaïa » où un clone casqué de Nicolas Hulot muni d’un haut-parleur croit spirituel de scander au cœur du Boulevard Barbès : « Rentrez chez vous les noirs et les bougnoules ! »… avant de prendre ses jambes à son cou. Vous trouvez ça drôle vous ?

Que penser aussi de ce clip vidéo où nos jeunes de banlieues, trop souvent stigmatisés, sont ici assimilés à des rappeurs analphabètes occupant leur journée à frauder dans le métro, à taguer et à faire des doigts d’honneur aux jeunes femmes… Comment peut-on laisser passer cela ?

Le mauvais goût n’a décidément aucune limite chez ce trio de comique populaire, pour ne pas dire populiste. Après l’islamophobie, le sexisme. Ainsi cette reprise borderline du clip de Didier Barbelivien et Félix Gray « A toutes les filles…»,  une vidéo elle-même très machiste. Guère étonnant quand on sait que Barbelivien a soutenu le très droitier Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle…

Bon bref, je m’égare. Dans cette parodie de Didier «Barbelavie» et Félix «Grave» – le calembour, une vieille tradition d’extrême-droite décidément – on voit l’un des chanteurs cogner sans ménagement sa femme (à la 50e seconde), le sexe dit faible étant réduit ici à un objet à grosse poitrine et à jupe très courte.

Lamentable ! Avec les Inconnus, on a le droit à tous les clichés les plus éculés. A l’instar de ce sketch, qui cumule racisme et sexisme, la double peine en somme. Dans ce reportage censé nous immerger au sein de l’hôpital public la nuit, des infirmières toutes antillaises font preuve d’indolence alors que les appels d’urgence s’accumulent.

A quand un gag sur les noirs qui ne savent pas conduire ou qui ne prononcent pas les «r» pendant qu’on y est ?!

Les lieux communs poujadistes sont également à la fête avec ces vampires Rap-tout, assoiffées de taxes en tout genre. Les Inconnus ignorent peut-être que nos impôts servent à financer nos écoles et nos hôpitaux…

Je n’épiloguerai pas non plus sur cette caricature de très mauvais goût sur les communistes, ce parti des 75 000 fusillés morts pour la France…

Ou encore sur cette parodie de chanteur engagé, indigné à juste titre par la guerre, les injustices et les malheurs du tiers-monde. Cela n’a vraiment rien d’amusant. Mais peut-on décemment laisser-dire que, je cite : « Charles Pasqua (ancien membre du SAC !) n’a pas toujours fait n’importe quoi » ou encore « Jean-Marie Le Pen, il dit pas que des conneries » !

Je ne peux accepter qu’en 2017 nos enfants puissent avoir librement accès à de telles vidéos. Même si ma petite fille semble préférer les chaînes Gulli et Télétoon, je lui impose Arte tous les soirs, pendant le dîner. Et France Inter au petit-déjeuner. Malgré ses larmes, cela lui offre un cadre de pensée légitime. C’est la mission du service public d’indiquer à nos petites têtes blondes le chemin à suivre. Et à vous d’y veiller.

Aussi, cher CSA, ai-je été stupéfait d’apprendre que ces nombreux sketchs avaient été diffusés en leur temps sur France 2, chaîne phare du service public. J’espère que les responsables seront a posteriori sanctionnés car il y a des domaines où la prescription ne peut être de mise et tout compromis, intolérable. De même, je compte sur vous pour épurer YouTube et toutes nos chaînes de télé de toutes ces farces écœurantes d’un autre temps.

Je tiens d’ailleurs à votre disposition une liste de comiques qui ont eux aussi dérapé à de nombreuses reprises, même si beaucoup sont désormais décédés.

Encore merci pour votre action et votre vigilance !

Signé : X

 

PS : J’envoie une copie de cette missive à Marlène Schiappa.

PS 2 : J’ai croisé avant-hier dans l’escalier mon voisin qui, pendu à son téléphone, tenait ces propos : « Tu connais l’histoire du juif, de l’arabe, du noir, du pédé et du handicapé qui sont sur un bateau… ? » J’ignore si cela entre dans vous attributions, mais je peux vous communiquer ses coordonnées complètes si vous le souhaitez.

Les Weinstein, certaines femmes s’en accommodent très bien

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Pour Weinstein, « tout le monde savait ». Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi personne n’a rien dit?

Peut-être parce que la nature humaine est plus complexe qu’on feint de le penser.

Dans le monde universitaire, les postes sont précieux et les carrières reposent en grande partie sur des procédés de cooptation. Alors il n’est pas rare de rencontrer, au détour d’un couloir où d’un colloque, un gentil « collègue » plus âgé qui vous explique qu’il peut « vous aider ». Et cet univers d’intellectuels n’étant pas particulièrement hétéronormé, le phénomène concerne de manière égale les jeunes chercheurs des deux sexes.

#balancetacochonne

C’est aussi le cas dans le monde du cinéma, et l’info est trop peu relayée :

hommes-victimes-acteurs

A quoi il faudrait ajouter le nombre considérable de vieilles cochonnes qui lorgnent sur les nouveaux doctorants et se proposent de leur donner des séances privées d’initiation aux outils informatiques de la recherche. Hashtag #balancetacochonne.

A lire aussi: « Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé ! – Par Elisabeth Lévy 

Mais en lisant et en écoutant tout ce qui se dit autour d’Harvey Weinstein, et notamment, en entendant revenir de manière récurrente cette question « pourquoi, alors que tout le monde savait, n’a-t-on jamais rien dit ? », j’ai repensé à mon Harvey Weinstein. Et moi je sais.

Mon Harvey Weinstein

La plupart des HW ne sont pas stupides. Ils ont soin de ne pas se mettre en infraction vis-à-vis de la loi. Seuls les plus fous d’entre eux vous coincent contre un mur ou vous envoient de très compromettants textos. Mon HW a fait venir la jeune collègue dans son bureau et l’a invitée à s’asseoir, non point sur le fauteuil, en face de son bureau, mais à côté d’elle, dans le petit salon qui occupe la moitié de la pièce. Elle connaît la réputation du bonhomme. A une amie qui lui disait : tu vas vraiment y aller ? Elle a répondu qu’on ne refusait pas un rendez-vous de travail en alléguant la réputation de quelqu’un et que, malheureusement, elle n’avait donc trouvé aucune raison valable de refuser. « Et puis il ne va pas me sauter dessus, quand même ! » Il ne lui sautera pas dessus. Il l’a convoquée sous prétexte d’évoquer le contenu d’un cours qu’elle doit donner. Mais la jeune collègue aura toutes les peines du monde à le faire rester dans le thème: si elle a des questions, elle n’aura qu’à lui envoyer des courriels dans l’année, tranche-t-il d’emblée. Ce rendez-vous, dit-il, c’est aussi l’occasion de « faire connaissance ». Ainsi, lui, il considère qu’il ne faut pas rester borné à l’étude des lettres. Être littéraire, c’est savoir s’ouvrir à… la pornographie par exemple. « Ah bon ? » Elle lui parle de sa thèse sur les moralistes : oh, mais il y a un grand moraliste auquel elle devrait s’intéresser de près, le marquis de Sade. « Vous croyez ? » Comme il se trompe sur l’attribution d’une citation de Pascal, elle le reprend poliment. Il rétorque : « je me sens si troublé auprès de vous que je ne sais plus ce que je dis ». Elle évoque une femme, Professeur, qu’elle admire particulièrement. Il répond : « c’est moi qui l’ai faite ». Une autre ? « Elle aussi, c’est moi qui l’ai faite ». Et ainsi va la conversation, sorte de calvaire interminable mais juridiquement inattaquable. On ne porte pas plainte contre quelqu’un qui, tout en accumulant les sujets gênants, vous a, durant une demi-heure, « regardée comme un morceau de viande » pour reprendre l’expression de Léa Seydoux.

Et surtout, toute dégradante que soit cette conversation, on a eu l’occasion de dire non, ou plutôt de ne pas dire oui : on n’a pas été forcée. Parce que ce qui se dessine entre les lignes, c’est bel et bien une « tractation » (Florence Darel emploie ce mot au sujet du comportement de Weinstein avec elle). Ces femmes que tu admires, me doivent leur carrière. Si tu veux la même qu’elles, c’est Sade, le porno et sois sensible à mon « trouble ». La raison pour laquelle je ne donnerai pas le nom de cet Harvey Weinstein, que certains auront reconnu, c’est justement (outre le fait qu’on ne crache pas sur les morts)  que, même si c’est un porc, il n’a rien fait de répréhensible. Il était trop malin pour cela.

Les tractations dangereuses…

Le problème est que cette « tractation » nous laisse faussement libres. Les jeux sont pipés. Cet homme n’est pas une minable petite frappe qui, au coin de la rue, vous demande si « y a moyen ». C’est quelqu’un pour qui vous êtes censée éprouver du respect, quelqu’un, surtout, qui a un pouvoir énorme sur votre carrière. Pour peu que vous accordiez beaucoup d’importance à celle-ci, plus même qu’à votre honneur, le choix qui s’impose n’est pas nécessairement celui que j’ai fait.

Pour ma part, j’ai adopté une attitude de froideur et de distance. Il reviendra à la charge au bout de quelques mois et, apprenant à ce moment que j’étais enceinte de mon premier enfant, ne me relancera pas.

Le principe étant de « faire connaissance » avec toutes les nouvelles jeunes collègues, je savais que mes camarades avaient eu droit à la même entrevue. Ce qui m’a surprise, c’est de voir comment quelques-unes se comportaient suite à cela. Je ne saurai jamais jusqu’à quel degré d’intimité elles avaient pris le parti d’aller. Mais elles avaient, pour certaines du moins, choisi d’entrer dans un jeu de séduction dangereux. Elles…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!


Connaissez-vous le syndrome de la robe de mariée? On prétend que cette dépense somptuaire est raisonnable, car la chose resservira ensuite pour d’autres grandes occasions. Ce qui, bien sûr, n’est jamais le cas. Exemple typique: les équipements sportifs hors de prix bâtis par les villes qui accueillent les JO. 


Amsterdam, le 12 mai 1970. Après une longue campagne pleine de rebondissements et deux tours de vote, le Comité international olympique (CIO) choisit Montréal comme ville hôte des Jeux olympiques d’été 1976. De retour chez lui, une petite semaine plus tard, Jean Drapeau, maire de l’heureuse élue, tient à rassurer les journalistes, plutôt sceptiques, ainsi que ses administrés. Les Jeux seront placés sous le signe de la simplicité, promet-il, répétant inlassablement qu’autofinancés par les revenus générés, ils « ne coûteront pas un sou aux contribuables ». Mieux encore, assure-t-il, « les Montréalais seront plus riches d’un stade et ça n’aura rien coûté ». Et l’édile de conclure par cet engagement aussi solennel qu’imagé : « Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte ».

Montréal, 720% de dépassement

Un peu en avance sur son temps, l’éternel maire de Montréal (1954-1957, puis 1960-1986) n’avait pas complètement tort : l’homme enceint(e) n’est plus qu’une question de temps et le dépassement des coûts des JO de Montréal a atteint 720 % ! La Ville n’a fini de rembourser ses emprunts qu’en 2006, trente ans après la cérémonie de clôture. Respectivement, il est difficile de déterminer qui de la gymnaste prodige Nadia Comăneci ou du vieux routard de la politique québécoise Jean Drapeau (60 ans en 1976 !) aura réalisé les meilleures performances acrobatiques.

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À la décharge de Jean Drapeau, père du métro et de la loterie montréalais, on peut invoquer son ignorance : à la fin des années 1960, il était difficile de prévoir la débâcle à venir en se basant sur le bilan des six olympiades d’après-guerre (1948-1968). Quarante ans plus tard, il est impossible d’ignorer l’abondante littérature universitaire consacrée aux aspects économiques des JO d’été et d’écarter le consensus qui s’en dégage. Comme le formulent Robert Baade et Victor Matheson, deux spécialistes de la question, « la conclusion qui s’impose est que dans la plupart des cas, les JO sont une mauvaise affaire pour les villes hôtes, le contraire étant vrai uniquement dans des circonstances très rares et spécifiques ». Pourtant, pendant leurs campagnes, les villes candidates à l’organisation des JO continuent de promettre à leurs opinions publiques non seulement une gestion sobre et rigoureuse des coûts, mais surtout des retombées économiques importantes.

Les bons comptes font les bons paris

Ces promesses s’appuient en général sur des études prévoyant d’importants effets positifs en termes de recettes directes et indirectes, ainsi que des créations d’emploi largement exagérées. La raison principale du hiatus est que ces études, commandées par les villes candidates, se fondent sur des raccourcis. Ainsi, pour estimer la contribution au PIB, les recettes prévues ne prennent pas en compte les dépenses alternatives (un Français qui achète un billet pour un évènement sportif en 2024 aurait probablement dépensé cet argent autrement si les JO avaient eu lieu ailleurs, l’impact sur le PIB est donc nul ou minime).

Autre problème : l’estimation des effets sur le tourisme. À Londres, par exemple, le nombre de touristes pendant l’été olympique de 2012 (6 millions) a été plus faible qu’à l’été précédent (6,5 millions), probablement parce que beaucoup des voyageurs ont évité cette destination, craignant légitimement de subir des prix élevés et des foules de supporters. Pourtant, les prévisions économiques présentent le nombre de touristes déplacés spécialement pour les JO comme un gain net pour l’industrie touristique locale. Certes, les tarifs élevés des chambres d’hôtel compensent peut-être la perte de chiffre d’affaires. Mais s’agissant de villes déjà très prisées comme Londres ou Paris – où le tourisme de masse commence d’ailleurs à poser problème –, on a du mal à croire que les JO dopent le tourisme ou contribue à les faire connaître du monde entier. Quant aux retombées sur l’emploi, JO après JO, les prévisions relèvent carrément de la science-fiction : la réalité se résume à quelques milliers de postes créés, majoritairement temporaires.  Enfin, les coûts des équipements sportifs de grande envergure sont presque toujours sous-estimés. Sans reparler du stade de Montréal, songeons au difficile financement du stade Pierre-Mauroy de Lille. Et l’argument selon lequel ces équipements sont un bénéfice net pour la collectivité relève souvent du principe de la robe de mariée : pour avoir bonne conscience, la future épouse se dit qu’elle rentabilisera le prix exorbitant de sa robe en la portant à d’autres occasions. Et bien sûr, cela n’arrive jamais.

La privatisation de l’intérêt général

Reste l’effet « feel good » – dont la mesure relève davantage de la littérature que de la science : la fierté locale et nationale et l’effet escompté en termes d’optimisme, de dynamisme et de mobilisation. Ces arguments recevables figurent généralement à la fin de la liste, brandis en dernier recours quand les données économiques ne font pas l’affaire. En ce cas, il serait plus honnête de dire : « On va s’offrir un grand défi couronné par une grosse fête. Ça va nous coûter bonbon, mais tant pis, on va s’éclater. » Au moins, on saurait à quoi s’en tenir…

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Dans ces conditions, pourquoi se trouve-t-il encore des villes pour croire qu’accueillir les JO est une grande victoire, comme si on était toujours dans les années 1970 ? La réponse est que même si l’intérêt général n’y trouve pas son compte, beaucoup d’intérêts particuliers en sortent gagnants, sonnants et trébuchants. C’est le cas des comités olympiques nationaux et des politiques, comme Jean Drapeau, qui voulait entrer dans l’histoire en encaissant au passage budgets, postes et contrats à distribuer (il est vrai que sa trace historique n’aura pas été à la hauteur de ses espérances). Enfin, le secteur du BTP ne boude pas les grands projets d’équipements et d’infrastructures qu’il faut livrer en temps et en heure, donc littéralement coûte que coûte !

Néanmoins, plusieurs villes candidates aux JO ont fini par renoncer sous la pression d’une opinion publique avertie. Ce fut le cas récemment de Hambourg et de Boston, deux villes où, à la différence de ce qui s’est passé à Paris, le débat s’est ouvert avant la décision du CIO.

Terrorisme: enfin un traitement de choc!

Les tentatives de traitement psy des djihadistes s’étant en général avérées aussi efficaces que les illuminations de la tour Eiffel, un médecin a décidé de renverser le problème : déradicaliser la mémoire des victimes en gommant leurs souvenirs les plus traumatisants. Le 14 septembre, le magazine de France 2, « Envoyé spécial », nous a appris qu’il existait désormais un médicament pour ça.

Expérimenté sur 120 volontaires ayant survécu aux attaques du Bataclan et de Nice, ce protocole s’appuie sur un bêtabloquant connu depuis les années 1970 pour son efficacité contre l’hypertension, le propranolol. D’après Alain Brunet, le psy canadien à l’origine de cette thérapie, ce médicament « a la propriété de bloquer certaines protéines du cerveau qui aident un souvenir émotionnel (…) à se matérialiser ». Bref, le procédé se révèle « novateur de simplicité », comme l’indique si joliment la réalisatrice du documentaire.

Déradicaliser l’amour

On regrettera cependant qu’« Envoyé spécial » n’ait pas été exhaustif sur les vertus miraculeuses de ce nouveau traitement. Le très sérieux site Québec Science est allé interroger Michelle Lonergan, une doctorante de l’Institut de santé mentale de l’Université McGill, qui travaille sous la direction du même Alain Brunet.

D’après la chercheuse, le propranolol pourrait se révéler efficace contre ce qu’elle qualifie de « blessures romantiques », vécues par les gens « dont la vie chavire soudainement parce que leur conjoint les quitte, est infidèle ou les trahit ». Un médicament grâce auquel les chagrins d’amour ne durent qu’un jour ? À mon avis, dès la mise sur le marché, les stocks seront en rupture…

PMA/GPA: l’enfant pour tou·te·s est arrivé!

L’enfant de l’amour est de retour : le serpent de mer. Corrigeant la communication exaltée de Marlène Schiappa, le Premier ministre a annoncé récemment que le gouvernement profiterait de la révision de la loi de bioéthique de 2018 pour y inclure la PMA pour tous, ouvrant ainsi la voie à la GPA. Ce qui s’appellera faire d’une pierre deux coups. Merci à notre revue préférée de nous offrir, ce mois-ci, un avant-goût du match inédit à venir, avec  la photographie de la gaie farandole d’Anne, Jack et les autres, à la frimousse épanouie, tenant une banderole qui vaut son pesant d’égalité, de fraternité et de constitutionnalité : « PMA Filiation Egalité. »[tooltips content=’Voir Causeur n°50, octobre 2017, page 25′]1[/tooltips] Macron ne lâche rien. Les « bioconservateurs » non plus. A vos marques !

Et Taubira créa le mariage pour tous

Cette loi à venir s’inscrit dans le long temps. Le très long temps. Des millions d’années après le Big bang originel, on tombe sur Homo sapiens. Passons les étapes suivantes. En  un tour de cuiller à pot, autre big bang : l’ère Taubira, inaugurée par Amandine, avec l’homo sexualis sexualis. Plus besoin de copuler à l’ancienne, sur un lit de bruyères fossilisées, avec un partenaire d’un autre sexe. On est père et/ou mère (inclusion oblige) par action, par intention et par omission. On s’y… perd un peu mais comptons sur la chambre incubatrice de cerveaux pour nous y retrouver. Ce sera du lourd. Avec ce saut anthropologique, impossible de revenir en arrière. On ne sait pas trop pourquoi mais c’est ainsi. Aussi bien Madame Taubira avait-elle salué dans le « mariage pour tous » non seulement une révolution (c’est dans nos gènes) mais l’avènement d’une nouvelle civilisation.

Le mariage, c’est le mariage. Autrefois, dans des temps très anciens, l’impuissance était une cause de nullité. Mais ça, c’était le code Napoléon (un sacré machiste). Nos mariés de l’ère I, on ne peut dire que, s’ils sont heureux, on puisse leur souhaiter, pour l’instant, beaucoup d’enfants.

La technique au service de l’infécondité

Pour pallier cette infertilité sociale et/ou culturelle, l’homo sapiens sapiens a bien inventé des techniques opérationnelles depuis pas mal de temps, en attendant le droit opposable de l’enfant. Seulement voilà, ces moyens de production ou de reproduction restent à voter chez les primates que nous sommes et cette loi, ne nous le cachons pas, aura forcément une incidence sur le panier de la ménagère. Les gamètes, c’est comme les ortolans, c’est rare et cher. Le marché, il est vrai, s’avère de plus en plus juteux. Qui veut des gamètes ! Achetez mes gamètes ! Pour un p’tit gars tout frais, tout beau !

Madame Taubira avait l’art du verbe (dont n’a pas hérité son émule). On se souvient de ses élans poétiques à la Chambre des députés qui lui avaient valu, dans l’hémicycle, des éloges unanimes. Elle avait réuni les représentants des sept cultes (un chiffre sacré ?) et leur avait dit avec pertinence : « Le Code civil n’est pas votre champ. Ce n’est ni la Bible ni le Coran ni la Torah ». Fermez le ban. Tant il est vrai que l’ère de la Révolution française n’est jamais close. Et les muphtis de partir tout penauds. Madame Taubira avait dit aussi un jour : «  Qu’est-ce que la sexualité ? Seulement la reproduction ? » Là, pas besoin d’être grand muphti pour dire que ça y aide quand même un peu. Napoléon affirmait que ce qui resterait de lui, ce n’était pas Austerlitz mais son Code civil. Napoléon est un fils aléatoire de la Révolution et le nouveau Code civil achoppe sur la voie naturelle. A moins de passer au forceps, faire des enfants à plusieurs et les enregistrer sur un code de nationalité, ce n’est pas simple comme bonjour. En attendant que Marlène garde son sang-froid! La France n’est pas encore dans la rue.

Un saut anthropologique

Pour arriver à ses fins, que ne ferait l’espèce ? L’être humain ne cesse de jouer sur les deux tableaux de la nature et de la société. On comprend que le monde puisse être classé en « bioconservateurs » et les autres, adeptes de la révolution anthropologique. On peut dire aussi que, s’il y a, pour certains, une origine divine à la loi naturelle de la procréation, force est de reconnaître que cette loi l’emporte par sa simplicité sur une procréation assistée où les humains besognent à qui mieux mieux et plutôt mal que mieux, faute de l’outillage requis. La Nature fait efficacement les choses, avec le minimum de moyens et sans tralala. Economie non négligeable dans cette période de crise que nous vivons dont la Sécurité Sociale est la première victime. Avouons-le aussi. Tous ces débats procréatifs n’entravent-ils pas la joie de vivre nécessaire à la fertilité d’une nation ? Nul doute que des études démographiques très sérieuses vont le prouver prochainement. Dans ces conditions, invoquer un saut anthropologique irréversible est peut-être aller vite en besogne. Le calendrier révolutionnaire a duré treize ans. Un recul s’imposerait de quelques années lumière sur ce saut anthropologique avant de l’inscrire dans une loi.

La manif pour tous diabolisée

Quand il y a eu les manifs contre le mariage pour tous, que n’a-t on dit dans les médias télévisuels et les autres sur l’homophobie des manifestants ! Ce fut une accusation récurrente et indigne. Alors que les médias et les gens avertis savaient pertinemment que le Pacs ouvrait sur le mariage et tous ses droits. Et que le mariage entraînerait l’ouverture à la PMA et la GPA. On y est. Elisabeth Schemla l’écrit explicitement dans son dernier livre : « Les associations LGBT et homoparentales, un lobby gay surtout parisien relayé par la gauche, savaient pertinemment ce qu’ils enclenchaient. S’ils n’avaient pas eu d’arrière-pensée concernant la légalisation de la PMA et de la GPA, ils n’auraient pas réclamé le mariage… ». C’est on ne peut plus explicite. Réécoutons sur You Tube  l’émission de LCP, en date du 21 décembre 2012 sur le Pacs. Jean-Luc Romero  y dit en rigolant combien ses amis et lui rigolaient justement qu’on se moquât de Boutin laquelle avait raison de dire que le Pacs était la porte ouverte au mariage. « Bien sûr qu’elle avait raison.. » dit-il mais, dit-il encore : « On va dire tout le contraire devant les médias… Bien sûr qu’on rigolait. »  On imagine ce que ça doit être maintenant.

Tout enfant a une mère

Le temps est donc venu de la démystification pour tous, en tout. Tout le monde le sait bien : personne n’a deux mères, deux pères, une maman 1 et une maman 2, un père biologique et un père d’intention, sauf métaphoriquement où tout est permis : même un père spirituel si vous le désirez. Un enfant né par GPA d’un père – fût-il très célèbre – a une mère : la femme qui l’a porté. Qu’on le veuille ou pas, qu’on le dise ou non. Car personne ne peut aller contre le principe de réalité. C’est se moquer que de faire croire à une autre filiation décrétée en l’an de grâce 2013. Comme ils doivent encore plus se marrer, en effet, de nos  états d’âme et de conscience et de nos procédures, ceux qui militent pour les lois sur la PMA et la GPA !  « Patriotes ! Faites des enfants ! » lisait-on en lettres noires, il n’y a pas longtemps, sur les murs des maisons et sur le bitume. Faites des enfants par la voie naturelle, efficace et rentable ! Le Grand Marché vous tient par la barbichette ! Ne vous laissez pas faire ! Ne nous cassons pas la tête ni la tirelire de l’Etat !

Allons voir chez les Grecs

Oedipe n’est pas l’homme du divan mais celui qui veut savoir son origine. Antigone, c’est celle qui, adepte de la ligne rouge, fait prévaloir, quoi qui lui en coûte, la loi de sa conscience, en enterrant son frère malgré le décret de Créon. Le philosophe Diogène, se promenant sur l’agora avec une lanterne, répondit à celui qui l’interrogeait : « Je cherche un homme » ( au sens 1 du Dictionnaire de l’Académie Française). Récemment, à la Bibliothèque Médicis, Eva Ionesco, présentant son livre, disait sa joie d’avoir retrouvé sa  filiation paternelle.

Tous les grands écrivains, parce que c’est l’honneur d’être un homme, se sont aussi posé la question : qui suis-je ? D’où suis-je venu ? Où vais-je ? Sans ces questions et des réponses dignes d’elles, on peut faire de l’homme, avec l’homme, tout ce qui  possible. Il y a pourtant des lignes rouges à ne pas franchir.

Chaque époque connaît la tentation d’une idéologie. Au lieu de croire que nous réinventons la machine à vapeur, débusquons dans cette idéologie de la filiation fictive une loi du marché ultralibéral, à l’œuvre, en ce moment, dans notre pays même. Ce serait étrange de parler des idéologies mortifères des siècles passés et de ne pas voir celle qui crève nos yeux ! On ne peut pas dénoncer l’ultralibéralisme là et l’accepter ici. Comme le dit très justement Virginie Tellenne alias Frigide Barjot : « La procréation, avec les technologies et les géants économiques qui en sont les maîtres, est devenue l’otage du marché mondial de l’ultralibéralisme. » Ces lois sociétales sont tout simplement des lois du marché que nous refusons de nommer parce qu’il faudrait nous tirer de notre aveuglement ou de notre confort.

Fils de personne

Faisons un rêve. Un jour, Zeus eut mal à la tête. Il demanda à Héphaïstos de le soulager. Héphaïstos lui donna un grand coup de hache sur la tête. Athéna, déesse de l’intelligence, en sortit toute casquée et lui dit : «  Seigneur Zeus, tout le monde est dingue ! L’ère de la PMA et de la GPA est dépassée. L’avenir est à l’artefact. Il faut faire des enfants par la tête ». Jupiter se réveilla, prit les drapeaux français et européen, s’en enveloppa et entonna l’hymne de Johnny Hallyday pour conjurer les démons ambiants : «  Y en a qui sont nés dans les plis du drapeau / Pas moi. Avec dans leur berceau les milliards de leur père / Pas moi. On leur apprend que tout peut s’acheter. / Pas moi.  Je suis fils de personne. »`

Jupiter leva les yeux sur Marlène, plantée devant lui, hors d’elle, qui lui demandait d’accélérer le mouvement législatif. « Keep quiet, Marylin ! »  lui dit-il. Le soir, il ouvrit le roman de Montherlant placé sur sa table de chevet par Brigitte : Fils de personne, où il lit qu’un enfant, c’était pas de la tarte – et le président s’endormit du sommeil du juste. C’est ainsi que Jupiter renonça à la PMA et à la GPA pour tous et qu’il laissa son nom dans l’histoire de France.

Les homos sont-ils des hétéros comme les autres ?

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« Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé! 

Il faudra peut-être se souvenir de ce jour d’octobre 2017 où le mot « dénonciation » est devenu synonyme de « parole libérée ». On a encore du mal à trouver le terme qui qualifiera une époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un devoir moral et le déballage un brevet de correction. « Balance ton porc », le dernier gadget idéologique à la mode, n’est certes pas le premier épisode du grand Délathon. Comme le savait très bien Debord, la dénonciation est devenue dans les années 80 le sport favori des journalistes de gauche et il faudra un jour compter les victimes innocentes de la calomnie médiatique. Mais avec le secours de la technologie, elle est devenue une industrie. Et quand cette industrie se met au service de la meilleure cause du monde, celle des Femmes, elle devient un pouvoir redoutable. On se rappelle le déchaînement suscité en novembre 2013 contre les avocats de la liberté de prostitution (entre adultes). Ces salauds, qui défendaient une opinion certes contestable mais légitime, furent noyés sous un torrent de boue grâce au site confectionné à ce seul effet par un militant…libertaire ! Cependant, cet appel au lynchage numérique n’avait pas suscité le même enthousiasme que BTP (pour Balance ton porc), ni attiré la même bienveillance publique (encore que notre chère Najat l’approuvait grandement).

Weinstein et les vierges outragées

Peut-être faut-il préciser que je suis fermement opposée à toute contrainte, à toute violence exercée sur une femme ou sur un homme pour obtenir des faveurs sexuelles. Un homme, ça s’empêche. Et ceux qui ne s’empêchent pas doivent être sanctionnés ou matés. Pourtant, quand des actrices célèbres et primées expliquent qu’elles se sont tues sur les agissements d’Harvey Weinstein, pour ne pas mettre leur carrière en danger, j’ai du mal à les plaindre. Et quand elles ne parlent que pour se joindre à un lynchage déjà presque fini, j’ai du mal à admirer leur courage. Le tout Hollywood qui mangeait dans la main du producteur quand il était puissant, nous fait le chœur des vierges outragées maintenant qu’il ne peut plus ni lui nuire, ni lui servir et que cracher sur lui fait de chacun un héros.

L’inflation galopante du mal

Que des hommes, tentent, dans la vie professionnelle de profiter de leur pouvoir pour coucher, en particulier dans le milieu du cinéma, comme le dit mon ami Marc Cohen, cela existe sans doute depuis Plaute et Aristophane. Des patrons lourdingues et des chefs harceleurs, il y en a certainement dans tous les milieux – des hommes qui tentent leur chance aussi et heureusement. L’ennui, c’est qu’à la faveur de chaque scandale, on nous raconte la même légende : toutes les femmes sont harcelées, puisque le harcèlement est la norme. Depuis que l’affaire Weinstein a éclaté, on assiste, sur les bandeaux des chaînes info, à une inflation galopante du mal : au début, c’étaient 38 % des femmes qui avaient subi du harcèlement dans leur travail. Une semaine plus tard, on en est à 90 % (à peu près autant que la réussite au bac). Balance ton porc, cela signifie que chaque femme en a au moins un et que si tu ne le balances pas, tu es complice.

Des témoignages ne font pas une vérité

Seulement, pour que toutes les femmes soient harcelées, il faut étendre très largement la définition du harcèlement. « Fixer, c’est harceler », « Insister, c’est harceler », proclame une campagne dont les Transports publics bordelais sont très fiers. Dans le flot de témoignages recueillis sous le hashtag #Balancetonporc, on a vu apparaître des noms connus, celui-ci m’a fait une blague lourde, celui-là a essayé de m’embrasser et tel autre a louché sur mon décolleté. Certes, il y a aussi des histoires terribles de femmes obligées de supporter des gros porcs. Reste que des témoignages, aussi poignants soient-ils, ne constituent pas une vérité. Pour arriver à celle-ci, la Justice doit entendre l’autre partie. Et la plupart des journaux ne publieraient pas non plus ces récits sans solliciter le harceleur présumé (même si c’est exactement ce que France Inter a fait dans l’affaire Baupin, diffusant des témoignages à charge sans même faire réagir l’avocat du présumé coupable).

Être une femme, c’est pas si difficile

Autant l’avouer : je n’ai pas de porc à balancer. Il est arrivé que des hommes de pouvoir, qui étaient parfois mes supérieurs, me fassent des avances, et il est arrivé que je les refuse – sans autre conséquence que, une fois, des menaces qui n’ont pas été mises à exécution, leur auteur ayant compris le ridicule de la situation. Non seulement je n’ai pas été traumatisée mais je suis encore amie avec certains de ces « harceleurs ». Et je n’ai pas été traumatisée non plus par le grand Noir qui, dimanche matin, dans le métro, m’a lancé : vous êtes superbe ! Je lui dirais même volontiers qu’il a fait ma journée. Alors peut-être que j’ai de la chance. Mais, alors que le harcèlement est un délit pénal et qu’il est unanimement condamné par la société, on ne me fera pas croire que l’existence des femmes en France est un calvaire.

Lemaire harcelé

Avec Balance ton porc, le féminisme victimaire, habile à se saisir des agissements d’un seul pour dénoncer tous azimuts, a encore franchi une étape. Non seulement la délation est célébrée, mais ceux qui osent émettre un soupçon de réserve se voient sommés de faire leur autocritique. Invité sur France Info, Bruno Lemaire a déclaré qu’il ne connaissait pas de politique harceleur, mais que, s’il en connaissait un il ne le dénoncerait pas car, a-t-il répété, « la dénonciation n’a jamais fait et ne fera jamais partie de mon identité politique ». Eh bien, croyez-le si vous voulez, mais trois heures plus tard, le même publiait une autocritique écrite et filmée sur son compte Twitter : « Je me suis exprimé ce matin sur le problème du harcèlement sexuel subi par les femmes en France et je me suis mal exprimé. Je le regrette », déclare-t-il en introduction avec la mine d’un garçonnet pris en train de mater les magazines pornos de son père, avant de dérouler une longue explication dont il ressort qu’on ne trouvera pas soldat plus zélé que lui, désormais, dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Si j’étais un homme…

Que l’on puisse exiger d’un adulte qu’il renie publiquement des convictions exprimées le matin même et qu’il approuve un appel à la délation pour se conformer à l’hystérie collective du moment devrait tous nous terrifier. Le plus grave est bien que cette scène digne de Milan Kundera n’ait pas suscité de réaction. Alors peut-être que le stalinisme nous revient sous forme de farce, mais je ne suis pas certaine que celle-là nous fera rire longtemps. Pour tout dire, si j’étais un homme, je ne rirais pas du tout. Et comme j’ai d’excellents amis hommes j’ai peur pour eux.

En effet, si nous sommes toutes victimes, tous les hommes sont coupables ou susceptibles de l’être. Il convient donc de les placer sous surveillance. Reste à savoir comment on évitera que des femmes se vengent d’avoir été trompées, quittées, privées de la promotion ou du week-end à la mer qu’elles exigeaient en accusant leur amant ou leur voisin de bureau. J’ai interrogé deux de mes amis qui ont des vies amoureuses disons compliquées. Leur réponse, identique, donne une idée de l’époque dans laquelle nous vivons : « Je garde tous les SMS ». C’est beau, l’amour au temps du féminisme.

Mark Zuckerberg aime la Maison Blanche

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L’un des chefs d’entreprise les plus riches et les plus puissants de la planète, Mark Zuckerberg, le président-directeur général de Facebook, nourrirait l’ambition de devenir président des Etats-Unis en 2020.

Il n’a rien officialisé, il est encore bien trop tôt, mais plusieurs de ses décisions ont été vues comme des indices trahissant ses velléités de conquête du pouvoir, en particulier sa volonté de visiter l’ensemble des Etats qui composent la première puissance du monde. Autre signe remarqué, le recrutement simultané, pour sa fondation, de plusieurs stratèges politiques chevronnés tels que Joel Benenson, l’ancien conseiller de Barack Obama et d’Hillary Clinton, David Plouffe, le directeur de campagne d’Obama en 2008, et de Ken Mehlman, également ancien directeur de campagne, mais cette fois-ci du côté républicain, aux manettes lors de la réélection de George W. Bush en 2004.

Claquettes, capuche, bière

Si la nouvelle affole l’univers médiatique, c’est que Mark Zuckerberg ferait un candidat très atypique compte tenu de la puissance de feu de Facebook. Son réseau social semble lui donner une longueur d’avance vertigineuse sur ses concurrents et pourrait même en quelque sorte ébranler la démocratie représentative.

Cela paraît pourtant risible si l’on se cantonne aux apparences. Sous ses airs débonnaires, entretenus par le port obstiné du sweat-shirt et de claquettes de piscine, il est vrai que le richissime trentenaire ressemble plus au gars cool avec qui l’on prendrait volontiers une bière qu’à un dictateur en puissance. Mieux, il incarne l’image archétypale du chef d’entreprise, le héros de notre temps, qui sut, dans sa chambre d’étudiant d’Harvard, créer l’un des sites les plus visités de la planète. De quoi alimenter une image romantique et attirer la bienveillance du grand public.

Sa vie de père de famille qu’il mène en compagnie de sa femme Priscilla Chan, ses manières simples et naturelles (soigneusement exposées sur Facebook), et ses actions caritatives abondent dans ce sens. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession.

Le champion du rêve techno-libéral américain

Derrière cette image sympathique, l’homme a une vision du monde : il défend une idéologie que l’on peut qualifier de techno-libérale. Pour Éric Sadin, philosophe de la technique, il s’agit d’un modèle civilisationnel fondé sur la marchandisation intégrale de l’existence et l’organisation automatisée de la société.

Il la qualifie d’industrie de la vie en raison de cette quête constante à tirer profit du moindre de nos gestes. En soumettant l’esprit humain à de continuelles suggestions (issues d’algorithmes), il tente d’opérer des choix à notre place. Ces influences, de plus en plus pressantes, peuvent, à terme, remettre radicalement en cause notre libre arbitre.

Le techno-libéralisme, c’est aussi un type de management spécifique mis en place chez les géants du net, Google, Apple, Amazon… et Facebook, qui composent le quarteron infernal désigné par l’acronyme GAFA.

Dans ces entreprises, la manière de travailler se veut plus ludique et décontractée ; le fonctionnement hiérarchique, les horaires imposés et les codes vestimentaires ont été abandonnés, laissés à l’ancien monde (ringard). Sont privilégiés les organisations horizontales, la pensée positive, « l’open space », la cantine bio et les piscines à balles. Que les salariés fassent finalement bien plus d’heures, ne se déconnectant jamais vraiment, adhérent aux objectifs de leur boîte comme si leur salut en dépendait, s’auto-pressurisant au risque d’y laisser leur santé. C’est un détail.

Si cette apparence de décontraction réussit à faire illusion – nombreux sont les individus talentueux rêvant d’y être embauchés -, l’ambiance est sensiblement différente dans les usines délocalisées en Asie fabriquant smartphones et autres objets numériques où l’on sait bien que les conditions de travail sont déplorables.

Le techno-libéralisme, c’est aussi la suppression progressive du salariat, trop coûteux pour l’entreprise, qui préfère troquer ses employés contre des travailleurs indépendants ne disposant d’aucun droit ou presque (pas de sécurité sociale, pas de droit au chômage, aucun garde-fou pour mettre fin au contrat). On a d’ailleurs vu récemment les livreurs de Deliveroo manifester à Paris contre la nouvelle politique tarifaire de la direction (certains étaient rémunérés à l’heure, dorénavant ils seront tous payés à la course). Il s’agit d’un vaste mouvement de précarisation.

En somme, ce modèle de société n’est que l’exportation du mythe du rêve américain. A les entendre, il suffirait de monter sa boîte et de bosser dur pour réussir. Or les statistiques sont formelles, la plupart des start-ups déposent le bilan. Dans la perspective libérale, les épaules de l’individu supportent la totalité du poids de la responsabilité des succès comme des échecs. Reproduction sociale, rapports de domination et effets de réseau sont niés.

Quoi qu’il en dise, et cela malgré ses dénégations récentes, Mark Zuckerberg représente ce camp-là. On ne peut pas se poser comme le défenseur de la justice sociale et de la redistribution tout en trompant systématiquement les administrations fiscales.

Facebook, réseau de conquête du pouvoir

Outre cette nouvelle forme de capitalisme qu’il promeut, irénique et séduisante, la possession d’un outil tel que Facebook confère à Mark Zuckerberg un pouvoir immense et inquiétant qui l’éloigne de l’image du geek inoffensif qu’il s’est construite.

Avec deux milliards d’utilisateurs actifs, Facebook est le leader incontesté sur le marché des réseaux sociaux. Mieux, il est le troisième site le plus consulté au monde, derrière Google et Youtube.

Facebook est entré dans le quotidien de millions d’Américains qui s’en servent pour communiquer avec leurs amis, organiser des soirées, partager coups de cœur et coups de gueule. On s’y livre sans réserve, renseignant opinions politiques, religieuses et orientation(s) sexuelle(s). Addictif, le site crée une forte dépendance. Ces activités frénétiques partagées par des millions de citoyens américains génèrent des milliards de données qui constituent une mine d’or. Une exploitation fine pourra donner des indications précises sur leurs attentes en matière de politique. Il est d’ores et déjà possible de connaitre les mouvements de l’opinion en temps réel, de repérer les signaux faibles (capacité d’anticipation) et au bout du compte de connaitre les mots que les électeurs américains souhaitent entendre.

Pour sa gestion des données, Facebook s’est déjà fait taper sur les doigts dans différents pays. En France, la CNIL a condamné la société américaine à 150 000 euros d’amende à cause « de nombreux manquements à la loi Informatique et libertés ». Il lui a été reproché un ciblage publicitaire trop intrusif et le pistage des internautes sur d’autres sites web via un cookie.

Zuckerberg a le monopole du « like »

Si Mark Zuckerberg incarne les valeurs du libéralisme, avec une méfiance prononcée à l’égard des Etats, contournant sans honte les lois fiscales nationales afin de payer le moins d’impôts possible, il n’en demeure pas moins qu’il a réussi à bâtir avec Facebook un quasi-monopole, loin du dogme apologétique de la concurrence. Et il le restera longtemps. Les barrières d’entrée pour accéder à ce marché sont maintenant quasiment infranchissables.

On ne compte plus les réseaux sociaux morts-nés, et le peu qui survivent sont rachetés par Facebook. Instagram et WhatsApp, jeunes pousses prometteuses, sont déjà tombées dans son escarcelle. Ce fleuron de la Silicon Valley dispose d’un tel trésor de guerre qu’il n’a aucun mal à sortir le chéquier. Si Twitter peut apparaître comme un outsider avec plus de 300 millions d’utilisateurs actifs, il reste néanmoins nettement moins populaire que Facebook. Du reste, son modèle économique est encore incertain et les usages y sont sensiblement différents.

Il est clair que s’il existait une dizaine de Facebook en Occident, la peur qu’inspire la toute-puissance de ce média social s’évanouirait. Mais sa position incontournable sur le net pose un problème démocratique.

Il est aujourd’hui impensable de faire de la politique sans y avoir un compte. La plateforme permet de toucher un maximum de monde, de motiver les troupes, d’organiser des meetings et de diffuser de la publicité ciblée.

Or, en cas de candidature de Mark Zuckerberg, Facebook serait juge et partie. Il n’y aurait pas de séparation des pouvoirs qui tienne entre la firme américaine et son président-directeur général ; ce serait le conflit d’intérêts assuré. On peut alors envisager les dérives auxquelles on assisterait. La confidentialité des échanges entre partisans du camp adverse ne serait plus garantie. Si on n’ose imaginer qu’il suspendrait les comptes de ses adversaires, opération bien trop polémique et assurément contre-productive, il pourrait plus discrètement bloquer des profils soutenant ses rivaux et empêcher la propagation d’informations gênantes.

La chasse à la « fake news » offre aux censeurs d’appréciables marges de manœuvre afin de filtrer l’information. Si l’intention d’empêcher la propagation de fausses nouvelles est louable, elle suscite de nombreuses interrogations. Qui décide de ce qui est vrai ? Sur quels critères ? Juge-t-on les faits ou les opinions ? La démarche fournit en tout cas un parfait alibi pour museler les détracteurs véhéments. Quitte à aller, en période électorale, jusqu’à supprimer les billets trop virulents à l’égard du créateur de Facebook ?

L’écriture inclusive pour les malcomprenant·e·s sexistes comme vous et moi

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Capture d'écran du site: ecriture-inclusive.fr

L’écriture inclusive, c’est l’écriture pour tous. D’après un sondage, 75% des Français seraient pour. Mais seulement 12% seraient capables de dire ce que c’est… Tentative d’explication.


L’écriture inclusive est à la mode. J’essaie de m’y mettre, avec bien du mal. Il faut dire que je traîne un lourd handicap, séduite que j’étais par les raisonnements de l’Académie française. Elle prétend que genre grammatical et genre naturel sont disjoints, et qu’il existe en français un genre marqué et un genre non marqué ayant valeur extensive[tooltips content=’Voir http://www.academie-francaise.fr/actualites/feminisation-des-titres-et-des-fonctions On peut souligner que l’Académie ne parle pas de « neutre », mais de « genre non marqué » ou « extensif ». Comme on le verra plus loin, l’Académie ne précise pas dans ce bref texte que le genre marqué peut, plus rarement il est vrai, avoir valeur extensive.’]1[/tooltips]. J’en étais encore là lorsque j’ai publié mon affreux poisson d’avril 2017 imprégné de malveillance et nourri par ces arguments ringards. Maintenant que j’ai pris de bonnes résolutions pour la rentrée, je fais des exercices de rééducation. Mais il y a encore des choses que je n’arrive pas à faire ou que je ne comprends pas. Voici, par exemple, deux difficultés.

1. Je ne sais pas expliquer à un petit garçon qui vient d’entrer en CE1 comment on doit prononcer une séquence écrite ainsi :

« Les instituteur·rice·s conseillent à leurs nouveau·elle·x·s élèves d’être travailleur·euse·s »

J’espère que c’est correct : je tente d’appliquer les recommandations du manuel qui fournit la formule de composition des mots avec le « point milieu » et où on trouve également des listes de transcriptions[tooltips content=’Manuel d’écriture inclusive de l’agence Mots clés, dont la promotion figure sur le site officiel du Secrétariat d’Etat en chargede l’égalité entre les femmes et les hommes : http://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/initiative/manuel-decriture-inclusive/‘]2[/tooltips]. C’est ainsi que, tentée d’abord d’écrire « nouveaux·elles », j’ai renoncé et observé plus scrupuleusement la règle indiquée page 7 du Manuel, ce qui donne dans mon application de malcomprenante : «  nouveau·elle·x·s ». Inutile de préciser que, d’ordinaire excellente dactylo en écriture « normale » (oops, pardon, en écriture macho), j’ai mis pas mal de temps à taper la séquence. J’excepte bien sûr le temps passé à trouver le code pour obtenir le « point milieu » : on nous rassure, les claviers vont bientôt remédier à ce défaut. N’empêche que même avec cette touche supplémentaire, il va falloir acquérir d’autres automatismes de frappe.

A lire aussi: L’écriture inclusive, la nouvelle fabrique des crétin·e·s

Revenons à notre séquence. Une partie se déchiffre en lecture alphabétique (en voyant ce qui est écrit, on sait quels sons on doit émettre) mais une autre partie ne peut pas se lire ainsi. En effet, dès qu’un terme contient un ou plusieurs « points milieu », il faut repérer les lettres à déplacer pour les coller à un radical commun qu’il faut isoler mentalement, puis ajouter les éventuelles marques du pluriel qui sont à coller aux mots déjà obtenus, toutes opérations d’autant plus difficiles qu’elles ne se présentent pas séquentiellement. Il n’y a plus de principe homogène de lecture.

A certains moments il faut dire ce qu’on voit, à d’autres il faut dire ce qui n’est pas écrit et recourir à une interprétation qui transcende la littéralité. Mais quelle interprétation ? Faut-il dire « les instituteurs et les institutrices » ou mettre en facteur l’article et se lancer dans un shortcharabia du genre « les instituteurs-trices » ou « les instituteurs-institutrices » ? Fort heureusement, je trouve en ligne un charitable article de Slate qui suggère des solutions pour me sortir de la « crétinerie » :

Qui s’habitue pendant quelques (sic)[tooltips content=’

On voit ici que les signataires – j’écris « signataires », stratégie d’évitement, parce que je ne sais pas s’il faut écrire « l’auteur et l’auteure » ou « l’auteur et l’autrice » ou « les auteur·e·s » ou « les auteur·rice·s » – ont aussi des problèmes avec le nombre et pas seulement avec le genre.

‘]3[/tooltips] temps à la lecture de tweets et d’articles en écriture inclusive en arrive tout naturellement à deux types de comportement. Premièrement, le cerveau transforme cette notation en un terme neutre: si nous lisons « les chanteur·euse·s», nous comprenons immédiatement qu’il s’agit des hommes et des femmes qui chantent. Et hop, passage au mot suivant, comme dans la méthode globale. Deuxièmement, s’il nous faut désormais lire un texte inclusif à voix haute, on prendra la peine de développer en disant «les chanteurs et les chanteuses», ce qui est moins lourd à l’écrit.

Sortir de la crétinerie, c’est une gymnastique : « hop » passer au mot suivant « comme dans la méthode globale », autrement dit zapper. Au diable la mécanique, vive la « compréhension » immédiate ! Ou alors à haute voix, c’est « développer » une séquence qui n’est pas écrite et qu’on va chercher où ?… mais dans sa « culture », dans ses « prérequis » ! Que voilà une bonne idée pour une école « inclusive » qui ne recourt à aucun présupposé, et qui pourfend les « implicites » générateurs de discrimination !

2. Comment fait-on dans l’autre sens ?

Je veux dire : comment fait-on avec les mots de genre marqué (dit improprement féminin) qui peuvent désigner des personnes de sexe masculin ? J’ai beau scruter les listes du Manuel, je ne les y trouve pas[tooltips content=’Je ne les trouve pas dans les listes. Car pour le nom personne, il est utilisé par le Manuel sans état d’âme au genre marqué (dit féminin) pour désigner aussi bien des femmes que des hommes. On y donne même en exemple la dénomination québecoise des Droits de la personne humaine : à moins d’être « malcomprenant·e » ou androphobe maniaque, on n’en déduit pas que seules les femmes ont des droits. Mais on en conclut que les signataires du Manuel, malgré leurs déclarations, souscrivent bien au concept degenre extensif proposé par l’Académie. Ils le réservent au seul genre marqué, mais ça ce n’est pas du sexisme, c’est seulement un juste retour des choses.’]4[/tooltips].

Je complique ma vie de malcomprenante en imaginant ce petit exercice pervers : transposer en écriture inclusive et gender-correcte le texte suivant.

« Les nouvelles recrues (de nombreuses personnes ont été admises), se sont bien vite adaptées. Celles qui ont été postées comme sentinelles n’ont rencontré aucune difficulté, même si les estafettes ont eu un peu de mal à remplir leur fonction. Mais une vigie prénommée Victor a été la dupe d’une mauvaise plaisanterie faite par une fripouille. L’enquête a réussi à identifier cette dernière – un garçon peu recommandable – et la victime a été réconfortée : Victor est à présent la vedette du régiment, décidément c’est une star. »

Faut-il opter pour la manière forte en inventant une forme « masculine » à affubler aux substantifs « recrue », « personne »[tooltips content=’Il faut distinguer le substantif et le pronom « personne ». Au sujet du pronom, le Dictionnaire d’orthographe de Jouette précise que, « étant indéterminé, il est accordé au masculin (je préfère dire : genre non marqué) singulier mais que « si le mot ne peut désigner qu’une femme, l’accord se fait au féminin ». Ainsi on écrira « Personne n’est assez prudent » et « Personne n’était plus belle que Cléopâtre ». Et le Dictionnaired’ajouter : « Alors qu’une reine dira : Personne n’est plus puissant que moi (les rois étant englobés dans la comparaison). »’]5[/tooltips], « sentinelle », « vigie », « estafette », « dupe », « fripouille », « victime », « vedette », « star » ? Ou bien faut-il les laisser tels quels en admettant qu’ils deviennent épicènes et ne faire varier que l’article ? En tout état de cause, on peut craindre que leur enlever la marque dite (improprement) du féminin, et dire « le victime », « le personne », etc., serait une « invisibilisation ».

Retrouvez Catherine Kintzler sur son blog Mezetulle

C'est le français qu'on assassine

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Les JO sont le contraire des droits de l’homme

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La nageuse Ai Shibata aux JO d'Athènes 2004. SIPA. 00497123_000009

Le Comité international olympique (CIO), par le biais de la Charte olympique, est capable d’introduire, sinon d’incruster, la terrible idéologie de la compétition, au nom du bonheur d’être ensemble, de la citoyenneté partagée, de la santé, de l’éducation, de la culture, etc. Le « but de l’olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique soucieuse de préserver la dignité humaine » ; et encore : « l’esprit olympique exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». « La pratique du sport, nous dit la Charte olympique, est un droit de l’homme ». Rien que cela !

Le mythe du surhomme à l’état pur

Une compétition sportive, les JO, qui passe pour naturelle et à laquelle personne ne s’oppose. Une compétition sportive dont même les opposants parmi les plus sincères ne cessent de louer les vertus. « Ce qui est magnifique dans les JO, estime par exemple la conseillère de Paris France insoumise Danielle Simonnet, c’est que vous découvrez plein de femmes et d’hommes qui sont extrêmement impressionnants dans leur grand courage, leurs prouesses et leur dépassement de soi ». Or, c’est précisément cette idéologie du « dépassement de soi » située au cœur du sport de compétition et de l’Olympisme qui ne va pas de soi. Des sportifs « impressionnants », des « prouesses »… Il faut avoir un peu de recul face au sport-spectacle qui, aujourd’hui, dépend tout d’abord d’un dopage massif et permanent de ses pratiquants (y compris dans le sport dit amateur). Mais surtout, il faut l’affirmer et le redire, le sport de compétition ne ressortit en rien du jeu ou de l’activité ludique qui font appel à la liberté de se mouvoir quand on veut et où l’on veut, à la gratuité, à la non-discrimination entre les sexes, à l’accueil de corps différents, à l’indifférence quant aux résultats, au refus de la performance, du record et de la prouesse, au rapport libre, organique et plastique avec une nature non artificialisée.

A lire aussi: Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

Le sport de compétition est, à l’inverse, la perversion systématique, l’inversion efficace et pratique du jeu et de l’esprit ludique, leur dégénérescence, leur métamorphose par le biais d’un temps mesuré (le chronomètre) et dans un espace toujours circonscrit (la piste, le stade, la piscine…). Avec la compétition, il s’agit de la transformation radicale de la fluidité essentielle du temps et de l’infinité finie de l’espace à travers la mesure des corps réduits à une série de chiffres dont l’apothéose est le record. Autrement dit, le sport de compétition renvoie à une abstraction qui n’en est pas moins – pour beaucoup d’individus encore – fascinante. Elle correspond en effet au mythe jamais assouvi du surhomme lui-même – le champion – lié à l’immense problème de surmonter l’angoisse actuelle vis-à-vis du corps occidental : l’amour-haine du corps au croisement de l’exaltation du travail et de la faiblesse de la chair, un objet de désir et la part inférieure de l’homme, le lieu de la cruauté voire de la morbidité et celui de la jouissance.

L’impérialisme, stade suprême de l’olympisme

Pour en revenir aux JO et contrairement à ce que leur nom indique, ils n’appartiennent pas au domaine du jeu puisqu’ils ne font jamais appel à une quelconque liberté d’organisation entre les individus (y compris celle d’arrêter de jouer), ne mélangent ni les sexes ni les âges et ne s’intéressent qu’aux vainqueurs. Le jeu, a contrario, méconnaît le dopage, l’entraînement démentiel, la professionnalisation, la victoire à n’importe quel prix (triche comprise). En outre, les JO ont fait disparaître les jeux traditionnels (les très nombreux jeux, par exemple, inventés par les Indiens aux États-Unis) au seul profit de sports dits modernes dont la compétition entre individus et l’implacable rivalité entre les nations est le seul moteur.

Il n’y a pas une seule épreuve des JO qui ne soit une compétition entre athlètes ou entre équipes. La compétition est le seul cadre organisationnel et le seul dispositif à partir duquel les JO, et plus généralement toute organisation sportive se mettent matériellement en œuvre et se déroulent selon leur propre logique. La compétition sportive signifie l’organisation maîtrisée, institutionnalisée et ritualisée de la confrontation par le biais de l’aménagement spatial et temporel de la lutte entre les individus ou entre les équipes. Dans cette logique compétitive universelle, seuls comptent les résultats à travers leur comparaison universalisée. La compétition elle-même induit ainsi une logique irréversible : s’entraîner durant des années pour pouvoir y participer après une succession d’épreuves de sélection, s’y maintenir coûte que coûte et quel qu’en soit le prix, et surtout en sortir le vainqueur.

L’essentiel c’est d’éliminer

Le sport de compétition, celui des JO, est à l’exact opposé des droits de l’homme. Derrière les sourires, de moins en moins flagrants ou purs, ce sont surtout les rictus de douleur qui apparaissent sur des visages grimaçants, des corps tordus par la souffrance, exténués par l’effort prolongé. On sait que les entraînements en Chine sont de longues séances de mise aux normes des corps d’enfants placés dans de véritables camps sportifs. Derrière les embrassades de fin de course, ce n’est de fait que la compétition la plus sauvage entre les individus qui s’exprime. Une compétition qui n’admet aucune empathie, aucune solidarité, aucun apitoiement vis-à-vis de l’autre. Malgré les sourires et la « bonne humeur » générale, l’amitié n’existe dans aucune course, aucune épreuve sportive, aucune discipline ; elle y est même proscrite. Le fair-play est lui aussi une pure illusion dès lors que la compétition n’engage qu’à tromper le concurrent (et le public) par le biais du dopage et de toutes sortes de tricheries.

Où est la courtoisie, la loyauté, la droiture dans l’acte sportif compétitif ? Que peut être l’« amitié entre les peuples » dont on nous rebat les oreilles pendant les brefs quinze jours d’une compétition olympique ? Franchement, il y a de quoi sourire. À l’intérieur du Village olympique, parqués dans leurs chambres (filles et garçons séparés, cela va de soi), les sportifs passent le plus clair de leur temps à consulter leurs mails ou à jouer à des jeux-vidéos. Hors de leurs chambres, ils s’entraînent…

Le sport barbare: Critique d'un fléau mondial

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Eric Zemmour vs Omar Sy : la défaite de la pensée

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zemmour omar sy weinstein
Eric Zemmour et Omar Sy. Sipa. Numéro de reportage : 00700535_000005 et Numéro de reportage : AP21201820_000009.

Eric Zemmour, Omar Sy et Harvey Weinstein sont dans un bateau. Devinez qui tombe à l’eau… Autopsie d’une polémique nulle et non avenue.


En 2014, le réalisateur Abel Ferrara sortait Welcome To New York, film ambitieux et polémique censé narrer la déchéance de Dominique Strauss-Kahn, projetant les néons rouges des clubs de strip-tease sur ces quelques jours qui ont transformé un président de la République en puissance, ivre de sa position de directeur général du Fonds monétaire international, en satyre habitué des soirées échangistes les plus glauques, sinon en criminel accusé du viol d’une femme de ménage devenue le symbole des violences faites aux femmes.

Joué par Depardieu, le personnage de Dominique Strauss-Kahn, rebaptisé Devereaux pour éviter les procès, montrait un homme dévoré par ses turpitudes, accro à la luxure, libidineux, boulimique de stupre, avide d’argent, grognant comme un goret affamé réclamant le sein maternel, sorte de pornocrate pipi-caca dont les jours heureux s’écoulaient à la manière du Salo ou les 120 journées de Sodome.

Les scandales sexuels révèlent les tensions identitaires

Dans un monde de dominants, les relations adultérines se limitent parfois au simple échange de liquide séminal, consommation rapide de femmes interchangeables pour se décharger d’un trop plein de testostérone. Qui, d’ailleurs, pourrait se refuser à ces grands enfants-rois habitués à être servis, révérés et admirés ? Néanmoins, la boulimie sexuelle des Dominique Strauss-Kahn et des Harvey Weinstein ne sauraient en faire des coupables, sans qu’ils n’aient le droit de se défendre. Car nous sommes passés d’un excès à un autre. Autrefois, les femmes étaient forcément tentatrices, jamais victimes d’agressions. Aujourd’hui, il suffit de « balancer un porc » anonymement sur les réseaux sociaux pour qu’une vie soit brisée.

Ces scandales sexuels agissent comme de puissants révélateurs des tensions à l’œuvre au sein de nos sociétés. Ainsi, les révélations multiples qui ont visé Harvey Weinstein ont eu des répercussions beaucoup plus larges, générant des débats et des commentaires, souvent outranciers. D’un Didier Lestrade dénonçant d’hypothétiques solidarités communautaires « sionistes » (avant d’effacer son tweet), à d’autres fustigeant la cabale antisémite que subirait Harvey Weinstein, les réactions n’ont pas toujours fait preuve de mesure, se déportant sur un terrain ethno-culturel tristement habituel.

L’image contient peut-être : 2 personnes, texte

Pourtant, rien de bien mystérieux dans une affaire au schéma très classique, vieux comme le monde, opposant celles qui couchent pour réussir à ceux qui réussissent pour coucher. Si les agressions sexuelles sont prouvées, Harvey Weinstein sera condamné. Fin de l’histoire ? Non, le « porc » doit être montré en place publique, exhibé pour l’exemple, et, avec lui, le système patriarcal qui l’a engendré.

Sy criminalise Zemmour

Les habitués des polémiques se sont donc baignés avec entrain dans ce capharnaüm médiatique. Eric Zemmour a notamment profité de l’occasion pour répondre à l’acteur Omar Sy, qui vient d’annuler sa tournée de promotion pour le remake de Knock : « Ici-même Omar Sy a demandé qu’on ne m’invite plus et m’a traité de criminel. Je veux simplement lui signaler qu’un criminel, c’est quelqu’un qui a commis un crime. Je sais bien que de Trappes à Hollywood il n’a pas eu le temps de maîtriser la langue française. Je pourrais l’attaquer en justice pour diffamation. Entre parenthèse, des criminels, il en a côtoyé si j’en crois les médias puisqu’il était très ami avec Monsieur Weinstein. »

De quoi transformer un sujet minuscule qui n’intéresse personne, la pensée de « la personnalité préférée des Français » étant aussi indigente qu’attendu, en un débat de société tenant en haleine le cercle de la raison déraisonnante, toutes tendances confondues.

…qui le nazifie

Il est dommage qu’Eric Zemmour, qui avait bien commencé en remettant à sa place Omar Sy et son épouse hystérique sur les réseaux sociaux, n’ait pas su se retenir d’en rajouter une couche. Soucieux de ne pas être assimilée aux lyncheurs de « porcs », il a ainsi affirmé « Moi, vous savez, dès que je vois une meute, je me méfie. Et là, c’est vraiment des méthodes étonnantes de délation. C’est-à-dire, pendant la guerre, on aurait dit de libérer la parole aussi. ‘Dénonce ton juif’, ça aurait été parfait. […] C’est de la délation, point barre, c’est tout ce que c’est. » Pourquoi atteindre si promptement le point Godwin quand on en subit aussi régulièrement les conséquences ? Oui, le hashtag « Balance ton porc » est une idiotie, une de plus dans un monde où l’hystérie est la norme. Hystérie d’une société du spectacle où Eric Zemmour joue le rôle d’épouvantail avec bonheur.

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Balance ton humoriste (raciste) : lettre anonyme au CSA

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Les Inconnus (Pascal Légitimus, Bernard Campan et Didier Bourdon) en 1989. SIPA. 00167450_000004

Homophobes, islamophobes, racistes, sexistes, poujadistes,…  balancez les Inconnus![tooltips content=’Note pour le CSA: ce qui suit est bien sûr ironique’]1[/tooltips] 


Très cher Conseil supérieur de l’Audiovisuel,

C’est un parent indigné qui vous écrit. Ma grande fille a eu la mauvaise idée de faire découvrir à sa petite sœur de 9 ans, via YouTube, l’intégrale des Inconnus. Ce groupe de fantaisistes, dont j’avais vaguement entendu parlé, a semble-t-il sévi avec beaucoup de succès dans les années 1990.

Mes enfants s’esclaffant de bon cœur, j’ai par curiosité et sans entrain regardé quelques-unes de ces vidéos aujourd’hui « collectors », paraît-il. Funeste visionnage. Mon sang n’a fait qu’un tour.

Je suis ainsi tombé sur ce sketch, aux relents particulièrement nauséabonds vous en conviendrez :

Les autres vidéos sont hélas à l’avenant. Tous les clichés les plus rétrogrades sont ainsi assénés par ce groupe de comique qui porte mal son nom, à mon grand désarroi. Homophobie, islamophobie, racisme ordinaire, sexisme, poujadisme, apologie de l’extrême-droite, vulgarité… tout y est. Et, pire que tout, cela fait rire notre jeunesse !

Que font les Indigènes de la République?

Je sais que votre haute autorité ne cesse de traquer les nombreux dérapages qui salissent trop souvent notre télévision nationale. Comme vous l’avez encore démontré récemment avec Laurent Baffie, ce bouffon macho et grossier, vous ne laissez plus rien passer. Pour combattre le politiquement abject, la moisissure, la beaufitude et le fascisme rampant d’un nombre croissant de nos concitoyens, vous avez fort judicieusement déplacé le curseur à l’extrémité opposée. Dans le pays de Robespierre et Jean-Marc Thibault, votre vigilance extrême vous honore. On ne transige pas avec la dignité humaine, fut-ce sous le fallacieux prétexte de faire rire.

Je sais qu’un nombre sans cesse croissant de nos téléspectateurs vous avertit quotidiennement de la moindre faute de goût cathodique. C’est la raison pour laquelle je remplis à mon tour mon devoir de veille sanitaire en dénonçant ci-joint certains sketchs, librement accessibles sur YouTube (et régulièrement rediffusés sur nos chaînes), qui devraient au plus vite être censurés par vos soins. J’avoue d’ailleurs ne pas comprendre pourquoi le Mrap, les Indigènes de la République et d’autres honorables mouvements du même acabit n’ont pas encore poursuivi en justice ces trois sinistres sires.

Que dire par exemple de cet autre sketch violemment islamophobe, censé représenter une speakerine de la télé française en… 2035 : une femme voilée (et moustachue!) au fort accent maghrébin.

Même Michel Houellebecq n’aurait pas osé. Cette parodie existe depuis près d’un quart de siècle, suis-je la seule personne dans le pays des droits de l’homme à m’en offusquer ?

Dans la même veine, ce pastiche de l’émission « Ushuaïa » où un clone casqué de Nicolas Hulot muni d’un haut-parleur croit spirituel de scander au cœur du Boulevard Barbès : « Rentrez chez vous les noirs et les bougnoules ! »… avant de prendre ses jambes à son cou. Vous trouvez ça drôle vous ?

Que penser aussi de ce clip vidéo où nos jeunes de banlieues, trop souvent stigmatisés, sont ici assimilés à des rappeurs analphabètes occupant leur journée à frauder dans le métro, à taguer et à faire des doigts d’honneur aux jeunes femmes… Comment peut-on laisser passer cela ?

Le mauvais goût n’a décidément aucune limite chez ce trio de comique populaire, pour ne pas dire populiste. Après l’islamophobie, le sexisme. Ainsi cette reprise borderline du clip de Didier Barbelivien et Félix Gray « A toutes les filles…»,  une vidéo elle-même très machiste. Guère étonnant quand on sait que Barbelivien a soutenu le très droitier Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle…

Bon bref, je m’égare. Dans cette parodie de Didier «Barbelavie» et Félix «Grave» – le calembour, une vieille tradition d’extrême-droite décidément – on voit l’un des chanteurs cogner sans ménagement sa femme (à la 50e seconde), le sexe dit faible étant réduit ici à un objet à grosse poitrine et à jupe très courte.

Lamentable ! Avec les Inconnus, on a le droit à tous les clichés les plus éculés. A l’instar de ce sketch, qui cumule racisme et sexisme, la double peine en somme. Dans ce reportage censé nous immerger au sein de l’hôpital public la nuit, des infirmières toutes antillaises font preuve d’indolence alors que les appels d’urgence s’accumulent.

A quand un gag sur les noirs qui ne savent pas conduire ou qui ne prononcent pas les «r» pendant qu’on y est ?!

Les lieux communs poujadistes sont également à la fête avec ces vampires Rap-tout, assoiffées de taxes en tout genre. Les Inconnus ignorent peut-être que nos impôts servent à financer nos écoles et nos hôpitaux…

Je n’épiloguerai pas non plus sur cette caricature de très mauvais goût sur les communistes, ce parti des 75 000 fusillés morts pour la France…

Ou encore sur cette parodie de chanteur engagé, indigné à juste titre par la guerre, les injustices et les malheurs du tiers-monde. Cela n’a vraiment rien d’amusant. Mais peut-on décemment laisser-dire que, je cite : « Charles Pasqua (ancien membre du SAC !) n’a pas toujours fait n’importe quoi » ou encore « Jean-Marie Le Pen, il dit pas que des conneries » !

Je ne peux accepter qu’en 2017 nos enfants puissent avoir librement accès à de telles vidéos. Même si ma petite fille semble préférer les chaînes Gulli et Télétoon, je lui impose Arte tous les soirs, pendant le dîner. Et France Inter au petit-déjeuner. Malgré ses larmes, cela lui offre un cadre de pensée légitime. C’est la mission du service public d’indiquer à nos petites têtes blondes le chemin à suivre. Et à vous d’y veiller.

Aussi, cher CSA, ai-je été stupéfait d’apprendre que ces nombreux sketchs avaient été diffusés en leur temps sur France 2, chaîne phare du service public. J’espère que les responsables seront a posteriori sanctionnés car il y a des domaines où la prescription ne peut être de mise et tout compromis, intolérable. De même, je compte sur vous pour épurer YouTube et toutes nos chaînes de télé de toutes ces farces écœurantes d’un autre temps.

Je tiens d’ailleurs à votre disposition une liste de comiques qui ont eux aussi dérapé à de nombreuses reprises, même si beaucoup sont désormais décédés.

Encore merci pour votre action et votre vigilance !

Signé : X

 

PS : J’envoie une copie de cette missive à Marlène Schiappa.

PS 2 : J’ai croisé avant-hier dans l’escalier mon voisin qui, pendu à son téléphone, tenait ces propos : « Tu connais l’histoire du juif, de l’arabe, du noir, du pédé et du handicapé qui sont sur un bateau… ? » J’ignore si cela entre dans vous attributions, mais je peux vous communiquer ses coordonnées complètes si vous le souhaitez.

Les Weinstein, certaines femmes s’en accommodent très bien

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Harvey Weinstein, octobre 2017. SIPA. AP22117728_000001

Pour Weinstein, « tout le monde savait ». Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi personne n’a rien dit?

Peut-être parce que la nature humaine est plus complexe qu’on feint de le penser.

Dans le monde universitaire, les postes sont précieux et les carrières reposent en grande partie sur des procédés de cooptation. Alors il n’est pas rare de rencontrer, au détour d’un couloir où d’un colloque, un gentil « collègue » plus âgé qui vous explique qu’il peut « vous aider ». Et cet univers d’intellectuels n’étant pas particulièrement hétéronormé, le phénomène concerne de manière égale les jeunes chercheurs des deux sexes.

#balancetacochonne

C’est aussi le cas dans le monde du cinéma, et l’info est trop peu relayée :

hommes-victimes-acteurs

A quoi il faudrait ajouter le nombre considérable de vieilles cochonnes qui lorgnent sur les nouveaux doctorants et se proposent de leur donner des séances privées d’initiation aux outils informatiques de la recherche. Hashtag #balancetacochonne.

A lire aussi: « Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé ! – Par Elisabeth Lévy 

Mais en lisant et en écoutant tout ce qui se dit autour d’Harvey Weinstein, et notamment, en entendant revenir de manière récurrente cette question « pourquoi, alors que tout le monde savait, n’a-t-on jamais rien dit ? », j’ai repensé à mon Harvey Weinstein. Et moi je sais.

Mon Harvey Weinstein

La plupart des HW ne sont pas stupides. Ils ont soin de ne pas se mettre en infraction vis-à-vis de la loi. Seuls les plus fous d’entre eux vous coincent contre un mur ou vous envoient de très compromettants textos. Mon HW a fait venir la jeune collègue dans son bureau et l’a invitée à s’asseoir, non point sur le fauteuil, en face de son bureau, mais à côté d’elle, dans le petit salon qui occupe la moitié de la pièce. Elle connaît la réputation du bonhomme. A une amie qui lui disait : tu vas vraiment y aller ? Elle a répondu qu’on ne refusait pas un rendez-vous de travail en alléguant la réputation de quelqu’un et que, malheureusement, elle n’avait donc trouvé aucune raison valable de refuser. « Et puis il ne va pas me sauter dessus, quand même ! » Il ne lui sautera pas dessus. Il l’a convoquée sous prétexte d’évoquer le contenu d’un cours qu’elle doit donner. Mais la jeune collègue aura toutes les peines du monde à le faire rester dans le thème: si elle a des questions, elle n’aura qu’à lui envoyer des courriels dans l’année, tranche-t-il d’emblée. Ce rendez-vous, dit-il, c’est aussi l’occasion de « faire connaissance ». Ainsi, lui, il considère qu’il ne faut pas rester borné à l’étude des lettres. Être littéraire, c’est savoir s’ouvrir à… la pornographie par exemple. « Ah bon ? » Elle lui parle de sa thèse sur les moralistes : oh, mais il y a un grand moraliste auquel elle devrait s’intéresser de près, le marquis de Sade. « Vous croyez ? » Comme il se trompe sur l’attribution d’une citation de Pascal, elle le reprend poliment. Il rétorque : « je me sens si troublé auprès de vous que je ne sais plus ce que je dis ». Elle évoque une femme, Professeur, qu’elle admire particulièrement. Il répond : « c’est moi qui l’ai faite ». Une autre ? « Elle aussi, c’est moi qui l’ai faite ». Et ainsi va la conversation, sorte de calvaire interminable mais juridiquement inattaquable. On ne porte pas plainte contre quelqu’un qui, tout en accumulant les sujets gênants, vous a, durant une demi-heure, « regardée comme un morceau de viande » pour reprendre l’expression de Léa Seydoux.

Et surtout, toute dégradante que soit cette conversation, on a eu l’occasion de dire non, ou plutôt de ne pas dire oui : on n’a pas été forcée. Parce que ce qui se dessine entre les lignes, c’est bel et bien une « tractation » (Florence Darel emploie ce mot au sujet du comportement de Weinstein avec elle). Ces femmes que tu admires, me doivent leur carrière. Si tu veux la même qu’elles, c’est Sade, le porno et sois sensible à mon « trouble ». La raison pour laquelle je ne donnerai pas le nom de cet Harvey Weinstein, que certains auront reconnu, c’est justement (outre le fait qu’on ne crache pas sur les morts)  que, même si c’est un porc, il n’a rien fait de répréhensible. Il était trop malin pour cela.

Les tractations dangereuses…

Le problème est que cette « tractation » nous laisse faussement libres. Les jeux sont pipés. Cet homme n’est pas une minable petite frappe qui, au coin de la rue, vous demande si « y a moyen ». C’est quelqu’un pour qui vous êtes censée éprouver du respect, quelqu’un, surtout, qui a un pouvoir énorme sur votre carrière. Pour peu que vous accordiez beaucoup d’importance à celle-ci, plus même qu’à votre honneur, le choix qui s’impose n’est pas nécessairement celui que j’ai fait.

Pour ma part, j’ai adopté une attitude de froideur et de distance. Il reviendra à la charge au bout de quelques mois et, apprenant à ce moment que j’étais enceinte de mon premier enfant, ne me relancera pas.

Le principe étant de « faire connaissance » avec toutes les nouvelles jeunes collègues, je savais que mes camarades avaient eu droit à la même entrevue. Ce qui m’a surprise, c’est de voir comment quelques-unes se comportaient suite à cela. Je ne saurai jamais jusqu’à quel degré d’intimité elles avaient pris le parti d’aller. Mais elles avaient, pour certaines du moins, choisi d’entrer dans un jeu de séduction dangereux. Elles…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

Jeux olympiques: plus vite, plus haut, plus cher!

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Le stade olympique de Montréal: son toit ouvrant censé être effectif pour les JO de 1976 n'aura jamais fonctionné. Photo: Daniel Thierry

Connaissez-vous le syndrome de la robe de mariée? On prétend que cette dépense somptuaire est raisonnable, car la chose resservira ensuite pour d’autres grandes occasions. Ce qui, bien sûr, n’est jamais le cas. Exemple typique: les équipements sportifs hors de prix bâtis par les villes qui accueillent les JO. 


Amsterdam, le 12 mai 1970. Après une longue campagne pleine de rebondissements et deux tours de vote, le Comité international olympique (CIO) choisit Montréal comme ville hôte des Jeux olympiques d’été 1976. De retour chez lui, une petite semaine plus tard, Jean Drapeau, maire de l’heureuse élue, tient à rassurer les journalistes, plutôt sceptiques, ainsi que ses administrés. Les Jeux seront placés sous le signe de la simplicité, promet-il, répétant inlassablement qu’autofinancés par les revenus générés, ils « ne coûteront pas un sou aux contribuables ». Mieux encore, assure-t-il, « les Montréalais seront plus riches d’un stade et ça n’aura rien coûté ». Et l’édile de conclure par cet engagement aussi solennel qu’imagé : « Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte ».

Montréal, 720% de dépassement

Un peu en avance sur son temps, l’éternel maire de Montréal (1954-1957, puis 1960-1986) n’avait pas complètement tort : l’homme enceint(e) n’est plus qu’une question de temps et le dépassement des coûts des JO de Montréal a atteint 720 % ! La Ville n’a fini de rembourser ses emprunts qu’en 2006, trente ans après la cérémonie de clôture. Respectivement, il est difficile de déterminer qui de la gymnaste prodige Nadia Comăneci ou du vieux routard de la politique québécoise Jean Drapeau (60 ans en 1976 !) aura réalisé les meilleures performances acrobatiques.

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À la décharge de Jean Drapeau, père du métro et de la loterie montréalais, on peut invoquer son ignorance : à la fin des années 1960, il était difficile de prévoir la débâcle à venir en se basant sur le bilan des six olympiades d’après-guerre (1948-1968). Quarante ans plus tard, il est impossible d’ignorer l’abondante littérature universitaire consacrée aux aspects économiques des JO d’été et d’écarter le consensus qui s’en dégage. Comme le formulent Robert Baade et Victor Matheson, deux spécialistes de la question, « la conclusion qui s’impose est que dans la plupart des cas, les JO sont une mauvaise affaire pour les villes hôtes, le contraire étant vrai uniquement dans des circonstances très rares et spécifiques ». Pourtant, pendant leurs campagnes, les villes candidates à l’organisation des JO continuent de promettre à leurs opinions publiques non seulement une gestion sobre et rigoureuse des coûts, mais surtout des retombées économiques importantes.

Les bons comptes font les bons paris

Ces promesses s’appuient en général sur des études prévoyant d’importants effets positifs en termes de recettes directes et indirectes, ainsi que des créations d’emploi largement exagérées. La raison principale du hiatus est que ces études, commandées par les villes candidates, se fondent sur des raccourcis. Ainsi, pour estimer la contribution au PIB, les recettes prévues ne prennent pas en compte les dépenses alternatives (un Français qui achète un billet pour un évènement sportif en 2024 aurait probablement dépensé cet argent autrement si les JO avaient eu lieu ailleurs, l’impact sur le PIB est donc nul ou minime).

Autre problème : l’estimation des effets sur le tourisme. À Londres, par exemple, le nombre de touristes pendant l’été olympique de 2012 (6 millions) a été plus faible qu’à l’été précédent (6,5 millions), probablement parce que beaucoup des voyageurs ont évité cette destination, craignant légitimement de subir des prix élevés et des foules de supporters. Pourtant, les prévisions économiques présentent le nombre de touristes déplacés spécialement pour les JO comme un gain net pour l’industrie touristique locale. Certes, les tarifs élevés des chambres d’hôtel compensent peut-être la perte de chiffre d’affaires. Mais s’agissant de villes déjà très prisées comme Londres ou Paris – où le tourisme de masse commence d’ailleurs à poser problème –, on a du mal à croire que les JO dopent le tourisme ou contribue à les faire connaître du monde entier. Quant aux retombées sur l’emploi, JO après JO, les prévisions relèvent carrément de la science-fiction : la réalité se résume à quelques milliers de postes créés, majoritairement temporaires.  Enfin, les coûts des équipements sportifs de grande envergure sont presque toujours sous-estimés. Sans reparler du stade de Montréal, songeons au difficile financement du stade Pierre-Mauroy de Lille. Et l’argument selon lequel ces équipements sont un bénéfice net pour la collectivité relève souvent du principe de la robe de mariée : pour avoir bonne conscience, la future épouse se dit qu’elle rentabilisera le prix exorbitant de sa robe en la portant à d’autres occasions. Et bien sûr, cela n’arrive jamais.

La privatisation de l’intérêt général

Reste l’effet « feel good » – dont la mesure relève davantage de la littérature que de la science : la fierté locale et nationale et l’effet escompté en termes d’optimisme, de dynamisme et de mobilisation. Ces arguments recevables figurent généralement à la fin de la liste, brandis en dernier recours quand les données économiques ne font pas l’affaire. En ce cas, il serait plus honnête de dire : « On va s’offrir un grand défi couronné par une grosse fête. Ça va nous coûter bonbon, mais tant pis, on va s’éclater. » Au moins, on saurait à quoi s’en tenir…

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Dans ces conditions, pourquoi se trouve-t-il encore des villes pour croire qu’accueillir les JO est une grande victoire, comme si on était toujours dans les années 1970 ? La réponse est que même si l’intérêt général n’y trouve pas son compte, beaucoup d’intérêts particuliers en sortent gagnants, sonnants et trébuchants. C’est le cas des comités olympiques nationaux et des politiques, comme Jean Drapeau, qui voulait entrer dans l’histoire en encaissant au passage budgets, postes et contrats à distribuer (il est vrai que sa trace historique n’aura pas été à la hauteur de ses espérances). Enfin, le secteur du BTP ne boude pas les grands projets d’équipements et d’infrastructures qu’il faut livrer en temps et en heure, donc littéralement coûte que coûte !

Néanmoins, plusieurs villes candidates aux JO ont fini par renoncer sous la pression d’une opinion publique avertie. Ce fut le cas récemment de Hambourg et de Boston, deux villes où, à la différence de ce qui s’est passé à Paris, le débat s’est ouvert avant la décision du CIO.

Terrorisme: enfin un traitement de choc!

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Les tentatives de traitement psy des djihadistes s’étant en général avérées aussi efficaces que les illuminations de la tour Eiffel, un médecin a décidé de renverser le problème : déradicaliser la mémoire des victimes en gommant leurs souvenirs les plus traumatisants. Le 14 septembre, le magazine de France 2, « Envoyé spécial », nous a appris qu’il existait désormais un médicament pour ça.

Expérimenté sur 120 volontaires ayant survécu aux attaques du Bataclan et de Nice, ce protocole s’appuie sur un bêtabloquant connu depuis les années 1970 pour son efficacité contre l’hypertension, le propranolol. D’après Alain Brunet, le psy canadien à l’origine de cette thérapie, ce médicament « a la propriété de bloquer certaines protéines du cerveau qui aident un souvenir émotionnel (…) à se matérialiser ». Bref, le procédé se révèle « novateur de simplicité », comme l’indique si joliment la réalisatrice du documentaire.

Déradicaliser l’amour

On regrettera cependant qu’« Envoyé spécial » n’ait pas été exhaustif sur les vertus miraculeuses de ce nouveau traitement. Le très sérieux site Québec Science est allé interroger Michelle Lonergan, une doctorante de l’Institut de santé mentale de l’Université McGill, qui travaille sous la direction du même Alain Brunet.

D’après la chercheuse, le propranolol pourrait se révéler efficace contre ce qu’elle qualifie de « blessures romantiques », vécues par les gens « dont la vie chavire soudainement parce que leur conjoint les quitte, est infidèle ou les trahit ». Un médicament grâce auquel les chagrins d’amour ne durent qu’un jour ? À mon avis, dès la mise sur le marché, les stocks seront en rupture…

PMA/GPA: l’enfant pour tou·te·s est arrivé!

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pma gpa enfants
"Bruno" avec Sacha Baron Cohen.

L’enfant de l’amour est de retour : le serpent de mer. Corrigeant la communication exaltée de Marlène Schiappa, le Premier ministre a annoncé récemment que le gouvernement profiterait de la révision de la loi de bioéthique de 2018 pour y inclure la PMA pour tous, ouvrant ainsi la voie à la GPA. Ce qui s’appellera faire d’une pierre deux coups. Merci à notre revue préférée de nous offrir, ce mois-ci, un avant-goût du match inédit à venir, avec  la photographie de la gaie farandole d’Anne, Jack et les autres, à la frimousse épanouie, tenant une banderole qui vaut son pesant d’égalité, de fraternité et de constitutionnalité : « PMA Filiation Egalité. »[tooltips content=’Voir Causeur n°50, octobre 2017, page 25′]1[/tooltips] Macron ne lâche rien. Les « bioconservateurs » non plus. A vos marques !

Et Taubira créa le mariage pour tous

Cette loi à venir s’inscrit dans le long temps. Le très long temps. Des millions d’années après le Big bang originel, on tombe sur Homo sapiens. Passons les étapes suivantes. En  un tour de cuiller à pot, autre big bang : l’ère Taubira, inaugurée par Amandine, avec l’homo sexualis sexualis. Plus besoin de copuler à l’ancienne, sur un lit de bruyères fossilisées, avec un partenaire d’un autre sexe. On est père et/ou mère (inclusion oblige) par action, par intention et par omission. On s’y… perd un peu mais comptons sur la chambre incubatrice de cerveaux pour nous y retrouver. Ce sera du lourd. Avec ce saut anthropologique, impossible de revenir en arrière. On ne sait pas trop pourquoi mais c’est ainsi. Aussi bien Madame Taubira avait-elle salué dans le « mariage pour tous » non seulement une révolution (c’est dans nos gènes) mais l’avènement d’une nouvelle civilisation.

Le mariage, c’est le mariage. Autrefois, dans des temps très anciens, l’impuissance était une cause de nullité. Mais ça, c’était le code Napoléon (un sacré machiste). Nos mariés de l’ère I, on ne peut dire que, s’ils sont heureux, on puisse leur souhaiter, pour l’instant, beaucoup d’enfants.

La technique au service de l’infécondité

Pour pallier cette infertilité sociale et/ou culturelle, l’homo sapiens sapiens a bien inventé des techniques opérationnelles depuis pas mal de temps, en attendant le droit opposable de l’enfant. Seulement voilà, ces moyens de production ou de reproduction restent à voter chez les primates que nous sommes et cette loi, ne nous le cachons pas, aura forcément une incidence sur le panier de la ménagère. Les gamètes, c’est comme les ortolans, c’est rare et cher. Le marché, il est vrai, s’avère de plus en plus juteux. Qui veut des gamètes ! Achetez mes gamètes ! Pour un p’tit gars tout frais, tout beau !

Madame Taubira avait l’art du verbe (dont n’a pas hérité son émule). On se souvient de ses élans poétiques à la Chambre des députés qui lui avaient valu, dans l’hémicycle, des éloges unanimes. Elle avait réuni les représentants des sept cultes (un chiffre sacré ?) et leur avait dit avec pertinence : « Le Code civil n’est pas votre champ. Ce n’est ni la Bible ni le Coran ni la Torah ». Fermez le ban. Tant il est vrai que l’ère de la Révolution française n’est jamais close. Et les muphtis de partir tout penauds. Madame Taubira avait dit aussi un jour : «  Qu’est-ce que la sexualité ? Seulement la reproduction ? » Là, pas besoin d’être grand muphti pour dire que ça y aide quand même un peu. Napoléon affirmait que ce qui resterait de lui, ce n’était pas Austerlitz mais son Code civil. Napoléon est un fils aléatoire de la Révolution et le nouveau Code civil achoppe sur la voie naturelle. A moins de passer au forceps, faire des enfants à plusieurs et les enregistrer sur un code de nationalité, ce n’est pas simple comme bonjour. En attendant que Marlène garde son sang-froid! La France n’est pas encore dans la rue.

Un saut anthropologique

Pour arriver à ses fins, que ne ferait l’espèce ? L’être humain ne cesse de jouer sur les deux tableaux de la nature et de la société. On comprend que le monde puisse être classé en « bioconservateurs » et les autres, adeptes de la révolution anthropologique. On peut dire aussi que, s’il y a, pour certains, une origine divine à la loi naturelle de la procréation, force est de reconnaître que cette loi l’emporte par sa simplicité sur une procréation assistée où les humains besognent à qui mieux mieux et plutôt mal que mieux, faute de l’outillage requis. La Nature fait efficacement les choses, avec le minimum de moyens et sans tralala. Economie non négligeable dans cette période de crise que nous vivons dont la Sécurité Sociale est la première victime. Avouons-le aussi. Tous ces débats procréatifs n’entravent-ils pas la joie de vivre nécessaire à la fertilité d’une nation ? Nul doute que des études démographiques très sérieuses vont le prouver prochainement. Dans ces conditions, invoquer un saut anthropologique irréversible est peut-être aller vite en besogne. Le calendrier révolutionnaire a duré treize ans. Un recul s’imposerait de quelques années lumière sur ce saut anthropologique avant de l’inscrire dans une loi.

La manif pour tous diabolisée

Quand il y a eu les manifs contre le mariage pour tous, que n’a-t on dit dans les médias télévisuels et les autres sur l’homophobie des manifestants ! Ce fut une accusation récurrente et indigne. Alors que les médias et les gens avertis savaient pertinemment que le Pacs ouvrait sur le mariage et tous ses droits. Et que le mariage entraînerait l’ouverture à la PMA et la GPA. On y est. Elisabeth Schemla l’écrit explicitement dans son dernier livre : « Les associations LGBT et homoparentales, un lobby gay surtout parisien relayé par la gauche, savaient pertinemment ce qu’ils enclenchaient. S’ils n’avaient pas eu d’arrière-pensée concernant la légalisation de la PMA et de la GPA, ils n’auraient pas réclamé le mariage… ». C’est on ne peut plus explicite. Réécoutons sur You Tube  l’émission de LCP, en date du 21 décembre 2012 sur le Pacs. Jean-Luc Romero  y dit en rigolant combien ses amis et lui rigolaient justement qu’on se moquât de Boutin laquelle avait raison de dire que le Pacs était la porte ouverte au mariage. « Bien sûr qu’elle avait raison.. » dit-il mais, dit-il encore : « On va dire tout le contraire devant les médias… Bien sûr qu’on rigolait. »  On imagine ce que ça doit être maintenant.

Tout enfant a une mère

Le temps est donc venu de la démystification pour tous, en tout. Tout le monde le sait bien : personne n’a deux mères, deux pères, une maman 1 et une maman 2, un père biologique et un père d’intention, sauf métaphoriquement où tout est permis : même un père spirituel si vous le désirez. Un enfant né par GPA d’un père – fût-il très célèbre – a une mère : la femme qui l’a porté. Qu’on le veuille ou pas, qu’on le dise ou non. Car personne ne peut aller contre le principe de réalité. C’est se moquer que de faire croire à une autre filiation décrétée en l’an de grâce 2013. Comme ils doivent encore plus se marrer, en effet, de nos  états d’âme et de conscience et de nos procédures, ceux qui militent pour les lois sur la PMA et la GPA !  « Patriotes ! Faites des enfants ! » lisait-on en lettres noires, il n’y a pas longtemps, sur les murs des maisons et sur le bitume. Faites des enfants par la voie naturelle, efficace et rentable ! Le Grand Marché vous tient par la barbichette ! Ne vous laissez pas faire ! Ne nous cassons pas la tête ni la tirelire de l’Etat !

Allons voir chez les Grecs

Oedipe n’est pas l’homme du divan mais celui qui veut savoir son origine. Antigone, c’est celle qui, adepte de la ligne rouge, fait prévaloir, quoi qui lui en coûte, la loi de sa conscience, en enterrant son frère malgré le décret de Créon. Le philosophe Diogène, se promenant sur l’agora avec une lanterne, répondit à celui qui l’interrogeait : « Je cherche un homme » ( au sens 1 du Dictionnaire de l’Académie Française). Récemment, à la Bibliothèque Médicis, Eva Ionesco, présentant son livre, disait sa joie d’avoir retrouvé sa  filiation paternelle.

Tous les grands écrivains, parce que c’est l’honneur d’être un homme, se sont aussi posé la question : qui suis-je ? D’où suis-je venu ? Où vais-je ? Sans ces questions et des réponses dignes d’elles, on peut faire de l’homme, avec l’homme, tout ce qui  possible. Il y a pourtant des lignes rouges à ne pas franchir.

Chaque époque connaît la tentation d’une idéologie. Au lieu de croire que nous réinventons la machine à vapeur, débusquons dans cette idéologie de la filiation fictive une loi du marché ultralibéral, à l’œuvre, en ce moment, dans notre pays même. Ce serait étrange de parler des idéologies mortifères des siècles passés et de ne pas voir celle qui crève nos yeux ! On ne peut pas dénoncer l’ultralibéralisme là et l’accepter ici. Comme le dit très justement Virginie Tellenne alias Frigide Barjot : « La procréation, avec les technologies et les géants économiques qui en sont les maîtres, est devenue l’otage du marché mondial de l’ultralibéralisme. » Ces lois sociétales sont tout simplement des lois du marché que nous refusons de nommer parce qu’il faudrait nous tirer de notre aveuglement ou de notre confort.

Fils de personne

Faisons un rêve. Un jour, Zeus eut mal à la tête. Il demanda à Héphaïstos de le soulager. Héphaïstos lui donna un grand coup de hache sur la tête. Athéna, déesse de l’intelligence, en sortit toute casquée et lui dit : «  Seigneur Zeus, tout le monde est dingue ! L’ère de la PMA et de la GPA est dépassée. L’avenir est à l’artefact. Il faut faire des enfants par la tête ». Jupiter se réveilla, prit les drapeaux français et européen, s’en enveloppa et entonna l’hymne de Johnny Hallyday pour conjurer les démons ambiants : «  Y en a qui sont nés dans les plis du drapeau / Pas moi. Avec dans leur berceau les milliards de leur père / Pas moi. On leur apprend que tout peut s’acheter. / Pas moi.  Je suis fils de personne. »`

Jupiter leva les yeux sur Marlène, plantée devant lui, hors d’elle, qui lui demandait d’accélérer le mouvement législatif. « Keep quiet, Marylin ! »  lui dit-il. Le soir, il ouvrit le roman de Montherlant placé sur sa table de chevet par Brigitte : Fils de personne, où il lit qu’un enfant, c’était pas de la tarte – et le président s’endormit du sommeil du juste. C’est ainsi que Jupiter renonça à la PMA et à la GPA pour tous et qu’il laissa son nom dans l’histoire de France.

Les homos sont-ils des hétéros comme les autres ?

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« Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé! 

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Harvey Weinstein. Sipa. Numéro de reportage : AP21126645_000006.

Il faudra peut-être se souvenir de ce jour d’octobre 2017 où le mot « dénonciation » est devenu synonyme de « parole libérée ». On a encore du mal à trouver le terme qui qualifiera une époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un devoir moral et le déballage un brevet de correction. « Balance ton porc », le dernier gadget idéologique à la mode, n’est certes pas le premier épisode du grand Délathon. Comme le savait très bien Debord, la dénonciation est devenue dans les années 80 le sport favori des journalistes de gauche et il faudra un jour compter les victimes innocentes de la calomnie médiatique. Mais avec le secours de la technologie, elle est devenue une industrie. Et quand cette industrie se met au service de la meilleure cause du monde, celle des Femmes, elle devient un pouvoir redoutable. On se rappelle le déchaînement suscité en novembre 2013 contre les avocats de la liberté de prostitution (entre adultes). Ces salauds, qui défendaient une opinion certes contestable mais légitime, furent noyés sous un torrent de boue grâce au site confectionné à ce seul effet par un militant…libertaire ! Cependant, cet appel au lynchage numérique n’avait pas suscité le même enthousiasme que BTP (pour Balance ton porc), ni attiré la même bienveillance publique (encore que notre chère Najat l’approuvait grandement).

Weinstein et les vierges outragées

Peut-être faut-il préciser que je suis fermement opposée à toute contrainte, à toute violence exercée sur une femme ou sur un homme pour obtenir des faveurs sexuelles. Un homme, ça s’empêche. Et ceux qui ne s’empêchent pas doivent être sanctionnés ou matés. Pourtant, quand des actrices célèbres et primées expliquent qu’elles se sont tues sur les agissements d’Harvey Weinstein, pour ne pas mettre leur carrière en danger, j’ai du mal à les plaindre. Et quand elles ne parlent que pour se joindre à un lynchage déjà presque fini, j’ai du mal à admirer leur courage. Le tout Hollywood qui mangeait dans la main du producteur quand il était puissant, nous fait le chœur des vierges outragées maintenant qu’il ne peut plus ni lui nuire, ni lui servir et que cracher sur lui fait de chacun un héros.

L’inflation galopante du mal

Que des hommes, tentent, dans la vie professionnelle de profiter de leur pouvoir pour coucher, en particulier dans le milieu du cinéma, comme le dit mon ami Marc Cohen, cela existe sans doute depuis Plaute et Aristophane. Des patrons lourdingues et des chefs harceleurs, il y en a certainement dans tous les milieux – des hommes qui tentent leur chance aussi et heureusement. L’ennui, c’est qu’à la faveur de chaque scandale, on nous raconte la même légende : toutes les femmes sont harcelées, puisque le harcèlement est la norme. Depuis que l’affaire Weinstein a éclaté, on assiste, sur les bandeaux des chaînes info, à une inflation galopante du mal : au début, c’étaient 38 % des femmes qui avaient subi du harcèlement dans leur travail. Une semaine plus tard, on en est à 90 % (à peu près autant que la réussite au bac). Balance ton porc, cela signifie que chaque femme en a au moins un et que si tu ne le balances pas, tu es complice.

Des témoignages ne font pas une vérité

Seulement, pour que toutes les femmes soient harcelées, il faut étendre très largement la définition du harcèlement. « Fixer, c’est harceler », « Insister, c’est harceler », proclame une campagne dont les Transports publics bordelais sont très fiers. Dans le flot de témoignages recueillis sous le hashtag #Balancetonporc, on a vu apparaître des noms connus, celui-ci m’a fait une blague lourde, celui-là a essayé de m’embrasser et tel autre a louché sur mon décolleté. Certes, il y a aussi des histoires terribles de femmes obligées de supporter des gros porcs. Reste que des témoignages, aussi poignants soient-ils, ne constituent pas une vérité. Pour arriver à celle-ci, la Justice doit entendre l’autre partie. Et la plupart des journaux ne publieraient pas non plus ces récits sans solliciter le harceleur présumé (même si c’est exactement ce que France Inter a fait dans l’affaire Baupin, diffusant des témoignages à charge sans même faire réagir l’avocat du présumé coupable).

Être une femme, c’est pas si difficile

Autant l’avouer : je n’ai pas de porc à balancer. Il est arrivé que des hommes de pouvoir, qui étaient parfois mes supérieurs, me fassent des avances, et il est arrivé que je les refuse – sans autre conséquence que, une fois, des menaces qui n’ont pas été mises à exécution, leur auteur ayant compris le ridicule de la situation. Non seulement je n’ai pas été traumatisée mais je suis encore amie avec certains de ces « harceleurs ». Et je n’ai pas été traumatisée non plus par le grand Noir qui, dimanche matin, dans le métro, m’a lancé : vous êtes superbe ! Je lui dirais même volontiers qu’il a fait ma journée. Alors peut-être que j’ai de la chance. Mais, alors que le harcèlement est un délit pénal et qu’il est unanimement condamné par la société, on ne me fera pas croire que l’existence des femmes en France est un calvaire.

Lemaire harcelé

Avec Balance ton porc, le féminisme victimaire, habile à se saisir des agissements d’un seul pour dénoncer tous azimuts, a encore franchi une étape. Non seulement la délation est célébrée, mais ceux qui osent émettre un soupçon de réserve se voient sommés de faire leur autocritique. Invité sur France Info, Bruno Lemaire a déclaré qu’il ne connaissait pas de politique harceleur, mais que, s’il en connaissait un il ne le dénoncerait pas car, a-t-il répété, « la dénonciation n’a jamais fait et ne fera jamais partie de mon identité politique ». Eh bien, croyez-le si vous voulez, mais trois heures plus tard, le même publiait une autocritique écrite et filmée sur son compte Twitter : « Je me suis exprimé ce matin sur le problème du harcèlement sexuel subi par les femmes en France et je me suis mal exprimé. Je le regrette », déclare-t-il en introduction avec la mine d’un garçonnet pris en train de mater les magazines pornos de son père, avant de dérouler une longue explication dont il ressort qu’on ne trouvera pas soldat plus zélé que lui, désormais, dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Si j’étais un homme…

Que l’on puisse exiger d’un adulte qu’il renie publiquement des convictions exprimées le matin même et qu’il approuve un appel à la délation pour se conformer à l’hystérie collective du moment devrait tous nous terrifier. Le plus grave est bien que cette scène digne de Milan Kundera n’ait pas suscité de réaction. Alors peut-être que le stalinisme nous revient sous forme de farce, mais je ne suis pas certaine que celle-là nous fera rire longtemps. Pour tout dire, si j’étais un homme, je ne rirais pas du tout. Et comme j’ai d’excellents amis hommes j’ai peur pour eux.

En effet, si nous sommes toutes victimes, tous les hommes sont coupables ou susceptibles de l’être. Il convient donc de les placer sous surveillance. Reste à savoir comment on évitera que des femmes se vengent d’avoir été trompées, quittées, privées de la promotion ou du week-end à la mer qu’elles exigeaient en accusant leur amant ou leur voisin de bureau. J’ai interrogé deux de mes amis qui ont des vies amoureuses disons compliquées. Leur réponse, identique, donne une idée de l’époque dans laquelle nous vivons : « Je garde tous les SMS ». C’est beau, l’amour au temps du féminisme.

Mark Zuckerberg aime la Maison Blanche

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Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook. SIPA. AP22047226_000001

L’un des chefs d’entreprise les plus riches et les plus puissants de la planète, Mark Zuckerberg, le président-directeur général de Facebook, nourrirait l’ambition de devenir président des Etats-Unis en 2020.

Il n’a rien officialisé, il est encore bien trop tôt, mais plusieurs de ses décisions ont été vues comme des indices trahissant ses velléités de conquête du pouvoir, en particulier sa volonté de visiter l’ensemble des Etats qui composent la première puissance du monde. Autre signe remarqué, le recrutement simultané, pour sa fondation, de plusieurs stratèges politiques chevronnés tels que Joel Benenson, l’ancien conseiller de Barack Obama et d’Hillary Clinton, David Plouffe, le directeur de campagne d’Obama en 2008, et de Ken Mehlman, également ancien directeur de campagne, mais cette fois-ci du côté républicain, aux manettes lors de la réélection de George W. Bush en 2004.

Claquettes, capuche, bière

Si la nouvelle affole l’univers médiatique, c’est que Mark Zuckerberg ferait un candidat très atypique compte tenu de la puissance de feu de Facebook. Son réseau social semble lui donner une longueur d’avance vertigineuse sur ses concurrents et pourrait même en quelque sorte ébranler la démocratie représentative.

Cela paraît pourtant risible si l’on se cantonne aux apparences. Sous ses airs débonnaires, entretenus par le port obstiné du sweat-shirt et de claquettes de piscine, il est vrai que le richissime trentenaire ressemble plus au gars cool avec qui l’on prendrait volontiers une bière qu’à un dictateur en puissance. Mieux, il incarne l’image archétypale du chef d’entreprise, le héros de notre temps, qui sut, dans sa chambre d’étudiant d’Harvard, créer l’un des sites les plus visités de la planète. De quoi alimenter une image romantique et attirer la bienveillance du grand public.

Sa vie de père de famille qu’il mène en compagnie de sa femme Priscilla Chan, ses manières simples et naturelles (soigneusement exposées sur Facebook), et ses actions caritatives abondent dans ce sens. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession.

Le champion du rêve techno-libéral américain

Derrière cette image sympathique, l’homme a une vision du monde : il défend une idéologie que l’on peut qualifier de techno-libérale. Pour Éric Sadin, philosophe de la technique, il s’agit d’un modèle civilisationnel fondé sur la marchandisation intégrale de l’existence et l’organisation automatisée de la société.

Il la qualifie d’industrie de la vie en raison de cette quête constante à tirer profit du moindre de nos gestes. En soumettant l’esprit humain à de continuelles suggestions (issues d’algorithmes), il tente d’opérer des choix à notre place. Ces influences, de plus en plus pressantes, peuvent, à terme, remettre radicalement en cause notre libre arbitre.

Le techno-libéralisme, c’est aussi un type de management spécifique mis en place chez les géants du net, Google, Apple, Amazon… et Facebook, qui composent le quarteron infernal désigné par l’acronyme GAFA.

Dans ces entreprises, la manière de travailler se veut plus ludique et décontractée ; le fonctionnement hiérarchique, les horaires imposés et les codes vestimentaires ont été abandonnés, laissés à l’ancien monde (ringard). Sont privilégiés les organisations horizontales, la pensée positive, « l’open space », la cantine bio et les piscines à balles. Que les salariés fassent finalement bien plus d’heures, ne se déconnectant jamais vraiment, adhérent aux objectifs de leur boîte comme si leur salut en dépendait, s’auto-pressurisant au risque d’y laisser leur santé. C’est un détail.

Si cette apparence de décontraction réussit à faire illusion – nombreux sont les individus talentueux rêvant d’y être embauchés -, l’ambiance est sensiblement différente dans les usines délocalisées en Asie fabriquant smartphones et autres objets numériques où l’on sait bien que les conditions de travail sont déplorables.

Le techno-libéralisme, c’est aussi la suppression progressive du salariat, trop coûteux pour l’entreprise, qui préfère troquer ses employés contre des travailleurs indépendants ne disposant d’aucun droit ou presque (pas de sécurité sociale, pas de droit au chômage, aucun garde-fou pour mettre fin au contrat). On a d’ailleurs vu récemment les livreurs de Deliveroo manifester à Paris contre la nouvelle politique tarifaire de la direction (certains étaient rémunérés à l’heure, dorénavant ils seront tous payés à la course). Il s’agit d’un vaste mouvement de précarisation.

En somme, ce modèle de société n’est que l’exportation du mythe du rêve américain. A les entendre, il suffirait de monter sa boîte et de bosser dur pour réussir. Or les statistiques sont formelles, la plupart des start-ups déposent le bilan. Dans la perspective libérale, les épaules de l’individu supportent la totalité du poids de la responsabilité des succès comme des échecs. Reproduction sociale, rapports de domination et effets de réseau sont niés.

Quoi qu’il en dise, et cela malgré ses dénégations récentes, Mark Zuckerberg représente ce camp-là. On ne peut pas se poser comme le défenseur de la justice sociale et de la redistribution tout en trompant systématiquement les administrations fiscales.

Facebook, réseau de conquête du pouvoir

Outre cette nouvelle forme de capitalisme qu’il promeut, irénique et séduisante, la possession d’un outil tel que Facebook confère à Mark Zuckerberg un pouvoir immense et inquiétant qui l’éloigne de l’image du geek inoffensif qu’il s’est construite.

Avec deux milliards d’utilisateurs actifs, Facebook est le leader incontesté sur le marché des réseaux sociaux. Mieux, il est le troisième site le plus consulté au monde, derrière Google et Youtube.

Facebook est entré dans le quotidien de millions d’Américains qui s’en servent pour communiquer avec leurs amis, organiser des soirées, partager coups de cœur et coups de gueule. On s’y livre sans réserve, renseignant opinions politiques, religieuses et orientation(s) sexuelle(s). Addictif, le site crée une forte dépendance. Ces activités frénétiques partagées par des millions de citoyens américains génèrent des milliards de données qui constituent une mine d’or. Une exploitation fine pourra donner des indications précises sur leurs attentes en matière de politique. Il est d’ores et déjà possible de connaitre les mouvements de l’opinion en temps réel, de repérer les signaux faibles (capacité d’anticipation) et au bout du compte de connaitre les mots que les électeurs américains souhaitent entendre.

Pour sa gestion des données, Facebook s’est déjà fait taper sur les doigts dans différents pays. En France, la CNIL a condamné la société américaine à 150 000 euros d’amende à cause « de nombreux manquements à la loi Informatique et libertés ». Il lui a été reproché un ciblage publicitaire trop intrusif et le pistage des internautes sur d’autres sites web via un cookie.

Zuckerberg a le monopole du « like »

Si Mark Zuckerberg incarne les valeurs du libéralisme, avec une méfiance prononcée à l’égard des Etats, contournant sans honte les lois fiscales nationales afin de payer le moins d’impôts possible, il n’en demeure pas moins qu’il a réussi à bâtir avec Facebook un quasi-monopole, loin du dogme apologétique de la concurrence. Et il le restera longtemps. Les barrières d’entrée pour accéder à ce marché sont maintenant quasiment infranchissables.

On ne compte plus les réseaux sociaux morts-nés, et le peu qui survivent sont rachetés par Facebook. Instagram et WhatsApp, jeunes pousses prometteuses, sont déjà tombées dans son escarcelle. Ce fleuron de la Silicon Valley dispose d’un tel trésor de guerre qu’il n’a aucun mal à sortir le chéquier. Si Twitter peut apparaître comme un outsider avec plus de 300 millions d’utilisateurs actifs, il reste néanmoins nettement moins populaire que Facebook. Du reste, son modèle économique est encore incertain et les usages y sont sensiblement différents.

Il est clair que s’il existait une dizaine de Facebook en Occident, la peur qu’inspire la toute-puissance de ce média social s’évanouirait. Mais sa position incontournable sur le net pose un problème démocratique.

Il est aujourd’hui impensable de faire de la politique sans y avoir un compte. La plateforme permet de toucher un maximum de monde, de motiver les troupes, d’organiser des meetings et de diffuser de la publicité ciblée.

Or, en cas de candidature de Mark Zuckerberg, Facebook serait juge et partie. Il n’y aurait pas de séparation des pouvoirs qui tienne entre la firme américaine et son président-directeur général ; ce serait le conflit d’intérêts assuré. On peut alors envisager les dérives auxquelles on assisterait. La confidentialité des échanges entre partisans du camp adverse ne serait plus garantie. Si on n’ose imaginer qu’il suspendrait les comptes de ses adversaires, opération bien trop polémique et assurément contre-productive, il pourrait plus discrètement bloquer des profils soutenant ses rivaux et empêcher la propagation d’informations gênantes.

La chasse à la « fake news » offre aux censeurs d’appréciables marges de manœuvre afin de filtrer l’information. Si l’intention d’empêcher la propagation de fausses nouvelles est louable, elle suscite de nombreuses interrogations. Qui décide de ce qui est vrai ? Sur quels critères ? Juge-t-on les faits ou les opinions ? La démarche fournit en tout cas un parfait alibi pour museler les détracteurs véhéments. Quitte à aller, en période électorale, jusqu’à supprimer les billets trop virulents à l’égard du créateur de Facebook ?

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