Il a l’âge du Christ et réalise un miracle: vivre de sa plume. Julien Hervieux, alias Un Odieux Connard, se lance sur Youtube après avoir écrit des livres et développé son blog. De critiques acerbes en vidéos historiques, il se permet d’être cynique à l’heure des réseaux sociaux. Entretien surréaliste.


Causeur. Qui êtes-vous ?

L’Odieux Connard. Je suis l’Odieux Connard, un humble blogueur qui vit de la médiocrité de la société. Je ne suis que paresse et cynisme, je faisais un très mauvais jeune, je fais désormais un excellent vieux con. D’ailleurs, si demain le monde devient intelligent et les films bons, je perds mon fonds de commerce. Je suis assis, depuis quelques années, sur une merveilleuse mine : le monde moderne.

Et vous parvenez à en vivre ?

Oui, je vis effectivement de ma plume. Je travaillais autrefois dans le secteur du patrimoine historique en plus de mes activités d’écriture mais j’ai quitté mon emploi dès lors que mon blog et mes livres m’ont permis de m’assumer financièrement. Je ne regrette pas une seule seconde, j’ai l’impression d’être en vacances toute l’année. Je continue néanmoins à travailler pour la promotion du patrimoine historique à travers mes vidéos sur YouTube, cette fois-ci sans aucune contrainte.

Les gens ont ce besoin viscéral d’être du côté des gentils

Et encore avant, vous étiez professeur d’histoire. Quelles relations entreteniez-vous avec l’Éducation nationale et ses professeurs ?

Cordiales. J’ai eu quelques problèmes avec mes supérieurs, qui m’ont reproché d’être incorrect. Je me suis parfois exprimé de manière un peu violente avec eux. Il faut bien l’avouer, l’Éducation nationale n’en a que le nom. Aujourd’hui, les professeurs sont là pour faire bachoter les élèves, pas pour leur faire comprendre le monde qui les entoure. Il m’arrive de retourner en classe en tant qu’intervenant mais je ne retournerai pas dans l’enseignement.

Si ce n’est pas l’Éducation nationale qui vous a rendu cynique, c’est le fait d’habiter à Troyes ou d’avoir fait une école de commerce ?

Quel commentaire de Parisien (rires) ! C’est simplement le quotidien qui m’a rendu cynique. Aujourd’hui, on devrait plutôt demander aux gens comment ils ne le sont pas devenus. Certains lieux ont tendance à me rendre mauvais. Vivre à Troyes, au milieu des loups et des lépreux, tirer à l’arbalète après 20h sur les pauvres qui tentent de passer les portes de la ville, ça vous change un homme. De son côté, le folklore parisien me déprime : entre l’ostentation permanente de sa misère, l’odeur de pisse dans le métro, le contraste des élèves à qui on donne cours et des migrants qui siègent devant les fenêtres des universités, j’ai eu l’impression d’évoluer dans une favela à ciel ouvert destinée à la classe moyenne.

Sans oublier les magasins d’usine, raison première de votre venue à Troyes.

Les magasins d’usine donnent un semblant de civilisation à la ville de Troyes, mais il ne faut pas oublier que, derrière les devantures des boutiques aux prix défiant toute concurrence, il y a des gens qui poussent des charrettes. Les Troyens ne sont véritablement pas prêts pour le monde extérieur.

Et vous vous y retrouvez dans ce monde régi par les SJW (Social Justice Warriors, « guerriers de la justice sociale » sur les réseaux sociaux) ?

Je suis féministe mais pas au sens qu’on donne à ce mot sur Twitter. Les femmes subissent encore des discriminations et j’en aide de manière concrète. Quand j’étais patron, j’ai accompagné des femmes à le devenir à leur tour. Je fais partie de ces personnes qui pensent qu’il faut suivre le sens de l’histoire, à savoir qu’il est préférable d’ignorer les différences plutôt que de se définir qu’au travers d’elles. Je suis contre les quotas, cela n’a aucun d’intérêt de différencier les gens en fonction de leur sexe ou d’un autre caractère biologique et ça revient à truquer un résultat sans résoudre le problème à la racine. Par contre, je supporte difficilement les pleurnicheurs de Twitter qui se réunissent quotidiennement pour décider sur qui jeter l’opprobre. Les gens font bien trop attention à leur image, ils se fichent que l’écriture inclusive soit illisible et discriminante pour les aveugles, elle est un moyen comme un autre de se ranger du côté des gentils. Leur indignation fait d’ailleurs l’objet d’une sélection drastique. Beaucoup se plaignent des propos racistes ou sexistes de tel personnage de telle série mais encensent certaines chansons dont les clips ou les paroles dégradent manifestement l’image de la femme. Les gens ont ce besoin viscéral d’être du côté des gentils et ceux qui refusent de lutter contre ce qui est désigné comme le méchant patriarcat sont projetés in extremis du côté des méchants.

Et Asia Argento, méchante ou gentille ?

Ni l’une ni l’autre. Je fais toujours le distinguo entre ceux qui dénoncent et ceux qui se conduisent mal. Elle a malheureusement fait les deux. Si elle est reconnue coupable, elle mérite d’être blâmée mais ça ne décrédibilise ni son ancien témoignage ni la cause féministe.

Au risque de vous décevoir, je n’ai pas été menacé de mort

Vous auriez « balancé » votre YouTubeur, vous ?

Non, le pouvoir a toujours eu un côté aphrodisiaque et, tant que les intéressés sont consentants et agissent en toute légalité, je ne trouve rien à redire. Tant qu’il y a consentement des deux côtés, même si un homme a mis des étoiles plein les yeux à une jeune fille de 16 ans, que ce soit avec sa notoriété ou son pognon, cela s’appelle simplement une relation. Les donneurs de leçons se mêlent de ce qui ne les regarde pas.

Leur dernier cheval de bataille c’est la transphobie. Certains SJW affirment par exemple, sur Twitter, qu’il est transphobe de refuser une relation sexuelle pour l’unique raison que le partenaire est transgenre.

Encore une fois, les goûts et les couleurs… Si quelqu’un me repousse, il est blogueurophobe ? On peut comprendre la stupeur de celui qui tombe nez à nez avec une fifounette alors qu’on s’attendait à un gros gourdin. Ne pas dévoiler ce genre d’informations avant le grand moment, c’est un peu comme ranger son alliance. Qualifier ce refus de transphobe, moi j’appelle cela du chantage à l’étiquette. Tout le monde a des préférences sexuelles, il serait hypocrite de refuser de le reconnaître. Si quelqu’un refuse de coucher avec un moche, c’est de la discrimination aux beautés atypiques ?

L’Odieux Connard croit donc au mariage et au principe de fidélité.

L’Odieux Connard est un célibataire endurci. Il séduit et met un coup de pelle et va retrouver Diego, son seul compagnon de route [ndlr : son disciple imaginaire].

L’Odieux Connard mourra donc seul ?

Cela dépend. Si on m’enterre en forêt de Rambouillet, je serai bien entouré.

J’en entends certains sortir leurs pelles et leurs bâches.

Au risque de vous décevoir, je n’ai pas été menacé de mort, j’ai seulement reçu quelques messages d’intimidation. J’ai même rencontré des gens en désaccord avec moi (ce que j’adore), on a débattu. Ils étaient respectueux, ils avaient des arguments à avancer, j’ai appris des choses. Je suis un grand partisan du débat, c’est mon côté con. Je sens d’ailleurs que je vais écoper d’un torrent d’injures vu que je suis un homme blanc, et donc illégitime pour m’exprimer sur le féminisme et la condition de la femme. Ils vont me tacler pour ça alors qu’on ne peut déterminer ni mon genre ni ma couleur de peau, je pense que ces gens sont secrètement totalitaristes. J’ai déjà été taxé de « masculinisme » parce que j’étais contre l’écriture inclusive. J’ai éteint Twitter et l’histoire était réglée.

En parlant de Twitter, vous êtes actif sur les réseaux sociaux, vous tenez un blog, vous écrivez des livres, vous avez une chaine Youtube : vous n’avez pas peur d’être ou de devenir le cliché ambulant du trentenaire du XXIe siècle ?

C’est effectivement l’une des (rares) peurs qui m’habite. Pour l’éviter, je m’efforce de ne pas ressasser les vieux lieux communs et de ne pas pondre quarante articles sur le racisme ou le sexisme à tous les sauces dans l’idée de donner le change. Si je le suis déjà, on va dire que c’est confortable. En tout cas, ça ne m’empêchera pas de dormir. D’ailleurs, il y a peu de choses qui m’empêchent de dormir. Merci cynisme.

Une fois, j’ai écrit onze articles pour critiquer point par point l’étron intergalactique qu’un lecteur m’avait offert.

A quoi ressemblent vos nuits ?

La police me pose souvent cette question. Cela implique généralement une berline avec un grand coffre, des soirées truffées de GHB et la forêt de Rambouillet.

Au-delà de ça, ce qui vous maintient éveillé se résume en trois mots : femmes, films… et livres. Vous qui semblez avoir un amour profond des mots et de la littérature, pourquoi n’en critiquez-vous pas ?

On me l’a souvent demandé. Essentiellement pour une raison de temps. Une fois, j’ai écrit onze articles pour critiquer point par point l’étron intergalactique qu’un lecteur m’avait offert. Ça m’a pris un an pour explorer toutes les faiblesses et incohérences de cette version masculine de 50 nuances de Grey. Si je tombe, un jour, sur un bouquin d’aussi mauvaise qualité, je prendrai peut être le temps (et le plaisir) de le débiner.

La question qu’on se pose tous : Nicolas Cage est-il un raté ou un génie incompris ?

C’est un génie incompris, personne n’a enchaîné autant de nanars sans s’en rendre compte. Je reste un grand fan de Nicolas Cage et de son unique expression faciale. Il me manque d’ailleurs beaucoup. Avant, on avait tous les ans le même plaisir pervers d’aller voir son film pour payer ses impôts, je suis désormais cinématographiquement orphelin.

Il doit bien y avoir quelqu’un qui pourrait reprendre le flambeau…

Le seul qui me vienne à l’esprit c’est The Rock, qui essaie tout de même de produire 60 films par an. Des acteurs mono-rôle ce n’est pas ce qu’il manque aujourd’hui, mais personne n’égalera jamais Nicolas Cage. On a vraiment besoin de lui. Si tu reviens, Nicolas, j’annule tout.

Et vous, qui pourrait vous remplacer ?

Il y a beaucoup de candidats pour être l’Odieux Connard mais si peu d’élus. Comme un vieux Jedi, j’ai décidé d’occuper cette place jusqu’à ma mort. J’ai même pensé à former mon successeur.

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