Nicolas Sarkozy, pas du tout démagogue, propose de gouverner par référendums, ou referenda, si on a fait latin à l’école ce qui n’est pas le cas de Sarkozy qui préférait le gaulois comme langue ancienne. Le problème du référendum, c’est la question qu’on pose et la réponse qu’on cherche à obtenir. Un peu comme la bombe inventée par le tonton de Boris Vian, mais si souvenez-vous, dans La java des bombes atomiques :

Voilà des mois et des années
Que j’essaye d’augmenter
La portée de ma bombe
Et je n’me suis pas rendu compte
Que la seul’ chose qui compte
C’est l’endroit où c’qu’elle tombe

 

À la limite, peu importe la question à laquelle on ne peut répondre que par oui par non, un peu comme dans une demande en mariage ; ce qui est important, c’est de savoir si les gens vont répondre oui ou non, ou plus exactement si vous voulez qu’ils répondent oui ou non. Car, si vous êtes un chef d’Etat conséquent dans cette Vème république agonisante, la question vous vous en moquez, ce que vous voulez, c’est un plébiscite, le type de scrutin préféré par Napoléon III, ce qui ne nous étonnera pas, Nicolas Sarkozy ayant une vision assez bonapartiste de la démocratie : moi, le peuple et rien d’autre entre les deux. Et surtout pas des babas bobos avec paniers d’osiers et une AMAP en bas de chez eux.

Certes, Sarkozy a bien fait une petite exception en faisant ratifier par voie parlementaire le traité de Lisbonne qui était une réécriture du TCE auxquels les Français avaient voté non en 2005.  Pas grave, tout ça, c’est déjà oublié, ça remonte à plus de dix ans. Ce qui en temps médiatique nous renvoie au Moyen-Age. Par exemple, alors que ça remonte à cinq ans à peine, il semblerait que Sarkozy lui-même ait oublié qu’il avait été président de la République et qu’il aurait pu faire plein de trucs qu’il propose aujourd’hui.

Mais il n’a pas oublié que dans un référendum, c’est à vous qu’on dit oui ou non – et plus à la question. Vous pouvez ainsi demander à peu près n’importe quoi. Par exemple, Sarkozy a proposé un referendum sur le regroupement familial et l’internement des fichés S. Je n’ai pas bien compris s’il avait prévu deux référendums (ou referenda) distincts ou si on avait le droit à un paquet cadeau. Pour être sûr que ce référendum (ou ces referenda) soit un plébiscite, autant surfer sur des sujets dont on sait que si on est élu sur une ligne identitaire et ultra-sécuritaire, les gens répondront oui en grande, voire en écrasante majorité pour vous faire plaisir. Bref, vous plébisciteront.

Les deux questions proposées par Sarkozy sont ainsi sans risque s’il est élu puisqu’elle reviennent à dire si on est pour ou contre l’immigration (gaffe quand même aux amis patrons qui ne vont pas être très contents de voir disparaître leur armée de réserve pour faire pression à la baisse sur les salaires),  ou si on est pour ou contre le terrorisme (tout fiché S, même si c’est juste un syndicaliste un peu en colère à la fin d’une manif et mis en garde à vue, étant évidemment un terroriste.)

On pourrait même suggérer à Nicolas Sarkozy de regrouper les deux questions en une, à lui qui est soucieux sans aucun doute des deniers publics et qui pourra ainsi économiser sur l’impression des bulletins de votes, -on n’est jamais trop prudent avec les frais de campagne, les sondages, tout ça… . La question serait dans ce cas : « Êtes-vous pour ou contre le regroupement familial des fichés S dans un centre d’internement ? ».

Comme ça, le problème serait réglé d’un coup. Pourraient suivre des référendum (ou referenda) sur le droit de grève de ces feignasses de fonctionnaires, l’interdiction des syndicats (hors CFDT) qui sont archaïques, la défiscalisation des heures supplémentaires pour toute personne travaillant au-delà de la durée légale de 50 heures hebdomadaire, la fluidification du marché du travail en abaissant la scolarité obligatoire à l’âge de neuf ans et enfin un referendum sur une liste de prénoms possibles à donner aux enfants.

Parce qu’ensuite, quand on perd la main, que les sondages baissent, il faut surtout arrêter avec le référendum. Par exemple, en ce moment, François Hollande proposerait un référendum sur le smic à 2000 euros, neuf semaines de congés payés, la retraite à cinquante ans et la disparition du mauvais temps, il serait capable de le perdre.