Oui, il est bien mort le 19 novembre 2017 Charles Manson, l’éternel rival de Ted Bundy, dans la mythologie américaine de l’horreur.


Zéro sens de la culpabilité

Max Stirner, philosophe allemand anarchiste, eût goûté ce mot d’un serial killer : « Si vous me retirez mon crime, vous me retirez mon univers. » Les grossistes du meurtre sont tenus de se livrer à une surenchère macabre du nombre de leurs victimes dans le but de capter l’attention frivole d’un public gavé d’obscénités. Dans le genre, Charles Manson et Ted Bundy, « le tueur de collégiennes  » exécuté en 1989, peuvent se flatter d’être parvenus à leur fin. Ils possédaient un atout considérable : ils n’étaient pas encombrés d’un mécanisme complexe nommé culpabilité. Non seulement ils ne se sentaient pas coupables, mais ils avaient une certaine pitié pour ceux qui éprouvaient ce sentiment. Par ailleurs, comme tous les criminels ayant acquis une certaine notoriété, ils étaient harcelés par des femmes qui tenaient à n’importe quel prix à les épouser. Le phénomène est connu depuis Landru et a explosé avec Anders Breivik. Il reste inexplicable pour quiconque ne connaît pas vraiment les femmes. La dernière épouse de Charles Manson l’idolâtrait à un tel point qu’elle a multiplié les démarches pour récupérer son cadavre et nul ne doute que tous les objets fétiches de Manson, sa guitare notamment, vont être vendus à des prix exorbitants.

Un gourou qui trouvait Hitler cool

Charles Manson n’était pas, stricto sensu, un serial killer. Plutôt un gourou qui trouvait Hitler cool, adorait les Beatles, écrivait des poèmes et savait s’entourer de jeunes et jolies filles. Il les incitait à commettre des actes peu reluisants comme l’assassinat, le 9 août 1969, de l’actrice Sharon Tate, l’épouse de Polanski, enceinte de huit mois. Ce sont des choses qui ne se font pas, surtout à l’apogée du mouvement hippie, du Flower Power, de la révolution sexuelle et d’un pacifisme béat. Le Mal est de retour : la récréation est terminée. Le choc fut rude pour l’Amérique : elle ne s’en remettra pas. D’autant que les serial killers comme Ted Bundy ou John Wayne Gacy, le clown tueur de Chicago qui divertit les enfants malades dans les hôpitaux, parvient à en violer et à en tuer plus de trente trois avant d’être arrêtés. Il est temps de faire appel à l’inspecteur Harry et à Clint Eastwood de se mettre au travail.

Espoir post mortem

Évidemment, il reste un espoir à Charles Manson, celui que les nihilistes du dimanche qui citent volontiers Nietzsche, lui trouvent une forme de génie dans cinquante ans. Car, admettons-le à regret, il n’était pas mauvais comme poète. Laissons-lui donc le dernier mot : « La prison a toujours été ma tombe. Je m’aime autant que j’aime ma mort, car seul avec moi-même les mots que je vous envoie me vrillent, me sortent de ma mort pour jouer avec vos illusions et les détruire ».

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