Connaissez-vous Marie-Martine Schyns ? Elle est belge, ministre de l’Éducation de la communauté française. C’est une jolie trentenaire issue de la démocratie chrétienne, et c’est assez logiquement qu’elle marque une prédilection pour la Val-Dieu, une bière d’abbaye qui titre entre 6 et 9 degrés. Le problème est qu’elle vient, pour la seconde fois en dix mois, d’être contrôlée positive au volant, avec un taux trois fois supérieur à celui autorisé.

Elle a fait amende honorable, d’autant plus qu’une de ses missions est la prévention de l’alcoolisme chez les jeunes et que son second contrôle a eu lieu lors d’une opération « Week-end sans alcool », ce qui la fiche mal : « C’est d’autant plus grave si l’on considère les fonctions que j’occupe, et je présente mes excuses les plus sincères. »

Pas d’alcootest pour Alcibiade!

Elle a échappé de justesse à la démission, Marie-Martine, car la Belgique n’est pas[access capability= »lire_inedits »] encore sous la coupe du rigorisme anglo-saxon ou scandinave. Certes, un journaliste s’indigne de ce que, « au lieu de travailler la ministre préfère faire la fête ». Pourtant, rien ne prouve que la dipsomanie de la charmante ministre soit incompatible avec l’exercice du pouvoir.

Ministre de l’Éducation, Marie-Martine aurait pu ainsi invoquer l’Iliade où aucune décision ne se prend sans d’interminables libations, ou rappeler la figure d’Alcibiade, un des plus grands hommes d’État athénien, arrivant au Banquet comme nous le raconte Platon, complètement ivre : « Soudain, les convives entendent un grand bruit à la porte extérieure. On y frappe à coups redoublés, la voix de jeunes gens avinés et d’une joueuse de flûte se fit entendre. C’est Alcibiade qui survient, ivre mort. » Ce qui ne l’empêchera pas de demander encore à boire, non dans une banale coupe, mais « dans un vase ».

Et, même si c’est moins son genre de beauté, Marie-Martine aurait pu conclure par cette phrase de Guy Debord dans Panégyrique : « Certaines de mes raisons de boire sont estimables. »

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