Longtemps, les philosophes politiques se sont accordés sur une maxime simple : ubi societas, ubi jus (là où il y a une société, il y a du droit). Pour vivre correctement ensemble, les hommes ont besoin de règles communes; le droit a longtemps satisfait ce besoin de régulation sociale. Mais toujours partiellement, car l’ordre juridique ne réglait pas la totalité de la vie sociale. D’autres régulateurs existaient comme la courtoisie, la politesse, la galanterie, la bienséance, le fair-play, le savoir-vivre, l’honneur, l’éthique, etc. Bref, le droit réglait une partie des relations humaines en imposant à chacun des contraintes normatives ; pour le reste, les hommes s’assujettissaient eux-mêmes à leurs propres obligations. C’est ce qui, au fond, fait de l’homme un être moral : la moralité n’existe que si le droit n’organise pas, à lui seul, l’entièreté de la vie collective, mais laisse du jeu pour que le sujet puisse organiser, librement, sa relation à l’autre.

*Photo : John Heil