Ils étaient fils d’avocats, de médecins et de banquiers. Ils avaient fréquenté les classes préparatoires les plus cotées et suivaient des cours de finance internationale, de marketing et de management des organisations dans de prétentieuses écoles de commerce dont on leur rabâchait qu’elles étaient leur passeport pour l’avenir. Leurs prénoms se déclinaient comme une litanie des saints : Augustin, Charles, François, Sixtine, Constance, Isabelle et Édouard. Ils avaient pour uniformes des pantalons rouges ou verts et des chemises à rayures roses ou bleues, d’indémodables mocassins Todd et de grandes mèches qu’ils balançaient à la manière d’une vache qui chasse les mouches avec sa queue. Ils ne juraient que par l’Europe, l’économie libérale, Sarkozy et, pourquoi pas, Hollande, pourvu qu’il respectât les critères de Maastricht. Ils exprimaient leur conservatisme dans des propriétés de famille, des chasses dominicales ou, pour les grandes occasions, dans des messes post-conciliaires. Ils étaient des enfants de bourgeois, ils sont devenus l’armée de réserve de la Manif pour tous. Ils ne seront plus jamais les bourgeois de demain.
Jusqu’à maintenant, jamais ces privilégiés n’avaient battu le pavé. Vautrés dans leur confort, anesthésiés par une suffisance héréditaire, rien ne les disposait à aller contester une loi qui ne leur « enlevait pas de droits », quand bien même elle amputait les futures générations d’une filiation claire.

*Photo : Mon_Tours.

Lire la suite