image : photo d'écran, La Parisienne

Mallaury Nataf, les plus anciens d’entre nous s’en souviennent. Ceux qui étaient en classe de troisième dans les années 90 et leurs jeunes professeurs d’alors. Les uns et les autres quittaient prestement leurs établissements après la dernière heure de cours pour la retrouver sur les écrans, charmante comme une fleur sauvage dans la France des années Balladur qui commençait à parler de récession avec insistance.
Dans ces années-là, le choix était simple en matière d’icône féminine. Soit on était fan de Florence Rey et de son épopée nihiliste, soit on adulait Mallaury et les séismes hormonaux qu’elle provoquait dans les collèges. Mallaury Nataf jouait dans une série qui était délicieusement rohmerienne dès qu’on décidait de la regarder au deuxième degré, Le Miel et les abeilles. Un jour, Mallaury Nataf chanta sans culotte sous sa jupette virevoltante dans une émission destinée à un très jeune public. Il fallut la vigilance de quelques censeurs obsédés pour s’apercevoir de la délicieuse transgression qui ne dura que quelques secondes. Le syndrome Sharon Stone dans Basic Instinct, sans doute. Même couleur fugitive de sous-bois en automne… Les obsédés du ralenti sur magnétoscope passèrent pour de vertueux citoyens en prouvant le délit d’exhibition alors qu’en toute logique, c’est eux qui auraient dû passer pour de dangereux obsédés puisqu’ils employaient leur temps à mater des émissions enfantines où chantaient des filles aux jupes très courtes, aux cuisses fuselées et aux physiques de Lolitas en talons compensés.

La toison rouquine de Mallaury, pourtant entrevue de manière subliminale, fit donc un scandale qui brisa la carrière de la jeune fille, malgré une tentative de come-back dans Sous le soleil, qui s’apparente à L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais par la logique aléatoire de son scénario[1. Signé Robbe-Grillet] et ses répliques au ton franchement décalé.
Pour Mallaury, ce fut ensuite the same old story, celle des starlettes passées de mode : la tranquille descente aux enfers de l’anonymat et la chute vertigineuse de l’ascenseur social dans les cages de la précarité.

Maintenant, il est temps de prévenir tous les SDF de France. Primo, qui retire sa culotte à vingt ans n’aura plus de toit à quarante. Secundo, vous pouvez toujours taper le 115, cela ne fait même pas mal à ce numéro d’urgence qui n’a d’urgence que le nom. Mallaury Nataf, qui s’est vue retirer ses mômes, a surtout expliqué la journée type de qui demande ce fameux numéro pour dormir au chaud : vous appelez le matin, on vous balade toute la journée et l’on vous dit le soir qu’il n’y a pas de place. Quand les nuits à moins 10 se succèdent et que l’on va ramasser les premiers cadavres, cela devient franchement angoissant.

Mallaury a dû se souvenir du Miel et des abeilles, surtout des abeilles, lorsqu’elle a épinglé Delanoë pour l’accueil des SDF parisiens et imputé à Sarkozy « la réduction de 65% du budget accordé au 115 » pendant le quinquennat qui s’achève ces jours-ci, par grand froid, par très grand froid…

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