Mais quelle mouche a bien pu piquer le président ? L’homme qui a écarté toute question sur l’identité ou l’immigration de son « grand débat national » a, lors de sa conférence de presse d’hier soir, évoqué la question du séparatisme musulman. Emmanuel Macron serait-il devenu « islamophobe » ?


Emmanuel Macron a la « conviction de ne jamais avoir de répit ». L’hiver a été agité. Et il n’est pas évident de contenter tout le monde. D’autant que « contents », les Français ne le sont que rarement. Radios et télés du pays se proposaient pourtant de leur retransmettre une parole qu’on n’attendait plus. Le président allait-il sortir la France de la spirale du pessimisme ?

Lui en tout cas a semble-t-il gardé la foi. Hier soir, il a donné de sa personne. Comme s’il ne s’agissait plus tant de convaincre le pays de la pertinence de sa politique que d’afficher aux yeux de tous son volontarisme inentamé. Formellement, il a été plutôt bon. En fermant les yeux, certains journalistes pouvaient presque entendre un Sarkozy charmeur à son meilleur, à qui des références littéraires seraient venues.

Finalement, on peut parler d’islam

Les mesures annoncées sont déjà décortiquées par nos éditorialistes. Que ce soit la décentralisation et ses joyeux méandres, les énièmes réformes fiscales promises, l’aménagement du référendum d’initiative partagée ou le prélèvement direct des pensions alimentaires de papas indélicats, souhaitons-leur bien du plaisir ! Les sondeurs, enfin, ne tarderont pas à évaluer l’impact de telle ou telle annonce sur le prochain scrutin européen.

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Alors que le Rassemblement national vire en tête dans certains sondages, les conseillers de Macron ont estimé indispensable de glisser un petit mot à ceux qui ont la « boule au ventre » à propos de l’identité nationale… Au centre des préoccupations, l’islam séparatiste qui gangrène une partie toujours plus importante du pays.

Et voilà l’effet « waouh » que nous n’avions pas vu venir ! Alors qu’Emmanuel Macron déroulait depuis près d’une heure ses conclusions, la question identitaire a surgi. Bien à la fin, mais c’est quand même mieux que rien. Le président avait écarté du débat les questions d’immigration et d’identité nationale et les a mises hier soir sur la table.

« Quand on parle de laïcité, on ne parle pas vraiment de laïcité »

C’est qu’avant d’évoquer les fadaises d’un « patriotisme inclusif », il fallait bien donner quelques gages au camp « laïcard ». Ce dernier est inquiet du flottement entourant d’éventuels aménagements de la loi de 1905. « La loi de 1905 est notre pilier » et elle doit être « réaffirmée » et « pleinement appliquée », a dit le président. Ça va quand même mieux quand c’est finalement dit. Mais, « aujourd’hui, nous ne devons pas nous masquer [les yeux], quand on parle de laïcité, on ne parle pas vraiment de laïcité », a sermonné en même temps le président. Tiens donc ?

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Mais de quoi parle-t-on exactement ? « On parle du communautarisme qui s’est installé dans certains quartiers de la République, on parle d’une sécession qui s’est parfois sournoisement installée parce que la République avait déserté ou n’avait pas tenu ses promesses », a clarifié Macron.

« J’ai demandé au gouvernement d’être intraitable »…

Petit miracle, le président décide de mettre les pieds dans le plat : « On parle de gens qui au nom d’une religion poursuivent un projet politique, celui d’un islam qui veut faire sécession. »  Là encore, au moins c’est dit. « J’ai demandé au gouvernement d’être intraitable […] parce que c’est une menace sur notre capacité à tenir la nation ensemble », a-t-il même envoyé. Diantre, il y a donc bien urgence ! « Je souhaite que nous allions plus loin, en renforçant le contrôle sur les financements venant de l’étranger, en étant beaucoup plus dur à l’égard de cette sécession ». Là, le président change de page et passe à un autre sujet.

Rassurez-vous, Macron n’a pas tourné « islamophobe ». Le président joue au chat et à la souris avec la question depuis qu’il a pris les rênes du pays. De mauvais esprits y verront une hypocrisie supplémentaire, alors que des élus de son camp jouent la carte du communautarisme antirépublicain, à l’image d’un Aurélien Taché.

…et en même temps pas trop

Est-ce à dire qu’Emmanuel Macron nous a jeté hier soir de la poudre (de perlimpinpin) aux yeux ? Alors que si peu a été fait contre les menaces depuis deux ans, et que Gérard Collomb a déserté l’Intérieur dans un discours de passation hallucinant – mais peu relevé – le président cherche peut-être uniquement à ratisser le plus large possible dans l’électorat français. Dernière preuve en date du génie contorsionniste de la Macronie ? L’alliance rouge-brun, sur la liste LREM pour l’Europe, entre Bernard Guetta (7e place), ancien trotskiste, et Nathalie Loiseau (la tête de liste), quasiment « gudarde » dans sa jeunesse !

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