Trouvé cet objet bizarre sur le site materialistes.com en consultant le Web, par une curiosité en voie d’épuisement, au sujet de la pénalisation des clients de prostituées : une critique au lance-flammes des 343 signataires de ce « manifeste fasciste » et, plus globalement, de la « revue de droite ultra-conservatrice et décadente Causeurs » (sic).

Pour être précis, il s’agit du « document 45 » paru sur le site officiel du PCMLM, Parti communiste marxiste-léniniste maoïste. Pourquoi évoquer ce document rédigé par un groupuscule réduit à l’état de microscopique fossile ? Parce qu’il vient d’un temps lointain, justement, où la lutte des classes conjoignait le puritanisme le plus implacable aux libertés sexuelles les plus innocentes. On y relève ainsi cette phrase optimiste : « Après-demain, lorsque la révolution socialiste aura triomphé et que les fascistes auront été exécutés, la bourgeoisie expropriée, effectivement la prostitution et la pornographie seront écrasés, au profit de la romance et de l’érotisme, car l’épanouissement ne peut aller qu’avec la dignité et le caractère authentique des sentiments. » Programme exaltant…

S’étonnera-t-on que le romantisme révolutionnaire mette ses pelotons d’exécution et ses camps d’internement au service de la cause des femmes ? Aujourd’hui il y a de quoi s’éberluer, mais en 1968 et les années suivantes, ce genre de cauchemar sentimental enchantait des franges ardentes et généreuses de la jeunesse. Ceci pour signaler que le mouvement libertaire, loin d’être uni, comprenait dans ses replis les plus farouchement gauchistes un versant puritain déjà opérant dans la Chine de Mao, puis parfaitement réalisé dans le Cambodge de Pol Pot avec le triomphe d’un collectivisme intégral, l’abolition de l’argent, de l’intime et de toute liberté. Qu’une poignée d’irréductibles se réclame aujourd’hui encore de régimes génocidaires pour chanter la « romance », l’« érotisme » et la « dignité des sentiments » souligne la permanence d’une volonté répressive de nature purificatrice au coeur même des idéaux d’émancipation.

Évidemment il ne s’agit plus, pour les éthérés cloîtrés dans leur bonne conscience, de régler à la mitrailleuse les questions morales. Certains continuent sûrement d’en rêver, mais l’époque a perdu l’espérance des « grands soirs ». Sur elle souffle désormais une brise presque démocratique qui se limite, contre les « néo-réacs », à des bordées d’injures et à des torrents de boue. À défaut de débattre, on n’abat plus : on se contente de haïr. On peut s’étonner, là aussi, d’une telle inaptitude à penser contre soi, et d’un tel manque de respect à l’endroit de ses contradicteurs.

*Photo : Mourir à 30 ans.

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