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La mort est-elle une prestation sociale?

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


La mort est-elle une prestation sociale?
La Rochelle, 1998 © AUGE/SIPA

Les sénateurs voteront solennellement à partir de 16h30 les propositions de lois relatives au droit à l’aide à mourir et aux soins palliatifs.


Le Sénat se prononcera aujourd’hui sur la loi sur la fin de vie. Curieux télescopage. Alors que la chute de la natalité inquiète tous les gens raisonnables, pour Emmanuel Macron et les progressistes en quête de cause, il y a une autre priorité: légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté.

Heureusement, prioritaire ne signifie pas rapide : on y est depuis quatre ans. Coup de théâtre mercredi dernier, le Sénat a rejeté l’article 4 créant une « assistance médicale à mourir » pour les patients au pronostic vital engagé à court terme. Le texte entier sera sans doute rejeté aujourd’hui. Mais à l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet entend bien surmonter ces résistances d’un autre âge. « C’est une attente très forte de nos compatriotes, un nouveau droit qui doit s’ouvrir » affirme-t-elle.  Sauf que ce droit d’être aidé pour mourir entraîne un devoir de tuer pour les soignants-ces-héros. Massivement révoltés, ils alertent sur les dangers et les dérives de l’euthanasie dans la presse.Mais l’euthanasie est à la mode – c’est raccord avec le fantasme d’un individu-dieu libéré de tout déterminisme. Je choisis mon sexe, je choisis les gênes de mes enfants sur catalogue, je choisis ma mort.

Mais puisqu’une majorité de Français le veut…

On ne change pas les lois de l’anthropologie à cause des sondages.

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Il ne s’agit pas ici de gagner des followers mais de transgresser un interdit universel. Que des médecins, des amis ou des parents aident leur proche incapable de mettre fin à ses jours, très bien, ce sont des choix individuels, des tragédies intimes que chacun dénoue comme il peut. Mais on parle là d’étatisation de la mort qui devient une prestation sociale. Et que fait l’Etat ? Il apprécie le ratio coût/avantage, il fixe des critères. Cela conduit à l’évaluation technocratique de la vie humaine. Qui définira une vie digne d’être vécue ? sur quels critères ? Enfin, le « suicide assisté » c’est un oxymore. Le suicide est un acte souverain et libre, qui ne peut pas être livré à l’assistanat.

Si on se fiche de l’anthropologie, soyons au moins pragmatiques. Quand on accompagne et soulage les malades et mourants, ils ne demandent pas à mourir. Dans tous les pays ayant légalisé l’euthanasie, les précautions et restrictions finissent par tomber. On finit par tuer des adolescents déprimés et des vieux qui se sentent coupables de vivre. On envisage d’abréger les souffrances de certains handicapés mentaux. Si on résume l’existence humaine en tableau Excel, il est rationnel de demander à chacun de sacrifier ses six derniers mois de vie si coûteux pour les comptes publics… C’est ainsi que le droit de mourir peut devenir insensiblement un devoir de mourir.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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