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Pierre Valentin publie « Malaise dans la génération Z »


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L'essayiste Pierre Valentin © Francesca Mantovani / Gallimard.

Après Comprendre la révolution woke, Pierre Valentin publie Malaise dans la génération Z (Gallimard, collection En attendant le Réel), un essai qu’il est venu défendre dans le podcast de Causeur. Il balaie l’explication paresseuse qui transforme le smartphone en coupable universel du mal-être des jeunes. Son regard remonte jusqu’aux racines du mal : une société qui traduit désormais toute souffrance dans le vocabulaire de la thérapie. Un essai ambitieux qui remet la morale, la culture et le politique au cœur d’un débat confisqué par la psychologie.

L’Occident a changé de religion. Le salut a cédé sa place à la santé mentale.

Une langue règne. École, entreprise, parlement, repas de famille, aucun territoire ne lui échappe. Chaque malaise appelle son spécialiste, chaque contrariété son protocole, chaque inquiétude son expert. Le psychologue occupe une place familière, presque sacerdotale. Le prêtre, le professeur et le philosophe reculent. Une religion s’efface, une autre s’installe.

Pierre Valentin s’engouffre dans cette brèche. Son livre vise plus haut que la psychiatrie ou la psychologie. Son adversaire porte un nom : l’extension continue du langage thérapeutique. Son intuition consiste à voir dans « la crise de la santé mentale de la génération Z » « une crise morale », ce qui le conduit à remplacer « un langage thérapeutique par un langage moral ». Theodore Dalrymple remarquait déjà que ses patients parlaient de dépression là où leurs parents auraient parlé de malheur. Le déplacement change tout. Le malheur renvoie à une existence, à un destin, à une histoire. La dépression réclame un diagnostic, une ordonnance, un traitement.

La génération Z fournit le symptôme. L’essayiste ausculte surtout le monde que les adultes lui ont légué. Chaque chagrin devient symptôme. Chaque faiblesse exige son diagnostic. Chaque conflit reçoit son traumatisme. Le psychiatre succède au curé, empiète sur le professeur, finit par donner des leçons au philosophe. L’auteur résume cette dérive dans une formule appelée à faire date : « la lutte contre la crise de la santé mentale échouera si elle s’entête dans sa réduction du culturel au psychologique, du Bien à la Santé, du civique au chimique, de la morale au moral. »

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Restent les écrans. Coupables idéaux de tous les éditoriaux, responsables commodes de toutes les angoisses. L’auteur refuse cette facilité. Les nouvelles technologies, écrit-il, « n’ont fait qu’exacerber des dynamiques individualistes plus vastes ». Le feu couvait avant Instagram. Les courbes de la dépression grimpaient avant TikTok. Chercher dans le téléphone portable l’origine de tous les maux dispense d’interroger les choix de société qui l’ont rendu si puissant.

Deux phrases condensent toute la démonstration : « La génération Z souffre d’une crise du sens » et « le programme a réussi, et la jeunesse échoue. » Peu d’essais déplacent aussi franchement le regard. Les pouvoirs publics multiplient les psychologues, les campagnes de sensibilisation et les dispositifs d’accompagnement. Lui préfère remonter aux causes. Quel type d’homme produit une époque qui fait de l’individu son unique horizon ?

Invité du podcast de Causeur animé par Jeremy Stubbs, Pierre Valentin revient sur cette idée : le débat public s’enferme volontiers dans les symptômes quand l’urgence consiste à remonter vers les causes. Une société peut augmenter le nombre de consultations ou améliorer le remboursement des soins ; elle répond toujours difficilement à la question du sens.

L’ambition de la fresque conduit parfois à forcer certains rapprochements. Valentin privilégie les causes culturelles aux déterminismes économiques. Le choix se défend. Il appelle aussi la discussion. Les fractures sociales, le déclassement ou les inégalités mériteraient davantage de place. La réserve n’entame pourtant jamais la force de l’ensemble.

Malaise dans la génération Z dépasse largement son sujet. Il parle moins d’une classe d’âge que de la société qui l’a façonnée. L’individualisme représente, selon son auteur, « ce qui joue le plus grand rôle dans la détresse actuelle de la jeunesse occidentale ». Le diagnostic se discute. Les questions qu’il soulève, beaucoup moins.

Le livre refermé, une impression persiste. Une époque ressemble toujours aux mots qu’elle choisit pour se raconter. La nôtre médicalise le chagrin, psychologise le conflit, pathologise la moindre faille.

288 pages



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Grégory Rateau évolue entre la France et Bucarest en Roumanie, où il dirige un média local en français et poursuit son activité d’écriture.

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