La nouvelle de l’été ? L’appel de José Bové à tuer les loups dont les attaques exaspèrent les bergers, appel qui vaut au député européen d’Europe-Écologie-Les-Verts d’être trainé en justice par des associations écologiques.

Lorsque le parlement européen décida de laisser les loups s’établir où bon leur semblait, il prévoyait qu’un équilibre raisonnable s’établirait avec les pasteurs et leurs troupeaux. Nos ancêtres avaient trop médit du loup, englués qu’ils étaient dans leurs préjugés d’âges obscurantistes. Le passé est toujours condamnable.

Aujourd’hui, on avait un loup new look, un loup citoyen, respectueux de l’autre (ovin), attentif aux différences et soucieux du vivre-ensemble. Contrairement aux opinions réactionnaires d’un La Fontaine ou d’un Darwin, on devait savoir que le multinaturalisme ferait surgir la tolérance réciproque.

Seuls de vieux réactionnaires, perclus d’essentialisme, croyaient encore à l’existence de comportements naturels inflexibles.

La violence carnassière du loup apparaissait largement comme une construction sociale, un imaginaire symbolique issu des périodes sombres de l’histoire. Ce qu’on avait pris pour un goût cruel du sang devait être mieux compris comme une réaction défensive, un effet relatif à des conditions et des circonstances modifiables.
À terme, on se débarrasserait du spécisme – la troisième plaie après le racisme et le sexisme – qui supposait faussement que les animaux et les êtres humains n’avaient pas exactement les mêmes droits.

Ces propos consolants viennent de rencontrer le réel sous la forme de troupeaux décimés et ensanglantés. Rendons grâce à José Bové. Cette fois il n’a pas accusé le Mossad ou la CIA d’égorger des centaines de brebis afin de dénigrer le combat écologiste. Non. Il a désigné l’ennemi et il a chargé, sobre et clair : «Armez les fusils et tuez».

C’est du brutal ! mais notre nouveau tonton flingueur précise qu’il ne s’agit que d’un épisode fâcheux dans la saga verte, un cas particulier. Pour le reste, les contradictions objectives demeurent définitivement abolies.

On pourra toujours, dans l’avenir : renoncer au nucléaire tout en ayant une énergie abondante et bon marché, accroître les pouvoirs de l’Europe et préserver la démocratie de chaque peuple, interdire les OGM et nourrir la planète, abolir les frontières et préserver nos services publics, refuser le protectionnisme et relocaliser les usines, désarmer l’école et répandre la culture, multiplier les subventions et résorber la dette, célébrer les communautarismes et souder la nation, etc, etc.

Il suffit d’y croire. Le tort du loup fut de rester insensible à la magie des mots.

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