Chauvigny est une petite ville proche de Poitiers, pleine de maisons, de rues, d’habitants (les chauvinois), de commerces divers, d’une mairie (équipée d’un maire), de plusieurs bar-tabac-PMU et de vieux assis sur des bancs à l’ombre d’arbres en fleurs. Il y a aussi des ponts. Sous les ponts de Chauvigny coule la Vienne, et nos amours faut-il qu’il m’en souvienne, etc. Il y a aussi un Carrefour Market ouvert jusqu’à 19h30, même le samedi, et d’admirables vestiges médiévaux – que des japonais viennent voir par cars entiers. C’était donc le décor idéal pour qu’un fait divers absolument charmant s’y déroule dans l’indifférence quasi-générale…

La Nouvelle République du Centre Ouest révélait la semaine dernière qu’une opération de contrôle d’alcoolémie au rond-point du Jet d’eau (cela ne s’invente pas), à l’instigation de la  gendarmerie, avait tourné à la farce tragi-comique… Les pandores zélés ont opéré un contrôle sur le chauffeur d’un corbillard, suivi de tout son cortège funèbre, alors qu’il se rendait au cimetière pour enterrer un cher disparu. L’un des arrière-petits-fils du défunt, ayant trouvé la démarche maladroite, et même cavalière (bien que les corbillards ne soient plus, malheureusement, hippomobiles) déclare à La Nouvelle République : « Nous allions au cimetière. Le conducteur du corbillard était négatif. Il n’y a que lui qui a été contrôlé. » Las, la loi c’est la loi, dura lex sed lex… et on ne badine pas avec les objectifs ministériels chiffrés en matière de Sécurité Routière ! Dura chiffres, sed chiffres. Plus drôle, la gendarmerie locale a tenté de justifier ce contrôle intempestif, du plus mauvais effet, auprès nos confrères… « Tout conducteur de véhicule terrestre à moteur peut faire l’objet d’un contrôle. Que ce soit une ambulance, un élu ou un conducteur de corbillard. » On passera sur la formulation délicieusement gendarmesque de « véhicule terrestre à moteur »… mais on s’interrogera plutôt sur les limites que se donnent les militaires de la route dans leur croisade pour faire souffler dans le ballon et mettre au ballon ? « Véhicule terrestre à moteur », cela inclut les fourgons de la Maréchaussée ? Ou pas ?

[Ouvrons une parenthèse] L’anecdote ne peut évidemment manquer de faire songer à la chanson « Les funérailles d’antan » de Georges Brassens, qui décrit notamment l’emballement d’un cortège funèbre, finissant dans le mur. Le poète de Sète nous offre cette image tout à la fois macabre et comique : « L’autre semain’ des salauds, à cent quarante à l’heur’ / Vers un cimetière minable emportaient un des leurs…/ Quand, sur un arbre en bois dur, ils se sont aplatis / On s’aperçut qu’ le mort avait fait des petits ». Mais où sont les funérailles d’antan ? [Fermons cette parenthèse]

Dans le même temps, à l’occasion du salon « Paris pour l’emploi », nous apprenions que dans certains secteurs économiques les employeurs avaient des difficultés à trouver des candidats. On pouvait lire sur L’Express.fr il y a quelques jours : « « Nos métiers sont très atypiques », indique Catherine Bravo, responsable du recrutement chez les Pompes funèbres générales. Les candidats ne s’y pressent pas, malgré les besoins permanents de l’entreprise. « Nous avons plus de 100 postes à pourvoir, car nos commerciaux passent rapidement à des postes d’encadrement et le turn-over est élevé dans les métiers les plus difficiles, comme chauffeur. Mais le poste n’exige que le permis de conduire et une bonne présentation » ». Certes. Mais comment voulez-vous convaincre un jeune d’aujourd’hui de s’engager aux Pompes Funèbres, s’il est entendu qu’il ne pourra même pas conduire à tombeau ouvert, après avoir bu comme un trou ?

Vous avez trois heures. Dissertez.

Lire la suite