La tornade de l’austérité n’épargne personne en Grèce et surtout pas les médias. Plongés dans le marasme de la crise économique, de nombreux journaux ont tiré leur révérence, laissant plus de 5 000 personnes sans emploi, selon le syndicat des journalistes. Les quotidiens Apogevmatini, To Vima (centre droit) et Eleftherotypia (gauche) font partie des premières victimes. Face à la montée des journaux en ligne et aux réseaux sociaux, la presse écrite a perdu 15% de son lectorat au cours du premier semestre 2012, les quotidiens étant les plus touchés par cette crise.
Ceux qui survivent le paie au prix de lourds sacrifices : baisse sévère des salaires, retards de paiements, horaires sans fin et suppression des conventions collectives. Catastrophés, acculés et inquiets, les journalistes ne savent plus comment relayer et analyser l’actualité. D’autant que, depuis le début de la crise, les gouvernements successifs n’hésitent pas à utiliser la technique ancestrale du ballon d’essai pour exercer leur politique : laisser les informations les plus impopulaires fuiter dans la presse au lieu de les annoncer publiquement.

C’est dans ce contexte pour le moins inconfortable que nombre de confrères ont décidé de se serrer les coudes pour survivre. Ainsi, 120 journalistes et membres du personnel d’Eleftherotypia se sont attelés à faire revivre leur journal. Ce quotidien historique de gauche, dont le nom signifie « liberté de la presse », a vu le jour après la chute des colonels en 1974 et a toujours été une référence dans le paysage médiatique grec. D’ici l’automne, Eleftherotypia devrait donc revoir le jour avec le soutien de la majorité des intellectuels.

Suivant cet exemple, d’autres journaux se sont enhardis et ont fleuri en cette rentrée. I Ellada Avrio (La Grèce demain) s’est distingué en publiant le premier le sondage révélant que le parti néo-nazi Aube Dorée atteignait la troisième marche du podium des partis politiques avec 12% d’intentions de vote. Ce quotidien se veut indépendant tout en étant très critique sur la cure d’austérité imposée par l’Union européenne et le Fonds monétaire international.
La semaine suivante, c’était au tour d’Ergasia Tora (Travail maintenant). Un journal réservé aux demandeurs d’emplois. Avec un chômage qui touche près d’un Grec sur quatre et plus d’un jeune sur deux, les lecteurs étaient au rendez-vous.
Enfin il y a dix jours, la première édition de Parapolitika (Les coulisses de la politique) a fait son entrée dans les stands des Periptéros, les célèbres kiosques grecs. Des éditorialistes et écrivains satiriques y révèlent jour après jour les détails croustillants de la cacophonie politique qui règne en Grèce.

Ce nouveau souffle amorce-t-il le retour de la presse traditionnelle ou n’est-il qu’un effet conjoncturel éphémère ?
Loin des théories complotistes soutenant que ces nouveaux titres de presse servent des intérêts occultes, Stelios Papathanasopoulos, professeur de journalisme à l’Université d’Athènes y voit une conséquence des mutations de la classe politique, sur fond de crise économique. « Ces derniers mois, on a vu tout le système politique grec complètement chamboulé. Les deux partis traditionnels, le Pasok socialiste et la Nouvelle Démocratie, conservateur, se sont effondrés. À l’inverse, le petit parti Syriza, coalition de la gauche radicale, s’est retrouvé en deuxième position. De facto, un vide s’est créé. Jusqu’à présent la majorité de la presse était à gauche. Aujourd’hui, avec un gouvernement de grande coalition droite-gauche et l’émergence d’autres partis, la presse suit le même parcours » estime-t-il.

Le paysage médiatique grec, qui se caractérisait jusqu’alors par une forte concentration des médias entre les mains d’une poignée d’industriels serait donc en train de muter. Une chose est sûre, le courage des journalistes est salué par l’opinion publique qui ne voit toujours pas le bout du tunnel de la rigueur.

*Photo : Hinfrik S.

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