Il y a une pétition signée par 1500 personnes. Elle dit, cette pétition, que le quartier de La Chapelle est devenu une « no go zone » pour les femmes, qu’elles y sont régulièrement agressées sexuellement, verbalement et physiquement. Que les agresseurs sont des migrants. Que les femmes ont peur, qu’elles font un détour pour éviter le quartier. 1500 personnes… 1500 racistes, fascistes et colonialistes, c’est sûr !

L’information a été donnée dans un article par Le Parisien. Un autre journal – Libération – s’en est ému à son tour. Et comprenant qu’il s’agissait d’un terrain miné, Libé a envoyé sur place un démineur. Un démineur, ça démine.
Un métier délicat, difficile et dangereux. Il s’en est tiré avec les honneurs. Le titre de l’article dit qu’il s’agit d’un « quartier populaire et métissé ». Ça c’est bien. Quant au ras-le-bol des habitants, et surtout des habitantes, il est qualifié d’ « un peu caricatural ». Et ça, c’est très bien.

Attention terrain miné!

N’écoutant que son sens du devoir, le démineur a continué courageusement son travail de déminage. Pourquoi irait-il interviewer une (un) des 1500 pétitionnaires ? Une femme qui a subi des attouchements et qui s’est entendu dire « on va te baiser sale pute » ne peut évidemment pas être objective. Peut-être même que derrière elle, se profile l’ombre glauque du fascisme ? Il en a quand même – pour le principe – interrogé une ou deux qui se plaignent. Et aussitôt ces mines mises à jour, il les a rapidement enfouies sous terre.

Car le démineur cherche autre chose. Et quand on sait ce qu’on veut trouver on trouve. Fanny, décrite comme étant « de sensibilité féministe forte » : « j’habite le quartier depuis sept ans et je n’ai jamais été embêtée » ! Et elle ajoute que la pétition est « bourrée de trucs faux ». Les autres, celles qui ont été embêtées, sont certainement des salopes et des allumeuses.

Parole sera donnée aussi à Jean-Raphaël qui tient à dire que le harcèlement de rue est « également le fait d’hommes blancs et français ». Et pour faire bonne mesure, le démineur dénoncera « la récupération politicienne » de Valérie Pécresse qui s’est rendue sur place. Mobilisés par des associations d’aide aux migrants, une vingtaine de militantes et de militants antiracistes ont crié « le sexisme n’a ni race ni religion ». Ah si c’était Anne Hidalgo qui était venue… Mission déminage accomplie.

PS : dernières nouvelles de l’opération déminage. Caroline de Haas, fondatrice d’Osez le féminisme !, suggère « qu’on élargisse les trottoirs » dans le quartier de La Chapelle. Comme ça les dames et demoiselles du quartier n’auront pas à frôler les malheureux migrants.

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Benoît Rayski
est journaliste et essayisteest journaliste et essayiste