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On ne sait toujours pas qui, de Hamid Karzai ou Abdullah Abdullah, a remporté les élections présidentielles en Afghanistan, mais pour les femmes afghanes, il n’est pas sûr que cela fasse une différence.

Esclaves domestiques sous le régime des talibans, elles sont toujours soumises à la volonté de leur mari ou de leur père. La guerre, les embuscades meurtrières sur les marchés ont aggravé leur situation et elles représentent, aujourd’hui, avec les enfants, 75 % des réfugiés à la frontière. Rien d’étonnant, dans ces conditions, si 65 % des 50 000 veuves de Kaboul voient le suicide comme la seule issue pour échapper à la misère. L’immolation par le feu est de plus en plus fréquente.

Celles qui osent braver un tant soit peu l’autorité patriarcale ou religieuse le payent souvent de leur vie.

On aimerait que le sort de ces femmes, victimes de la folie impunie des fondamentalistes, fasse réfléchir toutes celles qui, « à poil sous leur burqa », revendiquent comme une liberté cette réclusion vestimentaire.

On se souvient de Laura Bush plaidant pour la guerre en Afghanistan afin, disait-elle, d’en finir avec l’oppression des femmes. Huit ans plus tard, la présence dans le pays de 100.000 soldats de la coalition n’a pas empêché le Parlement de « légaliser » la discrimination à l’encontre des femmes chiites qui représentent 15% environ de la population. Alors que la Constitution institue une égalité de principe entre hommes et femmes, cette loi qui dormait sous le turban autorise les chiites à appliquer un droit spécifique, issu de la charia, en matière familiale et personnelle. Entre autres gracieusetés, ce texte prévoit que si une femme refuse de satisfaire les demandes sexuelles de son mari, celui-ci a le droit de lui retirer tout soutien matériel, autrement dit de la laisser mourir de faim. La loi permet également à un violeur d’échapper à toutes poursuites s’il paye « le prix du sang » à la femme violée…Ou à sa famille. Dans El Pais, un Afghan rappelle que le Coran établit une progression dans l’exercice des droits de l’homme frustré : « D’abord, il peut arrêter de parler à sa femme, ensuite faire lit à part, puis, lui donner un avertissement, et enfin en dernier lieu, il lui est permis de la battre légèrement sans lui causer de blessure. »

Ouf ! Nous nous voila rassurés, les Afghans sont des sado-masos comme les autres.

Sous la pression des associations et des ONG, le président Karzai avait, dans un premier temps, demandé la révision de ce projet. Pourtant, cette loi « punitive » a été adoptée « sous la burqa » et publiée le 27 juillet dernier au Journal Officiel afghan. En somme le président a sacrifié les femmes aux fondamentalistes dont il espère ainsi s’attirer les bonnes grâces. Ne rien faire, ne rien dire quand tant de femmes sont menacées de mort parce qu’elles sont des femmes, c’est se rendre coupables de non-assistance à personnes en danger. Rappelons que le 12 août dernier, la députée Sitara Achikzai était sauvagement assassinée à Kandahar.

Et pourtant, deux des 41 candidats à la présidence étaient des candidates et 328 femmes se sont présentées aux élections provinciales. Malgré la fermeture de 650 bureaux de vote qui leur étaient destinés dans les zones pachtounes, malgré les attentats et les menaces, les Afghanes ont voté et pas seulement dans le nord. Parce qu’elles continuent à croire à une vie meilleure. Alors, oui, cher Marc Cohen, mieux vaut « ces magnifiques isoloirs individuels et portables » que pas de vote du tout.

Dans le cadre de sa nouvelle stratégie qui consiste à faire des soldats alliés des « partenaires » et non plus des « occupants », la nouvelle Administration américaine se prétend convaincue que les femmes peuvent jouer un rôle accru. D’où la création d’une unité totalement féminine, la « Female Engagement Team ». La mission de ces « G.I Jane » qui se conformeront aux normes islamiques (sous leur casque, elles auront la tête couverte) sera de gagner la sympathie des villageoises, en leur donnant des conseils d’hygiène et d’éducation. Bref, à défaut d’avoir su gagner le cœur des hommes, l’armée américaine s’emploiera-t-elle vraiment à conquérir celui des femmes ? On aimerait y croire. En attendant, peut-être faut-il, comme le poète afghan Atik Rahimi, s’en remettre à « Synge Sabour », la pierre de patience.

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