Olivier Prévôt. Vos convictions de citoyen, l’univers de votre cinéma ne sont pas, a priori, ceux de Causeur. Pourtant, vous avez accepté cette interview.

Karim Dridi. Ça me plaît de débattre, y compris avec mes ennemis. Ne s’adresser qu’à ceux qui pensent comme moi n’aurait pas de sens. Et vous avez une qualité à Causeur : vous avancez à visage découvert.

Nous qualifier d’ennemis… tout de même !

En période de guerre, un adversaire devient un ennemi. Et un homme qui n’a pas d’ennemis n’est pas un homme. Ça me plaît de pouvoir débattre de certaines choses qui nous divisent. Votre vérité n’est pas la mienne. On peut parler de cinéma. Ce qui peut réunir les gens, c’est aussi le cinéma.

Surtout que votre cinéma n’est pas un cinéma qui « tranche ». Il y a une forme d’ambiguïté dans vos films.

Je dirais plutôt « complexité ». La vie n’est pas simple. Ce n’est pas blanc ou noir. Et ici, je ne parle pas de couleur de peau.

Vous avez intitulé votre film Chouf. Qu’est-ce que vous nous proposez de voir ?

Oui, j’aurais pu l’appeler « Regarde ». Regarde ce qui se passe dans les quartiers, et pas seulement à Marseille. Mais j’ai choisi un mot arabe. J’aime ces termes arabe utilisés dans la langue française. Et celui-là, justement, quand il désigne les guetteurs, les choufs, il n’est pas utilisé par les Arabes. Parce que c’est le mot qu’emploient les policiers français entre eux, et que ça vient de la guerre d’Algérie : l’armée française s’en servait déjà pour qualifier les guetteurs du FLN. Chouf, dans ce sens-là, c’est la langue de l’adversaire.  

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