Alain de Botton, zurichois exilé depuis des lustres en Angleterre, connaît la recette du best-seller. Et pour cause, l’auteur, entre autres, de Comment Proust peut changer votre vie (Denoël, 1997) et de L’Architecture du bonheur (Mercure de France, 2007) n’en est pas à son coup d’essai. Tous les deux ans environ, depuis les années 1990, avec une régularité que l’on n’oserait qualifier d’helvétique, Alain de Botton produit un succès. Ce qui lui vaut l’honneur d’être méprisé par ceux qui sacralisent la littérature avec une majuscule et ne supportent pas que l’on puisse, avec des mots, faire autre chose que des discours définitifs.  Aussi longtemps que dure l’amour , celui du public pour les objets littéraires hybrides, mi-fictions, mi-essais, d’Alain de Botton… Aussi longtemps que dure l’amour, tel est le titre du dernier opus, la suite, pour être exact, de Petite philosophie de l’amour.

L’amour en question est celui que Kirsten et Rabih se découvrent, se portent, se font et se défont à l’échelle d’une vie. Ce couple libano-écossais volontairement « standard » évolue sous la lunette du microscope. L’auteur fait habilement varier l’éclairage, la météo, l’alcoolémie, le taux de chômage, les affaires de famille, de géopolitique et de psychanalyse, bouge les curseurs et nous observons avec lui. La rencontre, la déclaration, le sexe, la complicité, le mariage, les enfants, l’adultère, la vieillesse, l’amour perdu et retrouvé, sont disséqués, alternativement narrés et analysés.

Il nous montre avec pudeur et exactitude l’homme resté enfant dans les bras de sa femme, la femme forcée d’avoir mûri.

« De toutes les preuves d’amour, écrit-il, dans le chapitre intitulé À tout jamais, la plus superficiellement irrationnelle, immature, lamentable et néanmoins commune est de croire que la personne avec laquelle nous nous sommes engagés est non seulement le pivot de notre vie émotive, mais aussi, de ce fait, quoique d’une manière fort singulière, objectivement insensée et profondément injuste, la responsable de tout ce qui nous arrive, en bien ou en mal. C’est à cela que tient le privilège particulier et pathologique de l’amour. »

Sans mièvrerie ni longueurs, cette autopsie du désir et du mariage foisonne de traits d’esprit, de mots aiguisés, on y croise rarement la banalité. Bien sûr, comme tous les propos à visée générale, Aussi longtemps que dure l’amour épouse plus ou moins fidèlement les contours de nos propres histoires mais il a le mérite de tomber toujours juste, et de ne sacrifier ses personnages sur l’autel d’aucune complaisance.

L’aventure finit bien. Le lecteur s’y attend et serait déçu d’avoir, aux côtés de Kirsten et Rabih, parcouru tout ce chemin pour rien – preuve que le romantisme ne se démode pas vraiment. Après deux décennies, « Rabih se sent prêt pour le mariage parce qu’il a désespéré d’être tout à fait compris. »

Alain de Botton, Aussi longtemps que dure l’amour, Flammarion, 2016.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Partager
Marie Céhère
étudie la sophistique de Protagoras à Heidegger.Elle a publié début 2015 un récit chez L'Editeur, Une Liaison dangereuse.