Rocky II, Sylvester Stallone, 1979.

J’aurais sûrement aimé être avocat mais pas tous les jours. En passant des heures sur les bancs des tribunaux en attendant mon tour d’être jugé, j’ai pu saisir l’abîme qui sépare l’idéal de justice poursuivi par l’étudiant en droit de la pratique de l’exercice au quotidien. Là où on espère des salauds magnifiques ou de dignes innocents, on voit défiler à la chaîne de minables coupables. On gâche sa jeunesse dans l’étude d’un Code pénal rébarbatif pour sortir Alfred du bagne et on se retrouve à Évry ou à Bobigny à conseiller Enguerrand et Godefroi[1. Les prénoms ont été modifiés] pour qu’ils échappent au quart de cellule individuelle qu’ils méritent. On entre dans la carrière pour défendre la veuve et l’orphelin de l’ouvrier amianté, et on finit par mouiller sa robe pour des voleurs, des violeurs et parfois même des traders. Heureusement, il arrive qu’au milieu de la racaille souvent en jogging et même pas toujours endimanchée pour l’occasion qui vient répondre de ses crapuleries en tous genres, un homme mérite d’être défendu. Et nous allons tenter de le faire. Qui ça nous ? Bah moi et l’avocat qui se réveille en moi.

Le mois dernier, à Saint-Étienne-du-Rouvray, un homme de 59 ans a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour « sévices sexuels envers un animal domestique ou apprivoisé » après avoir été surpris par sa femme et sa fille aînée dans son garage et dans une poule avec laquelle il avait une relation sexuelle. Soupçonné par la cadette, les deux femmes avaient monté un stratagème pour le confondre, et le dénoncer. Au tribunal, la présidente a déclaré qu’« il y avait eu des constatations sur le gallinacé ». La procureure a demandé trois mois ferme pour « que l’accusé comprenne la gravité des faits ». L’avocate de la conjointe a demandé 1 000 euros de dommages et intérêts pour sa cliente, pour adultère ou pour négligence dans l’exercice du devoir[access capability= »lire_inedits »] conjugal, nous l’ignorons, la presse locale ne le précise pas. Les sept poules et la chèvre familiales ont été retirées du foyer et confiées à une association de protection des animaux.

Le recours à la zoophilie

De cette affaire, nous ne savons rien de plus mais il n’est pas interdit d’en imaginer le contexte. Voici un homme, un père de famille a priori honnête, travailleur et méritant, qui dans la misère sexuelle d’un mariage un peu trop durable et la pénurie de partenaires sexuelles en milieu rural s’est débrouillé en toute discrétion pour assouvir un des besoins les plus naturels qui soient sans acheter, contraindre, brutaliser ou traumatiser personne. Est-il vraiment coupable cet homme qui, tenaillé par ces pulsions dévastatrices qui nous traversent tous comme des ouragans, a renoncé aux tentations du viol, même conjugal, de la prostitution ou de la pédophilie ? Le viol est un crime impardonnable et lourdement puni, même quand dans une relation conjugale une des deux moitiés manque à tous ses devoirs. Le

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Mai 2017 - #46

Article extrait du Magazine Causeur

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