C’est seulement le soir, quand nos curés en soutane ont pris la parole d’un ton grave et barrésien, que nous avons pris conscience de ce qui s’était passé : «Cela faisait des décennies qu’un prêtre n’était mort à cause de sa foi sur le sol français. Prions pour le père Jacques Hamel, mort en martyr, prions pour tous les chrétiens persécutés et prions pour la France. C’est toujours au creux du malheur qu’un pays réveille ses héros, sa capacité de communier et sa puissance de vie. C’est aux abîmes de la mort que la France réveille son âme dans une même douleur, dans cette fraternité profonde qui est celle du sang et des larmes que nous avons tant de fois connue dans notre histoire, qui est aussi celle du courage et de l’espérance comme un désespoir surmonté. »

De toutes les douches froides imposées par notre périple, celle-ci fut la plus désagréable. Et la gueule de bois d’autant plus forte et violente que la fête avait été longue et intense.

Arrivés dans la capitale polonaise le 26 juillet pour vivre quatre jours de rassemblement autour du pape François, la majorité des groupes de pèlerins en avait profité pour voyager dans les alentours. Les 550 jeunes de la paroisse de l’Ouest parisien que j’accompagne reviennent alors de trois jours de traversée de l’Allemagne, suivis de cinq jours dans la ville polonaise de Wroclaw. Habitués aux nuits d’insomnies passées dans le car ou entassés par terre dans des gymnases, à la toilette sommaire au tuyau d’arrosage, aux habits sales ou encore humides et moisis par une lessive rapide, aux heures de queue pour aller aux toilettes et aux éternels sandwichs-chips, on ne sent plus la fatigue ni l’inconfort.

Au contraire, jusqu’au choc de l’annonce de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, ce rythme spartiate semble doper l’enthousiasme. En chaussures bateau, mocassins, Bensimon, New Balance ou rangeos, suivant leur degré d’allégeance aux codes du « bon catholique français des beaux quartiers », mes compagnons de voyage enchaînent les allers-retours de Cracovie à la banlieue où ils logent. Entre les laudes, la messe, l’adoration, le chapelet, le temps de réflexion en équipes, l’enseignement du curé, la confession, la louange, les vêpres, le chemin de croix… il reste quelques moments pour faire la sieste sous les ombrages d’un parc ou siroter un verre en terrasse. Dans cette ambiance catho-cool estivale et festive, même les plus réservés ont fini par laisser leur balai de côté : on les retrouve au premier rang des cortèges, levant les mains au ciel pour louer Dieu.

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