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Jean-Marc Ayrault ou le syndrome de Buridan

Jean-Marc Ayrault ou le syndrome de Buridan

Ayrault Hollande 35 heures PS

Mardi matin, sur France Info, Jean-Marc Ayrault a assuré qu’il n’était pas question de revenir sur les 35 heures. Les 35 heures, comme le remarquait avec au moins trois r l’ancien patron du Medef, le baron Seillière, sont pourtant une « aberrrattion », aberration sur laquelle n’est pourtant pas revenue non plus la droite pendant les dix années consécutives où elle a été au pouvoir. Sans doute parce que l’air de rien si elles, furent une mauvaise affaire pour les ouvriers, elles sont quand même entrées dans les mœurs pour les classes moyennes et même les cadres qui apprécieraient moyennement une vie sans les RTT. Non, ce qui est amusant dans la déclaration de Jean-Marc Ayrault, qui présentait cette information, « Nous ne reviendrons pas sur les 35 heures » comme une preuve de fermeté, c’est qu’elle indique bien l’état d’esprit des socialistes. Ils n’ont pas voulu, d’emblée, comme le leur conseillait encore Mélenchon, marquer leur territoire en revenant au pouvoir. Le résultat ne s’est pas fait attendre. La politique étant l’histoire d’un rapport de force permanent, on peut gagner des élections et être paralysé par le syndrome de l’âne de Buridan, c’est à dire ne pas savoir choisir entre l’eau et la paille et finalement mourir sur place.

Deux voies s’offrent à François Hollande, qui ne choisit ni l’une, ni l’autre.
La première, comme lui conseillaent les bons esprits, et notamment les experts économiques avec couvert médiatique permanent aux meilleures tables, étaient d’achever sa mue sociale-démocrate. En fait, social-démocrate, c’est le mot sympathique pour dire social-libéralisme. Parce que la social-démocratie, ce n’est pas ce que souhaite tout ce petit monde là. La social-démocratie, c’était par exemple la Suède jusque dans les années 80, c’est à dire un Etat-providence très fort, un secteur et des investissements publics très puissants et l’idée que c’était le progrès social qui conditionnait le progrès économique et non le contraire.

Non, ce que voudraient les « experts », c’est une gauche qui ne serait plus de gauche et qui ferait du blairo-schroederisme, c’est à dire une politique de droite menée par des gens de gauche, et même une politique encore plus dure que celle qu’aurait menée la droite car il est bien connu que c’est toujours plus difficile pour les syndicats, par exemple, de rentrer frontalement dans le lard d’un gouvernement, disons, menchevik. C’est pour cela que Lénine, avec sa lucidité et sa douceur coutumières disait des socialistes que c’était eux qu’il fallait pendre en premier.

La secnde voie serait celle d’une politique de gauche, c’est-à-dire de rupture avec les fausses fatalités de la Dette et du chiffre totémique de 3% de déficit de budget, dont on sait qu’il a été fixé de manière totalement arbitraire par Guy Abeille, un haut fonctionnaire du budget en 83, au moment du tournant de la rigueur car Mitterrand avait demandé un chiffre rond pour frapper l’imagination et de ses ministres et de la population. Il ne repose sur rien et on aurait pu aussi bien dire 4, 5% ou 2,7%. Une politique qui prenne en compte, au moins un peu, les 4 millions de voix apportées par le Front de gauche à Hollande au second tour qu’il a gagné seulement par un million de voix d’avance.
Mais non, la sortie de Jean-Marc Ayrault sur les 35 heures révèle cette paralysie mortifère qui permet par exemple au patronat d’exiger des choses qu’il n’aurait pas osé sous le précédent président, par exemple demander à la une du JDD, en se mettant à 98, un allègement massif de charges de 60 milliards, une paille, pour créer des emplois. On rappellera pour mémoire que depuis un quart de siècle, on baisse les charges patronales, ce qui n’empêche pas le chômage d’augmenter. Quand on recule devant des pigeons, il ne faut pas étonner, après, de se faire attaquer par des rapaces.

La politique de l’actuel gouvernement de gauche consiste donc à ne pas revenir sur des mesures de gauche. Chapeau l’artiste. On s’attend à ce que Jean-Marc Ayrault annonce courageusement dans les jours qui viennent qu’il ne reviendra pas sur le droit de grève, le droit de réunion, les congés payés, les radio libres, la peine de mort et même le travail des enfants.

On en a, de la chance.

*Photo : Parti socialiste (Philippe Grangeaud).


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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