L’Italie se fait enfin confiance. Le nouveau président du Conseil désigné, Giuseppe Conte, a présenté, dans la nuit de mardi à mercredi, son programme d’union nationale au Sénat italien, lequel lui a voté sa confiance par 171 voix sur 313. Un très bon résultat, meilleur que prévu. La Chambre des députés devrait suivre, ce mercredi 6 juin, et voter, elle aussi, la confiance au gouvernement : la coalition M5S-Ligue, y dispose d’une majorité de plus de 30 sièges.

« Nous le revendiquons »

En universitaire juriste renommé et avocat chevronné, Giuseppe Conte a pris la question idéologique de face : « Si populisme signifie être capable d’écouter les besoins des personnes, alors nous le revendiquons » ! Quel bonheur d’entendre enfin cette vérité élémentaire dans la bouche d’un homme de gauche… Voilà qui est dit ; cette fois-ci, une bonne fois pour toutes.

Giuseppe Conte était accompagné de ses deux importants vice-Premiers ministres (une première), Luigi Di Maio, leader du Mouvement Cinq Etoiles (M5S), et Matteo Salvini, président de la Ligue du Nord. Il s’est fermement présenté en « garant du contrat de gouvernement » de la coalition et a rappelé les objectifs contenus dans ce contrat: notamment, la lutte contre l’immigration clandestine, la réduction de la fiscalité et la renégociation des règles européennes relatives au droit d’asile. « Nous mettrons fin au ‘business’ de l’immigration, qui a augmenté de manière démesurée la crise migratoire à l’ombre d’une fausse solidarité », a-t-il assuré.

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Sur le plan économique, Giuseppe Conte a confirmé que l’une des priorités serait la réduction de la très importante dette du pays (130% du PIB). Et ce, non par des mesures d’austérité mais par des politiques favorisant la croissance et l’emploi. Enfin du bon sens économique ! L’affirmation de l’économie vertueuse et productive contre la comptabilité étriquée et débilitante de Bruxelles.

Cours Macron, le vieux monde est derrière toi

Le financement de ces mesures (plusieurs dizaines de milliards) n’a cependant pas été précisé. Mais ce qui a réussi aux Etats-Unis de Donald Trump devrait aussi profiter aux Italiens. Ce discours sur l’avenir n’est pas revenu sur l’idée de créer une monnaie nationale à usage italien, émis par l’Etat pour solder ses arriérés auprès de ses créanciers et fournisseurs. Mais l’Italie est historiquement experte en monnaie et finances.

Si Giuseppe Conte a rappelé l’appartenance européenne de l’Italie et sa place dans l’OTAN, c’est plus une pétition de principe qu’une soumission : c’est en contradiction, certes feutrée mais bien réelle, avec ces deux institutions que l’Italie va lever les sanctions anti-Russie (que les entreprises allemandes violent en permanence).

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La lame de fond qui se produit partout en Europe prend une dimension politique inédite (ce que j’appelle le « social-souverainisme »), particulièrement en Italie (mais aussi en Espagne ou une coalition de ce type a renversé les vieilleries rances de Mariano Rajoy). On voit mal comment l’ancien monde macronien y résisterait ; car les mauvaises nouvelles s’amoncellent pour lui et l’exemple transalpin devrait fortement influencer l’opinion française.

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