Photo : Parti socialiste

En proposant, dans son discours du Bourget, d’inscrire la Loi de 1905, « celle qui sépare les Eglises de l’Etat » dans la constitution, François Hollande a déclenché hier un tonnerre d’applaudissements dans le public. « Présider la République », a-t-il précisé pour ceux de ses partisans qui n’auraient pas tous compris c’est « être viscéralement attaché à la laïcité ».

Diantre, en plus de la cinquième tranche de l’impôt sur le revenu et des promesses en béton sur les constructions de logements sociaux, en voilà une annonce qu’elle est de gauche, parfaitement raccord avec sa dénonciation répétée de la finance. Dont acte.

Hélas, une fois les éteintes les sonos du Bourget et dissipé le petit nuage de fumée entourant le camarade Noah, on ne pourra qu’appouver l’excellent Frédéric Rouvillois quand il parle d’ « une promesse parfaitement superflue dès lors que le principe de laïcité se trouve déjà inscrit dans la constitution, et plus précisément, pour lui donner toute la solennité nécessaire, dans l’article premier de celle-ci. »

Et on ne pourra que partager les sarcasmes de Bruno Beschizza (eh oui…), secrétaire National de l’UMP, sur l’opportunité de ce come-back tonitruant de la laïcité dans l’argumentaire socialiste : « Cette incantation ne pourra pas faire oublier à nos compatriotes que les socialistes n’ont pas pris part au vote de la loi contre le port de la burqa dans l’espace public ».

Un bref rappel pour les malsouvenants : lors du vote en première lecture à l’Assemblée, le 13 juillet, du projet de loi visant à interdire le port du voile intégral dans l’espace public, une écrasante majorité de députés de gauche avait refusé de prendre part au scrutin, seuls vingt d’entre eux dont Manuel Valls (PS) et André Gerin (PCF), initiateur du débat sur l’interdiction du voile et qui avait présidé la mission d’information parlementaire sur le sujet, s’étaient prononcés en faveur du texte. François Hollande n’était pas de ceux-là, pas plus, on s’en doute, que Martine Aubry laquelle, à maintes reprises, avait annoncé qu’elle ne pourrait voter ce type de loi qu’à la condition « qu’elle ne stigmatise pas une partie de notre population ». C’est clair ?[1. Une petite friandise pour les amateurs, ce qu’écrivait à ce propos l’épatant Alain Gresh sur son blog du Monde Diplo : « Si l’Assemblée nationale adopte une loi sur la burqa, la France deviendra le troisième pays du monde, après l’Arabie saoudite et l’Iran, à légiférer sur la manière dont les gens (dans tous les cas les femmes) s’habillent. »]

Alors, en fin de compte, on ne pourra que s’interroger pour savoir de quelle laïcité parle le candidat socialiste, ou plus précisément quelle laïcité a déclenché un tonnerre d’applaudissements dans le public – très socialo-socialiste – du Bourget. Sûrement pas celle qui a fait de Manuel Valls l’unique socialiste à prendre publiquement la défense des droits de la femme et de l’enfant dans l’affaire de la crèche Baby-Loup. Les amateurs de lexicologie pourront d’ailleurs chercher la trace des mots « voile », « burqa », ou « islamisme » dans le discours de dimanche…

Non, ce qui a fait vibrer les foules au Bourget, c’est bien plus probablement la crainte de tous les intégrismes, mais surtout catholique, conséquemment alimentée ces semaines-ci sur les parvis des théâtres par les bouffons autodafistes de Civitas et compagnie… Non décidément, ce n’est pas pour rien que le candidat a précisé à ses groupies que la loi de 1905 était « celle qui sépare les Eglises de l’Etat ». C’est bien l’intégrisme catho qui est dans la ligne de mire : la burqa, c’est dépassé, la calotte, voilà le danger !

Pendant cinq ans le PS s’est insurgé contre les « lois de circonstance » de Nicolas Sarkozy. C’est vrai, François Hollande, lui, ne modifie pas les lois pour satisfaire les pulsions supposées de son électorat, il se contente de suggérer qu’on réécrive la Constitution.

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