A l’époque de sa sortie en salle, Harry Brown, le premier long métrage de Daniel Barber, avec Michael Caine, tourné en 2009, a immédiatement été qualifié de « fiction de droite », dans la ligne d’Un justicier dans la ville avec Charles Bronson, ce qui était le moyen le plus efficace pour la critique de le discréditer. Harry Brown serait plutôt Dexter dans les cités anglaises avec cinquante ans de plus que notre expert favori en taches de sang de la police de Miami.

Une fiction de droite est une fiction où le justicier attirera d’autant plus notre sympathie qu’il ne manifestera aucune compassion à l’endroit de la racaille qu’il prend pour cible. C’est le cas d’Harry Brown, un militaire à la retraite, perclus de rhumatismes, jouant aux échecs pour passer le temps, qui décide de liquider à sa manière les voyous qui ont tabassé, torturé et tué son unique camarade de jeu. Il le fera sans état d’âme, consciencieusement, avec une énergie redoutable pour son âge.

Selon le code implicite de la presse bienpensante, il incarne le programme sécuritaire des populistes et The Guardian demandera même à Michael Caine d’arrêter là sa carrière. Quelques mois plus tard, des émeutes enflammeront les banlieues de Londres et de Manchester, donnant raison à Harry Brown, surpris qu’on ne tue plus pour des raisons politiques ou sociales, mais par pur divertissement. Il estimait qu’il était temps pour lui, avant de quitter la scène, de manifester son irritation face à ces dérives infantiles.

Si une fiction de droite est une fiction où l’on n’éprouve pas une once de pitié pour les bad boys, alors Harry Brown est bien une fiction de droite. La compassion, si l’on en croit le film, serait plutôt un truc de fille. Ce dont je me permets de douter, car dans la vengeance la femme est bien plus obstinée et terrifiante que l’homme – je parle d’expérience. Une raison supplémentaire cependant d’acquérir le DVD d’Harry Brown : l’impassibilité de Michael Caine. À ce degré, ce n’est plus de l’art, c’est une posture existentielle face à laquelle il ne reste plus qu’à s’incliner.

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