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Les deux font la paire

Dans "L'homme qui voulut être roi", Sean Connery et Michael Caine complices

Les deux font la paire
Sean Connery et Michael Caine dans le film "L'homme qui voulut être roi" de John Huston.© Wild Side

Dans “L’homme qui voulut être roi”, de John Huston, on retrouve les deux grands acteurs Sean Connery et Michael Caine dans un film d’aventure où les deux protagonistes rêvent de devenir roi à l’autre bout du monde. Le film fait l’objet d’une exceptionnelle édition en DVD et Blu-ray. 


Les Indes à la fin du XIXème siècle. Peachy Carnehan et Daniel Dravot, anciens sergents de l’Empire britannique et francs-maçons, se lient par hasard autant que par filouterie avec un autre « frère », le journaliste Rudyard Kipling. Soit sur grand écran la délectable rencontre de trois cabots de génie : Sean Connery, Michael Caine et Christopher Plummer. Ce dernier, dans le rôle du grand écrivain, est en mode mineur. Mais les deux autres s’en donnent à cœur joie en incarnant à la perfection deux escrocs à moitié idéalistes. Ensemble, ils ont décidé de rejoindre le Kafiristan, un royaume où nul Occidental n’a osé s’aventurer depuis Alexandre le Grand, qui s’y était marié. Leur but avoué : devenir les souverains de l’endroit… Ils s’engagent même à renoncer à tout plaisir terrestre tant qu’ils n’auront pas atteint leur objectif. L’homme qui voulut être roi, le film que John Huston réalisa en 1975 peut alors véritablement commencer, car ils ne sont évidemment pas au bout de leur peine ni de leurs multiples surprises. Un fabuleux trésor est au bout du chemin, mais est-ce là l’essentiel ?

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Une complicité réjouissante entre les acteurs

On sait depuis African Queen, Moby Dick, Les Désaxés ou bien encore Le Trésor de la Sierra Madre que les meilleurs films de John Huston font le portrait d’hommes épris de liberté et de sensations fortes. Ce film, qui fait l’objet d’une exceptionnelle édition en DVD et Blu-ray, n’échappe pas à la règle. S’extirpant d’une vie médiocre, les deux protagonistes se lancent à corps perdu dans une aventure dont ils savent fort bien qu’elle pourrait faire leur fortune autant que causer leur mort. Connery et Caine s’ébattent ainsi dans un film dont les décors ont été conçus par Alexandre Trauner (oui, celui des Enfants du paradis), la photo par Oswald Morris, à qui l’on doit également celle du Lolita de Kubrick, et les costumes dessinés par la styliste Edith Head, à qui Hitchcock confia ceux de La Main au collet. Quant à la musique, on la doit à Maurice Jarre qui retrouve ici les accents de sa partition de Lawrence d’Arabie. Les deux acteurs d’origine britannique partagent pour la première fois l’affiche d’un film et c’est un festival absolument réjouissant de complicité. D’entrée de jeu, les deux monstres sacrés rivalisent de malice, combinant charme, humour, intelligence et fougue. Ils se glissent dans leurs habits coloniaux avec une facilité déconcertante. Lyrisme et exotisme sont ainsi au rendez-vous, Huston ne reculant devant rien pour assurer le grand spectacle avec ce qu’il faut d’humour et d’ironie. On se croirait parfois dans un épisode de Blake et Mortimer à la sauce des Monty Python quand tout se dérègle parce que les idoles se révèlent trop humaines. Huston renoue également avec le « vieil » et séduisant Hollywood qui n’existait déjà plus à l’époque du tournage, trouvant avec ses deux acteurs l’incarnation idéale d’un récit mené plus que tambour battant. Ce film « à l’ancienne » procure à son spectateur l’impression de plonger dans un monde perdu en retrouvant des plaisirs d’enfance liés au pur plaisir des récits d’aventures. Spielberg court après ce cinéma-là depuis belle lurette, on le sait bien, mais il n’est pas certain que l’avalanche de ses effets spéciaux-spécieux lui permette d’atteindre la simplicité bienfaisante dans laquelle baigne le film de Huston.

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Grâce soit rendue à l’éditeur de ce coffret qui n’a pas ménagé sa peine avec des bonus à la hauteur, dont on retiendra surtout un entretien avec la scripte du film, Angela Allen, complice de longue date de Huston, ainsi qu’un making of étonnant et un entretien avec le fils du réalisateur. Cerise sur le gâteau, un superbe livre-album de 200 pages écrit par le journaliste et critique de cinéma Samuel Blumenfeld qui éclaire de ses commentaires très pertinents la genèse du film ainsi que son contenu. Des dizaines de photos et d’archives rares viennent à l’appui de sa démonstration, faisant de ce coffret l’écrin idéal pour cet Homme qui voulut être roi.

L’homme qui voulut être roi, de John Huston Coffret Blu-ray et DVD, édité par Wild Side.

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Janvier 2021 – Causeur #86

Article extrait du Magazine Causeur


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Critique de cinéma. Il propose la rubrique "Tant qu'il y aura des films" chaque mois, dans le magazine

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