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Guerre d’Algérie? Et Macron préféra parler de la «guerre de libération»

Était-il vraiment obligé d’adopter la langue de ses hôtes?

Guerre d’Algérie? Et Macron préféra parler de la «guerre de libération»
Le président Macron et le président algérien Abdelmajid Tebboune, Alger, 25 août 2022 © Anis Belghoul/AP/SIPA

Après avoir évoqué mercredi « la fin des évidences » et d’une « forme d’insouciance », le président Macron est maintenant en Algérie parti chercher le gaz qui risque de nous faire défaut cet hiver…


Notre Méprisant de la République vient de faire sa rentrée, se campant en Churchill mâtiné de de Gaulle. On a eu droit à un discours-brouet, déclamé avec l’onction et la componction qu’affectionne notre recalé du Conservatoire. Emmanuel Macron s’est d’abord échauffé la voix depuis Bormes-les Mimosas, délaissant son jet-ski pour annoncer la fin de partie. Puis mercredi, à l’ouverture du Conseil des ministres c’est, bronzé, qu’il a sonné le glas, tel Bruce Willis dans « Armageddon ». Pour se mettre dans l’ambiance, il n’y a qu’à se rappeler le discours prononcé par Winston Churchill, le 10 mai 1940, devant la Chambre des Communes : « Je n’ai à vous offrir que du sang, de la sueur et des larmes ».

Un président bouleversant !

On peut aussi relire la fin du premier tome des Mémoires d’espoir du Général, intitulé « Le Renouveau », 1958-1962 (« Renouveau », ça sonne du reste un peu comme « Renaissance », le nouveau nom du parti de notre président). « Sur la pente que gravit la France, ma mission est toujours de la guider vers le haut, tandis que toutes les voix d’en bas l’appellent sans cesse à redescendre. Ayant, une fois encore, choisi de m’écouter, elle s’est tirée du marasme et vient de franchir l’étape du renouveau. Mais à partir de là, tout comme hier, je n’ai à lui montrer d’autre but que la cime, d’autre route que celle de l’effort. »

A lire aussi, Jean Sévillia: «Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

S’inspirant donc de ses illustres devanciers, ainsi parla, non pas Zarathoustra, mais leur pâle épigone, Emmanuel Macron : « Je crois que ce nous sommes en train vivre est de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement. » « Nous vivons la fin de ce qui peut apparaître comme une abondance ». C’est aussi « la fin des évidences » et d’une « forme d’insouciance » a- t-il poursuivi, montrant de quel bois on ne se chaufferait pas. Une manière comme une autre de signifier aux gilets jaunes, comme à tous les autres gueux ou sans dents que le temps des cerises, c’était terminé et qu’ils allaient définitivement être aux fraises.

France / Algérie: de l’eau dans l’gaz

Las ! On aurait préféré qu’il nous signifiât plutôt la fin de l’arrogance, de la suffisance et des sentences. Toujours est-il qu’il nous a filé le bourdon en nous mettant ainsi en condition pour encaisser les turbulences qui ne manqueront pas d’advenir dès l’automne. Aussi sec on a pensé à repartir pour quelques jours de vacances, s’étant laissé dire qu’à Fresnes, il y avait un spot assez sympa pour s’initier au karting.

Notre Caressant de la République est maintenant en Algérie parti chercher le gaz qui risque de nous faire défaut cet hiver et, éventuellement, évoquer le renvoi sur leur sol des délinquants de nationalité algérienne. Il rencontre donc son homologue Abdelmajid Tebboune. On imagine combien Emmanuel Macron est en position de force pour négocier…

La parole du président, au premier soir de ce déplacement, a été bien sûr lyrique, mais posée. En bon Euphémisant de la République, il a pesé ses mots comme autant de douzaines d’œufs. De guerre d’Algérie, il ne fut pas question. On préféra parler de « guerre de libération » : « Nous avons un passé commun qui est complexe et douloureux. » « Nous avons décidé ensemble de créer une commission mixte d’historiens ». Il s’agit de « regarder l’ensemble de cette période historique, du début de la colonisation à la guerre de libération, sans tabou avec, une volonté de travail libre, historique, d’accès complet à nos archives. »

Il fut ensuite question de « construire l’avenir pour nous et nos jeunesses, dans leur pays ou, de part et d’autre, quand elles décident de passer la Méditerranée. »

C’est alors que, ni vu ni connu, je t’embrouille, Emmanuel Macron, enfourcha son tigre préféré à savoir : le business. Il parla de : « faire incuber pour nos jeunesses » des « start-up » dans le « numérique » ou « la création cinématographique » Il s’agissait de développer un « écosystème entrepreneurial franco-algérien. » Qu’on se rassure, le sport ne sera pas oublié : c’est « une passion commune aux deux pays ».

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Toutes nos inquiétudes quant au sombre hiver à venir sont donc désormais levées. On va penser sport et cinéma : oublier le terrifiant discours de Bormes-les-Mimosas : « Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes parfois à la facilité et à l’adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs. »  

La fête continue ! Lisons plutôt Alphonse Karr.  Il nous permettra de sourire aux prochains discours apocalyptiques de l’infatué Emmanuel Macron.

Avec des airs pédants et des mines
Tâchées,
Des philosophes faux prêchent d’un ton
cagot
De rigides vertus en si haut lieu juchées,
Qu’on renonce d’y tendre-et qu’on se dit bientôt :
L’homme est né trop pesant pour s’élever si haut.

Alphonse Karr dans Une poignée de vérité. Mélanges philosophiques (1858)

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est professeur de Lettres modernes

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