Chute dramatique de la fréquentation en France


Depuis le 22 juin, les cinémas sont rouverts. Malheureusement, les Français ne retrouvent pas aisément le chemin qui mène à leurs salles favorites. Certes l’offre de films – surtout pour les cinémas généralistes dits grand public – reste réduite. Elle est plus fournie dans le secteur de l’Art et Essai, même s’il n’y pas pléthore de films passionnants pour l’instant.

Un discours intenable

Néanmoins, il est impossible de cautionner un discours qui prétend qu’il n’y aurait pas de bons films dans les salles depuis la reprise. Les œuvres Le Sel des larmes de Philippe Garrel, Hotel By The River de Hong Sang-soo, Eva en Août de Jonas Trueba, Light Of My Life de Casey Affleck ou Family Romance de Werner Herzog, Été 85 de François Ozon ou Police d’Anne Fontaine sont de très beaux films.

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Et les sorties récentes de produits plus commerciaux, Tenet de Christopher Nolan, Effacer l’historique de Gustave Kervern et Benoît Delépine, Les Blagues de Toto de Pascal Bourdiaux, alliant sens de la comédie, de l’aventure et du divertissement visent un public plus jeune et plus populaire se rendant dans les multiplexes.

Un effondrement de 73,8% entre l’été 2019 et l’été 2020

Malgré l’existence de ces films, force est de constater que la fréquentation cinématographique a baissé de manière inquiétante sur les deux mois et demi écoulés depuis la réouverture. La fréquentation des salles de cinéma françaises s’est effondrée de 73,8 %  cet été par rapport au mois de juillet et août 2019. La plupart des multiplexes ont perdu entre 65% et 73% de leurs entrées. Les salles indépendantes Art et Essai sont moins touchées et n’ont perdu que 30% de leur public plus fidèle. Sans compter, ce qui n’aide pas, que plusieurs cinémas ne font plus que trois séances journalières: 16h, 18h et 20h et que certains sont restés fermés cet été.

Changements de comportements

Les raisons de cette mauvaise fréquentation sont multiples. Les salles ont fermé pendant 99 jours consécutifs, un fait inédit. Des films ont été privés de distribution en salles de cinéma tel Mulan de Niki Caro produit par Disney, distributeur du film qui a décidé de programmer cette nouvelle version du dessin animé, sur sa plate-forme Disney+ dès le 4 septembre. Cette décision a été très contestée, à juste titre, par les exploitants de salles. La Fédération nationale des cinémas français, l’Association Française des Cinémas Art et Essai et le Groupement National des salles de Recherche déplorent d’ailleurs le fait que certains films ne sortent pas dans les salles et soient directement diffusés sur des plates-formes vidéo.

C’est que de nombreux spectateurs se sont abonnés à une ou plusieurs plateformes vidéos comme Netflix, Amazon Prime, Disney, MyCanal… préférant regarder les films chez eux et ne pas sortir par peur de la pandémie, de même qu’ils préfèrent pour beaucoup d’entre eux acheter leurs vêtements, livres, nourritures, vins ainsi que de nombreux produits sur internet. 

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La pandémie n’a pas seulement provoqué le confinement, elle a favorisé l’accélération, à très grande vitesse, des changements de comportements sociaux sur le visionnement de films à domicile.  Cette situation peut devenir inquiétante car l’on passerait alors de la distanciation sociale à la rupture des liens sociaux. Il est évidemment bien plus agréable et plaisant de découvrir un film en salle de cinéma, de rire, d’avoir peur ou d’être émerveillé par la beauté de la mise en scène, entouré d’autres. D’être accueilli par des directeurs de salles,  de rencontrer des équipes de films…

Une exception culturelle menacée

Chaque semaine, un million de spectateurs a retrouvé le goût du cinéma en salles. Bien que très éloigné de la fréquentation d’avant la pandémie, une partie du public assidu est revenue en France mais la dépendance économique et culturelle aux États-Unis est ravageuse. Les films américains ne sortant pas aux États-Unis voient aussi leur sortie reportée sine die en France. 

Or comme le fait remarquer Erwan Escoubet, le directeur des affaires réglementaires et institutionnelles à la Fédération nationale du cinéma français (FNCF).  » La situation est dramatique. En France, les sorties américaines représentent 50% des entrées. Pour beaucoup de cinémas, c’est une colonne vertébrale« . L’état de la situation sanitaire américaine assombrit l’avenir des cinémas du monde entier. Seule, la France résiste faisant figure d’exception culturelle. Cette exception doit être préservée.

Avec cette baisse drastique de la fréquentation, les cinémas français vivent une période catastrophique malgré la qualité des films français à l’affiche. Les exploitants de salles (F.N.C.F., A.F.C.A.E., G.N.C.R.) appellent à la solidarité des spectateurs et des pouvoirs publics et font des propositions concrètes. Le premier Ministre Jean Castex et son gouvernement promettent un plan d’aide de 165 millions au secteur cinématographique. 

Face à la baisse des entrées, aux manques de recettes, à la baisse des retours de TSA(1), ces aides seront bien trop faibles pour sauver un secteur culturel et industriel français majeur. Espérons qu’à l’instar du projet mis en place pour la défense du livre, celui du cinéma fera l’objet d’un soutien à la hauteur des enjeux. L’Association Française des Cinémas Art et Essai dirigé par François Aymé a envoyé au Centre National du Cinéma et au Ministère de la Culture dix propositions importantes et pertinentes pour la sauvegarde des salles de cinéma en France.

Maintenant, il ne tient plus qu’à nous de sauver nos cinémas.

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