Il jubile… Après un parcours que la presse a dit sans faute (sic) aux Etats-Unis, où il a pu blaguer avec Barack Obama et faire plier l’Otan en jouant un peu sur les mots, il ne manquait au nouveau président que l’occasion de briller en solo sur la scène internationale. C’est maintenant chose faite grâce à l’annonce de sa décision d’expulser l’ambassadrice de Syrie en France à peine quelques heures après la révélation du massacre de Houla. Une prise de position ferme et décidée qui marque son homme, mais qui pourrait bien lui causer quelques soucis : la diplomatie internationale n’est pas une course de vitesse…

D’abord parce que, annonce-t-il, cette décision est motivée par « le massacre odieux commis à Houla par les forces syriennes » : si Hollande, tout excité par sa volonté de créer le buzz, avait attendu les rapports officiels, il aurait appris que le massacre n’était pas la conséquence du pilonnage de Houla par les forces du régime syrien, mais qu’il s’agissait en fait d’exécutions sommaires perpétrées par un groupe qui n’a pas été formellement identifié. Les rebelles accusent les partisans de Bachar al-Assad qui eux-même fustigent des groupes proches d’Al-Qaïda et de la rébellion sunnite… Pendant ce temps, les observateurs des Nations-Unies essaient bêtement de faire leur travail et mènent l’enquête. Gageons que François Hollande était mieux informé que tout le monde !

En revanche, ce qui est sûr, c’est que cette décision symbolique vient à point nommé pour faire de la France l’inspiratrice d’une politique d’ingérence internationale en Syrie et pourquoi pas de notre président le potentiel futur libérateur du pays… Un massacre vaut certainement psychologiquement autant que quelques armes de destruction massive et on a déjà fait la guerre pour moins que cela ! Comment la Russie pourrait-elle encore refuser une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU après Houla ? C’est pourtant ce qui est arrivé, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, ayant jugé que les rebelles et le gouvernement syriens étaient tous deux impliqués dans le massacre et critiqué les pays qui jugent la paix impossible sans le départ de Bachar al-Assad…

Rendons-nous à l’évidence, le président syrien n’est pas un tendre, ni même un garçon sympathique. Il aurait même tendance à faire passer quelques despotes d’Amérique Latine pour des enfants de chœur. Mais les événements récents en Syrie auraient dû faire comprendre à Hollande que la précipitation n’est pas une solution : le plan Annan patauge surtout du fait de la désorganisation des troupes rebelles, conglomérat de groupes de guérilla sans unité et sans interlocuteur unique. Certes, les forces du régime tuent chaque jour en Syrie, mais les attentats suicides de ces derniers jours, qui font planer l’ombre d’Al-Qaïda, posent la question de l’équilibre du pays et de la région après Assad. Certes, le dictateur baasiste est contesté par une frange de la population, mais les élections organisées en mai, tout aussi critiquables qu’elles aient pu être, n’ont pas plébiscité son départ. En un mot, couper les relations diplomatiques avec Damas, c’est aussi couper la communication avec le seul représentant identifié et légitime parmi les belligérants : François Hollande en a fait le choix, par effet d’annonce, prônant ainsi une intervention unilatérale contre le régime en place, si toutefois ses nouveaux « amis » du monde diplomatique lui emboîtent le pas.

Pendant ce temps, Lamia Chakkour, l’ambassadrice de Syrie en France, coule des jours heureux à Paris : son accréditation auprès de l’Unesco lui permet de résider en France, malgré son expulsion annoncée en fanfare… Qu’un retrait des troupes d’Afghanistan devienne un retrait des troupes offensives passe encore, mais une expulsion qui n’expulse pas…

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